Nous sommes impar­don­nables : nous avons raté le cen­te­naire de l’exé­cu­tion de Joe Hill, le 19 novembre 1915, à Salt Lake City. Comme Mal­colm X, Patrice Lumum­ba, Che Gue­va­ra ou Tho­mas San­ka­ra, il est mort, assas­si­né par l’en­ne­mi de classe, à moins de 40 ans, exac­te­ment à 36 ans, fusillé par un pelo­ton d’exé­cu­tion. Mais il n’est jamais trop tard pour bien faire et je m’en vais donc racon­ter cette page épique, tra­gique et san­glante de l’his­toire de la classe ouvrière des Amé­riques, ces hommes et ces femmes qui avaient fui la vieille Europe à la recherche du para­dis sur terre et tom­bèrent dans l’en­fer du capi­ta­lisme le plus meur­trier de l’his­toire.

Un enfant du fer

Joel Emma­nuel Häg­glund est né le 7 octobre 1879 à Gävle, dans le centre de la Suède, une région appe­lée le Gäs­trik­land, terre du fer et de la chaux, qui ont été exploi­tés depuis le XIVème siècle. Son père Olof, fils de pay­san, est conduc­teur de loco­mo­tive sur la ligne Gävle-Falun. La famille est reli­gieuse –wal­dens­trö­mienne, c’est-à-dire appar­te­nant à l’É­glise mis­sion­naire sué­doise, une scis­sion de l’É­glise luthé­rienne offi­cielle créée par un pas­teur excom­mu­nié, PP Wal­dens­tröm, fort active dans les milieux ouvriers, atti­rés par son accent mis sur la liber­té indi­vi­duelle — et musi­cale. Joel apprend très tôt à jouer du  vio­lon, du ban­jo, de la gui­tare, du pia­no, de l’har­mo­ni­ca et sur l’orgue construite par son père ; il com­mence à com­po­ser des chan­sons, ins­pi­rées des psaumes chan­tés par les ado­les­centes de l’Ar­mée du Salut, dans les jupes des­quelles il est tout le temps four­ré.

La veuve Häg­glund et ses six enfants vers 1890

La situa­tion de la famille change dra­ma­ti­que­ment avec la mort du père en 1887, à 41 ans, lors d’une opé­ra­tion suite à un acci­dent du tra­vail lors d’une fausse manœuvre. Entraî­né par une loco­mo­tive, Olof souf­frit d’hé­mor­ra­gies internes pen­dant un an avant d’être opé­ré et de ne pas se réveiller de l’anes­thé­sie. La mère, dont la pen­sion de veuve des che­mins de fer est bien maigre 225 cou­ronnes par an, soit le quart d’un reve­nu ouvrier de l’é­poque et les six enfants en vie (sur les neuf qu’elle a eus) doivent se retrous­ser les manches et la machine à tis­ser fabri­quée par Olof tourne à plein régime. Cer­tains soirs, il n’y a rien à man­ger et les enfants se couchent dans le froid gla­cial de l’hi­ver, ventre vide et mitaines aux mains, faute de chauf­fage.

La mort d’O­lof a ren­du sa mère folle. Sur­nom­mée « Hille-Kaj­sa », elle se met à faire les 5 km sépa­rant son vil­lage de la ville, se pos­tant à un coin de rue pour lire la Bible à haute voix et dénon­cer les misères du monde. Les enfants lui jettent des pierres. Elle riposte par des cita­tions du livre saint. On finit par l’in­ter­ner à l’hos­pice des pauvres du vil­lage, d’où elle conti­nue à s’é­chap­per pour conti­nuer ses pré­di­ca­tions.

Joel ado­les­cent

Joel quitte l’é­cole à 12 ans avec les meilleures notes en expres­sion écrite, des­sin et com­por­te­ment et les pires en his­toire biblique. Il ne sera jamais une gre­nouille de béni­tier. Il pré­fère aller au local de l’As­so­cia­tion ouvrière ou à l’É­glise des marins suivre des cours de des­sin, de musique et d’an­glais plu­tôt que d’ac­com­pa­gner sa mère à l’É­glise de Beth­léem. En ce début des années 1890, le mou­ve­ment ouvrier est en pleine muta­tion : le Par­ti ouvrier social-démo­crate a été créé en 1889, mais la cen­trale syn­di­cale ne naî­tra qu’en 1898. Le par­ti milite prin­ci­pa­le­ment pour le droit de vote uni­ver­sel – les femmes ne l’ob­tien­dront qu’en 1921 – et la jour­née de tra­vail de 8 heures « 8 heures de tra­vail, 8 heures de loi­sir, 8 heures de repos » – qui ne sera ins­tau­rée qu’en 1919, avec la semaine de 48 heures. Pro­gres­si­ve­ment, les vieilles asso­cia­tions ouvrières, qui rele­vaient plus d’un élan pater­na­liste de bour­geois éclai­rés visant à édu­quer les tra­vailleurs et, sur­tout, à les détour­ner du vice (alcool, tabac, bas­tringue et bor­del), dis­pa­raissent ou se trans­forment en orga­ni­sa­tions de base du par­ti. Joel ado­les­cent a sans doute assis­té aux débats agi­tant le milieu des tra­vailleurs actifs, ce qui a contri­bué à sa for­ma­tion.

Il  tra­vaille comme gar­çon de courses, puis dans une cor­de­rie, puis comme chauf­feur d’une machine à vapeur sur un chan­tier. A 20 ans, il est atteint de tuber­cu­lose cuta­née – qui, après être dis­pa­rue en Europe, est réap­pa­rue ces der­nières années et reste endé­mique au Magh­reb – néces­si­tant un trai­te­ment aux rayons X dans un hôpi­tal de Stock­holm, où il passe deux ans, et dont il gar­de­ra des traces sous forme de cica­trices au visage et sur le cou. Cela ne l’empêche pas de conti­nuer à chan­ter, lors de mee­tings ouvriers et dans des cafés locaux. En 1901, il est réfor­mé du ser­vice mili­taire pour rai­sons de san­té.

Joel, assis, et ses frères Paul et Efraim, affu­blés de mous­taches pos­tiches , peu avant leur départ aux Amé­riques. Pho­to Läns­mu­seet Gäv­le­borg

Mar­ga­re­ta Cata­ri­na, sa mère, meurt en 1902, à 57 ans. Comme son mari, elle avait refu­sé de consul­ter un méde­cin jus­qu’au bout. Joel a 23 ans. Les six frères et sœurs vendent la mai­son fami­liale, se par­tagent l’hé­ri­tage. Une fois les dettes payées, ils se retrouvent cha­cun avec mille cou­ronnes, l’é­qui­valent d’une année d’un bon salaire ouvrier,  cor­res­pon­dant à 6 000 € d’au­jourd’­hui  Paul, l’aî­né de deux ans de Joel, est mal­heu­reux en mariage et vient de perdre sa fille à l’âge de trois mois. Il décide de par­tir, aban­don­nant sa femme et son fils. Joel l’ac­com­pa­gne­ra. Ils s’embarquent à Göte­borg sur la vapeur Wil­son qui les conduit à Hull sur la côte Est de l’An­gle­terre. De là, ils rejoignent  en train Liver­pool, où ils embarquent sur le  Saxo­nia de la Cunard Line pour l’A­mé­rique, en troi­sième classe. Après 10 jours de tra­ver­sée, au cours de laquelle ils ont don­né un concert de pia­no et vio­lon, ils débarquent à Ellis Island le 28 octobre 1902.

La mai­son de KFUM à Gävle (pho­to de 1956)

Ils ont des notions d’an­glais, acquises auprès de l’U­nion chré­tienne des jeunes gens (YMCA en anglais, KFUM en sué­dois), une orga­ni­sa­tion fon­dée par George Williams, un ancien com­bat­tant yan­kee deve­nu prêtre bap­tiste, dans le but d’œu­vrer au déve­lop­pe­ment har­mo­nieux du « corps, de l’es­prit et de l’âme » des jeunes (d’où le fameux tri­angle rouge qui est son logo). George Williams fut à l’o­ri­gine du mou­ve­ment inter­na­tio­nal de dénon­cia­tion du colo­nia­lisme belge au Congo, alors pro­prié­té per­son­nelle du roi Léo­pold II. Ce sont des ani­ma­teurs de l’YM­CA qui ont inven­té le bas­ket-ball et le vol­ley-ball, étant à la recherche de formes de sport non-violent à faire pra­ti­quer aux jeunes. La sec­tion locale de KFUM avait été fon­dée à Gävle en 1890. Les jeunes pauvres ne voyant pas d’autre solu­tion à la misère ambiante que d’é­mi­grer aux Amé­riques étaient très assi­dus aux cours d’an­glais.

Svenskamerika

Un mil­lion et demi de Sué­dois ont émi­gré entre 1850 et 1930, dont 1,2 mil­lion aux USA. Ces « Svens­ka­me­ri­ka­ner » ont lais­sé une forte empreinte dans le Min­ne­so­ta (capi­tale Min­nea­po­lis), où leurs des­cen­dants consti­tuent aujourd’­hui 10% de la popu­la­tion, et un peu par­tout où ils se sont ins­tal­lés, du Mas­sa­chus­setts à la Cali­for­nie. Les émi­grants de la période des pion­niers, à par­tir du XVIIème siècle, étaient en géné­ral des « réfu­giés reli­gieux », fuyant la répres­sion exer­cée par l’É­glise luthé­rienne d’É­tat contre toute forme de dis­si­dence, en par­ti­cu­lier l’in­ter­dic­tion des conven­ti­cules, autre­ment dit les réunions de prières tenues à domi­cile sans la pré­sence d’un prêtre, qui furent punies de peines de pri­son jus­qu’en 1856. Cette inter­dic­tion visait toute une série d’é­glises libres, qui contes­taient cer­tains dogmes de l’É­glise offi­cielle.

Et jus­qu’à cette même période, l’É­glise exer­çait une fonc­tion poli­cière et fis­cale. Les prêtres devaient tenir les livres de recen­se­ment, dans les­quels étaient entrées toutes les don­nées sur chaque famille, y com­pris leurs connais­sances reli­gieuses, véri­fiées chaque année lors d’un « inter­ro­ga­toire de caté­chisme » mené à domi­cile au début de chaque hiver. Les chré­tiens mal notés n’a­vaient qu’à bien se tenir.  Eh oui,  la Suède  d’au­jourd’­hui, si riche, si  cool et poli­ti­que­ment si cor­recte, vient de loin. Mais aucune plaque ne com­mé­more sur la Place aux foins (Hötor­get) du centre de Stok­cholm – là où se dresse le Palais des concerts où a lieu la céré­mo­nie de remise des Prix Nobel – l’exé­cu­tion des sœurs Brit­ta et Anna Sip­pel et d’An­na Måns­dot­ter brû­lées, non pas vives mais une fois déca­pi­tées,  le 24 avril 1676, pour sor­cel­le­rie…

Ges­kel Salo­man : Emi­gra­tion (1872). Des émi­grants en route vers Göte­borg, où ils embar­que­ront pour les USA. Image Göte­borgs konst­mu­seum

Les rai­sons éco­no­miques pour émi­grer suc­cèdent aux rai­sons reli­gieuses à par­tir de la seconde moi­tié du 19ème siècle, en même temps que l’ap­pa­ri­tion des bateaux à vapeur per­met un voyage beau­coup plus rapide de masses beau­coup plus impor­tantes de gens que les bateaux à voile (qui pre­naient deux mois pour la tra­ver­sée de Göte­borg à New York). Après la fin de la guerre civile aux USA (1865), les auto­ri­tés de Washing­ton lancent une cam­pagne de recru­te­ment d’im­mi­grants en offrant des lopins de terres gra­tuits  dans des zones dépeu­plées (et pour cause, on y avait exter­mi­né la popu­la­tion native, les « Indiens »). De 1840 à 1914, 50 mil­lions d’Eu­ro­péens émi­gre­ront aux USA. En Suède, les crises agri­coles des années 1880 accé­lèrent le mou­ve­ment. Les pay­sans sué­dois devien­dront des pro­lé­taires amé­ri­cains. À par­tir de 1900, les ouvriers prennent le pas sur les pay­sans. Et chaque échec du mou­ve­ment ouvrier pro­voque une grande vague d’é­mi­gra­tion, notam­ment après les deux der­nières grèves géné­rales de l’his­toire sué­doise, celle de 1902 et celle de 1909. Après la grève de 1909, la moi­tié des gré­vistes furent licen­ciés, et la moi­tié d’entre eux prirent le che­min de l’A­mé­rique. Ils consti­tue­ront une base des mou­ve­ments sociaux révo­lu­tion­naires qui agi­te­ront les USA  avant, pen­dant et après la Pre­mière guerre mon­diale.


De New York à la Californie

À New York dans l’hi­ver 1902, Joel com­mence par deve­nir net­toyeur de cra­choirs publics dans les quar­tiers de tau­dis où s’en­tassent les immi­grants. C’é­tait là un pre­mier emploi typique d’im­mi­grants à peine débar­qués, comme celui de ramas­seur de crot­tin de che­val, lui aus­si mena­cé de dis­pa­ri­tion par le « pro­grès », l’au­to­mo­bile pre­nant la place de l’hip­po­mo­bile pour le plus grand pro­fit des Rock­fel­ler et autres pétro­liers texans. Les cra­choirs dans les lieux publics, fabri­qués en cuivre, en fer, en verre ou en por­ce­laine, étaient alors à l’a­po­gée de leur dif­fu­sion, consi­dé­rés comme un fac­teur d’hy­giène publique. Des orga­ni­sa­tions de scouts et la Ligue anti-tuber­cu­lose orga­ni­sèrent à l’é­poque des cam­pagnes sur le thème « Ne cra­chez pas sur le trot­toir ». Il fau­dra attendre l’é­pi­dé­mie de grippe de 1918  – qui fit entre 50 et 100 mil­lions de morts dans le monde, dont plus d’un demi-mil­lion aux USA, frap­pant par­ti­cu­liè­re­ment les pauvres et les Amé­rin­diens – pour que le corps médi­cal remette en cause la fonc­tion pro­phy­lac­tique de ces cra­choirs.

Net­toyage de cra­choirs au Capi­tole de Washing­ton, 1914

Bien­tôt, Joel et Paul se séparent pour ten­ter l’a­ven­ture cha­cun de son côté. Joel « goes west », part vers l’Ouest, vers l’El­do­ra­do, la Cali­for­nie. Il est ouvrier agri­cole, maçon, docker,  bûche­ron. Une carte pos­tale à sa famille en 1905 est pos­tée de Cle­ve­land, Ohio.

Il est à San Fran­cis­co lorsque la ville est frap­pée par le trem­ble­ment de terre du 18 avril 1906, de force 8,3 sur l’é­chelle de Rich­ter, dont les effets catas­tro­phiques furent les incen­dies déclen­chés par des explo­sions en chaîne de conduites de gaz, qui com­men­cèrent à Hayes Street lors­qu’une mère de famille pré­pa­rant le petit déjeu­ner déclen­cha le pre­mier incen­die, fai­sant entrer la catas­trophe dans l’his­toire sous le nom de « Ham and Eggs Fire » (Incen­die des œufs au bacon). Mais deux autres fac­teurs contri­buèrent à la des­truc­tion par le feu de 28 000 bâti­ments, soit 80% de la ville : le recours non maî­tri­sé par les pom­piers à la dyna­mite pour faire sau­ter les bâti­ments frap­pés par le trem­ble­ment, qui ne fit qu’é­tendre les incen­dies, et le fait que les pro­prié­taires de mai­sons jouèrent avec leurs allu­mettes pour pou­voir béné­fi­cier des assu­rances, qui n’in­dem­ni­saient pas pour dégâts par trem­ble­ment de terre mais le fai­saient pour dégâts d’in­cen­die. Bref, bilan : 3 000 morts. Le quo­ti­dien Gefle Dag­blad publie le 16 mai 1906, sous le titre « La catas­trophe à San Fran­cis­co-Un habi­tant de Gävle raconte » une lettre envoyée par Joel à un ami, qui l’a trans­mise à la rédac­tion, où il raconte les effets de la catas­trophe sur la ville.

« (…) selon le rédac­teur en chef du jour­nal sué­do-amé­ri­cain de la côte Ouest, M. Alex Olson, sur les 10 000 Sué­dois de San Fran­cis­co, envi­ron 6 000 sont sans abri et, ce qui est encore pire, manquent en outre de tra­vail et doivent donc se trou­ver un toit au-des­sus de la tête du mieux qu’ils peuvent. La plu­part en sont réduits à cher­cher un logis noc­turne à la belle étoile dans les parcs et rues. On trouve des cen­taines de veuves et d’or­phe­lins par­mi ces mal­heu­reux et beau­coup sont malades et tota­le­ment dému­nis… »

Wobbly !

En 1907, notre Joel se retrouve docker à Port­land, dans l’O­re­gon. Des mili­tants de l’IWW viennent un jour appe­ler les dockers à se soli­da­ri­ser avec les gré­vistes de la scie­rie qui exigent des meilleurs salaires et une réduc­tion des horaires de tra­vail. Joel enlève ses gants et adhère à la sec­tion 92 du syn­di­cat. L’In­dus­trial Wor­kers of the World est une des expé­riences les plus pas­sion­nantes de l’or­ga­ni­sa­tion ouvrière. Ses mili­tants furent appe­lés les « wob­blies », sans qu’on sache d’où vient ce mot. Lit­té­ra­le­ment, il signi­fie « les titu­beurs » et vien­drait du lan­gage péjo­ra­tif uti­li­sé pour les dési­gner par les patrons qui les haïs­saient comme la peste et tra­dui­saient « IWW » par « I Want Whies­ky » (Je veux du whis­ky), mais ce n’est là qu’une des nom­breuses hypo­thèses.

« Pain ou révo­lu­tion »

Le mou­ve­ment a été créé en 1905 à Chi­ca­go par 200 mili­tants socia­listes, anar­chistes et radi­caux vou­lant rompre avec le réfor­misme du syn­di­cat offi­ciel AFL-CIO, repré­sen­tant les inté­rêts de l’a­ris­to­cra­tie ouvrière, c’est-à-dire les ouvriers qua­li­fiés, mâles et blancs qui à l’é­poque n’or­ga­ni­sait que 5% des sala­riés du pays. L’IWW devien­dra le syn­di­cat de « l’autre mou­ve­ment ouvrier », les non-qua­li­fiés, les femmes, les Noirs, les immi­grés récents, les tra­vailleurs nomades, bref les sou­tiers du sys­tème capi­ta­liste.

Il déve­lop­pa une forme d’or­ga­ni­sa­tion hori­zon­tale, oppo­sée à la struc­ture par métiers de l’A­FL-CIO, que l’IWW voyait comme un obs­tacle à l’u­ni­té ouvrière (les wob­blies appe­laient l’A­me­ri­can Fede­ra­tion of Labor « Ame­ri­can Sepa­ra­tion of Labor »).

Son objec­tif était clair :« abo­li­tion du sala­riat ». Son slo­gan aus­si : « An inju­ry to one is an inju­ry to all » (Une attaque contre l’un d’entre nous est une attaque contre nous tous). Le moyen était « One Big Union », un seul grand syn­di­cat pour tous, recou­rant à l’ac­tion directe et tra­vaillant à pré­pa­rer la grève géné­rale insur­rec­tion­nelle pour abo­lir le capi­ta­lisme. L’IWW aura certes des lea­ders, hommes et femmes, Noirs et Blancs, mais jamais de bureau­crates.

C’est sans doute le seul syn­di­cat ouvrier de l’his­toire qui ait essayé d’être aus­si mobile que la classe qu’il vou­lait orga­ni­ser. Les tra­vailleurs non-qua­li­fiés se dépla­çant de chan­tier en chan­tier, de plan­ta­tion en port, d’u­sine en mine, les wob­blies se trans­for­me­ront en orga­ni­sa­teurs iti­né­rants.

En octobre 1907 éclate la grande panique ban­caire, suite à une manœuvre frau­du­leuse de spé­cu­la­teurs en bourse sur les actions de l’U­ni­ted Cooper, qui entraîne des retraits mas­sifs de fonds et des faillites en cas­cade. D’où chô­mage en hausse. La Réserve fédé­rale US sera créée en 1913 pour évi­ter le retour de telles crises (on a pu voir son effi­ca­ci­té en 1929…).

Rebel Girl

Joel a sau­té dans un wagon de mar­chan­dises sur un train de pas­sage et se retrouve au prin­temps 1908 à Spo­kane, dans l’É­tat de Washing­ton, un impor­tant nœud fer­ro­viaire en plein chan­tier. Et c’est là que naît Joe Hill, durant l’é­pique « Free Speech Fight », la Bataille pour le droit de parole, menée par l’IWW de novembre 1908 à mars 1909.

La com­pa­gnie Nor­thern Paci­fic recou­rait aux ser­vices d’une mul­ti­tude d’a­gences pri­vées d’emploi pour recru­ter des tra­vailleurs, venus de par­tout. Le turn-over était infer­nal, les tra­vailleurs étant rem­pla­cés tout le temps par des nou­velles recrues. Les agences pre­naient de l’argent aux tra­vailleurs pour des postes qui s’a­vé­raient inexis­tants. L’IWW menait une intense agi­ta­tion dans les rues de la ville pour ame­ner les tra­vailleurs à s’or­ga­ni­ser. Sur la pres­sion des patrons et des négriers, le conseil muni­ci­pal édic­ta une inter­dic­tion géné­rale de prises de paroles, dis­tri­bu­tions de tracts et mee­tings dont l’Ar­mée du Salut fut exemp­tée.

L’IWW ripos­ta en appe­lant à la déso­béis­sance civile de masse. Ima­gi­nez la scène : sur une place, un wob­bly, fou­lard rouge au cou, monte sur une caisse de savon et lance « Cama­rades et amis ! ». Un flic arrive et le des­cend de la caisse. Quelques secondes après, arrive un deuxième wob­bly. La même scène se repro­duit, et ain­si de suite, jus­qu’à épui­se­ment des forces de police dis­po­nibles. Quand le énième wob­bly monte sur la caisse et lance son adresse, il est tout éton­né de ne pas se faire alpa­guer et a un moment d’hé­si­ta­tion avant de se rendre compte qu’il peut conti­nuer son dis­cours. Résul­tat : pen­dant l’hi­ver, plus 400 mili­tants de l’IWW furent empri­son­nés, d’a­bord à Spo­kane, puis dans les envi­rons quand il n’y eut plus de place à la pri­son locale, ce qui déclen­cha un incroyable bor­del, non seule­ment parce que les wob­blies enfer­més pra­ti­quaient ce qu’ils appe­laient « construire un bateau de guerre » – consis­tant à faire le plus de bruit pos­sible, tous ensemble, par tous les moyens dis­po­nibles – mais aus­si parce que des orga­ni­sa­tions de contri­buables com­men­cèrent à pro­tes­ter contre le coût de l’emprisonnement de cen­taines de per­sonnes qu’il fal­lait bien nour­rir.

Par­mi eux, Eli­za­beth Gur­ley Flynn, une fille du Bronx (à New York) qui avait à peine 17 ans et venait de finir le lycée. Elle retar­da son arres­ta­tion en s’en­chaî­nant à un réver­bère. Dès qu’elle res­sor­tit de pri­son, elle accu­sa la police d’a­voir trans­for­mé la pri­son locale pour femmes en bor­del, ce qui déclen­cha une chasse au jour­nal Indus­trial Wor­ker conte­nant la dénon­cia­tion, dont les poli­ciers essayèrent de détruire un maxi­mum d’exem­plaires. Eli­za­beth, bap­ti­sée par la presse réac­tion­naire « la chienne anar­chiste » ins­pi­re­ra à Joe Hill sa chan­son Rebel Girl en 1911. Des échanges qu’il aura avec elle, il tire­ra des prises de posi­tion réso­lu­ment fémi­nistes, insis­tant sasn cesse auprès de ses com­pa­gnons sur la néces­si­té de recru­ter plus de femmes dans l’or­ga­ni­sa­tion et de leur don­ner toute leur place.

Mais la chan­son ne com­men­ce­ra son par­cours public his­to­rique qu’en novembre 1915, lors­qu’elle sera chan­tée à la céré­mo­nie funé­raire en l’hon­neur de l’au­teur, à Chi­ca­go. Je vous pro­pose une ver­sion émou­vante de la chan­son par la jeune Alyeah Han­sen à Salt Lake City, un siècle plus tard :

Pen­dant leur bataille de Spo­kane, les wob­blies se retrou­vaient non seule­ment face aux flics et aux Pin­ker­tons, des détec­tives pri­vés uti­li­sés par l’en­ne­mi de classe pour la chasse aux empê­cheurs d’ex­ploi­ter en rond, mais à… l’Ar­mée du Salut, dont la fan­fare arri­vait et jouait le plus fort pos­sible à chaque fois que l’IWW fai­sait un mee­ting, cou­vrant ain­si la voix des ora­teurs, qui, dans le meilleur des cas, ne dis­po­saient que de porte-voix acous­tiques, le méga­phone élec­trique étant encore une rare­té et le haut-par­leur inven­té par Ernst Wer­ner von Sie­mens en 1877 ne se trou­vait pas encore dans le com­merce.

Que faire pour contrer les flon­flons de l’Ar­mée du Salut ? Joe et ses cama­rades trouvent la réponse : eux aus­si vont chan­ter et faire de la musique ! Joe connaît bien le réper­toire de l’Ar­mée du Salut depuis son enfance sué­doise, il a une plume bien tour­née et de l’hu­mour. Il se met au bou­lot. L’ob­jec­tif de ce qui devien­dra la « Petit livre rouge de chan­sons » de l’IWW a été fixé lors de réunions. Il se résume ain­si : « Des chan­sons qui sèment la colère et la révolte, pous­sant les tra­vailleurs à agir, enve­lop­pées d’une dose d’hu­mour, pour atté­nuer la tris­tesse du mes­sage ». Ou, pour reprendre les termes de Joe : « Un texte bien fice­lé, chan­té sur un ton de plai­san­te­rie et sur une mélo­die connue ». Et ça marche.

Rapi­de­ment, les agi­ta­teurs de l’IWW s’emparent du réper­toire pro­duit par Joe, qui devient un outil d’or­ga­ni­sa­tion. Ima­gi­nez la scène : elle se passe dans un cam­pe­ment de cueilleurs de rai­sin en Cali­for­nie, le soir, après l’é­pui­sante jour­née de tra­vail. Les gens sont assis en cercle autour du feu, seule source de lumière. Le wob­bly arrive, s’as­soit et sort sa gui­tare ou son ban­jo. Dès la pre­mière chan­son, dont la mélo­die vient d’un psaume qui est dans toutes les oreilles, les gens com­mencent à rire et à reprendre le refrain. Après quelques chan­sons, le wob­bly lance son appel à rejoindre l’IWW, dis­tri­bue les cartes aux nou­veaux adhé­rents, échange des ren­sei­gne­ments pra­tiques avec eux pour res­ter en contact et dis­pa­raît dans la nuit, avant que les Pin­ker­tons, aler­tés par le mou­chard de ser­vice, lui tombent des­sus, et grimpe dans le pre­mier wagon de mar­chan­dises qui passe pour débar­quer ailleurs le len­de­main.

Les chan­sons de Joe, qui, entre­temps, est deve­nu Joseph Hil­l­strom – sans doute pour semer les flics – sont publiées dans l’In­dus­trial Wor­ker, où, avec le texte, est indi­quée la mélo­die l’ac­com­pa­gnant. Cela per­met une dif­fu­sion à tra­vers tous les USA et une bonne par­tie du Cana­da. « Une bro­chure ou tract, aus­si bien écrit soit-il, n’est jamais lu qu’une seule fois, mais une chan­son, on l’ap­prend par cœur et on la chante coup après coup ».

Joe passe les années 1909 à 1913 prin­ci­pa­le­ment en Cali­for­nie, à San Pedro, San Die­go et Fres­no, par­ti­ci­pant à une longue série de luttes ouvrières, en par­ti­cu­lier de dockers, et à d’autres cam­pagnes pour la liber­té de parole en public. En jan­vier 1911, il s’as­so­cie aux cen­taines de com­pa­gnons US et euro­péens qui rejoignent les forces révo­lu­tion­naires mexi­caines en Basse-Cali­for­nie, où ils essaient d’é­ta­blir une répu­blique libre de tra­vailleurs, mais une attaque de forces fédé­rales du régime ago­ni­sant de Por­fi­rio Diaz les contraint à se replier aux USA.

Mai 1911 : com­bat­tants wob­blies des forces révo­lu­tion­naires du « libé­ral » (en fait anar­chiste) Ricar­do Flores Magón, , en Basse-Cali­for­nie

L’é­té 1913, sor­ti de la pri­son de San Pedro où il a pas­sé 30 jours pour « vaga­bon­dage », en fait pour son sou­tien musi­cal trop bruyant à une grève de dockers ita­liens (« J’é­tais un peu trop actif aux yeux du patron du bled »), notre héros venu du froid atter­rit dans une des pires régions du Far West, l’U­tah, livré à la secte des Mor­mons et aux com­pa­gnies minières. Il s’ins­talle à Park City où il a des amis sué­dois par­mi les mineurs de la mine d’argent. Et il prend le che­min de la mine.

Un procès yankee

Le 10 jan­vier 1914, à 23 h 30 Joe se pré­sente chez un méde­cin de Salt Lake City avec une bles­sure par balle, infli­gée, dit-il, par un mari jaloux dont il aurait offen­sé la femme. Un peu plus tôt, dans un autre quar­tier de la ville,  un épi­cier et son fils avaient été tués par des cam­brio­leurs dont l’un avait été bles­sé. Il n’en fal­lut pas plus pour que la police accuse Joe du double meurtre et l’ar­rête de manière spec­ta­cu­laire, le sur­pre­nant au lit et lui tirant des­sus lors­qu’il ten­dit la main vers son pan­ta­lon pour l’en­fi­ler.

Il eut droit à un vrai pro­cès yan­kee : pas de preuves maté­rielles, des témoins très vagues. Et Joe refu­sa de nom­mer au tri­bu­nal la femme au mari jaloux pour « pré­ser­ver son hon­neur ». On a beau être un sacré agi­ta­teur rouge, on n’en est pas moins gent­le­man.

« CECI DOIT-IL AVOIR LIEU ? Joe Hill. Il a récol­té la haine de la classe des maîtres en tant que com­bat­tant pour l’hu­ma­ni­té, comme cham­pion de la classe ouvrière et comme poète du pro­lé­ta­riat amé­ri­cain. les maîtres vont-ils avoir leur revanche ? » Tract de l’IWW

L’IWW lan­ça une cam­pagne de sou­tien deux mois avant l’ou­ver­ture du pro­cès, ame­nant des per­son­na­li­tés  à prendre la défense de Joe. Des mani­fes­ta­tions eurent  lieu un peu par­tout, y com­pris à Stock­holm (l’au­teur de ces lignes fit de la figu­ra­tion dans le film sur Joe Hill tour­né par Bo Wider­berg en 1970, où il eut l’hon­neur de figu­rer un tra­vailleur sué­dois mani­fes­tant pour Joe en 1915*). L’IWW d’Aus­tra­lie envoya une réso­lu­tion por­tant 30 000 signa­tures deman­dant la révi­sion du pro­cès. L’am­bas­sa­deur sué­dois à Washing­ton deman­da au pré­sident Wil­son de faire retar­der l’exé­cu­tion de la sen­tence, ce qui don­na quelques mois de répit au condam­né, mais pas plus.

Dans les 16 mois qui sui­virent sa condam­na­tion, tan­dis que la sen­tence sui­vait son cours dans les ins­tances judi­ciaires, Joe écri­vit beau­coup de lettres et d’ar­ticles, mais refu­sa d’é­crire sa bio­gra­phie : « Ne gâchons pas du papier à de telles bêtises. Seul l’i­ci et main­te­nant signi­fie quelque chose pour moi. Je suis un citoyen du monde et je suis né sur une pla­nète qui s’ap­pelle la Terre. L’en­droit où j’ai vu le jour a si peu d’im­por­tance que ça se passe de com­men­taires : je n’ai pas  grand-chose à dire sur moi-même. Je veux seule­ment dire que j’ai fait le peu que j’ai pu pour ame­ner le dra­peau de la liber­té plus près du but ».

Le 19 novembre 1915, à l’aube, Joe Hill fut fusillé dans la cour de la pri­son de Salt Lake City. On lui avait don­né le choix entre être pen­du et fusillé. Il choi­sit la seconde solu­tion : « On m’a déjà tiré des­sus quelques fois. Je crois que je pour­rai m’en sor­tir ». Il don­na lui-même l’ordre de faire feu. Il lais­sait ce tes­ta­ment :

Mon tes­ta­ment est facile à déci­der,
Car il n’y a rien à divi­ser,
Ma famille n’a pas besoin de se plaindre et d’er­go­ter
« Pierre qui roule n’a­masse pas mousse »
Mon corps ? Ah, si je pou­vais choi­sir,
Je le lais­se­rai se réduire en cendres,
Et les brises joyeuses souf­fler
Ma pous­sière là où quelques fleurs pous­se­ront.
Ain­si peut-être qu’une fleur fanée
Revien­drait à la vie et fleu­ri­rait une nou­velle fois.
Ceci est ma der­nière et ultime volon­té,

Bonne chance à tous, Joe Hill.

Son corps, trans­por­té à Chi­ca­go, fut inci­né­ré après une céré­mo­nie à laquelle assis­tèrent plus de 30 000 per­sonnes et ses cendres envoyées dans des enve­loppes à toutes les sec­tions de l’IWW des Amé­riques et aux orga­ni­sa­tions sœurs en Europe et ailleurs avec la consigne de les ouvrir le 1er Mai 1916 et de les dis­per­ser au vent. Ce qui fut fait. Une de ces lettres, rete­nue par la Poste US pour « non-confor­mi­té », a été remise aux Archives natio­nales US en 1988. Elle conte­nant un sachet de cendres et une pho­to de Joe avec la men­tion : « Joe Hill mur­de­red by the capi­ta­list class, Nov. 19, 1915 ».

Joe avait écrit à Big Bill Hay­wood, un des lea­ders les plus connu de l’IWW : « Je ne veux pas être trou­vé mort dans l’U­tah ». Jus­qu’au bout, il avait gar­dé son énorme humour com­ba­tif.

Mais je fais par­tie de ceux qui pensent que Joe n’est pas mort, ni dans l’U­tah ni ailleurs. Puisse la jeune géné­ra­tion d’au­jourd’­hui, comme toutes celles qui l’ont pré­cé­dée, redé­cou­vrir l’au­teur inou­bliable de The Prea­cher and the Slave, Casey Jones — The Union Scab, The Tramp et de tant d’autres chan­sons qui n’ont pas pris une ride. Elles ont été chan­tées par tous les chan­teurs pro­gres­sistes US qui l’ont sui­vi au XXème siècle, de Pete See­ger, Joe Gla­zer et Mats Paul­son à Phil, Ochs, Joan Baez et Bob Dylan. il suf­fit d’al­ler faire un tour sur you­tube ou si le film de Bo Wider­berg * passe près de chez vous, ne le ratez pas !.

* Le film, Prix spé­cial du Jury à Cannes en 1971, a été res­tau­ré et est sor­ti en France le 18 novembre. Pour en savoir plus

Texte Alfred Hayes, Musique Earl Robin­son, 1938

I drea­med I saw Joe Hill last night
Alive as you or me
Says I, But Joe, you’re ten years dead
I never died, says he
I never died, says he
In Salt Lake, Joe, says I to him
Him stan­ding by my bed
They fra­med you on a mur­der charge
Says Joe, But I ain’t dead
Says Joe, But I ain’t dead
The cop­per bosses killed you, Joe
They shot you, Joe, says I
Takes more than guns to kill a man
Says Joe, I didn’t die
Says Joe, I didn’t die
And stan­ding there as big as life
And smi­ling with his eyes
Joe says, What they for­got to kill
Went on to orga­nize
Went on to orga­nize

Joe Hill ain’t dead, he says to me
Joe Hill ain’t never died
Where wor­king men are out on strike
Joe Hill is at their side
Joe Hill is at their side

From San Die­go up to Maine
In eve­ry mine and mill
Where wor­kers strike and orga­nize
Says he, You’ll find Joe Hill
Says he, You’ll find Joe Hill

I drea­med I saw Joe Hill last night
Alive as you or me
Says I, But Joe, you’re ten years dead
I never died, says he
I never died, says he

 

La nuit der­nière, Joe Hill m’a visi­té en rêve
Aus­si vivant que vous et moi.
Moi :  » Mais Joe, tu es mort il y a dix ans »
Lui :  » Je ne suis jamais mort  »
Lui :  » Je ne suis jamais mort « 
A Salt Lake, Joe, j’lui ai dit
Lui debout à côté de mon lit
Ils t’ont col­lé une accu­sa­tion de meurtre
Lui : Oui, mais j’suis pas mort
Oui, mais j’suis pas mort
Moi :« Les patrons du cuivre t’ont tué, Joe, Ils t’ont fusillé »
Lui : « Il faut plus que des flingues pour tuer un homme
Je ne suis pas mort « 
Se tenant là, plein de vie
Un sou­rire dans les yeux
Joe dit : « Ce qu’ils ont oublié de tuer
A conti­nué à s’or­ga­ni­ser »

Joe n’est pas mort, m’a-t-t-il dit
Joe n’est jamais mort
Là où des tra­vailleurs sont en grève
Joe Hill est avec eux
Joe Hill est avec eux

De San Die­go jus­qu’au Maine
Dans chaque mine et chaque usine
Là où des tra­vailleurs défendent leurs droits
Tu trou­ve­ras Joe Hill, dit-il
Tu trou­ve­ras Joe Hill, dit-il

La nuit der­nière, Joe Hill m’a visi­té en rêve
Aus­si vivant que vous et moi.
Moi :  » Mais Joe, tu es mort il y a dix ans »
Lui :  » Je ne suis jamais mort  »

 

Faus­to Giu­dice

Le Parc Joe-Hill à Gävle, sa ville natale

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