Aux origines des civilisations :

une fiction au service de l’élite

La science est le reflet de la socié­té, et l’ar­chéo­lo­gie a par­fois été uti­li­sée pour ali­men­ter des idéo­lo­gies tota­li­taires ou fas­cistes. Dans Aux ori­gines des civi­li­sa­tions, un docu­men­taire en quatre volets dif­fu­sé sur la chaîne de télé­vi­sion grand public Arte, l’ar­chéo­lo­gie est mise au ser­vice de l’i­déo­lo­gie néo­li­bé­rale qui domine les cercles pri­vi­lé­giés des socié­tés capi­ta­listes contem­po­raines. Cer­tains diront qu’il n’y a pas de science sans para­digme, que l’ob­jec­ti­vi­té en ce qui concerne notre pas­sé et notre pré­sent est impos­sible. Pour­tant, il y a des faits archéo­lo­giques qui per­mettent, en toute objec­ti­vi­té, de rendre compte de la mys­ti­fi­ca­tion mise en place par le réa­li­sa­teur.

Ce docu­men­taire nous pro­pose de plon­ger dans le pas­sé des civi­li­sa­tions pour en com­prendre la for­ma­tion, la gran­deur, et le dan­ger qui les guette toutes : leur dis­pa­ri­tion. La musique et le mon­tage par­ti­cipent à rendre le dis­cours épique, glo­rieux, héroïque. Tout le docu­men­taire est une glo­ri­fi­ca­tion de « l’as­cen­sion de l’homme ». Ain­si des archéo­logues qui montent les degrés des zig­gou­rats ou des échelles, de la flèche filant en ligne droite et qui sym­bo­lise le pro­grès, des cou­leurs ternes qui carac­té­risent la gri­saille du quo­ti­dien des pré­his­to­riques quand, par oppo­si­tion, le monde moderne appa­raît sous des cou­leurs écla­tantes.

Dans le pre­mier volet, nous appre­nons que la civi­li­sa­tion ne peut exis­ter sans la ville, que la civi­li­sa­tion est la ville. D’a­près les scien­ti­fiques inter­ro­gés par le réa­li­sa­teur, la ville se fonde sur la socia­bi­li­té innée de l’hu­main, elle fonc­tionne comme « des cer­veaux col­lec­tifs qui per­mettent d’ac­cé­der aux points de vues et com­pé­tences de mil­liers d’in­di­vi­dus », per­met de « mutua­li­ser des connais­sances pour par­ti­ci­per à quelque chose de plus grand et de plus effi­cace, quelque chose qu’on ne peut pas réus­sir seul. » Il sem­ble­rait donc que plus nous sommes nom­breux, plus nous pou­vons nous spé­cia­li­ser et plus nous pou­vons nous éle­ver ensemble. Le psy­cho­logue évo­lu­tion­niste, Michael Muthu­kri­sh­na, déclare : « Les élites et les inéga­li­tés ne sont pas un mal. Une élite est néces­saire, il faut pro­duire des richesses, mettre des armées sur pieds, faire res­pec­ter les lois, dis­tri­buer les richesses. C’est dans la ville que se trouvent les richesses et le pou­voir et que vivent les gens. » Et le spec­ta­teur contemple l’in­tel­lec­tuel en che­mise blanche qui parade dans les rues cha­toyantes de Tokyo, heu­reux de man­ger des pâtes cui­si­nées par un grand spé­cia­liste de la speed food. C’est vite oublier que les pâtes qu’il engouffre gou­lû­ment et avec grande satis­fac­tion pro­viennent de champs épui­sés par l’ex­ploi­ta­tion inten­sive, que le blé a été récol­té par une popu­la­tion qui ne vit pas dans les villes et que ces champs sont le cime­tière de nom­breuses espèces indis­pen­sables à la vie ter­restre. Cet intel­lec­tuel est par­fai­te­ment for­ma­té par la civi­li­sa­tion, il s’y pro­mène comme un vam­pire dans sa pro­prié­té. Pour­quoi les inéga­li­tés qu’elle engendre devraient-elles lui poser pro­blème ? Ce n’est pas lui qui sue dans la petite arrière-cui­sine, ce n’est pas lui qui s’é­reinte le dos dans les tra­vaux domes­tiques. Lui, l’in­tel­lec­tuel de la ville, est l’un des grands mutua­listes de la pen­sée, l’un de ceux qui dit s’ins­pi­rer des idées de ces autres qui sont socia­le­ment en-des­sous de lui. Mais en véri­té, il ne s’in­quiète pas de ce que son ven­deur de sushi pense ou rêve, il lui pompe sur­tout son éner­gie détrui­sant ain­si sa capa­ci­té à créer un monde meilleur. Parce qu’il a la pré­ten­tion et le pou­voir de pen­ser à sa place, de par­ler à sa place, et uti­lise ce pou­voir pour faire car­rière.

D’un point de vue archéo­lo­gique aucun site ne per­met d’af­fir­mer que la ville est née du besoin de socia­bi­li­té de l’homme. Pour­tant, un site est pré­sen­té comme lieu d’o­ri­gine : Göbek­li tepe, en Ana­to­lie. Selon l’ar­chéo­logue Jens Notroff, Göbek­li tepe témoi­gne­rait du pas­sage de l’a­ni­misme à la reli­gion, du noma­disme à la séden­ta­ri­sa­tion, de la chasse-cueillette à l’a­gri­cul­ture. Pour para­phra­ser ce que disent les images et les dif­fé­rents inter­ve­nants, les groupes de chas­seurs-cueilleurs, las d’er­rer dans la pous­sière des plaines, dési­reux de se libé­rer de « l’o­bli­ga­tion de suivre les trou­peaux », mues par un désir inné de se regrou­per, se réunirent et dres­sèrent des pierres qu’ils gra­vèrent pour sym­bo­li­ser une alliance encore inédite. Jens Notroff n’hé­site pas à affir­mer que les signes abs­traits pré­sents sur les blocs de pierre signi­fient clai­re­ment ce pas­sage de l’a­ni­misme à la reli­gio­si­té, puisque, dit-il, « Les repré­sen­ta­tions de l’art paléo­li­thique en Espagne et en France se carac­té­risent essen­tiel­le­ment par la repré­sen­ta­tion d’a­ni­maux. » Cela est pour­tant faux, l’art parié­tal et mobi­lier du Paléo­li­thique euro­péen compte davan­tage de signes abs­traits que de repré­sen­ta­tions figu­ra­tives. Se basant sur les repré­sen­ta­tions anthro­po­morphes sculp­tées sur les pierres dres­sées de Göbek­li tepe, il dit éga­le­ment : « J’i­ma­gine qu’ils repré­sen­taient des ancêtres impor­tants, qu’ils orga­ni­saient des grandes fêtes du tra­vail. » Il ignore donc que des repré­sen­ta­tions monu­men­tales existent éga­le­ment dans l’art paléo­li­thique euro­péen telle que celle du Roc-aux-Sor­ciers, ou que la com­po­si­tion de Las­caux n’a pu être réa­li­sée sans une coopé­ra­tion impor­tante des pré­his­to­riques. À l’é­cou­ter, il semble éta­bli que l’homme de la Pré­his­toire était ani­miste et que les cha­manes étaient les ancêtres du prêtre. Pour­tant, la théo­rie du cha­ma­nisme pré­his­to­rique, qui ne prend pas en compte les dif­fé­rences entre le cha­mane sibé­rien qui che­vauche les esprits et le pos­sé­dé afri­cain qui est che­vau­ché par les esprits[1], ne peut en aucun cas défi­nir l’art de la Pré­his­toire. D’autre part, la conti­nui­té entre cha­mane et prêtre est une pure spé­cu­la­tion. Si toutes les études menées auprès des peuples pre­miers témoignent en faveur de l’im­por­tance qu’ac­corde l’homme au monde invi­sible, il est tou­te­fois pru­dent de ne pas cal­quer ces modèles aux peuples de la Pré­his­toire. Il est dan­ge­reux qu’une hypo­thèse pré­sen­tée comme cer­ti­tude mette fin à la dis­cus­sion. Pour­quoi serait-il donc impos­sible d’i­ma­gi­ner que ces hommes de l’âge de pierre pou­vaient sim­ple­ment être émer­veillés par la beau­té du monde, ou pris d’un goût pour le jeu et les formes[2] ?

Il en est de même pour cette affir­ma­tion : la célé­bra­tion et la créa­tion de monu­ments vont de pair. Rien n’in­ter­dit d’i­ma­gi­ner que les grottes, avec leurs somp­tueux dra­pés et excen­triques, n’aient été le lieu de célé­bra­tions spi­ri­tuelles, sacrées ou pro­fanes. Que l’homme pré­his­to­rique n’ait pas éprou­vé le besoin de dres­ser des pierres ne signi­fie nul­le­ment qu’il était dépour­vu de spi­ri­tua­li­té ou de socia­bi­li­té. L’his­toire que nous raconte Jens Notroff est une fic­tion. Elle reprend le mythe de la caverne de Pla­ton, et réduit l’his­toire humaine à la vie d’homme : l’en­fance, l’a­do­les­cence, la matu­ri­té, la mort. L’homme de la civi­li­sa­tion prend ses rêves pour des réa­li­tés et n’hé­site pas à gom­mer tous les biais pour assé­ner des « véri­tés ». Parce que le civi­li­sé, l’homme des villes, n’aime pas l’i­gno­rance, il n’hé­site pas à s’af­fir­mer déten­teur du savoir et à qua­li­fier les péque­nauds, les bou­seux, ceux qui refusent le des­tin urbain de l’hu­ma­ni­té, d’i­gno­rants. La pré­ten­tion de l’homme civi­li­sé est telle qu’il pré­fère don­ner son avis sur tout et n’im­porte quoi plu­tôt que d’é­cou­ter ce que l’Autre pour­rait éven­tuel­le­ment lui apprendre.

Jens Notroff déclare éga­le­ment que « les nomades n’é­taient pas rat­ta­chés à un lieu par­ti­cu­lier, du moins pas pen­dant long­temps. » Pour­tant, de nom­breux sites archéo­lo­giques témoignent de la com­plexi­té du ter­ri­toire par­cou­ru par les peuples de la Pré­his­toire. Ain­si, des sites semblent pos­sé­der des fonc­tions diverses : haltes de chasse, site d’a­bat­tage, site d’ha­bi­tat, site d’a­gré­ga­tion. Le maté­riel archéo­lo­gique témoigne de sites visi­tés à des rythmes sai­son­niers et la cir­cu­la­tion de cer­tains ves­tiges (perles, coquillages, silex) prouvent qu’ils par­cou­raient leur ter­ri­toire en connais­sant par­fai­te­ment les gîtes de matières pre­mières néces­saire à la confec­tion de leurs outils[3]. Les pré­his­to­riques déte­naient un savoir que l’homme civi­li­sé ne pos­sède plus, un savoir bien plus essen­tiel. Il est plus que pro­bable qu’Homo erec­tus même pos­sé­dait une connais­sance com­plexe du temps, de l’es­pace, des formes, de la vie et de la mort[4]. Enfin, il est impor­tant de noter que Jens Notroff ne se fatigue pas à dif­fé­ren­cier un orga­nisme géné­ti­que­ment modi­fié par sélec­tion arti­fi­cielle de celui modi­fié par trans­ge­nèse, il met tout dans le même sac. Au vu de ses capa­ci­tés cog­ni­tives, de sa dif­fi­cul­té à nuan­cer, il n’est au final pas si sur­pre­nant que la richesse de la pen­sée des hommes de la Pré­his­toire lui échappe tota­le­ment.

Le deuxième volet s’at­taque à cette « mau­vaise habi­tude » qu’est la guerre. La guerre est le prix à payer pour la civi­li­sa­tion. Il est vrai que l’ar­chéo­lo­gie n’a, à ce jour, iden­ti­fié aucun acte de guerre tout au long des 200 000 ans de la Pré­his­toire d’Homo sapiens. Le par­ti pris du réa­li­sa­teur, plu­tôt que nier ou assé­ner « l’ab­sence de preuve n’est pas une preuve de l’ab­sence », accepte le constat des pré­his­to­riens et, parce qu’il semble vrai­ment très doué pour igno­rer la souf­france de ses sem­blables, il pro­pose une expli­ca­tion simple : la des­truc­tion est créa­trice. Bien qu’un cer­tain nombre d’espèces et d’individus, anéan­tis par cette des­truc­tion créa­trice, trou­ve­raient cer­tai­ne­ment à y redire, il est vrai que jus­qu’à ce jour, et mal­gré les innom­brables guerres, le monde existe encore. Seule­ment, la des­truc­tion qui s’an­nonce pour­rait bien mettre fin à ce jeu des ana­lo­gies dan­ge­reuses : le jour et la nuit, le soleil et la lune, la guerre et la paix.

Ain­si, pour Peter Tur­chin, la guerre est un moteur de la civi­li­sa­tion puisque, comme le Dieu Shi­va elle est à la fois des­truc­trice et créa­trice. Et tan­dis que Tur­chin se pro­mène en conqué­rant, c’est l’i­mage d’un félin tuant une anti­lope, des mains jouant aux échecs qui se dévoilent au spec­ta­teur. Le réa­li­sa­teur ne recule devant aucun cli­ché, et l’i­mage de l’homme comme roi des pré­da­teurs et des stra­tèges n’est pas encore épui­sée. Pour­tant, la pré­da­tion du félin n’a abso­lu­ment rien à voir avec les meurtres com­mis par les fins stra­tèges mili­taires. Mal­gré son igno­rance des mondes sau­vages qui vivent aux péri­phé­ries des villes, Tur­chin n’hé­site pas à affir­mer que « pour faire la guerre il faut pen­ser en col­lec­ti­vi­té, convaincre les hommes d’ou­blier leur inté­rêt indi­vi­duel pour le bien com­mun. Le sacri­fice assu­re­ra la sur­vie de leur vil­lage, mode de vie, culture. Le cycle de la vio­lence ren­force la cohé­sion d’un groupe. » Puisque pour lui la civi­li­sa­tion c’est la ville, que la ville c’est le savoir, que le prix du savoir c’est la guerre, et que cette his­toire nous est racon­té par un des tenants du « savoir », il est en effet inutile de prendre en compte la chair à canon, les gueules cas­sées, les morts pour la patrie, les cam­pagnes sai­gnées, les che­vaux cre­vés dans les champs de bataille, les terres incen­diées, les femmes vio­lées et tuées, les enfants enrô­lés ou vio­lés puis tués, etc. Le savoir de ces gens-là c’est qu’un homme, une femme, un enfant ne valent pas un seul des pions de leur échi­quier.

Peter Tur­chin affirme que la période la plus san­glante de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té a été le pas­sage du mode de vie des chas­seurs-cueilleurs à l’a­gri­cul­ture. Il se base sur une appli­ca­tion sta­tis­tique qu’il applique aux évé­ne­ments his­to­riques. Il serait inté­res­sant de connaître les cri­tères pris en compte pour juger de son résul­tat. Il semble assez étrange que le pas­sage à l’a­gri­cul­ture ait été une période plus vio­lente que celle que nous connais­sons. Peter Tur­chin aurait-il plus d’in­for­ma­tions sur ces périodes loin­taines que n’en ont les archéo­logues ? S’il est exact que les pre­miers conflits appa­raissent avec la domes­ti­ca­tion et la séden­ta­ri­sa­tion et qu’ils s’ac­cen­tuent avec l’ex­trac­tion des métaux, il est cepen­dant impos­sible d’é­va­luer en pour­cen­tage le taux de vio­lence de ces époques. Les don­nées archéo­lo­giques sont frag­men­taires et ne per­mettent pas de chif­frer les popu­la­tions, d’au­tant plus que de nom­breux habi­tats, et sur­tout les plus humbles, laissent peu de traces, leur sim­pli­ci­té et les maté­riaux uti­li­sés (bois, peaux, végé­taux) ne pou­vant résis­ter à l’é­ro­sion et à l’en­fouis­se­ment. De plus, le pas­sage du Méso­li­thique au Néo­li­thique s’est fait gra­duel­le­ment et sur une période de plus de 10 000 ans. En ce qui concerne l’his­toire contem­po­raine, je me demande éga­le­ment si Tur­chin et son équipe prennent en compte les vic­times de la pau­vre­té, des expro­pria­tions (des peuples indi­gènes par exemple), des réfu­giés poli­tiques et cli­ma­tiques. Car toutes ces morts sont les consé­quences de la guerre que mènent les pays du Nord contre les pays du Sud pour s’emparer de leurs mine­rais, des richesses de leur sol. Il est éga­le­ment éton­nant de voir défi­ler à l’é­cran les grandes inva­sions, les grandes batailles, le nazisme, comme si toutes ces vio­lences se valaient. Le réa­li­sa­teur ne fait-il donc aucune dif­fé­rence entre la Com­mune de Paris et le nazisme, par exemple ? La loi du nombre est un leurre. Les sciences humaines sont prises dans l’é­tau des sta­tis­tiques, mais la sta­tis­tique ne per­met d’ap­pré­hen­der que des moyennes et non la réa­li­té.

Le réa­li­sa­teur insiste : « avec la domes­ti­ca­tion, les hommes ne peuvent plus faire machine arrière, ils sont contraints d’al­ler de l’a­vant ». Pour­tant, de nom­breux peuples pra­tiquent l’hor­ti­cul­ture ou l’é­le­vage sans pour autant créer des villes, d’autres ont refu­sé l’a­gri­cul­ture ou l’ont aban­don­né pour reve­nir à une éco­no­mie de chasse et de cueillette. La vision du pay­san s’é­rein­tant aux champs illustre le tra­vail de la terre lorsque celui-ci doit pro­duire pour une élite et pour la popu­la­tion urbaine. Un pay­san qui tra­vaille pour nour­rir son uni­té domes­tique ne tra­vaille pas autant. Il existe plu­sieurs manières de tra­vailler la terre, comme la per­ma­cul­ture nous l’en­seigne.

Le troi­sième volet est consa­cré à la reli­gion, cet autre pilier de la civi­li­sa­tion. Les dif­fé­rents inter­ve­nants affirment que c’est elle qui nous unit les uns aux autres et qu’elle est « si essen­tielle à l’ex­pé­rience humaine que notre cer­veau est récep­tif aux idées reli­gieuses. » Pour les êtres humains, elle exprime le « besoin de deman­der aux Dieux de sub­ve­nir à leurs besoins, pour contrô­ler la nature, la plier à leurs volon­tés, pour la maî­tri­ser phy­si­que­ment, domes­ti­quer les ani­maux, impo­ser leur loi à la nature. » Sans reli­gion les hommes seraient donc des êtres soli­taires, errants, faibles, malades, vic­times de la grande méchante nature. D’é­pi­sode en épi­sode, les inter­ve­nants ne cessent d’é­ta­ler leur grande igno­rance des com­mu­nau­tés humaines qui refusent de vivre selon les lois de l’homme civi­li­sé, qui ont vécu pen­dant des mil­liers d’an­nées et qui existent encore de nos jours. N’é­tant pas à un men­songe près, le réa­li­sa­teur nous apprend que c’est la reli­gion et les rites qui ont ras­sem­blé les hommes, ont par­ti­ci­pé à la for­ma­tion, au main­tien et à la cohé­sion des pre­mières grandes socié­tés. Pour­tant, il sem­ble­rait que la reli­gion soit appa­rue suite au déve­lop­pe­ment urbain, avec l’ac­crois­se­ment d’une popu­la­tion qui perd peu à peu son auto­no­mie face à une élite qui œuvre à sa domes­ti­ca­tion. Il ne faut pas, en effet, confondre la sou­mis­sion à une force supé­rieure, ce qu’est la Reli­gion, avec les croyances des peuples non civi­li­sés, qui sont une com­mu­ni­ca­tion avec le monde invi­sible afin de main­te­nir l’é­qui­libre social, men­tal et natu­rel de la com­mu­nau­té. Comme nous l’en­seigne la civi­li­sa­tion égyp­tienne, divi­ni­té et sur­veillance vont de pair. Ain­si, « on peut dire que les gens sur­veillés sont des gens gen­tils » puisque la sur­veillance a un impact sur notre com­por­te­ment. D’ailleurs, c’est bien simple, « devant une église les gens donnent plus d’argent : les gens sont plus coopé­ra­tifs et géné­reux lors­qu’on leur rap­pelle des concepts reli­gieux, ou qu’ils sont près d’une église. Les gar­diens de la mora­li­té les sur­veillent et les jugent, ils sont donc plus coopé­ra­tifs et donnent davan­tage. » Pour avoir une petite expé­rience de la men­di­ci­té, je peux affir­mer que les endroits où j’a­vais le plus d’argent n’é­taient pas près des églises, mais là où se pro­mènent ceux qui ont de l’argent et qui, en grands sei­gneurs, se plaisent à mon­trer leur grande géné­ro­si­té. Je peux cepen­dant admettre qu’a­vec une tire­lire en métal et une soi­gneuse tenue de scout, on récolte en effet davan­tage devant une église qu’à la porte d’une librai­rie du 6ème arron­dis­se­ment. En véri­té, la sur­veillance ne rend pas plus gen­til, elle muselle tout esprit cri­tique et la para­noïa qu’elle dis­tille rend l’homme crain­tif, méfiant, déla­teur, le mutile de son empa­thie et de tout cou­rage, il suf­fit pour s’en convaincre de se sou­ve­nir de ce que sont les socié­tés fas­cistes et tota­li­taires : de l’Al­le­magne nazi à l’Es­pagne fran­quiste, du Chi­li de Pino­chet à la Corée du Nord. Mal­gré ce dis­cours idéo­lo­gique, il est inté­res­sant de vision­ner le docu­men­taire jus­qu’à la fin afin de démas­quer les stra­té­gies de domi­na­tion qu’il recèle. Ain­si appre­nons-nous que pour ces adeptes de la civi­li­sa­tion, la reli­gion est le fac­teur de cohé­sion dans l’his­toire humaine, qu’elle per­met de « déve­lop­per un esprit d’en­traide envers de plus en plus de gens. » Comme d’ailleurs l’ont démon­tré les guerres de reli­gions, les croi­sades, l’In­qui­si­tion, etc. L’im­por­tant au final, n’est pas tant que l’homme ait des dis­po­si­tions innées pour la reli­gion, mais qu’elle soit un outil effi­cace pour nous relier « à quelque chose de plus grand que nous, quelque chose de puis­sant et de divin. » Ce que ne dit pas le réa­li­sa­teur, c’est que ce quelque chose de puis­sant et divin auquel le croyant se lie est un homme san­gui­naire et psy­cho­pathe. Ce n’est pas pour rendre les gens plus gen­tils que l’œil d’Ho­rus veille. Décla­rer sans hési­ter que « l’en­fer est plus puis­sant que le para­dis et un prêtre plus effi­cace que 100 poli­ciers », c’est conseiller la sur­veillance de masse pour main­te­nir la cohé­sion et faire plier la nuque aux plus récal­ci­trants.

Il est éga­le­ment de bon ton depuis quelques années de dire que les pyra­mides égyp­tiennes ont été construites par des mil­liers d’ou­vriers heu­reux de par­ti­ci­per à cet ouvrage col­lec­tif. Ain­si, nous dit-on, « tout le monde par­ti­cipe parce que c’est quelque chose de sacré. » Cette affir­ma­tion per­met d’é­va­cuer le pro­blème de l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme et de pré­tendre, sous pré­texte que la ser­vi­tude égyp­tienne est dif­fé­rente de l’es­cla­vage grec, que les ouvriers étaient des hommes libres. Ima­gi­nons des archéo­logues du futur affir­mer que les ouvriers et tout le monde du XXIème siècle par­ti­ci­paient à la construc­tion d’une énième ZAC parce que c’é­tait quelque chose de sacré. Si la ZAC est en effet sacrée, c’est pour les amé­na­geurs. Dans un monde où la nour­ri­ture est entre les mains des domi­nants, elle n’est pour l’ou­vrier qu’un moyen de sub­ve­nir à ses besoins élé­men­taires. Ain­si, ces géné­ra­li­sa­tions sont men­son­gères et comme tou­jours valo­risent l’his­toire écrite par les spo­lia­teurs. Il est vrai qu’aux âges obs­curs de la Pré­his­toire la reli­gion n’a­vait pas de rai­son d’être, l’hu­ma­ni­té de ces temps-là n’é­tait pas exploi­tée par des ogres prêts à dévo­rer jus­qu’à leur propre demeure.

Le der­nier volet est consa­cré au com­merce. Qua­trième pilier de la civi­li­sa­tion, il est celui qui la consacre tenant d’une main la confiance et de l’autre la paix. Jens Notroff nous dit que le cuivre est le pre­mier pro­duit fait de mains d’hommes qui cir­cule en grande quan­ti­té et sur de longues dis­tances. Encore une fois, c’est faux. Dès la Pré­his­toire, et plus par­ti­cu­liè­re­ment au Paléo­li­thique récent, le silex dit du Grand-Pres­si­gny cir­cu­lait sur de longues dis­tances, il était très appré­cié pour sa grande qua­li­té et ses pro­prié­tés intrin­sèques qui per­met­taient au tailleur d’ob­te­nir de grandes lames. À par­tir du Néo­li­thique, c’est l’ob­si­dienne, les haches polies en jade, ciné­rite, silex, les coquillages, les céra­miques, etc., qui cir­culent. Bien qu’il soit sou­vent dif­fi­cile de dis­tin­guer la cir­cu­la­tion des per­sonnes et des biens des échanges, il est aujourd’­hui attes­té que le troc existe bien avant l’ap­pa­ri­tion du cuivre. Rachel Bots­man, consul­tante en stra­té­gie, déclare : « au départ c’é­tait assez basique, ça res­tait entre proche, je pou­vais échan­ger de la nour­ri­ture contre une arme. » Si elle recon­naît l’exis­tence du troc dès les débuts de l’hu­ma­ni­té, affir­mer que la nour­ri­ture était échan­gée contre les armes est un men­songe. Les don­nées archéo­lo­giques attestent d’é­changes d’ob­jets exo­tiques et rares : perle, coquillage, roche belle et/ou de grande qua­li­té. Les pré­his­to­riques façon­naient leurs armes de chasse, leurs vête­ments, et se pro­cu­raient leur nour­ri­ture. Cet exemple n’est pas ano­din, il révèle ce qu’est la civi­li­sa­tion : un sys­tème coer­ci­tif, poli­cier, dont l’é­co­no­mie est basée sur la spo­lia­tion de l’a­li­men­ta­tion qui est une des prin­ci­pales sources de pro­fits pour l’é­lite. Quant aux déve­lop­pe­ment des armes, qu’il ne faut pas confondre avec les armes de chasse de la Pré­his­toire, elles sont au fon­de­ment même de la civi­li­sa­tion :

« Les inven­teurs des bombes ato­miques, des fusées spa­tiales et des ordi­na­teurs sont les bâtis­seurs de pyra­mides de notre temps : leur psy­chisme est défor­mé par le même mythe de puis­sance illi­mi­tée, ils se vantent de l’omnipotence, sinon de l’omniscience, que leur garan­tit leur science, ils sont agi­tés par des obses­sions et des pul­sions non moins irra­tion­nelles que celles des sys­tèmes abso­lu­tistes anté­rieurs, et en par­ti­cu­lier cette notion que le sys­tème lui-même doit s’étendre, quel qu’en soit le coût ultime pour la vie. »[5] (Lewis Mum­ford)

Mais peut-être pense-t-elle aux périodes plus récentes, celles qui com­mencent avec les pre­mières extrac­tions des métaux ? Si l’âge du cuivre, du bronze et du fer recon­fi­gurent le sys­tème social, il ne faut pas oublier, comme l’in­dique Guillaume Roguet[6] dans son mémoire, que : « Ces muta­tions sur le long terme, visibles au tra­vers de caté­go­ries main­te­nant bien étu­diées et connues comme les sépul­tures et les dépôts non-funé­raires puis au tra­vers des objets qu’ils ren­ferment, n’ont été cepen­dant que peu appré­hen­dées au tra­vers d’une docu­men­ta­tion qui se fait plus dis­crète et géné­ra­le­ment plus humble : l’ha­bi­tat. » Il ne fait aucun doute que l’ex­ploi­ta­tion du bronze puis du fer ont immé­dia­te­ment inté­res­sé les élites, mais il reste par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile de rendre compte de la por­tée exacte des échanges dans la vie quo­ti­dienne, nos connais­sances sur la Pro­to­his­toire étant en grande par­tie for­gées par des dépôts, funé­raires et non funé­raires. Il est éga­le­ment sou­vent dif­fi­cile de déter­mi­ner clai­re­ment si un site appar­tient à la caté­go­rie des hameaux ou à celle des vil­lages. Ain­si, lorsque le site de Dho­la­vi­ra est pré­sen­té aux spec­ta­teurs, par le biais d’une cher­cheuse, Uzma Riz­vi, pas­sion­née par les cana­li­sa­tions et la struc­ture mathé­ma­tique de la ville, il faut gar­der en tête que l’ha­bi­ta­tion des plus humbles est tou­jours la pre­mière à dis­pa­raître, pou­vant être par­fois si insi­gni­fiante qu’elle en est invi­sible. Ain­si en est-il encore avec nos sans abris qui dorment à même le sol, sous les ponts, dans le métro, lorsque cela est encore pos­sible. Uzma Riz­vi affirme cepen­dant que les habi­tants de Dho­la­vi­ra étaient tous égaux, culti­vés et libres et que : « Ce qui dis­tingue Dho­la­vi­ra des autres sites c’est l’ab­sence des palais monu­men­taux, on a une incroyable monu­men­ta­li­té au niveau de l’or­ga­ni­sa­tion et de l’a­gen­ce­ment, de nor­ma­li­sa­tion, une monu­men­ta­li­té de la pen­sée. On se croi­rait dans une ville moderne. Ils ont pris en compte l’en­vi­ron­ne­ment. Tout est pla­ni­fié et orches­tré, tout est contrô­lé et réflé­chi. » Une chose est sûre, Uzma Riz­vi n’a pas tenu compte de l’en­vi­ron­ne­ment de Dho­la­vi­ra, elle l’i­sole des autres villes, vil­lages et hameaux Hara­péens, comme si une ville ne s’ins­cri­vait pas dans un ter­ri­toire plus large et com­plexe. Cette sim­pli­fi­ca­tion per­met au nar­ra­teur d’a­jou­ter : « Ici les acteurs de la civi­li­sa­tion n’é­taient ni les mili­taires, ni les bureau­crates, ni les reli­gieux mais les mar­chands » Dho­li­va­ra est pré­sen­tée comme l’a­po­théose de la civi­li­sa­tion, l’exemple sur lequel le monde moderne devrait s’ap­puyer. Uzma Riz­vi n’hé­site pas à dire que « les gens man­geaient à leur faim, les rues étaient propres, il y avait peu d’i­né­ga­li­tés et la paix régnait. » Mais d’où pro­viennent donc tant d’in­for­ma­tions ? Des pla­quettes écrites par l’é­lite mar­chande ?

Notre consul­tante en stra­té­gie s’en­flamme : « Avec le com­merce est arri­vée la paix et la civi­li­sa­tion a pris un tout autre visage, elle fonc­tion­nait comme une entre­prise moderne conçue pour maxi­mi­ser ses propres avoirs en tis­sant un réseau souple d’in­té­rêts com­muns. Désir d’é­changes et de pros­pé­ri­té. Les pays qui com­mercent ensemble se font rare­ment la guerre. C’est la base d’une socié­té civi­li­sée. Com­merce, pros­pé­ri­té, ville, pro­duc­tion, consom­ma­tion et civi­li­sa­tion. Les tra­ders se sont sub­sti­tué aux prêtres, et les pyra­mides ont cédé la place aux grattes ciel, monu­ments en notre foi en la pros­pé­ri­té. La confiance et le com­merce s’en­traînent mutuel­le­ment dans un mer­veilleux cercle ver­tueux. Pour faire des échanges il faut de la confiance… et les béné­fices sont expo­nen­tiels. Il faut faire confiance. Pour plus de liber­té, d’au­to­no­mie, d’es­prit d’en­tre­prise, d’empathie humaine. »

La civi­li­sa­tion idéale, serait-elle une zone d’ac­ti­vi­té com­mer­ciale ? Tout cela res­semble étran­ge­ment aux villes ima­gi­nées et dési­rées par Richard Flo­ri­da[7], chantre de la ville « créa­tive, dyna­mique, inno­vante. » Pour cette élite intel­lec­tuelle, Dho­la­vi­ra serait donc l’an­cêtre de Seat­tle.

Pour ces inter­ve­nants Dho­la­vi­ra aurait été un para­dis ter­restre, mais elle dis­pa­rut tout de même, comme toutes les autres civi­li­sa­tions. L’ex­pli­ca­tion qu’ils nous four­nissent est remar­quable : lorsque l’excédent com­mer­cial devient nul le tis­su urbain se fis­sure et tout le sys­tème s’ef­fondre. Belle pro­pa­gande capi­ta­liste qui menace le tra­vailleur d’ef­fon­dre­ment s’il refuse de par­ti­ci­per à la créa­tion d’ex­cé­dent com­mer­cial. Une seconde expli­ca­tion est don­née : la décou­verte d’un fos­sile humain tou­ché par la lèpre four­nit la preuve que le com­merce sur de trop longues dis­tances est vec­teur de mala­dies et que la conta­gion peut aller jus­qu’à cau­ser l’ef­fon­dre­ment d’une civi­li­sa­tion. Impli­ci­te­ment, ces récits nous plongent dans le cau­che­mar de l’ex­trême-droite : l’é­tran­ger comme vec­teur de mala­die. Est-il besoin de rap­pe­ler que l’u­sage de la mala­die pour détruire une civi­li­sa­tion a été l’une des stra­té­gies menées par les Euro­péens contre les popu­la­tions amé­ri­caines ? Est-il néces­saire de rap­pe­ler les poli­tiques actuelles menées par les gou­ver­ne­ments euro­péens contre les réfu­giés ? Cer­tains diront que cela n’a rien à voir, qu’il faut par­fois mettre de côté notre empa­thie et nos convic­tions pour être objec­tifs. Oui mais… une phrase, comme ça, en pas­sant, qui n’a pas été cou­pée au mon­tage, nous apprend que la région de Dho­la­vi­ra est deve­nue aride. Le réa­li­sa­teur ne la retient pas, il pré­fère nous faire croire que ce sont la peste et la fis­su­ra­tion du sys­tème social qui sont res­pon­sables de l’ef­fon­dre­ment. Pour­tant, la peste ne cause pas l’a­ri­di­fi­ca­tion des terres. Par contre, la domes­ti­ca­tion des sols, comme nous le prouve encore chaque jour les béton­nages et mono­cul­tures, les appau­vrit et sté­ri­lise. Les défen­seurs de la civi­li­sa­tion sont des obsé­dés de la domes­ti­ca­tion, comme le prouve Jens Notroff, encore lui, qui s’é­meut de la fin de cette mer­veilleuse civi­li­sa­tion de l’In­dus, regrette que la nature ait repris ses droits, que la zone soit rede­ve­nue sau­vage. Enfin, il est impor­tant de noter que la peste est trans­mise par les puces du rat, et que le rat n’a jamais été aus­si proche de l’homme que depuis la domes­ti­ca­tion des céréales.

Ce que nous apprend ce docu­men­taire c’est que la civi­li­sa­tion ne peut exis­ter sans la ville, la guerre, la reli­gion et le com­merce. Ces quatre piliers forment le trône sur lequel vient s’asseoir le pro­grès, mot assé­né sans relâche dans chaque épi­sode. Mais qu’est-ce que le pro­grès ? Le pro­grès, c’est l’in­no­va­tion, l’a­van­cée tech­no­lo­gique, et rien d’autre. Il est ce dieu au nom duquel Tim Lam­bert et son équipe, sui­vant les volon­tés de l’élite domi­nante, nous demandent, à nous, les culs ter­reux, les domes­tiques, les ouvriers, les pay­sans, les femmes, les sans-abris, les incultes, de tri­mer sans nous inquié­ter ni poser de ques­tions. Ils nous demandent d’of­frir notre confiance et notre force de tra­vail à ce dieu, afin d’œuvrer pour quelque chose de plus grand, de plus glo­rieux que nos misé­rables vies indi­vi­duelles. Ils sou­haitent ardem­ment que nous tra­vail­lions ensemble pour qu’ils pensent, jouent, se goinfrent à notre place. Comme ils aime­raient que nous ces­sions de dou­ter de leur géné­ro­si­té et de leur phi­lan­thro­pie ! Pour ceux qui en dou­taient encore, ce qu’ils s’a­charnent à nous enfon­cer dans le crâne, à tra­vers leur pro­pa­gande insi­dieuse, c’est tou­jours et encore le mythe du pro­grès, et les outils dont ils usent pour main­te­nir et accroître leur domi­na­tion sont la ville, la guerre, la reli­gion, le com­merce… et les médias, à tra­vers les­quels ils réécrivent et fal­si­fient l’histoire. Ce sont ces piliers qu’il nous faut détruire pour ne plus être dépos­sé­dés de nous-mêmes, de notre nour­ri­ture, de notre san­té, de notre vie, de notre Terre et pour retrou­ver le savoir de nos ancêtres. Aux ori­gines des civi­li­sa­tions n’est pas un docu­men­taire mais un roman men­son­ger au ser­vice de l’é­lite, que le père de l’industrie de la pro­pa­gande et des « rela­tions publiques », Edward Ber­nays, dont les recom­man­da­tions sont tou­jours soi­gneu­se­ment mises en pra­tique, n’aurait pas renié. Et le pro­grès qu’il nous vend n’est pas autre chose que la méca­ni­sa­tion et l’in­for­ma­ti­sa­tion du vivant au ser­vice d’une mino­ri­té démente[8].

Ana Mins­ki


  1. http://mitaghoulier.blogspot.com/2014/12/les-chamans-de-la-prehistoire-les.html?q=chamanes
  2. http://mitaghoulier.blogspot.com/2018/01/art-prehistorique‑2.html
  3. Ter­ri­toires, dépla­ce­ments, mobi­li­té, échanges durant la Pré­his­toire, sous la direc­tion de Jacques Jau­bert et Michel Bar­ba­za, CTHS, 2005
  4. http://mitaghoulier.blogspot.com/2017/12/les-premisses-de-lart-p-margin-bottom‑0.html
  5. https://partage-le.com/2015/05/techniques-autoritaires-et-democratiques-lewis-mumford/
  6. Archéo­lo­gie sociale de l’ha­bi­tat de l’âge du Bronze et du pre­mier âge du Fer dans le Bas­sin pari­sien (2200–460 avant notre ère), Guillaume Roguet
  7. Les « créa­tifs » se déchaînent à Seat­tle, Grandes villes et bons sen­ti­ments, Le monde diplo­ma­tique, novembre 2017, https://www.monde-diplomatique.fr/2017/11/BREVILLE/58080
  8. https://partage-le.com/2018/07/les-ultrariches-sont-des-psychopathes-par-nicolas-casaux/
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Comments to: « Aux origines des civilisations », une fiction au service de l’élite (par Ana Minski)
  • 27 août 2018

    Mer­ci pour cette excel­lente mise au point. Quand j’a­vais vu que ce docu­men­taire de pro­pa­gande situait la guerre comme néces­saire pro­grès de la civi­li­sa­tion ça m’a­vait juste révol­té, je suis heu­reux de ne pas avoir cher­ché plus avant dans cette pro­pa­gande.

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  • 3 septembre 2018

    Je vou­drais remer­cier sin­cè­re­ment Ana Mins­ki. Eth­no­logue vivant en Crète, la seule chaîne fran­çaise que je regarde est ARTE. Non que l’é­ti­quette cultu­relle me pas­sionne, mais je pen­sais les pro­grammes sérieux dans leurs sources… jus­qu’à ces temps der­niers où de nom­breux docu­men­taires me sont appa­rus pour le moins biai­sés. Jusque sur­tout à cette émis­sion « AUX ORIGINES DE LA CIVILISATION ». L’u­ti­li­sa­tion des sciences sociales pour « objec­ti­ver » l’i­déo­lo­gie libé­rale m’a lais­sé sans voix. Comme je vis iso­lé, j’ai d’a­bord eu le sen­ti­ment que j’é­tais décon­nec­té de la réa­li­té actuelle, que mon grand âge me fai­sait déli­rer sur de vieilles convic­tions, que je ne com­pre­nais plus rien ni au social ni aux sciences actuelles (molles). Mais les déve­lop­pe­ments m’ont défi­ni­ti­ve­ment fait sor­tir de mes gonds. Je n’ex­plique pas pour­quoi : mes rai­sons sont exac­te­ment celles déve­lop­pées par Ana Mins­ki !
    Mer­ci donc à elle qui m’a rame­né à mes connais­sances — et à mes convic­tions -, me rap­pe­lant que ce n’é­tait pas ma tête qui allait mal, mais le monde.

    Mau­rice Born

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  • 6 septembre 2018

    Mer­ci pour le résu­mé de cette infâme bouse. Tom­bé sur la fin par hasard, le der­nier volet me semble-t-il : « le com­merce est la vie », une pure pro­pa­gande capi­ta­liste. Conti­nuons encore et encore, l’homme est mer­veilleux, le com­merce et la science (Elon Musk, trans­hu­ma­nisme…) nous sau­ve­rons de tous les périls. Je ne sais pas com­ment vous êtes arri­vé à vous taper un truc pareil en entier, c’est comme regar­der un débat Macron Vs Le PEN ou Sar­ko Vs Strauss Kahn, indi­geste.

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  • 12 septembre 2018

    Mer­ci Ana !! joie de te lire après avoir moi aus­si vu ces docs, je n’au­rais jamais su l’ex­pli­quer aus­si bien que toi mais tout y est de mon res­sen­ti ! bra­vo !!!

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  • 19 janvier 2019

    Bon­jour Ana Mins­kie,
    Je vous remer­cie d’at­ti­rer l’at­ten­tion, de façon pré­cise et détaillée, sur le carac­tère ten­dan­cieux du docu­men­taire. D’au­tant plus que je consi­dère, comme vous, que la qua­li­té et la fia­bi­li­té des docu­men­taires d’Arte sont géné­ra­le­ment impec­cables, ce qui relève pra­ti­que­ment de la prouesse par les temps qui courent.
    En vous lisant, j’ai tout de suite pen­sé à l’his­to­rien médié­viste Jacques LE GOFF, qui a étu­dié l’ur­ba­ni­sa­tion au moyen âge. Il pour­rait éclai­rer pré­ci­sé­ment en quoi la ville idyl­lique pro­mue ce docu­men­taire, telle que vous la décri­vez (lieu idéal d’é­ga­li­té, socia­li­sa­tion et par­tage, y com­pris par­tage de connais­sance), n’a en fait rien d’u­ni­ver­sel. Dans la sec­tion 5 du cha­pitre « Déca­dence » de « His­toire et mémoire » (Gal­li­mard, 1988), Le Goff décrit le dépla­ce­ment, au moyen âge, d’une concep­tion d’un para­dis natu­rel, le jar­din d’É­den, vers un para­dis urbain, celui de la Jéru­sa­lem Céleste.
    Or, c’est pré­ci­sé­ment cette idée de la ville qui selon Le Goff s’est répan­due « au Nord du Mexique, sous l’in­fluence pro­tes­tante, [et] que son peu­ple­ment consti­tue un retour au para­dis ter­restre et la néces­si­té de construire la Nou­velle Jéru­sa­lem, ce qui est à l’o­ri­gine de la force du mythe du pro­grès et du culte de la nou­veau­té et de la jeu­nesse dans l’A­me­ri­can way of life et dans la déri­sion amé­ri­caine face à la tra­di­tion de l’his­toire… » [pas­sage que j’ai re-tra­duit vers le fran­çais à par­tir d’une ver­sion en por­tu­gais de l’ou­vrage, seule dont je dis­pose].
    On voit bien, au détour, que –non pas tout l’In­ter­net, ce qui serait une géné­ra­li­sa­tion abu­sive, mais– cer­tains grands sites comme Face­book, reflètent on ne peut plus radi­ca­le­ment la réa­li­sa­tion « par­faite » et totale –tota­li­taire– de cette soit-disant « urba­ni­sa­tion » du social, d’ailleurs, il me semble, plus concen­tra­tion­naire que néces­sai­re­ment urbaine. En somme, ce docu­men­taire vante une notion de la ville for­te­ment ten­dan­cieuse parce que « WASP(White Anglo Ame­ri­can Protestant)-centrique » (eth­no­cen­trique, socio-his­to­ri­co-cen­trique…).
    Je ne sou­haite évi­dem­ment pas pour ma part ali­men­ter les a prio­ri contre la vision du monde par­ti­cu­lière de ce qu’il est conve­nu d’ap­pe­ler les WASP, à moins qu’ils ne réduisent et n’im­posent impli­ci­te­ment l’His­toire de l’hu­ma­ni­té à leur seule ver­sion fil­trée par leurs traits les plus cari­ca­tu­raux, à l’ex­clu­sion, voire au mépris, des autres, qu’ils soient citoyens amé­ri­cains non-wasp ou autres. Dès lors, ça vire à la pro­pa­gande.
    Pour ma part, je n’i­rais pas jus­qu’à lais­ser sup­po­ser, y com­pris, inver­se­ment et par le néga­tif, qu’on peut réduire toute forme d’ac­cu­mu­la­tion au capi­ta­lisme, toute forme de conflit à la guerre, toute forme d’au­to­ri­té au tota­li­ta­risme, ou bien encore toute forme de connais­sance à la sur­veillance. Bien que la fron­tière soit de plus en plus ténue, c’est cer­tain !

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  • 8 août 2019

    Mer­ci Ana,
    ton verbe est déli­cieux, tes mots vont sau­ver des vies.
    As-tu écris à Arte pour leur don­ner ton avis éclai­ré ?
    Vive­ment qu’on leur pro­pose un doc réa­li­sé sous ta direc­tion.

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