Pas de panique, je ne connais pas le chi­nois. Pas encore. Mais il m’a paru plus sai­sis­sant d’appeler ici la Chine de son vrai petit nom local : 中国. Autre­ment dit : Zhōng­guó . Autre­ment dit « Pays du milieu ». Notez que j’aurais pu choi­sir aus­si 天下, c’est-à-dire tiān­xià, Sous le ciel, mais cet idéo­gramme-là, qui désigne éga­le­ment la Chine, ren­voie à des périodes bien plus anciennes de l’envoûtante – et si longue – his­toire chi­noise.

Reve­nons à ce Pays du milieu. J’ai tou­jours aimé les cartes géo­gra­phiques et j’ai plus d’une fois regar­dé de près celles qui sont édi­tées dans chaque pays. Eh bien, comme par hasard, le pays qui imprime est aus­si celui qui se place au centre. C’est vrai de la France. Ce l’était de la défunte Union sovié­tique, c’est vrai de même de la Chine. Le reste du monde entoure la nation sacrée.

La Chine d’aujourd’hui est un État tota­li­taire où le pou­voir est exer­cé par un par­ti com­mu­niste qui n’est rien d’autre qu’un syn­di­cat d’affairistes, mais dis­po­sant des méthodes les plus avan­cées du sta­li­nisme. Dans mon jeune temps fou, j’ai cru avec pas­sion à la révo­lu­tion sociale, mais sans jamais m’approcher des struc­tures sta­li­niennes fran­çaises – l’insupportable PCF – ni de l’Union sovié­tique, ni de la Chine maoïste. Par une chance inso­lente, j’ai vomi d’emblée ces igno­mi­nies. Dès 14 ans. Je ne sais pas pour­quoi, mais j’avais com­pris. L’essentiel, je crois.

« Pratiquement tous les produits chinois bon marché proviennent d’un camp de travail »

A ce pro­pos, lire cet excellent article d’Arte info, sur le « mil­lier de camps » de tra­vaux (for­cés, donc), « un dans presque chaque ville chi­noise », où « quatre mil­lions de per­sonnes […] sont inter­nées ».

Si la jus­tice régnait, on le sau­rait. Si elle régnait, chaque humain sau­rait que la dic­ta­ture chi­noise a tué de toutes les manières pos­sibles des dizaines de mil­lions d’humains. Par la faim le plus sou­vent – une faim « poli­tique » -, par le fouet et le knout, par le lyn­chage. Si la jus­tice régnait, les pauvres imbé­ciles ayant sou­te­nu cette incroyable mons­truo­si­té seraient relé­gués dans le silence éter­nel. Cer­tains, qui sont morts, y sont par force, comme André Glucks­mann, Jean-Paul Sartre ou Roland Barthes. D’autres conti­nuent de par­ler, sans avoir appa­rem­ment plus honte que cela, comme Ber­nard-Hen­ri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut, Serge July, Phi­lippe Sol­lers, Roland Cas­tro. Ma foi, l’époque, encore plus que d’autres pas­sées, se moque à gorge déployée de la véri­té.

Pour­quoi par­ler ce jour du 中国 ? Mais parce qu’une entre­prise publique chi­noise, Chi­na Natio­nal Che­mi­cal Cor­po­ra­tion – Chem­Chi­na – vient de rache­ter le géant suisse de la chi­mie, Syn­gen­ta, pour qua­si­ment 40 mil­liards d’euros. Chem­Chi­na était déjà un géant mon­dial, pesant 70 mil­liards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Cette tran­sac­tion en fait de très, très loin, le groupe le plus puis­sant de la chi­mie mon­diale. Notam­ment dans le domaine des pes­ti­cides.

Ain­si donc, le pou­voir de tuer impu­né­ment des mil­lions d’être vivants – dont des hommes – par l’usage des pes­ti­cides sera demain, plus encore qu’aujourd’hui, entre les mains d’une socié­té d’État chi­noise, d’une socié­té dont le pro­prié­taire est un État tota­li­taire. Qui ment matin, midi et soir. Qui truque ses chiffres à l’envi. Qui n’a aucun compte à rendre à sa socié­té, pour cause. Le P‑DG de Chem­Chi­na, Ren Jian­xi, est un haut cadre du par­ti com­mu­niste, auquel il doit tout. Entre la san­té publique et la sienne propre, que choi­si­rait-il demain ? Je vous laisse devi­ner.

Encore un tout petit point de rien du tout. Chem­Chi­na a ache­té il y a quelques années Adis­séo, une usine spé­cia­li­sée dans l’alimentation ani­male, jadis pro­prié­té de Rhône-Pou­lenc, socié­té natio­na­li­sée en 1981. Adis­séo a une usine à Com­men­try, dans l’Allier, où se joue un drame atroce dont la France offi­cielle se contre­fiche. Par­di ! ce ne sont que des ouvriers. Au total, depuis 1994, des dizaines de cas de can­cers du rein – une affec­tion assez rare – ont été recen­sés dans un ate­lier syn­thé­ti­sant de la vita­mine A (ici). Il n’y a pas de mys­tère, grâce à mon cher Hen­ri Péze­rat, hélas mort en 2009 (ici) : l’usage de la molé­cule chi­mique C5 explique la conta­mi­na­tion. Certes, Chem­Chi­na n’est pas res­pon­sable. Pas de ça. Mais com­bien d’Adisséo-Commentry se pré­parent-ils sous cou­vert du men­songe tota­li­taire ?

Fabrice Nico­li­no


Article ini­tia­le­ment publié sur le blog de Fabrice Nico­li­no

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