Article ini­tia­le­ment paru sur le site Truth Out.


Plut tôt dans la jour­née, trois hommes armés ont fait irrup­tion dans les locaux du maga­zine de satire de Char­lie Heb­do à Paris, tuant 12 per­sonnes, dont deux poli­ciers.

Dans les heures qui sui­virent, les poli­ti­ciens et les médias ont tous qua­li­fié les tireurs de « ter­ro­ristes » et leurs actions de « ter­ro­risme ».

Et d’ailleurs, à rai­son : le meurtre de civils désar­més pour des rai­sons expli­ci­te­ment poli­tiques ou reli­gieuses, est la défi­ni­tion clas­sique du ter­ro­risme.

Mais les gens seraient-ils aus­si enclin à qua­li­fier les attaques de Paris de « ter­ro­risme » si les sus­pects impli­qués étaient des blancs ou membres de par­tis d’extrême-droite ? Je ne pense pas.

Dans une des cita­tions les plus par­lantes de la jour­née, l’ex direc­teur-adjoint de la CIA Michael Mor­rell a qua­li­fié l’attaque des locaux de Char­lie Heb­do de « pire attaque ter­ro­riste en Europe depuis les atten­tats de Londres en Juillet 2005 ».

Mike Mor­rell ne se sou­vient appa­rem­ment pas du pire atten­tat depuis celui de Londres de 2005, et avant celui d’aujourd’hui à Paris.

Je parle, bien sûr, de l’attentat de 2011 en Nor­vège, où un raciste d’extrême-droite, Anders Brei­vik, tua 77 per­sonnes lors d’un car­nage à tra­vers Oslo et un camp d’été aux alen­tours.


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Si Brei­vik s’était appe­lé « Omar » et s’il avait dit agir au nom de l’Islam au lieu de « l’Europe » et du chris­tia­nisme, je doute que les gens comme Michael Morell ait oublié qui il était et ce qu’il avait fait.

Mais à l’instar d’autres auteurs de vio­lences poli­tiques mas­sives, de l’individu qui ouvrit le feu dans un temple Sikh dans le Wis­con­sin il y a quelques années, à celui qui atta­qua une com­mu­nau­té juive dans le Kan­sas en Avril, Brei­vik béné­fi­cie d’un lais­sez-pas­ser de la part des médias.

Il est un « tueur en série » ou un « meur­trier de masse », pas un « ter­ro­riste ».

On pour­rait pen­ser que c’est cher­cher la petite bête ; ce n’est pas le cas.

Dans notre socié­té, qua­li­fié un acte de vio­lence de « ter­ro­risme » est une décla­ra­tion très puis­sante. Cela implique que l’action est si ter­rible, si au-delà de ce que l’on consi­dère comme atti­tude humai­ne­ment accep­table, qu’il faut faire tout ce qu’on peut pour que cela ne se repro­duise plus jamais.

Donc quand nous refu­sons d’appeler des actes de vio­lence qui sont du ter­ro­risme, « ter­ro­risme », nous disons en tant que socié­té que nous n’avons pas à les consi­dé­rer sérieu­se­ment, comme nous consi­dé­rons sérieu­se­ment ce que l’on qua­li­fie de ter­ro­risme.

Et cela entraine des consé­quences dans le monde réel.


terrorisme


Selon cer­taines esti­ma­tions, les ter­ro­ristes d’extrême-droite ont tué plus d’américains depuis le 11 sep­tembre, que n’en ont tué les ter­ro­ristes isla­mistes.

Si on n’appelle pas les ter­ro­ristes d’extrême-droite « ter­ro­ristes », décla­rant donc publi­que­ment qu’ils sont aus­si dan­ge­reux que les ter­ro­ristes isla­mistes, les gens ne pren­dront pas au sérieux le ter­ro­risme d’extrême-droite et cela res­te­ra bien plus facile pour les néo-nazis de conti­nuer à tuer des gens sans que cela sou­lève trop d’indignation.

Ter­ro­risme est un mot extrê­me­ment puis­sant et per­sua­sif, mais à cause du deux poids deux mesures média­tique, il perd tout son sens.

Si nous vou­lons vrai­ment dénon­cer les mal­fai­teurs, appe­lons tous les ter­ro­ristes des « ter­ro­ristes » ou arrê­tons d’employer ce mot.

The Dai­ly Take Team, The Thom Hart­mann Pro­gram

Comments to: De l’utilisation du mot « terroriste »

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