« On quali­fie d’anti-sexe les critiques du viol, de la porno­gra­phie et de la pros­ti­tu­tion, sans nuance ni examen, peut-être parce que tant d’hommes utilisent ces ignobles voies d’ac­cès et de domi­na­tion pour baiser et que, sans elles, le nombre de coïts chute­rait au point où les hommes pour­raient se retrou­ver quasi chastes. »

Andrea Dwor­kin, Coïts

Andrea Dwor­kin est une théo­ri­cienne du fémi­nisme radi­cal et autrice états-unienne de livres d’une impor­tance capi­tale pour comprendre les violences tant physiques que psychiques que notre société mascu­li­niste, porno­gra­phique et pros­ti­tuante inflige chaque jour aux enfants et aux femmes. Son livre Inter­course, publié en 1987, traduit et édité aux Éditions Syllepse sous le titre Coïts en janvier 2019, s’at­taque aux normes qui régissent les rapports sexuels hété­ro­sexuels, mises en place par une société phal­lo­cen­trique.

Dans la première partie, inti­tu­lée Le coït dans un monde d’hommes, Andrea Dwor­kin analyse, à travers des œuvres litté­raires, l’ima­gi­naire du coït, de la péné­tra­tion, de la baise. Cinq senti­ments prin­ci­paux dominent l’ho­ri­zon litté­raire mascu­lin : la répu­gnance, à vif, le stig­mate, la commu­nion et la posses­sion.

Andrea Dwor­kin entame sa descente dans les cercles infer­naux de la domi­na­tion mascu­line qui norme les rapports sexuels dans les socié­tés civi­li­sées du Nord écono­mique en exami­nant une œuvre de Léon Tolstoï, La Sonate à Kreut­zer, publiée en 1889, ainsi que les écrits intimes de Sophie Andréïevna Behrs, femme de l’au­teur. Dans cette nouvelle, bien plus auto­bio­gra­phique que roma­nesque, Tolstoï décrit le fonc­tion­ne­ment du patriar­cat dans sa société ortho­doxe : les hommes doivent inspi­rer peur et soumis­sion aux femmes, y compris en les battant, et les confi­ner à la maison où les hommes peuvent se livrer à des orgies sexuelles. Dans la culture éduca­tive patriar­cale, l’homme apprend très vite à exploi­ter et à chosi­fier tandis que la femme apprend à se confor­mer au mieux aux exigences des hommes :

« Elle avait été élevée d’après les prin­cipes exigés par la société qui était la nôtre, c’est-à-dire comme sont élevées, sans excep­tion, toutes les jeunes filles de notre classe riche et comme elles le sont néces­sai­re­ment. On parle de je ne sais quelle nouvelle éduca­tion des femmes. Mais ce ne sont là que de vaines paroles : l’édu­ca­tion des femmes résulte de la véri­table voca­tion de la femme dans le monde et non de celle qu’on a inven­tée pour elle. L’édu­ca­tion de la femme corres­pon­dra toujours à la façon dont l’homme envi­sage la femme. Nous tous savons comment les hommes envi­sagent les femmes : « Aimer, boire et chan­ter », comme disent les poètes en leurs vers. Prenez toute la poésie, la pein­ture, la sculp­ture, en commençant par les poèmes d’amour et les Vénus et Phryné nues, vous verrez que la femme n’est qu’un instru­ment de plai­sir. Elle est ainsi à Trouba, à Griat­chevka et à un bal de la Cour. Et songez à cette ruse diabo­lique : le plai­sir, eh bien ! c’est le plai­sir et l’on sait que la femme est un morceau fin. D’abord ce sont les cheva­liers qui assurent qu’ils adorent la femme (ils l’adorent et la regardent tout de même comme un instru­ment de plai­sir) et de nos jours, tous assurent esti­mer la femme. Les uns lui cèdent leur place, ramassent son mouchoir, les autres lui recon­naissent le droit d’oc­cu­per tous les emplois, de parti­ci­per au gouver­ne­ment, etc. Malgré tout cela, le point essen­tiel demeure le même. Elle est un objet de volupté, son corps est un moyen de jouis­sance. Et elle le sait. C’est de l’es­cla­vage, parce que l’es­cla­vage n’est rien d’autre que l’uti­li­sa­tion du travail des uns à la jouis­sance des autres. » (La sonate à Kreut­zer)

Les préro­ga­tives du phal­lus et l’édu­ca­tion qui en découle pour les deux sexes bana­lisent l’ex­ploi­ta­tion sexuelle qui rend la femme esclave de l’homme, que ce soit par la porno­gra­phie, la pros­ti­tu­tion ou le mariage. Cons­cient de la domi­na­tion qu’exercent les hommes sur les femmes, Tolstoï trans­forme sa culpa­bi­lité en mépris pour les femmes respon­sables d’ac­cep­ter les règles sociales, d’être réduites à des objets sexuels, des indi­vi­dus ni libres ni moraux, et de parti­ci­per ainsi au main­tien de l’iné­ga­lité, néces­saire aux hommes pour baiser. Il accuse les femmes de se venger de leur escla­vage en usant de sensua­lité pour mani­pu­ler les hommes qui les dési­rent, nuisant ainsi à l’éga­lité qui ne peut être effec­tive que si la femme reste vierge :

« Selon le mari assas­sin, la virgi­nité consti­tue, pour les femmes, l’état le plus noble, un idéal ; et chuter hors de la virgi­nité équi­vaut à une bana­li­sa­tion, à une réduc­tion au statut de chose ; la femme se déguise pour deve­nir cette chose ; n’étant pas un être humain à part entière, elle doit se confor­mer aux rituels et aux conven­tions de l’avi­lis­se­ment comme objet sexuel. Cette réduc­tion du statut d’être humain à celui d’objet destiné au sexe s’ac­com­pagne du pouvoir fémi­nin de domi­ner les hommes, parce que les hommes veulent l’objet et le sexe. La rage contre les femmes en tant que groupe se situe spéci­fique­ment là : les femmes mani­pulent les hommes en mani­pu­lant le désir sexuel mascu­lin ; ces choses triviales et médiocres (les femmes) exercent un pouvoir sur les hommes au moyen du sexe ».

L’homme, auquel on apprend dès l’en­fance à s’ap­pro­prier le corps de la femme, son sexe et son ventre, par le coït, arme d’oc­cu­pa­tion et de posses­sion, ne supporte pas qu’elle puisse expri­mer un refus ou un désir person­nel, et seul le meurtre peut calmer l’an­goisse qui accom­pagne son besoin de s’ap­pro­prier défi­ni­ti­ve­ment le corps de la femme :

« Ce qu’il y avait d’af­freux était que je me recon­nais­sais un droit absolu, incon­tes­table sur son corps, et sentais en même temps que je ne pouvais pas en être le maître, qu’il n’était pas à moi et qu’elle pouvait en dispo­ser autre­ment que je ne le voulais. » (Tolstoï, Sonate à Kreut­zer).

Anar­chiste protes­tant, Tolstoï consi­dère tout désir char­nel comme la plus mauvaise des passions dont un homme doit se libé­rer pour atteindre la spiri­tua­lité la plus pure et établir des liens d’éga­lité avec la femme. Son besoin de péné­trer Sophie, de la baiser, est ressenti comme une atteinte à son inté­grité spiri­tuelle, comme une pulsion bestiale qu’il ne peut domi­ner, et c’est pour cela qu’a­près chaque assou­vis­se­ment par le coït il rejette sa femme et la méprise l’ac­cu­sant d’être respon­sable de cette pulsion incon­trô­lable et bestiale. En se soumet­tant au désir impé­rieux du mâle, Sophie est coupable de se lais­ser péné­trer et respon­sable de sa propre réifi­ca­tion. La sonate à Kreut­zer exprime nette­ment la répu­gnance, le mépris, le dégoût qu’ins­pirent l’acte sexuel et son objet nommé « femme ». À travers son person­nage prin­ci­pal Tolstoï formule une critique radi­cale du coït comme rituel social, qu’il soit quali­fié de droit, devoir ou plai­sir, et qui permet en réalité de justi­fier le pouvoir destruc­teur de l’ex­ploi­ta­tion sexuelle, qu’elle soit légale ou illé­gale, qu’elle se pratique dans le mariage ou la pros­ti­tu­tion. La femme de Tolstoï, qui connut treize gros­sesses, treize nais­sances, souf­frit de fièvre puer­pé­rale et d’in­flam­ma­tion des seins, écri­vit en 1895 :

« […] on écrira plus tard qu’il trans­por­tait l’eau à la place de son portier, et nul ne saura que jamais il n’a apporté l’eau à son enfant, afin d’ac­cor­der à sa femme fût-ce un instant de répit, et qu’en trente-deux années il n’a pas passé cinq minutes au chevet d’un enfant malade, pour me permettre de souf­fler, de rattra­per mon sommeil, de faire un tour de prome­nade, ou tout bonne­ment de me repo­ser de mes labeurs » (Tolstoï Andreyevna)

Pour Sophie, le coït était souf­france et mépris, sans tendresse, sans affec­tion. Il est signi­fi­ca­tif que dans La sonate à Kreut­zer le prota­go­niste ne perçoive sa femme comme un être humain qu’a­près l’avoir assas­si­née :

« J’ai regardé les enfants, son visage couvert de bleus, et pour la première fois j’ai vu en elle un être humain ».

Dans La Sonate, Tolstoï vit l’acte sexuel comme une tragé­die qui prédé­ter­mine le meurtre. Ce n’est pas le corps de la femme qui est en cause ici mais le désir que l’homme éprouve pour elle, et pour ne pas la tuer il n’est d’autre choix que de cesser de la baiser, mais l’homme ne pourra cesser de la baiser que si elle se décide à rester vierge. Le bour­reau se fait victime, et la victime, accu­sée de sa propre exploi­ta­tion, décharge le mâle de ses respon­sa­bi­li­tés. C’est ce qui défi­nit la classe sociale des domi­nants : puisque les esclaves se soumettent, qu’ils ne se révoltent pas, c’est qu’il n’y a pas exploi­ta­tion mais simple échange de service, et il faut bien répondre au maso­chisme que certains pensent inné chez l’es­pèce humaine femelle :

« L’homme a un instinct sadique, et la femme un instinct maso­chiste, lesquels sont incons­cients, donc incon­trô­lables. » (S. Freud)

« Si, comme il arrive souvent, vous rencon­trez le maso­chisme chez l’homme, tout ce qui vous reste à faire, c’est vous dire que cet homme présente visi­ble­ment des traits de carac­tère fémi­nin » (S. Freud)

Contrai­re­ment à Freud, Tolstoï comprend que les origines de l’as­sujet­tis­se­ment des femmes sont sociales et qu’elles sont un escla­vage, semblable à toute violence sociale qu’exerce une classe sur une autre en exploi­tant et objec­ti­vant ses victimes.

À la répu­gnance d’un Tolstoï succède l’ana­lyse de l’œuvre de Kôbô Abé, et plus parti­cu­liè­re­ment de son roman La femme des sables. Pour cet auteur, l’acte sexuel révèle la nudité origi­nelle de l’homme, nudité qui étouffe sous la peau sociale, coriace, imper­méable, sous des couches de soi social, de douleur affec­tive, de rituels et de règles, d’ha­bi­tudes de vie ; fragi­lité humaine que vête­ment, iden­tité, socia­bi­lité tentent de masquer, contra­riant ainsi tout ressenti natu­rel. Mais il arrive parfois que la peau sociale se dissolve avec un être, un seul, et tout le corps est alors à vif, percep­tible dans sa consti­tu­tion d’os, de chair, de graisse, de muscle et de sang. Cette capa­cité à dissoudre l’iden­tité sociale trans­forme le rapport sexuel en compul­sion, en un désir de se perdre toujours plus dans cette sensa­tion d’iden­tité confuse. La peau, le toucher est un mode de cogni­tion essen­tiel qui déplace l’in­tel­lect et la logique, et unit deux personnes, les fait fusion­ner physique­ment et, simul­ta­né­ment, les isole ensemble de toute société, de toute obli­ga­tion hors leur besoin l’un de l’autre, pour les plon­ger dans la réalité d’un monde natu­rel où l’in­di­vidu dispa­raît au profit de l’es­pèce. La sensi­bi­lité de la peau est essen­tielle dans le rapport sexuel qui révèle à l’homme la véri­table nature de la vie, de la femme, de l’al­té­rité, de l’im­ma­nence, du monde.

La nudité origi­nelle s’op­pose au monde idéal de l’homme civi­lisé, imaginé, fantasmé, dans lequel s’ex­prime sa person­na­lité, son indi­vi­dua­lité, et qui n’existe pas dans le vrai monde, le monde natu­rel. L’ex­trême sensi­bi­lité de la peau permet un contact physique et humain des plus essen­tiels, que ce soit dans le dégoût ou l’amour, parce que le toucher est direct et réel, que l’être qui se laisse toucher est de chair, d’os, de sang, qu’il n’est ni une abstrac­tion ni le fruit de l’ima­gi­na­tion intel­lec­tuelle. La peau est à la fois iden­tité et sexua­lité, et dans son extrême sensua­lité, elle rencontre l’ex­té­rieur, le monde, et permet à l’être de le rencon­trer. Le toucher permet de sortir de l’abs­trac­tion de l’homme et de l’idée qu’il se fait de la femme dans la civi­li­sa­tion : forme sans substance, simple silhouette. Pour rencon­trer l’autre et rencon­trer le monde il faut sortir de soi par le toucher, se mettre à vif :

« La qualité animale de la vie, où l’hu­ma­nité côtoie sans média­tion le monde physique réel et sa bruta­lité plutôt que des arte­facts humains, est sans pitié ni compas­sion pour les iden­ti­tés que bâtissent les gens au sein de la civi­li­sa­tion. La vie et la mort dépendent d’un sort imper­son­nel et aléa­toire, que ne tempo­risent pas des événe­ments mentaux ; rigides, les exigences ardues de la survie physique n’ont aucune défé­rence pour les person­na­li­tés humaines. »

La vie est iden­tique à la sexua­lité, écra­sante, informe, sans pitié et la femme parti­cipe de cette imma­nence écra­sante et c’est pour cela que l’homme désire la violer, pour se l’ap­pro­prier et la domi­ner. Mais la femme des sables met en échec la tenta­tive de viol de l’en­to­mo­lo­giste, épin­glé comme un insecte à l’im­ma­nence imper­son­nelle et rugueuse du sable. Les hommes n’ont d’autres choix que céder, capi­tu­ler face à la vie qui s’écoule sans égard pour leur parti­cu­la­rité, leur indi­vi­dua­lité, leur préten­tion de puis­sance. Le sable et la femme symbo­lisent les néces­si­tés de la vie de l’es­pèce — le travail, le sexe, une maison, l’objec­tif commun d’em­pê­cher la commu­nauté d’être détruite par le sable :

« Impla­cable et inéluc­table, le sable force un aban­don de la pensée et de l’égo­cen­trisme abstraits qui passent pour des senti­ments, et notam­ment des senti­ments sexuels, chez les hommes au sein de la civi­li­sa­tion. Il force à vivre entiè­re­ment dans le corps, au présent, sans évasion mentale ou intros­pec­tion narcis­sique ou anxiété désin­car­née. Portée vers la mort par la vie et la sexua­lité. »

Le sexe met à vif les préten­tions de l’homme civi­lisé, son désir de trans­cen­dance et d’in­di­vi­dua­lité, et pour cela il lui répugne, lui rappe­lant sans cesse son échec à s’ex­traire de l’ani­ma­lité, de l’im­ma­nence, de l’iné­luc­ta­bi­lité des nais­sances et des morts. Le refus d’ab­diquer et cet inéluc­table échec le rendent haineux et cruel, et le corps de la femme est le champ de bataille où s’ex­prime rageu­se­ment son impuis­sance narcis­sique :

« […] les hommes recourent à l’agres­sion : rapt, meurtre, revanche violente. Alié­nées par l’ob­ses­sion, leurs pensées au sujet des femmes sont satu­rées de violence ; quand ils pensent à celle qu’ils dési­rent, ils rêvent de violence – des pieux à travers son corps, des crocs dans son cou, du canni­ba­lisme : « D’abord, je cour­ti­se­rai la fille [sic] sans crainte et, si elle me rejette, je […] dévo­re­rai son cadavre avec joie […]. Je la mettrai litté­ra­le­ment dans ma bouche, la mâchon­ne­rai et la goûte­rai avec ma langue. Voilà très long­temps que j’ai envie de la manger. »[1] Ils sont aussi cruels au plan psycho­lo­gique, exploi­teurs des autres, infli­geant de profondes douleurs affec­tives, la cruauté faisant néces­sai­re­ment partie de leur égocen­trisme. La violence dont rêvent les hommes et celle qu’ils exercent garan­tit leur soli­tude perma­nente. Seul l’homme des dunes atteint fina­le­ment un état ressem­blant au bonheur, du fait d’avoir été terrassé par la femme quand il a tenté de la violer : il possède main­te­nant une chance parce qu’il a échoué. »

Le rapport sexuel rappelle à l’homme son anima­lité qu’il s’obs­tine à refu­ser, qu’il exècre ou fantasme. En analy­sant l’œuvre de Tennes­see Williams, Andrea Dwor­kin expose une autre facette du rapport sexuel sous domi­na­tion mascu­line : le sexe comme stig­mate, inscrit dans la chair, voca­tion ou compul­sion ou désir insa­tis­fait que ne comble aucune réalité sociale, conven­tion­nelle ou confor­miste. Le person­nage de Stan­ley Kowalski dans Un Tram­way nommé Désir est un mâle dénué de remords, une force brute, un animal qui répond avec fierté aux appels de la nature, aux appé­tits du corps, il n’a pas de vie inté­rieure, il n’a pas de souve­nirs mais des sensa­tions, il est du présent et est donc invul­né­rable aux consé­quences de ses actes. Sa vie de baise et de violence n’a rien d’ori­gi­nale, elle corres­pond au quoti­dien des habi­tants de son quar­tier, elle est la norme sociale des rapports entre les sexes. Blanche est diffé­rente, elle a une sensi­bi­lité et c’est pour cela qu’elle est seule et vulné­rable :

« Être stig­ma­ti­sée signi­fie porter la marque d’une capa­cité inté­rieure de ressenti ; en regard de la sexua­lité animale de Stan­ley, cela devient une capa­cité distinc­te­ment humaine de ressen­tir les consé­quences humaines du rapport sexuel et amou­reux, notam­ment la soli­tude et le remords. »

Blanche est l’en­ne­mie de l’or­di­naire, de la violence mascu­li­niste, elle désire la tendresse et la sensi­bi­lité, et ne peut qu’être horri­fiée par la bruta­lité de Stan­ley et le désir que cette bruta­lité éveille chez sa sœur :

« Comme Stan­ley n’a pas de vie inté­rieure, il n’éprouve pas de remords : le viol n’est qu’une baise de plus pour lui. Il faut une conscience humaine, y compris une capa­cité de souf­france, pour faire la distinc­tion entre un viol et une baise. Sans vie inté­rieure ouverte à la signi­fi­ca­tion humaine et au remords humain, toute baise n’est qu’ex­pres­sion et anima­lité, quelles qu’en soient les consé­quences ou circons­tances. Blanche, elle, paie le prix d’une sexua­lité humaine et d’une conscience humaine. Elle a été violée ; elle le sait. »

Comme l’homme de La rose tatouée du même auteur, Stan­ley pour­rait être quali­fié de « sauvage comme un gitan », il marque sa femme, et toutes les femmes, de sa viri­lité insa­tiable et égoïste. Ce concept du sauvage, animal en rut, dominé par son phal­lus, phal­lus lui-même de la tête au pied, chaque muscle bandé comme un pénis, auto­rise l’homme à péné­trer la chair d’une femme, sans jamais s’inquié­ter du mal qu’il fait et à jouir même de la force qu’il utilise pour contraindre sa victime à être péné­trée autant de fois qu’il le désire. Le mâle se sert du corps des femelles pour construire son iden­tité sociale et sexuelle, l’une ne pouvant exis­ter sans l’autre dans une société patriar­cale. Ainsi l’homme viril stig­ma­tise les femmes avec sa bruta­lité, physique, tech­nique, psycho­lo­gique, écono­mique, sociale, morale, jusqu’à les soumettre ou les rendre folles. Blanche, comme de nombreux person­nages fémi­nins chez Tennes­see Williams, est détruite par la bestia­lité mascu­line, cette construc­tion iden­ti­taire qui n’existe que par et pour main­te­nir la domi­na­tion du phal­lus. Blanche est stig­ma­ti­sée parce qu’elle a une subjec­ti­vité, une sensi­bi­lité, qu’elle n’est pas réifiée, qu’elle n’est pas un objet sexuel à la dispo­si­tion de Stan­ley :

« La marque signi­fie que le sexe a un prix et que l’on a payé. Cela signi­fie avoir des entrailles humaines, de sorte que le vécu – tout vécu, y compris le vécu sexuel – a une réso­nance humaine. Le stig­mate signi­fie que l’on est mise à l’écart non par une voca­tion pour le seul sexe, mais peut-être aussi par une voca­tion pour certaines consé­quences humaines : la perte, la souf­france, le déses­poir, la folie. »

Le sexe est stig­mate, il est la faiblesse de la chair, capable de remettre en ques­tion l’in­di­vi­dua­lité d’un être pour le plon­ger dans l’in­dif­fé­rente imma­nence de la vie, dans l’in­dif­fé­ren­cia­tion de l’es­pèce, dans la basse condi­tion animale. Mais le sexe stig­ma­tise aussi les femmes qui se « soumettent » à la violence sexuelle, que ce soit par le mariage, la pros­ti­tu­tion ou la porno­gra­phie, et le « stig­mate de la putain » veille à ce qu’il n’y ait pas d’échap­pa­toire pour la femme, qu’elle ne puisse exis­ter autre­ment qu’en étant, d’une manière ou d’une autre, sexuel­le­ment dispo­nible pour l’homme. Le rapport sexuel, que la domi­na­tion mascu­line a enfermé dans le concept de violence, voire de bestia­lité, consacre la force du mâle et ses préro­ga­tives sur le corps des femmes. C’est l’ani­mal en lui, l’ins­tinct, le monde natu­rel qui l’oblige à baiser la femme, et cette fata­lité, cette tragé­die ne concerne que lui, le mâle, puisqu’il est seul tour­menté par le déter­mi­nisme de l’es­pèce, il est seul à lutter contre ce déter­mi­nisme que la femme ne cesse de lui rappe­ler. Dans sa tenta­tive déses­pé­rée pour vaincre l’iné­luc­ta­bi­lité de sa condi­tion humaine, il ne peut croire en sa puis­sance qu’en écra­sant l’autre. C’est par égoïsme et par crainte que l’homme devient une brute et qu’il s’au­to­rise à baiser comme une brute, avec rapi­dité et violence. La sexua­lité de Stan­ley exige l’écra­se­ment de la femme et celle qui désire autre chose, qui refuse cette appro­pria­tion, est condam­née à la prison, à la folie ou à la mort. Dans l’œuvre de Tennes­see Williams, cette sexua­lité violente est banale chez les prolé­taires qui baisent comme des animaux, mais elle est en vérité celle de toute la société, quels que soient les raffi­ne­ments inven­tés, l’em­bal­lage de choix, la baise est la même pour toute la classe mascu­line : le corps de la femme comme terri­toire colo­nisé.

James Bald­win, dans son œuvre, s’at­taque à cette baise violente et virile intrin­sèque­ment liée à la haine et au déses­poir. C’est dans la baise que l’homme se confronte à ce qui le terri­fie : l’im­per­ma­nence de la vie et de l’amour. Dans cette confron­ta­tion s’ex­priment les plus profondes émotions d’un indi­vidu, nées de ses expé­riences, de son vécu, qui le consti­tuent en tant que personne et qui sont la colère, la haine, l’amer­tume, la joie, la tendresse, la compas­sion… Aussi fugace et aléa­toire que soit la rela­tion sexuelle, elle est l’acte qui permet de décou­vrir la vérité sur ce que l’on est, de l’af­fron­ter et de l’ac­cep­ter. Elle peut être un instant de grâce et de commu­nion qui permet d’ac­cé­der à la vérité, mais on ne peut y accé­der que si la vérité nous mène à l’amour. Le rapport sexuel révèle qui nous sommes, notre person­na­lité profonde et, pour échap­per à la haine, il nous faut accep­ter la crainte de l’aban­don et le rejet dans la soli­tude. La haine et le mensonge naissent de la peur face à l’in­sé­cu­rité et l’im­per­ma­nence du monde. Cette haine et ce mensonge dominent lorsqu’un être est inca­pable de voir la vérité et donc d’at­teindre l’amour et la commu­nion. La haine détruit l’autre mais aussi celui qui l’éprouve, elle est plus forte que tout, et elle tue. La cruauté sociale s’ex­prime dans la cruauté intime, et la haine, qui procure un senti­ment de supé­rio­rité et qui détruit les victimes qui se résignent, deviennent impas­sibles, parfois suici­daires, génère une perte de la connais­sance de soi, une muti­la­tion des capa­ci­tés affec­tives.

« C’est pourquoi on trouve dans ce pays « une pauvreté émotive si grande, une peur si profonde de la vie et des rapports humains » que la plupart des Améri­kains semblent inca­pables d’éta­blir « les contacts les plus élémen­taires et les plus cruciaux. Est parti­cu­liè­re­ment absente la connexion entre le sexe et l’iden­tité dans toute sa complexité ; un lien crucial sans lequel la baise est un exer­cice de futi­lité, allant de nulle part à nulle part, personne ne baisant quoi que ce soit. Même les jeunes semblent « atteints », affi­chant « une paro­die de la loco­mo­tion et de la viri­lité » (Bald­win, 1964 : 247). Le déses­poir et le viol (chacun étant non moins terrible du fait d’être incons­cient) et un toucher narco­tisé prédo­minent ; et les jeunes semblent « accou­tu­més à la bruta­lité et à l’in­dif­fé­rence, et terro­ri­sés par la tendresse humaine » (Bald­win, 1964 : 247). C’est la sexua­lité de gens qui ne risquent rien parce qu’ils n’ont rien au-dedans à risquer. »

Enfin, Andrea Dwor­kin analyse l’œuvre d’Isaac Bashe­vis Singer qui rend d’au­tant plus expli­cite cette violence que la domi­na­tion mascu­line exerce sur le corps de la femme — corps qui est un terri­toire à conqué­rir, à occu­per, à maîtri­ser. Cette posses­sion s’ex­prime tout simple­ment par la baise : épouses, pros­ti­tuées, servantes sexuelles, repro­duc­trices. Baiser une femme c’est la possé­der, c’est une appro­pria­tion intime, brute, totale qui n’a rien de magique. L’homme s’ap­pro­prie le sexe, le ventre de la femme, il devient maître de son langage, de son esprit, de son désir. Il la possède de l’in­té­rieur, il en est proprié­taire, elle est sa propriété privée : le corps terri­toire de la femme est aussi un bien collec­tif, imper­son­nel, les hommes la pros­ti­tuent, se l’échangent et se la partagent, ils ont un droit collec­tif de propriété. Le désir mascu­lin imprègne toutes les struc­tures de la société, et la sensua­lité des femmes se déve­loppe dans cet imagi­naire de baise-appro­pria­tion :

« Les femmes vivent à l’in­té­rieur de cette réalité de l’ap­pro­pria­tion et de la baise : c’est là qu’elles ressentent les choses ; le corps appre­nant à réagir à ce que la domi­na­tion mascu­line offre comme contact, comme rapport sexuel, comme amour. Pour les femmes, être possé­dées consti­tue le rapport sexuel appelé à répondre au besoin d’amour ou de tendresse ou d’af­fec­tion physique ; cela en vient donc à signi­fier, à illus­trer l’in­ten­sité du désir ; et l’ap­pro­pria­tion érotique par un homme qui vous prend et vous baise est une affir­ma­tion physique­ment char­gée et impor­tante de la condi­tion fémi­nine ou de la fémi­nité ou du fait d’être dési­rée. […] Seule existe la réalité de chair et de sang d’un être sensible dont le corps vit l’in­ten­sité sexuelle, le plai­sir sexuel et l’iden­tité sexuelle dans le fait d’être possé­dée : dans l’ap­pro­pria­tion et dans la baise ».

La femme n’existe que si elle est baisée, tout l’ima­gi­naire mascu­lin — litté­raire, ciné­ma­to­gra­phique, théâ­trale, pictu­ral — dépeint la femme comme maman ou putain. Que la maman ou la putain soit véné­rée, comme le toréa­dor vénère le taureau dans l’arène, n’a rien de rassu­rant et ne permet en aucun cas de confondre liberté et escla­vage. En se penchant sur la vie de Jeanne d’Arc, Andrea Dwor­kin découvre une héroïne guer­rière, dans cette galaxie de femmes soumises et paci­fiques, Jeanne d’Arc est celle qui refuse le statut de femme et le rapport sexuel et qui, contrai­re­ment aux vierges fémi­nines qui acceptent la subor­di­na­tion sociale, se révolte contre l’in­si­gni­fiance sociale et les rapports sexuels. Jeanne était visi­tée par deux saintes, sainte Cathe­rine d’Alexan­drie et sainte Margue­rite d’An­tioche, toutes deux tuées pour avoir résisté à un violeur qui utili­sait l’ap­pa­reil de l’État pour parve­nir à ses fins :

« Chacune refusa l’ap­pro­pria­tion mascu­line de son corps à une fin sexuelle, droit qui est une prémisse de base de la domi­na­tion mascu­line ; chacune refusa un homme en qui concor­daient le pouvoir mascu­lin et le pouvoir d’État, un proto­type du pouvoir mascu­lin sur les femmes ; et chacune perçut l’in­té­grité de son corps comme syno­nyme de la pureté de sa foi, de son objec­tif, de son auto­dé­ter­mi­na­tion, de son honneur. Ce n’était pas une virgi­nité puérile, défi­nie par la crainte ou la sensi­ble­rie. C’était une virgi­nité rebelle, accor­dée aux valeurs les plus profondes de résis­tance à n’im­porte quel despo­tisme poli­tique. […] Son irré­duc­tible iden­ti­fi­ca­tion mascu­line, expri­mée non par l’ha­bi­tuelle soumis­sion fémi­nine à l’homme, mais par la tenta­tive d’un lien égali­taire avec lui, fut centrale dans sa quête de liberté. Sous le régime patriar­cal, les hommes ont la liberté parce qu’ils sont des hommes. Vouloir la liberté est dési­rer non seule­ment ce que les hommes ont, mais aussi ce que les hommes sont. C’est l’iden­ti­fi­ca­tion mascu­line comme mili­tance plutôt que comme soumis­sion fémi­nine ; une démarche hors normes, complexe. L’on veut ce que les hommes ont, notam­ment la liberté physique (liberté de mouve­ment, liberté de toute domi­na­tion physique) ; et pour avoir ce que les hommes ont, l’on doit être ce que les hommes sont. Assu­mer sans embar­ras et sans repen­tir un rôle mascu­lin (à la fois martial et héroïque) fut le crime de Jeanne envers la domi­na­tion mascu­line, celui qui lui coûta la vie. »

Avec la montée de la bour­geoi­sie, la grande figure de la révolte fémi­nine n’est pas une guer­rière mais une bour­geoise, Emma Bovary, dont le grand acte de rébel­lion est de commettre l’adul­tère. La liberté qu’elle incarne est celle d’une petite bour­geoi­sie qui confond liberté et appé­tit. Désor­mais, l’hé­roïsme des femmes consiste à se faire baiser et à dési­rer l’être :

« L’an­cienne virgi­nité – avec son poten­tiel réel de liberté et d’au­to­dé­ter­mi­na­tion – est trans­for­mée pour en faire la nouvelle virgi­nité – un ennui apathique et insa­tis­fait jusqu’à son éveil par l’aven­ture de la domi­na­tion sexuelle par l’homme : combat sur le plus exigu des champs de bataille. Il fallut Freud pour appe­ler « répres­sion » le refus de lutter sur ce champ restreint, et « envie du pénis » l’am­bi­tion d’une lutte de plus grande enver­gure. La porte de la cellule s’est refer­mée derrière nous, et la clé a tourné dans la serrure. »

La liberté comme appé­tit, comme plai­sir immé­diat jamais assouvi est incar­née par le comte Dracula, jamais rassa­sié du sang des vierges qu’il conta­mine. Sa morsure, à laquelle on ne peut résis­ter, est un nouveau récit du coït et des phéno­mènes qui y sont asso­ciés : concu­pis­cence, séduc­tion, péné­tra­tion, posses­sion, déca­dence, décom­po­si­tion, mort. L’ima­gi­naire du coït sombre dans le canni­ba­lisme. Le sexe et le meurtre, deve­nus syno­nymes, s’em­parent de l’es­pace public et intime. L’homme devient préda­teur sexuel et sa sexua­lité, primi­tive et animale, est celle d’un animal assas­sin. La gorge devient un organe sexuel qu’il faut péné­trer violem­ment et profon­dé­ment, et la femme doit être tuée dans le coït pour satis­faire la faim insa­tiable du préda­teur qui agit sous le regard sexuel du mari qui bande devant la femme qui meurt. Ce constat terri­fiant n’est pas une fiction, c’est bel et bien une réalité dans la pros­ti­tu­tion et la porno­gra­phie où le corps des femmes subit les pires outrages :

« C’est par centaines de milliers d’abon­ne­ments que fonc­tionne un site comme Latina Abuse — un portail de porno­gra­phie qui propose des vidéos de femmes latino-améri­caines avilies sexuel­le­ment devant une caméra, soumises à des actes comme la « violence faciale » (prin­ci­pa­le­ment des fella­tions impo­sées au pont de les étouf­fer et de les faire vomir), ainsi qu’à d’autres formes de violence physique, verbale et sexuelle. Des caté­go­ries comme le « porno de réfu­giées » enre­gistrent des millions de clics sur des sites comme PornHub. Alors que le réseau Twit­ter bannit des fémi­nistes pour crime de pensée, il conti­nue d’au­to­ri­ser de la porno­gra­phie expli­cite, raciste et violente sur sa plate­forme. »[2]

Les hommes ont besoin du corps de la femme pour déve­lop­per toute la haine et la violence que l’édu­ca­tion patriar­cale leur inculque, et c’est dans et par la violence que le patriar­cat se main­tient et perdure. La violence faite aux femmes commence dès l’en­fance parce que l’homme, dans une société patriar­cale, dans une société où il doit domi­ner et main­te­nir sa domi­na­tion sur femmes et enfants, est dans l’obli­ga­tion de se construire, et le plus tôt possible, une iden­tité sexuelle qu’il oppose à celle de la femme. S’il veut être reconnu par ses pairs, il doit se mascu­li­ni­ser et fémi­ni­ser la femme, la dualité des sexes est indis­pen­sable pour construire la viri­lité préda­trice. C’est ainsi que la femme doit être domes­tiquée, servile, paci­fique, faible, idiote et l’homme fort, intel­li­gent, conqué­rant, guer­rier, libre. La pros­ti­tu­tion et la porno­gra­phie sont des instru­ment sexistes de contrôle social pour les femmes qui ne respectent pas les lois, et le « stig­mate de la putain » est là pour le rappe­ler :

« Mon père me trai­tait de tous les noms ; il fulmi­nait: “T’es une foutue propre à rien. T’es une pute. T’es une fille de rien. T’es ceci, t’es cela. T’es mauvaise de bout en bout.” […] si bien que j’en suis une. Si bien que je peux coucher avec n’im­porte qui. C’est un cercle vicieux. »[3] (Stanko, 1985, p. 30).

Les mineures et les femmes sont les prin­ci­pales victimes d’in­ceste et de viol, de la pros­ti­tu­tion et de la porno­gra­phie. Leur corps est un terri­toire à conqué­rir, à possé­der, à exploi­ter, à dévas­ter. Qu’elles soient pros­ti­tuées, porno­gra­phiées ou mariées, leur corps cris­tal­lise la haine que l’homme de la société patriar­cale porte au monde. En 2018, 50 000 femmes ont été tuées par leur conjoint, depuis le début de l’an­née une femme est tuée par son parte­naire tous les deux jours en France, et trop souvent les séquelles que ces violences conju­gales laissent aux enfants des victimes sont mini­mi­sées voire igno­rées.

Dans une société patriar­cale, le mascu­lin méprise le fémi­nin et tout ce qui ressemble de près ou de loin à un compor­te­ment fémi­nisé. C’est ainsi que les hommes s’em­parent du corps de la femme comme ils s’em­parent des terri­toires qu’ils conquièrent, elle est un ventre et un sexe pour satis­faire les désirs, calmer les angoisses et four­nir la main d’œuvre néces­saire pour main­te­nir la domi­na­tion mascu­line qui permet à une poignée d’hommes, les plus alié­nés, qui n’ont d’autre désir que d’as­sujet­tir la nature, de détruire le sauvage pour maîtri­ser et écra­ser ce qui inéluc­ta­ble­ment finira par les tuer, la vie.

Ana Minski


  1. Abé Kôbô, L’homme-boîte
  2. https://trad­fem.word­press.com/2019/04/21/le-porno-a-une-foule-de-consequences-nocives-nous-devons-faire-quelque-chose-avant-quil-ne-soit-trop-tard/
  3. Stanko,Eliza­beth A. Inti­mate Intru­sion,. London, Rout­ledge and Kegan Paul, 1985

Une autre chro­nique du même ouvrage :

Coïts, Andrea Dwor­kin : la domi­na­tion mascu­line expliquée à la racine

 

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Comments to: Baise et fascismes : Andrea Dwor­kin et le coït sous domi­na­tion mascu­line (par Ana Minski)
  • 14 mai 2019

    Encore un article qui donne à réfléchir : merci !

    Je me permets, quelque niaise cette remarque puisse-t-elle paraître, de souligner une ERREUR dans le normatisme de la langue : « Le rapport sexuel, que la domination masculine À [au lieu de “a”, sans accent] enfermé dans le concept de violence… » C’est là une bévue remarquable, n’est-il pas ?

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  • 15 mai 2019

    Merci pour ce partage

    Reply
  • 6 juin 2019

    Intéressant de poser l’acte sexuel comme un retour à l’animalité qui est en nous. Je trouve cependant que cet article manque de contexte. Le patriarcat des peuples de guerriers a succédé au matriarcat des peuples d’agriculteurs, lequel a lui-même succédé aux structures horizontales de pouvoir des peuples de chasseurs-cueilleurs. Lors de cette évolution, la polyandrie des femmes fut progressivement réprimée tandis que la polygamie des hommes passait de la sphère privée à la sphère mercantile avec le développement de la prostitution puis de la pornographie.
    Chez les peuples de chasseurs cueilleurs, un enfant a autant de pères et de mères qu’il y a d’adultes dans la tribu. Cela n’empêche pas les affinités particulières de se faire et de se défaire. Avec les peuples d’agriculteurs, cette structure reste à peu près la même mais avec une place prépondérante donnée aux femmes, place qui est avant tout une récompense pour leur travail dans le jardin commun. Tout dérape avec l’arrivée des peuples de guerriers, le statut social des femmes dégringole à un rang inférieur à celui du cochon. La prostitution sacrée devient la seule possibilité pour une femme pour élever son statut social. Elles se vengent et un nouveau personnage apparaît, le cocu. Même si les luttes féministes ont mené à des avancées sociales pour les femmes, nous en sommes toujours grosso-modo là aujourd’hui.

    Cet article me pose un problème même s’il n’est pas moralisateur. Si la prostitution est un réel problème pour l’ensemble de la société et que beaucoup de femmes en souffrent, l’article ne propose aucune piste pour s’en sortir et il ne dit pas que certaines femmes prostituées aiment leur métier – j’en connais en Suisse et en France elles ont fait un blog qui s’inscrit à l’opposé des thèses défendues par les féministes ayant pignon sur rue dans les médias mainstream et auprès des élus de l’hexagone.

    Certaines féministes veulent criminaliser les clients de prostituées. En Suède, cela est un échec complet car en pratique la prostitution a disparu de la sphère publique ce qui a entraîné une plus grande vulnérabilité pour les prostituées qui se sont retrouvées isolées, une hausse des prix qui ne gène pas les riches et qui a entraîné le développement de nouveaux réseaux mafieux qui profitent de cette aubaine pour organiser des charters du sexe: ils remplissent des autocars de femmes originaires des pays de l’Est et les envoient sillonner la Suède pour y proposer des passes à prix cassés. Ces femmes se retrouvent à travailler dans des conditions ignobles. Les premières victimes de cette politique, prise sans réelle consultation des prostituées locales, se retrouvent une fois de plus être les femmes. De plus, sortir ainsi la prostitution de la sphère publique n’est pas une action politique car cela ne règle rien. C’est tout au plus une action morale hypocrite, regarder comment notre pays est propre en ordre, une action qui fait le jeu des ligues de vertu réactionnaires et empire la situation des prostituées.

    Quand aux solutions réelles, je n’en voit qu’une: en finir avec notre concept suprématiste de civilisation qui s’est développé depuis l’antiquité avec l’arrivée des peuples de guerriers et leurs religions de domination (“Domines la terre et toutes ses créatures.” Bible, page 2!). Ce qui implique que dire Non à la guerre et Non à la société industrielle de consommation, de domination et de destruction de masse, devraient être deux revendications majeures des mouvements féministes. Ces deux revendications devraient être partagées par l’ensemble des mouvements oeuvrant pour construire, ici et maintenant, un monde meilleur, car elles s’attaquent sur le plan politique au fond du problème et qu’elles peuvent permettre de fédérer les luttes autour d’objectifs politiques communs. Bref un bon moyen de permettre de sortir les forces progressistes de leur agitation contre-productive car trop souvent moralisatrice au lieu d’être politique. Pas sur que la gauche qui ne sait que cultiver ses divisions au nom d’un mode de vie productiviste non négociable et qui essaie de nous faire croire que celles et ceux qui fabriquent et lâchent les bombes forment une classe révolutionnaire l’entendent de cette oreille, mais si cela pouvait l’aider à réaliser et reconnaître qu’elle fait partie du problème et non de la solution, ce serait bien.

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