Expropriation des corps, destruction des esprits :

les cordes de pensée contre l’aliénation

« …le pro­ces­sus de l’ac­cu­mu­la­tion de la richesse, tel que nous le connais­sons, sti­mu­lé par le pro­ces­sus vital puis sti­mu­lant la vie humaine, n’est pos­sible que si l’homme sacri­fie son monde et son appar­te­nance-au-monde. » (H. Arendt, p. 324)

Dans son ouvrage La condi­tion de l’homme moderne, Arendt dis­tingue trois acti­vi­tés dans ce qu’elle nomme la vita acti­va : le tra­vail, l’œuvre et l’ac­tion.

Le tra­vail est l’ac­ti­vi­té liée au pro­ces­sus vital, à la néces­si­té, au cycle bio­lo­gique, en ce sens il est consom­ma­tion : consom­ma­tion de biens ter­restres pour se nour­rir. Durant toute l’An­ti­qui­té le tra­vail fut mépri­sé et assi­gné aux esclaves, il était caché dans la sphère pri­vée, le lieu de la consom­ma­tion et de la repro­duc­tion. La sphère pri­vée concer­nait en cela l’é­co­no­mie : sub­sis­tance de l’in­di­vi­du et sur­vie de l’es­pèce. Le tra­vail a affaire avec la vie brute, et l’ef­fort phy­sique qu’il exige enferme l’homme dans son corps, parce que, comme la dou­leur, l’ef­fort du tra­vail isole, ne peut se com­mu­ni­quer. Exclu­si­ve­ment concen­tré sur la vie et son entre­tien, le tra­vail expulse l’homme du monde. Dans l’An­ti­qui­té, l’ex­ploi­ta­tion des esclaves et des femmes était la seule solu­tion pour per­mettre au père de famille d’accéder au sta­tut d’homme public, libre, poli­tique. Pour qu’une poi­gnée d’hommes accède à une vie digne il fal­lait maî­tri­ser les acti­vi­tés liées au besoin de la vie.

Pour autant, dans l’An­ti­qui­té il y avait encore une dif­fé­rence entre le tra­vail et l’œuvre.

L’œuvre s’ins­crit dans la durée, elle par­ti­cipe à la construc­tion d’un monde com­mun dans lequel des hommes naissent et meurent. Le monde com­mun vient du pas­sé pour se trans­mettre aux géné­ra­tions futures. Les pro­duits de l’œuvre garan­tissent la per­ma­nence, la dura­bi­li­té. Ils sont les objets non consom­més mais uti­li­sés et habi­tés. Ils nous fami­lia­risent avec le monde humain dans lequel nous nais­sons, et sont indis­pen­sables pour don­ner nais­sance aux rap­ports entre l’homme et les choses et entre l’homme et les hommes. Il est pur arti­fice, pure­ment humain, mais par lui s’ex­priment et s’ancrent nos liens au monde ter­restre :

« L’être est entiè­re­ment immer­gé, dès son ori­gine, dans le contexte rela­tion­nel du monde qu’il habite. Ce monde est déjà char­gé de signi­fi­ca­tions, le sens repose sur les rela­tions entre l’ha­bi­tant et les élé­ments du monde qu’il habite. »[1]

À par­tir du XIXème siècle le mot « tra­vail » ne désigne plus l’ac­ti­vi­té en tant que telle mais le pro­duit fini. L’œuvre n’a donc plus de rai­son d’être. Cui­si­ner un pain ou construire un panier sont des acti­vi­tés sem­blables qui sont affaire de consom­ma­tion, liées à la valeur d’é­change et non plus d’u­sage. Le temps lui-même devient cyclique, sem­blable à celui de l’es­pèce : éter­nelle répé­ti­tion du même qui régit la jour­née de tra­vail. Mais le temps humain est linéaire : l’in­di­vi­du naît et meurt et ce cycle ne se renou­velle pas. « Per­sonne n’est indis­pen­sable mais tout le monde est utile » : phrase si faci­le­ment assé­née avec fier­té, comme une décou­verte majeure, et pour­tant elle est aus­si aber­rante que notre socié­té. Chaque indi­vi­du doit être indis­pen­sable parce qu’il est unique.

L’ex­pro­pria­tion par­ti­cipe éga­le­ment à l’ex­pul­sion du monde. La plu­part des hommes n’ont plus un lieu à eux, une hutte où se réfu­gier pour s’i­so­ler ou se pro­té­ger du monde public, pour vivre sans être vu ni enten­du, pour échap­per à la publi­ci­té. Dans la socié­té moderne la pro­prié­té pri­vée est sacri­fiée dès qu’elle rentre en conflit avec l’ac­cu­mu­la­tion de richesses. Ce que le monde moderne défend, ce n’est pas la pro­prié­té pri­vée mais l’ap­pro­pria­tion pri­vée du monde.[2]La seule pro­prié­té désor­mais assu­rée est celle de notre force de tra­vail. Avec Adam Smith et Karl Marx, le tra­vail, à cause de sa pro­duc­ti­vi­té, qui réside dans l’éner­gie humaine et non dans les pro­duits finis, s’est éle­vé au pre­mier rang. L’éner­gie humaine peut être employée à la repro­duc­tion de plus d’une vie. Marx ran­geait d’ailleurs le tra­vail avec la pro­créa­tion[3]. Et cer­tains mar­xistes n’hé­sitent pas à consi­dé­rer la gros­sesse comme un tra­vail méri­tant salaire[4]. Ain­si, le tra­vail de quelques-uns suf­fit à la vie d’un grand nombre puisque la pro­duc­ti­vi­té du tra­vail réside dans le sur­plus que pos­sède vir­tuel­le­ment l’éner­gie du tra­vail humain. L’ac­cu­mu­la­tion de richesses oblige ain­si à tout consom­mer, dévo­rer, nos propres pro­duits aus­si rapi­de­ment que la nour­ri­ture.

« … des ori­gines de l’His­toire jus­qu’à nos jours, ce qui a besoin du secret, c’est la part cor­po­relle de l’exis­tence, ses aspects liés à la néces­si­té du pro­ces­sus vital. » (114)

Ne nous inquié­tons pas, nos besoins les plus secrets seront très pro­chai­ne­ment exploi­tables.[5]

La pré­do­mi­nance incon­tes­tée du tra­vail a détruit les idéaux de l’homo faber, fabri­ca­teur d’ou­tils et d’ar­ti­fices. La per­ma­nence, la sta­bi­li­té, la durée ont ain­si été sacri­fiées à l’a­bon­dance. Pour autant, le monde ne sau­rait être mis entre les mains d’homo faber puisque pour fabri­quer un objet les moyens sont mis au ser­vice d’une fin. Un monde entiè­re­ment domi­né par homo faber serait réduit à l’u­ti­li­ta­risme pur : tout doit ser­vir à quelque chose, on ne peut pen­ser autre­ment qu’en termes de fins et de moyens. La nature et le monde seraient ain­si dégra­dés au rang de moyens, dépouillés de leur digni­té indé­pen­dante. Monde anthro­po­cen­trique dans lequel l’u­sa­ger est la fin der­nière.

« Afin d’être ce que le monde est tou­jours cen­sé être, patrie des hommes durant leur vie sur terre, l’ar­ti­fice humain doit pou­voir accueillir l’ac­tion et la parole. » (230)

La parole et l’ac­tion révèlent l’in­di­vi­dua­li­té de cha­cun. Toutes deux sont indis­pen­sables pour res­ter insé­ré dans le monde humain. Elles éta­blissent le rap­port entre l’é­ga­li­té et la dis­tinc­tion, la plu­ra­li­té d’êtres uniques. Un être se révèle dans ses actions et ses paroles mais l’ac­tion, plus que la parole, est irré­ver­sible et impré­vi­sible. C’est contre cette impré­vi­si­bi­li­té que le domaine social se fonde. Avec l’a­vè­ne­ment du domaine social, tous les pro­blèmes rele­vant de la sphère fami­liale sont deve­nus pré­oc­cu­pa­tion col­lec­tive. La socié­té s’est sub­sti­tuée à la cel­lule fami­liale et l’é­tat-nation a rem­pla­cé le rex ou pater (nom que don­nait l’es­clave au maître). À l’ac­tion s’est sub­sti­tué le com­por­te­ment social qui est deve­nu une norme dans tous les domaines de l’exis­tence. La vic­toire de la socié­té détruit la sphère publique aus­si sûre­ment que la pré­do­mi­nance du tra­vail parce qu’elle ne donne de l’im­por­tance qu’au fait que les hommes ont besoin les uns des autres pour vivre et rien de plus. La sphère publique est le lieu où se ren­contrent les hommes dans leur plu­ra­li­té. Limi­ter la sphère publique à la vie sociale c’est lais­ser une socié­té de masse détruire la plu­ra­li­té humaine, puisque tous se com­portent comme les membres d’une même famille.

« Le nou­veau a tou­jours contre lui les chances écra­santes des lois sta­tis­tiques et de leur pro­ba­bi­li­té qui, pra­ti­que­ment dans les cir­cons­tances ordi­naires, équi­vaut à une cer­ti­tude ; le nou­veau appa­raît donc tou­jours comme un miracle. » (234)

L’i­ner­tie est ain­si la règle et pour entra­ver l’ac­tion une sépa­ra­tion s’ins­taure entre ceux qui agissent sans savoir, obéis­sant aux ordres de ceux qui savent sans agir. Action et pen­sée sont sépa­rées comme l’es­clave et le maître. L’ac­tion est rem­pla­cée par le gou­ver­ne­ment afin de sub­sti­tuer le faire à l’a­gir. Dès Pla­ton et Aris­tote c’est la modé­ra­tion et les limites qui sont les ver­tus poli­tiques par excel­lence. Pour pro­té­ger contre l’imprévisible il faut des lois, des gou­ver­ne­ments, des fron­tières. Arendt dis­tingue vio­lence, force et puis­sance. La force est indi­vi­sible, elle concerne l’in­di­vi­du, et la plu­ra­li­té la limite. La puis­sance dépend de l’ac­cord incer­tain et tem­po­raire d’un grand nombre de volon­tés et d’in­ten­tions.

« La puis­sance n’est actua­li­sée que lorsque la parole et l’acte ne divorcent pas, lorsque les mots ne sont pas vides, ni les actes bru­taux, lorsque les mots ne servent pas à voi­ler des inten­tions mais à révé­ler des réa­li­tés, lorsque les actes ne servent pas à vio­ler et détruire mais à éta­blir des rela­tions et créer des réa­li­tés nou­velles […] tan­dis que la force est la qua­li­té natu­relle de l’in­di­vi­du iso­lé, la puis­sance jaillit par­mi les hommes lors­qu’ils agissent ensemble et retombe dès qu’ils se dis­persent. » (260)

Seule la vio­lence peut détruire la puis­sance mais sans jamais la rem­pla­cer. C’est pour­quoi la vio­lence, liée à la volon­té de puis­sance, est tou­jours l’at­tri­but des faibles. Il ne faut pas confondre cette vio­lence avec celle, natu­relle, de ceux dont la socié­té tente de déro­ber la force. Il est impor­tant d’ac­cep­ter l’acte dans ce qu’il contient d’ir­ré­ver­sible et d’im­pré­vi­sible et pour cela Arendt en appelle à notre facul­té de par­don­ner et de pro­mettre. Pour que le monde retrouve sa richesse, il nous faut accep­ter la plu­ra­li­té, la pré­sence et l’ac­tion d’au­trui. Seule la facul­té d’a­gir inter­rompt l’au­to­ma­tisme inexo­rable de la vie quo­ti­dienne. Mais pour accep­ter cette plu­ra­li­té, ce n’est pas tant d’a­mour que nous avons besoin que de res­pect :

« Le res­pect […] est une sorte d’a­mi­tié sans inti­mi­té, sans proxi­mi­té ; c’est une consi­dé­ra­tion pour la per­sonne à tra­vers la dis­tance que l’es­pace du monde met entre nous, et cette consi­dé­ra­tion ne dépend pas des qua­li­tés que nous pou­vons admi­rer, ni d’œuvres qui peuvent méri­ter toute notre estime. » (309)

Seul le res­pect per­met à la pro­messe de deve­nir effec­tive et d’u­nir un groupe d’hommes par une volon­té unique autour d’un des­sein concer­té. Ain­si, les hommes liés par un des­sein com­mun peuvent dis­po­ser de l’a­ve­nir comme s’il s’a­gis­sait du pré­sent.

Dans toute agré­ga­tion col­lec­tive[6] il y a un désir d’ap­pa­rence parce que la réa­li­té du monde est garan­tie à l’homme par le fait qu’il appa­raît à tous. Mais le désir de gloire, de per­du­rer dans la mémoire, d’a­voir des témoins pour faire valoir nos actes et paroles les plus futiles n’est pas uni­ver­sel. Chez cer­tains peuples, ce n’est pas la fin qui est pour­sui­vie, l’acte et la parole sont des enté­lé­chies qui existent dans l’ac­tua­li­té pure. Et cela se retrouve dans ce qui semble être le plus inutile : le chant, le récit, la poé­sie, la danse[7].

« La source immé­diate de l’œuvre d’art est l’ap­ti­tude humaine à pen­ser […] la pen­sée est appa­ren­tée au sen­ti­ment et en méta­mor­phose le muet déses­poir comme l’é­change trans­forme la cupi­di­té, et l’u­ti­li­sa­tion, l’ap­pé­tit lan­ci­nant des besoins – et ain­si besoin, sen­ti­ment, cupi­di­té sont-ils ren­dus dignes d’en­trer dans le monde, trans­for­més en objets, réi­fiés. Dans chaque cas une facul­té humaine qui, de nature, est com­mu­ni­ca­tive, ouverte au monde, trans­cende et libère de son empri­son­ne­ment dans le soi une inten­si­té pas­sion­née qu’elle donne au monde. » (224)

Nous devons nous réap­pro­prier les dif­fé­rentes acti­vi­tés de la vita acti­va. Comme le pré­cise jus­te­ment Han­nah Arendt :

« La néces­si­té et la vie sont si inti­me­ment liées que la vie elle-même est en dan­ger lors­qu’on se débar­rasse com­plè­te­ment de la néces­si­té. » (p.112)

Se libé­rer du tra­vail, de l’ac­ti­vi­té qui consiste à répondre au cycle bio­lo­gique, que ce soit en exploi­tant d’autres hommes (pri­mates du futur) ou des robots (le para­disme) ne nous éman­ci­pe­ra pas. Esprit et corps sont liés comme vita acti­va et vita contem­pla­ti­va. S’é­man­ci­per de l’une c’est amoin­drir la seconde. Tra­vailler, c’est œuvrer avec la matière et avec les autres êtres vivants, c’est une acti­vi­té indis­pen­sable mais non pré­émi­nente. Comme l’in­dique Mar­shall Sah­lins[8], les peuples de chas­seurs cueilleurs consacrent bien peu de temps, sur­tout si nous com­pa­rons avec nos socié­tés modernes domi­nées par le tra­vail sala­rié, à la quête de sub­sis­tance. Ils ne sont pas obsé­dés par la nour­ri­ture, par l’a­bon­dance déme­su­rée de nour­ri­ture. Pour être libre il faut nous confron­ter à la néces­si­té qu’im­plique le pro­ces­sus vital. Le tra­vail, ni mépri­sable ni louable, doit être réin­ves­ti par tous afin de retrou­ver l’âge d’a­bon­dance décrit par Mar­shall Sah­lins. Par abon­dance nous n’en­ten­dons pas une accu­mu­la­tion de consom­mables, nous n’o­béis­sons pas à l’ordre « crois­sez et mul­ti­pliez », mais l’en­ri­chis­se­ment de nos rela­tions inten­sives avec le monde ter­restre. Il nous faut retrou­ver nos mains, leur facul­té de fabri­ca­tion, de trans­for­ma­tion de la matière. Il ne s’a­git pas de savoir tout faire, de craindre la spé­cia­li­sa­tion. La spé­cia­li­sa­tion n’est pas la divi­sion du tra­vail qui n’est que la somme des forces de tra­vail, iden­tiques et inter­chan­geables, et s’op­pose à la coopé­ra­tion.

Pour y par­ve­nir, il nous faut renouer avec les cordes de pen­sées[9] qui étran­gle­ront l’a­lié­na­tion qu’im­pose toute civi­li­sa­tion et qu’ac­cen­tue notre science moderne.

L’in­ven­tion du téles­cope a tel­le­ment modi­fié la vision du monde de l’homme qu’elle lui a per­mis de consi­dé­rer la nature ter­restre du point de vue de l’u­ni­vers. Le monde ter­restre s’est ain­si rétré­ci et en abo­lis­sant les dis­tances l’es­prit humain s’est éloi­gné du monde. L’homme est deve­nu capable d’ar­pen­ter et de mesu­rer mais il a été reje­té en lui-même.

« … au lieu d’ob­ser­ver les phé­no­mènes natu­rels tels qu’ils lui étaient don­nés, il pla­ça la nature dans les condi­tions de son enten­de­ment » (335)

Cer­tains hommes rêvent la mathé­ma­ti­sa­tion de la per­cep­tion[10], la ratio­na­li­sa­tion des choses empi­riques, rédui­sant les don­nées des sens et les mou­ve­ments ter­restres en sym­boles mathé­ma­tiques. Par la force de la théo­rie ils espèrent sur­mon­ter la condi­tion humaine ter­restre. C’est le doute car­té­sien, né du pos­tu­lat qu’il faut dou­ter des sens et de la rai­son, qui détrui­sit le sens com­mun. La théo­rie devient hypo­thèse et la réus­site de l’hy­po­thèse devient véri­té, ain­si cer­tains croient pou­voir créer un nou­veau monde.

Le mépris du tra­vail est lié au dua­lisme nécessité/liberté qui se décline en privé/public et cor­res­pond au dua­lisme du corps et de l’es­prit qui domine notre civi­li­sa­tion depuis ses ori­gines. Puisque le corps, par ses besoins quo­ti­diens, est la pri­son de l’âme, pour être un homme libre il faut se libé­rer du corps, de ses besoins ou tout au moins de l’ac­ti­vi­té néces­saire au cycle bio­lo­gique.

Dans nos socié­tés modernes, le tra­vail est deve­nu le propre de l’homme, il s’est éta­lé au grand jour et est deve­nu le centre de la vie publique. Le mythe du tra­vail est des­truc­teur parce qu’il enferme l’homme dans le cycle bio­lo­gique trans­for­mant ain­si tout en consom­ma­tion. La force de tra­vail dont le tra­vailleur est si fier réduit sa vision du monde au corps qui consomme et inverse le dua­lisme corps/esprit. Nos corps ain­si asser­vis se sont éloi­gnés de la Terre et aspirent à deve­nir machines, machines éman­ci­pées de toute condi­tion ter­restre, machines immor­telles. La Terre est la pri­son du corps et peu importe désor­mais l’âme et l’es­prit.

Pour évi­ter le pire et retrou­ver notre sens com­mun, il nous faut réap­prendre à habi­ter le monde, accep­ter la fra­gi­li­té de la vie humaine, se confron­ter à la néces­si­té, recréer une rela­tion active et dyna­mique avec la Terre, pour rêver de nou­veau dans la hutte conique :

« … la terre est reliée au ciel à tra­vers les tis­sus des plantes et des ani­maux qu’elle sou­tient et nour­rit, le ciel emporte la terre dans le flux de ses eaux et les fluc­tua­tions de son cli­mat et la hutte conique se tient au centre de ce monde de terre et de ciel ».[11]

Ana Mins­ki


Révi­sion : Lola Bear­zat­to

  1. Tim Ingold, Mar­cher avec les dra­gons
  2. John Locke, Les deux Trai­tés du gou­ver­ne­ment civil, 1690
  3. Salaire, tra­vail et capi­tal
  4. Pao­la Tabet, La construc­tion sociale de l’inégalité des sexes. Des outils et des corps.
  5. https://www.arte.tv/fr/videos/048171–000‑A/les-superpouvoirs-de-l-urine/
  6. Pré­fé­rable à « socié­té » puisque cette der­nière n’est conçue en tant que telle et comme sépa­ra­tion qu’à par­tir du XVIIIe siècle (Des­co­la, 2005)
  7. https://soundcloud.com/mita-ghoulier/poemes-xam-lecture
  8. Mar­shall Sah­lins, Âge de pierre, âge d’a­bon­dance : L’é­co­no­mie des socié­tés pri­mi­tives.
  9. Nom que les !Xams donnent à la facul­té de pen­ser
  10. La phi­lo­so­phie car­té­sienne, qui consi­dère les mathé­ma­tiques comme seule science cer­taine, s’é­tend à toutes les facul­tés sen­sibles pour ten­ter d’é­chap­per aux repré­sen­ta­tions sub­jec­tives du monde.
  11. Tim Ingold, Mar­cher avec les dra­gons
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Comments to: Expropriation des corps, destruction des esprits : les cordes de pensée contre l’aliénation (par Ana Minski)
  • 22 mars 2018

    Texte sub­jec­tif dans la mesure où il part de l’a­prio­ri que « l’âme et/ou l’es­prit » sont supé­rieurs au corps… dans cette vision mil­lé­na­riste encore si pré­sente à tous niveaux de la socié­té, consciem­ment ou incons­ciem­ment… ce que per­son­nel­le­ment je conteste et range du côté des textes ani­més par un fond de croyance, de foi dont on a vu pen­dant des siècles à quoi cela nous a mené dans l’é­tat actuel du monde que semble pour­tant contes­ter l’au­teure

    per­son­nel­le­ment, je pars de l’op­po­sé et pense que le corps est pre­mier puisque sans lui, il n’y a pas « d’âme et/ou d’es­prit » dont parle l’au­teure du texte… et à sa mort, après lui, il n’y a plus rien (c’est ma sub­jec­ti­vi­té face à celle de l’au­teure)

    mais je sais que dit comme ça, cela ren­contre bcp de réti­cences quand on lit de tels pro­pos, tout impré­gnés que nous sommes de cette culture gré­co-judéo-chré­tienne qui veut abso­lu­ment nous plier, nous contraindre à une croyance en une enti­té, une force, un esprit (appe­lez-le comme vous vou­lez) supé­rieur au corps putres­cible et dès lors, infé­rieur

    ce n’est pas de foi que nous man­quons, on voit bien ce qu’elle nous a fait faire et fait faire encore pour cer­tains… ce qui nous manque ss doute au plus haut point, c’est de res­pect de soi, des autres, de l’en­vi­ron­ne­ment qui est notre condi­tion même de sur­vie… et d’a­mour dans le sens le plus res­pec­tueux et gra­tuit qui soit !

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