Quand 中国 s’empare d’un autre empire, Syngenta (par Fabrice Nicolino)

Pas de panique, je ne connais pas le chi­nois. Pas encore. Mais il m’a paru plus sai­sis­sant d’appeler ici la Chine de son vrai petit nom local : 中国. Autre­ment dit : Zhōng­guó . Autre­ment dit « Pays du milieu ». Notez que j’aurais pu choi­sir aus­si 天下, c’est-à-dire tiān­xià, Sous le ciel, mais cet idéo­gramme-là, qui désigne éga­le­ment la Chine, ren­voie à des périodes bien plus anciennes de l’envoûtante – et si longue – his­toire chinoise.

Reve­nons à ce Pays du milieu. J’ai tou­jours aimé les cartes géo­gra­phiques et j’ai plus d’une fois regar­dé de près celles qui sont édi­tées dans chaque pays. Eh bien, comme par hasard, le pays qui imprime est aus­si celui qui se place au centre. C’est vrai de la France. Ce l’était de la défunte Union sovié­tique, c’est vrai de même de la Chine. Le reste du monde entoure la nation sacrée.

La Chine d’aujourd’hui est un État tota­li­taire où le pou­voir est exer­cé par un par­ti com­mu­niste qui n’est rien d’autre qu’un syn­di­cat d’affairistes, mais dis­po­sant des méthodes les plus avan­cées du sta­li­nisme. Dans mon jeune temps fou, j’ai cru avec pas­sion à la révo­lu­tion sociale, mais sans jamais m’approcher des struc­tures sta­li­niennes fran­çaises – l’insupportable PCF – ni de l’Union sovié­tique, ni de la Chine maoïste. Par une chance inso­lente, j’ai vomi d’emblée ces igno­mi­nies. Dès 14 ans. Je ne sais pas pour­quoi, mais j’avais com­pris. L’essentiel, je crois.

« Pratiquement tous les produits chinois bon marché proviennent d’un camp de travail »

A ce pro­pos, lire cet excellent article d’Arte info, sur le « mil­lier de camps » de tra­vaux (for­cés, donc), « un dans presque chaque ville chi­noise », où « quatre mil­lions de per­sonnes […] sont internées ».

Si la jus­tice régnait, on le sau­rait. Si elle régnait, chaque humain sau­rait que la dic­ta­ture chi­noise a tué de toutes les manières pos­sibles des dizaines de mil­lions d’humains. Par la faim le plus sou­vent – une faim « poli­tique » -, par le fouet et le knout, par le lyn­chage. Si la jus­tice régnait, les pauvres imbé­ciles ayant sou­te­nu cette incroyable mons­truo­si­té seraient relé­gués dans le silence éter­nel. Cer­tains, qui sont morts, y sont par force, comme André Glucks­mann, Jean-Paul Sartre ou Roland Barthes. D’autres conti­nuent de par­ler, sans avoir appa­rem­ment plus honte que cela, comme Ber­nard-Hen­ri Lévy, Alain Fin­kiel­kraut, Serge July, Phi­lippe Sol­lers, Roland Cas­tro. Ma foi, l’époque, encore plus que d’autres pas­sées, se moque à gorge déployée de la vérité.

Pour­quoi par­ler ce jour du 中国 ? Mais parce qu’une entre­prise publique chi­noise, Chi­na Natio­nal Che­mi­cal Cor­po­ra­tion – Chem­Chi­na – vient de rache­ter le géant suisse de la chi­mie, Syn­gen­ta, pour qua­si­ment 40 mil­liards d’euros. Chem­Chi­na était déjà un géant mon­dial, pesant 70 mil­liards d’euros de chiffre d’affaires annuel. Cette tran­sac­tion en fait de très, très loin, le groupe le plus puis­sant de la chi­mie mon­diale. Notam­ment dans le domaine des pesticides.

Ain­si donc, le pou­voir de tuer impu­né­ment des mil­lions d’être vivants – dont des hommes – par l’usage des pes­ti­cides sera demain, plus encore qu’aujourd’hui, entre les mains d’une socié­té d’État chi­noise, d’une socié­té dont le pro­prié­taire est un État tota­li­taire. Qui ment matin, midi et soir. Qui truque ses chiffres à l’envi. Qui n’a aucun compte à rendre à sa socié­té, pour cause. Le P‑DG de Chem­Chi­na, Ren Jian­xi, est un haut cadre du par­ti com­mu­niste, auquel il doit tout. Entre la san­té publique et la sienne propre, que choi­si­rait-il demain ? Je vous laisse deviner.

Encore un tout petit point de rien du tout. Chem­Chi­na a ache­té il y a quelques années Adis­séo, une usine spé­cia­li­sée dans l’alimentation ani­male, jadis pro­prié­té de Rhône-Pou­lenc, socié­té natio­na­li­sée en 1981. Adis­séo a une usine à Com­men­try, dans l’Allier, où se joue un drame atroce dont la France offi­cielle se contre­fiche. Par­di ! ce ne sont que des ouvriers. Au total, depuis 1994, des dizaines de cas de can­cers du rein – une affec­tion assez rare – ont été recen­sés dans un ate­lier syn­thé­ti­sant de la vita­mine A (ici). Il n’y a pas de mys­tère, grâce à mon cher Hen­ri Péze­rat, hélas mort en 2009 (ici) : l’usage de la molé­cule chi­mique C5 explique la conta­mi­na­tion. Certes, Chem­Chi­na n’est pas res­pon­sable. Pas de ça. Mais com­bien d’Adisséo-Commentry se pré­parent-ils sous cou­vert du men­songe totalitaire ?

Fabrice Nico­li­no


Article ini­tia­le­ment publié sur le blog de Fabrice Nicolino

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  1. Cet article est un pam­phlet anti-chi­nois éhon­té. Pas une seule source des attaques viru­lentes contre ce pays sauf des can­cers dont l’ar­ticle recon­naît que la Chine n’y est pour rien et une pho­to d’Arte 

    Fabrice Nico­li­no n’en est pas à son coup d’es­sai sur ce registre de prendre tou­jours le par­ti de l’empire Us contre d’autres pays impé­ria­listes. Voir par exemple Boli­vie, chro­nique d’un fias­co média­tique : https://www.legrandsoir.info/bolivie-chronique-d-un-fiasco-mediatique.html

    Quand à Arte, c’est un média qui n’en est pas à son pre­mier men­songe sur la Chine : https://www.legrandsoir.info/bolivie-chronique-d-un-fiasco-mediatique.html ou https://www.legrandsoir.info/dilnur-reyhan-maxime-vivas-est-le-plus-grand.html ou https://www.legrandsoir.info/sur-les-ouighours-compares-aux-tibetains-lettre-a-un-ami-sceptique.html etc.

    C’est dom­mage qu’un tel pam­phlet figure sur ce site. Pro­fé­rer des accu­sa­tions sans preuve ni source cré­dible, c’est au mieux de la fabu­la­tion, au pire de la calom­nie et, dans le cadre d’un média, c’est de la mani­pu­la­tion. Nico­li­no est peut-être bon pour faire de la gau­driole de bis­tro sur Char­lie Heb­do (je n’en sais rien, cela fait très long­temps que je ne lis plus ce jour­nal), mais sur la Chine, il n’est vrai­ment abso­lu­ment pas crédible.

    Il aurait pu nous par­ler des hôpi­taux que la Chine construit en 10 jours, ceci afin de pou­voir iso­ler les malades du covid, les soi­gner avant com­pli­ca­tions et évi­ter qu’ils conta­minent les autres. En démo­cra­tie, nous ne sommes soi­gnés du covid que quand c’est trop tard. Rien que pour ça, c’est mieux pour les pauvres de vivre en Chine. Même Raoult est plus cri­tique sur le capi­ta­lisme que Nicolino :

    « Les riches se donnent tou­jours les moyens de se faire soi­gner. » — Didier Raoult très bien pla­cé pour l’observer.

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