Les ONG :

des institutions néolibérales

Le Centre Tri­con­ti­nen­tal et les édi­tions Syl­lepse ont publié, sous le titre ONG Dépo­li­ti­sa­tion de la résis­tance au néo­li­bé­ra­lisme, un ensemble d’ar­ticles pré­cé­dem­ment publiés dans la revue Alter­na­tives Sud. Ce recueil d’ar­ticles porte un regard cri­tique sur l’on­gi­sa­tion des luttes sociales et éco­lo­giques qui ins­ti­tu­tion­na­lise les mou­ve­ments sociaux et mène de ce fait la résis­tance dans une impasse.

Depuis les années 1990, le nombre d’ONG n’a ces­sé de croître, et notam­ment dans le Sud éco­no­mique. Pre­mier outil de contes­ta­tion du libé­ra­lisme, elles se sont sub­sti­tuées en quelques années à l’ac­tion col­lec­tive et à l’É­tat et, pour atti­rer et conser­ver des finan­ce­ments, se sont lais­sées influen­cer par l’i­déo­lo­gie néo­li­bé­rale. Dépo­li­ti­sant les dis­cours, elles par­ti­cipent à la pri­va­ti­sa­tion pour impo­ser, de manière plus ou moins vio­lentes, le « déve­lop­pe­ment » et le « pro­grès » aux pays du Sud. Sourdes aux reven­di­ca­tions popu­laires, elles fonc­tionnent de plus en plus comme des entre­prises de mana­ge­ment.

« La pro­li­fé­ra­tion des ONG au Sud, dans les années 1990, est indu­bi­ta­ble­ment liée à l’af­fai­blis­se­ment des capa­ci­tés gou­ver­ne­men­tales à four­nir des ser­vices publics, résul­tat des poli­tiques néo­li­bé­rales qui se sont impo­sées dans le contexte d’un capi­ta­lisme mon­dia­li­sé et for­te­ment finan­cia­ri­sé. Dans ce contexte de redé­fi­ni­tion du rôle de l’É­tat, por­tées par les concepts de  »bonne gou­ver­nance » et de  »socié­té civile » (dont elles seraient les repré­sen­tantes-types), les ONG vont connaître un réel suc­cès et deve­nir un rouage indis­pen­sable des poli­tiques de déve­lop­pe­ment,  »soit comme relais, soit comme piliers de la socié­té civile et prin­ci­pal vec­teur pour la construc­tion de la démo­cra­tie ». »

C’est avec la charte des Nations Unies, en 1945, que les ONG com­mencent à se déve­lop­per. Ce n’est pas un hasard si leur appa­ri­tion coïn­cide avec l’ex­pan­sion pla­né­taire du capi­ta­lisme, c’est parce qu’elles sont recon­nues comme acteurs du déve­lop­pe­ment aux côtés de l’É­tat et du mar­ché. La caté­go­rie juri­dique des ONG n’est pas spé­ci­fique (sauf en Bel­gique), il est donc facile de s’au­to-décla­rer ONG. Consi­dé­rées comme les prin­ci­pales repré­sen­tantes de la socié­té civile, concept à géo­mé­trie variable, elles par­ti­cipent à la bonne gou­ver­nance des États du Sud.

« Le terme gou­ver­nance appa­raît en 1989, à la faveur d’un rap­port de la Banque mon­diale qui, face à l’ac­crois­se­ment de la pau­vre­té en Afrique sub­sa­ha­rienne, poin­tait non pas les recettes néo­li­bé­rales appli­quées, mais bien la mau­vaise gou­ver­nance des États afri­cains. »

Concrè­te­ment, le terme « bonne gou­ver­nance » per­met de réduire le rôle de l’É­tat et de pri­va­ti­ser la déci­sion publique.

« Ces grands mots d’ap­pa­rence savante […] ont en com­mun d’in­ti­mi­der et de ser­vir à ne pas pen­ser. À la fois vides (de sens) et trop pleins (de pré­sup­po­sés et de mora­lisme), ils forment l’ar­ma­ture de ce qu’Or­well a nom­mé la nov­langue du pou­voir »

Dans les années 1980, les ONG explosent en Amé­rique latine et en Inde où elles s’im­posent paral­lè­le­ment à la libé­ra­li­sa­tion de l’é­co­no­mie et au retrait des inves­tis­se­ments de l’É­tat dans des domaines essen­tiels. Elles inter­viennent pour assu­rer le déve­lop­pe­ment au détri­ment de l’au­to­no­mie des dif­fé­rents mou­ve­ments de lutte.

Depuis plu­sieurs décen­nies, le fonc­tion­ne­ment de plus en plus mana­gé­rial des ONG, struc­tu­rel­le­ment dépen­dantes d’ins­ti­tu­tions inter­na­tio­nales, est cri­ti­qué. En 2004, lors d’un dis­cours à San Fran­cis­co, Arund­ha­ti Roy dénonce la dérive néo­li­bé­rale de nom­breuses ONG. Ain­si, sur le ter­rain du fémi­nisme[1], en Inde, le Mou­ve­ment Indien des Femmes (MIF), réseau de groupes et d’in­di­vi­dus qui existe depuis les années 1970, atteint un point cri­tique. Les groupes auto­nomes sont deve­nus, à par­tir des années 1990, des orga­ni­sa­tions trans­na­tio­nales et pro­fes­sion­nelles. Cette même décen­nie a été celle de la mon­dia­li­sa­tion, de la pri­va­ti­sa­tion et de l’ou­ver­ture de l’é­co­no­mie indienne, carac­té­ri­sée aus­si par un cli­vage de caste et de reli­gion, dans un contexte de natio­na­lisme hin­dou et de poli­tiques basées sur l’i­den­ti­té. L’ob­jec­tif pour­sui­vi n’é­tait donc pas tant de pro­mou­voir l’é­man­ci­pa­tion des femmes que de les uti­li­ser pour moder­ni­ser les pays et s’a­jus­ter aux demandes de l’é­co­no­mie mon­diale. Le fémi­nisme s’est implan­té dans les ins­ti­tu­tions éta­tiques, l’ad­mi­nis­tra­tion et la socié­té civile, pre­nant une confi­gu­ra­tion plus for­melle et stable, mais du coup moins visible et plus apo­li­tique. L’on­gi­sa­tion du mou­ve­ment des femmes en Inde relève d’un pro­ces­sus de colo­ni­sa­tion par des idéaux fémi­nistes et pro­gres­sistes occi­den­taux.

« Les ONG se sont détour­nées de la four­ni­ture de ser­vices sociaux et de ser­vices géné­ra­teurs de reve­nus pour se concen­trer sur des pra­tiques d’au­to-assis­tance d’ins­pi­ra­tion néo­li­bé­rale, dont la micro­fi­nance est un exemple. En l’ab­sence de chan­ge­ment struc­tu­rels, l’u­ti­li­sa­tion qui est faite du micro­cré­dit, pour gérer – et non réduire – la pau­vre­té, repo­sant sur l’ins­tru­men­ta­li­sa­tion des femmes pauvres, ne peut que deve­nir un appât au cré­dit. »

Les mou­ve­ments des femmes auto­nomes accusent éga­le­ment les ONG de gérer leurs struc­tures comme des entre­prises pri­vées, de limi­ter les pos­si­bi­li­tés de pro­tes­ta­tion et d’op­po­si­tion et de tra­vailler davan­tage au bien de leur dona­teur qu’à celui des femmes.

En Amé­rique latine, ce qui impor­tait en pre­mier lieu pour les pre­mières ONG, c’é­tait la lutte pour l’é­ga­li­té, 40 ans plus tard le but affi­ché est de sou­la­ger la pau­vre­té.

« Les ONG de déve­lop­pe­ment, qu’elles soient spé­cia­li­sées dans le déve­lop­pe­ment rural, dans les coopé­ra­tives, l’é­du­ca­tion, la san­té ou encore dans l’ha­bi­tat, tendent ain­si de plus en plus sou­vent à se ran­ger der­rière ce nou­veau slo­gan de la Banque mon­diale. »

Elles luttent contre des inéga­li­tés aus­si frag­men­tées que le sont les iden­ti­tés : indi­gènes, femmes, Afro-des­cen­dants, enfants des rues, migrants, mino­ri­tés sexuelles, etc. Cette diver­si­fi­ca­tion des inéga­li­tés entraîne de nou­velles ONG thé­ma­tiques et pater­na­listes qui ins­taurent de nou­velles formes d’i­né­ga­li­tés notam­ment par le biais de recru­te­ments clien­té­listes qui donnent nais­sance à une élite locale et trans­na­tio­nale.

Les grandes ONG Envi­ron­ne­men­tales (ONGE) sont elles aus­si tout à fait capables de pro­mou­voir une éco­lo­gie de droite. Ain­si, en 2005, Alain Lipietz met en garde contre le dan­ger de « se pla­cer au-des­sus de la socié­té et lui deve­nir de plus en plus étran­ger[2] ». En 2017, Alain Le Sann iden­ti­fie les nom­breuses simi­li­tudes entre la ges­tion des forêts — tro­pi­cales en par­ti­cu­lier — et des océans menée par les ONG envi­ron­ne­men­tales qui se consacrent à répondre aux objec­tifs des trans­na­tio­nales qui les sou­tiennent. Deve­nues des actrices majeures à cause des finan­ce­ments pri­vés et publics dont elles béné­fi­cient, elles n’hé­sitent pas, au nom de la pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, à mettre sous tutelle les orga­ni­sa­tions de pêcheurs. On assiste donc à une prise de pou­voir des ONGE dans le cadre d’une construc­tion éco­po­li­tique mon­diale au pro­fit d’une élite.

Pour bien com­prendre les rai­sons de ces mises sous tutelle, Alain Le Sann rap­pelle la guerre des forêts qui eut lieu en 1723, lorsque le par­le­ment anglais adop­ta le Black Act, loi impla­cable qui condam­nait à mort le bra­con­nage. Les parcs fores­tiers étaient alors réser­vés aux chasses royales des cerfs et à une élite nobi­liaire qui consi­dé­rait l’es­pace fores­tier comme un espace de dis­trac­tion. Les espaces réser­vés se mul­ti­pliaient au mépris des usages com­mu­nau­taires. La défense des cerfs ser­vit à main­te­nir les pri­vi­lèges de l’é­lite, et pour les pro­té­ger toute une bureau­cra­tie de gardes-chasses fut créée. Cette stra­té­gie d’ap­pro­pria­tion est com­pa­rable au déve­lop­pe­ment actuel en mer d’es­paces et d’es­pèces réser­vés, inter­dits aux usa­gers tra­di­tion­nels.

« Au nom de la pro­tec­tion du sau­mon, les pêcheurs pro­fes­sion­nels sont priés de dis­pa­raître pour que ce pois­son soit réser­vé aux pêcheurs ama­teurs. Der­rière la bataille actuelle pour le par­tage de la res­source du bar, où les pêcheurs côtiers défendent leurs inté­rêts, on voit aus­si poindre, en Grande-Bre­tagne, la force d’un lob­by de la pêche récréa­tive, très puis­sant, qui vou­drait bien éli­mi­ner toute pêche pro­fes­sion­nelle, comme en Irlande. »

Des espaces réser­vés à la pro­tec­tion d’une espèce — phoque, baleine, cro­co­dile, tor­tue… — per­mettent le déve­lop­pe­ment d’un éco­tou­risme. C’est pour déve­lop­per cet éco­tou­risme que des pêcheurs du Sud sont régu­liè­re­ment assas­si­nés par des gardes, comme en témoigne une femme pêcheuse en Inde :

« Main­te­nant c’est une ques­tion de sur­vie. Nous tra­vaillons n’im­porte quand et n’im­porte où afin de gagner un peu d’argent. Récem­ment un pêcheur de notre vil­lage a été bles­sé à mort par les gardes fores­tiers. Jus­qu’i­ci cette affaire n’est tou­jours pas jugée. À ce régime-là, on n’au­ra bien­tôt plus le droit de mettre les pieds dans la mer. Qu’est-ce que des pauvres gens comme nous peuvent faire ? »

Comme les pay­sans du XVIIIe siècle en Angle­terre, les pêcheurs doivent aujourd’­hui se battre pour la recon­nais­sance de leurs droits cou­tu­miers col­lec­tifs dans un sys­tème juri­dique com­plexe où s’en­che­vêtrent divers types de droits per­son­nels, publics et col­lec­tifs, en s’opposant à cette impo­si­tion d’un sys­tème juri­dique fon­dé sur l’in­di­vi­dua­lisme.

La pro­tec­tion de la nature s’ins­crit dans une longue his­toire d’é­co­lo­gie colo­niale, ou d’im­pé­ria­lisme vert, por­tée aujourd’­hui par des fon­da­tions et ONGE libé­rales. Ain­si le WWF n’hé­site-t-il pas à sou­te­nir le soja géné­ti­que­ment modi­fié de Mon­san­to.

Les moyens finan­ciers dont dis­posent les ONG leur per­mettent de béné­fi­cier de moyens de com­mu­ni­ca­tions puis­sants pour décré­di­bi­li­ser les scien­ti­fiques, éva­cuer doutes et nuances. Elles par­viennent à convaincre que l’a­ve­nir est entre leurs mains et que leurs cri­tères sont uni­ver­sels. Une supré­ma­tie qui s’empare du pou­voir des citoyens pour le détour­ner à leur pro­fit. Ain­si la cer­ti­fi­ca­tion est-elle venue rem­pla­cer le boy­cott :

« […] par­ti­cu­liè­re­ment pro­mue par le WWF, d’a­bord pour les forêts avec le Forest Ste­war­ship Coun­cil (FSC), puis, pour la pêche, avec le Marine Ste­war­ship Coun­cil (MSC), éla­bo­ré avec l’ap­pui d’U­ni­le­ver. Depuis, le MSC a reçu le sou­tien de puis­sants groupes de dis­tri­bu­tion comme Wal­mart ou Car­re­four et de mul­ti­na­tio­nales de la pêche comme Nis­sui, ce qui lui per­met de s’im­po­ser comme unique label de garan­tie d’une pêche durable. »

La cer­ti­fi­ca­tion ne tient compte ni de la varia­bi­li­té de la pro­duc­ti­vi­té natu­relle, ni de la com­plexi­té des chaînes tro­phiques, des éco­sys­tèmes, des com­pro­mis sociaux entre des acteurs aux pra­tiques et attentes contra­dic­toires. Elle empêche les pêcheurs de prendre en main leur des­tin, met en dan­ger les AMAP (Asso­cia­tions pour le Main­tien d’une Agri­cul­ture Pay­sanne) qui se font sur la base de la trans­pa­rence et non de la cer­ti­fi­ca­tion. Si les pêcheurs refusent les cer­ti­fi­ca­tions des ONG c’est qu’ils ont par­fai­te­ment com­pris qu’elles sont un dan­ger pour leur auto­no­mie.

Le ter­rain média­tique est la scène d’une forte concur­rence visant à atti­rer les finan­ce­ments publics, des grandes fon­da­tions et des États. Si les fonds publics ne cessent de bais­ser, l’argent coule au contraire à flot pour finan­cer les actions des ONG. Ain­si le WWF reçoit-il des cen­taines de mil­liers de dol­lars pour la pro­mo­tion du MSC ; en Afrique de l’Ouest il a reçu, de la part de l’U­nion Euro­péenne (UE) et du Pro­gramme des Nations Unies pour le Déve­lop­pe­ment (PNUD), 10,5 mil­lions d’eu­ros pour amé­lio­rer la gou­ver­nance des pêches ; en Europe, il a reçu des sommes colos­sales pour mettre en place la nou­velle Poli­tique Com­mune de la Pêche (PCP) ; il pilote le pro­gramme PISCES pour gérer la mer Cel­tique avec un bud­get de 4 mil­lions d’eu­ros sur quatre ans. Puis­santes, les ONGE consti­tuent un État trans­na­tio­nal envi­ron­ne­men­tal qui met en place des pro­grammes de pro­tec­tion au ser­vice de l’é­lite. Le Fonds de Défense de l’En­vi­ron­ne­ment (EDF) et le WWF financent par exemple des ren­contres entre pêcheurs bri­tan­niques et nor­mands pour amé­lio­rer la ges­tion de la coquille Saint-Jacques.

« Elles sont deve­nues de très influents lieux de pou­voir qui attirent les hommes d’af­faires, les ban­quiers et les plus hauts diri­geants poli­tiques. Maria Dama­na­ki, ancienne com­mis­saire euro­péenne à la pêche, est deve­nue la res­pon­sable des pro­grammes océans de la puis­sante ONG The Nature Conser­van­cy (TNC). Elle y pro­meut la finan­cia­ri­sa­tion de la conser­va­tion des océans avec l’ap­pui de grandes banques d’af­faires. »[3]

Elles ont pris le contrôle de ter­ri­toires marins et lit­to­raux au nom de la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et confient ces aires marines à des trusts qui reçoivent des finan­ce­ments de la part de banques d’af­faires :

« Des États endet­tés, comme les Sey­chelles, livrent ain­si une par­tie consi­dé­rable de leurs espaces mari­times aux mains des grands acteurs pri­vés. On assiste de ce fait à la mise en place d’un droit trans­na­tio­nal construit à l’i­mage du droit des affaires et un bas­cu­le­ment poli­tique vers l’é­co­no­mique. Cet argent per­met aux ONG de mettre sous leur tutelle les orga­ni­sa­tions de pêcheurs pour faire avan­cer leurs objec­tifs et ceux des trans­na­tio­nales et banques d’af­faires. Il suf­fit de lire leur pro­gramme pour com­prendre que leurs prio­ri­tés ne sont pas tou­jours celles des pêcheurs. »

« Pour un obser­va­teur exté­rieur, ces ONG semblent très actives, orga­ni­sant constam­ment des réunions, des com­mu­ni­qués de presse, des dis­tri­bu­tions de maté­riel, pour faire prendre conscience et ren­for­cer, alors qu’en réa­li­té, la majo­ri­té de ces actions ne sont que des spec­tacles vides de sens, qui donnent l’ap­pa­rence d’une action poli­tique sans pour autant être liées à aucun pro­ces­sus poli­tique conscient. À leur façon, de telles pan­to­mimes sont tout autant dan­ge­reuses que les poli­tiques ouver­te­ment réac­tion­naires, puisque la com­bi­nai­son d’une acti­vi­té débor­dante sans aucun résul­tat final fait le jeu du cynisme et de la dépo­li­ti­sa­tion. En somme, vu que l’es­sence de leur base maté­rielle est mana­gé­riale, il n’est pas sur­pre­nant que les ONG soient inca­pables de s’at­ta­quer au néo­li­bé­ra­lisme. »

Si la prin­ci­pale fonc­tion des ONG est d’encourager le déve­lop­pe­ment et la « démo­cra­tie » prô­nés par l’Oc­ci­dent pour béné­fi­cier de finan­ce­ments, elles ne peuvent être au mieux que les garde-fous d’un néo­li­bé­ra­lisme mon­dia­li­sé, au pire — un nombre impor­tant d’ONG étant finan­cées par le FMI et la Banque mon­diale – elles pro­meuvent la libre cir­cu­la­tion des capi­taux aux dépens de la jus­tice. Pour évi­ter que les ONG dépo­li­tisent la résis­tance et contrôlent les plus radi­caux, elles doivent se limi­ter à un rôle d’a­lerte sur des pro­blèmes sociaux, éco­lo­giques, ins­ti­tu­tion­nels, et infor­mer les consom­ma­teurs. La lutte contre le néo­li­bé­ra­lisme doit s’appuyer sur la soli­da­ri­té et une conscience poli­tique com­mune. Un réel chan­ge­ment ne peut venir que des mou­ve­ments sociaux qui luttent contre le « déve­lop­pe­ment » (ou le « pro­grès »), ce pro­ces­sus éta­tique et capi­ta­liste nui­sible.

Ana Mins­ki


  1. Dans le contexte indien le mot « fémi­niste » évoque pour de nom­breuses mili­tantes l’image d’une femme occi­den­tale ou occi­den­ta­li­sée, et véhi­cule un impé­ria­lisme cultu­rel occi­den­tal. De nom­breuses femmes refusent donc cette appel­la­tion.
  2. https://www.cairn.info/revue-mouvements-2005–4‑page-89.htm
  3. Https://ssir.org/articles/entry/impact_bonds_a_scalable_solution_to_sustainable_fisheries

ET pour aller plus loin :

https://partage-le.com/2017/07/le-probleme-de-lactivisme-finance-par-le-grand-capital-par-macdonald-stainsby/

https://partage-le.com/2016/12/les-celebrites-leurs-fondations-et-ong-sont-le-masque-souriant-de-la-machine-corporatiste/

https://partage-le.com/2016/12/la-revolution-ne-sera-pas-subventionnee-extraits/

https://partage-le.com/2016/09/qui-a-tue-lecologie-par-fabrice-nicolino/

https://partage-le.com/2016/01/pourquoi-les-ong-et-le-complexe-industriel-non-lucratif-de-gauche-sont-un-probleme-par-stephanie-mcmillan/

 

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Comments to: Les ONG : des institutions néolibérales (par Ana Minski)
  • 10 mai 2020

    Bon­jour
    Mer­ci pour cet article.
    Votre image inclue mal­heu­reu­se­ment « Robin des Toits » et omet « Réseau Sor­tir du Nucléaire ». Une faute abso­lue pour moi ! Robin des Toits ne PEUT PAS être ran­gé dans la caté­go­rie des ONG qui font du busi­ness comme Gri­ne­pisse, WWF, RAC…
    Alors que RSDN est l’i­mage même du détour­ne­ment de la pen­sée éco­lo­gique vers le pro­ces­sus éco­no­mique et le pro­ces­sus élec­to­ral : la révo­lu­tion n’est qu’une rota­tion de 360° qui revient à son point ini­tial.
    Lisez mon article : http://www.p‑plum.fr/spip.php?page=article&id_article=256
    Autre ajout à votre info : des gens ont pié­gé WWF sur le label FSC, en fai­sant clas­ser par l’ONG un par­king de super­mar­ché comme par­celle boi­sée gérée FSC.
    C’est dans le film « Le temps des forêts » De Fran­çois-Xavier Drouet.
    A+ fred bou­tet

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