Farces et Attrapes de la COP21

Hol­lande, à peine ren­tré de Chine, jure qu’il a convain­cu Pékin de lut­ter contre le dérè­gle­ment cli­ma­tique. Mais il oublie oppor­tu­né­ment de par­ler des expor­ta­tions, du char­bon, des objec­tifs bidon de la Confé­rence de Paris et d’un cer­tain Mau­rice Strong. Les bouf­fons du cli­mat sont de sor­tie.

Pour com­prendre la délec­table COP21 de décembre, tout oublier du bruit, et regar­der de près trois ques­tions vrai­ment majeures. La pre­mière concerne ce pauvre gar­çon – notre pré­sident Fran­çois Hol­lande – à peine ren­tré d’une visite offi­cielle en Chine. La ver­sion des com­mu­ni­cants est que Hol­lande-les-petits-bras a convain­cu un Empire de faire un geste pour le cli­mat.

Rava­lons un rire ner­veux, et pas­sons aux choses sérieuses (1). Si la Chine fait tel­le­ment peur aux gou­ver­ne­ments du Nord, ce n’est pas parce qu’elle est deve­nue le plus grand émet­teur de gaz à effet de serre de la pla­nète. Non, ce qui les angoisse, c’est la baisse de sa crois­sance, qui ne devrait pas atteindre 7 % cette année, contre 10 % les années fastes.

Cette simple annonce a plon­gé la Bourse et ses amis au pou­voir dans la déprime, car qui peut ache­ter nos tur­bines, nos cen­trales nucléaires et nos avions ? Au tout pre­mier rang, la Chine. Il faut que son éco­no­mie croisse de manière démen­tielle pour que nos usines à détruire le monde tournent à plein régime. Est-ce bien com­pa­tible avec une vraie lutte contre lé dérè­gle­ment cli­ma­tique ? Ben non, bal­lot.

Non, car la Chine ne se contente pas d’importer : elle vend aus­si au monde entier, et bien­tôt des bagnoles made in Chi­na, sans quoi elle ne pour­rait pas ache­ter. Les échanges com­mer­ciaux entre la Chine et la France sont une cata, avec un défi­cit annuel qui dépasse les 25 mil­liards d’euros. On vend 15, on achète 40. Mais on conti­nue, comme on conti­nue­ra encore et tou­jours auprès des pays dits émer­gents, car nos grands hommes ne voient pas d’autre issue que de four­guer le plus vite et le plus cher pos­sible.

Com­ment fait la Chine, les petits amis ? Eh bien, elle s’appuie mas­si­ve­ment sur le char­bon de ses entrailles pour conti­nuer sa course folle : elle consomme à elle seule autant de char­bon que le reste du monde. Quelque chose comme 3,5 mil­liards de tonnes l’an. Et une cen­trale au char­bon y ouvre tous les dix jours. Au plan mon­dial, la ten­dance est sans appel : demain au plus tard – dans deux ans, dans trois ? -, le char­bon sera l’énergie la plus uti­li­sée, devant le pétrole. Or qui l’ignore ? Le char­bon émet 1,3 plus de C02 que le pétrole et 1,7 que le gaz. Ses émis­sions de gaz à effet de serre repré­sentent 44 % de toutes celles pro­ve­nant de l’énergie, contre 35 % pour le pétrole.

Hol­lande est donc venu deman­der un coup de main aux Chi­nois tout en les sup­pliant de ne rien en faire. Ce qu’on appelle une situa­tion de double contrainte, qui n’est guère éloi­gnée de la schi­zo­phré­nie. Les Chi­nois, qui connaissent la chan­son, rédui­ront d’autant moins leurs émis­sions qu’ils redoutent plus que tout une révolte mas­sive de la socié­té, pour le moment comme muse­lée par les télés plas­ma, les six péri­phé­riques de Pékin et les 20 000 chan­tiers per­ma­nents de Shan­ghai. Comme il faut pro­duire de plus en plus mas­si­ve­ment, il faut de plus en plus de char­bon. Et comme on crame de plus en plus de char­bon, on aggrave chaque jour un peu plus la crise cli­ma­tique. Ajou­tons pour les sourds et les mal­en­ten­dants que le com­merce mon­dial est le grand moteur à explo­sion de la crise cli­ma­tique. En ver­tu de quoi l’Europe et les États-Unis négo­cient le trai­té trans­at­lan­tique (Taf­ta) qui vise à mul­ti­plier la pro­duc­tion et les échanges.

La deuxième ques­tion concerne le grand bluff de la COP21, qui mise tout sur la limi­ta­tion du réchauf­fe­ment à deux degrés en moyenne annuelle. En des­sous, ça irait encore. D’où vient ce chif­frage ? Pas très loin du trou du cul d’un négo­cia­teur ano­nyme (2). Ne repo­sant sur aucune base scien­ti­fique, il a été savam­ment mis en scène par des poli­tiques, de manière à défendre des enga­ge­ments « réa­listes ». D’autant plus baroque que des effets non-linéaires sont atten­dus dès 1,5 degré d’augmentation. Non-linéaires, c’est-à-dire non pro­por­tion­nels, et même non pré­vi­sibles. Un embal­le­ment géné­ral devient pos­sible. Pour­quoi une telle imbé­cil­li­té ? Parce qu’il faut pro­duire (voir plus haut).

La troi­sième ques­tion oubliée fait pen­ser à la célèbre Lettre volée, cette gran­diose nou­velle de Poe. Les rous­sins – la police – cherchent pen­dant des semaines un docu­ment qui se trouve néces­sai­re­ment dans un appar­te­ment, sans le trou­ver. Par­di ! Il est sur une table, bien en évi­dence. Muta­tis mutan­dis, tout est à dis­po­si­tion à pro­pos du sys­tème onu­sien de « lutte » contre le dérè­gle­ment cli­ma­tique. Ceux qui veulent savoir le peuvent. Qui a orga­ni­sé le tout pre­mier des Som­mets de la Terre, celui de Stock­holm en 1972 ? Mau­rice Strong.

Qui a créé puis diri­gé le Pro­gramme des nations unies pour l’environnement (Pnue) ? Mau­rice Strong. Qui a orga­ni­sé le Som­met de la Terre de Rio, édi­tion 1992 ? Mau­rice Strong ? Qui est deve­nu sous-secré­taire géné­ral de l’ONU ? Mau­rice Strong. Qui a ouvert ès qua­li­té la pre­mière confé­rence mon­diale sur le cli­mat, celle de Kyo­to, en 1997 ? Mau­rice Strong (www.mauricestrong.net/index.php/kyoto-conference-introduction).

Mais qui est-il donc ? Sans détour, un homme des trans­na­tio­nales. Et quelles ! Strong, né en 1929 au Cana­da, a diri­gé ou pré­si­dé un nombre impres­sion­nant d’entreprises dégueu­lasses, sou­vent fon­dées sur l’exploitation d’énergies fos­siles comme Dome Petro­leum, Cal­tex (groupe Che­vron), Nor­cen Resources, Petro­Ca­na­da. Quel­que­fois dans le même temps qu’il par­lait pour le compte de l’ONU ! On a confié les clés à quelqu’un qui avait un inté­rêt direct à ne pas limi­ter les émis­sions de gaz !

Et ce n’est pas tout. Bras droit de Strong pour Rio-1992 ? Ste­phan Schmid­hei­ny, ancien patron de la socié­té Éter­nit, spé­cia­liste de l’amiante. Le tri­bu­nal de Turin (Ita­lie) l’a condam­né à 18 ans de pri­son ferme en 2013 pour sa res­pon­sa­bi­li­té écra­sante dans la mort de 3000 pro­los ita­liens (3).

Et chez nous ? Brice Lalonde, nom­mé Ambas­sa­deur en charge des négo­cia­tions cli­ma­tiques par Sar­ko­zy en 2007, a été cadre très supé­rieur de l’ultralibérale OCDE. Jadis éco­lo « de gauche », il est deve­nu par­ti­san des gaz de schiste, consi­dé­rables émet­teurs de gaz à effet de serre. Comme de juste, il est deve­nu l’organisateur en chef du deuxième Som­met de la Terre de Rio, en 2012.

Reste le cas gro­tesque de Lau­rence Tubia­na. Nom­mée par Hol­lande repré­sen­tante de la France pour la COP21, cette sym­pa­thique tech­no de choc a sur­tout créé et long­temps diri­gé un monstre, l’Institut du déve­lop­pe­ment durable et des rela­tions inter­na­tio­nales (Iddri). Par­mi les membres fon­da­teurs, on trouve la très grande indus­trie, dont les célèbres amis du cli­mat et des abeilles, Bayer et BASF.

En résu­mé express, les trans­na­tio­nales tiennent la « négo­cia­tion » en cours : on parie que la COP21 pré­pare déjà un triom­phal com­mu­ni­qué de clô­ture ?


 

(1) La Chine vient d’admettre qu’elle avait gros­siè­re­ment men­ti sur sa consom­ma­tion de char­bon. Il fau­drait ajou­ter aux chiffres offi­ciels la baga­telle de 600 mil­lions de tonnes par an.

(2) Sté­phane Fou­cart, in Le Monde, 5 juin 2015

(3) Juge­ment cas­sé pour cause de pres­crip­tion


 

Le savoureux mystère des chiffres truqués

De plus en plus goû­teux : voi­là qu’on apprend que la France oublie de décla­rer 50 % de ses émis­sions de gaz à effet de serre. Et qu’elle se pré­tend du même coup ver­tueuse. La COP 21 de décembre com­mence et fini­ra dans le men­songe tous azi­muts.

Suite d’il y a 15 jours (Farces et Attrapes de la COP21). En résu­mé, la confé­rence cli­ma­tique de décembre est une fou­taise. Et voi­là qu’on découvre l’étonnant tra­vail du Com­mis­sa­riat géné­ral au déve­lop­pe­ment durable (CGDD), un machin d’État entre les mains d’ingénieurs des Ponts, des Mines ou du Génie rural. Sous le titre « Les émis­sions cachées » (1), les auteurs ridi­cu­lisent, tor­pillent et coulent toute la poli­tique fran­çaise en matière de dérè­gle­ment cli­ma­tique.

Chaque État est cen­sé livrer un inven­taire annuel de ses émis­sions de gaz à effet de serre, des­ti­né à la Conven­tion-Cadre des Nations unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques (CCNUCC). La France comme le Mala­wi, la Syrie comme l’Irak, Le Japon comme le Luxem­bourg. Telle est la base de toutes les dis­cus­sions sur le sujet. Au cours des 20 COP qui ont pré­cé­dé celle de la fin du mois, les maqui­gnons du cli­mat ont dis­cu­taillé en pro­met­tant telle ou telle réduc­tion sur le mon­tant de leurs addi­tions.

Or, écrit le CGDD avec des mots choi­sis, la France bidonne dans les grandes lar­geurs. Le chiffre remis à l’ONU pour l’année ana­ly­sée – 2012 – est de 460 mil­lions de tonnes d’équivalent C02 (le gaz car­bo­nique). Et c’est génial, car tous les poli­ti­ciens en poste depuis dix ans – Kos­cius­ko-Mori­zet, Bor­loo, Batho, Mar­tin, Royal – ont pu répé­ter en boucle que la poli­tique fran­çaise, exem­plaire, avait per­mis une baisse régu­lière sur une ving­taine d’années. Envi­ron 15 % en moins sur la période 1990/2012.

Le mal­heur est que notre cher pays est un gros arna­queur, car il oublie oppor­tu­né­ment les « émis­sions cachées » qui, elles, ne cessent d’augmenter. Pour­quoi ? Parce qu’elles repré­sentent les émis­sions de gaz à effet de serre impor­tées en même temps que les jolis pro­duits bario­lés venus des colo­nies et autres plai­santes contrées. Quand tu achètes un t‑shirt fabri­qué en Inde, ami lec­teur, ou un ordi­na­teur assem­blé en Chine, tu achètes aus­si, même si c’est invi­sible, les gaz que leur pro­duc­tion a fata­le­ment émis là-bas. Ben oui, tout a un prix éco­lo­gique.

Et comme la France se dés­in­dus­tria­lise depuis 35 ans et qu’elle ne s’emmerde plus à fabri­quer de jou­joux, de lin­ge­rie, de télé­phones por­tables, de meubles ou de médi­ca­ments, elle importe de plus en plus mas­si­ve­ment. Entre 1990 et 2012, les émis­sions de gaz made in France ont donc bais­sé – coco­ri­co ! –, mais celles liées à nos impor­ta­tions ont elles aug­men­té de 54 %. Au total, il fau­drait ajou­ter aux 460 mil­lions de tonnes décla­rées la baga­telle de 211 mil­lions de tonnes impor­tées, soit 671 mil­lions de tonnes au total. Tout bien consi­dé­ré, les émis­sions de gaz à effet de serre de la France ont aug­men­té et conti­nuent d’augmenter. Mais cela, aucun jour­na­liste en cour, aucun jour­nal télé­vi­sé ne le dira, lais­sant le champ libre au bon gros men­songe gou­ver­ne­men­tal.

Résu­mons : la France accueille une vaste foire cli­ma­tique au cours de laquelle elle jure­ra ses grands dieux que ses nobles efforts ont fini par payer. Mais ce sera inté­gra­le­ment faux, car rien n’ayant été ten­té pour limi­ter le com­merce mon­dial de choses inutiles, la situa­tion s’aggrave. Et que dire en ce cas des autres pays, tout aus­si tru­queurs, sinon plus ? Le bel exemple nous vient de Chine, où les auto­ri­tés tota­li­taires en place viennent pour quelque obs­cure rai­son de révi­ser par la dyna­mite leurs propres sta­tis­tiques. En 2013, sans que per­sonne ne s’en soit appa­rem­ment ren­du compte, l’Empire bureau­cra­tique a cra­mé 600 mil­lions de tonnes de char­bon de plus qu’annoncé. Soit un mil­liard de tonnes de CO2, qu’il fau­drait aus­si­tôt rajou­ter au bilan mon­dial si l’on était sérieux. Mais ain­si qu’on sait, ces gens sont de redou­tables bouf­fons.

Dans ces condi­tions ridi­cules, faut-il par­ti­ci­per, fût-ce loin, à l’immense pan­to­mime qui com­mence le 30 novembre au Bour­get ? Faut-il accep­ter d’animer les sem­pi­ter­nels ate­liers alter­na­tifs et alter­mon­dia­listes qui fleu­ri­ront en marge de la COP21 ? On pré­fé­re­ra envoyer se faire foutre les braves orga­ni­sa­teurs et leurs amis des médias. À la bonne fran­quette.

Fabrice Nico­li­no


(1) www.developpement-durable.gouv.fr/L‑empreinte-carbone-les-emissions.html

Sources :

Farces et attrapes de la COP21

Le savou­reux mys­tère des chiffres tru­qués

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