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Alertez les bébés ! Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine (par PMO)
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Le texte qui suit a initialement été publié sur le site de PMO (Pièces et main-d’oeuvre), à l’adresse suivante.


Alertez les bébés !

Objections aux progrès de l’eugénisme et de l’artificialisation de l’espèce humaine

Ce mois d’octobre 2019 verra donc l’enregistrement légal par le parlement français — sauf chute d’une comète sur le Palais Bourbon — d’un coup de force élargissant à toutes les femmes, fertiles ou stériles, seules ou en couple (ou en « trouple », ou en troupe, etc.), l’accès à la fécondation in labo, prise en charge par une équipe médicale et par la sécurité sociale.

Ce succès, dû à une convergence de mouvements, ne s’arrêtera pas là.

Nous qui ne sommes ni croyants, ni catholiques, ni de droite (ce qui n’aurait rien d’infâmant), mais de simples chimpanzés du futur, athées, libres penseurs, anti-sexistes, écologistes radicaux, luddites, etc. — comme la plupart de nos lecteurs — exposons à cette occasion les raisons de notre opposition, à toute reproduction et modification artificielles de l’humain.

Que ce soit pour les homos ou les hétéros, seuls ou en couples, avec ou sans père. C’est clair ?

Et pour que ce soit encore plus clair, nous le faisons avec des femmes, des féministes et des lesbiennes. Celles du Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering, par exemple, qui, dès les années 1980, combattait les « technologies déshumanisantes » et le génie génétique et reproductif, « produit de développements scientifiques qui considèrent le monde comme une machine. »

L’insémination artificielle des femmes — artisanale ou médicale — pratiquée depuis le XIXe siècle, préservait encore le hasard de l’engendrement. À l’inverse, avec la fécondation hors corps et le tripatouillage de gamètes dans une boîte de Pétri, la reproduction biologique devient une production artificielle, dont le vivant est la matière première.

Depuis les années 1970, les médecins ont de leur propre chef appliqué ces procédés aux femmes stériles puis aux fertiles. Ils trient les gamètes, sélectionnent les embryons. Déjà, ils modifient les génomes à l’aide des « ciseaux génétiques » CRISPR-Cas 9. En clair, ils élaborent des hommes « augmentés » (transhumains, posthumains, etc.), ayant bénéficié de leurs traitements ; et donc des sous-hommes, des « chimpanzés du futur », ceux dont les parents auront refusé ces traitements ou n’y auront pas eu accès. Retour de l’« hygiène de la race » et de l’eugénisme décomplexé. Et vous, aurez-vous des enfants ? « Augmentés » ou ordinaires ? Posthumains ou chimpanzés ? Par les voies naturelles ou artificielles ?

La loi de bioéthique votée en 1994, autant violée par les médecins, qui repoussent toujours plus les limites de leurs prouesses, que par les « parents d’intention », adeptes du « tourisme procréatif » afin de contraindre l’État à ratifier leurs transgressions, en est à sa troisième révision. En attendant que la quatrième ou cinquième révision de cette loi bio-élastique n’étende également l’accès à la reproduction artificielle aux couples d’hommes et aux hommes seuls.

Nous protestons donc, en tant qu’humains ordinaires, membres de l’immense majorité de l’espèce, dotés depuis nos origines de facultés de reproduction naturelles (libres, sexuées, gratuites — et parfois défaillantes), contre l’instauration de ces procédures artificielles (technico-marchandes), et contre la destruction et l’appropriation de nos droits reproductifs, aux mains des biocrates. Nous protestons contre notre stérilisation technologique et sociale au profit de l’espèce supérieure des inhumains génétiquement modifiés.

Nous sommes nos corps. Nous, humains ordinaires, animaux politiques et chimpanzés du futur. Nous voici donc en état de légitime défense. Sommés d’agir ou disparaître.

Que si nous disparaissons, la victoire des plus aptes se révélera sans avenir. Le contrat technosocial est un marché de dupe. Croyant s’affranchir, l’homme-machine s’asservit. Croyant dominer, il obéit. Quand on utilise les moyens technologiques, on donne le pouvoir aux technocrates. Quand on utilise les moyens biotechnologiques, on donne le pouvoir aux biocrates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pouvoir à la Mère-Machine.

Sommaire : 1– L’hypocrisie sélectionniste. 2– Extension de l’eugénisme. 3– De l’enfant artificiel à l’espèce artificielle. 4– La fabrication plutôt que la naissance. 5– Droiche-gaute : le faux clivage qui masque les vrais. 6– Découvrons le complot hétéro. 7– La reproduction sans homme, une augmentation transhumaniste. 8– Éliminer l’humain pour éliminer l’erreur. 9– Le fait accompli comme contrat social : le droit du plus fort. 10– La liberté de disposer d’un corps obsolète. 11– Au-delà des limites : transformation du désir en droit (mon désir sera ta loi). 12-Mère-Machine s’occupera de tout (maternage et infantilisme technologiques). Glossaire: Novlangue de la reproduction artificielle.

Si certains passages vous donnent une impression de déjà-lu, c’est normal. Ceci est une version réduite, augmentée, revue, corrigée et mise à jour de Reproduction artificielle pour toutes : le stade infantile du transhumanisme, publié en juin 2018.

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2019 sera donc l’année de l’accès à la reproduction artificielle sans critère de stérilité (mais remboursée par la sécurité sociale). L’année où le parlement aura autorisé la création d’embryons transgéniques et de gamètes artificiels, cependant que les laboratoires et start up français poursuivaient leurs efforts en matière de séquençage génétique à haut débit et de big data génétique.

Cela s’appelle la bioéthique : un processus ultra-rapide d’artificialisation de l’espèce humaine validé par la loi. Un sas d’enregistrement législatif de l’emballement technologique et du bouleversement perpétuel de nos conditions de vie. En l’occurrence, du mode de production des enfants à venir et des améliorations possibles de ces produits, en fonction du progrès des manipulations génétiques et des desiderata des parents d’intention.

Ni les débats parlementaires, ni les rapports des juridictions administratives, ni les consultations citoyennes ne peuvent masquer la réalité : c’est la technologie qui détermine l’avenir de nos sociétés et désormais, de l’espèce humaine. C’est là le résultat d’un putsch des biocrates, dont l’immunologue Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique, est le porte-parole :

« La science avance, en effet. Je fais partie de ces gens qui pensent qu’on ne peut pas l’arrêter, qu’on ne doit pas l’arrêter. […] Il y a des innovations technologiques qui sont si importantes qu’elles s’imposent à nous[1]. »

Nous refusons quant à nous que des innovations technologiques s’imposent à nous, plus encore si elles sont importantes, et c’est pourquoi nous nous opposons à toute reproduction artificielle de l’humain, comme à toute biologie synthétique[2].

Avec l’instrumentalisation tactique du « désir d’enfant » par les biocrates, c’est le projet eugéniste (transhumaniste) de machination de l’espèce humaine qui se déploie derrière un rideau de fumée sentimental. Nous parlons de notre disparition en tant qu’humains ordinaires inscrits dans l’histoire naturelle de la « génération continue » (Aristote), évincés par une espèce automachinée, produite, sélectionnée et modifiée en laboratoire ; une espèce adaptée à son technotope artificiel. Si l’effondrement écologique et le chaos climatique faisaient douter de la persistance de générations futures, ces progrès de la reproduction artificielle soutenus par la technocratie dirigeante lèvent les derniers doutes.

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1– L’hypocrisie sélectionniste

Rappel. Le mot « eugenics » (du grec bien engendrer) est forgé en 1883 par Galton, le cousin de Darwin, pour désigner la « science de l’amélioration de la race ». Comme la plupart des scientifiques de l’époque, Galton défend la sélection humaine artificielle : le tri de ceux qui peuvent se reproduire ou non. En fait, nous dit l’historien des sciences André Pichot, au début du XXe siècle, « la quasi-totalité des généticiens et des évolutionnistes, et une bonne partie des autres biologistes et des médecins, ont été eugénistes[3]. » Le scientisme triomphant affiche sa volonté de puissance : les savants peuvent faire mieux que l’évolution naturelle, en maîtrisant les facteurs de la reproduction humaine. La science améliorera le cheptel humain, comme elle l’a fait pour le bétail non humain.

Dès 1907 certains États américains, et dans les années 1920–30 la Suède, le Danemark, le Canada, le canton de Vaud, le Japon, l’Allemagne, adoptent des lois eugénistes, stérilisant malades mentaux, handicapés, « dégénérés » supposés affaiblir l’espèce par transmission héréditaire de leurs tares. Selon les études citées par A. Pichot, entre 350 et 400 000 Allemands sont stérilisées entre 1934 et 1945. À partir de 1939, Hitler ordonne l’extermination (dite « euthanasie ») de dizaines de milliers de malades mentaux dans des chambres à gaz puis lors d’opérations d’« euthanasie sauvage ». En 1941, alors que les crimes allemands sont connus — et dénoncés par l’Église catholique — le biologiste eugéniste anglais Julian Huxley (frère d’Aldous) écrit : « l’eugénique deviendra inévitablement une partie intégrante de la religion de l’avenir[4]. »

Après-guerre, la plupart des médecins coupables échappent à tout procès, l’eugénisme est nié comme crime contre l’humanité et l’extermination des malades refoulée dans l’oubli. Julian Huxley, devenu premier directeur de l’Unesco, poursuit sa prédication : « Nous, humains, nous sommes les agents de l’évolution à venir […]. L’idée eugéniste peut devenir un motif d’agir et une raison d’espérer[5]. »

Le projet d’amélioration de l’espèce humaine par les moyens scientifiques n’a jamais disparu. Il s’est au contraire enrichi des progrès techno-scientifiques. Il porte désormais les noms de « transhumanisme », lancé en 1957 par Julian Huxley et Teilhard de Chardin[6], de « conception humaine consciente » ou de « choix germinal », et jouit des percées du génie génétique.

Le tri et la modification des humains à naître sont toujours soutenus avec ferveur par les scientifiques, du prix Nobel James Watson (« Si nous pouvions créer des êtres humains meilleurs grâce à l’addition de gènes […], pourquoi s’en priver ? »), au paléoanthropologue Yves Coppens (« L’avenir est superbe. La génération qui arrive va apprendre à peigner sa carte génétique, à accroître l’efficacité de son système nerveux, à faire les enfants de ses rêves […] »), en passant par le généticien du Téléthon Daniel Cohen (« À bas la dictature de la sélection naturelle, vive la maîtrise humaine du vivant ! »), ou son acolyte Miroslav Radman qui en appelle à « l’homme transgénique »[7].

Dans l’histoire des sciences et technologies et de leur influence sur la société, l’eugénisme précède la reproduction artificielle. La situation n’est pas celle d’un eugénisme menaçant les technologies reproductives de « dérive », mais celle d’une technologie qui dérive de l’eugénisme. Tout progrès de la reproduction artificielle fait progresser l’eugénisme, d’un point de vue concret, matériel, et du point de vue idéologique, dans les consciences.

Cela vous choque ? Sans doute seriez-vous choqués qu’une société décrète les albinos indésirables. Vous partagez la révolte du chanteur malien Salif Keita contre les assassinats, en Afrique, de personnes à la peau et aux cheveux dépigmentés : « Les albinos naissent et grandissent comme tout le monde. Ils ont besoin d’être aimés et considérées comme des personnes normales[8] ».

Ravalez vos bons sentiments. En France, le centre de diagnostic préimplantatoire (DPI) de l’hôpital Necker à Paris détecte les gènes de l’albinisme sur des embryons avant leur implantation in utero[9], afin de leur éviter cette existence de « personnes normales » que revendique Salif Keita. Les eugénistes des années 1930 et 40 débattaient déjà des « vies dignes d’être vécues ou non ». Le DPI actualise les vieilles méthodes de sélection artificielle, par le diagnostic génétique des parents avant la fécondation in vitro : on sait ainsi qui risque de mal engendrer (« cacogénisme »). Essayez de donner vos gamètes si vous avez une anomalie génétique. Le parlement français a légalisé le DPI en 1994 lors de la première loi de bioéthique, puis élargi son champ d’application en 2004. Ainsi, explique benoîtement la mission d’information sur la révision de cette loi bio-élastique en 2019 : « l’issue du DPI est un tri d’embryons, à savoir la sélection parmi plusieurs d’un embryon dépourvu de l’affection génétique recherchée[10] ».

L’extension de l’eugénisme ne soulève plus d’objection ; les sélectionnistes ont gagné.

Le tri sélectif par diagnostic prénatal (en début de grossesse) éradique déjà les trisomiques, dont l’espérance de vie atteint pourtant 60 ans, mais qui demandent de l’attention. Les rares trisomiques rescapés du crible technologique savent qu’ils ne sont pas les bienvenus à Gattaca, une société qui sélectionne ses fœtus. Au temps pour le « droit à la différence » dont se targuent nos moralistes inclusifs.

Les Rantanplan du « retour aux heures sombres de notre histoire » ratent ce fait historique : nos démocraties poursuivent l’objectif d’Hitler de supprimer les « malades mentaux ». De façon moderne, au stade embryonnaire ou fœtal, dans la blancheur clinique des laboratoires et l’approbation silencieuse de la masse vaincue par le progrès. Comme dit le bioéthicien transhumaniste Julian Savulescu, l’eugénisme, tout dépend l’usage qu’on en fait :

« L’eugénisme signifie juste avoir un meilleur enfant. Cette idée est bien vivante aujourd’hui. Quand les gens dépistent durant la grossesse le syndrome de Down ou un handicap intellectuel, c’est de l’eugénisme. Le problème de l’eugénisme nazi est qu’il n’était pas volontaire. Les gens n’avaient pas le choix. Aujourd’hui, ils peuvent choisir d’utiliser les fruits de la science pour prendre ces décisions de sélection[11]. »

Au moins les transhumanistes assument-ils. À l’inverse de René Frydman, opérateur du premier bébé-éprouvette français, et des Tartuffe de la reproduction artificielle, selon lesquels il n’y aurait pas d’eugénisme sans contrainte étatique. Chuintement du professeur Jean-Louis Touraine, rapporteur de la loi de bioéthique 2019 : « L’objet du DPI, comme du DPN [NdA : diagnostic prénatal], est de faire naître des enfants en bonne santé et non d’améliorer l’espèce humaine[12] ». Et le chœur progressiste : « Tous ceux qui recourent à la PMA ne sont pas transhumanistes, ils veulent juste un enfant ! »

Ainsi, l’eugénisme se dissoudrait dans la multitude des choix individuels sans considérations sur leurs effets quant à l’avenir de l’espèce. On reconnaît la « direction d’intention » des jésuites que raillait Pascal dans ses Provinciales. Nous n’avons pas transgressé l’interdit, la transgression s’est produite à notre insu ; ce n’était pas notre intention, juste une fâcheuse conséquence : nous serons donc absous. Pour plagier Bossuet, « Dieu se rit de ceux qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes ». Mais les « parents d’intention » ne les déplorent même pas : ils se fichent des dégâts collatéraux, politiques et anthropologiques, de leurs désirs individuels. D’ailleurs, ceux qui achètent du Nutella à l’huile de palme ne veulent pas déforester la planète, ils veulent juste un bon goûter.

Supprimer le mot ne supprime pas la chose. Au contraire cette censure permet-elle « à la science de développer dans l’ombre ses dimensions totalitaires[13] ». Comme le dit André Pichot, supprimer les mots « race » ou « sexe » ne supprime ni les races ni le sexe. Et a fortiori ni le racisme, ni le sexisme. On peut s’il vous plaît remplacer « race » par « groupe ethnique », « sexe » par « genre » et « eugénisme » par « choix individuel ». « Ces messieurs croient avoir changé les choses quand ils en ont changé les noms. Voilà comment ces profonds penseurs se moquent du monde[14] » (Engels).

À propos, écoutons la ministre de la santé Agnès Buzyn, s’inquiétant qu’un possible dépistage de la trisomie 21 par DPI nous entraîne vers « une société qui triera les embryons[15] ». Rappelons à cette ministre éthique que les techniciens trient déjà les embryons, et que 97 % des fœtus porteurs de trisomie sont éliminés. Ce qu’elle feint de craindre, c’est ce qu’on fait déjà.

En fait, explique le philosophe Jürgen Habermas, choisir votre rejeton fait de vous un eugéniste libéral[16]. Vous suivez votre goût personnel pour les bébés de tel ou tel modèle, sur un marché libre et concurrentiel. La dictature du marché se substitue à la dictature de l’État pour prescrire les normes des produits désirables. Et la technologie commande au marché en lui imposant sans cesse des produits et des procédés nouveaux et améliorés. Le darwinisme social s’actualise au moyen de la technologie ; il est la version libérale de l’eugénisme. Aussi, rappelle Habermas, même fondé sur le désir individuel, le choix des individus à naître s’appelle l’eugénisme :

« Si l’habitude se prend de recourir à la biotechnologie pour disposer de la nature humaine au gré de ses préférences, il est impossible que la compréhension que nous avons de nous-mêmes du point de vue d’une éthique de l’espèce humaine en sorte intacte[17]. »

L’habitude se prend, comme le rapporte l’Agence française de biomédecine (bilan 2016) :

« Outre les anomalies de structure décelées en cytogénétique, 246 maladies génétiques différentes ont bénéficié d’une mise au point en vue d’un DPI, dont 25 nouvelles indications de maladies génétiques. » Parmi lesquelles, donc, l’albinisme.

Qui a décidé de ces indications ? Après quelles délibérations ? Sur quels critères ? Les experts médicaux des quatre (désormais cinq) centres français de diagnostic préimplantatoire. Ceux-là mêmes qui depuis plus d’un siècle répandent l’idéologie sélectionniste du haut de leurs compétences et de leur pouvoir. L’État n’a nul besoin de lois eugénistes avec de tels médecins, ni avec un Comité consultatif national d’éthique qui recommande l’extension quasi générale du dépistage préconceptionnel des futurs parents, même en l’absence de toute indication préalable d’un risque précisément identifié[18].

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2– Extension de l’eugénisme

L’insémination artificielle des femmes (avec assistance médicale ou non) préserve le hasard de l’engendrement. À l’inverse avec la fécondation hors corps, dans une boîte de Pétri, la reproduction biologique devient une production artificielle, dont le vivant (gamètes, embryons) est la matière première à transformer. Qui dit produit dit analyse, contrôle qualité, amélioration des procédés de fabrication et, inévitablement, amélioration du produit. Il ne s’agit plus de faire un enfant, mais un « bon » enfant. En attendant un enfant aux normes ISO[19].

Si les bénéficiaires de la PMA ont droit à un enfant en bonne santé, pourquoi pas les autres ? Pourquoi prendre le risque d’une procréation aléatoire quand la technologie garantit la qualité du produit ? D’autant que l’eugénisme high tech n’élimine plus des personnes mais des embryons considérés comme de simples matériaux. L’abstraction technique soulage la conscience des commanditaires et facilite la sélection. Parions que les vigies de l’égalité exigeront cette liberté de choix pour toussétoutes. Jean-François Delfraissy, président du Comité national d’éthique, confirme : « La technologie est là, et à partir du moment où il y a une offre, il va y avoir des consommateurs[20]. »

Cela vaut pour l’enfant sur-mesure, déjà disponible à l’étranger pour les plus riches. Aux États-Unis, en Thaïlande, dans la partie turque de Chypre, on choisit le sexe, la couleur des yeux, les aptitudes de ses héritiers. Les clients, sauf certains sourds et certains nains, retiennent rarement des modèles atteints de handicap, ou risquant d’être très petits ou trop gros. Les Européens préfèrent des filles, paraît-il. À voir cette vendeuse californienne d’ovocytes sélectionner ses « donneuses » (vendeuses, en fait) comme d’autres choisissaient leurs gagneuses, examiner leurs dents, poids et pedigree, on sent toute l’humanité — et le féminisme — du baby business[21].

C’est un lieu commun que la plupart des commanditaires feront de leur mieux pour doter leurs enfants des meilleures armes dans le combat de tous contre tous pour la réussite. Certaines innovations apportent aux plus rapides un avantage concurrentiel provisoire (la résistance à certains virus, par exemple). Mais la course aux armements ne peut cesser. Les suiveurs s’alignent au plus vite sur les précurseurs et leurs normes supérieures, entraînant une uniformisation provisoire, en attendant qu’une énième innovation redonne le dessus aux précurseurs.

La possibilité du choix en elle-même suscite le rejet des non conformes. Il faut vraiment avoir des parents indignes pour avoir été conçu avec autant de négligence. Pourquoi la société devrait-elle pallier l’irresponsabilité parentale et prendre en charge les rejetons défectueux. Les associations de handicapés déplorent déjà l’indifférence à leurs besoins. Cercle vicieux : si l’insertion des handicapés devient plus difficile, nul parent ne prendra le risque d’avoir un enfant handicapé. Ainsi se renforce l’importance de la sélection artificielle.

Le techno-capitalisme, ayant détruit les conditions naturelles de la reproduction (libre, sexuée, gratuite), lui substitue des artifices payants. La sélection et la reproduction artificielles sont des marchés comme les autres. C’est ainsi que la commission spéciale bioéthique de l’Assemblée nationale a voté l’ouverture du recueil et de la conservation des gamètes aux établissements privés à but lucratif. Ce sont des députés médecins (Cyrille Isaac-Sibille, Olivier Véran, Brahim Hammouche) ou généticien (Philippe Berta) qui ont défendu cette privatisation[22]. Quoi d’étonnant puisque cette commission comprend un quart de députés exerçant une profession médicale.

Si l’ouverture de la PMA à toute femme offre à ces marchés un nouveau champ d’expansion, elle ne les crée pas : ils existent depuis les débuts de la procréation technologique. Ce que la Manif pour tous, qui distingue entre les « bons usages » de la PMA (pour les hétéros) et les « mauvais » (« la PMA sans père ») feint d’ignorer. Pour les cathos d’Alliance Vita, « la PMA hors cas d’infertilité » entraînerait « l’exploitation de la “matière première reproductive” » et le risque eugéniste[23]. Les faits contredisent leur aveuglement volontaire : le tri ne cesse de croître depuis 1994. Au point qu’il a fallu ouvrir en mars 2018 un cinquième centre de DPI français au CHU de Grenoble. « Les quatre premiers centres sont complètement débordés face à une forte demande et des délais d’attente de 18 mois à 2 ans[24]. » Un responsable grenoblois se félicite de la tendance : « Je n’ai pas d’inquiétude sur le fait que nous allons recevoir un nombre de demandes croissant au fur et à mesure que l’existence du centre sera connue par nos collègues généticiens et gynécologues. Le nombre de demandes augmente déjà très rapidement[25]. »

L’offre crée la demande, comme le note l’Institut d’éthique biomédicale de l’université de Zürich : « Chez les pays ayant autorisé le tri d’embryon, on observe une tendance nette à élargir de plus en plus les indications du recours à cette technique. […] Dans le cas du DPI, le risque majeur est de se trouver dans une course imparable vers une nouvelle forme d’eugénisme[26]. »

C’est en toute connaissance de cause, et dûment alerté par les « réactionnaires bioconservateurs », que l’État a choisi l’eugénisme, d’une loi de bioéthique à l’autre. Dès 1985, l’Américaine Gena Corea, auteur de The Mother Machine[27], membre du réseau international des féministes contre les technologies de reproduction (Finrrage), dénonçait la mainmise du pouvoir technologique sur la procréation. La FIV ne risque-t-elle pas de devenir la norme pour se reproduire ?, interrogeait-elle[28].

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3– De l’enfant artificiel à l’espèce artificielle

Tout ce qui est techniquement possible est réalisé. L’heure est au big data génétique, aux gamètes artificiels, aux bébés transgéniques. En 2016, une équipe états-unienne a mis au point le premier bébé issu de la FIV « à trois parents », porteur de l’ADN nucléaire de ses parents et de l’ADN mitochondrial d’une donneuse. Le Royaume-Uni a autorisé ce mode de conception. Le projet de loi bioéthique français lève l’interdit de création d’embryons transgéniques en partie pour autoriser la FIV « à trois parents ».

Après le DPI, voici le séquençage génétique (screening) des embryons, réclamé à grands cris en 2016 par 130 médecins et biologistes français[29]. Selon Gregory Stock, ex-directeur du programme de médecine, technologie et société à la faculté de santé publique d’UCLA :

« Le screening des embryons par biopuces arrivera dans la décennie et, au-delà des maladies, il permettra en effet de tester des aptitudes, des tempéraments, des personnalités pourvu qu’ils comportent une part génétique, ce qui est en général le cas.[30] »

Le séquençage du génome est désormais « à haut débit ». Plus on analyse de profils ADN, plus les statistiques qu’on en tire disent de choses sur les individus. C’est le rôle des bases de données génétiques créées en Angleterre, en Chine ou aux États-Unis — notamment par 23andme, célèbre société de séquençage d’Anne Wojcicki (ex-épouse du patron transhumaniste de Google Sergeï Brin), qui exploite deux millions de profils ADN[31]. Au Beijing Genomics Institute, une équipe analyse le séquençage du génome de 2500 « génies » au quotient intellectuel supérieur à 160. « Nous sommes sûrs qu’avec assez de matière nous trouverons au moins une partie des gènes qui agissent sur le QI[32] ». Objectif : proposer aux couples ayant recours à la FIV de choisir l’embryon le plus intelligent, et augmenter le PIB chinois en proportion du QI de la population.

La France, avec son « Plan médecine génomique 2025 », développe son propre big data génétique. Pour l’accélérer, le Comité consultatif national d’éthique voudrait des diagnostics génétiques « en population générale[33] » pour détecter les porteurs sains de pathologies et constituer des bases de données françaises, exploitables par l’intelligence artificielle. De façon « encadrée » cela va de soi — avec l’accord des individus — au moins dans un premier temps.

Le big data génétique aurait comblé Galton, le cousin eugéniste de Darwin. Obsédé par la mesure mathématique — des mensurations, comportements et caractères transmis — il est le créateur de la biométrie et de la « psychométrie ». C’est en étudiant les statistiques sur les lignées qu’il veut perfectionner la sélection artificielle, préfigurant ainsi la génétique des populations. Avec l’eugénisme, il élabore une théorie biologique, mais aussi une méthode de gestion centralisée du cheptel humain par l’exploitation des données. Après lui en 1904, le biologiste américain Davenport, financé par la Carnegie Institution, poursuit la recherche sur l’eugénisme en dépouillant des millions de fiches sur les Américains stockées dans le laboratoire de Cold Spring Harbor.

Un siècle plus tard, les données sont numérisées, elles incluent des millions de génomes séquencés et leur traitement s’opère avec les moyens de l’intelligence artificielle.

Un outil performant, assurent les fondateurs de Genomic Prediction, pour la sélection d’embryons selon la taille, le poids, la couleur de peau, la prédisposition à certaines pathologies, voire le QI. D’après la revue du Massachusetts Institute of Technology, cette start up américaine est financée par des magnats transhumanistes de la Silicon Valley et son patron, le bio-informaticien danois Laurent Tellier, s’inspire du film Bienvenue à Gattaca. Son associé, Stephen Hsu, compte sur les « milliardaires et les types de la Silicon Valley » pour utiliser sa technologie et « faire des FIV même quand ils n’ont pas besoin de FIV[34] ». Ensuite, dit-il, le reste de la société suivra. Ceux qui en auront les moyens. De quoi réjouir le philosophe Nick Bostrom, co-fondateur de la World Transhumanist Association et du Future of Humanity Institute à l’université d’Oxford :

« L’ensemble des traits qui peuvent être sélectionnés ou éliminés va beaucoup s’étendre dans les deux prochaines décennies. Une tendance forte des progrès en génétique comportementale est la chute rapide du coût du génotypage et du séquençage des gènes. […] Tout trait dont l’héritabilité est non négligeable (y compris une capacité cognitive) pourrait alors faire l’objet d’une sélection[35]. »

Mieux que la sélection, l’innovation CRISPR-Cas9 promet la fabrication sur-mesure. Ces ciseaux génétiques inventés par l’américaine Jennifer Doudna et la française Emmanuelle Charpentier permettent de modifier « facilement » le génome des êtres vivants et de concevoir des bébés génétiquement modifiés (BGM). Couper, copier, coller, travail à façon. Nous n’imaginions pas en 2014, dans la première version de La Reproduction artificielle de l’humain co-rédigée avec Alexis Escudero, que la course à l’humain génétiquement modifié irait si vite.

En 2016, le Royaume-Uni et la Suède approuvent l’expérimentation de CRISPR-Cas9 sur des embryons humains.

En 2017, les académies américaines des Sciences et de Médecine valident « l’édition germinale » (modification génétique des gamètes et des embryons) pour éliminer des maladies héréditaires graves.

En 2018, les premiers bébés génétiquement modifiés naissent en Chine, provoquant les habituelles condamnations hypocrites. Selon la MIT Technology Review : « N’importe qui aurait pu prendre cette initiative. C’est si facile[36]. » Un chercheur russe annonce à l’été 2019 vouloir reproduire l’expérience[37] auprès de cinq couples désireux de ne pas transmettre leur surdité à leurs enfants. On parle ici de modifications génétiques transmissibles aux générations suivantes. De la création d’une nouvelle lignée d’humains. Quoi de plus flatteur pour la volonté de puissance des scientifiques ? Sicut dei — comme des dieux — enfin.

Autre espoir des bio-manipulateurs : les gamètes artificiels. À partir de cellules souches pluripotentes induites[38], par exemple prélevées sous la peau (mais aussi de cellules souches embryonnaires prélevées sur des embryons à un stade très précoce), les laboratoires développent indifféremment ovules et spermatozoïdes. Finie la différenciation mâle/femelle, chacun peut produire les deux types de gamètes in vitro.

En 2016, une équipe japonaise obtient des ovocytes de souris à partir de cellules souches, donnant naissance à des souriceaux.

En octobre 2018, des chercheurs chinois montrent que deux souris mâles peuvent engendrer à partir de cellules souches, avec les outils d’édition génétique et du clonage[39]. Selon des biologistes de Montpellier, « cette nouvelle arme thérapeutique tient plus d’une réalité à venir que de la fiction[40]. »

La loi de bioéthique ouvre la production de gamètes artificiels en France. Le texte voté en commission spéciale autorise, sauf opposition du directeur général de l’Agence de biomédecine, les protocoles de recherche sur des cellules souches embryonnaires ou des cellules souches pluripotentes induites « ayant pour objet la différentiation de ces cellules en gamètes, l’agrégation de ces cellules avec des cellules précurseurs de tissus extra-embryonnaires ou leur insertion dans un embryon animal dans le but de son transfert chez la femelle[41]. »

D’une pierre deux coups, nous aurons des embryons transgéniques humains/animaux. Comme les États-Unis et le Japon. Lequel a autorisé en juillet 2019 le transfert de cellules souches humaines dans des ovocytes fécondés de rats et de souris, puis l’implantation de ces embryons chimériques dans des utérus de femelles animales génétiquement modifiées. L’objectif est d’y parvenir ensuite avec des porcs, afin de produire des organes « humains » utilisables comme greffons[42].

À l’avenir, les couples de femmes pourront se reproduire et transmettre leur ADN, en appariant les ovocytes de l’une et les spermatozoïdes issus des cellules souches de l’autre. Elles ne pourront faire que des filles, du moins tant que la technologie ne leur greffera pas de chromosome Y — mais n’est-ce pas enfin la libération de l’oppression patriarcale ? Le rêve des Amazones enfin accompli ? Moyennant certes la soumission au système techno-industriel, au marché biotechnologique et au transhumanisme. Mais pourquoi vouloir transmettre ses propres gènes, comme dans la reproduction naturelle, quand on prétend s’affranchir de la biologie ?

Avec les gamètes artificiels, la disponibilité d’ovocytes en nombre illimité permettra la production d’embryons en série, donc un choix décuplé et une meilleure sélection. Ce que le directeur du Center for Law and the Biosciences de Stanford, Henry Greely, nomme « DPI facile » dans un livre explicite paru en 2016 : The End of Sex and the Future of Human Reproduction[43]. Selon cet expert, la reproduction non sexuée deviendrait la norme d’ici 20 à 40 ans, chacun choisissant sa progéniture parmi 100 ou 200 embryons fabriqués à partir de ses gamètes artificiels et testés pour éviter maladies, risque de maladies et risque de risque. « Je pense qu’il y a de gros, gros marchés, assez pour pousser le développement [de la technologie][44] », prédit-il, sans prendre de gros risques.

Mieux, la culture de gamètes in vitro permet d’envisager la production accélérée de générations d’embryons pour obtenir le bon individu, nous apprend le Journal of Medical Ethics :

« […] créer un embryon dont on dérivera de nouveaux gamètes à partir de cellules souches dérivées elles-mêmes de ces embryons, qui serviront ensuite à la création d’un nouvel embryon. En répétant ce processus, les scientifiques pourront créer de multiples générations d’humains “dans une éprouvette”[45]. »

C’est ce qu’on nomme une boucle itérative. Vous vous y ferez.

Les transhumanistes n’ont pas raté ces annonces disruptives. Nick Bostrom et Carl Shulman : « Si la sélection itérative d’embryons devient possible, cela changera complètement le coût et l’efficacité de l’augmentation [NdA : l’« augmentation » cognitive] par la sélection. Passé l’investissement initial, beaucoup d’embryons pourraient être produits à partir de la dernière génération, pour être fournis aux parents à bas prix[46]. »

Même jubilation devant les gamètes in vitro sur Slate.fr, version française d’un site libéral américain, fondée par Jean-Marie Colombani, ex-directeur du Monde, et Jacques Attali : « L’État français saura-t-il se garder de prohiber des techniques qui promettent d’offrir d’immenses bénéfices tout en ne créant aucune victime[47] ? »

Greely le Californien nous avertit tout sourire : « If you care about the future of our species, you should care about this[48]. » On peut choisir d’ignorer ce qui arrive, ou le noyer sous des flots de jérémiades sirupeuses, d’appels à « l’ouverture » et à la « bienveillance ». Les eugénistes, eux, promoteurs d’un surhomme automachiné ou défenseurs des droits-à-tous-les-désirs-individuels, n’auront aucune bienveillance envers ceux qui, à l’ère du Technocène, choisiront de rester humains. De laisser naître au hasard des enfants non conformes. On voit déjà derrière les masques des fausses victimes l’éternel mufle de la puissance impitoyable.

Assez d’hésitations. Que ceux qui tiennent à leur humanité errante et faillible, hasardeuse, imprévue et si limitée, s’opposent à voix haute à toute reproduction artificielle. Qu’ils refusent ce putsch technologique contre l’espèce humaine ; et pour commencer, tout don, toute vente de leurs gamètes ; tout séquençage de leur génome.

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4– La fabrication plutôt que la naissance

Tant qu’à choisir, autant tout décider, tout maîtriser, tout programmer. La volonté de toute-puissance s’enfle du progrès des technologies de reproduction avec d’autant plus d’avidité qu’il s’agit de fabriquer des êtres vivants. — Maman, comment on fait les bébés ?

« Donner la vie » — entendez « transmettre la vie » —, pour les animaux politiques comme pour les autres mammifères, consistait jusqu’ici à accomplir à deux les opérations nécessaires à l’apparition d’un troisième, en laissant faire des processus autonomes, spontanés. Insupportable pour des aspirants-dieux dont le slogan est : « Remplacer le naturel par le planifié[49] ». La rage technicienne de « mise en ordre rationnelle du monde » (Gorz) n’a plus de raison d’épargner la naissance. Rappelez-vous Frankenstein de Mary Shelley.

« Remplacer le naturel par le planifié », c’est substituer au mouvement propre des étants l’artifice et ses mécanismes programmés. Une destruction créatrice censée réparer chez les ennemis de l’humain la « honte prométhéenne » (Günther Anders)

« […] d’être devenu plutôt que d’avoir été fabriqué. Il a honte de devoir son existence — à la différence des produits qui, eux, sont irréprochables parce qu’ils ont été calculés dans les moindre détails — au processus aveugle, non calculé et ancestral de la procréation et de la naissance. Son déshonneur tient donc au fait d’”être né” […][50]. »

Le verbe « naître » vient du latin nasci, qui donne également « croître, pousser » pour les végétaux, mais aussi « commencer ». Natura signifie à la fois « naissance » et « nature ». Le naturel est ce qui naît, par opposition à l’artificiel, qui est fabriqué. En grec, Aristote utilise phusis (« nature ») pour désigner les choses qui contiennent en elles-mêmes leur principe de développement, à l’inverse des artefacts :

« En effet, les étants par nature ont tous manifestement en eux-mêmes un principe de mouvement et de repos, les uns selon le lieu, les autres selon la croissance et la décroissance, les autres encore selon l’altération[51]. »

C’était avant le progrès. Désormais, on peut lire sous la plume d’une Madame Spranzi, maîtresse de conférences en histoire, philosophie et éthique des sciences, une autre définition :

« La PMA valorise au contraire le naturel si l’on oppose ce terme non à artificiel, mais à conventionnel. […] La médecine permet au désir on ne peut plus naturel d’enfanter d’être enfin réalisé […] indépendamment même de la capacité biologique de le faire : l’apport de la science ne change rien au caractère “naturel” de la PMA[52]. »

Et si on oppose « Marta Spranzi », non à « philosophe » (Simone Weil, Hannah Arendt) mais à « fumiste conceptuelle », la confusion rhétorique permet au désir on ne peut plus naturel de se rendre intéressante d’être enfin réalisé, indépendamment même de ses capacités morales.

Jusqu’ici, les humains de naissance composent avec du donné dont une part échappe à toute volonté. La Fortune impersonnelle attribue ses lots à l’aveugle. Savoir que nous ne devons à personne la couleur de nos yeux, le son de notre voix et nos traits physiologiques, garantit notre liberté individuelle (dans certaines conditions sociales, bien sûr). Nous devenons des individus en agissant à partir de ce donné. Comme le dit l’historien Marcel Gauchet :

« Prendre en charge cette contingence et la solitude qui s’y attache, c’est ce qui fonde notre capacité d’indépendance psychique, c’est là que se joue la constitution de l’identité personnelle[53]. »

« Donner vie » à un enfant fabriqué, à l’inverse de « donner la vie », est un abus de pouvoir. Si mon concepteur choisit mes caractères génétiques selon son propre désir, il détermine en partie ma personne physique et ma personnalité morale et devient pour moi la figure du destin. D’autant plus que je suis censé être en dette envers lui pour ses choix, forcément les meilleurs pour moi. Y compris s’il m’a programmé sourd (ou nain) pour lui ressembler, à l’image de ce couple de lesbiennes canadiennes qui a utilisé le sperme d’un ami sourd congénital pour produire deux enfants également sourds (les banques de sperme refusant les gamètes des handicapés)[54]. D’où les relations despotiques entre programmeur et programmé : des liens de subordination implacables[55].

Certes nous dépendons d’autrui pour devenir un humain, un animal social, dans un monde façonné par d’autres avant nous. Mais tout homme reçoit sa liberté d’action avec sa naissance. L’humanité renaît avec chaque homme. Par le seul fait de sa naissance, chacun peut créer un « commencement » (Arendt), c’est-à-dire agir en étant davantage que le produit d’une socialisation.

En éliminant le hasard, le design de l’enfant détruit les fondements de cette liberté. Mais pour les transhumanistes ennemis de l’imprévu, la liberté est un choix de consommateur entre des modèles plus ou moins interchangeables, en libre-service, et garantis sur facture.

James Hughes, bioéthicien transhumaniste, fondateur de l’Institute for Ethics and Emerging Technologies :

« Si vous sélectionnez, sur catalogue, la plupart des gènes de votre enfant, cette sélection renforcerait probablement l’importance de vos liens parento-sociaux avec vos enfants.[56] »

Nick Bostrom, co-fondateur de la World Transhumanist Association et du Future of Humanity Institute à l’université d’Oxford :

« Peut-être l’amélioration germinale conduira à plus d’amour et d’attachement parentaux. Peut-être certains pères et mères trouveront plus facile d’aimer un enfant qui, grâce aux améliorations [génétiques], sera brillant, beau et en bonne santé[57]. »

Au temps pour l’autonomie psychique et le droit de choisir leur voie des êtres-marchandises ainsi fabriqués. On leur souhaite de correspondre à la commande de leurs acquéreurs, sinon gare aux liens parento-sociaux. Quand on investit dans un spécimen, ce n’est pas pour qu’il vous échappe dès l’âge de 15 ans.

Une psychanalyste de notre connaissance nous écrit que son cabinet et ceux de ses confrères sont « remplis de gens qui ont eu trop de parents ». Nombre d’entre vous, lecteurs, voient sûrement ce qu’elle veut dire. On ne peut qu’y songer à la lecture des exigences consuméristes des transhumanistes ou des parents d’intention. Ou à l’écoute du député médecin Jean-Louis Touraine, rapporteur de la loi bioéthique : « Il y a là une préparation prolongée, un désir d’enfant. Et cet enfant très attendu, désiré, va bien se développer et sera l’objet de beaucoup d’attention et de beaucoup d’amour[58]. » Vivement la liberté.

Quelle stigmatisation pour les enfants du hasard, dans ces discours et publicités sirupeuses pour les enfants désirés, prétendus plus heureux et équilibrés que les autres. Les enfants du hasard emmerdent le professeur Touraine (et ses chouchous).

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5– Droiche / gaute : le faux clivage qui masque les vrais

Quiconque écoute France Inter ou France Culture, lit Le Monde, Les Inrocks ou Libé, a les idées claires et sait distinguer le camp du bien du camp du mal, grâce à quelques mots-clés faciles à retenir. Le débat sur la reproduction artificielle oppose d’une part la « sainte alliance réactionnaire[59] », selon la présidente du conseil de surveillance de Publicis, Elisabeth Badinter : les catholiques, les conservateurs de droite et l’extrême-droite (camp du mal), dont les motifs sont religieux, obscurantistes, sexistes, homophobes/lesbophobes et nauséabonds ; d’autre part les progressistes et libéraux, la gauche ouverte, généreuse, féministe et vegan (camp du bien), dont les motifs sont la tolérance, le vivre-ensemble et la bienveillance. Vous avez choisi ?

Il se trouve que nous, auteurs de ce texte et la plupart de nos lecteurs, ne sommes ni de droite ni catholiques (ce qui n’aurait rien d’infâmant), mais athées, libres penseurs, anti-sexistes, écologistes anti-industriels, luddites, etc.

En critiquant la reproduction artificielle, nous étions réputés insensibles à la détresse des bréhaignes. Avec l’extension de la PMA aux femmes seules et aux couples lesbiens, nous voilà sexistes et homophobes — c’est-à-dire, coupables de délits.

Les anomalies n’ont pas troublé les metteurs en scène de ce faux duel. 10 à 20 % des députés de droite pourraient voter la loi de bioéthique, tandis que la députée macroniste Agnès Thill s’y oppose. Des homosexuels écrivent : « assumer pleinement son homosexualité revient aussi à accepter les limites qui en découlent[60] ». Jean-Marie Le Pen se prononce pour l’extension de la PMA, tandis que la philosophe de gauche Sylviane Agacinski exprime sa réticence. Marie-Jo Bonnet, lesbienne, militante féministe de gauche, s’oppose à « la médicalisation sans limite de la procréation ». Rejoignant les positions du Feminist International Network of Resistance to Reproductive and Genetic Engineering qui, dès les années 1980, soutenait des arguments féministes et anthropologiques contre les « technologies déshumanisantes » et le génie génétique et reproductif, « produit de développements scientifiques qui considèrent le monde comme une machine[61]. »

Puis, il y a ces innombrables sans-voix, pétrifiés par les imprécations du camp du bien mais qui, en leur for intérieur, ne sont pas d’accord. Nous, Pièces et main d’œuvre, recevons de nombreux messages : « merci de dire à voix haute ce que nous pensions être seuls à penser, que nous n’osons pas dire. Nous aussi, nous sommes des Chimpanzés du futur ».

Tous sont effarés de la vitesse à laquelle sont répandues la haine de l’humain comme animal politique et la volonté de puissance destructrice, parmi une minorité dominante : la technocratie et ses alliés postmodernes, déconstructionnistes, anthropophobes et libertariens, saturés de culture américaine. À l’inverse de ceux-ci, ils ne sont pas organisés. Ils pensent par eux-mêmes et contre leur temps, quitte à se retirer des cercles militants où règnent les mots-clés et le plus petit dénominateur commun.

Ces défenseurs de l’autonomie n’entrent pas dans la réduction binaire de la controverse. Ils fracassent le faux clivage en proclamant cette évidence : le progrès technologique n’est pas synonyme de progrès social et humain. Aussi les passe-t-on sous silence. Les seuls opposants à la loi de bioéthique que l’Assemblée nationale met en avant sont les cathos de la Manif pour tous et d’Alliance Vita, partisans d’une reproduction artificielle mais « avec père ». Trop facile.

Incapables de l’emporter par l’argument, les hurleurs de la bonne société et de la bonne pensée usent de l’intimidation verbale et intellectuelle, du (faux) procès en discrimination pour réduire les doutes au silence. Pour interdire que soient posées ces questions : acquiesçons-nous, oui ou non, aux progrès de l’artificialisation et au nouvel eugénisme des biocrates ? L’espèce doit-elle abdiquer son humanité ?

Lâchons les réflexes, réfléchissons. Le fait majeur de l’époque, le putsch technologique permanent, périme pour l’essentiel l’axe droite/gauche, désormais coupé par une transversale écologiste/technologiste. Le cercle politique se partage en quatre : gauche écologiste et gauche technologiste, droite écologiste et droite technologiste. Les clivages varient suivant les sujets. Contre le nucléaire et la société de consommation, par exemple, nous aurons à nos côtés la droite écologiste et contre nous la gauche technologiste.

Le technologiste Macron (en même temps de droiche et de gaute), après Hollande et Sarkozy, et comme l’auraient fait Fillon, Mélenchon ou Le Pen, investit dans l’innovation et les technologies de déshumanisation : intelligence artificielle, nanotechnologies, génie génétique, neurotechnologies — les domaines auxquels la nouvelle loi de bioéthique ouvre de nouvelles perspectives de développement.

Le stade actuel du progrès technologique et de la croissance économique, objectifs communs à droite et à gauche, se nomme l’homme « augmenté » — l’eugénisme. Nul besoin d’être transhumaniste pour y contribuer : il suffit d’encourager et de contribuer aux avancées technoscientifiques. Voilà en quoi nous pensons contre notre temps.

Le choix qu’on nous laisse ? Renoncer à notre humanité pour devenir posthumains (cyborgs, cybernanthropes, Humains génétiquement modifiés), ou sombrer dans l’espèce moribonde des Chimpanzés du futur. Disparaître ou disparaître. On voit l’importance du débat sur les « modèles familiaux » à côté de cette rupture anthropologique.

On voit surtout comment les idéologues et scientifiques transhumanistes instrumentalisent les activistes LGBT et certains féministes, certains hétéros stériles et certains handicapés, s’en servant tantôt comme boucliers humains, tantôt comme chevaux de Troie pour avancer leur agenda. La seule domination et la seule norme incontestées par les détecteurs d’inégalités et pourfendeurs de l’ordre normé, sont celles qui menacent le plus notre vie : celles de la technologie et des technomaîtres.

L’offensive eugéniste/transhumaniste trace le front principal de notre temps, qui oppose désormais les humains d’origine animale aux inhumains d’avenir machinal.

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6– Découvrons le complot hétéro

Pourquoi débattre de l’artificialisation, quand le chantage à la pseudo égalité assure une pseudo supériorité morale ? L’Inter-LGBT, Marlène Schiappa ou la sénatrice Verte Esther Benbassa, le député LREM Jean-Louis Touraine, l’avocate Caroline Mécary ou Thierry Baudet, le président de la Mutualité française, dans leur concours de bons sentiments, nous enjoignent à « mettre fin à une discrimination ». Comment hésiter ? SOS Homophobie a l’argument définitif : « La PMA est autorisée pour les couples hétérosexuels et interdite pour les couples lesbiens. Il y a inégalité des droits, il y a donc homophobie[62]. » Vous voilà (con)vaincus. Comment les Français, dont l’égalité est la « passion », supporteraient-ils pareil outrage ? D’après les sondages, l’impossibilité pour les femmes seules et les couples lesbiens de procréer relève de l’inégalité. Les jésuites applaudissent en connaisseurs cette « direction d’intention » : qu’importe le résultat (l’eugénisme), c’est l’intention (la pseudo égalité) qui compte.

Prétendre que la reproduction sexuée est discriminatoire — relevant d’un choix politique contraire à nos valeurs — est une fable si grossière qu’on a honte d’avoir à la déconstruire. Mais on le savait déjà : « Plus le mensonge est gros, mieux il passe. »

Pour qu’il y ait discrimination, il faudrait qu’un couple lesbien ou une femme seule soit naturellement apte à concevoir et qu’on lui refuse, en cas de stérilité, les traitements offerts aux couples mixtes. Comme le note la lesbienne féministe Marie-Jo Bonnet, « on ne peut pas comparer les couples hétérosexuels dont un membre est stérile avec les couples de femmes qui ne le sont pas. Pour parler discrimination il faudrait que les deux situations soient comparables, ce qui n’est pas le cas ici[63]. » Sans parler des individus seuls.

Nul n’interdit aux lesbiennes et aux femmes seules de procréer comme toute femme, sinon la reproduction naturelle sexuée, qui n’a pas plus de valeur morale ni d’intentionnalité que la gravité universelle. À moins que les tenants du « tout social » ne prêtent quelque projet secret à la nature ? En fait, pour les théoriciens LGBT les plus audacieux, c’est un complot hétéro qui les frappe de « stérilité sociale », d’« infertilité culturelle ». Une conspiration homophobe destinée, selon l’écrivain gay Erik Rémès, à préserver « le monopole des hétéros[64] ». Vous ne voyez pas ? Le « Galilée de la sexualité[65] » et rebellocrate queer Beatriz/Paul Preciado, vous instruit : « En termes biologiques, affirmer que l’agencement sexuel d’un homme et d’une femme est nécessaire pour déclencher un processus de reproduction sexuelle est aussi peu scientifique que l’ont été autrefois les affirmations selon lesquelles la reproduction ne pouvait avoir lieu qu’entre deux sujets partageant la même religion, la même couleur de peau ou le même statut social […]. Homosexuels, transsexuels, et corps considérés comme “handicapés”, nous avons été politiquement stérilisés ou bien nous avons été forcés de nous reproduire avec des techniques hétérosexuelles[66]. »

De quel taux d’idéologie (et de testostérone) faut-il être intoxiqué pour diffuser avec tant d’aplomb de telles fausses nouvelles ? Transhumanisme et déconstructionnisme queer se connectent et s’hybrident Ainsi, pour le bioéthicien transhumaniste James Hughes, le clonage « rend le monopole historique de l’hétérosexualité sur la reproduction obsolète[67] ». Et d’en conclure : « Les homosexuels, les lesbiennes et les bisexuels sont aussi des alliés naturels du transhumanisme démocratique ». Les délires queer sont en effet performatifs : les transidentitaires attendent de la technologie qu’elle leur fournisse des solutions de reproduction homosexuelles. Les gamètes artificiels exauceront bientôt leurs vœux.

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L’égalité concerne le champ social et politique. Demander à la technoscience de fabriquer une égalité biologique — de produire en laboratoire des êtres indifférenciés — est un projet totalitaire. Imaginez des humains unicolores, protégés de tout risque raciste ; des individus de même taille et de même volume, libérés de toute agression grossophobe ; aux traits uniformément lisses, soulagés de la discrimination liée à la beauté physique. Un rêve de naturophobe. Dotons-les en prime d’un sens de l’humour certifié sans second degré ni microagressions contre votre identité ressentie. On rira peu mais correctement. Quelles tribunes pour les défenseurs du vivrensemble, quels défis pour la créativité de nos chercheurs, quels marchés pour l’industrie ! Enfin le progrès abolira la répugnante biodiversité humaine. Quel progrès politique. C’est à cela aussi que sert la technologie : plier le donné à la volonté, les faits aux concepts, la réalité à l’idéologie.

La différence n’est pas l’inégalité.

L’égalité n’est pas l’uniformité.

Les humains ne sont pas — pas encore — des produits de série standardisés.

Même le Conseil d’État l’admet : « ni le fait que l’adoption soit déjà ouverte aux couples de femmes et aux personnes seules, ni le droit au respect de la vie privée, ni la liberté de procréer, pas plus que l’interdiction des discriminations ou le principe d’égalité n’imposent l’ouverture de l’AMP[68].  » Donc, concluent les « sages », l’extension de l’accès à la PMA « relève d’un choix politique ».

Quel choix ? Celui des transhumanistes (ouvrir des procédures médicales à des personnes saines) et celui des féministes et lesbiennes néo-sexistes (éliminer les mâles de la reproduction). Mieux valait dissimuler ces fondements réels derrière le paravent consensuel de l’égalité.

Cette escroquerie juridico-politique est un sous-produit de la technologie. Celle-ci a d’abord fourni des bébés aux femmes infertiles, puis aux hommes et aux couples stériles, puis aux couples fertiles susceptibles de transmettre une maladie grave, puis aux couples sans pathologie avérée mais un peu mous de la conception[69] — « un enfant, tout de suite  ». En 2017, 3 % des enfants sont nés d’une PMA, d’après l’agence de biomédecine. Selon Agnès Buzyn :

« On n’a pas besoin d’être malade aujourd’hui pour accéder à la PMA, même quand on est un couple hétérosexuel, on n’a pas à prouver qu’on est infertile. D’ailleurs, souvent on ne trouve pas de cause d’infertilité[70]. »

Voilà une ministre qui valide des actes illégaux. Jusqu’aujourd’hui, seuls les couples hétérosexuels en âge de procréer avec « une stérilité pathologique médicalement constatée (bilan d’infertilité) » ou un risque de transmission de maladie grave, ont droit à la PMA. Comment les médecins « fivistes » ont-ils pu, sans cadre légal ni délibération, décider dans le secret de leurs cabinets d’ouvrir la PMA, remboursée par la sécurité sociale, à ces couples non stériles qui, souvent, engendrent naturellement par la suite[71] ?

Agnès Buzyn : « [La future loi] permet de clarifier le droit en réalité et donc tout est harmonisé[72] ». Qu’à cela ne tienne. Tout le monde peut se garer sur les places réservées aux handicapés, puis une loi clarifie le droit en réalité et donc, tout est harmonisé.

Le fait accompli l’emporte. Marche après marche, la reproduction artificielle devient la nouvelle norme.

Sous couvert d’égalité, la suppression du critère pathologique — glissement du palliatif à l’augmentation, suit le programme transhumaniste. C’est-à-dire le projet, inégalitaire par essence, d’automachination de chacun (et de ses enfants) selon ses moyens et ses désirs, grâce au génie génétique. Une volonté de prise en main technologique de l’évolution. À terme, de sécession d’une espèce supérieure, contre l’espèce inférieure des Chimpanzés du futur, humains nés naturellement. Les défenseurs d’une égalité réelle ne sont pas ceux que l’on croit.

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7– La reproduction sans homme, une augmentation transhumaniste

On nous questionne souvent sur le « seuil » : où finit le soin et où commence le transhumanisme ? Si la limite est parfois ténue, ici, aucun doute. La « stérilité sociale » est une absurdité transhumaniste. Elle traduit la volonté, non de pallier une carence, mais d’augmenter les facultés d’humains naturellement fertiles, devenant « politiquement fertiles  ». Daniel Borillo, le juriste gay, se félicite ainsi de cette victoire technico-légale : « La PMA […] cesse d’être un palliatif à la stérilité pour devenir une véritable manifestation de la liberté procréative[73] ». L’équivalent d’une greffe de membres bioniques sur un individu valide, manifestant sa liberté de performances sportives. Comme le murmure la journaliste et féministe lesbienne Elisabeth Schemla, « les homos sont plutôt aujourd’hui des “accélérateurs de transgression”[74] ».

Dans un premier temps, « l’augmentation » consiste à faire un enfant sans homme. Selon Gwen Fauchois, ex-vice-présidente d’Act Up Paris, il est dépassé de rappeler « la participation masculine à tout processus reproductif[75]. » Provisoirement indispensables comme fournisseurs de matière première reproductive, les hommes doivent être effacés de la généalogie. Révisionnisme biologique qui trahit la haine recuite des néo-sexistes. Le père, il faut bien dire que ça nous rappelle les heures les plus sombres de l’humanité.

Ayant éliminé l’humain de la sphère de la production (robots, automates, algorithmes), les machines le remplacent dans sa reproduction. Comme dans tous les aspects de la vie 4.0, le progrès est implacable : toujours moins d’humain. Ce que la loi de bioéthique valide en autorisant les femmes à faire des enfants sans partenaire masculin. Comme s’en glorifie Anne, consultante en ressources humaines, à L’Obs : « J’ai fait ma petite fille toute seule, en Belgique[76]. » Alice, cinq ans, est sûrement fière d’avoir une maman si forte — Toute seule ! mais avec un laboratoire, des médecins, un traitement de stimulation ovarienne, un dispositif de fécondation in vitro. L’autonomie assistée par la technologie et l’expertise. L’indépendance, c’est la dépendance.

Le plus facile à évincer était le père. Son compte est réglé. Alice en réclame un, paraît-il, mais les générations futures auront oublié ce détail. Qui plus est, cette disparition s’opère au nom du droit, ce qui renforce la bonne conscience de ceux que leur standing politique préoccupe.

Puis il faut dire que ces accouplements à visée reproductrice étaient atrocement mammifères. Pensons aux religieuses et aux « a-sexuelles », elles aussi victimes de « stérilité sociale » et privées de leur « liberté procréative » en raison de leur chasteté. Grâce à la technologie, elles pourront enfanter comme Marie et devenir des vierges augmentées.

D’après sociologues et gynécologues, les écrans éteignent la vie sexuelle. Selon une étude de l’université de Cambridge[77], les couples anglais ont 40 % de rapports sexuels de moins en 2010 qu’en 1990. À ce rythme, c’est fini en 2030. Aux États-Unis, les couples ont neuf fois moins de rapports sexuels dans les années 2010 que vingt ans avant, et les « Millenials » (nés après 1990) sont les plus touchés[78]. La plupart reconnaissent consacrer plus de temps à leur smartphone qu’à leur partenaire. On le savait depuis les années soixante, la natalité baisse avec la télé. Avec Internet, le porno est à portée de vue permanente des adolescents. Selon les spécialistes, cela en détourne beaucoup de la sexualité avec des humains en chair et en os. L’écran fait écran. Ainsi se réalise le rêve de désincarnation de la cyber-féministe Donna Haraway :

« La reproduction cyborg est détachée de la reproduction organique. La production moderne remplace la reproduction et semble pareille aux rêves du travail de colonisation cyborg. Un rêve qui rend le cauchemar du Taylorisme idyllique[79]. »

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8– Eliminer l’humain pour éliminer l’erreur

À la pointe de l’innovation, le Conseil de Paris a décidé en mars 2018 de supprimer des documents administratifs les mots « père » et « mère », aussi obsolètes que le poinçonneur des Lilas. On doit désormais dire « parent 1, parent 2 ». Avouez que cela sonne plus familier à nos oreilles de technocitoyens : « Tapez 1, tapez 2 ». Et c’est facile à décliner : « Parent 3, parent 4, parent Étoile ». Réduire les personnes à leur fonction générique, c’est les dépersonnaliser et les rendre interchangeables. D’ailleurs, pourquoi conserver cette notion archaïque de « parents », résidu d’un modèle familial réactionnaire, validant qui plus est une distinction hiérarchique avec les « enfants » ? Il serait tellement libérateur d’envisager des « associations contractuelles », « égalitaires », « mutualisant les rôles et fluctuant au gré des désirs » de chaque membre désigné par un simple numéro. Et de confier au robot-puériculteur le soin (caring) du produit parental (ex-enfant).

Aussi la location du corps réifié de « mères porteuses » — les couveuses humaines — s’impose-t-elle naturellement comme un moyen de satisfaire le désir d’enfant d’hommes souhaitant se passer des femmes, et de femmes ne pouvant enfanter. Avec la maternité découpée en génétique, gestationnel et social, il suffit d’avoir un projet parental pour être « mère ». Seule compte la volonté. Selon ce raisonnement, les enfants non programmés n’ont donc pas de parents.

La chronique de la GPA révèle qu’au-delà des exemples rebattus de Français partis acheter des bébés en Inde, en Ukraine ou aux États-Unis, Israël joue un rôle pionnier. C’est Jean Stern, cofondateur de Gai Pied en 1979, puis journaliste à Libération et à La Tribune, qui nous instruit dans son livre Mirage gay à Tel Aviv :

« Le “baby-boom gay” en Israël, sans équivalent dans un autre pays par son ampleur, représente depuis 2010 plus de 10 000 naissances pour les lesbiennes et 5000 pour les hommes. […] Israël a été un pionnier de la fécondation in vitro, légale dès 1981. Le succès et le développement de la FIV sont considérés comme une réussite du savoir-faire israélien en matière de biologie et de génétique, et font l’objet d’une grande fierté nationale. […]

Fidèle à son idéologie nataliste, Israël a été le premier pays au monde à se doter en 1996 d’une loi autorisant la “maternité de substitution”. Mais la loi réserve l’usage de la GPA aux hétérosexuels, sous le contrôle de l’État. Les gays souhaitant y avoir recours se rendent à l’étranger. “Ils louent des ventres, signent un contrat, payent, souvent très cher, parlent à peine à la mère porteuse, surtout si elle est asiatique, et repartent avec l’enfant”, s’indigne le communiste tendance queer Uri Weltmann. L’achat d’un bébé a en effet un coût : à partir de 100 000 dollars aux États-Unis, 150 000 au minimum si la mère porteuse est juive, 50 000 dollars environ en Inde, aux Philippines ou en Thaïlande. À titre de comparaison, la GPA en Israël coûte entre 60 000 et 80 000 dollars pour les couples hétérosexuels. Malgré ces prix, la demande explose. Des agences d’assistance à la GPA, comme Baby Bloom, prospèrent sur ce marché de l’enfant en assistant les couples gays pour des démarches complexes[80]. »

Au temps pour la GPA « éthique » et accessible à tous. En Israël comme ailleurs, la location d’utérus est réservée aux riches, même quand elle s’effectue à domicile et de façon « encadrée ».

Quant aux prestataires en gestation, elles ont si bien ingurgité la bonne parole scientifico-éthique sur le morcellement sans dommage de la maternité, qu’elles récitent les mêmes rengaines sur la facilité du service rendu. Lequel exige d’ailleurs un contrôle technique encore accru, afin de garantir la qualité du produit.

Les tenants de la GPA déplorent pour la forme le sort des Indiennes, des Ukrainiennes et des femmes des pays pauvres réduites à louer leur ventre à de riches commanditaires. C’est pour mieux promouvoir une GPA prétendument désintéressée, souvent incarnée par des Américaines avides de prouesses narcissiques, de reconnaissance et de puissance créatrice. Comme le note la gynécologue Nicole Athéa, ces femmes ont recours à la « rhétorique de l’altruisme » pour pouvoir « se regarder dans la glace, voire s’idéaliser en jouant un rôle qui leur permet une légitimation sociale[81] ». Ainsi, Julie Lynn Stern, six enfants pour cinq familles différentes :

« Elle tire de ses grossesses une immense fierté […]. Elle se souvient encore de la tête des parents quand on leur a tendu le bébé qu’elle venait de mettre au monde. “C’était gigantesque, tellement émouvant”, dit-elle[82]. »

Avez-vous remarqué ? Les débats sur l’éthique du procédé se concentrent sur les adultes : s’agit-il d’exploiter le corps d’une femme contre de l’argent ? Même quand celle-ci le fait par « plaisir » et « altruisme » ? Ne risque-t-elle pas de s’attacher à l’enfant ? Et pourquoi refuser un service entre adultes consentants, la « GPA éthique » promue par Elisabeth Badinter ?

Qu’en pensent les produits de ces contrats entre adultes ? Comment vit-on quand on a été désiré comme orphelin, destiné dès avant sa conception à être (aban)donné par celle à qui l’on doit la vie ? Accessoirement, que ressentent les enfants de la mère porteuse lors de ces grossesses sans frères ni sœurs — de ces dons/abandons d’enfants ? Leur pose-t-on seulement la question ?

Rares sont les témoignages et les études approfondies, sur le long terme et sur des cohortes suffisantes d’enfants nés de mères porteuses et devenus adultes. « On a quand même pas mal échangé de choses en neuf mois ! », lâche une de ces enfants français, à la recherche de sa « bienfaitrice » : « C’est devenu une obsession[83] ». Il paraît — mais ne le dites pas à Valentina Mennesson, hébergée pendant neuf mois par une « gestatrice » américaine et pour qui « le mot mère n’a rien à voir dans tout cela[84] » — que l’enfant et les deux parents communiquent pendant la grossesse. Que les voix de la mère et du père créent des émotions chez le fœtus. Que les Chinois, forts en métaphores, nomment le périnée « la porte des ancêtres » — mais ne versons pas dans l’obscurantisme généalogique.

Laurent Salomon, gynécologue obstétricien à l’hôpital Necker :

« “Le fœtus modèle et développe son cerveau (…) avec l’environnement qu’il a durant la grossesse.” Il peut s’agir des voix, des sons, des langues qu’il entend dans le ventre. D’ailleurs, poursuit le médecin, dès sa naissance, l’enfant répond de manière différente à la langue entendue durant la grossesse. (…) Cela va même plus loin. Le fœtus sent si ces sons, odeurs, ou autres, déclenchent du plaisir — ou de la peur — chez la femme qui le porte (en fonction des endorphines qu’elle produit). Résultat : “Le fœtus se sentira lui-même bien — ou mal — dans ces mêmes situations.” Il fabriquera les mêmes associations, au moins durant un certain temps.[85] »

Déjà, la reproduction artificielle prive les enfants des récits, réels ou fantasmés, des circonstances de leur conception. Quel enfant n’y a songé plus ou moins consciemment ? La conception en bocal, quel symbole pour l’imaginaire. Que dire de ces fratries produites en série dans la même éprouvette, et décongelées au gré des projets parentaux. Aînés et cadets fabriqués le même jour, paraissant sur la scène familiale à des années d’écart. Et mûris bientôt dans des utérus de location.

Cas intéressant : des femmes enceintes suite à un don d’ovocytes expriment leur trouble quant à leurs liens avec l’enfant issu d’un ovule « étranger ». Elles se sentent « mères porteuses », rapporte la psychanalyste Geneviève Delaisi de Parseval, militante de la reproduction artificielle (et membre du lobby des époux Mennesson, en procès contre l’État pour imposer à l’état civil leurs enfants nées par GPA[86]). Afin de rassurer ces futures mères, l’experte use d’un argument biologique : les liens mère/enfant s’établissent par la grossesse. « Même dans les colloques médicaux, la grossesse n’est plus considérée comme un simple portage[87] », soutient-elle. Si vous avez porté l’enfant, vous êtes sa mère.

À moins d’être une simple porteuse, évidemment. Et Geneviève Delaisi de Parseval d’inverser alors son discours pour vanter la GPA :

« C’est donc un postulat simpliste de penser que la physiologie constituerait l’alpha et l’omega de la maternité : une femme ne devient pas mère, comme par magie, le jour où elle accouche ! (…) Quant à la question du vécu des enfants nés dans ces conditions (…) un bébé porté par quelqu’un d’autre que sa mère est capable, par déplacement, de faire un transfert sur d’autres adultes (…) Le fait que ce ne sont pas les gamètes de la gestatrice qui ont participé à la création de l’embryon constitue, à l’évidence, un facteur favorable à ce déplacement d’affects[88]. »

Face je gagne, pile tu perds. C’est comme ça les arrange. Geneviève Delaisi de Parseval peut soutenir une chose et son contraire suivant les moments et les interlocuteurs. Aux uns, elle garantit que la PMA avec « tiers procréateurs » (don de gamètes) est sans « risque psychique[89] ». Aux autres, elle explique : « L’autoconservation ovocytaire est bien moins transgressive que les techniques d’AMP avec don de gamètes, puisqu’elle n’engendre aucune “disjonction” génétique[90]. » De quoi ce double discours est-il le symptôme, Geneviève Delaisi de Parseval ?

Si l’humain est une pâte à modeler et à remodeler par la société, a fortiori le petit d’homme doit s’adapter à tout. Et il le fait, tant bien que mal — a-t-il le choix. Il remplit sa mission d’enfant, il protège ses parents. Quant aux effets sur l’individu et la société de ces combinaisons de transferts et d’affects déplacés, comme ceux des substances toxiques et de la pollution sur nos organismes, ils sont d’autant plus difficiles à prouver qu’on ne les cherche pas. Comme disait le patron des industries chimiques françaises : « Les générations futures feront comme tout le monde, elles se démerderont ».

Cependant, quarante ans après les débuts de la reproduction artificielle, du réel se manifeste. Telle cette revendication insistante d’une génération arrivée à l’âge d’enfanter, et qui veut connaître l’identité de ses « donneurs de gamètes » au nom d’un « besoin d’humanité ». Un point que la nouvelle loi bioéthique leur accorde, afin de faire la part du feu, suivant le conseil cyniquement prodigué par la sociologue militante Irène Théry :

« Si nous nous accordons sur cette belle ambition, alors tout un ensemble de revendications qui paraissent aujourd’hui disparates — ouverture de la PMA à toutes les femmes, accès aux origines, droits des enfants nés de GPÀ à l’étranger, autoconservation des ovocytes… — prendront tout leur sens et pourront être discutées de façon beaucoup plus apaisée[91]. »

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9– Le fait accompli comme contrat social : le droit du plus fort

Il faut, selon les promoteurs de la reproduction artificielle, élargir l’accès à la PMA à toutes les femmes, parce que certaines d’entre elles y ont recours à l’étranger afin de contourner la loi. D’après cette morale politique modelée sur la loi du marché, maintenir une loi quand des individus la transgressent relève de « l’hypocrisie ».

Transmettrez-vous cet exemple de civisme à vos enfants, quand vous les aurez obtenus ? N’oubliez pas de leur enseigner aussi l’exil fiscal en Suisse, comme révolte contre un impôt français éternellement en retard sur les autres législations. Puisque le fait accompli est la forme moderne du contrat social, pensez à revendiquer la fin de l’hypocrite code de la route, au motif que des millions de conducteurs l’enfreignent sans frein, de même que l’abolition de l’hypocrite droit du travail, compte tenu de l’ampleur du travail au noir dans « ce pays ».

Le même fait accompli permettra la banalisation de la GPA. « Ne faut-il pas la légaliser aujourd’hui, à l’instar de nombreux pays étrangers[92] ? », feint de s’interroger la fondation Terra Nova. « La GPA existe ailleurs et ne va pas s’arrêter parce qu’on la refuse[93] », plaide Stop Homophobie. Argument validé par les promoteurs de la peine de mort, des armes en vente libre, des pesticides, OGM et autres nécrotechnologies.

Les parents d’intention dont les-désirs-sont-des-droits instrumentalisent déjà l’intérêt de l’enfant pour entériner juridiquement ces pauvres « fantômes de la République », et donc, le recours aux mères porteuses à l’étranger. Le couple Mennesson, son forfait accompli aux États-Unis, n’a de cesse de faire inscrire ses jumelles à l’état civil français, apitoyant les téléspectateurs sur les mauvais traitements que son désir illégal inflige à ses enfants. Ce n’est pas « la France » qui est coupable, mais ces consommateurs sans vergogne, qui ne seront pourtant pas condamnés.

Ainsi, ceux qui ont les moyens de se louer un utérus américain ou ukrainien parviennent à leurs fins, écrivent des livres sur leur merveilleuse histoire[94] et disposent l’opinion à la machination du corps des femmes. Quand suffisamment de rebelles médiatiques auront ainsi fait, la sociologue Irène Théry, les avocats Caroline Mécary et Daniel Borillo n’auront plus qu’à dénoncer la « stigmatisation de familles déjà là » pour forcer la révision des lois de bioéthique.

C’est encore ce fait accompli qui ouvrira la voie au bébé sur-mesure dans l’Hexagone, d’abord acheté ailleurs, puis made in France. Quant aux indignations surjouées — « Vous exagérez ! On n’en est pas là ! La France n’est pas les États-Unis, on ne tolère pas ça, la loi empêche les dérives ! » — chacun sait désormais à quoi s’en tenir.

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10– La liberté de disposer d’un corps obsolète

« PMA : mon corps, mon choix, ma famille, ta gueule[95] ! » La banderole est explicite : pour les activistes LGBT et néo-sexistes, la reproduction artificielle relève du choix individuel. La reproduction, sans doute — quoiqu’elle ait toujours été liée à la culture et à l’organisation sociale — mais son artificialisation, sûrement pas. Grande découverte pour les commanditaires de bébés-éprouvettes : déléguer une fonction naturelle, libre et gratuite au système techno-industriel, avec une prise en charge collective (« ta gueule » certes, mais « ton fric », soit 300 millions par an), se paie en autonomie et en liberté. Il fallait y penser avant — ou écouter les « obscurantistes » technocritiques.

En devenant technologique, la procréation est passée de la sphère privée à la sphère publique, soumise à la délibération et au regard de tous. Il n’y a pas de « premier(e)s concerné(e)s » dans le débat sur le mode de reproduction. Celui-ci regarde la société des humains dans son ensemble, en ce qu’il détermine la poursuite de la vie naturelle, spontanée, et collective, ou la prise en main de l’évolution par les biocrates.

Mais il est plus facile de couvrir ses contradicteurs d’infamie, comme ces associations « féministes » et LGBT, ulcérées qu’on ose débattre de leur choix :

« Comme toujours lorsqu’il est question des droits des femmes, de leur liberté à disposer de leur corps et de leur choix de fonder ou non une famille, la réforme de la procédure d’accès à la PMA est à nouveau l’occasion pour tout un chacun de se permettre de commenter et critiquer des choix personnels, qui ne devraient relever que de la liberté individuelle[96]. »

« La liberté de disposer de son corps », ou comment retourner un principe contre lui-même.

Nous, Chimpanzés du futur, défendons la liberté pour chacun de faire la bête à deux dos avec qui lui plaît ; nous défendons la contraception non chimique et le droit de ne pas faire d’enfants[97] ; nous défendons la liberté pour le patient de choisir son traitement ou de refuser l’acharnement thérapeutique ; nous reconnaissons le droit à l’avortement et au suicide. À l’inverse des bienpensants qui nous sermonnent, nous revendiquons la liberté de balader librement notre corps sans géolocalisation ni laissez-passer biométrique. Nous n’exigeons pas pour autant que la loi nous autorise à nous vendre comme esclaves, à nous louer pour un concours de lancer de nains si nous l’étions, à vendre nos organes, notre sang et nos gamètes, ou à léguer notre dépouille aux Amis de l’anthropophagie.

Nous reconnaissons une limite à cette libre disposition de notre corps, au nom des droits supérieurs de l’humanité. Le droit des particuliers à s’aliéner ne peut pas l’emporter sur le principe général de la non disponibilité des corps. Qui s’aliène rend potentiellement licite l’aliénation d’autrui. Dans un monde qui se divise entre ceux qui peuvent et ceux qui subissent, ce ne sont pas les moyens de contrainte et de manipulation qui manquent pour surprendre le consentement des corps et des esprits à l’auto-aliénation. Le but des droits de l’homme est de protéger chacun contre cette licéité d’aliénation, et non pas de la permettre à la faveur de leur retournement. Voilà pourquoi la reproduction artificielle de l’humain nous concerne tous et non pas seulement quelques uns, homosexuels ou hétéros stériles.

« Le logicien et philosophe Alfred N. Whitehead notait avec humour : “Personne ne dit : j’arrive ! Et j’apporte mon corps avec moi.” Maurice Merleau-Ponty ajoutait : “Je n’ai pas un corps, je suis mon corps. Dans l’ouvrage de 1970, Our Bodies, Ourselves, des féministes bostoniennes revendiquaient la liberté de leur vie sexuelle, de leur intimité et de leur fécondité. Elles disaient elles aussi : “Nos corps, nous-mêmes”.

Cette formule a été malheureusement transposée dans un slogan ambigu : “Mon corps m’appartient”. Ce n’est pas la même chose[98]. »

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Quelle est cette prétendue liberté dépendante d’un marché qui impose sa loi et d’un appareil techno-industriel qui dicte ses procédures ? Déjà la grossesse est passée sous la coupe du pouvoir techno-médical : consultations et diagnostics préconceptionnels, échographies « de contrôle », amniocentèse, césariennes non justifiées, etc. Le processus de dépossession, de la fécondation à la naissance, est achevé. Le corps est un simple moyen au service du « projet parental », se réjouit la juriste utilitariste Marcela Iacub :

« Imaginons qu’on institue la filiation en fonction de la volonté, (…) le corps deviendra seulement le moyen de la reproduction et non plus la source du lien de filiation lui-même. L’accouchement doit demeurer un moyen, comme tous les événements naturels doivent être subordonnés à la volonté et à la liberté[99]. »

Ces accents transhumanistes ne sont pas fortuits. La juriste, qui tient chronique dans Libération, ne cache pas sa fascination pour la « mort de la mort ».

« Disposer de son corps », en matière de reproduction artificielle, consiste à s’en remettre aux laboratoires fournisseurs d’hormones, aux médecins prescripteurs de protocoles, aux techniciens réalisant les ponctions, la congélation/décongélation et l’implantation d’embryons, au prix d’humiliations que refusent des individus réellement attachés à leur liberté[100]. Un projet parental réclame une prise en charge de la Sécu, des infrastructures techno-scientifiques, une expertise juridique et la collaboration d’un nombre croissant de partenaires (les parents d’intention, les donneurs de gamètes, la mère porteuse), plus les équipes techniques. On fait mieux en matière d’autonomie.

Nous prendrons au sérieux ces revendications de libre disposition de son corps quand leurs partisans dénonceront avec nous l’emprise technologique qui atrophie nos capacités physiques et nos sens, réduisant les corps à de simples supports assistés par des prothèses numériques. À l’heure de la réalité virtuelle, du cyborg, du « réductionnisme informationnel[101] » (Céline Lafontaine) qui réduit le vivant à du code génétique, c’est bien plutôt l’affaissement des corps qui nous menace, leur rejet dans le lien au monde et aux autres[102] et la dépersonnalisation de l’existence. Si je suis mon corps, il n’y a de liberté qu’incorporée.

À nouveau la convergence idéologique des activistes queer « transidentitaires » et des transhumanistes éclate. Cette rage de déconstruire et reconstruire leur corps traduit le désir d’en finir avec cette guenille imparfaite et périssable, dont ils ne maîtrisent pas tous les processus et dont les limites s’imposent à leur volonté. Ils bradent leur liberté personnelle pour une puissance extérieure. D’où cette confusion entre décorporation et maîtrise du corps opérée par Marc Roux, président de l’Association française transhumaniste, à propos de la GPA :

« Elle participe complètement de cette même logique qui peut nous permettre de nous rendre le plus indépendant possible, si ce n’est le plus maître possible de nos corps[103]. » Marc Roux n’est pas son corps. C’est un pur esprit, sinon le système vocal d’une intelligence artificielle. Sa perception sensible du monde doit être remplacée par une médiation technologique — un smartien sur son smartphone. « The Senses have no futur », écrit le transhumaniste Hans Moravec. Pour le cyber artiste australien Stelarc : « Il n’est plus question de perpétuer l’espèce humaine par la reproduction, mais d’élever les relations sexuelles grâce à l’interface être humain-machine. Le corps est obsolète[104]. »

De la naissance à la mort, il n’est question que d’éliminer cet encombrant obstacle à la toute-puissance. Qu’est-ce que la reproduction artificielle, sinon l’effacement du corps dans l’engendrement ? L’immaculée conception technologique. Mais pourquoi fabriquer un enfant quand on hait la chair à ce point ; nul ne vous y oblige.

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11– Au-delà des limites : transformation du désir en droit (mon désir sera ta loi)

Malgré les postures faussement subversives des activistes LGBT contre « le modèle familial traditionnel », leur exigence d’accès à la PMA, comme celle des couples hétéros stériles, n’aspire qu’à reproduire ledit modèle : des parents et des enfants comme tout le monde. Les fanatiques du « tout social », en guerre contre « la révérence totale à l’égard de la nature[105] » (Elisabeth Badinter), veulent des contrefaçons de la nature (biotechnologiques). Un enfant fabriqué en laboratoire plutôt qu’une famille sans enfant. Soit dit en passant, si le désir d’enfant est « on ne peut plus naturel », comme le déclare Marta Spranzi, alors il y a une nature humaine. On n’avait pas coutume d’entendre les déconstructionnistes soutenir pareille hérésie essentialiste. C’est comme ça les arrange.

La stérilité, naturelle ou provoquée par le mode de vie industriel (pollution, sédentarité, obésité, etc.), n’altère pas la santé. Elle relève plutôt du handicap[106], ou de la carence. La conception artificielle d’un enfant ne soigne pas l’infertilité, mais la compense. Elle est remboursée par la Sécu, à la différence des chiens d’aveugles — mais Libération ne milite pas contre cette inégalité-là[107].

Handicapés, nombre de sourds refusent une greffe d’implants cochléaires. Ils ne veulent pas être des hommes-machines dotés d’ouïe artificielle, mais enrichir la culture humaine de leur particularité et transmettre le langage des signes. Une solution humaine et autonome plutôt que l’automachination et la soumission à des dispositifs hétéronomes, qu’il leur est de plus en plus difficile à défendre puisque la technologie existe.

Comme eux, les couples infertiles et les célibataires qui acceptent leurs limites suscitent incompréhension et défiance. Pourquoi refuser un enfant puisque la technologie le permet ? C’est ainsi que la reproduction artificielle, même minoritaire, s’impose comme la référence, ses possibilités influençant désirs et comportements de toussétoutes. Attendez qu’on puisse choisir les caractéristiques de ses héritiers. Chacun sait que, passé un certain seuil, l’exception devient la norme. Le phénomène se répète à chaque saut technologique. La diligence n’a pas cohabité longtemps avec l’automobile et le train. Engendrer soi-même, gratuitement et au hasard, semblera bientôt aussi incongru que faire de l’auto-stop sans plateforme web.

La sociologue Maria De Koninck, professeur à la faculté de médecine de l’Université Laval (Québec), mesure les effets de ce consumérisme :

« [La] construction sociale du désir d’enfant à tout prix — de son enfant à tout prix — […] s’accompagne d’une détresse. […] J’appelle ça la “pathologisation” et la médicalisation du désir d’enfant[108] ».

Naturellement, jurent les promoteurs de la reproduction artificielle, ce « désir d’enfant à tout prix » n’induit nul « droit à l’enfant ». Pourtant, qui crie à la discrimination dénonce une atteinte à ses droits. Droit à quoi ? Il n’est pas question de droit à l’enfant — c’est interdit — mais du « droit de fonder une famille » — avec son hamster ? Ou du « droit de se reproduire » — sous forme d’hologrammes en 3D ?

Bienvenue dans le laboratoire de l’homme en pièces détachées, où la technologie produit l’escroquerie juridique. De même que les start up de biotechnologie « ne brevètent pas le vivant », selon elles, mais seulement des gènes[109], les plaintifs ne réclament pas un enfant, mais des gamètes stockés dans une banque et une procédure technique… produisant un enfant. Non pas du lard, mais du cochon. Retour au Pays du mensonge déconcertant (Ciliga) et illustration avec nos jésuites de l’Assemblée nationale :

« De façon unanime, les travaux préparatoires à la révision bioéthique ont écarté ou condamné cette notion de droit à l’enfant et confirmé que l’ouverture de l’assistance médicale à la procréation à toutes les femmes ne repose ni sur l’idée d’un droit à l’enfant, ni sur celle de créer ou de consacrer un tel droit. Il apparaît plutôt que la seule revendication est celle du droit au désir d’enfant[110]. »

Vous avez bien lu. S’il ne s’agit que du « droit au désir », quels obstacles la nouvelle loi doit-elle lever ? Rien n’empêche le désir d’enfant de s’épanouir dans le cœur de quiconque. Et quelle révision des lois de bioéthique consacrera notre droit au désir de modification génétique, notre droit au désir de manger notre voisin, d’épouser notre chien comme la cyber-féministe Donna Haraway, ou de gifler les têtes-à-claques du corps législatif ?

Pour les techno-progressistes de gauche et de droite, l’enfant est un droit conquis par les femmes (les hommes l’obtiendront dans une prochaine loi bioéthique, ne piaffez pas). Voilà qui donne un sens augmenté au slogan féministe des années 1970 : Un enfant si je veux, quand je veux.

René Frydman rapporte comment, expliquant aux femmes qu’à 42 ans, la PMA est vouée à l’échec, il s’entend répondre : « Puisque la sécu la rembourse jusqu’à 43 ans, j’y ai droit. » Et d’admettre : « c’est vrai que ça renforce cette notion de droit à l’enfant[111]. » Un droit qu’il a lui-même contribué à créer en 1981 avec Emile Papiernik et Jacques Testard. Du haut de leur expertise technique et de leur hubris médicale, ils ont produit Amandine, le premier bébé-éprouvette français, hors de toute délibération politique (la première loi bioéthique date de 1994). Un droit à l’enfant que Frydman continue à promouvoir, en demandant à l’Assemblée nationale et dans les innombrables médias qui lui donnent la parole, le remboursement de la congélation des ovocytes pour toutes.

Faut-il s’ébahir du cynisme avec lequel l’ex-camp de l’émancipation renie ses valeurs. Ce « droit à l’enfant » bafoue les droits inaliénables de l’individu. Dans un État de droit, on ne donne, ne vend ni ne procure nulle personne humaine. Nul n’a le droit à quiconque — ni esclave, ni épouse, ni enfant — à l’exception des orphelins à qui l’on donne des parents d’adoption (et non l’inverse), en vertu des droits de l’enfant. L’Agence de biomédecine pousse l’hypocrisie jusqu’à remplacer « don » par « accueil », pour les embryons surnuméraires mis à disposition d’autres couples. Certes, l’embryon n’est que de la viande, mais il faut ménager la sensibilité des parents d’intention en visite au congélo. À quand une loi et une branche de la Sécu pour faire valoir le droit des cœurs solitaires à un conjoint ? Ou plutôt, leur « droit à vivre en couple » ?

Pour conclure, le libéral président du Comité consultatif national d’éthique n’a plus qu’à déclarer : « le CCNE n’a pas le droit de juger de cette transformation du désir en droit[112] », et le tour est joué. Le fait accompli.

N’étant pas un comité d’éthique, encore moins consultatif, nous avons le devoir de juger cette transformation, qui entérine le primat d’un individualisme mortifère sur le bien commun de l’humaine condition. « Pourquoi protester, puisque nous accorder ce droit ne retire rien à vos propres droits ? », s’indignent les activistes LGBT, trahissant un individualisme qu’ils croient universel. N’imaginent même pas qu’on défende des idées supérieures à ses intérêts. Le désir de particuliers en mal d’enfant ne peut l’emporter sur le principe collectif de l’indisponibilité des personnes.

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Les Chimpanzés du futur engendrent comme ils peuvent, avec leurs limites naturelles ; les Machins du futur fabriquent leurs successeurs comme ils veulent, dans les limites de la technologie et de son progrès perpétuel. Ils troquent la contrainte naturelle, objective et impersonnelle, pour l’asservissement au système technicien et à ses pilotes. Ils croient ainsi s’émanciper, sans voir que l’emballement technologique et l’imposition de nouveaux produits et nouvelles normes provoquent les désirs toujours renouvelés de consommateurs envieux et plaintifs. On entend déjà les lamentations sur la pénurie de sperme — retour du réel et de cette fameuse « participation masculine à tout processus reproductif » qu’il faudrait taire. Les banques de gamètes ont du mal à fournir la demande. La Belgique achète 90 % de son sperme au Danemark et le Canada se fournit aux États-Unis. Voilà qui promet de riches débats intersectionnels sur la provenance ethnique du matériel reproductif. Pourquoi pas le Congo ou le Mexique ? En France, les stériles, les lesbiennes et les solitaires redoutent la concurrence ou la discrimination. Tous attendent de l’État qu’il garantisse la disponibilité du matériel, ou que la main invisible du marché trouve la solution : rémunération des donneurs, campagnes d’incitation à la solidarité, import-export. Le professeur Fréour, chef du service PMA du CHU de Nantes, aimerait qu’on vise mieux la « cible de 20 millions de candidats potentiels[113] », c’est-à-dire d’hommes de 18 à 45 ans en bonne santé, avec de meilleures campagnes de pub. Faudra-t-il imposer le partage de nos gamètes ? (Équitable, bienveillant, respectueux, inclusif, etc.) Si l’on continue de faire aux hommes ce que l’on fait aux animaux, quelques sources génétiques mâles sélectionnées pour leur qualité exceptionnelle serviront à la fécondation de toutes les femelles. Mais bien sûr, la technologie et les gamètes artificiels résoudront le problème.

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Vivre sans temps mort, jouir sans entrave. Ce fut le mot d’ordre de la grande Fête des hormones pour les enfants gâtés des Trente glorieuses. Cette génération d’héritiers libéraux-libertaires ne s’est rien refusé, ni la consommation, ni la critique de la consommation[114]. Elle n’a d’ailleurs rien transmis à ses déshérités, sinon l’intime conviction que tout leur était dû — et tout de suite. « L’attente — quel qu’en soit l’objet — est toujours insupportable[115] », geint la sénatrice EELV Esther Benbassa. Les baby-boomers, ayant bruyamment rompu avec la génération précédente, ont rompu avec l’idée même de génération. On savait déjà que chaque génération est un peuple nouveau (Tocqueville). La transmission des anciens aux novices est devenue intolérable car « autoritaire » et « verticale ». En 1963, Sheila fait l’un des tubes de la génération des copains en chantant :

Papa papa, papa, t’es plus dans l’coup papa

Tu devrais ma parole,

Retourner bien vite à l’école

Réviser ton jugement

Crois-moi ce serait plus prudent

Les novices aujourd’hui « s’éduquent » entre eux (transmission « horizontale ») et éduquent les anciens (retransmission verticale). Le lien générationnel tissé par l’engendrement (la génération ininterrompue du genre humain) perd son sens. L’avenir, ce sont des enfants sans nombril, dont nulle généalogie ne vient troubler l’autodétermination. Dommage que la génération spontanée soit impossible.

L’exigence de légalisation du désir d’enfant trahit la volonté de puissance puérile et destructrice de l’individu-consommateur (alias « client roi », « enfant roi »). Le refus de toute règle, toute limite autre que « mon bon plaisir », abolit toute vie en société au profit de négociations interpersonnelles où chacun défend au mieux son intérêt. Ce retour à la barbarie, c’est ce que la philosophie politique nomme libertarisme. On voit que le « combat d’avant-garde » des parents d’intention et de leurs alliés technocrates macroniens ne risque pas de perturber le technocapitalisme, ni la marche des choses.

Si l’éthique change au gré des désirs et si les désirs sont des droits, il n’y a nulle raison de refuser l’hybridation avec des dispositifs « d’augmentation », ni cette « large marge de manœuvre dans le choix des modalités liées à leur épanouissement personnel » que réclament les transhumanistes.

« Ce sont les technocrates, enfin, à l’ère technologique du capitalisme planétaire unifié, qui construisent la machine à tout faire, évinçant l’humain de sa propre reproduction après l’avoir évincé de toute production. Eh quoi ! La paresse n’est-elle plus le moteur du progrès ? Tout le sens de l’histoire n’était-il pas d’aboutir à la toute-puissance ? À l’état d’heureux et génial fainéant servi par les machines et doté d’une rente perpétuelle ? Devons-nous pleurer d’atteindre aux fins de l’homme ? Fi des jérémiades judéo-chrétiennes, de la rédemption par la souffrance et le travail, de la moraline de l’effort et du devoir — au nom de quelle transcendance, je vous prie ? De quelle nostalgie rance et réactionnaire ? Comme le disent les “anarchistes galactiques”, nous qui désirons sans fin, nous n’avons que des droits et nous les avons tous. L’activité humaine ayant réalisé l’utopie de l’abondance et de l’oisiveté assistée par ordinateur se livrera tout entière à la création et à l’invention de désirs nouveaux. L’émancipation est une galaxie en expansion accélérée, illimitée. Elle s’impose à la vitesse des accélérations technologiques qu’elle inspire et qui la réalisent en retour. Les obscurantistes peuvent bien s’opposer au progrès, ils ne peuvent l’arrêter quand le fait accompli bouleverse sans phrase l’ordre établi, abolissant du même coup les normes oppressives et les possibilités d’opposition. Eux-mêmes, alors, doivent changer ou disparaître. Nous serons bientôt des machines à vivre supérieures, intégrées à la machine universelle, au fonctionnement optimal et perpétuel, et dotées de ces pouvoirs que les religions attribuaient aux dieux. Il nous faut cependant, franchir d’abord le dur détroit des circonstances[116]. »

Seule la pensée des limites et de la mesure peut nous préserver des ravages de la volonté de puissance. Une pensée capable de transmuer la violence des désirs, non en pouvoir de produire/détruire le monde et nous-mêmes, mais en sublimation symbolique (art, récits, mythes) : l’autre spécificité des humains. Nous avons le choix. Traverser les océans d’un coup d’avion low cost et télécharger les catalogues de laboratoires de bébés d’un clic, ou penser et vivre contre notre temps et « se satisfaire du nécessaire » comme l’ours Baloo[117]. L’appel à l’auto-limitation relève d’abord de l’instinct de conservation.

***

12– Mère-Machine s’occupera de tout (maternage et infantilisme technologiques)

Ayant réduit la gestation à un dispositif séparé et technifié, il est logique de la confier aux machines. Tant qu’on nous réduira à l’état de robots, les robots nous réduiront à néant. Les couveuses artificielles remplaceront bientôt les couveuses humaines, achevant la volonté technicienne d’extérioriser le processus de gestation, déjà à l’œuvre avec les échographies « de contrôle » et le monitoring électronique du fœtus.

Le posthumain poussera en bocal, à l’image de cet agneau grand prématuré dont une équipe de Philadelphie a réussi, fin avril 2017, à assurer la gestation en utérus artificiel (un « biobag »), apparemment sans séquelles[118]. La même équipe annonce des discussions avec les autorités américaines pour commencer à tester des utérus artificiels avec des embryons humains d’ici deux ans[119]. Les travaux de Helen Hung-Ching Liu à l’Université Cornell à New York, montrent la possibilité d’implanter un embryon dans une cavité artificielle couverte de cellules endométriales (qui tapissent la paroi de l’utérus). Il ne reste qu’à relier les deux phases de la gestation — le début et la fin.

VRP de l’homme-machine à la mauvaise joie la plus grossière, le journaliste de Libération Luc Le Vaillant en braille d’extase :

« Tout ce qui est scientifiquement possible sera réalisé. Il ne sert à rien d’interdire, cela crée de la friction et de la délinquance là où il n’y a que désir d’imitation normalisée. Et puis, ce transhumanisme en gestation me fascine plus qu’il ne m’affole. Cela m’exalte, ce monde faustien qui invente de nouveaux corps. Les anti-GPA font souvent le parallèle avec le trafic d’organes. Qu’ils cessent de dramatiser ! Infertilité ou soins, la meilleure réponse sera technologique. Demain, les répliques façon cœur Carmat seront plus performantes que les transplantations du vivant. Et l’utérus artificiel finira par remplacer les prestations humaines[120]. »

C’est bien ce qu’espèrent eugénistes et techno-féministes, en raison de leur haine du corps, cette guenille répugnante. Comme le dit Joseph Fletcher, expert en éthique biomédicale d’Harvard : « Nous réalisons que l’utérus est un endroit obscur et dangereux, un milieu plein de périls. Nous devons souhaiter que nos enfants potentiels se trouvent là où ils peuvent être surveillés et protégés autant que possible[121]. »

Voilà qui rappelle le dégoût misogyne de la naissance : « Inter faeces et urinam nascimur[122] » (nous naissons parmi les fèces et l’urine). Dégoût partagé par la féministe américaine Shulamith Firestone dans The Dialectic of Sex (1970) : « Childbirth is like shitting a pumpkin » (accoucher est comme chier une citrouille), écrit-elle gracieusement.

Les techno-féministes revendiquent l’ectogenèse au nom de l’égalité, bien sûr. Dans la lignée de Firestone, Marcela Iacub affiche sa haine du charnel :

« Le père et la mère auront la même distance à l’égard de l’enfant, qui aura sûrement plus de facilité à devenir autonome. Il y a actuellement une sacralisation du ventre et de l’accouchement, à mon avis très préjudiciable aux femmes[123]. »

Autre disciple de Firestone, la « Mutante » Peggy Sastre renchérit :

« Les femmes ne feront rien dans la vie tant qu’elles auront un utérus (…) La marche vers l’égalisation des sexes est un phénomène récent, ouvert par la dé-physication des modes de production rentables et efficaces. Cependant, tant que la femme continuera à porter dans son corps la reproduction humaine, les termes seront en décalage. Les Mutantes entendent donc par la désutérinisation de la femme, rendre possible le rattrapage[124]. »

Peggy Sastre s’exprime aujourd’hui sous son nom dans la presse pour promouvoir l’ectogenèse : « Les femmes ne pourront pas connaître de véritable autonomie tant qu’elles n’auront pas la possibilité de s’en débarrasser (NdA : « de la grossesse et de l’élevage des enfants »)[125] », dit-elle à Causeur, dans un dossier sur le transhumanisme. La même participe au site des scientistes de l’Association française pour l’information scientifique[126] (Afis), qui défend les intérêts de la techno-industrie.

On entend la même revendication dans la bouche de Chloé, « féministe » libertaire ou assimilée, qui mange bio, revendique le droit d’avoir des enfants et de « disposer de son corps » sans souffrir les contraintes de la grossesse : « Je veux pouvoir sortir le soir, boire et ne pas avoir mal au dos ». Elle est soutenue dans ce combat émancipateur par le biologiste Henri Atlan, défenseur de l’ectogenèse :

« Très vite, la gestation extracorporelle deviendra la norme. Les pratiques de “mères porteuses” et de PMA en-dehors des structures familiales reconnues par la société ont déjà rompu le lien immémorial entre un bébé et la femme qui l’a porté. […] L’ectogenèse […] franchira un nouveau seuil. […] L’utérus artificiel achèvera la libération sociale des femmes en les rendant égales aux hommes devant les contraintes physiologiques inhérentes à la procréation[127]. »

Je dirais même plus, l’utérus artificiel rendra les hommes égaux aux femmes en leur permettant de procréer sans elles. Nous serions tellement plus égaux si les autres n’existaient pas. Les sexistes, féministes et machistes, tirent avantage de cette procréatique pour se reproduire sans l’autre sexe, réalisant ainsi leurs aspirations mythiques et archaïques (Amazones, rites de couvade, etc).

Henri Atlan :

« La maternité dans les conditions d’une ectogenèse deviendrait très proche de la paternité […] La différence des sexes dans la procréation et la filiation aura disparu en tant que donnée de la nature immédiatement perçue. »

Derrière les proclamations égalitaires, l’ectogenèse sert d’abord la volonté de maîtrise des processus spontanés d’engendrement. L’idée est ancienne. Elle a été formulée dès le XVIe siècle par le médecin suisse Paracelse, qui se prétendait capable de fabriquer « un homme artificiel sans âme, dans un utérus artificiel[128] ». Le mot fut créé par le généticien anglais John B.S Haldane dans un ouvrage de 1924 où il décrivait les « test tube babies[129] » (bébés-éprouvettes) qui inspirèrent Le Meilleur des Mondes huit ans plus tard.

Ce maternage machiniste vite transmué en matriarcat machiniste, entraîne la régression infantile, la castration des humains (hommes et femmes) réduits ad vitam à l’état d’avortons. En fait d’« augmentation » et d’amélioration, la machination dégrade et diminue l’humain, mutilé de ses décisions et facultés. Le maternage machiniste gratifie ses pièces, membres et parties, d’une prise en charge totale et les soulage du fardeau de la vie autonome. Délivrés de la fatigue d’être soi, ils sont, de leur mise en service à leur mise hors service, fonctionnellement intégrés à la machine à fonctionner, dont la fonction ultime, sinon unique, est de s’auto-perpétuer.

Le machin dans la machine, membre de l’eusociété, du superorganisme cybernétique, maillon d’un filet inextricable, retrouve ce que Romain Rolland nommait « le sentiment océanique » de la fusion avec le Grand Tout. Délivré du Père, ce monstre archaïque qui le séparait de sa mère, l’infantile ne quitte plus son grand Tout maternel afin de devenir lui-même, sa propre personne, et d’affronter le monde extérieur.

Le contrat techno-social est un marché de dupe. Croyant s’affranchir, l’individu s’asservit. Croyant dominer, il obéit. Quand on utilise les moyens technologiques, on donne le pouvoir aux technocrates. Quand on utilise les moyens biotechnologiques, on donne le pouvoir aux biocrates. Quand on se repose de soi et de tout sur la Mère-Machine, on donne le pouvoir à la Mère-Machine[130].

***

En conclusion, laissons la parole à Alexandre Vialatte, qui voici un demi-siècle, en juin 1968 et à l’aube d’un âge nouveau dans le progrès des mœurs et des techniques, évoquait les anciennes et nouvelles manières d’enfanter :

« Résumons-nous. La femme a joué de tout temps un rôle très important dans la survie de l’espèce humaine. Tout homme, sans elle, serait un orphelin. Par son instinct, par son génie particulier, pendant de longs siècles d’ignorance et de tâtonnement, où l’information faisait défaut, elle a su prolonger la race jusqu’à nos jours où “l’éducation sexuelle”, devenue enfin scientifique et propagée par des moyens “audiovisuels”, assure l’homme d’une postérité. Il est facile aujourd’hui de se moquer. Mais qu’on songe à l’époque, récente, où sans radio et sans télévision, l’homme devait assurer par ses propres moyens l’avenir de toute la race humaine. Sans la femme il n’eut jamais pu[131]. »

Pièces et main d’œuvre

Grenoble, 23 septembre 2019


Lire aussi :

  • Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)
  • De la popullulation, Pièces et main d’œuvre (2004). Pièce détachée n°8 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • La stérilité pour tous et toutes ! Alexis Escudero (2014). Pièce détachée n°63 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Au bazar du beau bébé, Alexis Escudero (2014), suivi de L’Homme d’aujourd’hui, Pierre Gérard et Henri Mora (2001). Pièce détachée n°64 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • De la reproduction du bétail humain, Alexis Escudero (2014), suivi de La reproduction artificielle des animaux non-humains, par Un auteur de Mouton 2.0, (2014) et Pourquoi ? Erwin Chargaff (2001). Pièce détachée n°65 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Les crimes de l’égalité, Alexis Escudero (2014), suivi de Contre La Manif pour Tous, contre le Collectif pour le respect de la personne, contre la reproduction artificielle de l’humain, A. Escudero & Pièces et main d’œuvre (2014). Pièce détachée n°66 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Ceci n’est pas une femme. À propos des tordus « queer », Pièces et main d’œuvre (2015), Pièce détachée n°67 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Ecrasons l’infâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice religieuse du transhumanisme, Pièces et main d’œuvre, 2017. Pièces détachées n°82/82’ et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • La fabrication des humains, Françoise Collin, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Le projet Manhattan de reproduction, Gena Corea, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  • Le fil rouge, des théories de Galton aux sondes d’ADN, Nadine Fresco, 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com

Glossaire

Novlangue de la reproduction artificielle

Autoconservation des ovocytes

Pratique destinée à repousser l’âge de la grossesse en gardant ses œufs au frais. Au congélateur, ne pas confondre « le poisson pané et les enfants pas nés » (Blanche Gardin).

Bioéthique, bioéthicien

Domaine d’expertise destiné à rendre légaux les bouleversements imposés par les chercheurs techno-scientifiques. Exige une bonne condition physique (course rapide) et une solide impudence. Voir les performances du président du Comité consultatif national d’éthique, Jean-François Delfraissy. Les transhumanistes comptent nombre de bioéthiciens, parmi lesquels James Hughes, Julian Savulescu, Joseph Fletcher.

Désutérinisation

Projet d’émancipation féminine par la suppression des organes féminins. Conçu sur le modèle de l’émancipation des peuples par la suppression des peuples. Les uns et les autres étant remplacés par des machines.

Donneurs de gamètes

Objets de toutes les attentions, fournissent leur sperme, leurs ovules et leur ADN aux nécessiteux pour des motifs parfois obscurs. Selon les pays, rémunérés ou non, anonymes ou non. Le don de sperme se fait à la main, il est sans douleur, durable, soutenable et renouvelable plus de 120 fois comme le prouve le « donneur privé » néerlandais Ed Houben[132]. Le don d’ovocytes à l’inverse nécessite une intervention médicale lourde et douloureuse. Scandaleuse discrimination.

Droit à se reproduire

Ne pas confondre avec droit à l’enfant, contraire à la dignité et à l’inaliénabilité de la personne humaine. Le droit à se reproduire est naturel, légitime et pris en charge par la société par le truchement de procédures technologiques garanties à toussétoutes par la loi. Cependant, des progrès restent à faire, la pédophobie dominante dans nos sociétés empêchant toujours les prépubères de se reproduire. Variantes : droit de fonder une famille ; droit au désir d’enfant.

Embryons surnuméraires

Embryons obtenus par fécondation in vitro et non implantés. Stockés au congélateur (voir « Vitrification ») en attente de projet parental, de don, d’expériences pour la recherche ou de destruction. Exemples : Eddy et Nelson, 6 ans, les jumeaux de Céline Dion, produits le même jour que leur grand frère et décongelés après huit ans de glacière. Leur maman les aime tellement qu’elle dort avec eux.

Fantômes de la république

Enfants issus de la location illégale d’un utérus à l’étranger et otages de parents délinquants. Exemple : les jumelles Mennesson, commandées aux États-Unis. Valentina, 18 ans, a publié ses mémoires de bébé prodige porté par une « gestatrice » américaine. Le refus de son inscription à l’état civil français est un problème : « Je ne pourrai pas hériter[133] », proteste-t-elle. Elle étudie l’économie et le management à Londres, ce qui prouve que les fantômes aussi, peuvent devenir de bons managers. Ses parents ont d’ailleurs fondé le Comité de soutien pour la légalisation de la GPA et l’aide à la reproduction assistée (Clara) avec le sponsoring de « Extraordinary Conceptions[134] », une agence californienne de devinez-quoi. Le sens du business, ce n’est pas génétique.

Gamètes artificiels

Spermatozoïdes et ovocytes produits in vitro à partir de cellules souches pluripotentes induites ou de cellules souches embryonnaires. Moyens de reproduction asexuée, permettant de se passer de donneurs, de produire des embryons en nombre illimité, et de produire à la chaîne des générations successives d’embryons en évitant le stade « individu » et tous les frais afférents (éducation, santé, chômage).

GPA éthique

Oxymore (comme « développement durable », « entreprise citoyenne », « commerce équitable », « obscure clarté », « roue carrée ») prétendant que la location de son utérus aux fins de fournir un enfant à d’autres serait possible gratuitement (moyennant défraiement) et sans lien de subordination. Si votre mère insiste pour porter votre enfant, prévoir les frais de psychanalyse pour l’enfant. Le père de la GPÀ éthique est ce bourgeois gentilhomme qui n’était point marchand mais donnait de l’étoffe à ses amis pour de l’argent.

Maternité de substitution

Tentative d’euphémisme pour « gestation pour autrui ». Encore un effort : on suggère « Maternité pour autrui », insurpassable de sentimentalisme sirupeux.

Parents d’intention

Soyez concentrés. Ne pas confondre « parents », « parents sociaux », « géniteurs » et « parents d’intention ». Les parents d’intention qui désirent élever l’enfant séparément ou en pluriparentalité — en coopérative d’élevage mais non en cohabitation — sont nommés « copapas » et « comamans ». Enfin, ils co-workent.

Projet parental

Synonyme d’« enfant à venir ». Élaborer un projet parental nécessite un plan d’action et de financement, une étude de marché, une validation juridique, des collaborateurs, un dispositif technologique. Sans projet parental, l’embryon congelé est une « matière vivante » disponible, par exemple, pour la recherche. Avec projet parental, il porte les attentes de ses concepteurs et doit fournir des garanties de qualité. Un enfant né par inadvertance ne peut se prévaloir d’un projet parental.

Stérilité sociale

Désigne le complot hétérosexuel destiné à empêcher deux individus de même sexe de se reproduire, afin de préserver les intérêts et le monopole reproductif du pouvoir hétéronormé. Se dit aussi à propos des personnes désireuses de se reproduire sans relations sexuelles, victimes de la société coïtonormée. Synonyme : infertilité culturelle.

Technique de reproduction hétérosexuelle

Introduction d’un sexe mâle dans un sexe femelle permettant la fécondation d’un ovule par un spermatozoïde et la formation d’un embryon. Technique remontant à la plus haute Antiquité, conçue pour empêcher les individus de même sexe de se reproduire. Il faudra attendre le XXIe siècle pour que le complot soit révélé. (Voir « stérilité sociale »)

Vitrification

Technique moderne de conservation des embryons obtenus par fécondation in vitro. À l’inverse de la congélation, lente et favorisant la formation de cristaux de glace intra et extra-cellulaires, la vitrification est ultra-rapide et sans cristaux. On déshydrate l’embryon et on remplace l’eau de ses cellules par des substances cryoprotectrices à concentration élevée, avant de l’immerger dans l’azote liquide à –196°.

Ne pas confondre avec la cryogénisation, destinée à conserver les transhumanistes morts jusqu’à leur résurrection technologique.


Notes et références

  1. Jean-François Delfraissy, entretien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  2. Cf. « Innovation scientifreak : la biologie de synthèse », F. Gaillard, in Sous le soleil de l’innovation, rien de nouveau ! Pièces et main d’œuvre, L’Echappée, 2013
  3. A. Pichot, La société pure. De Darwin à Hitler (Flammarion, 2000)
  4. J. Huxley, L’Homme, cet être unique [1941], trad. fr. Oreste Zeluck (éd.), 1948
  5. J.Huxley, L’Évolution en action (1951 – PUF, 1956)
  6. Idem
  7. Cf. Pièces et main d’œuvre, Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme (Service compris, 2017)
  8. www.francetvinfo.fr/monde/afrique/societe-africaine/salif-keita-denonce-le-sort-tragique-des-albinosvendus-en-pieces-detachees_3056963.html
  9. Cf. Bilan annuel 2017 de l’Agence française de biomédecine
  10. J.-L Touraine, janvier 2019
  11. J. Savulescu, « The philosopher who says we should play God », Nautilus, 3/09/15. Notre traduction.
  12. Rapport de la mission d’information sur la révision de la loi bioéthique, JL Touraine, janvier 2019
  13. F. Collin, « La fabrication des humains », 1987, sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  14. F. Engels, De l’autorité, 1872
  15. Agnès Buzyn, audition devant la commission spéciale bioéthique, Assemblée nationale, 9/09/19
  16. Cf. J. Habermas, L’avenir de la nature humaine. Vers un eugénisme libéral ? (Gallimard, 2001)
  17. J. Habermas, op. cité
  18. Avis n°129 du CCNE relatif à la révision de la loi de bioéthique 2019. Nous soulignons.
  19. Certifications de qualité délivrées par des organismes spécialisés, en France, l’AFNOR
  20. Audition devant la commission « loi de bioéthique », 30/08/19, www.lcp.fr
  21. Cf. « GPA, PMA : le business des ovocytes », reportage de Zone interdite, M6
  22. Vote en commission dans la nuit du 11 au 12 septembre 2019
  23. Tract « Ensemble, disons NON au marché de la procréation », distribué à Grenoble, juin 2018. L’appel à manifester contre la loi de bioéthique le 6 octobre 2019 est signé par Les Familles plumées, Trace la Route, Collectif pour le Respect de la médecine, les Associations familiales catholiques, l’Institut Famille et République, Sentinelles, Comité protestant évangélique pour la dignité humaine, la Fédération nationale de la médaille de la famille française, Les Veilleurs Générations à venir, Les Éveilleurs, La Manif pour Tous, Maires pour l’enfance, Agence européenne des adoptés, Vigie Gender, Alliance Vita, La voix des sans père
  24. Le Daubé, 20/03/18
  25. P. Ray, cité dans le rapport annuel 2017 de l’Agence française de biomédecine
  26. Institut d’éthique biomédicale de l’université de Zürich, « Le diagnostic préimplantatoire dans les législations des pays européens : sommes-nous sur une pente glissante ? », in Bioethica Forum, 2008, vol. 1, n° 2
  27. G. Corea, The Mother Machine. Reproductive Technologies from Artificial Insemination to Artificial Wombs, Harper & Row Publishers, 1985
  28. G. Corea, Conférence internationale FINNRET, Lund, Suède, juillet 1985
  29. Tribune parue dans Le Monde, 17/03/16
  30. G. Stock, « Le choix germinal est inéluctable ! », entretien avec lesmutants.com.
  31. Elle a notamment vendu 60 millions de dollars l’accès à sa base de données à Genentech, filiale de Roche, en 2015, pour une étude sur la maladie de Parkinson.
  32. www.nouvelobs.com/monde/20140110.OBS1978/comment-la-chine-fabrique-ses-futurs-genies.html
  33. Audition devant la commission « loi de bioéthique », 30/08/19, www.lcp.fr
  34. « Eugenics 2.0: We’re at the Dawn of Choosing Embryos by Health, Height, and More », MIT Technology Review, nov. 2017. Notre traduction.
  35. Nick Bostrom, Super intelligence, Dunod 2017
  36. « Dans la fabrique des bébés OGM », Courrier International, hors-série mai-juillet 2019
  37. www.sciencesetavenir.fr/sante/genetique-un-biologiste-voudrait-lui-aussi-creer-des-bebes-crispr_134478
  38. Cellules qui ne proviennent pas d’un embryon et qui sont capables de se multiplier indéfiniment ainsi que de se différencier en tous les types de cellules qui composent l’organisme.
  39. Idem
  40. « Générer le gamète mâle et femelle à partir de cellules souches pluripotentes humaines : est-ce possible ? », revue Médecine de la Reproduction, Gynécologie Endocrinologie, 2011 41 Rapport du 14/09/19, http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta-commission/r2243-a0.asp
  41. Rapport du 14/09/19, http://www.assemblee-nationale.fr/15/ta-commission/r2243-a0.asp
  42. Cf. https://www.nature.com/articles/d41586–019–02275–3 et sur www.piecesetmaindoeuvre.com
  43. The End of Sex and the Future of Human Reproduction, H. Greely, Harvard University Press, 2016
  44. Cf. « The next sexual revolution will happen in a lab, not a bed », 9/04/18, entretien sur www.macleans.ca
  45. « In vitro Eugenics », Journal of Medical Ethics, 2014, cité par le transhumaniste Bernard Baertschi, membre du comité d’éthique de l’Inserm, in De l’humain augmenté au posthumain. Une approche bioéthique, Vrin, 2019
  46. N. Bostrom & C. Shulman, « Embryo Selection for Cognitive Enhancement: Curiosity or Gamechanger? », Future of Humanity Institute, Oxford, www.nickbostrom.com
  47. www.slate.fr/story/169437/gametes-in-vitro-procreation-medicalement-assistee-pma-parents-meme-sexe
  48. « Si vous vous souciez de l’avenir de notre espèce, vous devriez vous soucier de ça » :https://law.stanford.edu/directory/henry-t-greely/#slsnav-featured-video
  49. J. Hughes, transhumanistes.com/archives/800
  50. G. Anders, L’Obsolescence de l’homme, Encyclopédie des nuisances, 2002
  51. Aristote, La Physique
  52. Marta Spranzi, « La PMA pour tous ou le triomphe de la nature », Libération, 15/10/17
  53. M. Gauchet, « L’individu privatisé », 2007, http://gauchet.blogspot.fr
  54. Cf. Revue médicale suisse, https://www.revmed.ch/RMS/2002/RMS-2391/701
  55. J. Habermas, L’avenir de la nature humaine, op. cité.
  56. J. Hughes « Embracing change with all four arms: A post-humanist defense of genetic engineering », inEubios Journal of Asian and International Bioethics (1996), p. 94–101
  57. Nick Bostrom, « A Transhumanist Perspective on Human Genetic Enhancements »
  58. Europe 1, 27/08/19
  59. Le Monde, 13/04/18
  60. http://www.lefigaro.fr, 26/01/18
  61. Réseau féministe international de résistance aux techniques de reproduction et à l’ingénierie génétique, Déclaration de Comilla, Bengladesh (1989), www.finrrage.org. Voir le Manifeste des Chimpanzés du futur contre le transhumanisme, Pièces et main d’œuvre (Editions Service compris, 2017)
  62. www.sos-homophobie.org
  63. « Je ne vois pas en quoi la PMA serait un “progrès” », entretien avec Le Figaro, 08/07/16
  64. Libération 26/10/15
  65. Selon Le Monde, 29 juillet 2017. B. Preciado, Testo Junkie. Sexe, drogue et biopolitique, Grasset, 2008
  66. Libération, 23/09/13
  67. J. Hugues, « Citizen Cyborg ou Le transhumanisme démocratique 2.0 », sur http://transhumanistes.com/quest-ce-que-le-transhumanisme-democratique/
  68. Conseil d’État, Avis sur le projet de loi relatif à la bioéthique, 18/07/19. C’est nous qui soulignons.
  69. Parmi les couples qui ont recours à la PMA, 15 % ne souffrent d’aucune pathologie, selon l’Étude d’impact du projet de loi relatif à la bioéthique, Assemblée nationale, juillet 2019
  70. Le Daubé, 27/08/19
  71. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix. Les dessous de la médecine de reproduction, Brigitte-Fanny Cohen (Lattès, 2001)
  72. www.gouvernement.fr/partage/11107-facebook-live-du-24-juillet-2019-sur-le-projet-de-loi-bioethique
  73. « PMA pour toutes : le consensus existe déjà ! », D. Borillo, Libération, 6/06/18
  74. Elisabeth Schemla, Les homos sont-ils des hétéros comme les autres ? L’Observatoire, 2017
  75. Libération, 1/08/19
  76. L’Obs, 15/03/18
  77. www.telegraph.co.uk/science/2016/06/05/britons-are-having-less-sex-and-game-of-thrones-could-be-toblam/
  78. « Declines in Sexual Frequency among American Adults, 1989–2014 », Archives of Sexual Behavior, nov. 2017, https://link.springer.com/article/10.1007/s10508–017–0953–1
  79. Citée in « L’utopie cyborg. Réinvention de l’humain dans un futur sur-technologique », M. Grugier, revue Quasimodo, n°7, 2003
  80. Cf. Mirage gay à Tel Aviv, J. Stern, Libertalia, 2017
  81. https://collectif-corp.com/2019/09/20/reponse-a-m-fogiel-suite-a-son-livre-quest-ce-quelle-a-ma-famille/
  82. L’Obs, 15/03/18
  83. L’Obs, 15/03/18
  84. Le Daubé, 20/09/19
  85. https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-sante/20130703.RUE7450/ce-que-transmet-une-femme-a-unembryon-qui-n-est-pas-le-sien.html
  86. Cf. http://claradoc.gpa.free.fr/index.php?page=experts
  87. Idem
  88. L’Obs, 15/03/18
  89. « PMA : pas de père, pas d’inquiétude », Libération, 5/07/17
  90. Cf. « Procréation : beaucoup de bruit pour rien », art. cité
  91. L’Obs, 15/03/18
  92. Terra Nova, « Accès à la parenté : assistance médicale à la procréation et adoption », 2010
  93. http://www.stophomophobie.com
  94. Cf. Marc-Olivier Fogiel, Qu’est-ce qu’elle a ma famille ? Grasset, 2018
  95. Photo, Libération, 1/08/19
  96. Act-Up, Aides, Bi’Cause, le CAELIF, le Collectif Féministes Révolutionnaires, les efFRONTé-e-s,FièrEs, du GLUP, l’Inter-LGBT, le MAG Jeunes LGBT, le Planning Familial et SOS homophobie
  97. Mais nous payons pour les vôtres
  98. Sylviane Agacinski, L’homme désincarné. Du corps charnel au corps fabriqué, Gallimard, juin 2019
  99. Marcela Iacub « L’Empire du ventre », http://www.lesmutants.com/iacubentretien.htm
  100. Cf. Un bébé, mais pas à tout prix, op. cité
  101. L’empire cybernétique. De la machine à penser à la pensée-machine, C. Lafontaine, Seuil, 2004
  102. Cf. David Le Breton, L’adieu au corps, Métailié, 1999
  103. https://ieet.org/index.php/IEET2/more/roux20131024
  104. « Obsolete Body  », http://www.stelarc.va.com
  105. Le Monde, 13/04/18
  106. Au sens juridique : « limitation des possibilités d’interaction avec l’environnement et de participation à la vie de la société, en raison de l’altération d’une fonction »
  107. A l’attention des malcomprenants : inutile de glapir, ceci n’est pas un amalgame entre enfants et chiens, mais la comparaison entre la prise en charge de deux types de handicaps.
  108. Québec Science, 18/05/17
  109. Cf. La guerre au vivant, Jean-Pierre Berlan & alii. Agone, 2001
  110. Etude d’impact du projet de loi relatif à la bioéthique, Assemblée nationale, juillet 2019. Nous soulignons.
  111. Audition devant la commission « loi de bioéthique », 30/08/19, www.lcp.fr
  112. Entretien avec Valeurs actuelles, 3/03/18
  113. Libération, 21–22/09/19
  114. Cf. Michel Clouscard, Le Capitalisme de la séduction, 1981, Jean Baudrillard, La Société de consommation, 1970
  115. E. Benbassa, « PMA: non, les écologistes ne renonceront pas ! », Huffington Post, 05/05/14
  116. Y. Blanc, Dans l’homme tout est bon (Homo homini porcus), Sens & Tonka, 2016
  117. Cf. Le livre de la jungle, Walt Disney, 1967
  118. Nature Communications, 25/04/17, www.nature.com/articles/ncomms15112
  119. https://metro.co.uk/2019/05/14/human-babies-born-using-an-artificial-womb-possible-in-a-decade8156458/
  120. L. Le Vaillant, « Gestation pour soi-même », Libération, 13/10/14
  121. J. Fletcher, The Ethics of Genetic Control : Ending Reproduction Roulette, Buffalo (NY), PrometheusBooks, 1988, cité in A. Gorz, L’Immatériel (Galilée, 2003)
  122. Attribué à Saint-Augustin, mais certains penchent pour Bernard de Clairvaux, au Moyen-Age
  123. http://www.marieclaire.fr/,cheri-mon-bocal-a-accouche,20161,323.asp
  124. « Tota mulier ex utero », Les Mutantes, http://www.lesmutants.com/totamulier.htm
  125. Cf. « L’utérus artificiel est l’avenir de la femme », entretien avec Causeur, juin 2017
  126. Cf. http://pseudo-sciences.org/
  127. H. Atlan, L’utérus artificiel (Seuil, 2005)
  128. « Concerning the Nature of Things », Paracelse, cité dans Ectogenesis. Artificial Womb Technology and the Future of Human Reproduction, S. Gelfand et J.R. Shook, Rodopi, 2006
  129. Cf. J.B.S Haldane, Daedalus, or Science and the Future
  130. Cf. Ecrasons l’infâme. Le culte de la Mère Machine et la matrice religieuse du transhumanisme, Pièces et main d’œuvre, 2017 (Pièces détachées n°82/82’)
  131. Cf. A. Vialatte, « Histoire des femmes », in Spectacle du Monde, juin 1968
  132. http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2013/07/30/01016–20130730ARTFIG00401-ed-neerlandais-de43ans-et-pere-de-peut-etre-plus-de-cent-vingt-enfants.php
  133. Le Daubé, 20/09/19
  134. Cf. Sylviane Agacinski, L’homme désincarné, op. cité

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