Où est notre Jeremy Corbyn ? (Chris Hedges)

chris_hedgesArticle ori­gi­nal publié en anglais sur le site de truthdig.com, le 13 sep­tembre 2015.
Chris­to­pher Lynn Hedges (né le 18 sep­tembre 1956 à Saint-Johns­bu­ry, au Ver­mont) est un jour­na­liste et auteur amé­ri­cain. Réci­pien­daire d’un prix Pulit­zer, Chris Hedges fut cor­res­pon­dant de guerre pour le New York Times pen­dant 15 ans. Recon­nu pour ses articles d’analyse sociale et poli­tique de la situa­tion amé­ri­caine, ses écrits paraissent main­te­nant dans la presse indé­pen­dante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a éga­le­ment ensei­gné aux uni­ver­si­tés Colum­bia et Prin­ce­ton. Il est édi­to­ria­liste du lun­di pour le site Truthdig.com.


La poli­tique de Jere­my Cor­byn, qui a rem­por­té same­di une vic­toire écra­sante à la tête du Par­ti tra­vailliste qui avait essuyé une défaite élec­to­rale en mai der­nier, fait par­tie de la révolte glo­bale contre la tyran­nie cor­po­ra­tiste. Sa longue car­rière avait été mar­quée par une mise à l’é­cart au sein même de la classe poli­tique de son pays. Mais n’ayant jamais renon­cé aux idéaux socia­listes qui défi­nis­saient le vieux Par­ti tra­vailliste, il est sor­ti intact du tas de fumier que repré­sente le néo­li­bé­ra­lisme. Son inté­gri­té, ain­si que son audace, offrent une leçon à ceux qui, aux États-Unis, se défi­nissent comme appar­te­nant à la gauche, font de beaux dis­cours, cherchent à com­po­ser avec les élites au pou­voir plus par­ti­cu­liè­re­ment avec le Par­ti démo­crate  et sont tota­le­ment dépour­vus de courage.

Je n’ap­por­te­rai mon sou­tien ni à un homme poli­tique qui liquide les pales­ti­niens et se plie aux exi­gences du lob­by israé­lien ni à un homme poli­tique qui refuse de s’op­po­ser au com­plexe mili­ta­ro-indus­triel ou à la supré­ma­tie blanche et à l’in­jus­tice raciale. La ques­tion pales­ti­nienne n’est pas une ques­tion acces­soire. Elle fait par­tie inté­grante des efforts des états-uniens visant à déman­te­ler notre machine de guerre, la poli­tique néo­li­bé­rale qui uti­lise prin­ci­pa­le­ment le lan­gage de l’aus­té­ri­té et de la vio­lence pour s’a­dres­ser au reste du monde, et l’in­fluence cor­ro­sive de l’argent dans le sys­tème poli­tique du pays. Si vous tenez tête aux maîtres de la guerre et au lob­by israé­lien, il vous fau­dra pro­ba­ble­ment tenir tête à tous les autres pou­voirs néo­li­bé­raux et cor­po­ra­tistes qui can­ni­ba­lisent les États-Unis. C’est en cela que consiste l’ap­ti­tude à diri­ger. Cela consiste à avoir une vision. Et cela consiste à se battre pour cette vision.

Cor­byn, qui sou­tient les négo­cia­tions avec le Hamas et avec Hez­bol­lah et qui a une fois invi­té des membres de ces deux orga­ni­sa­tions à visi­ter le Par­le­ment, a appe­lé à tra­duire en jus­tice les diri­geants d’Is­raël pour crimes de guerre contre les pales­ti­niens. Il a expri­mé son sou­tien au mou­ve­ment Boy­cott, Dés­in­ves­tis­se­ment et Sanc­tions (BDS) à l’en­contre d’Is­raël et à l’ap­pel pour un embar­go sur les armes contre ce même pays. Il sou­haite abo­lir le Pre­ven­tion of Ter­ro­rism Act (acte de pré­ven­tion du ter­ro­risme), équi­valent bri­tan­nique du Patriot Act aux États-Unis et qui a été uti­li­sé pour stig­ma­ti­ser et har­ce­ler les musul­mans. Il veut que le Royaume-Uni se retire de l’O­TAN. Il a décla­ré qu’il ne conce­vait aucune situa­tion néces­si­tant l’en­voi de troupes bri­tan­niques à l’é­tran­ger. Il s’est oppo­sé farou­che­ment à l’in­va­sion et à l’oc­cu­pa­tion de l’I­rak et a été l’un des ins­ti­ga­teurs de l’or­ga­ni­sa­tion « Stop the War Coa­li­tion ». Il a dénon­cé les États-Unis pour ce qu’il a appe­lé l’as­sas­si­nat de Ous­sa­ma ben Laden, allé­guant que le lea­der d’Al-Qaï­da aurait dû être cap­tu­ré et jugé, et il s’en est pris au gou­ver­ne­ment bri­tan­nique pour avoir uti­li­sé des drones mili­taires pour tuer deux dji­ha­distes bri­tan­niques en Syrie, au mois d’août. Il prône le désar­me­ment nucléaire uni­la­té­ral et a exhor­té à la sup­pres­sion de « Tri­dent », le pro­gramme de dis­sua­sion nucléaire de son pays. Il s’op­pose à toute inter­ven­tion mili­taire en Syrie et veut exer­cer une pres­sion sur « nos pré­ten­dus alliés de la région » com­pre­nez l’A­ra­bie Saou­dite qui sou­tiennent l’État isla­mique. Il a appe­lé à des pour­par­lers avec les diri­geants de fac­tions guer­rières en Irak et en Afgha­nis­tan en vue de mettre un terme aux conflits.

« Aucune solu­tion aux meurtres et aux vio­la­tions des droits humains {au Moyen-Orient] ne réside dans un recours à une inter­ven­tion mili­taire sup­plé­men­taire de la part de l’oc­ci­dent », a écrit Cor­byn. Il fau­dra finir par trou­ver une solu­tion poli­tique dans la région mais ce ne sont pas les bom­bar­de­ments par les forces de l’O­TAN qui pour­ront y par­ve­nir. Le drame des meurtres et de la pro­gres­sion d’I­SIS au cours de ces der­nières semaines est encore un autre résul­tat de la guerre contre le ter­ro­risme déclen­chée par le duo Bush-Blair et qui se pour­suit depuis 2001. Les vic­times de ces guerres sont les réfu­giés et ceux qui sont chas­sés de leurs mai­sons ain­si que les mil­liers de civils ano­nymes qui ont péri et conti­nue­ront de périr dans la région. Les « vain­queurs » sont inévi­ta­ble­ment les fabri­cants d’armes et ceux qui pro­fitent des res­sources natu­relles de la région.

Et il ne s’a­git là que de sa poli­tique extérieure.

Cor­byn dit qu’il encou­ra­ge­ra des hausses d’im­pôts impor­tantes pour les riches ain­si que la sup­pres­sion des allè­ge­ments fis­caux accor­dés aux entre­prises. Il envi­sage d’im­po­ser des mesures de sau­ve­garde pour pro­té­ger les béné­fi­ciaires de pres­ta­tions sociales et d’ins­ti­tuer un « salaire maxi­mum » pour les diri­geants d’en­tre­prises afin de lut­ter contre « des niveaux d’i­né­ga­li­té gro­tesques ». Il sou­haite la mise en place d’un enca­dre­ment géné­ra­li­sé des loyers afin de mettre un terme au « net­toyage social », selon ses propres termes, pro­duit par la gen­tri­fi­ca­tion. Il a deman­dé ins­tam­ment à la Banque d’An­gle­terre de pro­cé­der à un assou­plis­se­ment moné­taire pour le peuple qu’il nomme « Peo­ple’s Quan­ti­ta­tive Easing », exi­geant qu’elle inves­tisse des mil­liards dans des pro­jets des­ti­nés aux loge­ments, à l’éner­gie et à d’autres infra­struc­tures. Il sou­tient la créa­tion d’un sanc­tuaire dans l’ Antarc­tique pour empê­cher l’ex­trac­tion minière et le forage pétro­lier. Il s’op­pose au fra­cking. Il pré­voit des inves­tis­se­ments publics pour la construc­tion des sys­tèmes d’éner­gies renou­ve­lables solaires et éoliennes, et une « régle­men­ta­tion mon­diale » pour entra­ver l’ex­por­ta­tion de car­bone. Enfin, il envi­sage de mettre fin aux mesures de pri­va­ti­sa­tion de cer­tains ser­vices du sys­tème de san­té uni­ver­sel de son pays, connu sous le nom de « Natio­nal Health Ser­vice ».

Tan­dis que les tra­vaillistes pre­naient un virage à droite et subis­saient la domi­na­tion de l’argent cor­po­ra­tiste et du néo­li­bé­ra­lisme sous les gou­ver­ne­ments Tony Blair et Gor­don Brown — un pro­ces­sus qui a éga­le­ment concer­né le Par­ti démo­crate sous les man­dats de Bill Clin­ton et de Barack Oba­ma — Cor­byn deve­nait un rebelle au sein de son propre par­ti. Entre 1997 et 2000, en tant que membre du Par­le­ment, où il siège depuis 1983, il a voté contre des pro­jets de loi ou a contes­té des posi­tions défen­dues par le gou­ver­ne­ment du « nou­veau » Par­ti tra­vailliste plus de 500 fois. Blair, qui déteste Cor­byn, a pré­ve­nu que si le par­ti sou­tient Cor­byn lors des pro­chaines élec­tions géné­rales (qui sont pré­vues pour 2020 mais peuvent se tenir à tout moment si un vote de non-confiance au Par­le­ment a lieu), il ris­que­ra d’être anéan­ti lors du scru­tin. Cor­byn a réagi en sug­gé­rant que Blair devrait être pour­sui­vi en tant que cri­mi­nel de guerre pour son rôle dans l’in­va­sion de l’I­rak en 2003.

Cor­byn, au cours de la qua­ran­taine d’an­nées qu’il a pas­sée en marge de l’es­ta­blish­ment poli­tique bri­tan­nique, a appe­lé à l’a­bo­li­tion de la monar­chie bri­tan­nique et a décrit Karl Marx comme « une figure fas­ci­nante qui a beau­coup obser­vé et dont on peut apprendre beau­coup de choses ». Il veut natio­na­li­ser les com­pa­gnies de pro­duc­tion d’éner­gie et rena­tio­na­li­ser la poste et les che­mins de fer. « Sans excep­tion, la majo­ri­té des infra­struc­tures bri­tan­niques d’élec­tri­ci­té, de gaz, d’eau et de che­min de fer ont été construites par le biais d’in­ves­tis­se­ments publics à la fin de la deuxième guerre mon­diale et ont toutes été pri­va­ti­sées à des prix défiant toute concur­rence par les gou­ver­ne­ments conser­va­teurs de That­cher et de [John] Major au pro­fit d’in­ves­tis­seurs avides ». a‑t-il écrit dans une colonne du jour­nal « The Mor­ning Star ».

Il a sou­le­vé la pos­si­bi­li­té d’un retrait du Royaume-Uni de l’U­nion Euro­péenne, citant l’at­taque dra­co­nienne orches­trée par l’UE contre le peuple grec au nom de l’aus­té­ri­té. « Obser­vons les choses sous un autre angle », a décla­ré Cor­byn. « Si on per­met à des forces qui n’ont pas à répondre de leurs actes de détruire une éco­no­mie comme celle de la Grèce, quand tout l’argent de ce plan de sau­ve­tage ne va pas au peuple grec mais à plu­sieurs banques à tra­vers l’Eu­rope, alors je pense que nous devons réflé­chir très sérieu­se­ment au rôle joué par l’UE et au rôle que nous jouons dans tout cela ».

Cor­byn a pro­po­sé la créa­tion d’un Ser­vice Natio­nal de l’é­du­ca­tion qui four­ni­rait, grâce à l’aug­men­ta­tion des taxes sur les entre­prises, une édu­ca­tion uni­ver­selle gra­tuite de la gar­de­rie jus­qu’à l’u­ni­ver­si­té, en pas­sant par les écoles pro­fes­sion­nelles et la for­ma­tion pour adultes. Il sou­haite sup­pri­mer l’é­qui­valent bri­tan­nique des écoles pri­vées sous contrat et mettre fin à l’oc­troi d’exo­né­ra­tion d’im­pôt consen­ti aux écoles pri­vées des­ti­nées aux élites. Il vou­drait réta­blir les sub­ven­tions d’é­tat dans le domaine des arts. Il a publié une décla­ra­tion en août ayant pour titre « Les arts sont pour tous et non pour quelques uns ; il y a de la créa­ti­vi­té dans cha­cun d’entre nous. » Elle vaut la peine d’être lue.

La com­mu­nau­té artis­tique aux États-Unis, comme celle de Grande-Bre­tagne, est en grande détresse. Les acteurs, les dan­seurs, les musi­ciens, les sculp­teurs, les chan­teurs, les peintres, les écri­vains, les poètes et même les jour­na­listes ne par­viennent pas à gagner leur vie. Ils dis­posent de peu d’es­paces pour se pro­duire ou pour publier une nou­velle œuvre. Les théâtres déjà implan­tés offrent des spec­tacles de mau­vais goût ou des pièces qui sont des diver­tis­se­ments vides de sens plu­tôt que de l’art. La guerre contre les arts a contri­bué dans une large mesure au nivel­le­ment par le bas de la popu­la­tion des États-Unis. Elle nous coupe de notre patri­moine artis­tique et intel­lec­tuel, contri­buant ain­si à notre amné­sie his­to­rique et cultu­relle. En paral­lèle, la sup­pres­sion des matières artis­tiques des pro­grammes sco­laires, main­te­nant domi­nés par des com­pé­tences pro­fes­sion­nelles et des tests stan­dar­di­sés, a conso­li­dé un sys­tème dans lequel on a ensei­gné ce qu’il faut pen­ser et non com­ment il fat pen­ser. L’ex­pres­sion libre et la créa­ti­vi­té, dis­ci­plines qui rendent pos­sibles la connais­sance de soi, la trans­cen­dance et l’ap­ti­tude au res­pect, sont des ana­thèmes aux yeux de l’é­tat capi­ta­liste. Le dogme impo­sé du néo­li­bé­ra­lisme ne doit pas être remis en question.

« Sous l’ap­pa­rence d’un pro­gramme d’aus­té­ri­té à carac­tère poli­tique, ce gou­ver­ne­ment a détruit le finan­ce­ment des arts avec des pro­jets qui devaient jus­ti­fier de plus en plus sou­vent leurs contri­bu­tions artis­tiques et sociales dans l’ap­proche réduc­trice et impla­ca­ble­ment ins­tru­men­ta­liste de l’ad­mi­nis­tra­tion That­cher », a écrit Cor­byn dans sa décla­ra­tion du mois d’août. Au cours des années 80, That­cher qui était alors pre­mier ministre, a cher­ché à affai­blir la com­mu­nau­té artis­tique, en ten­tant de réduire au silence les pro­vo­ca­teurs et en favo­ri­sant le popu­lisme. Les méthodes actuelles de mesure des valeurs du Tré­sor (ins­pi­rées de pra­tiques uti­li­sées dans le mar­ché immo­bi­lier et ailleurs) pour ten­ter de trou­ver des méca­nismes appro­priés au cal­cul de la valeur des visites des gale­ries d’art ou de l’o­pé­ra, consti­tuent une voie dan­ge­reuse vers la com­mer­cia­li­sa­tion impi­toyable de chaque sphère de notre exis­tence. Il en a résul­té des coupes dans le bud­get du « Arts Coun­cil » (orga­nisme public char­gé de la pro­mo­tion des arts et de la culture) qui ont atteint 82 mil­lions de livres en l’es­pace de 5 ans et la fer­me­ture de la grande majo­ri­té des orga­ni­sa­tions artis­tiques sub­ven­tion­nées, en par­ti­cu­lier en dehors de Londres. »

Il conti­nue :

Au-delà des béné­fices sociaux et éco­no­miques évi­dents des arts, on retrouve leur contri­bu­tion impor­tante à nos com­mu­nau­tés, à l’é­du­ca­tion et au pro­ces­sus démo­cra­tique. Des études ont démon­tré l’im­pact béné­fique de l’é­tude du théâtre dans les écoles sur la capa­ci­té des ado­les­cents à com­mu­ni­quer, apprendre, et se tolé­rer les uns les autres, ain­si que sur la pro­ba­bi­li­té qu’ils votent. La hausse de l’im­pli­ca­tion des jeunes dans le pro­ces­sus poli­tique est une chose qu’il faut encou­ra­ger et célé­brer. De plus, la contri­bu­tion et la cri­tique de notre socié­té et de la démo­cra­tie que le théâtre a la capa­ci­té d’of­frir doit être pro­té­gée. Pour citer David Lan, « la dis­si­dence est néces­saire à la démo­cra­tie, et les gou­ver­ne­ments démo­cra­tiques ont inté­rêt à pré­ser­ver les sites où la dis­si­dence peut s’ex­pri­mer ».

Cor­byn dit qu’il annu­le­rait les coupes bud­gé­taires gou­ver­ne­men­tales qui ont éven­tré la BBC. Il com­prend que la des­truc­tion de la radio­dif­fu­sion publique, qui est conçue pour four­nir une tri­bune aux voix et aux artistes que l’argent cor­po­ra­tiste ne contrôle pas, signi­fie l’a­vè­ne­ment d’un sys­tème de pro­pa­gande domi­né par les cor­po­ra­tions, comme celui qui contrôle la majo­ri­té des ondes états-uniennes.

« Je crois fer­me­ment au prin­cipe de la radio­dif­fu­sion publique et je ne vou­drais pas qu’on suive la voie tra­cée par les États-Unis, où PBS a été évi­dée, inca­pable de four­nir un conte­nu assez large pour pou­voir affron­ter les radio­dif­fu­seurs pri­vés, et où Fox News a, par consé­quent, acquis une posi­tion domi­nante et donne le la dans le domaine de l’ac­tua­li­té », a‑t-il écrit. « Je veux voir le par­ti tra­vailliste au cœur des cam­pagnes de pro­tec­tion de la BBC et de ses droits de licence. Lorsque nous [les tra­vaillistes] retour­ne­ront au pou­voir, nous devons entiè­re­ment finan­cer la radio­dif­fu­sion publique sous toutes ses formes, et recon­naitre le rôle cru­cial qu’a joué la BBC dans la mise en place et le sou­tien d’arts natio­naux de classe mon­diale, du théâtre, et du diver­tis­se­ment ».

Cor­byn est deve­nu végé­ta­rien à l’âge de 20 ans après avoir tra­vaillé dans une exploi­ta­tion por­cine et avoir été témoin de l’a­bus, de la tor­ture et du mas­sacre de ces ani­maux. Il sou­tient les droits des ani­maux. Il ne pos­sède pas de voi­ture, se déplace presque par­tout en vélo et est notoi­re­ment fru­gal, est habi­tuel­le­ment le moins dépen­sier de tous les membres du par­le­ment. Son roman­cier pré­fé­ré est l’é­cri­vain nigé­rian Chi­nua Achebe, qui a écrit « Things Fall Apart » (« le monde s’ef­fondre »), une explo­ra­tion de la force des­truc­trice du colo­nia­lisme. Cor­byn parle cou­ram­ment l’es­pa­gnol et vient d’une famille de gauche. (Ses parents se sont ren­con­trés lors d’un ras­sem­ble­ment en sou­tien aux répu­bli­cains qui com­bat­taient les fas­cistes de Fran­co durant la guerre civile espagnole).

Il est très conscient du pro­blème de la vio­lence mas­cu­line contre les femmes. Il blo­que­rait la fer­me­ture des centres pour femmes vic­times de vio­lences domes­tiques, com­bat­trait la dis­cri­mi­na­tion contre les femmes sur leur lieu de tra­vail et sou­tien­drait les lois contre le har­cè­le­ment sexuel et l’a­gres­sion sexuelle. Il explique que son cabi­net serait com­po­sé à 50% de femmes.

L’ascension de Cor­byn à la tête du par­ti tra­vailliste a d’ores et déjà déclen­ché un lyn­chage contre lui de la part des forces de l’ordre poli­tique néo­li­bé­ral. Ces forces sont déter­mi­nées à l’empêcher de deve­nir pre­mier ministre. Les élites enra­ci­nées dans son propre par­ti — dont un cer­tain nombre ont déjà démis­sion­né de postes de direc­tions, en signe de pro­tes­ta­tion contre l’é­lec­tion de Cor­byn — cher­che­ront à lui faire ce que les démo­crates firent en 1972 à George McGi­vern après qu’il ait obte­nu la nomi­na­tion à la tête du par­ti. La rhé­to­rique de la peur a déjà com­men­cé. Le pre­mier ministre David Came­ron a twee­té dimanche : « le par­ti tra­vailliste est main­te­nant une menace pour notre sécu­ri­té natio­nale, notre sécu­ri­té éco­no­mique et la sécu­ri­té de votre famille ». Cette bataille sera rude.

Cor­byn, à l’ins­tar de Syri­za en Grèce et Pode­mos en Espagne, fait par­tie de la nou­velle résis­tance popu­laire qui émerge des ruines du néo­li­bé­ra­lisme et de la glo­ba­li­sa­tion pour com­battre le sys­tème ban­caire inter­na­tio­nal et l’im­pé­ria­lisme amé­ri­cain. Il nous reste à orga­ni­ser cette bataille effi­ca­ce­ment aux États-Unis. Mais parce que nous vivons au cœur de l’empire, une res­pon­sa­bi­li­té par­ti­cu­lière nous incombe pour défier la machine, main­te­nue en place par l’es­ta­blish­ment du Par­ti démo­crate, défier l’in­dus­trie de la guerre, Wall Street et le lob­by israé­lien. Nous devons nous aus­si œuvrer à construire une nation socia­liste. Notre vic­toire n’est pas assu­rée, mais ce com­bat est le seul espoir qui nous reste pour nous sau­ver des forces pré­da­trices déter­mi­nées à détruire la démo­cra­tie et l’é­co­sys­tème dont nos vies dépendent. Si les forces aux­quelles nous sommes confron­tés triomphent, notre ave­nir sera compromis.

Chris Hedges


Tra­duc­tion : Hélé­na Delaunay

Print Friendly, PDF & Email
Total
0
Shares
6 comments
  1. Mer­ci à la traductrice !
    Juste une remarque : la tra­duc­tion choi­sie pour le titre me semble ambigüe.
    Je pro­po­se­rais : « Nous, Amé­ri­cains, où est notre Jere­my Cor­byn ? » ou bien « Nous, les Etats-Unis, aurions besoin d’un Jere­my Corbyn ».

  2. Je sou­tiens com­plè­te­ment cette démarche car elle montre une vraie volon­té poli­tique, ce qui manque à cette période de fin de civi­li­sa­tion comme la nomme ma femme. C’est effec­ti­ve­ment un homme poli­tique de gauche ce qui n’est pas la moindre des qua­li­tés aujourd’hui.

  3. Thanks to Chris Hedjes to have sup­plied us the oppor­tu­ni­ty to know Jere­my Cor­byn ‚his so noble ideals in the ser­vice of his country,his fel­low coun­try­men in par­ti­cu­lar weak ones, soli­da­ri­ty , jus­tice but also a jus­tice for the good of the huma­ni­ty, an ideal which you share and which you would like to see one day applied in your coun­try, Ame­ri­ca, at the heart of « the empire » as you say. Is enough these wealth which bene­fit only the rich, the ban­kers, the arms dea­lers, the big mul­ti­na­tio­nals and all those power see­kers. Is enough all these atro­cious wars which bring back only mis­for­tune and sad­ness ! The task is cer­tain­ly dif­fi­cult, the thor­ny and very long path but the man when he wakes up can move moun­tains and sweep like a tsu­na­mi the ene­mies of the human race

  4. Mer­ci à Chris Hedjes pour nous avoir four­ni l’oc­ca­sion de connaître Jere­my Cor­byn, ses idéaux tel­le­ment nobles au ser­vice de son pays,de ses conci­toyens notam­ment les faibles,de soli­da­ri­té de jus­tice mais aus­si une jus­tesse de vue et une jus­tice pour le bien de l’hu­ma­ni­té entière,un idéal que vous par­ta­gez et que vous aime­riez voir un jour appli­qué dans votre pays,l’Amérique, au coeur de « l’empire » comme vous dites.Suffit ces richesses qui ne pro­fitent qu’aux riches,aux banquiers,aux mar­chands de canons ‚aux grandes mul­ti­na­tio­nales et tous ceux assoif­fés de pouvoir.Suffit toutes ces guerres atroces qui ne rap­portent que mal­heur et désolation!La tâche est certes difficile,le che­min épi­neux et bien long mais l’homme quand il se réveille peut dépla­cer des mon­tagnes et balayer tel un tsu­na­mi les enne­mis du genre humain

  5. Mer­ci à Chris Hedjes pour nous avoir four­ni l’oc­ca­sion de connaître Jere­my Cor­byn, ses idéaux tel­le­ment nobles au ser­vice de son pays ‚de ses conci­toyens notam­ment les faibles ‚de soli­da­ri­té de jus­tice mais aus­si une jus­tesse de vue et une jus­tice pour le bien de l’hu­ma­ni­té entière ‚un idéal que vous par­ta­gez et que vous aime­riez voir un jour appli­qué dans votre pays,l’Amérique, au coeur de « l’empire » comme vous dites.Suffit ces richesses qui ne pro­fitent qu’aux riches,aux banquiers,aux mar­chands de canons ‚aux grandes mul­ti­na­tio­nales et tous ceux assoif­fés de pouvoir.Suffit toutes ces guerres atroces qui ne rap­portent que mal­heur et désolation!La tâche est certes difficile,le che­min épi­neux et bien long mais l’homme quand il se réveille peut dépla­cer des mon­tagnes et balayer tel un tsu­na­mi les enne­mis du genre humain.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles connexes
Lire

Produire ou ne pas produire : Classe, modernité et identité (par Kevin Tucker)

La classe constitue une relation sociale. Ramenée à l’essentiel, elle est un fait économique. Elle distingue le producteur du distributeur et du propriétaire des moyens et des fruits de la production. Quelle que soit sa catégorie, elle définit l’identité d’une personne. Avec qui vous identifiez-vous ? Ou plus précisément, avec quoi vous identifiez-vous ? Nous pouvons tous être rangés dans un certain nombre de catégories socio-professionnelles. Mais là n’est pas la question. Votre identité est-elle définie par votre travail ? Par votre niche économique ?
Lire

Le plastique est partout : aujourd’hui la planète entière est polluée (The Guardian, RTS, Les Echos, etc.)

Les humains ont produit assez de plastique depuis la seconde Guerre Mondiale pour recouvrir toute la Terre de film alimentaire, c’est ce que révèle une étude internationale. Cette aptitude à recouvrir la planète de plastique est alarmante, expliquent les scientifiques — en ce qu’elle confirme l’impact pernicieux des activités humaines sur le monde.
Lire

Penser hors de la civilisation (par Kevin Tucker)

Mais ce qui est évident c’est que notre situation est en train d’empirer. Avec cette dépendance croissante des combustibles fossiles, nous spolions le futur d’une façon tout à fait inédite. Nous nous retrouvons dans une situation familière: comme les civilisations Cahokia, Chacoan, Maya, Aztèque, Mésopotamienne et Romaine avant nous, nous n’apercevons pas les symptômes de l’effondrement qui caractérisent notre époque. Nous ne pensons à rien sauf à ce qui est bon et bien pour nous ici et maintenant. Nous ne pensons pas hors de notre conditionnement. Nous ne pensons pas hors de la civilisation.