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Comment la non-violence protège l’État : une autocritique (par Peter Gelderloos)
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Le texte ci-dessous figure en annexe dans le nouveau livre de Peter Gelderloos : L’échec de la non-violence publié aux Editions LIBRE en septembre 2019.


À propos de Comment la non-violence protège l’État

Le présent ouvrage [L’échec de la non-violence, NdE] s’inscrit en quelque sorte dans la continuité de Comment la non-violence protège l’État, écrit en 2004, publié en 2005, puis augmenté en 2006 et réédité l’année suivante. Alors que le débat sur la non-violence reprenait de plus belle dans le monde anglophone en raison des émeutes contre la police, du mouvement Occupy aux États-Unis, du mouvement étudiant et des émeutes de Tottenham au Royaume-Uni, j’ai pensé le mettre à jour et le rééditer à cette occasion.

Comment la non-violence protège l’État est assez simple. Il commence en contestant le récit non-violent officiel et ses revendications de victoire du mouvement des droits civiques, du mouvement indépendantiste en Inde, du mouvement antiguerre pendant l’occupation américaine du Vietnam et du mouvement antinucléaire. Dans tous ces cas, le schéma est clair : les partisans de la non-violence présentent des mouvements hétérogènes, souvent combatifs, comme étant non-violents, et font d’une victoire partielle, ou d’une réussite importante mais limitée, une victoire ultime en annonçant, à l’unisson avec l’État, une fin heureuse à un mouvement qui était en fait encore en lutte (et en cachant bien sûr le rôle important des éléments non pacifistes dans l’obtention des gains, quels qu’ils soient).

Le chapitre suivant examine l’utilité de la non-violence pour le colonialisme et pour la répression, ainsi que la prise de contrôle des mouvements de libération. Il étudie aussi le paternalisme et le racisme des progressistes blancs qui utilisent la non-violence pour contrôler les mouvements des personnes de couleur. Le chapitre « La non-violence est étatiste » examine l’autoritarisme de la pratique non-violente ainsi que la manière dont la non-violence a répondu aux besoins de l’État de pacifier et de récupérer des luttes sociales, et comment, en conséquence, le gouvernement et les médias encouragent la non-violence. Le chapitre suivant, « La non-violence est patriarcale », explore l’impératif, pour une société patriarcale, de pacifier les opprimés et raconte des histoires de révoltes des personnes trans, de queers et de femmes, dans le but de contrer le silence sur cette réalité.

Le cinquième chapitre explore les principaux types de stratégies que la non-violence propose pour changer le monde et tente d’expliquer qu’elles mènent toutes à des impasses, comme le démontrent de multiples exemples historiques. L’avant-dernier chapitre met en lumière les contradictions, les manipulations et les inexactitudes des arguments les plus courants en faveur de la non-violence, des clichés comme « la violence n’engendre que plus de violence », qui sont contredits par l’histoire. Enfin, le dernier chapitre émet quelques suggestions de formes de lutte utilisant une pluralité de tactiques.

Finalement, j’ai décidé qu’il valait mieux écrire un nouveau livre plutôt que d’essayer de réviser le précédent. Comment la non-violence protège l’État a été écrit dans le contexte d’un mouvement antimondialisation en déclin, avec une présence anarchiste croissante et une participation importante de pacifistes de type plus classique. C’était avant l’apparition des pacifistes de Twitter, avant que Gene Sharp n’ait été crédité de tant de victoires, et avant que la forme prise alors par la non-violence n’ait disparu, perdant toute ressemblance avec ce qu’elle avait été à l’époque des Plowshares et de la désobéissance civile. J’ai également utilisé un cadre analytique et une terminologie avec lesquels je ne suis plus d’accord. En fin de compte, le livre est un produit de son époque.

Je veux saisir l’occasion de ce nouveau livre pour répondre à quelques critiques adressées au livre précédent.

Premièrement, les critiques externes. Certains commentateurs n’étaient intéressés que par la diffamation du livre. Il y avait ceux qui employaient la vieille caricature des anarchistes lanceurs de bombes. Un critique a affirmé que le livre préconise le terrorisme, citant un passage où je soutiens qu’un attentat à la bombe d’Al-Qaïda à Madrid a fait plus pour mettre fin à l’implication de l’Espagne dans l’invasion de l’Irak qu’un million de personnes manifestant pacifiquement, et omettant la partie où je déclare explicitement que ces attentats ne constituent pas un modèle pour une action révolutionnaire, car le fait de s’en prendre froidement à des personnes innocentes est fondamentalement autoritaire.

L’auteur d’une note de lecture, dans Left Turn, a objecté que je n’avais pas défini la « révolution » comme le Che l’aurait fait, et a ensuite fait un certain nombre d’allégations fallacieuses sur ce que je disais dans le livre[1].

Pour passer aux critiques plus sérieuses, certains ont contesté le ton du livre, qui est souvent dur dans son traitement des activistes non-violents. La question du ton est importante. D’une part, je trouve qu’il est essentiel d’éviter une politesse académique dans ce genre de débat, comme si nous parlions de concepts abstraits et non de questions de vie ou de mort. Je pense que, face à l’hypocrisie, à la manipulation, au mensonge, à la collaboration avec les autorités, à la lâcheté déguisée en sophistication, l’indignation n’est pas seulement admissible, elle est nécessaire. Il est à noter que ceux qui s’opposaient au ton n’ont généralement pas essayé de montrer que j’avais tort d’affirmer l’hypocrisie et la collaboration des pacifistes, comme s’ils pouvaient être autorisés à faire n’importe quoi, mais que le reste d’entre nous ne peut se fâcher contre ça. Certains d’entre eux, je crois, ont apporté de l’eau au moulin de la non-violence et en ont bu aussi.

D’autre part, la solidarité exige un certain respect. Partout où la dureté de ma critique était injuste et constituait un manque de respect pour les gens qui se consacrent véritablement à la lutte pour un monde meilleur, j’avais tort. Espérons que ceux qui ont perçu un manque de respect pourront comprendre les raisons pour lesquelles beaucoup d’entre nous sont en colère à ce sujet, et que nous pourrons développer une communication plus solidaire des deux côtés.

Une critique de The New Compass reproche à mon livre un « parti pris anarchiste […] si écrasant tout au long de l’œuvre que la critique devient limitée dans sa capacité à relancer un débat important, semblant parfois être à peine plus qu’une polémique interne aux cercles anarchistes[2] ». C’est un autre défaut que j’ai essayé de corriger dans le présent livre. Le terme « parti pris » ne mérite aucune de ses connotations négatives, car tout texte reflète le point de vue de celui qui l’écrit. En tant qu’anarchiste, j’écris sur la lutte non pas comme quelqu’un prétendant être un observateur objectif, mais comme un participant. Mes expériences et réflexions viennent d’un point de vue anarchiste, ce qui peut être choquant ou agaçant pour ceux qui ne lisent généralement que des ouvrages dont le parti pris est progressiste ou capitaliste. Je ne veux pas cacher d’où je viens, mais je veux aussi communiquer avec des gens ne partageant pas mes croyances, et je sais à quel point il peut être énervant de lire un traité imprégné de nombrilisme et de références internes à un groupe. J’espère avoir trouvé un meilleur équilibre avec le présent livre.

Milan Rai, rédacteur en chef de Peace News, a publié une critique du livre et d’une de mes présentations orales[3]. Sa note de lecture est réfléchie, mais elle est loin d’aller droit au but. Mentionnant un commentaire qu’il a fait lors du débat, après ma présentation, il dit :

« Quand j’ai pris la parole, j’ai commencé par dire qu’en tant que rédacteur en chef de Peace News (consacré à la révolution non-violente), j’étais manifestement “trompé”, “implicitement étatiste dans ma pensée”, et un peu trop privilégié en tant que personne de couleur pour avoir une opinion valable sur les questions de violence et de non-violence. »

Je trouve un peu sournois le fait qu’il ne mentionne pas ma réponse : dans mon livre, j’affirme explicitement que j’adresse ces critiques à la non-violence dans son ensemble et non à tous ses partisans et adhérents (en fait, je fais tout mon possible pour ne pas mentionner des personnes que je respecte et que mes critiques ne ciblent pas) ; et que mes critiques du racisme visent explicitement certaines personnes blanches utilisant la non-violence d’une manière paternaliste.

Milan Rai affirme : « Si vous voulez comparer des stratégies, vous devez vous assurer qu’elles ont les mêmes objectifs (sinon vous ne pouvez pas les comparer). » Si c’était vrai, toute comparaison stratégique entre les révolutionnaires non-violents et les autres révolutionnaires serait impossible, car leur vision du monde est clairement divergente ; par conséquent, ils veulent des choses différentes. Milan Rai parle de la stratégie comme d’un chemin vers une destination déterminée, mais c’est un point de vue avec lequel je suis de plus en plus en désaccord. Le point de comparaison que j’utilise est l’idée même de révolution. Dans le mouvement antimondialisation de l’époque et dans d’autres conflits sociaux d’aujourd’hui, on trouve un grand nombre de gens qui croient en la révolution, bien qu’ils la comprennent de façons bien différentes. Comme je l’ai précisé dans ce livre, tout le monde veut des choses différentes, même si on utilise parfois la même terminologie. Je n’ai pas été en mesure d’établir cette distinction assez clairement dans le premier livre afin d’éviter tout malentendu, mais j’ai fait remarquer que de nombreuses personnes de camps opposés dans le débat avaient le même objectif de révolution. Cela permet une comparaison précisément parce qu’elles ont des idées différentes à propos de ce que signifie la révolution. Ces idées se reflètent dans leur stratégie et vice versa. Lorsqu’elles échouent ou rencontrent des difficultés en utilisant une stratégie, l’expérience peut changer leurs objectifs et leur compréhension de ce qu’est la révolution. Il ne s’agit pas de destinations fixes et distinctes, mais de pratiques flottantes qui changent les unes par rapport aux autres. Pour cette raison, il est préférable d’utiliser le concept flexible et flottant de similarité des désirs au lieu de la notion fixe et analytique plus simple d’objectifs similaires.

Même si l’essentiel de mon livre était une comparaison de l’efficacité de différentes stratégies ayant des objectifs similaires (par exemple, dans les manifestations antimondialisation, dans le mouvement des droits civiques, dans le mouvement pour mettre fin à la guerre au Vietnam, dans le mouvement antiguerre contemporain, et bien d’autres exemples), Milan Rai affirme pourtant que la seule comparaison que j’ai faite était celle entre l’Industrial Workers of the World (IWW[4]) et les immigrants anarchistes italiens dans les années 1910 et 1920. Son affirmation n’est pas fondée, mais fort commode de son point de vue, parce qu’il ignore les comparaisons directes servant de mises en accusation sévères des affirmations non-violentes, comme l’échec de la campagne d’Albany de Martin Luther King en contraste avec le succès de celle de Birmingham après les émeutes qui y ont éclaté. Milan Rai ne peut pas répondre de cet échec de la non-violence, alors il l’ignore.

Il présente un autre argument problématique lorsqu’il discute de la seule comparaison qu’il daigne reconnaître :

« Ce que l’argumentation de Gelderloos ne saisit pas, c’est si l’usage de la force meurtrière par les groupes italiens a augmenté la répression de l’ère de la Red Scare au-delà de ce qu’elle aurait été autrement. Je suppose (sans enquête historique) que le sens commun des mouvements sociaux occidentaux est que la violence a augmenté la répression et que les attentats à la bombe seraient susceptibles d’intensifier la répression aujourd’hui. »

Comme je le souligne dans Comment la non-violence protège l’État, la répression augmente toujours lorsqu’un mouvement devient plus grand, plus fort ou plus efficace, ce que révèlent également les épisodes historiques de non-violence. Par ailleurs, comme le montre l’exemple cité, la décision de l’IWW de renoncer au sabotage et à la confrontation violente ne fit pas diminuer la répression gouvernementale. Au contraire, le gouvernement profita de l’affaiblissement de l’IWW pour accroître la répression.

L’histoire récente nous fournit un exemple plus clair. Si l’on prend les pays de l’Union européenne – une entité présentant de grandes similitudes socioéconomiques entre ses membres, mais composée de gouvernements distincts pour chaque membre – la plupart des gens conviendraient qu’au cours des deux dernières décennies, les pays où les mouvements radicaux les plus puissants ont utilisé des tactiques combatives pourraient être la Grèce, l’Espagne et la France. Personne ne pourrait sérieusement proposer les Pays-Bas et le Royaume-Uni, où les luttes antagonistes ont connu une certaine accalmie, et qui ont une forte proportion de pacifistes.

Si l’augmentation des mesures répressives et la mise en œuvre de techniques de contrôle social plus sophistiquées et plus efficaces étaient notre deuxième variable, les résultats iraient dans l’autre sens. La Grèce et l’Espagne, bien que toutes deux aient connu un progrès inquiétant des techniques de contrôle social, comme la plupart des pays, ne figureraient pas sur cette liste. En Grèce, des luttes anarchistes et anticapitalistes efficaces, utilisant beaucoup de violence, ont entravé et parfois même paralysé la capacité du gouvernement à mettre en œuvre de nouvelles stratégies de répression ou de nouvelles techniques de surveillance. La France pourrait figurer sur la liste, mais pas en tête. Le top serait indubitablement réservé aux pays qui ont été les plus pacifiques : les Pays-Bas, le Royaume-Uni et peut-être l’Allemagne (qui a connu une disparition partielle de ses mouvements sociaux conflictuels – en dehors de Berlin – et qui compte une forte proportion de militants pacifistes). Les Pays-Bas et le Royaume-Uni peuvent tous deux être considérés comme des sociétés de surveillance absolue, dans lesquelles tous les habitants sont suivis grâce à un système de renseignement intégré englobant notamment les caméras, les cartes bancaires, les transports publics et la collecte des ordures.

Bien que les luttes armées ou dangereuses puissent sans aucun doute inciter un gouvernement à redoubler ses efforts de répression, ce à quoi tous les révolutionnaires devront faire face[5], voilà ce que nous pouvons en général affirmer : quand il s’agit de répression, les gouvernements sont proactifs, et non réactifs, et, en temps de paix sociale ou face à une résistance sociale pacifique, ils intensifient leurs techniques de contrôle social plus largement que quand ils font face à une résistance combative. En d’autres termes, la non-violence accélère la répression au niveau systémique. Lorsque les gens commencent à commettre des attentats et à se livrer à des actes violents, le gouvernement est souvent forcé de procéder à des arrestations ou de riposter d’une manière ou d’une autre. Mais, au niveau plus profond de l’ingénierie sociale à des fins de contrôle social, la non-violence crée un climat beaucoup plus favorable au progrès qualitatif de la répression. Cette affirmation, née de l’histoire, découle également d’une évaluation réaliste du caractère proactif de l’État. Cependant, les partisans de la non-violence comme Milan Rai rendent service à l’État en le présentant comme une institution neutre qui ne réprime qu’en réponse à notre activité. Le « sens commun » qu’il évoque est la vision que le citoyen obéissant a de l’État.

Milan Rai résume mon livre avec une distorsion grossière :

« Ainsi, l’éducation, les institutions non étatiques, etc., sont inutiles si vous vous engagez en faveur de la non-violence ; elles sont très efficaces si vous posez des bombes et tirez, et absolument nécessaires même si vous n’êtes pas en train de poser des bombes ou de tirer en ce moment, à condition que vous soyez en théorie engagé à utiliser ces tactiques chaque fois que le besoin s’en fait sentir. »

De manière démagogique, il retombe dans la caricature du terroriste violent, parlant de « bombes et de tirs » bien que je mentionne une longue liste d’autres tactiques dans le livre. Le titre dramatique de sa note de lecture, « Une stratégie pour poseurs de bombes », est ridiculement manipulateur et frôle la criminalisation des personnes avec lesquelles il est en désaccord. Au Royaume-Uni, en 2008, traiter quelqu’un de « poseur de bombe », c’est en fait le signaler à la police et encourager le public à réagir par la peur.

Milan Rai affirme que je soutiens que l’éducation et la construction d’un monde différent du capitalisme sont « inutiles ». C’est faux, mais il le répète plusieurs fois, ce qui est toujours une bonne tactique pour qu’il reste quelque chose d’un mensonge. Puis, comme s’il révélait une logique hypocrite de deux poids, deux mesures, il écrit : « Mais, attendez, l’éducation n’est pas totalement inutile » et affirme que, selon moi, tout ce qui ne s’accompagne pas de bombes serait inutile. L’argument qu’il déforme ici est que les activités de création et d’éducation sont toutes extrêmement importantes pour une lutte révolutionnaire, mais si elles ne s’accompagnent pas d’une capacité à se défendre contre la répression gouvernementale, à détruire les structures dirigeantes et à saboter le système existant, l’éducation et la construction d’un monde différent ne mèneront qu’à une impasse, incapable de révolution. J’argumente précisément sur ce point, avec de multiples références historiques pour montrer comment cette impasse se produit, et pour montrer que la non-violence est incapable d’atteindre le niveau d’autodéfense et de sabotage nécessaire. Mais Milan Rai ignore tout cela.

S’il y a une explication de bonne foi à toutes ses distorsions, c’est peut-être le ton inopportun du livre qui l’a choqué et qui lui a fait imaginer une proposition de lutte agressive et terroriste au lieu de celle que je faisais. Il était évidemment choqué que j’ose parler d’attentats à la bombe, même si mon but était de discuter librement de toutes les tactiques possibles sans l’atmosphère de choc et de panique morale[6] que les partisans de la non-violence ont contribué à créer. Il n’a pas noté, comme pour beaucoup d’autres arguments dans le livre, que je ne préconise jamais les attentats à la bombe, et quand je parle de bombes qui tuent des passants, je les critique explicitement.

Milan Rai conclut d’une meilleure façon. Parlant du débat qui a suivi ma présentation, il note que de nombreuses personnes dans l’auditoire avaient des doutes pratiques quant à l’utilisation efficace d’une pluralité de tactiques, et affirme ensuite qu’il appartiendra aux défenseurs de la non-violence de montrer la voie en proposant et en démontrant une action non-violente efficace. Il a raison sur les deux points : les pratiques combatives et les luttes anticapitalistes au Royaume-Uni étaient en effet dans une impasse en raison d’une répression efficace ; et si la non- violence devait regagner le soutien qu’elle a perdu au fil des ans, elle devrait en fait promouvoir une pratique efficace ou au moins inspirante. Au cours des années qui ont suivi ce débat, les événements ont clairement montré que les luttes combatives ont de nouveau trouvé le moyen d’aller de l’avant, tandis que ceux qui pratiquent la non-violence sont toujours enlisés dans les mêmes faiblesses.

Outre les critiques publiées, j’ai également reçu de nombreux commentaires sur le texte. L’une des plus courantes, venant de partisans de la non-violence, est que j’ai mis dans le même sac le pacifisme et la non-violence et que je les ai battus tous les deux avec le même bâton, pour ainsi dire. Je voudrais préciser que je les battais en fait avec beaucoup de bâtons différents.

Comment la non-violence protège l’État n’était pas une réaction concertée à une pratique cohérente de la non-violence, mais à toute tentative d’imposer la non-violence à une lutte sociale. Il traite de nombreux discours et pratiques différentes à la fois. La cohérence de cette approche réside dans la rue, où ceux d’entre nous qui se battent pour lever les limites imposées à nos luttes doivent faire face à une véritable avalanche d’arguments et de réactions – venant d’institutions puissantes et de l’entourage – qui sont tous centrés sur la valeur de la non-violence.

Du point de vue de n’importe quel militant pacifiste ou non-violent, le livre peut très bien être considéré comme injuste, car il bombarde de nombreuses critiques à l’égard d’un concept de non-violence qu’on ne partage pas forcément, et de nombreuses réponses à des positions qu’on peut n’avoir jamais prises. Je ne peux que réaffirmer que chaque argument, cliché, raisonnement, discours, tactique, stratégie et posture que je tente de discréditer sont ceux que j’ai personnellement rencontrés dans un mouvement social. Même si certains militants non-violents peuvent ne pas s’identifier à la plupart des positions critiquées, je vous garantis qu’il y a quelque chose dans le livre pour chaque personne s’opposant à l’utilisation de la « violence ».

Il est vrai que les divers courants de non-violence et de pacifisme ont des façons très différentes de comprendre la révolution, et que j’aurais pu prendre chacune de ces vues comme un tout distinct plutôt que de les critiquer toutes ensemble. Cependant, j’ai l’impression que les partisans les plus bruyants de ces courants ne voient pas à quel point leurs discours sont mélangés dans la rue, comment les termes changent de sens d’un militant à l’autre et comment l’activiste non-violent typique mélange souvent les théories et stratégies issues de multiples courants. Il est peut-être vrai que le pacifisme et la non-violence sont des choses très distinctes, mais même leurs théoriciens ne sont pas clairs sur la différence. Gene Sharp et Mark Kurlansky, par exemple, qui préconisent tous deux la non-violence et non le pacifisme, ont pourtant des conceptions très différentes de la non-violence.

Comme je l’ai dit dans le livre lui-même, la cible de mes critiques était spécifique, un ensemble divers de groupes et d’individus unis autour d’un engagement commun envers la non-violence, malgré des interprétations différentes de ce concept. Il est traditionnel pour les écrivains et les théoriciens de privilégier le discours dans sa forme pure, tel qu’il découle des écrits des autres écrivains et théoriciens. Mais les arguments qu’ils développent dans leurs textes sont créés dans la rue, pas dans leurs livres. Si notre motivation pour débattre est celle de participants à une lutte et non de taxonomistes d’idées, notre conversation doit avoir lieu dans ce champ chaotique où les discours se heurtent, se brisent et se réalignent. Bien qu’il ait pu décevoir certains partisans dévoués de l’un ou l’autre courant non-violent ou pacifiste, mon but en écrivant ce livre n’était pas de critiquer une œuvre spécifique mais de briser l’emprise qu’un ramassis de formes de non-violence exerçait sur des mouvements pour un changement social.

De plus, pour répondre brièvement sur ce point, c’est très ironique de critiquer mon incapacité à utiliser les étiquettes de non-violence et de pacifisme selon leur propre définition, alors qu’ils nous qualifient régulièrement de violents, ce qui s’éloigne encore plus de la terminologie que nous avons choisie, et souvent sur un ton visant à nous criminaliser.

J’ai moi-même un certain nombre de critiques à formuler à l’encontre de mon livre Comment la non-violence protège l’État. Tout d’abord, il y a une question de terminologie plutôt superficielle. Au moment où j’écrivais ce livre, un certain nombre d’anarchistes publiaient des critiques d’une certaine pratique qu’ils appelaient « activisme ». Certaines de ces critiques jetaient le bébé avec l’eau du bain, mais elles étaient toutes très utiles. La pratique qu’ils exorcisaient était moribonde. Pour eux, l’activisme impliquait de faire pour faire, c’était une activité mécanique menée par des spécialistes autoproclamés qui divisent le conflit social en questions distinctes mais reliées entre elles, chacune avec son propre groupe prêt à l’emploi ou sa propre forme de protestation à la fois destinée à appliquer un pansement sur le problème et à attirer de nouveaux membres pour permettre une croissance organisationnelle qui nous rapprocherait, d’une manière ou d’une autre, de la révolution. Cette pratique avait un manque d’orientation vers le conflit social, ainsi qu’une tendance à réduire la stratégie à un niveau tactique ou à l’échelle d’une campagne, et à réduire l’analyse à une liste de « -ismes » à bannir. Cette pratique avait une compatibilité beaucoup plus grande avec le monde des universités et des ONG (beaucoup ayant ensuite travaillé pour ces dernières après leurs études) qu’avec un monde antagoniste, de confrontation, de répression, d’insurrection.

J’ai écrit le livre dans le langage de l’activisme principalement parce que beaucoup d’entre nous partageaient ces mêmes critiques mais ne les assimilaient pas au terme « activisme ». Il était un peu injuste de la part des critiques de redéfinir l’activisme comme un ensemble spécifique de pratiques qu’ils n’aimaient pas, alors que le terme n’avait jamais été clairement défini auparavant et que beaucoup de personnes l’identifient à de nombreuses pratiques diverses. C’est une tendance malheureuse que de réduire une critique nuancée à une persécution des termes. Mais le fait est que l’« activisme » est un terme laid, et une étiquette appropriée pour une pratique qui n’existe plus. Espérons qu’il disparaîtra graduellement, non pas parce qu’il n’est plus à la mode, mais parce que les gens ont assimilé sa critique.

Pour désigner les personnes et les pratiques contraires à la non-violence, j’avais choisi le terme « militant ». Un autre terme laid, et jusqu’à ce que le livre soit traduit en espagnol, j’ignorais que le mot était à l’origine appliqué aux membres actifs des syndicats et des organisations politiques, quelle que soit leur position sur la violence. Dans le présent livre, j’ai choisi les termes « combatif », « illégal » et « conflictuel » pour tenter de dénoter une pratique fondamentalement antagoniste et prête à assumer la confrontation sans la réduire à ses éléments violents, comme le ferait un observateur moraliste.

Parallèlement au langage activiste, j’ai utilisé dans le livre précédent un cadre anti-oppression qui divisait le pouvoir en patriarcat, suprématie blanche, État et capitalisme en tant que systèmes distincts d’oppression. D’une part, je pense que ce cadre a permis d’éviter l’erreur traditionnelle de subordonner toute hiérarchie sociale à la hiérarchie de classe et de réduire toute forme d’oppression à son aspect économique. Cela a également permis d’analyser la relation complexe entre la violence et la dynamique du pouvoir social et le pacte protéiforme entre la non- violence et l’autorité. Néanmoins, un tel cadre peut aussi alimenter le jeu consistant à établir qui est le plus opprimé et le plus privilégié, en qualifiant les opposants de racistes ou de sexistes et en discréditant une idée en la classant comme privilégiée, de la même façon que les marxistes vulgaires qualifient de « petit-bourgeois[7] » tout ce avec quoi ils ne sont pas d’accord. Je pense que de nombreux partisans de la non-violence ont de sérieux problèmes avec les attitudes colonialistes et paternalistes ou avec la victimisation de groupes historiquement opprimés, et la plupart des critiques spécifiques que j’ai relayées proviennent de ces camarades. Cependant, je pense que c’est un problème de fond qui doit être abordé avec patience. En utilisant des étiquettes comme « raciste » pour les Blancs qui, de manière sincère mais inefficace, veulent se débarrasser du racisme, j’ai peut-être alimenté la dynamique qui bride la pensée critique. Cette dynamique encourage également les gens d’un côté à ostraciser ou à disqualifier, et ceux de l’autre côté à rechercher leurs propres insultes et termes pour disqualifier et riposter. Toute personne directement visée par un système d’oppression comme le colonialisme ou le patriarcat devrait appliquer des termes tels que « raciste » ou « sexiste » comme bon lui semble, mais ceux d’entre nous qui ont été privilégiés par ces systèmes devraient probablement être plus patients, persévérants et humbles dans la critique de leurs pairs.

Je tiens également à signaler dans ce livre une lacune dans l’éventail des références historiques. Cette erreur reflète une faiblesse d’une grande partie du mouvement anarchiste de l’époque – à la fois dans les livres que les éditeurs anarchistes ont choisi d’imprimer et dans les histoires sur lesquelles nous autres avons choisi de nous exciter. En parlant de certaines luttes, je me suis concentré sur les groupes armés qui se considéraient comme l’avant-garde, vus de manière romantique. D’autres groupes participèrent à ces mêmes luttes, ainsi que des personnes qui n’agissaient pas au nom d’une organisation. Par exemple, les violents conflits sociaux des années 1960 et 1970 sont réduits au Weather Underground et au Black Panther Party aux États-Unis ou aux Brigades rouges en Italie. Ainsi, une situation complexe est réduite au symbole d’une seule organisation. Les erreurs de cette organisation, et même son manque de pertinence, quand c’est le cas, sont effacées et l’occasion de tirer des leçons stratégiques est perdue.

L’une des leçons stratégiques à tirer serait d’émettre une critique des pratiques de lutte armée développées après la Seconde Guerre mondiale, principalement par des groupes marxistes, bien qu’elles eussent été aussi influencées au départ par des anarchistes espagnols en exil luttant contre le régime franquiste. Afin de défaire toute la diabolisation de la résistance violente que la non-violence a accomplie, et parce que je ne voulais pas imposer un nouveau cadre éthique ne découlant pas directement des expériences d’une lutte concrète, j’ai souvent parlé d’activités combatives et d’actions armées de manière froide et hors contexte, sapant ma propre argumentation en me rapprochant de la caricature du révolutionnaire violent que la non-violence et les médias propagent. Pour éviter de limiter le concept de pluralité des tactiques par une proposition spécifique sur la manière dont les gens devraient lutter, j’ai fini par dépeindre la lutte armée comme le contrepoint à la non-violence, alors que les possibilités de résistance sont et devraient être illimitées.

Au moment où j’ai écrit le livre, je n’avais pas accès à des sources plus approfondies qui examinaient ces conflits historiques depuis la perspective du conflit lui-même. Beaucoup d’anarchistes de l’époque reproduisaient les hagiographies de gauche, confondant la lutte avec l’organisation qui tentait de la maîtriser. Heureusement, il semble que nous soyons en train de corriger cette tendance, même si les récits romantiques et avant-gardistes semblent encore battre des records de vente.

Je souhaite corriger un dernier point. L’auteur d’une note de lecture a fait valoir que l’IWW, dans les années 1910 et 1920, était composée en grande partie d’immigrés. J’avais fait remarquer que les anarchistes autonomes (les membres du Grupo Autónomo, que j’avais qualifiés à tort d’anarchistes « galléanistes » alors que leur activité était antérieure à la présence de Luigi Galleani, leur théoricien le plus connu) avaient mieux survécu à la répression gouvernementale que leurs contemporains de l’IWW, grâce au fait (et non malgré) que les anarchistes autonomes avaient une pratique illégale et clandestine alors que les membres de l’IWW se dirigèrent, face à la répression, vers des moyens toujours plus pacifiques. Dans le contexte de cet argument, j’ai affirmé que les premiers étaient presque tous des immigrés italiens, et donc plus vulnérables à la répression. Ce point est inexact pour la raison même mentionnée par l’auteur de la note de lecture : la base immigrée de l’IWW. Cependant, je pense que l’articulation de l’argument est toujours d’actualité. Pour commencer, de nombreux membres de l’IWW étaient germaniques et scandinaves, c’est-à-dire qu’ils se situaient beaucoup plus haut dans la hiérarchie raciale à l’époque que les Italiens, et qu’ils n’étaient pas vulnérables à la « xénophobie WASP » que j’ai spécifiquement mentionnée. Deuxièmement, et plus important encore, il est évident qu’en adoptant des moyens plus pacifiques et en renonçant au sabotage, l’IWW ne parvint pas à se sauver de la répression et réussit seulement à se pacifier elle-même. Elle renonça à sa position antagonique et donc à l’esprit même de sa critique du capitalisme. En quelques années, l’organisation disparut quasiment.

Dans le même ordre d’idées, nous pouvons voir comment, à peu près à la même époque, la CNT en Espagne ne put survivre en tant qu’organisation ouvrière anticapitaliste fonctionnelle qu’en recourant à des pratiques clandestines comprenant notamment des hold-up pour alimenter le fonds de grève, des actions armées pour intimider les patrons, des exécutions en représailles de flics et d’hommes de main ayant tué des travailleurs, ainsi que du sabotage. Non seulement la CNT résista aux tentatives visant à l’écraser, mais elle devint l’organisation ouvrière la plus forte du pays, provoquant rapidement une situation révolutionnaire. La CNT réussit là où l’IWW avait échoué. Leurs points de vue sur la confrontation étaient au cœur de cette différence[8].

Il y a d’autres choses que je changerais au sujet de Comment la non-violence protège l’État, mais c’est là que réside la contradiction fondamentale de l’écriture. On ne s’arrête jamais de penser, alors qu’un livre doit à un moment donné partir à l’impression.

La réflexion sur ces sujets a beaucoup évolué au cours des huit dernières années, reflétant de grands changements dans nos luttes. Le mouvement antimondialisation, qui a servi autrefois de cadre à de nombreux débats sur la non-violence et la pluralité des tactiques, a disparu ou est devenu méconnaissable. Les anarchistes ont fait irruption sur la scène de nombreux pays, entraînant une augmentation de la répression gouvernementale et forçant les médias à changer de vitesse, passant à notre égard de l’ignorance à la tentative d’apprivoisement. L’anticapitalisme et ses alternatives plus mielleuses, comme l’anti-néolibéralisme ou « les 99 % », sont redevenus des phénomènes populaires. Des politiciens, d’Obama à Morales, ont encore une fois capturé et trahi les espoirs des gens, montrant que l’amnésie est toujours du côté de ceux qui gouvernent, et la mémoire du côté de ceux qui se révoltent. Beaucoup de personnes commencent à participer aux luttes sociales pour la première fois. Par ailleurs, la non-violence a été résolument redéfinie comme un changement de régime pragmatique ou un réformisme privilégiant la sécurité plutôt que le sacrifice, et cherchant à s’accommoder et à collaborer avec des institutions d’élite comme la police et les médias. Ces caractéristiques, qui ont marqué la non-violence au cours du xxe siècle, n’ont jamais été aussi clairement prédominantes.

Comment la non-violence protège l’État était une tentative de débattre d’une position qui, dans mon entourage à l’époque, avait une mainmise sur la discussion des méthodes de lutte. Le présent livre, bien que le sujet soit le même, a un objectif différent. Le débat entre la non-violence et la pluralité des tactiques n’est plus d’actualité. Les défenseurs de la non-violence l’ont abandonné. Leur pratique a échoué dans la rue. Ils n’ont pas répondu aux critiques sérieuses qui leur ont été adressées, ni même changé les clichés qu’ils utilisent au lieu d’argumenter sur des faits. Mais ils ont sombré à un niveau encore plus bas, attaquant, balançant ou répandant de fausses accusations contre leurs opposants idéologiques de façon courante. De plus, ils se sont alliés plus étroitement avec la police, les médias, les ONG et les gouvernements dans une tentative désespérée de gagner une plus grande partie de la foule qui commence à protester et parfois même à agir concrètement contre ce qui l’opprime. Les meilleurs d’entre eux ont tourné le dos au débat sans utiliser aucun de ces stratagèmes méprisables, en menant une lutte non-violente par simple convenance personnelle, mais, pour autant, ils n’ont pas fermement dénoncé la violence et la collaboration des autres pacifistes.

De l’autre côté de la ligne, ceux qui sont en faveur d’une pluralité de tactiques ont avancé dans leur débat, imprégnés de plusieurs années intenses de révoltes, de mouvements et de théories nouvelles, de sorte que le terme « pluralité de tactiques » semble maintenant, de manière embarrassante, périmé. Cependant, il y a un fossé entre ceux qui ont été impliqués dans ce débat et les expériences dont il se nourrit, et ceux qui n’ont que récemment entamé la lutte, formés par la société à penser que le seul rebelle légitime est un rebelle docile, et dont l’expérience dans la rue montre que non seulement la non-violence est indigne et sans intérêt, mais qu’elle est totalement inadéquate pour réaliser ce dont ils rêvent.

Le but de ce livre est de présenter à ceux qui ont commencé à remettre en question la non-violence les expériences et les histoires collectives que la non-violence, de concert avec l’État, voudrait leur cacher. L’objectif est aussi d’articuler le rôle systématique que joue la non-violence dans la défense du pouvoir, et de contribuer au débat sur la façon de participer à une lutte qui inclura toujours une myriade de perspectives, de désirs et de méthodes, dans un mélange défiant toute tentative d’homogénéisation.

Peter Gelderloos


  1. Entre autres exemples de désinformation, le critique, Dan Horowitz de Garcia, membre de l’« organisation de cadres » Bring the Ruckus (« Faites du grabuge »), prétend à tort que je n’explique pas pourquoi je mets dans le même panier le pacifisme et la non-violence et que je ne distingue pas le mode de vie d’une méthode de lutte. Il affirme aussi que j’ai écrit que le mouvement pour les droits civils n’a rien gagné, que j’ai présenté ce mouvement comme homogène, et que je ne fais qu’une seule référence au Black Panther Party. Il déforme complètement tout le chapitre sur le patriarcat en se servant d’une seule phrase volontairement mal interprétée, tout en omettant de mentionner le contenu du reste du chapitre. Il fait une curieuse distinction, déclarant qu’un phénomène social ne devrait pas être appelé mouvement s’il ne gagne pas, et déforme également d’autres arguments. Ma réponse (mai 2008) et sa critique (novembre 2007) sont tous deux disponibles ici : http://www.leftturn.org/author-response-review-how-nonviolence-protects-state.
  2. Michael Speitel, « Review: How Nonviolence Protects the State », 4 février 2011 : http://new-compass.net/news/review-how-nonviolence-
    protects-state.
  3. « Strategy for Bombers – a talk by Peter Gelderloos », 2 février 2008.
  4. Syndicat libertaire fondé en 1905 en rupture avec le réformisme de l’AFL et qui comptait cent mille membres actifs au moment de son apogée en 1923. Toujours actif, il est organisé sur une base territoriale et non par branches, NdT.
  5. À cet égard, une analyse plus approfondie de la manière dont les groupes armés anticapitalistes en Allemagne et en Italie, dans les années 1960 et 1970, échouèrent à résister à la répression serait extrêmement utile, même si une telle analyse ne pourrait probablement pas émerger d’un cadre non-violent.
  6. Voir la note p. 9 du chapitre 1.
  7. En français dans le texte, NdT.
  8. On pourrait aussi mentionner la Fora (Fédération ouvrière régionale) en Argentine, qui est similaire à la CNT, mais beaucoup moins combative. D’une manière générale, la Fora ne fut pas en mesure de résister à la répression gouvernementale et paramilitaire, ce qui affaiblit de façon disproportionnée l’aile anarchiste de l’organisation, facilitant sa prise de contrôle ultérieure par des groupes réformistes et autoritaires.

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