Hillary Clinton et Jeb Bush : les deux sociopathes en lice pour les prochaines élections états-uniennes !

Article ori­gi­nal publié en anglais sur le site de « Stop the War Coa­li­tion », à l’a­dresse suivante :
http://stopwar.org.uk/news/hilary-clinton-and-jeb-bush-the-two-sociopaths-competing-to-be-the-next-us-president

 19 février 2015 — Matt Carr


Les deux prin­ci­paux can­di­dats pour l’é­lec­tion pré­si­den­tielle états-unienne de l’an pro­chain sou­tiennent les mêmes poli­tiques de guerre qui se sont avé­rées un désastre pour les USA et pour le monde entier.

Si vous croyez sérieu­se­ment que le pou­voir mili­taire des états-unis est une force inter­na­tio­nale dédiée à la sta­bi­li­té et au bien, alors un cer­tain nombre d’é­vè­ne­ments de ces deux der­nières semaines devraient vous pous­ser à réflé­chir un peu.

Au Koso­vo, presque 16 ans après le bom­bar­de­ment de la You­go­sla­vie par l’O­TAN, l’UN­CHR (L’A­gence des Nations Unies pour les réfu­giés) rap­porte que 10 000 per­sonnes ont dépo­sé des demandes d’a­sile en Hon­grie en un seul mois, et que presque 20 000 koso­vars quittent le pays chaque mois pour échap­per à la pau­vre­té, à la cor­rup­tion et au chômage.

En Libye, les exé­cu­tions des coptes chré­tiens par ISIS laissent entre­voir la pers­pec­tive de la dés­in­té­gra­tion de la Libye en une « Soma­lie de la Méditerranée ».

En Afgha­nis­tan les Mis­sion d’as­sis­tance des Nations unies (UNAMA) annoncent que les pertes civiles de l’an­née der­nière ont atteint des niveaux record. Cela s’a­joute à l’im­plo­sion ira­kienne tou­jours en cours, à la Syrie, et à l’U­kraine, où les USA ont entre­pris un « chan­ge­ment de régime » plus dis­cret mais aux consé­quences aus­si catastrophiques.

Dans une démo­cra­tie saine et en bonne san­té cet héri­tage de guerre civile, d’ef­fon­dre­ment éta­tique, de chaos et de vio­lence devrait au moins faire naitre urgem­ment un débat sur la via­bi­li­té stra­té­gique du mili­ta­risme comme ins­tru­ment de poli­tique étrangère.

Mais rien ne laisse entre­voir une telle cri­tique et auto-ana­lyse de la part des deux can­di­dats prin­ci­paux aux élec­tions pré­si­den­tielles de l’an pro­chain. Éton­nam­ment – et tris­te­ment – les états-unis font face à une com­pé­ti­tion entre les membres des deux familles qui ont gou­ver­né les état-unis de 1989 à 2009, et qui ont aus­si pré­si­dé cer­tains des désastres aux­quels nous assis­tons aujourd’hui.

Com­men­çons par Hil­la­ry Clin­ton, qui fut l’an der­nier élue « la femme la plus admi­rée des états-unis » pour la 13ème année consé­cu­tive, pour des rai­sons qui ne sont pas très claires, en ce qui me concerne.

Après tout, nous par­lons d’une femme qui a men­ti – par­don qui « s’est mal expri­mée » – à pro­pos d’a­voir essuyé des tirs de sni­per à Tuz­la, afin de boos­ter sa cam­pagne présidentielle.

Clin­ton a voté en faveur de la guerre en Irak, et était une fer­vente sup­por­trice du bom­bar­de­ment de la Libye – au point de glous­ser joyeu­se­ment en enten­dant que Kadha­fi avait été sodo­mi­sé avec un cou­teau et abat­tu à bout portant.

Vous n’a­vez pas à aimer Kadha­fi pour vous rendre compte qu’une telle atti­tude est un peu… indigne, et cor­res­pond plus à un socio­pathe à qu’à une femme d’é­tat. Mais Clin­ton est une dure-à-cuire et veut que les amé­ri­cains le sachent.

Elle est une grande fan des drones, dont elle dit qu’ils ont « éli­mi­né des dou­zaines de ter­ro­ristes majeurs du champ de bataille ». Elle a pro­mis en 2008 que les états-unis anéan­ti­raient tota­le­ment l’I­ran s’il effec­tuait une frappe nucléaire contre Israël – rien ne per­met de prou­ver que l’I­ran en ait l’in­ten­tion ou la capacité.

Et alors que la Libye tom­bait visi­ble­ment en ruines elle vou­lait quand même bom­bar­der la Syrie. Dans une inter­view avec l’un des jour­na­listes sio­nistes les plus bel­li­queux, Jef­frey Gold­berg, elle répé­ta la rumeur men­son­gère selon laquelle l’a­vè­ne­ment d’I­SIS était dû à l’é­chec d’O­ba­ma de sou­te­nir les rebelles syriens « modérés ».

Elle a aus­si défen­du Neta­nya­hu lors du mas­sacre de Gaza de l’année der­nière, pré­tex­tant qu’  »Israël avait fait ce qu’il devait faire pour répondre aux roquettes » et blâ­mant la « concen­tra­tion inter­na­tio­nale » sur la guerre à l’an­ti-sémi­tisme et sur la « ges­tion-tru­quée » du conflit par le Hamas.

Lors­qu’on lui a deman­dé si Israël avait fait suf­fi­sam­ment pour empê­cher les morts d’en­fants et d’autres civils inno­cents elle a répli­qué « que les nations démo­cra­tiques avaient de bien meilleures valeurs en cas de conflits » et sug­gé­ré que « l’an­goisse que vous res­sen­tez à cause de la cou­ver­ture média­tique, et les femmes et les enfants et le reste, ren­dait dif­fi­cile l’ob­ten­tion de la vérité ».

Bien sûr, cela sous-enten­dait, si vous ne la cher­chez pas. Clin­ton s’est éloi­gnée de la poli­tique étran­gère plus pru­dente d’O­ba­ma, décla­rant que « les grandes nations ont besoin de prin­cipes d’or­ga­ni­sa­tion, et « ne pas faire des choses stu­pides » n’est pas un prin­cipe d’organisation ».

Elle sem­blait décrire une sorte de nou­velle ver­sion du « confi­ne­ment » de la guerre froid à l’en­contre d’une menace djha­diste qu’elle a com­pa­rée au com­mu­nisme et au fas­cisme, et a décla­ré que ses « prin­cipes d’or­ga­ni­sa­tion » étaient « paix, pro­grès et prospérité ».

Alors quelle dif­fé­rence entre elle et son pro­bable oppo­sant ? Pas grand chose en vérité.

Hier l’ef­froyable Jeb Bush décla­rait ses aspi­ra­tions de poli­tique étran­gère au conseil de Chi­ca­go sur les affaires du monde, et elles sont à peu près ce qu’on peut attendre d’un homme dont l’é­quipe poli­tique est com­po­sée des fonds de tiroir de son frère George W, avec des types comme Paul Wol­fo­witz et Ste­phen Had­ley, qui, dans un monde sain, ne seraient plus jamais auto­ri­sés à occu­per des postes publiques.

Bush a décla­ré être « maître de lui-même », une ten­ta­tive pour se dis­tan­cer des « erreurs » com­mises durant le règne de son frère. Mais il a ensuite répé­té les mêmes men­songes que son frère – et que Tony Blair – avait racon­tés tant de fois – « qu’u­ti­li­ser les capa­ci­tés de ren­sei­gne­ments que tout le monde a sui­vis à pro­pos des armes de des­truc­tions mas­sives n’é­tait pas – n’a­vait pas été une erreur. »

Les « erreurs » étaient donc sim­ple­ment dues à l’é­chec du main­tien de la sécu­ri­té après avoir « éli­mi­né » Sad­dam Hus­sein. A part ça, impec­cable, sur­tout « la hausse » que Bush appelle « l’un des actes les plus héroïques de cou­rage poli­tique », sauf qu’O­ba­ma l’a gâché – en sui­vant les dis­po­si­tions de l’ac­cord sur le sta­tut des forces que Bush avait éta­bli – créant ain­si « un vide » qui a don­né nais­sance à ISIS.

En réa­li­té il n’y a pas eu de vide. Il y avait une armée ira­kienne mas­sive, bien entrai­née, et bien équi­pée dont les offi­ciers étaient si cor­rom­pus qu’ils refu­saient de se battre. Mais peu importe, conti­nuons à rêver.  

Là où son frère vou­lait « fumer » Ous­sa­ma Ben Laden, Bush veut « éli­mi­ner » ISIS.

Comme Clin­ton, il n’eut pas de mal à décla­rer son amour éter­nel pour Israël. Il veut un nou­veau panel de sanc­tions afin d’empêcher l’I­ran de mener à bien un pro­gramme d’en­ri­chis­se­ment nucléaire qui « mena­ce­rait Israël ».

Comme Clin­ton, il veut une poli­tique étran­gère avec un prin­cipe, qu’il appelle « liber­té démo­cra­tie », qui devrait être « appuyé par la plus grande puis­sance mili­taire du monde » et par d’im­por­tantes aug­men­ta­tions du bud­get de la défense.

On ne voit nulle part chez ces deux-là le moindre signe, la moindre trace de pen­sée cri­tique, de com­pré­hen­sion du fait que les poli­tiques qu’ils pré­co­nisent aient peut-être pro­duit de bien pires consé­quences que les pro­blèmes qu’elles étaient cen­sées régler.

L’une des rai­sons pour les­quelles Oba­ma a gagné la pré­si­dence en bri­sant les aspi­ra­tions de Clin­ton a été sa capa­ci­té à don­ner l’illu­sion d’un éloi­gne­ment radi­cal du mili­ta­risme féroce de ses prédécesseurs.

Ni Clin­ton ni Bush n’offrent une telle illu­sion. Et leurs sou­tiens au mili­ta­risme n’est pas qu’une lubie per­son­nelle, ni le résul­tat d’un excès de consan­gui­ni­té poli­tique dans une dynas­tie qui se pro­longe au fil des ans. C’est pire que ça.

La com­pé­ti­tion rapace contre rapace qui se pro­file est un hom­mage au consen­sus impé­rial de Washing­ton imper­méable à toute preuve qui contre­di­rait ses propres pré­ju­gés, et qui conti­nue à croire comme Made­leine Albright, que les états-unis sont « la nation indis­pen­sable », quand clai­re­ment, ce n’est pas le cas.

Matt Carr


Tra­duc­tion : Nico­las CASAUX

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