Aux origines des civi­li­sa­tions :

une fiction au service de l’élite

La science est le reflet de la société, et l’ar­chéo­lo­gie a parfois été utili­sée pour alimen­ter des idéo­lo­gies tota­li­taires ou fascistes. Dans Aux origines des civi­li­sa­tions, un docu­men­taire en quatre volets diffusé sur la chaîne de télé­vi­sion grand public Arte, l’ar­chéo­lo­gie est mise au service de l’idéo­lo­gie néoli­bé­rale qui domine les cercles privi­lé­giés des socié­tés capi­ta­listes contem­po­raines. Certains diront qu’il n’y a pas de science sans para­digme, que l’objec­ti­vité en ce qui concerne notre passé et notre présent est impos­sible. Pour­tant, il y a des faits archéo­lo­giques qui permettent, en toute objec­ti­vité, de rendre compte de la mysti­fi­ca­tion mise en place par le réali­sa­teur.

Ce docu­men­taire nous propose de plon­ger dans le passé des civi­li­sa­tions pour en comprendre la forma­tion, la gran­deur, et le danger qui les guette toutes : leur dispa­ri­tion. La musique et le montage parti­cipent à rendre le discours épique, glorieux, héroïque. Tout le docu­men­taire est une glori­fi­ca­tion de « l’as­cen­sion de l’homme ». Ainsi des archéo­logues qui montent les degrés des ziggou­rats ou des échelles, de la flèche filant en ligne droite et qui symbo­lise le progrès, des couleurs ternes qui carac­té­risent la grisaille du quoti­dien des préhis­to­riques quand, par oppo­si­tion, le monde moderne appa­raît sous des couleurs écla­tantes.

Dans le premier volet, nous appre­nons que la civi­li­sa­tion ne peut exis­ter sans la ville, que la civi­li­sa­tion est la ville. D’après les scien­ti­fiques inter­ro­gés par le réali­sa­teur, la ville se fonde sur la socia­bi­lité innée de l’hu­main, elle fonc­tionne comme « des cerveaux collec­tifs qui permettent d’ac­cé­der aux points de vues et compé­tences de milliers d’in­di­vi­dus », permet de « mutua­li­ser des connais­sances pour parti­ci­per à quelque chose de plus grand et de plus effi­cace, quelque chose qu’on ne peut pas réus­sir seul. » Il semble­rait donc que plus nous sommes nombreux, plus nous pouvons nous spécia­li­ser et plus nous pouvons nous élever ensemble. Le psycho­logue évolu­tion­niste, Michael Muthu­kri­shna, déclare : « Les élites et les inéga­li­tés ne sont pas un mal. Une élite est néces­saire, il faut produire des richesses, mettre des armées sur pieds, faire respec­ter les lois, distri­buer les richesses. C’est dans la ville que se trouvent les richesses et le pouvoir et que vivent les gens. » Et le spec­ta­teur contemple l’in­tel­lec­tuel en chemise blanche qui parade dans les rues chatoyantes de Tokyo, heureux de manger des pâtes cuisi­nées par un grand spécia­liste de la speed food. C’est vite oublier que les pâtes qu’il engouffre goulû­ment et avec grande satis­fac­tion proviennent de champs épui­sés par l’ex­ploi­ta­tion inten­sive, que le blé a été récolté par une popu­la­tion qui ne vit pas dans les villes et que ces champs sont le cime­tière de nombreuses espèces indis­pen­sables à la vie terrestre. Cet intel­lec­tuel est parfai­te­ment formaté par la civi­li­sa­tion, il s’y promène comme un vampire dans sa propriété. Pourquoi les inéga­li­tés qu’elle engendre devraient-elles lui poser problème ? Ce n’est pas lui qui sue dans la petite arrière-cuisine, ce n’est pas lui qui s’éreinte le dos dans les travaux domes­tiques. Lui, l’in­tel­lec­tuel de la ville, est l’un des grands mutua­listes de la pensée, l’un de ceux qui dit s’ins­pi­rer des idées de ces autres qui sont socia­le­ment en-dessous de lui. Mais en vérité, il ne s’inquiète pas de ce que son vendeur de sushi pense ou rêve, il lui pompe surtout son éner­gie détrui­sant ainsi sa capa­cité à créer un monde meilleur. Parce qu’il a la préten­tion et le pouvoir de penser à sa place, de parler à sa place, et utilise ce pouvoir pour faire carrière.

D’un point de vue archéo­lo­gique aucun site ne permet d’af­fir­mer que la ville est née du besoin de socia­bi­lité de l’homme. Pour­tant, un site est présenté comme lieu d’ori­gine : Göbekli tepe, en Anato­lie. Selon l’ar­chéo­logue Jens Notroff, Göbekli tepe témoi­gne­rait du passage de l’ani­misme à la reli­gion, du noma­disme à la séden­ta­ri­sa­tion, de la chasse-cueillette à l’agri­cul­ture. Pour para­phra­ser ce que disent les images et les diffé­rents inter­ve­nants, les groupes de chas­seurs-cueilleurs, las d’er­rer dans la pous­sière des plaines, dési­reux de se libé­rer de « l’obli­ga­tion de suivre les trou­peaux », mues par un désir inné de se regrou­per, se réunirent et dres­sèrent des pierres qu’ils gravèrent pour symbo­li­ser une alliance encore inédite. Jens Notroff n’hé­site pas à affir­mer que les signes abstraits présents sur les blocs de pierre signi­fient clai­re­ment ce passage de l’ani­misme à la reli­gio­sité, puisque, dit-il, « Les repré­sen­ta­tions de l’art paléo­li­thique en Espagne et en France se carac­té­risent essen­tiel­le­ment par la repré­sen­ta­tion d’ani­maux. » Cela est pour­tant faux, l’art parié­tal et mobi­lier du Paléo­li­thique euro­péen compte davan­tage de signes abstraits que de repré­sen­ta­tions figu­ra­tives. Se basant sur les repré­sen­ta­tions anthro­po­morphes sculp­tées sur les pierres dres­sées de Göbekli tepe, il dit égale­ment : « J’ima­gine qu’ils repré­sen­taient des ancêtres impor­tants, qu’ils orga­ni­saient des grandes fêtes du travail. » Il ignore donc que des repré­sen­ta­tions monu­men­tales existent égale­ment dans l’art paléo­li­thique euro­péen telle que celle du Roc-aux-Sorciers, ou que la compo­si­tion de Lascaux n’a pu être réali­sée sans une coopé­ra­tion impor­tante des préhis­to­riques. À l’écou­ter, il semble établi que l’homme de la Préhis­toire était animiste et que les chamanes étaient les ancêtres du prêtre. Pour­tant, la théo­rie du chama­nisme préhis­to­rique, qui ne prend pas en compte les diffé­rences entre le chamane sibé­rien qui chevauche les esprits et le possédé afri­cain qui est chevau­ché par les esprits[1], ne peut en aucun cas défi­nir l’art de la Préhis­toire. D’autre part, la conti­nuité entre chamane et prêtre est une pure spécu­la­tion. Si toutes les études menées auprès des peuples premiers témoignent en faveur de l’im­por­tance qu’ac­corde l’homme au monde invi­sible, il est toute­fois prudent de ne pas calquer ces modèles aux peuples de la Préhis­toire. Il est dange­reux qu’une hypo­thèse présen­tée comme certi­tude mette fin à la discus­sion. Pourquoi serait-il donc impos­sible d’ima­gi­ner que ces hommes de l’âge de pierre pouvaient simple­ment être émer­veillés par la beauté du monde, ou pris d’un goût pour le jeu et les formes[2] ?

Il en est de même pour cette affir­ma­tion : la célé­bra­tion et la créa­tion de monu­ments vont de pair. Rien n’in­ter­dit d’ima­gi­ner que les grottes, avec leurs somp­tueux drapés et excen­triques, n’aient été le lieu de célé­bra­tions spiri­tuelles, sacrées ou profanes. Que l’homme préhis­to­rique n’ait pas éprouvé le besoin de dres­ser des pierres ne signi­fie nulle­ment qu’il était dépourvu de spiri­tua­lité ou de socia­bi­lité. L’his­toire que nous raconte Jens Notroff est une fiction. Elle reprend le mythe de la caverne de Platon, et réduit l’his­toire humaine à la vie d’homme : l’en­fance, l’ado­les­cence, la matu­rité, la mort. L’homme de la civi­li­sa­tion prend ses rêves pour des réali­tés et n’hé­site pas à gommer tous les biais pour assé­ner des « véri­tés ». Parce que le civi­lisé, l’homme des villes, n’aime pas l’igno­rance, il n’hé­site pas à s’af­fir­mer déten­teur du savoir et à quali­fier les péque­nauds, les bouseux, ceux qui refusent le destin urbain de l’hu­ma­nité, d’igno­rants. La préten­tion de l’homme civi­lisé est telle qu’il préfère donner son avis sur tout et n’im­porte quoi plutôt que d’écou­ter ce que l’Autre pour­rait éven­tuel­le­ment lui apprendre.

Jens Notroff déclare égale­ment que « les nomades n’étaient pas ratta­chés à un lieu parti­cu­lier, du moins pas pendant long­temps. » Pour­tant, de nombreux sites archéo­lo­giques témoignent de la complexité du terri­toire parcouru par les peuples de la Préhis­toire. Ainsi, des sites semblent possé­der des fonc­tions diverses : haltes de chasse, site d’abat­tage, site d’ha­bi­tat, site d’agré­ga­tion. Le maté­riel archéo­lo­gique témoigne de sites visi­tés à des rythmes saison­niers et la circu­la­tion de certains vestiges (perles, coquillages, silex) prouvent qu’ils parcou­raient leur terri­toire en connais­sant parfai­te­ment les gîtes de matières premières néces­saire à la confec­tion de leurs outils[3]. Les préhis­to­riques déte­naient un savoir que l’homme civi­lisé ne possède plus, un savoir bien plus essen­tiel. Il est plus que probable qu’Homo erec­tus même possé­dait une connais­sance complexe du temps, de l’es­pace, des formes, de la vie et de la mort[4]. Enfin, il est impor­tant de noter que Jens Notroff ne se fatigue pas à diffé­ren­cier un orga­nisme géné­tique­ment modi­fié par sélec­tion arti­fi­cielle de celui modi­fié par trans­ge­nèse, il met tout dans le même sac. Au vu de ses capa­ci­tés cogni­tives, de sa diffi­culté à nuan­cer, il n’est au final pas si surpre­nant que la richesse de la pensée des hommes de la Préhis­toire lui échappe tota­le­ment.

Le deuxième volet s’at­taque à cette « mauvaise habi­tude » qu’est la guerre. La guerre est le prix à payer pour la civi­li­sa­tion. Il est vrai que l’ar­chéo­lo­gie n’a, à ce jour, iden­ti­fié aucun acte de guerre tout au long des 200 000 ans de la Préhis­toire d’Homo sapiens. Le parti pris du réali­sa­teur, plutôt que nier ou assé­ner « l’ab­sence de preuve n’est pas une preuve de l’ab­sence », accepte le constat des préhis­to­riens et, parce qu’il semble vrai­ment très doué pour igno­rer la souf­france de ses semblables, il propose une expli­ca­tion simple : la destruc­tion est créa­trice. Bien qu’un certain nombre d’es­pèces et d’in­di­vi­dus, anéan­tis par cette destruc­tion créa­trice, trou­ve­raient certai­ne­ment à y redire, il est vrai que jusqu’à ce jour, et malgré les innom­brables guerres, le monde existe encore. Seule­ment, la destruc­tion qui s’an­nonce pour­rait bien mettre fin à ce jeu des analo­gies dange­reuses : le jour et la nuit, le soleil et la lune, la guerre et la paix.

Ainsi, pour Peter Turchin, la guerre est un moteur de la civi­li­sa­tion puisque, comme le Dieu Shiva elle est à la fois destruc­trice et créa­trice. Et tandis que Turchin se promène en conqué­rant, c’est l’image d’un félin tuant une anti­lope, des mains jouant aux échecs qui se dévoilent au spec­ta­teur. Le réali­sa­teur ne recule devant aucun cliché, et l’image de l’homme comme roi des préda­teurs et des stra­tèges n’est pas encore épui­sée. Pour­tant, la préda­tion du félin n’a abso­lu­ment rien à voir avec les meurtres commis par les fins stra­tèges mili­taires. Malgré son igno­rance des mondes sauvages qui vivent aux péri­phé­ries des villes, Turchin n’hé­site pas à affir­mer que « pour faire la guerre il faut penser en collec­ti­vité, convaincre les hommes d’ou­blier leur inté­rêt indi­vi­duel pour le bien commun. Le sacri­fice assu­rera la survie de leur village, mode de vie, culture. Le cycle de la violence renforce la cohé­sion d’un groupe. » Puisque pour lui la civi­li­sa­tion c’est la ville, que la ville c’est le savoir, que le prix du savoir c’est la guerre, et que cette histoire nous est raconté par un des tenants du « savoir », il est en effet inutile de prendre en compte la chair à canon, les gueules cassées, les morts pour la patrie, les campagnes saignées, les chevaux crevés dans les champs de bataille, les terres incen­diées, les femmes violées et tuées, les enfants enrô­lés ou violés puis tués, etc. Le savoir de ces gens-là c’est qu’un homme, une femme, un enfant ne valent pas un seul des pions de leur échiquier.

Peter Turchin affirme que la période la plus sanglante de l’his­toire de l’hu­ma­nité a été le passage du mode de vie des chas­seurs-cueilleurs à l’agri­cul­ture. Il se base sur une appli­ca­tion statis­tique qu’il applique aux événe­ments histo­riques. Il serait inté­res­sant de connaître les critères pris en compte pour juger de son résul­tat. Il semble assez étrange que le passage à l’agri­cul­ture ait été une période plus violente que celle que nous connais­sons. Peter Turchin aurait-il plus d’in­for­ma­tions sur ces périodes loin­taines que n’en ont les archéo­logues ? S’il est exact que les premiers conflits appa­raissent avec la domes­ti­ca­tion et la séden­ta­ri­sa­tion et qu’ils s’ac­cen­tuent avec l’ex­trac­tion des métaux, il est cepen­dant impos­sible d’éva­luer en pour­cen­tage le taux de violence de ces époques. Les données archéo­lo­giques sont frag­men­taires et ne permettent pas de chif­frer les popu­la­tions, d’au­tant plus que de nombreux habi­tats, et surtout les plus humbles, laissent peu de traces, leur simpli­cité et les maté­riaux utili­sés (bois, peaux, végé­taux) ne pouvant résis­ter à l’éro­sion et à l’en­fouis­se­ment. De plus, le passage du Méso­li­thique au Néoli­thique s’est fait graduel­le­ment et sur une période de plus de 10 000 ans. En ce qui concerne l’his­toire contem­po­raine, je me demande égale­ment si Turchin et son équipe prennent en compte les victimes de la pauvreté, des expro­pria­tions (des peuples indi­gènes par exemple), des réfu­giés poli­tiques et clima­tiques. Car toutes ces morts sont les consé­quences de la guerre que mènent les pays du Nord contre les pays du Sud pour s’em­pa­rer de leurs mine­rais, des richesses de leur sol. Il est égale­ment éton­nant de voir défi­ler à l’écran les grandes inva­sions, les grandes batailles, le nazisme, comme si toutes ces violences se valaient. Le réali­sa­teur ne fait-il donc aucune diffé­rence entre la Commune de Paris et le nazisme, par exemple ? La loi du nombre est un leurre. Les sciences humaines sont prises dans l’étau des statis­tiques, mais la statis­tique ne permet d’ap­pré­hen­der que des moyennes et non la réalité.

Le réali­sa­teur insiste : « avec la domes­ti­ca­tion, les hommes ne peuvent plus faire machine arrière, ils sont contraints d’al­ler de l’avant ». Pour­tant, de nombreux peuples pratiquent l’hor­ti­cul­ture ou l’éle­vage sans pour autant créer des villes, d’autres ont refusé l’agri­cul­ture ou l’ont aban­donné pour reve­nir à une écono­mie de chasse et de cueillette. La vision du paysan s’érein­tant aux champs illustre le travail de la terre lorsque celui-ci doit produire pour une élite et pour la popu­la­tion urbaine. Un paysan qui travaille pour nour­rir son unité domes­tique ne travaille pas autant. Il existe plusieurs manières de travailler la terre, comme la perma­cul­ture nous l’en­seigne.

Le troi­sième volet est consa­cré à la reli­gion, cet autre pilier de la civi­li­sa­tion. Les diffé­rents inter­ve­nants affirment que c’est elle qui nous unit les uns aux autres et qu’elle est « si essen­tielle à l’ex­pé­rience humaine que notre cerveau est récep­tif aux idées reli­gieuses. » Pour les êtres humains, elle exprime le « besoin de deman­der aux Dieux de subve­nir à leurs besoins, pour contrô­ler la nature, la plier à leurs volon­tés, pour la maîtri­ser physique­ment, domes­tiquer les animaux, impo­ser leur loi à la nature. » Sans reli­gion les hommes seraient donc des êtres soli­taires, errants, faibles, malades, victimes de la grande méchante nature. D’épi­sode en épisode, les inter­ve­nants ne cessent d’éta­ler leur grande igno­rance des commu­nau­tés humaines qui refusent de vivre selon les lois de l’homme civi­lisé, qui ont vécu pendant des milliers d’an­nées et qui existent encore de nos jours. N’étant pas à un mensonge près, le réali­sa­teur nous apprend que c’est la reli­gion et les rites qui ont rassem­blé les hommes, ont parti­cipé à la forma­tion, au main­tien et à la cohé­sion des premières grandes socié­tés. Pour­tant, il semble­rait que la reli­gion soit appa­rue suite au déve­lop­pe­ment urbain, avec l’ac­crois­se­ment d’une popu­la­tion qui perd peu à peu son auto­no­mie face à une élite qui œuvre à sa domes­ti­ca­tion. Il ne faut pas, en effet, confondre la soumis­sion à une force supé­rieure, ce qu’est la Reli­gion, avec les croyances des peuples non civi­li­sés, qui sont une commu­ni­ca­tion avec le monde invi­sible afin de main­te­nir l’équi­libre social, mental et natu­rel de la commu­nauté. Comme nous l’en­seigne la civi­li­sa­tion égyp­tienne, divi­nité et surveillance vont de pair. Ainsi, « on peut dire que les gens surveillés sont des gens gentils » puisque la surveillance a un impact sur notre compor­te­ment. D’ailleurs, c’est bien simple, « devant une église les gens donnent plus d’argent : les gens sont plus coopé­ra­tifs et géné­reux lorsqu’on leur rappelle des concepts reli­gieux, ou qu’ils sont près d’une église. Les gardiens de la mora­lité les surveillent et les jugent, ils sont donc plus coopé­ra­tifs et donnent davan­tage. » Pour avoir une petite expé­rience de la mendi­cité, je peux affir­mer que les endroits où j’avais le plus d’argent n’étaient pas près des églises, mais là où se promènent ceux qui ont de l’argent et qui, en grands seigneurs, se plaisent à montrer leur grande géné­ro­sité. Je peux cepen­dant admettre qu’a­vec une tire­lire en métal et une soigneuse tenue de scout, on récolte en effet davan­tage devant une église qu’à la porte d’une librai­rie du 6ème arron­dis­se­ment. En vérité, la surveillance ne rend pas plus gentil, elle muselle tout esprit critique et la para­noïa qu’elle distille rend l’homme crain­tif, méfiant, déla­teur, le mutile de son empa­thie et de tout courage, il suffit pour s’en convaincre de se souve­nir de ce que sont les socié­tés fascistes et tota­li­taires : de l’Al­le­magne nazi à l’Es­pagne franquiste, du Chili de Pino­chet à la Corée du Nord. Malgré ce discours idéo­lo­gique, il est inté­res­sant de vision­ner le docu­men­taire jusqu’à la fin afin de démasquer les stra­té­gies de domi­na­tion qu’il recèle. Ainsi appre­nons-nous que pour ces adeptes de la civi­li­sa­tion, la reli­gion est le facteur de cohé­sion dans l’his­toire humaine, qu’elle permet de « déve­lop­per un esprit d’en­traide envers de plus en plus de gens. » Comme d’ailleurs l’ont démon­tré les guerres de reli­gions, les croi­sades, l’Inqui­si­tion, etc. L’im­por­tant au final, n’est pas tant que l’homme ait des dispo­si­tions innées pour la reli­gion, mais qu’elle soit un outil effi­cace pour nous relier « à quelque chose de plus grand que nous, quelque chose de puis­sant et de divin. » Ce que ne dit pas le réali­sa­teur, c’est que ce quelque chose de puis­sant et divin auquel le croyant se lie est un homme sangui­naire et psycho­pathe. Ce n’est pas pour rendre les gens plus gentils que l’œil d’Ho­rus veille. Décla­rer sans hési­ter que « l’en­fer est plus puis­sant que le para­dis et un prêtre plus effi­cace que 100 poli­ciers », c’est conseiller la surveillance de masse pour main­te­nir la cohé­sion et faire plier la nuque aux plus récal­ci­trants.

Il est égale­ment de bon ton depuis quelques années de dire que les pyra­mides égyp­tiennes ont été construites par des milliers d’ou­vriers heureux de parti­ci­per à cet ouvrage collec­tif. Ainsi, nous dit-on, « tout le monde parti­cipe parce que c’est quelque chose de sacré. » Cette affir­ma­tion permet d’éva­cuer le problème de l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme et de prétendre, sous prétexte que la servi­tude égyp­tienne est diffé­rente de l’es­cla­vage grec, que les ouvriers étaient des hommes libres. Imagi­nons des archéo­logues du futur affir­mer que les ouvriers et tout le monde du XXIème siècle parti­ci­paient à la construc­tion d’une énième ZAC parce que c’était quelque chose de sacré. Si la ZAC est en effet sacrée, c’est pour les aména­geurs. Dans un monde où la nour­ri­ture est entre les mains des domi­nants, elle n’est pour l’ou­vrier qu’un moyen de subve­nir à ses besoins élémen­taires. Ainsi, ces géné­ra­li­sa­tions sont menson­gères et comme toujours valo­risent l’his­toire écrite par les spolia­teurs. Il est vrai qu’aux âges obscurs de la Préhis­toire la reli­gion n’avait pas de raison d’être, l’hu­ma­nité de ces temps-là n’était pas exploi­tée par des ogres prêts à dévo­rer jusqu’à leur propre demeure.

Le dernier volet est consa­cré au commerce. Quatrième pilier de la civi­li­sa­tion, il est celui qui la consacre tenant d’une main la confiance et de l’autre la paix. Jens Notroff nous dit que le cuivre est le premier produit fait de mains d’hommes qui circule en grande quan­tité et sur de longues distances. Encore une fois, c’est faux. Dès la Préhis­toire, et plus parti­cu­liè­re­ment au Paléo­li­thique récent, le silex dit du Grand-Pres­si­gny circu­lait sur de longues distances, il était très appré­cié pour sa grande qualité et ses proprié­tés intrin­sèques qui permet­taient au tailleur d’ob­te­nir de grandes lames. À partir du Néoli­thique, c’est l’ob­si­dienne, les haches polies en jade, ciné­rite, silex, les coquillages, les céra­miques, etc., qui circulent. Bien qu’il soit souvent diffi­cile de distin­guer la circu­la­tion des personnes et des biens des échanges, il est aujourd’­hui attesté que le troc existe bien avant l’ap­pa­ri­tion du cuivre. Rachel Bots­man, consul­tante en stra­té­gie, déclare : « au départ c’était assez basique, ça restait entre proche, je pouvais échan­ger de la nour­ri­ture contre une arme. » Si elle recon­naît l’exis­tence du troc dès les débuts de l’hu­ma­nité, affir­mer que la nour­ri­ture était échan­gée contre les armes est un mensonge. Les données archéo­lo­giques attestent d’échanges d’objets exotiques et rares : perle, coquillage, roche belle et/ou de grande qualité. Les préhis­to­riques façon­naient leurs armes de chasse, leurs vête­ments, et se procu­raient leur nour­ri­ture. Cet exemple n’est pas anodin, il révèle ce qu’est la civi­li­sa­tion : un système coer­ci­tif, poli­cier, dont l’éco­no­mie est basée sur la spolia­tion de l’ali­men­ta­tion qui est une des prin­ci­pales sources de profits pour l’élite. Quant aux déve­lop­pe­ment des armes, qu’il ne faut pas confondre avec les armes de chasse de la Préhis­toire, elles sont au fonde­ment même de la civi­li­sa­tion :

“Les inven­teurs des bombes atomiques, des fusées spatiales et des ordi­na­teurs sont les bâtis­seurs de pyra­mides de notre temps : leur psychisme est déformé par le même mythe de puis­sance illi­mi­tée, ils se vantent de l’om­ni­po­tence, sinon de l’om­ni­science, que leur garan­tit leur science, ils sont agités par des obses­sions et des pulsions non moins irra­tion­nelles que celles des systèmes abso­lu­tistes anté­rieurs, et en parti­cu­lier cette notion que le système lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie.”[5] (Lewis Mumford)

Mais peut-être pense-t-elle aux périodes plus récentes, celles qui commencent avec les premières extrac­tions des métaux ? Si l’âge du cuivre, du bronze et du fer recon­fi­gurent le système social, il ne faut pas oublier, comme l’in­dique Guillaume Roguet[6] dans son mémoire, que : « Ces muta­tions sur le long terme, visibles au travers de caté­go­ries main­te­nant bien étudiées et connues comme les sépul­tures et les dépôts non-funé­raires puis au travers des objets qu’ils renferment, n’ont été cepen­dant que peu appré­hen­dées au travers d’une docu­men­ta­tion qui se fait plus discrète et géné­ra­le­ment plus humble : l’ha­bi­tat. » Il ne fait aucun doute que l’ex­ploi­ta­tion du bronze puis du fer ont immé­dia­te­ment inté­ressé les élites, mais il reste parti­cu­liè­re­ment diffi­cile de rendre compte de la portée exacte des échanges dans la vie quoti­dienne, nos connais­sances sur la Proto­his­toire étant en grande partie forgées par des dépôts, funé­raires et non funé­raires. Il est égale­ment souvent diffi­cile de déter­mi­ner clai­re­ment si un site appar­tient à la caté­go­rie des hameaux ou à celle des villages. Ainsi, lorsque le site de Dhola­vira est présenté aux spec­ta­teurs, par le biais d’une cher­cheuse, Uzma Rizvi, passion­née par les cana­li­sa­tions et la struc­ture mathé­ma­tique de la ville, il faut garder en tête que l’ha­bi­ta­tion des plus humbles est toujours la première à dispa­raître, pouvant être parfois si insi­gni­fiante qu’elle en est invi­sible. Ainsi en est-il encore avec nos sans abris qui dorment à même le sol, sous les ponts, dans le métro, lorsque cela est encore possible. Uzma Rizvi affirme cepen­dant que les habi­tants de Dhola­vira étaient tous égaux, culti­vés et libres et que : « Ce qui distingue Dhola­vira des autres sites c’est l’ab­sence des palais monu­men­taux, on a une incroyable monu­men­ta­lité au niveau de l’or­ga­ni­sa­tion et de l’agen­ce­ment, de norma­li­sa­tion, une monu­men­ta­lité de la pensée. On se croi­rait dans une ville moderne. Ils ont pris en compte l’en­vi­ron­ne­ment. Tout est plani­fié et orches­tré, tout est contrôlé et réflé­chi. » Une chose est sûre, Uzma Rizvi n’a pas tenu compte de l’en­vi­ron­ne­ment de Dhola­vira, elle l’isole des autres villes, villages et hameaux Hara­péens, comme si une ville ne s’ins­cri­vait pas dans un terri­toire plus large et complexe. Cette simpli­fi­ca­tion permet au narra­teur d’ajou­ter : « Ici les acteurs de la civi­li­sa­tion n’étaient ni les mili­taires, ni les bureau­crates, ni les reli­gieux mais les marchands » Dholi­vara est présen­tée comme l’apo­théose de la civi­li­sa­tion, l’exemple sur lequel le monde moderne devrait s’ap­puyer. Uzma Rizvi n’hé­site pas à dire que « les gens mangeaient à leur faim, les rues étaient propres, il y avait peu d’iné­ga­li­tés et la paix régnait. » Mais d’où proviennent donc tant d’in­for­ma­tions ? Des plaquettes écrites par l’élite marchande ?

Notre consul­tante en stra­té­gie s’en­flamme : « Avec le commerce est arri­vée la paix et la civi­li­sa­tion a pris un tout autre visage, elle fonc­tion­nait comme une entre­prise moderne conçue pour maxi­mi­ser ses propres avoirs en tissant un réseau souple d’in­té­rêts communs. Désir d’échanges et de pros­pé­rité. Les pays qui commercent ensemble se font rare­ment la guerre. C’est la base d’une société civi­li­sée. Commerce, pros­pé­rité, ville, produc­tion, consom­ma­tion et civi­li­sa­tion. Les traders se sont substi­tué aux prêtres, et les pyra­mides ont cédé la place aux grattes ciel, monu­ments en notre foi en la pros­pé­rité. La confiance et le commerce s’en­traînent mutuel­le­ment dans un merveilleux cercle vertueux. Pour faire des échanges il faut de la confian­ce… et les béné­fices sont expo­nen­tiels. Il faut faire confiance. Pour plus de liberté, d’au­to­no­mie, d’es­prit d’en­tre­prise, d’em­pa­thie humaine. »

La civi­li­sa­tion idéale, serait-elle une zone d’ac­ti­vité commer­ciale ? Tout cela ressemble étran­ge­ment aux villes imagi­nées et dési­rées par Richard Florida[7], chantre de la ville « créa­tive, dyna­mique, inno­vante. » Pour cette élite intel­lec­tuelle, Dhola­vira serait donc l’an­cêtre de Seat­tle.

Pour ces inter­ve­nants Dhola­vira aurait été un para­dis terrestre, mais elle dispa­rut tout de même, comme toutes les autres civi­li­sa­tions. L’ex­pli­ca­tion qu’ils nous four­nissent est remarquable : lorsque l’ex­cé­dent commer­cial devient nul le tissu urbain se fissure et tout le système s’ef­fondre. Belle propa­gande capi­ta­liste qui menace le travailleur d’ef­fon­dre­ment s’il refuse de parti­ci­per à la créa­tion d’ex­cé­dent commer­cial. Une seconde expli­ca­tion est donnée : la décou­verte d’un fossile humain touché par la lèpre four­nit la preuve que le commerce sur de trop longues distances est vecteur de mala­dies et que la conta­gion peut aller jusqu’à causer l’ef­fon­dre­ment d’une civi­li­sa­tion. Impli­ci­te­ment, ces récits nous plongent dans le cauche­mar de l’ex­trême-droite : l’étran­ger comme vecteur de mala­die. Est-il besoin de rappe­ler que l’usage de la mala­die pour détruire une civi­li­sa­tion a été l’une des stra­té­gies menées par les Euro­péens contre les popu­la­tions améri­caines ? Est-il néces­saire de rappe­ler les poli­tiques actuelles menées par les gouver­ne­ments euro­péens contre les réfu­giés ? Certains diront que cela n’a rien à voir, qu’il faut parfois mettre de côté notre empa­thie et nos convic­tions pour être objec­tifs. Oui mais… une phrase, comme ça, en passant, qui n’a pas été coupée au montage, nous apprend que la région de Dhola­vira est deve­nue aride. Le réali­sa­teur ne la retient pas, il préfère nous faire croire que ce sont la peste et la fissu­ra­tion du système social qui sont respon­sables de l’ef­fon­dre­ment. Pour­tant, la peste ne cause pas l’ari­di­fi­ca­tion des terres. Par contre, la domes­ti­ca­tion des sols, comme nous le prouve encore chaque jour les béton­nages et mono­cul­tures, les appau­vrit et stéri­lise. Les défen­seurs de la civi­li­sa­tion sont des obsé­dés de la domes­ti­ca­tion, comme le prouve Jens Notroff, encore lui, qui s’émeut de la fin de cette merveilleuse civi­li­sa­tion de l’In­dus, regrette que la nature ait repris ses droits, que la zone soit rede­ve­nue sauvage. Enfin, il est impor­tant de noter que la peste est trans­mise par les puces du rat, et que le rat n’a jamais été aussi proche de l’homme que depuis la domes­ti­ca­tion des céréales.

Ce que nous apprend ce docu­men­taire c’est que la civi­li­sa­tion ne peut exis­ter sans la ville, la guerre, la reli­gion et le commerce. Ces quatre piliers forment le trône sur lequel vient s’as­seoir le progrès, mot asséné sans relâche dans chaque épisode. Mais qu’est-ce que le progrès ? Le progrès, c’est l’in­no­va­tion, l’avan­cée tech­no­lo­gique, et rien d’autre. Il est ce dieu au nom duquel Tim Lambert et son équipe, suivant les volon­tés de l’élite domi­nante, nous demandent, à nous, les culs terreux, les domes­tiques, les ouvriers, les paysans, les femmes, les sans-abris, les incultes, de trimer sans nous inquié­ter ni poser de ques­tions. Ils nous demandent d’of­frir notre confiance et notre force de travail à ce dieu, afin d’œu­vrer pour quelque chose de plus grand, de plus glorieux que nos misé­rables vies indi­vi­duelles. Ils souhaitent ardem­ment que nous travail­lions ensemble pour qu’ils pensent, jouent, se goinfrent à notre place. Comme ils aime­raient que nous cessions de douter de leur géné­ro­sité et de leur philan­thro­pie ! Pour ceux qui en doutaient encore, ce qu’ils s’acharnent à nous enfon­cer dans le crâne, à travers leur propa­gande insi­dieuse, c’est toujours et encore le mythe du progrès, et les outils dont ils usent pour main­te­nir et accroître leur domi­na­tion sont la ville, la guerre, la reli­gion, le commer­ce… et les médias, à travers lesquels ils réécrivent et falsi­fient l’his­toire. Ce sont ces piliers qu’il nous faut détruire pour ne plus être dépos­sé­dés de nous-mêmes, de notre nour­ri­ture, de notre santé, de notre vie, de notre Terre et pour retrou­ver le savoir de nos ancêtres. Aux origines des civi­li­sa­tions n’est pas un docu­men­taire mais un roman menson­ger au service de l’élite, que le père de l’in­dus­trie de la propa­gande et des « rela­tions publiques », Edward Bernays, dont les recom­man­da­tions sont toujours soigneu­se­ment mises en pratique, n’au­rait pas renié. Et le progrès qu’il nous vend n’est pas autre chose que la méca­ni­sa­tion et l’in­for­ma­ti­sa­tion du vivant au service d’une mino­rité démente[8].

Ana Minski


  1. http://mita­ghou­lier.blog­spot.com/2014/12/les-chamans-de-la-prehis­toire-les.html?q=chamanes
  2. http://mita­ghou­lier.blog­spot.com/2018/01/art-prehis­to­rique-2.html
  3. Terri­toires, dépla­ce­ments, mobi­lité, échanges durant la Préhis­toire, sous la direc­tion de Jacques Jaubert et Michel Barbaza, CTHS, 2005
  4. http://mita­ghou­lier.blog­spot.com/2017/12/les-premisses-de-lart-p-margin-bottom-0.html
  5. https://partage-le.com/2015/05/tech­niques-auto­ri­taires-et-demo­cra­tiques-lewis-mumford/
  6. Archéo­lo­gie sociale de l’ha­bi­tat de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer dans le Bassin pari­sien (2200–460 avant notre ère), Guillaume Roguet
  7. Les « créa­tifs » se déchaînent à Seat­tle, Grandes villes et bons senti­ments, Le monde diplo­ma­tique, novembre 2017, https://www.monde-diplo­ma­tique.fr/2017/11/BREVILLE/58080
  8. https://partage-le.com/2018/07/les-ultra­riches-sont-des-psycho­pathes-par-nico­las-casaux/
Vous avez réagi à cet article !
Afficher les commentaires Hide comments
Comments to: « Aux origines des civi­li­sa­tions », une fiction au service de l’élite (par Ana Minski)
  • 27 août 2018

    Merci pour cette excellente mise au point. Quand j’avais vu que ce documentaire de propagande situait la guerre comme nécessaire progrès de la civilisation ça m’avait juste révolté, je suis heureux de ne pas avoir cherché plus avant dans cette propagande.

    Reply
  • 3 septembre 2018

    Je voudrais remercier sincèrement Ana Minski. Ethnologue vivant en Crète, la seule chaîne française que je regarde est ARTE. Non que l’étiquette culturelle me passionne, mais je pensais les programmes sérieux dans leurs sources… jusqu’à ces temps derniers où de nombreux documentaires me sont apparus pour le moins biaisés. Jusque surtout à cette émission “AUX ORIGINES DE LA CIVILISATION”. L’utilisation des sciences sociales pour “objectiver” l’idéologie libérale m’a laissé sans voix. Comme je vis isolé, j’ai d’abord eu le sentiment que j’étais déconnecté de la réalité actuelle, que mon grand âge me faisait délirer sur de vieilles convictions, que je ne comprenais plus rien ni au social ni aux sciences actuelles (molles). Mais les développements m’ont définitivement fait sortir de mes gonds. Je n’explique pas pourquoi : mes raisons sont exactement celles développées par Ana Minski !
    Merci donc à elle qui m’a ramené à mes connaissances – et à mes convictions -, me rappelant que ce n’était pas ma tête qui allait mal, mais le monde.

    Maurice Born

    Reply
  • 6 septembre 2018

    Merci pour le résumé de cette infâme bouse. Tombé sur la fin par hasard, le dernier volet me semble-t-il : “le commerce est la vie”, une pure propagande capitaliste. Continuons encore et encore, l’homme est merveilleux, le commerce et la science (Elon Musk, transhumanisme…) nous sauverons de tous les périls. Je ne sais pas comment vous êtes arrivé à vous taper un truc pareil en entier, c’est comme regarder un débat Macron Vs Le PEN ou Sarko Vs Strauss Kahn, indigeste.

    Reply
  • 12 septembre 2018

    Merci Ana !! joie de te lire après avoir moi aussi vu ces docs, je n’aurais jamais su l’expliquer aussi bien que toi mais tout y est de mon ressenti ! bravo !!!

    Reply
  • 19 janvier 2019

    Bonjour Ana Minskie,
    Je vous remercie d’attirer l’attention, de façon précise et détaillée, sur le caractère tendancieux du documentaire. D’autant plus que je considère, comme vous, que la qualité et la fiabilité des documentaires d’Arte sont généralement impeccables, ce qui relève pratiquement de la prouesse par les temps qui courent.
    En vous lisant, j’ai tout de suite pensé à l’historien médiéviste Jacques LE GOFF, qui a étudié l’urbanisation au moyen âge. Il pourrait éclairer précisément en quoi la ville idyllique promue ce documentaire, telle que vous la décrivez (lieu idéal d’égalité, socialisation et partage, y compris partage de connaissance), n’a en fait rien d’universel. Dans la section 5 du chapitre “Décadence” de “Histoire et mémoire” (Gallimard, 1988), Le Goff décrit le déplacement, au moyen âge, d’une conception d’un paradis naturel, le jardin d’Éden, vers un paradis urbain, celui de la Jérusalem Céleste.
    Or, c’est précisément cette idée de la ville qui selon Le Goff s’est répandue “au Nord du Mexique, sous l’influence protestante, [et] que son peuplement constitue un retour au paradis terrestre et la nécessité de construire la Nouvelle Jérusalem, ce qui est à l’origine de la force du mythe du progrès et du culte de la nouveauté et de la jeunesse dans l’American way of life et dans la dérision américaine face à la tradition de l’histoire…” [passage que j’ai re-traduit vers le français à partir d’une version en portugais de l’ouvrage, seule dont je dispose].
    On voit bien, au détour, que –non pas tout l’Internet, ce qui serait une généralisation abusive, mais– certains grands sites comme Facebook, reflètent on ne peut plus radicalement la réalisation “parfaite” et totale –totalitaire– de cette soit-disant “urbanisation” du social, d’ailleurs, il me semble, plus concentrationnaire que nécessairement urbaine. En somme, ce documentaire vante une notion de la ville fortement tendancieuse parce que “WASP(White Anglo American Protestant)-centrique” (ethnocentrique, socio-historico-centrique…).
    Je ne souhaite évidemment pas pour ma part alimenter les a priori contre la vision du monde particulière de ce qu’il est convenu d’appeler les WASP, à moins qu’ils ne réduisent et n’imposent implicitement l’Histoire de l’humanité à leur seule version filtrée par leurs traits les plus caricaturaux, à l’exclusion, voire au mépris, des autres, qu’ils soient citoyens américains non-wasp ou autres. Dès lors, ça vire à la propagande.
    Pour ma part, je n’irais pas jusqu’à laisser supposer, y compris, inversement et par le négatif, qu’on peut réduire toute forme d’accumulation au capitalisme, toute forme de conflit à la guerre, toute forme d’autorité au totalitarisme, ou bien encore toute forme de connaissance à la surveillance. Bien que la frontière soit de plus en plus ténue, c’est certain!

    Reply
  • 8 août 2019

    Merci Ana,
    ton verbe est délicieux, tes mots vont sauver des vies.
    As-tu écris à Arte pour leur donner ton avis éclairé?
    Vivement qu’on leur propose un doc réalisé sous ta direction.

    Reply
Write a response

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.