Quelques consi­dé­ra­tions sur le thème de la tech­nique et la manière de combattre sa domi­na­tion.

« Que cher­chons-nous à accom­plir ? Chan­ger l’or­ga­ni­sa­tion sociale sur laquelle repose la prodi­gieuse struc­ture de l’or­ga­ni­sa­tion de la civi­li­sa­tion,  qui s’est construite au cours de siècles de conflits, au sein de systèmes vieillis­sants ou mori­bonds, conflits dont l’is­sue fut la victoire de la civi­li­sa­tion moderne sur les condi­tions natu­relles de la vie. »

William Morris, Où en sommes-nous ?, 1890.

Quand Walter Benja­min, dans son article inti­tulé Théo­rie du fascisme alle­mand, rappelle la phrase appa­rem­ment intem­pes­tive de Léon Daudet, « l’au­to­mo­bile, c’est la guerre », il illustre le fait que les instru­ments tech­niques, ne rencon­trant pas dans la vie des gens un vide qui légi­time leur néces­sité, forcent cette néces­sité en rava­geant leur vie. Si la réalité sociale n’est pas mûre pour les avan­cées tech­niques qui frappent à sa porte, tant pis pour elle : elles la dévas­te­ront. Le résul­tat est que la société entière se trouve trans­for­mée par la tech­nique comme à la suite d’une guerre. En réalité, en consi­dé­rant seule­ment la grande quan­tité de dépla­ce­ments de popu­la­tion, l’énor­mité des données emma­ga­si­nées et trai­tées par les modernes tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et le grand nombre de pertes par acci­dents, suicides ou patho­lo­gies contem­po­raines, on a l’im­pres­sion qu’une guerre, tota­le­ment froide, se déroule chaque jour dans les scéna­rios de l’éco­no­mie, de la poli­tique, ou de la vie quoti­dienne. Une guerre dans laquelle on cherche toujours à vaincre grâce à la supé­rio­rité tech­nique en auto­mo­biles, en ordi­na­teurs, en biotech­no­lo­gies… De par la nature de la société capi­ta­liste, les moyens tech­niques toujours plus puis­sants ne contri­buent nulle­ment à la cohé­sion sociale et à l’épa­nouis­se­ment person­nel, puisque la tech­nique ne sert qu’à armer le parti des gagnants. Pour Benja­min donc, et pour nous, « toute guerre à venir sera en même temps une révolte des esclaves de la tech­nique ».

Les progrès tech­niques sont tout sauf neutres ; dans tout déve­lop­pe­ment des forces produc­tives dû à l’in­no­va­tion tech­nique, il y a toujours des gagnants et des perdants. La tech­nique est instru­ment et arme parce qu’elle avan­tage ceux qui savent mieux se servir d’elle et mieux la servir. Un esprit critique héri­tier de Defoe et de Swift, Samuel Butler, dénonçait le fait dans une utopie sati­rique :

[…] en cela consiste l’as­tuce des machines : elles servent pour pouvoir domi­ner. […] aujourd’­hui même les machines servent seule­ment à condi­tion qu’on les serve, en impo­sant leurs condi­tions. […] N’est-il pas mani­feste que les machines sont en train de gagner du terrain quand nous consi­dé­rons le nombre crois­sant de ceux qui y sont assujet­tis comme esclaves et de ceux qui se consacrent de tout cœur au progrès du règne méca­nique ?

Samuel Butler, Erew­hon, ou au-delà des montagnes, 1870.

[Lire aussi cet excellent texte de Jaime Semprun, dans lequel Samuel Butler est égale­ment cité.]

La bour­geoi­sie a utilisé les machines et l’or­ga­ni­sa­tion “scien­ti­fique” du travail contre le prolé­ta­riat. Les contra­dic­tions d’un système basé sur l’ex­ploi­ta­tion du travail qui, d’une part, expul­sait les travailleurs du proces­sus produc­tif, et d’autre part éloi­gnait de la direc­tion dudit proces­sus les proprié­taires des moyens de produc­tion, furent dépas­sées avec la trans­for­ma­tion des classes sur lesquelles s’éta­blis­saient la bour­geoi­sie et le prolé­ta­riat. La tech­nique a rendu possible un nouveau cadre histo­rique, de nouvelles condi­tions sociales – celles d’un capi­ta­lisme sans capi­ta­listes ni classe ouvrière – qui se présentent comme condi­tions d’une orga­ni­sa­tion sociale tech­nique­ment néces­saire. Comme l’a dit Lewis Mumford, « Rien de ce qui est produit par la tech­nique n’est aussi défi­ni­tif que les néces­si­tés et les inté­rêts mêmes qu’elle a créés » (Tech­nique et Civi­li­sa­tion, 1950). La société, une fois qu’elle a accepté la dyna­mique tech­no­lo­gique, en devient captive. La tech­nique s’est appro­priée le monde et l’a mis à son service. En elle se révèlent les nouveaux inté­rêts domi­nants.

Quand « la domi­na­tion de la nature reste liée à la domi­na­tion des hommes » (Herbert Marcuse, L’homme unidi­men­sion­nel, 1964), le discours de la domi­na­tion n’est déjà plus poli­tique mais tech­nique. Il cherche à se légi­ti­mer avec l’aug­men­ta­tion des forces produc­tives, qui inclue le progrès tech­no­lo­gique après avoir mis à son service la connais­sance scien­ti­fique. Le progrès scien­ti­fico-tech­nique four­nit aux indi­vi­dus une vie suppo­sée tranquille et confor­table et comme telle néces­saire et dési­rable. La tech­nique, qui s’est à présent trans­for­mée en idéo­lo­gie de la domi­na­tion, four­nit une expli­ca­tion suffi­sante en ce qui concerne la liberté et l’in­ca­pa­cité des indi­vi­dus à déci­der de leur vie : l’ab­sence de liberté inhé­rente à la soumis­sion aux impé­ra­tifs tech­niques est le prix néces­saire de la produc­ti­vité et du confort, de la santé et de l’em­ploi. L’idée du progrès était le noyau de la pensée domi­nante durant la période d’as­cen­sion et de déve­lop­pe­ment de la bour­geoi­sie, progrès qui perdit vite son vieux contenu moral et huma­ni­taire pour être iden­ti­fié à la progres­sion de l’éco­no­mie et au déve­lop­pe­ment tech­nique qui la rendait possible. Effec­ti­ve­ment, les inven­tions tech­niques et les décou­vertes scien­ti­fiques furent nombreuses et provoquèrent tant de chan­ge­ments écono­miques qu’elles géné­rèrent dans les pays indus­tria­li­sés, et pas seule­ment au sein de la classe diri­geante, une reli­gion de l’éco­no­mie, une croyance en elle comme la pana­cée à toutes les diffi­cul­tés. Le progrès de la culture, de l’édu­ca­tion, de la raison, de la personne, etc. déri­ve­rait néces­sai­re­ment du progrès écono­mique. Il suffi­rait d’un fonc­tion­ne­ment correct de l’éco­no­mie pour que la ques­tion sociale cesse de produire des désa­gré­ments. Le même proces­sus se répé­tera plus tard avec la tech­nique devant l’échec défi­ni­tif des solu­tions écono­miques. Car reve­nus à la société civile après deux grandes guerres, où la pensée mili­taire s’était impo­sée en tant que pensée éminem­ment tech­nique, on croira résoudre les mêmes problèmes écono­miques avec les méthodes et les progrès de la tech­nique. L’éco­no­mie passa au second plan et la tech­nique s’éman­cipa. L’éco­no­mie elle-même n’est déjà plus qu’une tech­nique.

L’émer­gence de la tech­no­lo­gie occi­den­tale comme force histo­rique et l’émer­gence de la reli­gion de la tech­no­lo­gie sont deux aspects d’un même phéno­mène.

David F. Noble, The Reli­gion of Tech­no­logy, 1997.

Selon cet auteur, l’aveu­gle­ment face au pouvoir de la tech­nique prend racine dans les vieux imagi­naires reli­gieux qui survivent dans l’in­cons­cient collec­tif des hommes : la créa­tion, le para­dis, la virtuo­sité divine, la perfec­tion infi­nie, etc. Ce qui veut dire que la tech­nique possède un impor­tant contenu idéo­lo­gique depuis les commen­ce­ments, qu’elle est arri­vée à être domi­nante à l’époque des tota­li­ta­rismes, à l’époque de la disso­lu­tion des indi­vi­dus et des classes en masses. Dès lors, elle redé­fi­nit en fonc­tion d’elle-même les vieux concepts de “nature”, “mémoire”, “liberté”, “culture”, “fait”, etc. et, fina­le­ment, invente une nouvelle façon de penser et de parler. La tech­nique quan­ti­fie la réalité et, en la bapti­sant avec son langage – ses tech­ni­cismes – elle impose une vision instru­men­tale des choses et des personnes. Neil Post­man rappelle, dans Tech­no­po­lis, l’adage suivant « tout paraît être un clou à l’homme qui possède un marteau ».

Un vulga­ri­sa­teur des merveilles de la science moderne comme Jules Verne décrit dans une de ses premières nouvelles d’an­ti­ci­pa­tion ce phéno­mène natu­rel de l’ère tech­no­lo­gique — un peu sommai­re­ment, mais n’ou­blions pas qu’il le fait en 1876 :

Cet homme, éduqué dans la méca­nique expliquait la vie par les engre­nages ou les trans­mis­sions ; il se mouvait régu­liè­re­ment avec la fric­tion la plus infime, comme un piston dans un cylindre parfai­te­ment cali­bré ; il trans­met­tait son mouve­ment uniforme à sa femme, à son fils, à ses employés, à ses domes­tiques, véri­tables machines instru­ments desquelles, lui, grand moteur tirait le plus grand profit du monde.

Jules Vernes, Paris au XXe siècle, 1876.

Pour la première fois de l’his­toire, la tech­nique repré­sente l’es­prit de l’époque, c’est-à-dire qu’elle incarne le vide spiri­tuel de l’époque. Les rela­tions entre les personnes peuvent être consi­dé­rées comme des rela­tions entre les machines. Ce qui consti­tue l’es­sence de diffé­rents domaines scien­ti­fiques : cyber­né­tique, théo­rie géné­rale des systèmes, etc. Les problèmes réels se trans­forment alors en ques­tions tech­niques suscep­tibles de rencon­trer des solu­tions tech­niques qui seront appor­tées par des experts – disons ici, des profes­sion­nels – et adop­tées par les diri­geants, “tech­ni­ciens” de la prise de déci­sion. La domi­na­tion ne dispa­raît évide­ment pas, mais grâce à la tech­nique, elle revêt les appa­rences d’une ratio­na­li­sa­tion, et devient elle-même tech­nique.

La tech­nique a vidé l’époque de son contenu : tout ce qui n’est pas direc­te­ment quan­ti­fiable, par consé­quent mesu­rable, mani­pu­lable ou auto­ma­ti­sable, n’existe pas pour la tech­nique. Le pouvoir de la tech­nique n’im­plique pas seule­ment l’au­to­ma­ti­sa­tion et l’am­pu­ta­tion des indi­vi­dus, mais aussi la mort de l’art et de la culture en géné­ral ; le néant spiri­tuel est le mal du siècle. La philo­so­phie exis­ten­tielle, l’avant-garde artis­tique, la proli­fé­ra­tion de sectes et de masses hostiles au goût et à la culture sont des phéno­mènes qui illus­trent la sensa­tion vécue du proces­sus d’an­ni­hi­la­tion de l’in­di­vi­dua­lité, la suppres­sion de l’hu­main dans lequel l’ac­tion, incons­ciente et absurde, est pur mouve­ment. Cette fata­lité histo­rique s’ins­ti­tue au début de l’ère tech­no­lo­gique, et Meyrink nous la décrit dans son récit Les quatre frères de la Lune :

Par consé­quent, les machines sont deve­nues les corps invi­sibles de titans produits par les esprits de héros appau­vris. Et comme conce­voir ou créer quelque chose veut dire que l’âme reçoit la forme de ce qui se voit ou se crée et se confond avec elles ; ainsi les hommes s’en­gagent déjà sans salut sur le chemin qui, graduel­le­ment et magique­ment, les amènera à se trans­for­mer en machines, jusqu’au jour où dépouillés de tout, ils s’aper­ce­vront qu’ils sont les méca­nismes grinçants d’une horlo­ge­rie, en conti­nuelle agita­tion, comme ce qu’ils ont toujours voulu inven­ter : un malheu­reux mouve­ment perpé­tuel.

La tech­nique s’op­pose et s’im­pose aux indi­vi­dus comme une exté­rio­rité qui les dépos­sède toujours plus profon­dé­ment de tout pouvoir sur leur propre vie en déter­mi­nant leurs actions. Dans un monde tech­nique, la machine est plus réelle que l’in­di­vidu, qui n’en est qu’une prothèse. La foi dans la tech­nique, que l’on pouvait consi­dé­rer comme bour­geoise, s’ac­com­pagne aujourd’­hui d’un nihi­lisme toujours plus confor­miste et apolo­gé­tique, surtout dans la phase post-bour­geoise de l’ère tech­no­lo­gique, fruit du désen­chan­te­ment du monde et de la destruc­tion de l’in­di­vidu. La pensée tech­no­cra­tique est suppléée par l’idéo­lo­gie du néant, ce mal français qui proclame la supré­ma­tie du modèle et la fasci­na­tion de l’objet, qui élucubre sur l’in­dé­pen­dance de la pensée par rapport à l’ac­tion, l’ef­fon­dre­ment de l’his­toire et du sujet, des machines dési­rantes, le degré zéro de l’écri­ture, qui vise la décons­truc­tion du langage et de la réalité, etc. Depuis l’exis­ten­tia­lisme et le struc­tu­ra­lisme jusqu’au moder­nisme, les penseurs du néant constatent une démo­li­tion inexo­rable de tout ce qui est humain et s’en congra­tulent ; ils ne prétendent pas contre­dire la reli­gion de la tech­nique, mais lui ouvrir la route. Ils ne sont pas origi­naux et même pas penseurs : ils plagient les apports critiques de la socio­lo­gie moderne ou de la psycha­na­lyse et fabriquent une logor­rhée inin­tel­li­gible avec des emprunts dégui­sés, bien entendu, au langage scien­ti­fique. Dans l’objec­ti­va­tion complète de l’ac­tion sociale qu’ef­fec­tue la tech­nique, ils applau­dissent l’abo­li­tion de l’homme social en tant que sujet histo­rique. Le système, l’or­ga­ni­sa­tion, la tech­nique ont chassé l’homme de la vie et ces idéo­logues annoncent avec joie, comme une grande révé­la­tion, l’avè­ne­ment de l’homme anéanti, de l’être vide et super­fi­ciel dont l’exis­tence frivole et méca­nique est consi­dé­rée comme l’ex­pres­sion même de la créa­ti­vité et de la liberté.

L’au­to­rité, le pouvoir, dans la poli­tique et dans la rue, dans la paix et dans la guerre, appar­tient au mieux équipé tech­no­lo­gique­ment. À la bour­geoi­sie s’est substi­tuée une classe tech­no­cra­tique non pas issue d’une révo­lu­tion anti-bour­geoise, mais de la crois­sante complexité sociale produite par la lutte des classes et l’in­ter­ven­tion étatique. Dans la voie vers une nouvelle société basée sur une haute produc­ti­vité, alimen­tée par l’au­to­ma­tion et l’éco­no­mie de services, la bour­geoi­sie s’est méta­mor­pho­sée en une nouvelle classe domi­nante. Celle-ci ne se défi­nit pas par la propriété ou l’argent, mais par sa compé­tence et sa capa­cité de gestion ; la propriété et l’argent sont néces­saires mais non déter­mi­nants. La force de la classe domi­nante ne provient pas exclu­si­ve­ment de l’éco­no­mie et de la poli­tique, ni même de la tech­nique, mais de la fusion des trois en un complexe tech­no­lo­gique du pouvoir que Mumford a appelé « méga­ma­chine ». La tech­nique, en se trans­for­mant en unique force produc­tive, a faci­lité le triomphe de l’éco­no­mie qui, aujourd’­hui, en créant le marché mondial, lui ouvre la voie en impo­sant la dyna­mique expan­sive de la produc­tion de masse au monde entier. À sa façon, elle a ridi­cu­lisé la fonc­tion de l’État en estom­pant son histoire et son rôle. Ayant été converti préa­la­ble­ment par l’éco­no­mie en grand patron, il est main­te­nant trans­formé en machi­ne­rie de gouver­ne­ment et de contrôle des masses par la tech­nique.

Exemple tout récent.

Depuis la fin du XIXe siècle, la péren­nité du système capi­ta­liste est obte­nue par inter­ven­tion de l’État, qui impose une poli­tique écono­mique et sociale stabi­li­sa­trice. L’État cessa d’être une super­struc­ture auto­nome pour fusion­ner avec l’éco­no­mie et se présen­ter comme un espace neutre où pouvait se résoudre l’af­fron­te­ment entre les classes. L’État se présen­tait comme garant des avan­cées sociales, de la sécu­rité et de l’éga­lité des chances.

L’État-provi­dence fut une inven­tion qui assu­rait à la fois la reva­lo­ri­sa­tion du capi­tal et l’as­sen­ti­ment des masses. En son sein, la poli­tique se trans­for­mait lente­ment en admi­nis­tra­tion, se profes­sion­na­li­sait, s’orien­tait vers la réso­lu­tion de ques­tions tech­niques. Bien que le régime poli­tique fut une « démo­cra­tie » formelle, la poli­tique ne pouvait être l’objet de discus­sion publique : en tant qu’ex­po­si­tion et réso­lu­tion des problèmes tech­niques, elle néces­si­tait d’une part le savoir spécia­lisé – c’était une tech­no­po­li­tique – aux mains d’une bureau­cra­tie profes­sion­nelle et, d’autre part, un éloi­gne­ment – une dépo­li­ti­sa­tion – des masses. Cette dépo­li­ti­sa­tion fut obte­nue grâce au progrès tech­nique, qui a pour effet d’iso­ler l’in­di­vidu dans la société en l’en­tou­rant de machines domes­tiques et en le confi­nant dans sa vie privée. D’autre part, chaque étape dudit progrès annule la précé­dente, entraî­nant un dyna­misme compul­sif dans lequel la nouveauté est accep­tée simple­ment parce que nouvelle, et le passé se trouve relé­gué dans une sorte d’ar­chéo­lo­gie. Ainsi, il crée un présent perpé­tuel dans lequel les hommes sont indif­fé­rents. Fin de l’his­toire ?

Dans ses meilleures satires contre l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par la tech­nique, Karl Capek ironise sur la bana­li­sa­tion des faits : dans une société qui a tant de possi­bi­li­tés tech­niques, « les événe­ments histo­riques ne pouvaient se mesu­rer par siècles ni par décades comme cela s’était fait jusqu’à présent dans l’his­toire du monde, mais par trimestres […]. On pour­rait dire que l’his­toire se produi­sait en gros et que, pour cette raison, le temps histo­rique se multi­pliait rapi­de­ment (selon certains calculs, cinq fois plus). » (La Guerre des Sala­mandres)

L’État trans­forma la tech­nos­cience en prin­ci­pale force produc­tive en encou­ra­geant le progrès scien­ti­fique et tech­nique, d’abord à la recherche à grande échelle dans le domaine des armes de guerre, puis dans la produc­tion indus­trielle des biens. L’évo­lu­tion du système social et par consé­quent celle de l’éco­no­mie et de l’État étaient dès lors déter­mi­nées par le progrès tech­nique. Il n’im­pliquait pas seule­ment la déca­dence du monde du travail et l’ob­so­les­cence de la classe ouvrière, qui cessait d’être la prin­ci­pale force produc­tive, mais il signi­fiait aussi la fin de l’État protec­teur. Dans les socié­tés soumises à la tech­nique, le contrôle des indi­vi­dus s’ef­fec­tue mieux par des stimu­lus exté­rieurs que par le recours à des règles fixant leurs conduites et les enré­gi­men­tant. Ce qui domine parmi les indi­vi­dus n’est pas le carac­tère auto­ri­taire – et son complé­ment, le carac­tère soumis – mais la person­na­lité déstruc­tu­rée et narcis­sique (voir Chris­to­pher Lasch, La Culture du Narcis­sisme, 1979). La fin de l’État était avant tout la fin du carac­tère “social” de l’État. Il doit se limi­ter main­te­nant à être une orga­ni­sa­tion – plus complexe, plus tech­nique, avec moins de person­nel – de services publics bon marché, un réseau de bureaux effi­ca­ce­ment connec­tés de polices admi­nis­tra­tives, juri­diques ou d’as­sis­tance. Les condi­tions sociales qu’im­pose la tech­nique auto­no­mi­sée ne sont abso­lu­ment pas favo­rables à une centra­li­sa­tion poli­tique, elles ne promeuvent ni l’éta­tisme ni le déve­lop­pe­ment d’une bureau­cra­tie disci­pli­née. Ceci carac­té­ri­sait la phase sociale précé­dente de la tech­nique (anté­rieure au despo­tisme tech­no­lo­gique contem­po­rain), plus conforme aux besoins de l’État-Provi­dence ou de la produc­tion collec­ti­viste d’un État tota­li­taire. Tous les secteurs de la bureau­cra­tie étatique ou para-étatique sont recy­clés, c’est-à-dire réor­ga­ni­sés selon de stricts critères de rende­ment qui priment sur leurs inté­rêts propres. Comme le veut un vieux proverbe bancaire, tout est ques­tion de chiffres. Il convient de rappe­ler que ceux qui commandent ne sont pas les proprié­taires des moyens de produc­tion – les entre­pre­neurs, la vieille bour­geoi­sie – ou les admi­nis­tra­teurs de l’État – la bureau­cra­tie – mais les élites liées à la haute tech­no­lo­gie et à « l’in­gé­nie­rie finan­cière ». Ces élites sont apatrides et se servent de l’État comme elles se servent des moyens de produc­tion et des finances, combat­tant tout déve­lop­pe­ment auto­nome de ces derniers en exigeant avant tout de l’ef­fi­ca­cité. Il ne faut pas oublier non plus que tout proces­sus tech­nique – produc­tif, finan­cier, poli­tique – tend à élimi­ner les personnes et à s’au­to­ma­ti­ser. Les masses ne sont néces­saires que dans la mesure où il n’existe pas de machines pour les rempla­cer. L’État tota­li­taire était une tech­nique de gouver­ne­ment où tous les mouve­ments de masses étaient simpli­fiés et réduits à des actions prévi­sibles comme dans un méca­nisme. Pour lui, la réflexion était une atti­tude subver­sive et l’obéis­sance la plus grande des vertus publiques. Pour cela, un énorme appa­reil poli­cier était néces­saire. Mais la même logique de la tech­nique engendre l’au­to­ma­tisme des conduites, avec toujours moins de néces­sité de contrôle, de leaders, de grandes bureau­cra­ties, ou de grands appa­reils poli­ciers. Mieux valent les vidéo-surveillances, les unités d’in­ter­ven­tion rapide et les services de protec­tion privés. L’in­di­vidu n’existe pas, la classe ouvrière non plus, l’État peut se réduire à un écran, c’est-à-dire se virtua­li­ser. Voilà le moment histo­rique dans lequel nous sommes.

La méca­ni­sa­tion du monde est la tendance domi­nante d’un proces­sus achevé dans ses grandes lignes. Mais des contra­dic­tions voient le jour entre les secteurs plus ou moins avan­cés, entre les tradi­tions bour­geoises et étatiques et l’en­goue­ment déme­suré vers le tech­ni­cisme ; tout comme entre les classes en voie de disso­lu­tion qui ne sont plus que des groupes parti­cu­liers aux inté­rêts privées et la nouvelle classe émer­gente, unifiée et stable, extrê­me­ment hiérar­chi­sée dans laquelle la posi­tion au sein du pouvoir dépend de l’élé­ment tech­nique. La tech­nique est un facteur stra­té­gique déci­sif qui se garde comme un secret : c’est le secret de la domi­na­tion. Ce qui ne veut pas dire que les tech­ni­ciens, par le simple fait de l’être, jouissent d’une situa­tion privi­lé­giée, bien que d’une certaine façon soit appa­rue une nouvelle classe de « mana­gers », de direc­teurs, dispo­sée à s’em­pa­rer du pouvoir. Évide­ment, l’offre d’em­ploi pour les profes­sions de la tech­nique est la seule qui a augmenté, et la seule chose qui a changé, c’est la compo­si­tion du monde sala­rié. Les experts ne commandent pas, ils servent. Les cadres, l’in­tel­li­gent­sia tech­nique, ne sont que le mirage d’une classe provoqué par les chan­ge­ments inter­ve­nus dans les premiers moments de l’ap­pa­ri­tion de la haute tech­no­lo­gie, de la tech­nos­cience, quand réel­le­ment ces sala­riés jouèrent leur rôle : faci­li­ter son insti­tu­tion­na­li­sa­tion. Avec la spécia­li­sa­tion et la frag­men­ta­tion crois­sante de la connais­sance et le déve­lop­pe­ment du système éduca­tif dans une direc­tion favo­rable à la tendance domi­nante et son exten­sion à toute la popu­la­tion, chacun est préparé pour obéir aux machines. Tech­ni­ciens, nous le sommes tous. La forma­tion tech­nique n’est plus une incon­gruité : c’est la carac­té­ris­tique commune de tous les humains. La marque de leur dépos­ses­sion.

La trans­for­ma­tion du prolé­ta­riat en une grande masse de sala­riés sans aucun lien de soli­da­rité de classe n’a pas éliminé les luttes sociales mais la lutte des classes. Quand on porte atteinte à divers inté­rêts, des conflits surgissent qui peuvent être d’une grande inten­sité et d’une grande violence, mais qui ne touchent pas à l’es­sen­tiel – la tech­nique et l’or­ga­ni­sa­tion sociale basée sur elle – et par consé­quent ne menacent pas le système. On ne peut pas inter­pré­ter les luttes de fonc­tion­naires, d’ex­clus, d’em­ployés, de petits agri­cul­teurs, de cadres, etc. en termes de luttes de classes. Ce sont des réponses au capi­tal qui, dans son proces­sus de valo­ri­sa­tion, nuit aux inté­rêts secto­riels parti­cu­liers de groupes sociaux précis qui n’in­carnent ni ne peuvent incar­ner l’in­té­rêt géné­ral : pour cette raison ils ne mettent pas en péril le système de domi­na­tion. Le moment clé de la lutte est toujours la négo­cia­tion, et ce sont les spécia­listes qui la règlent. Aucun groupe opprimé spéci­fique ne peut, par sa situa­tion objec­tive, deve­nir l’em­bryon d’une classe sociale, un sujet histo­rique dont les luttes portent en elles les espé­rances éman­ci­pa­trices d’une grande partie de la popu­la­tion. Toutes les luttes se déroulent main­te­nant à la péri­phé­rie du système. Celui-ci n’a besoin de personne, ne dépend d’au­cun groupe social en somme. Le système fonc­tion­ne­rait de la même manière si un groupe social s’en sépa­rait. Ainsi sa lutte ne serait que margi­nale et testi­mo­niale. Les groupes sociaux oppri­més n’af­frontent plus la domi­na­tion dans un rapport de classe contre classe. D’autre part, aucun groupe social n’as­pire à la liqui­da­tion du système, parce qu’au­cun groupe, malgré l’ac­cu­mu­la­tion des mani­fes­ta­tions de ses effets nocifs, ne conteste la supré­ma­tie de la tech­nique qui nour­rit la cohé­sion et la soli­dité de la domi­na­tion. Le consen­sus vis-à-vis de la tech­nique – tout le monde croit qu’on ne peut vivre sans elle – justi­fie l’au­to­rité de l’oli­gar­chie tech­no­cra­tique et dilue les néces­si­tés d’éman­ci­pa­tion de la société.

Toute révolte contre la domi­na­tion ne repré­sen­tera l’in­té­rêt géné­ral que si elle se trans­forme en rébel­lion contre la tech­nique, en révolte luddite (voir Edward P. Thomp­son, La forma­tion de la classe ouvrière anglaise, 1963). La diffé­rence entre les ouvriers luddites et les esclaves modernes de la tech­nique réside dans le fait que ceux-là avaient un mode de vie à sauver, menacé par les fabriques ; ils consti­tuaient une commu­nauté qui savait se défendre et se proté­ger. Pour cette raison, il fut diffi­cile d’en venir à bout. La répres­sion donna nais­sance à la police anglaise moderne, permit le déve­lop­pe­ment du système manu­fac­tu­rier et d’un syndi­ca­lisme toléré et encou­ragé à cause du luddisme. La marche du prolé­ta­riat commence par ce renon­ce­ment impor­tant.

Plus encore, les premiers jour­naux ouvriers – cf. L’Ar­ti­san en 1830 – feront l’éloge des machines en arguant qu’elles libèrent le travail et que la solu­tion n’est pas de les suppri­mer, mais d’en exploi­ter les possi­bi­li­tés. Contrai­re­ment à ce qu’af­fir­maient Marx et Engels, le mouve­ment ouvrier s’est condamné à l’im­ma­tu­rité poli­tique et sociale quand il a renoncé au socia­lisme utopique et a choisi la science, le progrès (la science bour­geoise et le progrès bour­geois), au lieu de la commu­nauté et l’épa­nouis­se­ment indi­vi­duel. Depuis lors, l’idée selon laquelle l’éman­ci­pa­tion sociale n’est pas « progres­siste » a plus circulé dans la socio­lo­gie moderne et dans la litté­ra­ture que dans le mouve­ment ouvrier, à l’ex­cep­tion de quelques anar­chistes ou disciples de Morris et de Thoreau.

Ainsi, pour exemple, nous n’avons qu’à ouvrir le roman de Thea von Harbou, Métro­po­lis, pour lire ces harangues :

Du matin jusqu’au soir, à midi, l’après-midi, la machine rugit en récla­mant nour­ri­ture, nour­ri­ture, nour­ri­ture. Vous êtes la nour­ri­ture ! Vous êtes la nour­ri­ture vivante ! La machine vous dévore et puis, épui­sés, elle vous jette ! Pourquoi engrais­sez-vous la machine avec vos corps ! Pourquoi accep­tez-vous ses arti­cu­la­tions avec votre cerveau ? Pourquoi ne lais­sez-vous pas mourir de faim les machines idiotes ? Pourquoi ne les lais­sez-vous pas paraître stupides ? Pourquoi les alimen­tez-vous ? Plus vous le ferez, plus elles auront faim de votre chair, de vos os, de votre cerveau. Vous êtes dix mille ! Cent mille ! Pourquoi ne lancez-vous pas cent mille poings assas­sins contre les machines ?

Évidem­ment, la destruc­tion des machines est une simpli­fi­ca­tion, une méta­phore de la destruc­tion du monde de la tech­nique, de l’ordre tech­nique du monde, ce qui consti­tue l’im­mense tâche histo­rique de l’unique révo­lu­tion véri­table. Le retour au début, au savoir-faire des commen­ce­ments, que la tech­nique a pros­crit.

Il ne s’agit pas d’un retour à la Nature, bien que les rela­tions entre les hommes et la Nature devront se modi­fier radi­ca­le­ment et plus se baser sur la réci­pro­cité que sur l’ex­ploi­ta­tion, puisqu’en détrui­sant la nature, on détruit inévi­ta­ble­ment la nature humaine. Il n’est main­te­nant plus ques­tion de la domi­ner, mais d’être en harmo­nie avec elle. L’exis­tence des êtres humains ne devra plus se conce­voir comme pure acti­vité d’ap­pro­pria­tion des forces natu­relles, comme un mouve­ment, comme un travail. Une société non-capi­ta­liste, c’est-à-dire libé­rée de la tech­nique, ne sera pas une société indus­trielle, ni une société paléo­li­thique ; simple­ment une société dotée des tech­niques appro­priées à sa subsis­tance, en équi­libre avec le milieu natu­rel. Elle devra élimi­ner toute la tech­nique qui est source de pouvoir, celle qui détruit les communes, isole l’in­di­vidu, dépeuple les campagnes, empêche l’ap­pa­ri­tion des commu­nau­tés, etc. ; bref, celle qui menace le monde de la vie libre. […]

Si ceux qui se trouvent enga­gés dans la lutte contre la tech­nique regardent autour d’eux, ils consta­te­ront que les ravages tech­no­lo­giques réveillent toujours une faible oppo­si­tion, para­si­tée par un écolo­gisme poli­tique ou direc­te­ment récu­pé­rée par des gens au service de l’État. Par ailleurs, aucun mouve­ment d’une certaine ampleur, partant de conflits précis, n’a essayé de s’or­ga­ni­ser clai­re­ment contre le monde de la tech­nique. Nous commençons à peine à redé­cou­vrir les grands apports de la socio­lo­gie critique améri­caine, ceux de l’école de Franc­fort, ou ceux d’El­lul, bien qu’ils aient de nombreuses années d’exis­tence. La tâche d’ac­tua­li­ser cette critique et de la mettre en rela­tion avec celle qui veut trans­for­mer radi­ca­le­ment les bases sur lesquelles s’ap­puie la société moderne est toujours aussi peu comprise. Le plus grand nombre essaye de combattre le système sur des terrains rési­duels ayant de moins en moins de poids : celui des reven­di­ca­tions ouvrières, du droit des mino­ri­tés, des centres de jeunes, de l’ex­clu­sion sociale, du syndi­ca­lisme paysan, etc. Sans mépri­ser leur enga­ge­ment social, force est de consta­ter que ces luttes ont des hori­zons limi­tés, ne serait-ce que parce qu’elles occultent la ques­tion clé, quand elles ne partagent pas osten­si­ble­ment la tech­no­phi­lie du système. Quoi qu’il en soit, celles qui recons­truisent une socia­bi­lité entre leurs parti­ci­pants et empêchent la créa­tion de hiérar­chie méritent le soutien. L’ac­tion de ceux qui s’op­posent au monde de la tech­nique n’a toujours pas mené à grand-chose, puisqu’une telle oppo­si­tion reste seule­ment une cause et n’est pas encore un mouve­ment. Mais elle a au moins servi à accroître l’in­sa­tis­fac­tion que la tech­nique sème partout et à montrer la bonne direc­tion. Ceux qui font l’apo­lo­gie de la tech­nique se retrouvent dans de beaux draps quand elle devient visi­ble­ment l’apo­lo­gie de l’hor­reur. Le système admet qu’il n’est en aucun cas un para­dis et se justi­fie comme l’unique possi­bi­lité tant qu’il n’y a personne pour le renvoyer aux poubelles de l’his­toire. Nous en sommes là.

Le système tech­no­cra­tique produit des ruines, ce qui favo­rise la diffu­sion de la critique et rend possible l’ac­tion à son encontre. La ques­tion prin­ci­pale porte sur les prin­cipes plus que sur les méthodes. N’im­porte quelle façon de procé­der est bonne si elle est utile et sert à popu­la­ri­ser les idées sans contri­buer à aucune capi­tu­la­tion : on parti­cipe aux luttes pour les rendre meilleures, non pour dégé­né­rer avec elles. En l’ab­sence d’un mouve­ment social orga­nisé, les idées sont primor­diales ; le combat pour les idées est le plus impor­tant parce qu’au­cune pers­pec­tive ne peut naître d’une orga­ni­sa­tion où règne la confu­sion concer­nant ce que l’on veut. Mais la lutte pour les idées n’est pas une lutte pour l’idéo­lo­gie, pour une bonne conscience satis­faite. Il faut aban­don­ner le leit­mo­tiv des consignes révo­lu­tion­naires qui ont vieilli et sont deve­nues des phrases toutes faites : il est incon­gru, quand le prolé­ta­riat n’existe plus, de parler du pouvoir absolu des conseils ouvriers ou de l’au­to­ges­tion géné­ra­li­sée, alors qu’il s’agit de déman­te­ler la produc­tion. La fin du travail sala­rié ne peut signi­fier l’abo­li­tion du travail, car la tech­no­lo­gie qui supprime et auto­ma­tise le travail néces­saire est seule­ment possible dans le règne de l’éco­no­mie. Les théo­ries de Fourier sur « l’at­trac­tion passion­née » seraient plus réalistes. Une action volon­ta­riste ne sert pas à grand-chose si les masses, une fois rassem­blées, ne savent que faire après avoir décidé de prendre en charge leurs propres affaires sans inter­mé­diaires. Dans cette situa­tion, même en tenant compte des succès partiels, l’ou­ver­ture de pers­pec­tives qu’elles ne pour­raient affron­ter avec cohé­rence et déter­mi­na­tion achè­ve­raient le mouve­ment, plus encore que de franches défaites. La tâche la plus élémen­taire consis­te­rait à réunir le plus grand nombre de gens possible autour de la convic­tion selon laquelle le système doit être détruit, et de nouvelles bases doivent être édifiées, afin de discu­ter du type d’ac­tion qui convient le mieux à la mise en pratique des idées issues de cette convic­tion. Une telle pratique doit viser l’adhé­sion d’une partie consé­quente de la popu­la­tion, au moins, car aussi long­temps qu’il n’existe pas de conscience révo­lu­tion­naire suffi­sam­ment répan­due, la classe exploi­tée ne pourra se recons­truire, et aucune action d’en­ver­gure histo­rique, aucun retour de la lutte des classes ne sera possible.

Miguel Amorós, septembre 1999.

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