À l’occasion de l’évacuation mili­taire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et des cor­tèges de têtes per­pé­tuant les tra­di­tion­nelles bagarres avec la police, on a pu obser­ver quelques pas de danse tout aus­si tra­di­tion­nels, esquis­sés sur la piste par des par­te­naires infi­dèles mais tou­jours avides de se retrou­ver. Condui­sant viri­le­ment, le minis­tère de l’Intérieur et son chœur de jour­na­listes condam­nant la vio­lence des mani­fes­tants et des occu­pants de la ZAD ; bien tenue par la taille, la gauche ins­ti­tu­tion­nelle fai­sant les gros yeux aux cas­seurs qui gâchent la fête, et per­turbent la digni­té des mani­fes­ta­tions.

Que le pou­voir dénonce la vio­lence tout en exer­çant la vio­lence, au fond, c’est dans l’ordre des choses. En revanche, il est plus éton­nant d’en­tendre cette dénon­cia­tion for­mu­lée par des for­ma­tions poli­tiques enfer­mées dans des tac­tiques à ce point inef­fi­caces qu’elles sont sur la défen­sive et même en repli conti­nu depuis 40 ou 50 ans.

En bref, il y a un dis­cours sur la non-vio­lence qui condamne les stra­té­gies de confron­ta­tion phy­sique en les délé­gi­ti­mant pour diverses rai­sons qui sont très bien détaillées chez leurs défen­seurs. Ils occupent une posi­tion de supé­rio­ri­té morale par défaut, si peu ques­tion­née qu’on en vient à oublier d’où ils parlent.

Or il importe de le sou­li­gner : le camp d’où émane ce dis­cours ignore sys­té­ma­ti­que­ment la vio­lence qui lui sert d’arrière-plan et lui pro­cure les condi­tions de cette supé­rio­ri­té morale. La posi­tion de qui prêche la non-vio­lence est une posi­tion de mora­li­té ren­due inex­pug­nable par tout un appa­reil de vio­lence sédi­men­tée. Elle est aus­si et sur­tout une posi­tion de confort psy­cho­lo­gique qui rend sourd à l’argumentation ration­nelle, tant il est vrai qu’on est capable de ne rai­son­ner qu’à l’intérieur de limites psy­cho­lo­giques qui sont rare­ment dépla­çables par le seul usage de la rai­son. À défaut, donc, de pou­voir dépla­cer ces limites (en géné­ral ce sont les condi­tions his­to­riques qui s’en chargent), on peut néan­moins essayer de com­prendre com­ment ce déni est lon­gue­ment construit au sein des socié­tés qui font de la non-vio­lence un élé­ment d’idéologie domi­nant.

***

À l’école, on apprend que le Moyen Âge est une ère d’obscurantisme sau­vage où l’on cou­pait le nez des gens sous pré­texte qu’ils ne croyaient pas comme il faut, où l’on vio­lait et pillait à tour de bras et où l’on n’avait même pas inven­té l’habeas cor­pus. La lec­ture d’historiens et d’anthropologues sérieux jette une autre lumière sur cette période, mais l’essentiel n’est pas là : ce qui importe, c’est que les petits gar­çons et les petites filles qui sortent de l’école de la Répu­blique sont recon­nais­sants à l’État et à ses action­naires de leur garan­tir la paix et la sécu­ri­té depuis que la France est France, soit approxi­ma­ti­ve­ment depuis Hen­ri IV ou Louis XIV, qui ont mis sur les rails notre État moderne et cen­tra­li­sé.

On apprend éga­le­ment qu’en dehors des pays dits déve­lop­pés règne une vio­lence qua­si moyen­âgeuse, sans doute parce que tous ces sau­vages ne sont pas encore entrés dans l’Histoire, comme l’avait si déli­ca­te­ment sug­gé­ré un pré­sident fran­çais en exer­cice, de pas­sage à Dakar ; qu’il y règne l’arbitraire, que les esca­drons de la mort sèment la ter­reur dans les bidon­villes et qu’on y bafoue quo­ti­dien­ne­ment la liber­té des jour­na­listes.

Les plus appli­qués des élèves auront au cours de leur sco­la­ri­té l’occasion de décou­vrir le concept de mono­pole de la vio­lence phy­sique légi­time — à ce stade, ils sont sou­vent bien par­tis pour entrer à Science Po puis à l’ENA et deve­nir les com­man­di­taires de ladite vio­lence légi­time. Mais d’une manière géné­rale, la for­ma­tion du bon citoyen passe par l’intégration de la cer­ti­tude selon laquelle notre liber­té et notre paix dépendent de la capa­ci­té de l’État et de lui seul à exer­cer la vio­lence pour main­te­nir l’ordre et pro­té­ger notre mode de vie occi­den­tal si supé­rieur au reste du monde.

Ce mode de vie est consi­dé­ré comme l’aboutissement de mil­lé­naires de civi­li­sa­tion, et logi­que­ment, comme le futur pos­sible et sou­hai­table des pays dits en déve­lop­pe­ment, s’ils se décident à faire ce qu’il faut pour. Le récit his­to­rique sco­laire s’applique alors à recher­cher dans l’histoire récente des pays du tiers monde (encore une expres­sion copiée de l’Histoire spé­ci­fi­que­ment fran­çaise) des simi­li­tudes avec le pas­sé des nations occi­den­tales pour y lire le même genre de déve­lop­pe­ment, avec du retard. La lutte pour l’indépendance des colo­nies euro­péennes au XXe siècle est aujourd’hui consi­dé­rée légi­time, puisque l’État-nation est indis­pen­sable au pro­grès, comme l’a prou­vé le XIXe siècle euro­péen et la créa­tion de l’Italie et de l’Allemagne, par exemple, et la des­truc­tion des empires conti­nen­taux aus­tro-hon­grois et otto­man. Mais on pré­fère mettre l’accent sur la déco­lo­ni­sa­tion soi-disant non-vio­lente de l’Inde grâce à Gand­hi que sur la sale guerre d’Algérie, que les pro­fes­seurs d’histoire les plus conscien­cieux traitent au mieux rapi­de­ment au lycée.

D’une manière géné­rale, le bon citoyen est éle­vé dans une non-vio­lence et un paci­fisme dog­ma­tiques, et ce au prix d’une céci­té dérou­tante quant à ce qui se passe dans le monde en géné­ral et dans les pays occi­den­taux en par­ti­cu­lier. Plus pré­ci­sé­ment, il est som­mé d’être recon­nais­sant de pou­voir vivre dans une oasis de paix et de pros­pé­ri­té au milieu d’un chaos tou­jours plus grand, et de ne pas connec­ter la vio­lence qu’il per­çoit de loin avec son quo­ti­dien et sa réa­li­té de citoyen de la cin­quième puis­sance mon­diale.

***

La paix civile et l’absence de vio­lence n’existent en Occi­dent qu’au prix d’un effort d’auto-persuasion qui force l’admiration. La vio­lence pro­je­tée par l’Occident à l’extérieur de ses fron­tières est rare­ment prise en compte à l’intérieur de la bulle de sécu­ri­té, aus­si fac­tice soit-elle, de l’Europe occi­den­tale et des USA. La vio­lence subie à l’intérieur des fron­tières par les mino­ri­tés issues de notre pas­sé colo­nia­liste est encore moins sou­vent consi­dé­rée.

Les rap­ports de force sont soi­gneu­se­ment niés par­tout où ils existent, on ne perd pas une occa­sion de railler le concept de lutte des classes, tel­le­ment rin­gard, et dans la for­ma­tion de l’opinion, c’est un iré­nisme radi­cal qui pré­vaut. C’est d’autant plus iro­nique que la bour­geoi­sie ne connaît et ne recon­naît que le rap­port de force, et n’a jamais plié que face à des adver­saires réso­lus et outillés (même si c’est à un dic­ta­teur du capi­ta­lisme d’État sovié­tique qu’on doit la for­mule la plus claire à ce sujet : « le pape, com­bien de divi­sions ? » — le mar­xisme, mal­gré ses défauts, a l’avantage d’appeler un chat un chat).

Les rares moments de redis­tri­bu­tion sociale sont ceux où les mou­ve­ments sociaux ont réus­si à ren­ver­ser le rap­port de force ; c’est par exemple le cas à la fin de la Seconde Guerre mon­diale, quand la droite com­plè­te­ment délé­gi­ti­mée par sa col­la­bo­ra­tion mas­sive avec les nazis doit en plus com­po­ser avec la peur des blin­dés russes et un par­ti com­mu­niste auréo­lé du mar­tyr de la résis­tance (et même là, on peut se deman­der si les conces­sions faites par l’oligarchie ne cor­res­pondent pas sim­ple­ment au sur­plus d’emplois et de richesses lais­sé vacant par les mil­lions de morts de cette guerre cri­mi­nelle, comme une sai­gnée sur le pays, les riches ayant consta­té avec la Pre­mière Guerre mon­diale que l’industrie ne s’en por­tait que mieux).

La vio­lence n’a pas dis­pa­ru de notre époque ni de notre civi­li­sa­tion. Elle a sim­ple­ment été délo­ca­li­sée et invi­si­bi­li­sée. Dans un pays comme le Bré­sil, qui n’a jamais eu de colo­nies à détrous­ser pour s’enrichir et désa­mor­cer les conflits sociaux en fai­sant des conces­sions mini­males, la vio­lence s’exerce direc­te­ment contre le peuple, qu’il soit indi­gène ou qu’il s’agisse du pro­lé­ta­riat créé par les oli­gar­chies du pro­jet colo­nial, esclaves ame­nés par mil­lions d’Afrique ou immi­grants pauvres des classes popu­laires euro­péennes.

Tout ce qui fait le mode de vie dont nous n’imaginons pas nous pas­ser est construit sur la vio­lence, y com­pris d’ailleurs sur la vio­lence que nos élites ont exer­cée contre nous, en nous entraî­nant dans des guerres meur­trières qui les ont enri­chis et ont affer­mi leur posi­tion, tout en les pré­ser­vant de l’explosion sociale à l’intérieur des fron­tières grâce à l’en­voi des pauvres aux colo­nies.

Les guerres conti­nuent d’ailleurs, même si on les appelle les OPEX, et leur nombre a explo­sé depuis le début des années 2000 ; et paral­lè­le­ment, le nombre d’attentats, qui a per­mis de ren­for­cer les lois sécu­ri­taires à l’intérieur du pays, les­quels sont spé­cia­le­ment utiles contre les mili­tants de gauche. La nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mili­taire votée par les godillots de l’assemblée Macron va d’ailleurs nous per­mettre d’aller faire encore plus de guerres à l’étranger — pre­nons les paris sur le nombre d’attentats qui en décou­le­ront. Quand on fai­sait la guerre en Algé­rie, les familles des conscrits pro­tes­taient, dans une cer­taine mesure bien sûr. Aujourd’hui, qui sait qu’on est en OPEX tous les quatre matins ? Per­sonne, parce qu’on a une armée de mer­ce­naires qui sera très facile à pri­va­ti­ser le jour où la mul­ti­na­tio­nale UE déci­de­ra que c’est plus pra­tique.

Les méthodes et le maté­riel tes­tés sur le ter­rain à l’étranger, le plus sou­vent en Afrique où, déci­dé­ment, la France post­co­lo­niale aime à s’attarder, sont ensuite uti­li­sés sur le ter­ri­toire, et ce quo­ti­dien­ne­ment dans les quar­tiers pauvres et majo­ri­tai­re­ment peu­plés d’immigrants ou de fils d’immigrants (récem­ment, la gen­dar­me­rie a deman­dé à l’armée de terre de venir « sécu­ri­ser » un ras­sem­ble­ment orga­ni­sé par le comi­té « Jus­tice pour Ada­ma »), où la police et l’armée pra­tiquent une ges­tion colo­niale des popu­la­tions et du ter­ri­toire[1]. Les frères Trao­ré sont tous en pri­son pour avoir ten­té de deman­der jus­tice pour leur frère tué par la police, récem­ment un homme a été écra­sé par des poli­ciers qui le pour­sui­vaient en voi­ture, et il y a deux ans un autre vio­lé par les poli­ciers — dans les ban­lieues la vio­lence est aus­si pré­sente qu’au Moyen Âge qu’ils fan­tasment. Il fau­drait com­men­cer à se deman­der si, de la même manière qu’un poli­ti­cien de car­rière pose pro­blème, un pro­fes­sion­nel de la vio­lence ne pose pas éga­le­ment pro­blème.

Mais outre cette vio­lence qui s’assume, il existe évi­dem­ment une vio­lence sociale plus dif­fuse, et tout aus­si dom­ma­geable : il suf­fit de comp­ter le nombre de morts dans des acci­dents du tra­vail, les vic­times de la pol­lu­tion, des voi­tures, de l’alcoolisme, des sui­cides et de la dépres­sion.

***

Quel que soit notre point de vue sur la vio­lence et la non-vio­lence, nous devrions com­men­cer par recon­naître la vio­lence où elle est, et mesu­rer toutes les consé­quences du mono­pole de la vio­lence légi­time, en com­pre­nant que l’ordre et la sécu­ri­té dans les­quels nous vivons sont assis sur autant d’agressions exté­rieures qu’intérieures. Il est urgent de rendre invi­vable le pré­sent au plus grand nombre, qui y trouve un confort déses­pé­ré fait de petits et grands men­songes, de drogues légales, illé­gales, médi­cales ou éthy­liques, tech­no­lo­giques ou autres.

C’est qu’il faut bien se mettre dans la tête que ce n’est pas la vie qui est sacrée pour la bour­geoi­sie, mais la pro­prié­té pri­vée. L’hypocrisie consiste à condam­ner toute vio­lence comme confi­nant à l’assassinat (tout en assas­si­nant gaie­ment à l’intérieur et à l’extérieur du pays), alors que ce qui est qua­li­fié de vio­lence en mani­fes­ta­tion se résume en fin de compte à quelques bris de vitres et à des incen­dies vite maî­tri­sés. Pour mesu­rer à quel point la bour­geoi­sie ne plai­sante pas avec le carac­tère sacré de la pro­prié­té pri­vée, on peut se rap­pe­ler que lors de la Révo­lu­tion fran­çaise, l’assemblée avait voté une loi pour punir de mort qui­conque pro­po­se­rait une loi atten­tant à la pro­prié­té pri­vée. On com­prend les ini­mi­tiés que s’est atti­ré Robes­pierre en envoyant des milices contrô­ler le prix du pain.

Une bonne par­tie de l’argumentaire non violent baigne la confu­sion éta­blie par la bour­geoi­sie entre la vio­lence faite aux per­sonnes et la vio­lence faite aux biens. Qua­li­fier de vio­lence les dégra­da­tions ou les sabo­tages, en uti­li­sant le même terme que pour les vio­lences faites aux per­sonnes, c’est déjà de l’i­déo­lo­gie.

Cette confu­sion inter­dit la réflexion sur les moda­li­tés d’action alors qu’elle est cru­ciale. Il ne s’agit pas de dire à tout le monde d’entrer dans la lutte armée, c’est ridi­cule et ça ne veut rien dire. Mais il est absurde de tirer un trait sur une option tac­tique qui a tou­jours ter­ro­ri­sé les gou­ver­nants. Des émeutes dites fru­men­taires au Moyen Âge (même si les insur­rec­tions à carac­tère social prennent une forme reli­gieuse, sou­vent mil­lé­na­riste) aux révo­lu­tions fran­çaise et amé­ri­caine qui donnent l’insurrection pour un droit et un devoir, prendre les armes est une constante his­to­rique et sans doute une des seules méthodes qui a per­mis d’obtenir des conces­sions de la part des classes domi­nantes.

Orwell écrit que le fusil au-des­sus de la che­mi­née de l’ouvrier est une garan­tie démo­cra­tique : on a vu com­ment les Pari­siens armés pen­dant la guerre contre la Prusse ont fini par effrayer le gou­ver­ne­ment de Ver­sailles à tel point que Thiers a pré­fé­ré livrer la ville aux Alle­mands plu­tôt que de lais­ser les canons aux com­mu­nards.

Par ailleurs, même des figures récu­pé­rées par le paci­fisme comme Man­de­la sont beau­coup plus com­plexes qu’elles n’y paraissent : c’est lui qui a été char­gé par l’ANC de mettre en place une armée et des camps d’entraînement à l’intérieur et à l’extérieur du pays pour lut­ter contre le gou­ver­ne­ment d’apartheid.

Les classes domi­nantes vivent depuis tou­jours dans la peur de l’insurrection et de l’explosion sociale — elles ne s’équiperaient pas d’un tel arse­nal répres­sif si elles ne vivaient pas dans cette peur constante. Quant à dire que la popu­la­tion prend des risques, et qu’on a peur d’aller en manif depuis que les cas­seurs font mon­ter le niveau de la répres­sion, d’abord il faut aller regar­der hors d’Europe où les mani­fes­ta­tions les plus paci­fiques sont répri­mées dans le sang, ce qui tend à sug­gé­rer qu’à force de recu­ler on fini­ra de toute façon par subir la vio­lence répres­sive de plein fouet ; on peut ensuite se tran­quilli­ser en notant que le des­po­tisme dépend de la sur­po­pu­la­tion. La socié­té occi­den­tale fonc­tionne comme une boîte de Petri qui fuit depuis des siècles, et ce n’est pas pour rien qu’un mil­liar­daire comme Elon Musk est à l’avant-garde de la conquête spa­tiale, pour lever le cou­vercle du chau­dron et nous répandre dans l’espace — bien évi­dem­ment, en tant que sujets de son empire éco­no­mique.

***

Peut-être que ceux qui émettent les oukases non vio­lents sont rela­ti­ve­ment pro­té­gés de la vio­lence. Mais il semble qu’elle se rap­proche, c’est-à-dire du point de vue de la classe moyenne édu­quée blanche qui, jusqu’à pré­sent, n’a pas eu, en tout cas pas depuis quelques géné­ra­tions, à souf­frir direc­te­ment de la vio­lence de l’État enten­du comme bras armé du capi­tal. Certes, elle jouit d’une rela­tive liber­té par rap­port à un État ouver­te­ment tota­li­taire et ne se prive pas de le rap­pe­ler ; mais une fois encore les cas d’arbitraire sont nom­breux quand on n’est ni Blanc ni de la classe moyenne — il suf­fit de voir par exemple les lois régis­sant la consom­ma­tion de stu­pé­fiants : sur le Champ de Mars à Paris, la police pro­tège les jeunes Blancs qui fument leurs joints sans sur­veiller leurs por­tables, alors qu’en ban­lieue si la BAC croise un jeune en train de fumer, il va finir en garde à vue, dans le meilleur des cas. Plus proche de nous autres gau­chistes qui dis­cu­tons, il y a l’affaire Tar­nac qui montre qu’un gou­ver­ne­ment aux abois peut se créer sa petite menace sur mesure, ce qui per­met d’enfermer pré­ven­ti­ve­ment des acti­vistes dra­ma­ti­que­ment qua­li­fiés d’ultra-gauchistes.

De Rémi Fraisse aux bles­sés de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, ou plus récem­ment encore dans les facs où les auto­ri­tés « laissent » entrer les milices d’extrême droite pour faire le coup de poing contre les gau­chistes, on peut sen­tir que la vio­lence se rap­proche, même de ceux qui pré­tendent que la non-vio­lence est la seule voie.

J’ai par­fois une rêve­rie un peu sombre, quand je reviens des jar­dins col­lec­tifs et des réunions de per­ma­cul­teurs de par chez moi. Je me dis qu’ils pré­parent l’avenir, vrai­ment, et qu’ils plantent sans doute les graines qui per­met­tront de sur­vivre quand l’industrie aura fini de consu­mer le monde. Et puis j’imagine que les riches, qui s’achètent déjà des mil­liers d’hectares ici où là (et sur­tout en Nou­velle-Zélande) pour pas­ser l’apocalypse au frais, n’hésiteront pas une seconde à envoyer des milices de pauvres gens, enrô­lés à force de mau­vais trai­te­ments par telle ou telle variante du fas­cisme, pour prendre pos­ses­sion du peu d’endroits vivables qui res­te­ra. Quand ce ne sera pas les gou­ver­ne­ments qui le feront, dans mille Notre-Dame-des-Landes. Je ne sais pas si un sit-in suf­fi­ra à les arrê­ter.

Jéré­mie Bon­heure


  1. À ce sujet il faut lire le livre La domi­na­tion poli­cière : Une vio­lence indus­trielle de Mathieu Rigouste

Pour pro­lon­ger la réflexion, vous pou­vez vous pro­cu­rer Com­ment la non-vio­lence pro­tège l’État de Peter Gel­der­loos :

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Comments to: Quelques remarques sur l’idéologie de la non-violence (par Jérémie Bonheure)
  • 23 septembre 2018

    Bra­vo et mer­ci pour cette mise en lumière claire et pré­cise !

    Reply
  • 24 septembre 2018

    J’ai lu le livre de Peter Gel­der­loos cet été… et je me per­mets de le conseiller vive­ment à tous les mili­tants qui se posent aujourd’­hui la ques­tion de savoir com­ment faire avan­cer leur cause…

    cet ouvrage, déran­geant par­fois dans la mesure où il bous­cule l’i­déo­lo­gie de la ‘beau­fi­tude’ ambiante, est vrai­ment inté­res­sant…

    il s’ap­puie sur des faits et est dès lors, dif­fi­ci­le­ment contes­table…
    il démonte les mythes à pro­pos de Man­de­la, Luther King et Gand­hi, effi­gies de nos socié­tés occi­den­tales… et rap­pelle de manière utile, que les reven­di­ca­tions n’a­bou­tissent que quand la déter­mi­na­tion des oppo­sants est totale et qu’ils osent uti­li­ser la force pour y par­ve­nir…

    une lec­ture la plus objec­tive pos­sible de ce qu’a­vance l’au­teur inter­pelle bien des cer­ti­tudes qui s’en trouvent com­plè­te­ment démon­tées…

    une chose est claire : le pou­voir adore la non-vio­lence… cela lui laisse tout le loi­sir d’ap­pli­quer sa vio­lence sans la moindre rete­nue !

    Reply
  • 25 septembre 2018

    Salut

    Joli article.

    Mais je suis paci­fiste. J’as­pire a un monde en paix. Ou la guerre des classes n’au­rais plus lieu, où bien sur la guerre mili­taire ne serais qu’un vague pas­sé. Mais pour cela, c’est a la classe domi­nante, au plus fort de le décré­ter.
    En aucun cas on arri­ve­ra a la paix, avec un pou­voir qui use de la vio­lence ( qui se nomme elle même légi­time), que les armes se taisent si on conti­nue a fabri­quer et vendre celle ci par­tout sur la terre.

    Et donc , dans l’i­déal, il fau­drait un pou­voir qui abo­lisse la vio­lence. Mais tout pou­voir est construit sur la vio­lence. Donc on ne sor­ti­rais jamais de ce cycle ?

    par­ti comme nous sommes, l’hu­main se sera éteint avant que la ques­tion ne se pose, car si en occi­dent de plus en plus de per­sonnes prennent conscience qu’il y a un pro­blème ( même si trai­té de manière abu­sive comme si bien démon­tré sur ce blog), l’o­rient s’en fout et veux notre confort de vie. Et l’hu­main cra­que­ra, car a quelques cen­taines de mil­lions de per­sonnes, on a pour­ri la pla­nète. Eux sont des mil­liards…

    Cor­dia­le­ment

    Reply
  • 29 septembre 2018

    Le livre d’El­sa Dor­lin, « Se défendre, une phi­lo­so­phie de la vio­lence », apporte lui aus­si de nom­breuses pistes de réflexion.

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