Quelques remarques sur l’idéologie de la non-violence (par Jérémie Bonheure)

À l’occasion de l’évacuation mili­taire de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes et des cor­tèges de têtes per­pé­tuant les tra­di­tion­nelles bagarres avec la police, on a pu obser­ver quelques pas de danse tout aus­si tra­di­tion­nels, esquis­sés sur la piste par des par­te­naires infi­dèles mais tou­jours avides de se retrou­ver. Condui­sant viri­le­ment, le minis­tère de l’Intérieur et son chœur de jour­na­listes condam­nant la vio­lence des mani­fes­tants et des occu­pants de la ZAD ; bien tenue par la taille, la gauche ins­ti­tu­tion­nelle fai­sant les gros yeux aux cas­seurs qui gâchent la fête, et per­turbent la digni­té des manifestations.

Que le pou­voir dénonce la vio­lence tout en exer­çant la vio­lence, au fond, c’est dans l’ordre des choses. En revanche, il est plus éton­nant d’en­tendre cette dénon­cia­tion for­mu­lée par des for­ma­tions poli­tiques enfer­mées dans des tac­tiques à ce point inef­fi­caces qu’elles sont sur la défen­sive et même en repli conti­nu depuis 40 ou 50 ans.

En bref, il y a un dis­cours sur la non-vio­lence qui condamne les stra­té­gies de confron­ta­tion phy­sique en les délé­gi­ti­mant pour diverses rai­sons qui sont très bien détaillées chez leurs défen­seurs. Ils occupent une posi­tion de supé­rio­ri­té morale par défaut, si peu ques­tion­née qu’on en vient à oublier d’où ils parlent.

Or il importe de le sou­li­gner : le camp d’où émane ce dis­cours ignore sys­té­ma­ti­que­ment la vio­lence qui lui sert d’arrière-plan et lui pro­cure les condi­tions de cette supé­rio­ri­té morale. La posi­tion de qui prêche la non-vio­lence est une posi­tion de mora­li­té ren­due inex­pug­nable par tout un appa­reil de vio­lence sédi­men­tée. Elle est aus­si et sur­tout une posi­tion de confort psy­cho­lo­gique qui rend sourd à l’argumentation ration­nelle, tant il est vrai qu’on est capable de ne rai­son­ner qu’à l’intérieur de limites psy­cho­lo­giques qui sont rare­ment dépla­çables par le seul usage de la rai­son. À défaut, donc, de pou­voir dépla­cer ces limites (en géné­ral ce sont les condi­tions his­to­riques qui s’en chargent), on peut néan­moins essayer de com­prendre com­ment ce déni est lon­gue­ment construit au sein des socié­tés qui font de la non-vio­lence un élé­ment d’idéologie dominant.

***

À l’école, on apprend que le Moyen Âge est une ère d’obscurantisme sau­vage où l’on cou­pait le nez des gens sous pré­texte qu’ils ne croyaient pas comme il faut, où l’on vio­lait et pillait à tour de bras et où l’on n’avait même pas inven­té l’habeas cor­pus. La lec­ture d’historiens et d’anthropologues sérieux jette une autre lumière sur cette période, mais l’essentiel n’est pas là : ce qui importe, c’est que les petits gar­çons et les petites filles qui sortent de l’école de la Répu­blique sont recon­nais­sants à l’État et à ses action­naires de leur garan­tir la paix et la sécu­ri­té depuis que la France est France, soit approxi­ma­ti­ve­ment depuis Hen­ri IV ou Louis XIV, qui ont mis sur les rails notre État moderne et centralisé.

On apprend éga­le­ment qu’en dehors des pays dits déve­lop­pés règne une vio­lence qua­si moyen­âgeuse, sans doute parce que tous ces sau­vages ne sont pas encore entrés dans l’Histoire, comme l’avait si déli­ca­te­ment sug­gé­ré un pré­sident fran­çais en exer­cice, de pas­sage à Dakar ; qu’il y règne l’arbitraire, que les esca­drons de la mort sèment la ter­reur dans les bidon­villes et qu’on y bafoue quo­ti­dien­ne­ment la liber­té des journalistes.

Les plus appli­qués des élèves auront au cours de leur sco­la­ri­té l’occasion de décou­vrir le concept de mono­pole de la vio­lence phy­sique légi­time — à ce stade, ils sont sou­vent bien par­tis pour entrer à Science Po puis à l’ENA et deve­nir les com­man­di­taires de ladite vio­lence légi­time. Mais d’une manière géné­rale, la for­ma­tion du bon citoyen passe par l’intégration de la cer­ti­tude selon laquelle notre liber­té et notre paix dépendent de la capa­ci­té de l’État et de lui seul à exer­cer la vio­lence pour main­te­nir l’ordre et pro­té­ger notre mode de vie occi­den­tal si supé­rieur au reste du monde.

Ce mode de vie est consi­dé­ré comme l’aboutissement de mil­lé­naires de civi­li­sa­tion, et logi­que­ment, comme le futur pos­sible et sou­hai­table des pays dits en déve­lop­pe­ment, s’ils se décident à faire ce qu’il faut pour. Le récit his­to­rique sco­laire s’applique alors à recher­cher dans l’histoire récente des pays du tiers monde (encore une expres­sion copiée de l’Histoire spé­ci­fi­que­ment fran­çaise) des simi­li­tudes avec le pas­sé des nations occi­den­tales pour y lire le même genre de déve­lop­pe­ment, avec du retard. La lutte pour l’indépendance des colo­nies euro­péennes au XXe siècle est aujourd’hui consi­dé­rée légi­time, puisque l’État-nation est indis­pen­sable au pro­grès, comme l’a prou­vé le XIXe siècle euro­péen et la créa­tion de l’Italie et de l’Allemagne, par exemple, et la des­truc­tion des empires conti­nen­taux aus­tro-hon­grois et otto­man. Mais on pré­fère mettre l’accent sur la déco­lo­ni­sa­tion soi-disant non-vio­lente de l’Inde grâce à Gand­hi que sur la sale guerre d’Algérie, que les pro­fes­seurs d’histoire les plus conscien­cieux traitent au mieux rapi­de­ment au lycée.

D’une manière géné­rale, le bon citoyen est éle­vé dans une non-vio­lence et un paci­fisme dog­ma­tiques, et ce au prix d’une céci­té dérou­tante quant à ce qui se passe dans le monde en géné­ral et dans les pays occi­den­taux en par­ti­cu­lier. Plus pré­ci­sé­ment, il est som­mé d’être recon­nais­sant de pou­voir vivre dans une oasis de paix et de pros­pé­ri­té au milieu d’un chaos tou­jours plus grand, et de ne pas connec­ter la vio­lence qu’il per­çoit de loin avec son quo­ti­dien et sa réa­li­té de citoyen de la cin­quième puis­sance mondiale.

***

La paix civile et l’absence de vio­lence n’existent en Occi­dent qu’au prix d’un effort d’auto-persuasion qui force l’admiration. La vio­lence pro­je­tée par l’Occident à l’extérieur de ses fron­tières est rare­ment prise en compte à l’intérieur de la bulle de sécu­ri­té, aus­si fac­tice soit-elle, de l’Europe occi­den­tale et des USA. La vio­lence subie à l’intérieur des fron­tières par les mino­ri­tés issues de notre pas­sé colo­nia­liste est encore moins sou­vent considérée.

Les rap­ports de force sont soi­gneu­se­ment niés par­tout où ils existent, on ne perd pas une occa­sion de railler le concept de lutte des classes, tel­le­ment rin­gard, et dans la for­ma­tion de l’opinion, c’est un iré­nisme radi­cal qui pré­vaut. C’est d’autant plus iro­nique que la bour­geoi­sie ne connaît et ne recon­naît que le rap­port de force, et n’a jamais plié que face à des adver­saires réso­lus et outillés (même si c’est à un dic­ta­teur du capi­ta­lisme d’État sovié­tique qu’on doit la for­mule la plus claire à ce sujet : « le pape, com­bien de divi­sions ? » — le mar­xisme, mal­gré ses défauts, a l’avantage d’appeler un chat un chat).

Les rares moments de redis­tri­bu­tion sociale sont ceux où les mou­ve­ments sociaux ont réus­si à ren­ver­ser le rap­port de force ; c’est par exemple le cas à la fin de la Seconde Guerre mon­diale, quand la droite com­plè­te­ment délé­gi­ti­mée par sa col­la­bo­ra­tion mas­sive avec les nazis doit en plus com­po­ser avec la peur des blin­dés russes et un par­ti com­mu­niste auréo­lé du mar­tyr de la résis­tance (et même là, on peut se deman­der si les conces­sions faites par l’oligarchie ne cor­res­pondent pas sim­ple­ment au sur­plus d’emplois et de richesses lais­sé vacant par les mil­lions de morts de cette guerre cri­mi­nelle, comme une sai­gnée sur le pays, les riches ayant consta­té avec la Pre­mière Guerre mon­diale que l’industrie ne s’en por­tait que mieux).

La vio­lence n’a pas dis­pa­ru de notre époque ni de notre civi­li­sa­tion. Elle a sim­ple­ment été délo­ca­li­sée et invi­si­bi­li­sée. Dans un pays comme le Bré­sil, qui n’a jamais eu de colo­nies à détrous­ser pour s’enrichir et désa­mor­cer les conflits sociaux en fai­sant des conces­sions mini­males, la vio­lence s’exerce direc­te­ment contre le peuple, qu’il soit indi­gène ou qu’il s’agisse du pro­lé­ta­riat créé par les oli­gar­chies du pro­jet colo­nial, esclaves ame­nés par mil­lions d’Afrique ou immi­grants pauvres des classes popu­laires européennes.

Tout ce qui fait le mode de vie dont nous n’imaginons pas nous pas­ser est construit sur la vio­lence, y com­pris d’ailleurs sur la vio­lence que nos élites ont exer­cée contre nous, en nous entraî­nant dans des guerres meur­trières qui les ont enri­chis et ont affer­mi leur posi­tion, tout en les pré­ser­vant de l’explosion sociale à l’intérieur des fron­tières grâce à l’en­voi des pauvres aux colonies.

Les guerres conti­nuent d’ailleurs, même si on les appelle les OPEX, et leur nombre a explo­sé depuis le début des années 2000 ; et paral­lè­le­ment, le nombre d’attentats, qui a per­mis de ren­for­cer les lois sécu­ri­taires à l’intérieur du pays, les­quels sont spé­cia­le­ment utiles contre les mili­tants de gauche. La nou­velle loi de pro­gram­ma­tion mili­taire votée par les godillots de l’assemblée Macron va d’ailleurs nous per­mettre d’aller faire encore plus de guerres à l’étranger — pre­nons les paris sur le nombre d’attentats qui en décou­le­ront. Quand on fai­sait la guerre en Algé­rie, les familles des conscrits pro­tes­taient, dans une cer­taine mesure bien sûr. Aujourd’hui, qui sait qu’on est en OPEX tous les quatre matins ? Per­sonne, parce qu’on a une armée de mer­ce­naires qui sera très facile à pri­va­ti­ser le jour où la mul­ti­na­tio­nale UE déci­de­ra que c’est plus pratique.

Les méthodes et le maté­riel tes­tés sur le ter­rain à l’étranger, le plus sou­vent en Afrique où, déci­dé­ment, la France post­co­lo­niale aime à s’attarder, sont ensuite uti­li­sés sur le ter­ri­toire, et ce quo­ti­dien­ne­ment dans les quar­tiers pauvres et majo­ri­tai­re­ment peu­plés d’immigrants ou de fils d’immigrants (récem­ment, la gen­dar­me­rie a deman­dé à l’armée de terre de venir « sécu­ri­ser » un ras­sem­ble­ment orga­ni­sé par le comi­té « Jus­tice pour Ada­ma »), où la police et l’armée pra­tiquent une ges­tion colo­niale des popu­la­tions et du ter­ri­toire[1]. Les frères Trao­ré sont tous en pri­son pour avoir ten­té de deman­der jus­tice pour leur frère tué par la police, récem­ment un homme a été écra­sé par des poli­ciers qui le pour­sui­vaient en voi­ture, et il y a deux ans un autre vio­lé par les poli­ciers — dans les ban­lieues la vio­lence est aus­si pré­sente qu’au Moyen Âge qu’ils fan­tasment. Il fau­drait com­men­cer à se deman­der si, de la même manière qu’un poli­ti­cien de car­rière pose pro­blème, un pro­fes­sion­nel de la vio­lence ne pose pas éga­le­ment problème.

Mais outre cette vio­lence qui s’assume, il existe évi­dem­ment une vio­lence sociale plus dif­fuse, et tout aus­si dom­ma­geable : il suf­fit de comp­ter le nombre de morts dans des acci­dents du tra­vail, les vic­times de la pol­lu­tion, des voi­tures, de l’alcoolisme, des sui­cides et de la dépression.

***

Quel que soit notre point de vue sur la vio­lence et la non-vio­lence, nous devrions com­men­cer par recon­naître la vio­lence où elle est, et mesu­rer toutes les consé­quences du mono­pole de la vio­lence légi­time, en com­pre­nant que l’ordre et la sécu­ri­té dans les­quels nous vivons sont assis sur autant d’agressions exté­rieures qu’intérieures. Il est urgent de rendre invi­vable le pré­sent au plus grand nombre, qui y trouve un confort déses­pé­ré fait de petits et grands men­songes, de drogues légales, illé­gales, médi­cales ou éthy­liques, tech­no­lo­giques ou autres.

C’est qu’il faut bien se mettre dans la tête que ce n’est pas la vie qui est sacrée pour la bour­geoi­sie, mais la pro­prié­té pri­vée. L’hypocrisie consiste à condam­ner toute vio­lence comme confi­nant à l’assassinat (tout en assas­si­nant gaie­ment à l’intérieur et à l’extérieur du pays), alors que ce qui est qua­li­fié de vio­lence en mani­fes­ta­tion se résume en fin de compte à quelques bris de vitres et à des incen­dies vite maî­tri­sés. Pour mesu­rer à quel point la bour­geoi­sie ne plai­sante pas avec le carac­tère sacré de la pro­prié­té pri­vée, on peut se rap­pe­ler que lors de la Révo­lu­tion fran­çaise, l’assemblée avait voté une loi pour punir de mort qui­conque pro­po­se­rait une loi atten­tant à la pro­prié­té pri­vée. On com­prend les ini­mi­tiés que s’est atti­ré Robes­pierre en envoyant des milices contrô­ler le prix du pain.

Une bonne par­tie de l’argumentaire non violent baigne la confu­sion éta­blie par la bour­geoi­sie entre la vio­lence faite aux per­sonnes et la vio­lence faite aux biens. Qua­li­fier de vio­lence les dégra­da­tions ou les sabo­tages, en uti­li­sant le même terme que pour les vio­lences faites aux per­sonnes, c’est déjà de l’idéologie.

Cette confu­sion inter­dit la réflexion sur les moda­li­tés d’action alors qu’elle est cru­ciale. Il ne s’agit pas de dire à tout le monde d’entrer dans la lutte armée, c’est ridi­cule et ça ne veut rien dire. Mais il est absurde de tirer un trait sur une option tac­tique qui a tou­jours ter­ro­ri­sé les gou­ver­nants. Des émeutes dites fru­men­taires au Moyen Âge (même si les insur­rec­tions à carac­tère social prennent une forme reli­gieuse, sou­vent mil­lé­na­riste) aux révo­lu­tions fran­çaise et amé­ri­caine qui donnent l’insurrection pour un droit et un devoir, prendre les armes est une constante his­to­rique et sans doute une des seules méthodes qui a per­mis d’obtenir des conces­sions de la part des classes dominantes.

Orwell écrit que le fusil au-des­sus de la che­mi­née de l’ouvrier est une garan­tie démo­cra­tique : on a vu com­ment les Pari­siens armés pen­dant la guerre contre la Prusse ont fini par effrayer le gou­ver­ne­ment de Ver­sailles à tel point que Thiers a pré­fé­ré livrer la ville aux Alle­mands plu­tôt que de lais­ser les canons aux communards.

Par ailleurs, même des figures récu­pé­rées par le paci­fisme comme Man­de­la sont beau­coup plus com­plexes qu’elles n’y paraissent : c’est lui qui a été char­gé par l’ANC de mettre en place une armée et des camps d’entraînement à l’intérieur et à l’extérieur du pays pour lut­ter contre le gou­ver­ne­ment d’apartheid.

Les classes domi­nantes vivent depuis tou­jours dans la peur de l’insurrection et de l’explosion sociale — elles ne s’équiperaient pas d’un tel arse­nal répres­sif si elles ne vivaient pas dans cette peur constante. Quant à dire que la popu­la­tion prend des risques, et qu’on a peur d’aller en manif depuis que les cas­seurs font mon­ter le niveau de la répres­sion, d’abord il faut aller regar­der hors d’Europe où les mani­fes­ta­tions les plus paci­fiques sont répri­mées dans le sang, ce qui tend à sug­gé­rer qu’à force de recu­ler on fini­ra de toute façon par subir la vio­lence répres­sive de plein fouet ; on peut ensuite se tran­quilli­ser en notant que le des­po­tisme dépend de la sur­po­pu­la­tion. La socié­té occi­den­tale fonc­tionne comme une boîte de Petri qui fuit depuis des siècles, et ce n’est pas pour rien qu’un mil­liar­daire comme Elon Musk est à l’avant-garde de la conquête spa­tiale, pour lever le cou­vercle du chau­dron et nous répandre dans l’espace — bien évi­dem­ment, en tant que sujets de son empire économique.

***

Peut-être que ceux qui émettent les oukases non vio­lents sont rela­ti­ve­ment pro­té­gés de la vio­lence. Mais il semble qu’elle se rap­proche, c’est-à-dire du point de vue de la classe moyenne édu­quée blanche qui, jusqu’à pré­sent, n’a pas eu, en tout cas pas depuis quelques géné­ra­tions, à souf­frir direc­te­ment de la vio­lence de l’État enten­du comme bras armé du capi­tal. Certes, elle jouit d’une rela­tive liber­té par rap­port à un État ouver­te­ment tota­li­taire et ne se prive pas de le rap­pe­ler ; mais une fois encore les cas d’arbitraire sont nom­breux quand on n’est ni Blanc ni de la classe moyenne — il suf­fit de voir par exemple les lois régis­sant la consom­ma­tion de stu­pé­fiants : sur le Champ de Mars à Paris, la police pro­tège les jeunes Blancs qui fument leurs joints sans sur­veiller leurs por­tables, alors qu’en ban­lieue si la BAC croise un jeune en train de fumer, il va finir en garde à vue, dans le meilleur des cas. Plus proche de nous autres gau­chistes qui dis­cu­tons, il y a l’affaire Tar­nac qui montre qu’un gou­ver­ne­ment aux abois peut se créer sa petite menace sur mesure, ce qui per­met d’enfermer pré­ven­ti­ve­ment des acti­vistes dra­ma­ti­que­ment qua­li­fiés d’ultra-gauchistes.

De Rémi Fraisse aux bles­sés de l’évacuation de Notre-Dame-des-Landes, ou plus récem­ment encore dans les facs où les auto­ri­tés « laissent » entrer les milices d’extrême droite pour faire le coup de poing contre les gau­chistes, on peut sen­tir que la vio­lence se rap­proche, même de ceux qui pré­tendent que la non-vio­lence est la seule voie.

J’ai par­fois une rêve­rie un peu sombre, quand je reviens des jar­dins col­lec­tifs et des réunions de per­ma­cul­teurs de par chez moi. Je me dis qu’ils pré­parent l’avenir, vrai­ment, et qu’ils plantent sans doute les graines qui per­met­tront de sur­vivre quand l’industrie aura fini de consu­mer le monde. Et puis j’imagine que les riches, qui s’achètent déjà des mil­liers d’hectares ici où là (et sur­tout en Nou­velle-Zélande) pour pas­ser l’apocalypse au frais, n’hésiteront pas une seconde à envoyer des milices de pauvres gens, enrô­lés à force de mau­vais trai­te­ments par telle ou telle variante du fas­cisme, pour prendre pos­ses­sion du peu d’endroits vivables qui res­te­ra. Quand ce ne sera pas les gou­ver­ne­ments qui le feront, dans mille Notre-Dame-des-Landes. Je ne sais pas si un sit-in suf­fi­ra à les arrêter.

Jéré­mie Bonheure


  1. À ce sujet il faut lire le livre La domi­na­tion poli­cière : Une vio­lence indus­trielle de Mathieu Rigouste

Pour pro­lon­ger la réflexion, vous pou­vez vous pro­cu­rer Com­ment la non-vio­lence pro­tège l’État de Peter Gelderloos :

Print Friendly, PDF & Email
Total
1
Shares
4 comments
  1. J’ai lu le livre de Peter Gel­der­loos cet été… et je me per­mets de le conseiller vive­ment à tous les mili­tants qui se posent aujourd’­hui la ques­tion de savoir com­ment faire avan­cer leur cause…

    cet ouvrage, déran­geant par­fois dans la mesure où il bous­cule l’i­déo­lo­gie de la ‘beau­fi­tude’ ambiante, est vrai­ment intéressant…

    il s’ap­puie sur des faits et est dès lors, dif­fi­ci­le­ment contestable…
    il démonte les mythes à pro­pos de Man­de­la, Luther King et Gand­hi, effi­gies de nos socié­tés occi­den­tales… et rap­pelle de manière utile, que les reven­di­ca­tions n’a­bou­tissent que quand la déter­mi­na­tion des oppo­sants est totale et qu’ils osent uti­li­ser la force pour y parvenir…

    une lec­ture la plus objec­tive pos­sible de ce qu’a­vance l’au­teur inter­pelle bien des cer­ti­tudes qui s’en trouvent com­plè­te­ment démontées…

    une chose est claire : le pou­voir adore la non-vio­lence… cela lui laisse tout le loi­sir d’ap­pli­quer sa vio­lence sans la moindre retenue !

  2. Salut

    Joli article.

    Mais je suis paci­fiste. J’as­pire a un monde en paix. Ou la guerre des classes n’au­rais plus lieu, où bien sur la guerre mili­taire ne serais qu’un vague pas­sé. Mais pour cela, c’est a la classe domi­nante, au plus fort de le décréter.
    En aucun cas on arri­ve­ra a la paix, avec un pou­voir qui use de la vio­lence ( qui se nomme elle même légi­time), que les armes se taisent si on conti­nue a fabri­quer et vendre celle ci par­tout sur la terre. 

    Et donc , dans l’i­déal, il fau­drait un pou­voir qui abo­lisse la vio­lence. Mais tout pou­voir est construit sur la vio­lence. Donc on ne sor­ti­rais jamais de ce cycle ? 

    par­ti comme nous sommes, l’hu­main se sera éteint avant que la ques­tion ne se pose, car si en occi­dent de plus en plus de per­sonnes prennent conscience qu’il y a un pro­blème ( même si trai­té de manière abu­sive comme si bien démon­tré sur ce blog), l’o­rient s’en fout et veux notre confort de vie. Et l’hu­main cra­que­ra, car a quelques cen­taines de mil­lions de per­sonnes, on a pour­ri la pla­nète. Eux sont des milliards…

    Cor­dia­le­ment

  3. Le livre d’El­sa Dor­lin, « Se défendre, une phi­lo­so­phie de la vio­lence », apporte lui aus­si de nom­breuses pistes de réflexion.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles connexes
Lire

Les peuples indigènes sont en première ligne du combat pour la défense du monde naturel (par Pamela Jacquelin-Andersen)

Imaginez que votre survie dépende de votre droit de vivre là où vous êtes en ce moment. Qu’à n’importe quel moment, le gouvernement puisse décider d’extraire du pétrole ou de construire une autoroute à l’endroit même où votre famille dort chaque nuit, sans vous consulter. Imaginez simplement la mine ou l’autoroute polluer l’eau que vous buvez et la terre au point que vos cultures ne poussent même pas. Qu’en plus, chaque jour vous soyez obligés de parler une langue étrangère dans un pays qui met en danger votre culture et mode de vie. [...]
Lire

Arundhati Roy, Edward Snowden, Daniel Ellsberg & John Cusack : Le monde comme il va

C’est la rencontre improbable de deux époques, de deux « dissidences » américaines, de deux lanceurs d’alerte contre les abus de Washington. Edward Snowden, l’ancien collaborateur de la NSA à l’origine des révélations sur l’ampleur de la surveillance effectuée par les Etats-Unis, a reçu dans son exil russe Daniel Ellsberg, l’homme qui, en 1971, a fait « fuiter » les « Documents du Pentagone » sur la guerre du Vietnam. [...]
Lire

Autonomie et délivrance (par Aurélien Berlan)

Penser l’émancipation implique deux choses : d’une part, analyser les pouvoirs qui nous oppressent et les manières dont ils exercent leur emprise sur nos vies ; d’autre part, penser la manière dont il faudrait organiser nos vies pour ne plus avoir à se soumettre à eux. [...]