chris_hedgesArticle ori­gi­nal publié en anglais sur le site de truthdig.com, le 13 sep­tembre 2015.
Chris­to­pher Lynn Hedges (né le 18 sep­tembre 1956 à Saint-Johns­bu­ry, au Ver­mont) est un jour­na­liste et auteur amé­ri­cain. Réci­pien­daire d’un prix Pulit­zer, Chris Hedges fut cor­res­pon­dant de guerre pour le New York Times pen­dant 15 ans. Recon­nu pour ses articles d’analyse sociale et poli­tique de la situa­tion amé­ri­caine, ses écrits paraissent main­te­nant dans la presse indé­pen­dante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a éga­le­ment ensei­gné aux uni­ver­si­tés Colum­bia et Prin­ce­ton. Il est édi­to­ria­liste du lun­di pour le site Truthdig.com.


La poli­tique de Jere­my Cor­byn, qui a rem­por­té same­di une vic­toire écra­sante à la tête du Par­ti tra­vailliste qui avait essuyé une défaite élec­to­rale en mai der­nier, fait par­tie de la révolte glo­bale contre la tyran­nie cor­po­ra­tiste. Sa longue car­rière avait été mar­quée par une mise à l’é­cart au sein même de la classe poli­tique de son pays. Mais n’ayant jamais renon­cé aux idéaux socia­listes qui défi­nis­saient le vieux Par­ti tra­vailliste, il est sor­ti intact du tas de fumier que repré­sente le néo­li­bé­ra­lisme. Son inté­gri­té, ain­si que son audace, offrent une leçon à ceux qui, aux États-Unis, se défi­nissent comme appar­te­nant à la gauche, font de beaux dis­cours, cherchent à com­po­ser avec les élites au pou­voir plus par­ti­cu­liè­re­ment avec le Par­ti démo­crate  et sont tota­le­ment dépour­vus de cou­rage.

Je n’ap­por­te­rai mon sou­tien ni à un homme poli­tique qui liquide les pales­ti­niens et se plie aux exi­gences du lob­by israé­lien ni à un homme poli­tique qui refuse de s’op­po­ser au com­plexe mili­ta­ro-indus­triel ou à la supré­ma­tie blanche et à l’in­jus­tice raciale. La ques­tion pales­ti­nienne n’est pas une ques­tion acces­soire. Elle fait par­tie inté­grante des efforts des états-uniens visant à déman­te­ler notre machine de guerre, la poli­tique néo­li­bé­rale qui uti­lise prin­ci­pa­le­ment le lan­gage de l’aus­té­ri­té et de la vio­lence pour s’a­dres­ser au reste du monde, et l’in­fluence cor­ro­sive de l’argent dans le sys­tème poli­tique du pays. Si vous tenez tête aux maîtres de la guerre et au lob­by israé­lien, il vous fau­dra pro­ba­ble­ment tenir tête à tous les autres pou­voirs néo­li­bé­raux et cor­po­ra­tistes qui can­ni­ba­lisent les États-Unis. C’est en cela que consiste l’ap­ti­tude à diri­ger. Cela consiste à avoir une vision. Et cela consiste à se battre pour cette vision.

Cor­byn, qui sou­tient les négo­cia­tions avec le Hamas et avec Hez­bol­lah et qui a une fois invi­té des membres de ces deux orga­ni­sa­tions à visi­ter le Par­le­ment, a appe­lé à tra­duire en jus­tice les diri­geants d’Is­raël pour crimes de guerre contre les pales­ti­niens. Il a expri­mé son sou­tien au mou­ve­ment Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions (BDS) à l’en­contre d’Is­raël et à l’ap­pel pour un embar­go sur les armes contre ce même pays. Il sou­haite abo­lir le Pre­ven­tion of Ter­ro­rism Act (acte de pré­ven­tion du ter­ro­risme), équi­valent bri­tan­nique du Patriot Act aux États-Unis et qui a été uti­li­sé pour stig­ma­ti­ser et har­ce­ler les musul­mans. Il veut que le Royaume-Uni se retire de l’O­TAN. Il a décla­ré qu’il ne conce­vait aucune situa­tion néces­si­tant l’en­voi de troupes bri­tan­niques à l’é­tran­ger. Il s’est oppo­sé farou­che­ment à l’in­va­sion et à l’oc­cu­pa­tion de l’I­rak et a été l’un des ins­ti­ga­teurs de l’or­ga­ni­sa­tion « Stop the War Coa­li­tion ». Il a dénon­cé les États-Unis pour ce qu’il a appe­lé l’as­sas­si­nat de Ous­sa­ma ben Laden, allé­guant que le lea­der d’Al-Qaï­da aurait dû être cap­tu­ré et jugé, et il s’en est pris au gou­ver­ne­ment bri­tan­nique pour avoir uti­li­sé des drones mili­taires pour tuer deux dji­ha­distes bri­tan­niques en Syrie, au mois d’août. Il prône le désar­me­ment nucléaire uni­la­té­ral et a exhor­té à la sup­pres­sion de « Tri­dent », le pro­gramme de dis­sua­sion nucléaire de son pays. Il s’op­pose à toute inter­ven­tion mili­taire en Syrie et veut exer­cer une pres­sion sur « nos pré­ten­dus alliés de la région » com­pre­nez l’A­ra­bie Saou­dite qui sou­tiennent l’État isla­mique. Il a appe­lé à des pour­par­lers avec les diri­geants de fac­tions guer­rières en Irak et en Afgha­nis­tan en vue de mettre un terme aux conflits.

« Aucune solu­tion aux meurtres et aux vio­la­tions des droits humains {au Moyen-Orient] ne réside dans un recours à une inter­ven­tion mili­taire sup­plé­men­taire de la part de l’oc­ci­dent », a écrit Cor­byn. Il fau­dra finir par trou­ver une solu­tion poli­tique dans la région mais ce ne sont pas les bom­bar­de­ments par les forces de l’O­TAN qui pour­ront y par­ve­nir. Le drame des meurtres et de la pro­gres­sion d’I­SIS au cours de ces der­nières semaines est encore un autre résul­tat de la guerre contre le ter­ro­risme déclen­chée par le duo Bush-Blair et qui se pour­suit depuis 2001. Les vic­times de ces guerres sont les réfu­giés et ceux qui sont chas­sés de leurs mai­sons ain­si que les mil­liers de civils ano­nymes qui ont péri et conti­nue­ront de périr dans la région. Les « vain­queurs » sont inévi­ta­ble­ment les fabri­cants d’armes et ceux qui pro­fitent des res­sources natu­relles de la région.

Et il ne s’a­git là que de sa poli­tique exté­rieure.

Cor­byn dit qu’il encou­ra­ge­ra des hausses d’im­pôts impor­tantes pour les riches ain­si que la sup­pres­sion des allè­ge­ments fis­caux accor­dés aux entre­prises. Il envi­sage d’im­po­ser des mesures de sau­ve­garde pour pro­té­ger les béné­fi­ciaires de pres­ta­tions sociales et d’ins­ti­tuer un « salaire maxi­mum » pour les diri­geants d’en­tre­prises afin de lut­ter contre « des niveaux d’i­né­ga­li­té gro­tesques ». Il sou­haite la mise en place d’un enca­dre­ment géné­ra­li­sé des loyers afin de mettre un terme au « net­toyage social », selon ses propres termes, pro­duit par la gen­tri­fi­ca­tion. Il a deman­dé ins­tam­ment à la Banque d’An­gle­terre de pro­cé­der à un assou­plis­se­ment moné­taire pour le peuple qu’il nomme « Peo­ple’s Quan­ti­ta­tive Easing », exi­geant qu’elle inves­tisse des mil­liards dans des pro­jets des­ti­nés aux loge­ments, à l’éner­gie et à d’autres infra­struc­tures. Il sou­tient la créa­tion d’un sanc­tuaire dans l’ Antarc­tique pour empê­cher l’ex­trac­tion minière et le forage pétro­lier. Il s’op­pose au fra­cking. Il pré­voit des inves­tis­se­ments publics pour la construc­tion des sys­tèmes d’éner­gies renou­ve­lables solaires et éoliennes, et une « régle­men­ta­tion mon­diale » pour entra­ver l’ex­por­ta­tion de car­bone. Enfin, il envi­sage de mettre fin aux mesures de pri­va­ti­sa­tion de cer­tains ser­vices du sys­tème de san­té uni­ver­sel de son pays, connu sous le nom de « Natio­nal Health Ser­vice ».

Tan­dis que les tra­vaillistes pre­naient un virage à droite et subis­saient la domi­na­tion de l’argent cor­po­ra­tiste et du néo­li­bé­ra­lisme sous les gou­ver­ne­ments Tony Blair et Gor­don Brown — un pro­ces­sus qui a éga­le­ment concer­né le Par­ti démo­crate sous les man­dats de Bill Clin­ton et de Barack Oba­ma — Cor­byn deve­nait un rebelle au sein de son propre par­ti. Entre 1997 et 2000, en tant que membre du Par­le­ment, où il siège depuis 1983, il a voté contre des pro­jets de loi ou a contes­té des posi­tions défen­dues par le gou­ver­ne­ment du « nou­veau » Par­ti tra­vailliste plus de 500 fois. Blair, qui déteste Cor­byn, a pré­ve­nu que si le par­ti sou­tient Cor­byn lors des pro­chaines élec­tions géné­rales (qui sont pré­vues pour 2020 mais peuvent se tenir à tout moment si un vote de non-confiance au Par­le­ment a lieu), il ris­que­ra d’être anéan­ti lors du scru­tin. Cor­byn a réagi en sug­gé­rant que Blair devrait être pour­sui­vi en tant que cri­mi­nel de guerre pour son rôle dans l’in­va­sion de l’I­rak en 2003.

Cor­byn, au cours de la qua­ran­taine d’an­nées qu’il a pas­sée en marge de l’es­ta­blish­ment poli­tique bri­tan­nique, a appe­lé à l’a­bo­li­tion de la monar­chie bri­tan­nique et a décrit Karl Marx comme « une figure fas­ci­nante qui a beau­coup obser­vé et dont on peut apprendre beau­coup de choses ». Il veut natio­na­li­ser les com­pa­gnies de pro­duc­tion d’éner­gie et rena­tio­na­li­ser la poste et les che­mins de fer. « Sans excep­tion, la majo­ri­té des infra­struc­tures bri­tan­niques d’élec­tri­ci­té, de gaz, d’eau et de che­min de fer ont été construites par le biais d’in­ves­tis­se­ments publics à la fin de la deuxième guerre mon­diale et ont toutes été pri­va­ti­sées à des prix défiant toute concur­rence par les gou­ver­ne­ments conser­va­teurs de That­cher et de [John] Major au pro­fit d’in­ves­tis­seurs avides ». a‑t-il écrit dans une colonne du jour­nal « The Mor­ning Star ».

Il a sou­le­vé la pos­si­bi­li­té d’un retrait du Royaume-Uni de l’U­nion Euro­péenne, citant l’at­taque dra­co­nienne orches­trée par l’UE contre le peuple grec au nom de l’aus­té­ri­té. « Obser­vons les choses sous un autre angle », a décla­ré Cor­byn. « Si on per­met à des forces qui n’ont pas à répondre de leurs actes de détruire une éco­no­mie comme celle de la Grèce, quand tout l’argent de ce plan de sau­ve­tage ne va pas au peuple grec mais à plu­sieurs banques à tra­vers l’Eu­rope, alors je pense que nous devons réflé­chir très sérieu­se­ment au rôle joué par l’UE et au rôle que nous jouons dans tout cela ».

Cor­byn a pro­po­sé la créa­tion d’un Ser­vice Natio­nal de l’é­du­ca­tion qui four­ni­rait, grâce à l’aug­men­ta­tion des taxes sur les entre­prises, une édu­ca­tion uni­ver­selle gra­tuite de la gar­de­rie jus­qu’à l’u­ni­ver­si­té, en pas­sant par les écoles pro­fes­sion­nelles et la for­ma­tion pour adultes. Il sou­haite sup­pri­mer l’é­qui­valent bri­tan­nique des écoles pri­vées sous contrat et mettre fin à l’oc­troi d’exo­né­ra­tion d’im­pôt consen­ti aux écoles pri­vées des­ti­nées aux élites. Il vou­drait réta­blir les sub­ven­tions d’é­tat dans le domaine des arts. Il a publié une décla­ra­tion en août ayant pour titre « Les arts sont pour tous et non pour quelques uns ; il y a de la créa­ti­vi­té dans cha­cun d’entre nous. » Elle vaut la peine d’être lue.

La com­mu­nau­té artis­tique aux États-Unis, comme celle de Grande-Bre­tagne, est en grande détresse. Les acteurs, les dan­seurs, les musi­ciens, les sculp­teurs, les chan­teurs, les peintres, les écri­vains, les poètes et même les jour­na­listes ne par­viennent pas à gagner leur vie. Ils dis­posent de peu d’es­paces pour se pro­duire ou pour publier une nou­velle œuvre. Les théâtres déjà implan­tés offrent des spec­tacles de mau­vais goût ou des pièces qui sont des diver­tis­se­ments vides de sens plu­tôt que de l’art. La guerre contre les arts a contri­bué dans une large mesure au nivel­le­ment par le bas de la popu­la­tion des États-Unis. Elle nous coupe de notre patri­moine artis­tique et intel­lec­tuel, contri­buant ain­si à notre amné­sie his­to­rique et cultu­relle. En paral­lèle, la sup­pres­sion des matières artis­tiques des pro­grammes sco­laires, main­te­nant domi­nés par des com­pé­tences pro­fes­sion­nelles et des tests stan­dar­di­sés, a conso­li­dé un sys­tème dans lequel on a ensei­gné ce qu’il faut pen­ser et non com­ment il fat pen­ser. L’ex­pres­sion libre et la créa­ti­vi­té, dis­ci­plines qui rendent pos­sibles la connais­sance de soi, la trans­cen­dance et l’ap­ti­tude au res­pect, sont des ana­thèmes aux yeux de l’é­tat capi­ta­liste. Le dogme impo­sé du néo­li­bé­ra­lisme ne doit pas être remis en ques­tion.

« Sous l’ap­pa­rence d’un pro­gramme d’aus­té­ri­té à carac­tère poli­tique, ce gou­ver­ne­ment a détruit le finan­ce­ment des arts avec des pro­jets qui devaient jus­ti­fier de plus en plus sou­vent leurs contri­bu­tions artis­tiques et sociales dans l’ap­proche réduc­trice et impla­ca­ble­ment ins­tru­men­ta­liste de l’ad­mi­nis­tra­tion That­cher », a écrit Cor­byn dans sa décla­ra­tion du mois d’août. Au cours des années 80, That­cher qui était alors pre­mier ministre, a cher­ché à affai­blir la com­mu­nau­té artis­tique, en ten­tant de réduire au silence les pro­vo­ca­teurs et en favo­ri­sant le popu­lisme. Les méthodes actuelles de mesure des valeurs du Tré­sor (ins­pi­rées de pra­tiques uti­li­sées dans le mar­ché immo­bi­lier et ailleurs) pour ten­ter de trou­ver des méca­nismes appro­priés au cal­cul de la valeur des visites des gale­ries d’art ou de l’o­pé­ra, consti­tuent une voie dan­ge­reuse vers la com­mer­cia­li­sa­tion impi­toyable de chaque sphère de notre exis­tence. Il en a résul­té des coupes dans le bud­get du « Arts Coun­cil » (orga­nisme public char­gé de la pro­mo­tion des arts et de la culture) qui ont atteint 82 mil­lions de livres en l’es­pace de 5 ans et la fer­me­ture de la grande majo­ri­té des orga­ni­sa­tions artis­tiques sub­ven­tion­nées, en par­ti­cu­lier en dehors de Londres. »

Il conti­nue :

Au-delà des béné­fices sociaux et éco­no­miques évi­dents des arts, on retrouve leur contri­bu­tion impor­tante à nos com­mu­nau­tés, à l’é­du­ca­tion et au pro­ces­sus démo­cra­tique. Des études ont démon­tré l’im­pact béné­fique de l’é­tude du théâtre dans les écoles sur la capa­ci­té des ado­les­cents à com­mu­ni­quer, apprendre, et se tolé­rer les uns les autres, ain­si que sur la pro­ba­bi­li­té qu’ils votent. La hausse de l’im­pli­ca­tion des jeunes dans le pro­ces­sus poli­tique est une chose qu’il faut encou­ra­ger et célé­brer. De plus, la contri­bu­tion et la cri­tique de notre socié­té et de la démo­cra­tie que le théâtre a la capa­ci­té d’of­frir doit être pro­té­gée. Pour citer David Lan, « la dis­si­dence est néces­saire à la démo­cra­tie, et les gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques ont inté­rêt à pré­ser­ver les sites où la dis­si­dence peut s’ex­pri­mer ».

Cor­byn dit qu’il annu­le­rait les coupes bud­gé­taires gou­ver­ne­men­tales qui ont éven­tré la BBC. Il com­prend que la des­truc­tion de la radio­dif­fu­sion publique, qui est conçue pour four­nir une tri­bune aux voix et aux artistes que l’argent cor­po­ra­tiste ne contrôle pas, signi­fie l’a­vè­ne­ment d’un sys­tème de pro­pa­gande domi­né par les cor­po­ra­tions, comme celui qui contrôle la majo­ri­té des ondes états-uniennes.

« Je crois fer­me­ment au prin­cipe de la radio­dif­fu­sion publique et je ne vou­drais pas qu’on suive la voie tra­cée par les États-Unis, où PBS a été évi­dée, inca­pable de four­nir un conte­nu assez large pour pou­voir affron­ter les radio­dif­fu­seurs pri­vés, et où Fox News a, par consé­quent, acquis une posi­tion domi­nante et donne le la dans le domaine de l’ac­tua­li­té », a‑t-il écrit. « Je veux voir le par­ti tra­vailliste au cœur des cam­pagnes de pro­tec­tion de la BBC et de ses droits de licence. Lorsque nous [les tra­vaillistes] retour­ne­ront au pou­voir, nous devons entiè­re­ment finan­cer la radio­dif­fu­sion publique sous toutes ses formes, et recon­naitre le rôle cru­cial qu’a joué la BBC dans la mise en place et le sou­tien d’arts natio­naux de classe mon­diale, du théâtre, et du diver­tis­se­ment ».

Cor­byn est deve­nu végé­ta­rien à l’âge de 20 ans après avoir tra­vaillé dans une exploi­ta­tion por­cine et avoir été témoin de l’a­bus, de la tor­ture et du mas­sacre de ces ani­maux. Il sou­tient les droits des ani­maux. Il ne pos­sède pas de voi­ture, se déplace presque par­tout en vélo et est notoi­re­ment fru­gal, est habi­tuel­le­ment le moins dépen­sier de tous les membres du par­le­ment. Son roman­cier pré­fé­ré est l’é­cri­vain nigé­rian Chi­nua Achebe, qui a écrit « Things Fall Apart » (« le monde s’ef­fondre »), une explo­ra­tion de la force des­truc­trice du colo­nia­lisme. Cor­byn parle cou­ram­ment l’es­pa­gnol et vient d’une famille de gauche. (Ses parents se sont ren­con­trés lors d’un ras­sem­ble­ment en sou­tien aux répu­bli­cains qui com­bat­taient les fas­cistes de Fran­co durant la guerre civile espa­gnole).

Il est très conscient du pro­blème de la vio­lence mas­cu­line contre les femmes. Il blo­que­rait la fer­me­ture des centres pour femmes vic­times de vio­lences domes­tiques, com­bat­trait la dis­cri­mi­na­tion contre les femmes sur leur lieu de tra­vail et sou­tien­drait les lois contre le har­cè­le­ment sexuel et l’a­gres­sion sexuelle. Il explique que son cabi­net serait com­po­sé à 50% de femmes.

L’ascension de Cor­byn à la tête du par­ti tra­vailliste a d’ores et déjà déclen­ché un lyn­chage contre lui de la part des forces de l’ordre poli­tique néo­li­bé­ral. Ces forces sont déter­mi­nées à l’empêcher de deve­nir pre­mier ministre. Les élites enra­ci­nées dans son propre par­ti — dont un cer­tain nombre ont déjà démis­sion­né de postes de direc­tions, en signe de pro­tes­ta­tion contre l’é­lec­tion de Cor­byn — cher­che­ront à lui faire ce que les démo­crates firent en 1972 à George McGi­vern après qu’il ait obte­nu la nomi­na­tion à la tête du par­ti. La rhé­to­rique de la peur a déjà com­men­cé. Le pre­mier ministre David Came­ron a twee­té dimanche : « le par­ti tra­vailliste est main­te­nant une menace pour notre sécu­ri­té natio­nale, notre sécu­ri­té éco­no­mique et la sécu­ri­té de votre famille ». Cette bataille sera rude.

Cor­byn, à l’ins­tar de Syri­za en Grèce et Pode­mos en Espagne, fait par­tie de la nou­velle résis­tance popu­laire qui émerge des ruines du néo­li­bé­ra­lisme et de la glo­ba­li­sa­tion pour com­battre le sys­tème ban­caire inter­na­tio­nal et l’im­pé­ria­lisme amé­ri­cain. Il nous reste à orga­ni­ser cette bataille effi­ca­ce­ment aux États-Unis. Mais parce que nous vivons au cœur de l’empire, une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière nous incombe pour défier la machine, main­te­nue en place par l’es­ta­blish­ment du Par­ti démo­crate, défier l’in­dus­trie de la guerre, Wall Street et le lob­by israé­lien. Nous devons nous aus­si œuvrer à construire une nation socia­liste. Notre vic­toire n’est pas assu­rée, mais ce com­bat est le seul espoir qui nous reste pour nous sau­ver des forces pré­da­trices déter­mi­nées à détruire la démo­cra­tie et l’é­co­sys­tème dont nos vies dépendent. Si les forces aux­quelles nous sommes confron­tés triomphent, notre ave­nir sera com­pro­mis.

Chris Hedges


Tra­duc­tion : Hélé­na Delau­nay

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Comments to: Où est notre Jeremy Corbyn ? (Chris Hedges)
  • 2 octobre 2015

    Mer­ci à la tra­duc­trice !
    Juste une remarque : la tra­duc­tion choi­sie pour le titre me semble ambigüe.
    Je pro­po­se­rais : « Nous, Amé­ri­cains, où est notre Jere­my Cor­byn ? » ou bien « Nous, les Etats-Unis, aurions besoin d’un Jere­my Cor­byn ».

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  • Je sou­tiens com­plè­te­ment cette démarche car elle montre une vraie volon­té poli­tique, ce qui manque à cette période de fin de civi­li­sa­tion comme la nomme ma femme. C’est effec­ti­ve­ment un homme poli­tique de gauche ce qui n’est pas la moindre des qua­li­tés aujourd’­hui.

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  • 2 octobre 2015

    Thanks to Chris Hedjes to have sup­plied us the oppor­tu­ni­ty to know Jere­my Cor­byn ‚his so noble ideals in the ser­vice of his country,his fel­low coun­try­men in par­ti­cu­lar weak ones, soli­da­ri­ty , jus­tice but also a jus­tice for the good of the huma­ni­ty, an ideal which you share and which you would like to see one day applied in your coun­try, Ame­ri­ca, at the heart of « the empire » as you say. Is enough these wealth which bene­fit only the rich, the ban­kers, the arms dea­lers, the big mul­ti­na­tio­nals and all those power see­kers. Is enough all these atro­cious wars which bring back only mis­for­tune and sad­ness ! The task is cer­tain­ly dif­fi­cult, the thor­ny and very long path but the man when he wakes up can move moun­tains and sweep like a tsu­na­mi the ene­mies of the human race

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  • 2 octobre 2015

    Mer­ci à Chris Hedjes pour nous avoir four­ni l’oc­ca­sion de connaître Jere­my Cor­byn, ses idéaux tel­le­ment nobles au ser­vice de son pays,de ses conci­toyens notam­ment les faibles,de soli­da­ri­té de jus­tice mais aus­si une jus­tesse de vue et une jus­tice pour le bien de l’hu­ma­ni­té entière,un idéal que vous par­ta­gez et que vous aime­riez voir un jour appli­qué dans votre pays,l’Amérique, au coeur de « l’empire » comme vous dites.Suffit ces richesses qui ne pro­fitent qu’aux riches,aux banquiers,aux mar­chands de canons ‚aux grandes mul­ti­na­tio­nales et tous ceux assoif­fés de pouvoir.Suffit toutes ces guerres atroces qui ne rap­portent que mal­heur et désolation!La tâche est certes difficile,le che­min épi­neux et bien long mais l’homme quand il se réveille peut dépla­cer des mon­tagnes et balayer tel un tsu­na­mi les enne­mis du genre humain

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  • 2 octobre 2015

    Mer­ci à Chris Hedjes pour nous avoir four­ni l’oc­ca­sion de connaître Jere­my Cor­byn, ses idéaux tel­le­ment nobles au ser­vice de son pays ‚de ses conci­toyens notam­ment les faibles ‚de soli­da­ri­té de jus­tice mais aus­si une jus­tesse de vue et une jus­tice pour le bien de l’hu­ma­ni­té entière ‚un idéal que vous par­ta­gez et que vous aime­riez voir un jour appli­qué dans votre pays,l’Amérique, au coeur de « l’empire » comme vous dites.Suffit ces richesses qui ne pro­fitent qu’aux riches,aux banquiers,aux mar­chands de canons ‚aux grandes mul­ti­na­tio­nales et tous ceux assoif­fés de pouvoir.Suffit toutes ces guerres atroces qui ne rap­portent que mal­heur et désolation!La tâche est certes difficile,le che­min épi­neux et bien long mais l’homme quand il se réveille peut dépla­cer des mon­tagnes et balayer tel un tsu­na­mi les enne­mis du genre humain.

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  • […] Jere­my Cor­byn, le nou­veau chef du par­ti tra­vailliste [bri­tan­nique], nous offre exemple dif­fé­rent. Il a été mar­gi­na­li­sé au sein de son propre par­ti pen­dant trois décen­nies parce qu’il est res­té fidèle aux prin­cipes cen­traux du socia­lisme. Et tan­dis que le men­songe du néo­li­bé­ra­lisme, défen­du par les deux par­tis diri­geants, deve­nait appa­rent, les gens ont su à qui ils pou­vaient accor­der leur confiance. Cor­byn n’a jamais manoeu­vré pour faire évo­luer sa car­rière. Et c’est pour­quoi l’establishment a si peur de lui. Ils savent qu’il ne leur est pas pos­sible de subor­ner Cor­byn, pas plus qu’il n’était pos­sible de subor­ner Mother Jones ou Big Bill Hay­wood. L’intégrité et le cou­rage sont des armes puis­santes. Nous devons apprendre à les uti­li­ser. Nous devons défendre ce en quoi nous croyons. Et nous devons accep­ter les risques voire le ridi­cule qui accom­pagnent cette prise de posi­tion. Nous ne nous impo­se­rons d’aucune autre manière. […]

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