Guy McPher­son est un ora­teur éner­gique et un modé­ra­teur talen­tueux. Il a à son actif d’in­nom­brables confé­rences sur les deux consé­quences directes de notre addic­tion aux com­bus­tibles fos­siles : le chan­ge­ment cli­ma­tique et le déclin éner­gé­tique. Plus récem­ment, McPher­son est deve­nu incon­tour­nable sur le sujet de l’ex­tinc­tion humaine à court terme. Guy est pro­fes­seur émé­rite en res­sources natu­relles, d’écologie et de bio­lo­gie de l’évolution à l’U­ni­ver­si­té de l’A­ri­zo­na. Il y a rem­por­té de nom­breuses récom­penses pour ses recherches, et y a ensei­gné pen­dant vingt ans. Son tra­vail uni­ver­si­taire, qui pen­dant de nom­breuses années, a été axé sur la conser­va­tion de la diver­si­té bio­lo­gique, a été le sujet d’une dou­zaine de livres et de cen­taines d’ar­ticles. Il habite une mai­son en paille, hors-réseau (off-the-grid), dans le sud rural du Nou­veau Mexique.

Nous vous pro­po­sons, dans cet article, la tra­duc­tion de deux inter­views de Guy, ain­si que d’un de ses articles.

Première interview

  1. Que diriez-vous à ceux qui ne voient pas de preuve concluante du rôle humain dans le chan­ge­ment cli­ma­tique, afin de les convaincre ?

Je ne réponds pas à une telle igno­rance. Les preuves démon­trant le chan­ge­ment anthro­pique du cli­mat sont acca­blantes, et elles ont été pré­sen­tées par de nom­breuses per­sonnes uti­li­sant dif­fé­rents vec­teurs d’in­for­ma­tion. Si mal­gré ça vous n’ad­met­tez pas l’é­vi­dence, il n’y a rien que je puisse faire ou dire qui vous fasse chan­ger d’a­vis.

  1. Ces pra­tiques non durables débutent-elles avec la civi­li­sa­tion et l’a­gri­cul­ture ?

Oui, je crois que la civi­li­sa­tion est à la racine de nos innom­brables pro­blèmes. C’est la capa­ci­té et la volon­té de culti­ver une nour­ri­ture entre­po­sable (par exemple, les céréales) qui carac­té­rise la civi­li­sa­tion. Le contrôle des ali­ments per­met le contrôle des per­sonnes. Avec la conser­va­tion des ali­ments, une popu­la­tion humaine excé­den­taire devient pos­sible.

  1. Pou­vons-nous en sor­tir avec les solu­tions pro­po­sées par l’État ?

Tim Gar­rett a publié une excel­lente étude scien­ti­fique, dans laquelle il pré­sente la civi­li­sa­tion comme un moteur ther­mique. Il n’y a aucune solu­tion d’État. En outre, il n’y a pas de solu­tion. Le chan­ge­ment anthro­pique du cli­mat est un péril, et non un pro­blème. Cou­per le moteur ther­mique de la civi­li­sa­tion est le seul moyen de stop­per la sur­chauffe pla­né­taire.

  1. Que pen­sez-vous des pri­mi­ti­vistes ?

Les pri­mi­ti­vistes sont des per­sonnes. Par consé­quent, je les honore et je les res­pecte.

  1. Que vous sug­gère l’é­co-blan­chi­ment (Green­wa­shing) ?

La plu­part des « solu­tions » que l’on entend géné­ra­le­ment relèvent de l’é­co blan­chi­ment. J’ai un autre mot pour le défi­nir : le men­songe. Vous pour­riez pré­fé­rer le terme de pro­pa­gande. Edward Ber­nays serait flat­té de voir toute la conti­nua­tion de cette cam­pagne pour que les gens res­tent satis­faits d’eux-mêmes.

  1. Face à cette réa­li­té, com­ment faire le deuil ?

Recon­naitre le deuil per­met d’en gué­rir. Quand vous avez un éclat d’o­bus pro­fon­dé­ment ancré dans votre hanche, et qu’il cause des dou­leurs pen­dant de nom­breuses années, il n’y a qu’une solu­tion garan­tie à long terme : s’in­tro­duire, extraire le mor­ceau et net­toyer la plaie. Le même concept s’ap­plique pour une dou­leur émo­tion­nelle plu­tôt que phy­sique. La plaie à net­toyer, dans notre cas, c’est plu­tôt le cœur que la hanche.

  1. Pour­riez-vous com­pa­rer « Oubliez les douches courtes » de Der­rick Jen­sen à « Une véri­té qui dérange » d’Al Gore ?

Le brillant essai de Jen­sen démontre que pré­ser­ver ne nous sau­ve­ra pas du péril. Al Gore approche le pro­blème sous un mau­vais angle, lors­qu’il prône la pré­ser­va­tion comme une solu­tion. Les argu­ments scien­ti­fiques d’Al Gore étaient lar­ge­ment cor­rects pour l’é­poque, mais ses « solu­tions » sont, pour la plu­part, des exemples d’é­co-blan­chi­ment.

  1. On voit les mou­ve­ments indi­gènes, à l’ins­tar de l’ELF, employer des tac­tiques de sabo­tage et de résis­tance. Est-ce que vous sou­te­nez ces actions ?

Je sou­tiens l’or­ga­nisme pla­né­taire. Je sou­tiens les indi­gènes, humains, ain­si que les espèces non-humaines. Je sou­tiens l’é­pa­nouis­se­ment des idées, y com­pris des tac­tiques, qui amé­nagent un sou­tien durable pour les indi­gènes, humains, et autres orga­nismes. Je n’ai encore jamais par­ti­ci­pé à la des­truc­tion de bar­rages, ou de quelque autre infra­struc­ture majeure conçue pour le main­tien de cette civi­li­sa­tion et par consé­quent, détruire l’or­ga­nisme pla­né­taire. Je res­pecte et j’ho­nore ceux qui ont le cou­rage de fran­chir ce pas, comme « Idle No More ».

  1. Que conseille­riez-vous aux jeunes mili­tants pour lut­ter effi­ca­ce­ment contre l’a­pa­thie et l’é­pui­se­ment ?

Faites ce que vous aimez, aus­si long­temps que vous le pou­vez. Si vous n’ai­mez pas ce vous faites, arrê­tez de le faire.

  1. Que pen­sez-vous du Par­ti éco­lo­giste des États-Unis ?

Le Par­ti Vert États-unien reste un par­ti poli­tique : Il repré­sente un moindre mal, peut-être, mais lorsque l’on consi­dère l’or­ga­nisme pla­né­taire, un par­ti, en tant que rouage de la civi­li­sa­tion, ne peut être que des­truc­teur.

  1. Que répon­dez-vous à ceux qui disent qu’on ne pour­ra renon­cer à la civi­li­sa­tion qu’au prix de mil­lions voire de mil­liards de morts, et que per­sonne ne devrait avoir à prendre ce genre de déci­sions ?

La civi­li­sa­tion détruit tout le vivant de cette pla­nète, y com­pris l’ha­bi­tat de l’être humain. Per­pé­tuer la civi­li­sa­tion indus­trielle, c’est per­pé­tuer une secte véri­ta­ble­ment mor­ti­fère. Chaque jour, nous explo­sons les records de sur­po­pu­la­tion et pour­tant, mettre un terme à la civi­li­sa­tion appa­rait comme une chose immo­rale. Cette même civi­li­sa­tion, qui pol­lue l’eau, empoi­sonne l’air, draine les terres jus­qu’aux océans, est sys­té­ma­ti­que­ment décla­rée intou­chable et glo­ba­le­ment posi­tive par la qua­si-tota­li­té des par­ti­ci­pants au débat. Lorsque cette civi­li­sa­tion sera confron­tée à son échec — nous savons que toutes les civi­li­sa­tions finissent par s’é­teindre — beau­coup y per­dront la vie. Ima­gi­nons qu’elle s’é­croule dès demain, et l’on com­prend que les pertes en vies humaines auraient été moindres si la civi­li­sa­tion indus­trielle s’é­tait écrou­lée il y a 40 ans. Ce même rai­son­ne­ment est valable pour les 40 pro­chaines années. Conser­ver ce confort de vie, tel qu’il est amé­na­gé, est impos­sible.

  1. Com­ment votre inté­rêt pour l’en­vi­ron­ne­ment est-il né ?

J’ai pas­sé une grande par­tie de mon enfance à l’ex­té­rieur sans aucune sur­veillance. Plus tard, j’ai finan­cé mes études uni­ver­si­taires en com­bat­tant les incen­dies de forêt. Je pense que ces deux expé­riences ont réveillé ma pas­sion pour l’en­vi­ron­ne­ment natu­rel. Ce besoin de vivre à l’ex­té­rieur ne m’a jamais quit­té. Pen­dant plu­sieurs dizaines d’an­nées, j’ai effec­tué des recherches de ter­rain en tant que bio­lo­giste, pour la conser­va­tion. Je suis à l’aise dehors.

  1. Com­ment vos col­lègues per­çoivent ils votre tra­vail, et par­ti­cu­liè­re­ment ceux qui prônent l’in­gé­nie­rie ou la tech­no­lo­gie comme solu­tions ?

Je n’ai plus de contact avec mes anciens col­lègues qui, pour la plu­part, consi­dèrent que je suis fou. Je n’ai jamais vrai­ment échan­gé avec les tech­no-uto­pistes, et je n’en connais aucun qui aborde le sujet d’une extinc­tion humaine comme proche consé­quence d’un chan­ge­ment cli­ma­tique sou­dain.

  1. Au sujet de Ted Kac­zyns­ki et John Zer­zan, quel est votre res­sen­ti ?

Tous deux véhi­culent de grandes idées. Le pro­blème c’est qu’il n’y a pas, à l’é­chelle glo­bale, de mou­ve­ment ou de gou­ver­nance qui nous mène­raient vers des amé­na­ge­ments de vie plus sains. C’est pro­ba­ble­ment très frus­trant pour eux.

  1. Com­ment amor­cer une révo­lu­tion qui abou­tisse ?

Toutes les révo­lu­tions ont échoué, et je ne vois pas la pro­chaine réus­sir. Quoi qu’il en soit, nous sommes à court de temps pour sau­ver notre espèce.

  1. Que pen­sez-vous des ten­dances sec­taires ?

On m’a accu­sé d’être un peu boud­dhiste, Je prends ça comme un com­pli­ment. Je suis fan de la modé­ra­tion.

  1. Avez-vous des recom­man­da­tions de lec­ture ou un der­nier mot pour la fin ?

Il est tard, plus que ce que la plu­part des gens ima­ginent. La culture domi­nante nous garde pieds et poings liés. Il est temps de bri­ser les chaînes, il est temps de vivre.


DEUXIÈME INTERVIEW

L’in­ter­view qui suit a été réa­li­sé avec le pro­fes­seur Guy McPher­son par télé­phone, un peu avant la fin de la COP21 :

Près de 200 pays sont atten­dus à la Conven­tion-cadre des Nations unies sur les chan­ge­ments cli­ma­tiques, qui com­mence le 30 novembre en France et est cen­sée finir le 12 décembre. Mais les négo­cia­teurs inter­na­tio­naux de Paris ont man­qué leur échéance du ven­dre­di pour par­ve­nir à un accord pour contrer la menace du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, avant qu’il ne condamne la pla­nète. Le secré­taire d’é­tat US John Ker­ry a dit ven­dre­di que les nations déve­lop­pées devaient prendre des déci­sions dif­fi­ciles afin de par­ve­nir à un accord mon­dial sur le cli­mat.

« Il est incon­ce­vable pour moi que les négo­cia­teurs par­viennent à un accord qui empê­che­rait la des­truc­tion totale de la pla­nète », explique le pro­fes­seur McPher­son.

« Nous savons depuis long­temps, en rai­son de tra­vaux publiés par des ins­ti­tu­tions recon­nues que la civi­li­sa­tion elle-même est un moteur ther­mique, que si nous main­te­nons la civi­li­sa­tion sous quelque forme que ce soit, que ce soit à l’aide de pan­neaux solaires, d’éo­liennes ou de vagues de com­bus­tibles fos­siles, cela pro­duit le même effet : la civi­li­sa­tion elle-même est un moteur ther­mique », explique-t-il.

« Et je ne vois aucun négo­cia­teur avan­çant l’i­dée de mettre fin à la civi­li­sa­tion », ajoute-t-il.

« Nous savons aus­si, grâce à d’a­bon­dantes études récentes – sur ces 5 der­nières années à peu près – à pro­pos de l’assom­bris­se­ment glo­bal, que si nous met­tions sou­dai­ne­ment fin à la civi­li­sa­tion, cela entrai­ne­rait un réchauf­fe­ment si sou­dain de la pla­nète, en rai­son de la perte de cet assom­bris­se­ment mon­dial, que cela condam­ne­rait cer­tai­ne­ment l’hu­ma­ni­té à l’ex­tinc­tion », explique le scien­ti­fique.

« Donc, soit nous gar­dons le moteur ther­mique allu­mé et condam­nons notre espèce et bien d’autres, soit nous cou­pons le moteur ther­mique et nous condam­nons notre propre espèce et bien d’autres. Il sem­ble­rait que nous soyons dans une de ces situa­tions de ‘quoi que nous fas­sions, nous per­dons’  », sou­ligne-t-il.

« Je ne vois aucun négo­cia­teur ne serait-ce que se diri­ger vers la bonne direc­tion, encore moins entre­prendre une approche radi­cale qui pour­rait col­lec­ter le car­bone de l’at­mo­sphère, par exemple, et réduire les émis­sions en même temps. Je ne vois pas ça arri­ver », explique-t-il.

Le chan­ge­ment cli­ma­tique est une menace plus grande que le ter­ro­risme

« Si j’é­tais un théo­ri­cien du com­plot, je serais por­té à croire que la concen­tra­tion sur le ter­ro­risme est un choix spé­ci­fi­que­ment conçu pour détour­ner l’at­ten­tion des pro­blèmes impor­tants, comme le chan­ge­ment cli­ma­tique abrupt », explique le pro­fes­seur McPher­son.

« Il est assez clair que nous sommes en plein chan­ge­ment cli­ma­tique abrupt. C’est la plus grave des menaces exis­ten­tielles mena­çant notre espèce, et au lieu de cela les médias et les gou­ver­ne­ments se concentrent sur la « menace ter­ro­riste » qui a tué bien peu de gens dans toute l’his­toire de la guerre-fabri­quée contre la ter­reur », explique-t-il.

« Donc je pense qu’en tant que socié­té, en tant que culture, nous avons les mau­vaises prio­ri­tés, et je ne vois pas ça chan­ger de sitôt », ajoute-t-il.


Pour finir, un court article, rédigé par Guy McPherson:

La politique de l’affrontement du changement climatique

Il n’y a aucune réponse poli­ti­que­ment viable per­met­tant de faire face au chan­ge­ment cli­ma­tique.

Pour qu’une réponse soit poli­ti­que­ment viable, il fau­drait qu’elle soit poli­ti­que­ment atti­rante. Une réponse qui ne tue­rait pas la car­rière des poli­ti­ciens. Ce qui signi­fie une réponse pour laquelle les gens pour­raient voter, une qui soit sou­te­nue par les éco­no­mistes et les diri­geants cor­po­ra­tistes. Et les gens votent pour des choses qui leur plaisent, pas pour des poli­tiques qui les pri­ve­raient de leur confort.

Éteindre le moteur thermique de la civilisation

Comme sou­li­gné par l’é­tude de Tim Gar­rett publiée il y a quelques années, seul l’ef­fon­dre­ment de la civi­li­sa­tion pour­rait évi­ter un embal­le­ment du chan­ge­ment cli­ma­tique. La civi­li­sa­tion est un moteur ther­mique, qui requiert des débits mas­sifs de res­sources et d’éner­gies afin de main­te­nir la crois­sance de notre éco­no­mie mon­dia­li­sée et la com­plexi­té que nous pre­nons pour un acquis. La seule façon d’ar­rê­ter ce réchauf­fe­ment c’est de cou­per le moteur. Com­bien de per­sonnes, au sein du monde indus­tria­li­sé, attendent cela avec impa­tience ?

Cer­tai­ne­ment pas celles qui sont aux com­mandes de l’in­dus­trie. Bien que nombre des col­lègues de Gar­rett sou­tiennent sa théo­rie, les « lea­ders » du monde des cor­po­ra­tions et des gou­ver­ne­ments ne sont pas prêts d’ad­mettre sa vali­di­té, et les éco­no­mistes ont presque tous cri­ti­qué la sug­ges­tion selon laquelle l’é­co­no­mie ne peut, ni ne devrait, croitre indé­fi­ni­ment. Ces gens-là tirent encore plus pro­fit que nous de l’ar­ran­ge­ment actuel des choses.

Dans mes rêves, les deux joues jumelles du fes­sier cor­po­ra­tiste – appe­lées aux USA les Démo­crates et les Répu­bli­cains – font la pro­mo­tion de l’i­dée de l’ef­fon­dre­ment. J’ai­me­rais voir un débat entre les can­di­dats finaux se concen­trer sur le sau­ve­tage de l’ha­bi­tat de l’Homo Sapiens et des autres orga­nismes. Comme la plu­part de mes rêves, il y a peu de chance que cela devienne réa­li­té.

Il est peu pro­bable que nous accep­tions le défi de la liqui­da­tion de la civi­li­sa­tion indus­trielle et du sau­ve­tage de l’ha­bi­tat pour les humains de la Terre, et il est pro­bable qu’il soit de toute façon trop tard pour faire une dif­fé­rence. Les preuves semblent indi­quer que le chan­ge­ment cli­ma­tique abrupt a déjà com­men­cé.

A quel point est-ce grave ?

Le chan­ge­ment gra­duel du chan­ge­ment cli­ma­tique, jus­qu’i­ci – qui a fait aug­men­ter la tem­pé­ra­ture de la Terre d’un peu moins d’1 degré °C de plus que les mesures de réfé­rence [il sem­ble­rait que nous ayons désor­mais dépas­sé le 1°C d’aug­men­ta­tion] – c’est déjà trop et trop rapide pour que les orga­nismes puissent suivre. Déjà, la vitesse de l’é­vo­lu­tion est 10 000 fois plus lente que celle du chan­ge­ment, selon une étude publiée dans le numé­ro d’août 2013 de Eco­lo­gy Let­ters. Sans une pla­nète vivante pour four­nir de la nour­ri­ture, nous ne sur­vi­vrons pas.

Le com­merce-comme-d’ha­bi­tude (busi­ness-as-usual) place la Terre sur le che­min d’un réchauf­fe­ment de +6°C d’i­ci 2050, selon la très conser­va­trice Agence Inter­na­tio­nale de l’E­ner­gie (AIE), qui est loin d’être l’en­ne­mi du com­merce-comme-d’ha­bi­tude. L’é­va­lua­tion de l’AIE ne prend en consi­dé­ra­tion qu’un seul gaz à effet de serre, le dioxyde de car­bone. En ajou­tant uni­que­ment le méthane on obtient une date bien plus proche pour le moment où les humains ne pour­ront plus vivre sur Terre, selon beau­coup de scien­ti­fiques.

Et bien que nous soyons pré­oc­cu­pés par les effets mani­festes des per­tur­ba­tions cli­ma­tiques graves, la mon­tée du niveau des océans, les séche­resses chro­niques impac­tant l’ap­pro­vi­sion­ne­ment ali­men­taire, per­sonne ne remarque l’é­lé­phant dans la pièce. Déman­te­ler les cen­trales nucléaires du monde en toute sécu­ri­té néces­si­te­ra des décen­nies de tra­vaux sérieux, et cela doit être fait avant que cela soit ren­du impos­sible en rai­son de contraintes au niveau des res­sources ou en rai­son de catas­trophes natu­relles – ces deux choses entrai­ne­raient un compte-à-rebours jus­qu’à l’ef­fon­dre­ment, et deviennent de plus en plus pro­bable à mesure de l’é­vo­lu­tion du chan­ge­ment cli­ma­tique. Sans ce temps et cet effort, la catas­trophe nucléaire qui se pro­file fera de Fuku­shi­ma un sou­ve­nir agréable.

Les preuves indiquent qu’il ne nous reste pas beau­coup de décen­nies avec un habi­tat viable pour les humains sur cette pla­nète, encore moins pour la conti­nua­tion de la plus insou­te­nable civi­li­sa­tion de l’his­toire.

Vivre dans le présent

Au vu de cette situa­tion dra­ma­tique, je sug­gère que nous vivions dans l’i­ci et main­te­nant, dans le moment. Nous ne vivons pas long­temps, un concept qui est vrai pour les vies indi­vi­duelles comme pour notre espèce dans son ensemble.

Pour­tant les voix dans nos oreilles – qui dif­fusent les mes­sages que pro­meut cette culture – conti­nuent à dire que nous pou­vons et allons connaitre une crois­sance infi­nie sur une pla­nète finie sans consé­quences adverses. Réflé­chir mani­fes­te­ment sur le sens de cette notion vous amène à la conclu­sion logique selon laquelle une telle idée est démente. Peut-être est-ce pour cela que nous évi­tons de « trop » pen­ser.

Ima­gi­nez si seule­ment quelques mil­lions de gens adop­taient ce mes­sage et com­men­çaient à vivre dans le pré­sent au lieu de dépen­ser de l’argent sur des assu­rances et des rem­bour­se­ments de prêts. Ima­gi­nez qu’ils se fichent de leur ratio de cré­dit et refusent de payer leurs dettes. Ima­gi­nez qu’ils arrêtent d’a­che­ter toutes les idio­ties dont ils n’ont pas besoin.

A la lumière de ces images, je serais prêt à parier que le sys­tème implo­se­rait bien plus vite qu’il n’im­plose actuel­le­ment, si les gens inté­graient ce mes­sage et vivaient vrai­ment. Et cela repré­sente une menace signi­fi­ca­tive pour la civi­li­sa­tion et ceux qui en béné­fi­cient.

Il y a une rai­son pour laquelle on ne vous dit pas toute la véri­té sur le chan­ge­ment cli­ma­tique abrupt. C’est la même que celle qui fait qu’on ne vous dit pas tout sur Fuku­shi­ma. Et sur le sys­tème ban­caire. Et sur le mas­sacre en cours de gens dans ce que nous appe­lons intel­li­gem­ment « guerre » (cf. conquête). Et sur d’in­nom­brables autres phé­no­mènes. Si vous ne par­ve­nez pas à sai­sir cette rai­son, essayez de creu­ser un peu plus pro­fond. Essayez de regar­der au-delà de notre mode de vie, et de consi­dé­rer d’autres modes de vie.

Pen­sez au cout du pou­voir entre les mains de quelques-uns.

Pen­sez à la myriade de coûts du « pro­grès ».

Pen­sez au-delà des voix qui émanent du mains­tream.

Pen­sez au-delà de la civi­li­sa­tion.

Pen­sez.


Sources :

1ère inter­view : http://thefifthcolumnnews.com/2015/11/interview-with-guy-mcpherson/

2ème inter­view : http://presstv.com/Detail/2015/12/12/441334/Humans-global-warming-

L’ar­ticle de Guy McPher­son : http://shift-magazine.net/2015/11/20/the-politics-of-addressing-climate-change/

Tra­duc­tion : Bru­no Malier & Nico­las Casaux

Édi­tion & Révi­sion : Hélé­na Delau­nay, Chris­tine Kor­nog

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Comments to: Extinction de l’espèce humaine — le suicide de la civilisation industrielle (par Guy McPherson)
  • 30 juin 2016

    Ah ! une allu­sion à Edward Ber­nays 🙂 C’est vrai que faire assi­mi­ler fumer et liber­té ( torches of free­dom ), c’est quand même fort ; les femmes et le phal­lus ! Mais W.Lippmann, Ivy L.Lee, Paul Mazur ( Leh­man Bro­thers ), G. Le Bon et bien d’autres. Tous ces pen­seurs, finan­ciers, psy­cha­na­lystes, socio­logues, jour­na­listes et inven­teurs des temps modernes, se concer­tant, afin de cana­li­ser et ins­tru­men­ta­li­ser les pul­sions des­truc­trices humaines incons­cientes, à des fins moyen­ne­ment phi­lan­thropes ; disons pour garan­tir la paix et l’ordre de la socié­té tout en s’en­ri­chis­sant ; socié­té com­po­sée d’in­di­vi­dus non édu­qués et géné­ra­le­ment non édu­cables ( pathos ) et bien inca­pables d’ap­pré­hen­der la com­plexi­té de la socié­té. ( Le public fan­tôme ). Il suf­fit de voir réagir de grand public à l’ac­tua­li­té : avis, opi­nion sans com­pé­tences, mais infla­tion de l’e­go. Ego=consommation.

    Un bul­le­tin dans une urne devrait suf­fire… Le reste, l’im­por­tant, c’est de consom­mer et d’en­tre­te­nir l’e­go domi­na­teur..

    Reply
  • 2 juillet 2016

    … à nou­veau mer­ci LE PARTAGE pour cet article !

    Appré­cié, par­ta­gé et dif­fu­sé via « Socia­lisme liber­taire » :

    http://www.socialisme-libertaire.fr/2016/07/extinction-de-l-espece-humaine-le-suicide-de-la-civilisation-industrielle.html

    Ami­tiés liber­taires ★

    Reply
  • […] Source : Extinc­tion de l’espèce humaine — le sui­cide de la civi­li­sa­tion… […]

    Reply
  • […] can­not. If one assembles the science in a way such as Guy McPher­son has done, it is clear we have sur­pas­sed the utmost limits (1C) to which we war­ned by the Uni­ted Nations Advi­so­ry Group on Green­house Gases (UNAGGG) publi­shed […]

    Reply
  • […] ayant un mini­mum de connais­sance scien­ti­fiques admettent que la situa­tion est dra­ma­tique. Du chan­ge­ment cli­ma­tique à l’extinction de masse des espèces, de l’élevage indus­triel aux vio­la­tions des droits […]

    Reply
  • […] La civi­li­sa­tion est rare­ment remise en cause lorsqu’on dis­cute de jus­tice sociale. Il y en a bien quelques-uns qui font la connexion entre jus­tice et civi­li­sa­tion, mais ils sont peu, et res­tent vagues. Lorsque j’ai com­men­cé à connec­ter la civi­li­sa­tion à la jus­tice sociale, j’ai complè­te­ment per­du cer­taines per­sonnes. Cela peut être lié au fait que je n’ai pas pré­sen­té de docu­men­ta­tion assez claire ou assez bonne, mais au fil des ans, je me suis mis à pen­ser qu’il y avait plus que ça. J’ai com­men­cé à remettre en ques­tion nos arran­ge­ments de vie, et, pour cer­tains, ça n’est pas négo­ciable. […]

    Reply
  • […] d’an­nées, mais aucune per­sonne raison­nable ne peut pré­tendre que la civi­li­sa­tion indus­trielle n’en­dom­mage pas grave­ment la vie sur […]

    Reply
  • […] Extinc­tion de l’es­pèce humaine — le sui­cide de la civi­li­sa&sh… […]

    Reply
  • 7 avril 2018

    Mer­ci Mr Mc Pher­son Si vous étiez le seul à affir­mer la fin de notre civi­li­sa­tion, on aurait du mal à vous croire, mais d’autres per­sonnes
    en France disent la même chose conti­nuer à affir­mer cette réa­li­té
    et peut-être des gens réagi­ront

    Reply
  • 18 mai 2019

    C’é­tait dejà la fin lorsque tout cela a com­men­cé. Sans maî­trise d’une popu­la­tion galo­pante qui pousse la pla­nète à l’ ago­nie l’homme aura tout raté…il ne reste plus qu’à savoir quand et com­ment tout cela fini­ra…

    Reply
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