Fugue mineure pour riposte majeure

À propos de La domi­na­tion adulte de Yves Bonnar­del

L’en­fant, de sa nais­sance à ses 18 ans, appar­tient à ses parents, et le statut de mineur l’em­pêche de s’éman­ci­per de cette tutelle. Cette dépen­dance est une construc­tion sociale, juri­dique, écono­mique et poli­tique. Elle met au jour les déter­mi­na­tions liées à l’âge dans nos socié­tés mais aussi l’im­por­tance des concepts de sécu­rité et de protec­tion dans la mise sous tutelle de la popu­la­tion.

À l’ori­gine de cette appro­pria­tion, on retrouve la famille patriar­cale, un des fonde­ments de notre civi­li­sa­tion. La famille, du mot romain fami­lia, désigne l’en­semble des parents adultes, des enfants, des domes­tiques et des esclaves possé­dés par le pater fami­lias, le père de famille, qui, pendant des siècles, profite du travail domes­tique des esclaves, des femmes et des enfants. Le travail domes­tique, ou travail ména­ger, est encore à 80 % effec­tué par les femmes. Il est pour­tant encore courant d’en­tendre certains hommes affir­mer qu’ils « ont une famille à nour­rir », occul­tant ainsi le travail de leur femme et de leurs enfants au sein du foyer. Cette logique d’ap­pro­pria­tion du père est celle du mode de produc­tion domes­tique étudié par Chris­tine Delphy, fémi­niste maté­ria­liste. Jusqu’au XXe siècle, les enfants, comme les femmes, les frères cadets et les sœurs céli­ba­taires vivant dans la famille, étaient une force de travail gratuite pour le chef de famille. Ce n’est qu’a­près des siècles de lutte[1] que les femmes ont pu béné­fi­cier de leur force de travail, la vendre et être rému­né­rées. Jusqu’en 1907, elles ne pouvaient pas garder pour elles cette rému­né­ra­tion, et jusqu’en 1965, un mari pouvait s’op­po­ser à ce que sa femme travaille à l’ex­té­rieur. Jusqu’à la même date, une femme mariée ne pouvait pas ouvrir un compte en banque séparé sans l’au­to­ri­sa­tion de son mari. Pendant des siècles, la femme, au même titre que les enfants et les esclaves, possé­dait le statut de mineur et de non-citoyen, propriété du père de famille. Ce statut d’in­fé­rio­rité sociale, d’in­ca­pa­cité légale, de subor­di­na­tion et d’ap­pro­pria­tion est encore celui de l’en­fant, ce qui est parti­cu­liè­re­ment visible dans les cas de divorce où il est ques­tion de défi­nir à qui il appar­tient.

Dans son ouvrage, La domi­na­tion adulte : l’op­pres­sion des mineurs, Yves Bonnar­del dénonce cette appro­pria­tion, ce système poli­tique, écono­mique, juri­dique et social qui livre les jeunes de notre société à l’ar­bi­traire d’un ou deux indi­vi­dus. Rapports et études ne cessent de le confir­mer, les agres­sions sexuelles sur les enfants sont en majo­rité le fait des parents : en France ce sont 4 millions de personnes victimes d’in­ceste[2]. Un enfant est tué tous les cinq jours[3]. Les coupables sont très majo­ri­tai­re­ment les parents biolo­giques, et prin­ci­pa­le­ment les pères. Le docu­ment souligne un lien très fort entre la violence conju­gale et les violences commises sur les enfants. Ces agres­seurs ne présentent aucune parti­cu­la­rité psycho­lo­gique, ils sont en réalité quel­conques. Parce que leurs agres­seurs sont leur repré­sen­tant légal, et qu’ils n’ont aucune person­na­lité juri­dique, les enfants sont dans une quasi-impos­si­bi­lité de se libé­rer de cette violence et de la contrainte qu’exercent sur eux parents et adultes.

L’ab­sence de person­na­lité juri­dique empêche égale­ment les enfants de travailler contre rému­né­ra­tion, hors de la famille. Pour­tant,

« de façon géné­rale dans les pays pauvres, les jeunes des classes paysanne et prolé­taire doivent travailler pour survivre et, bien souvent, pour contri­buer à faire vivre leur famille. Il en va de même pour les dépla­cés ou réfu­giés en temps de guerre, ou les migrants. Ils ont non seule­ment à affron­ter l’ex­ploi­ta­tion fami­liale et/ou le marché du travail, mais encore les lois qui leur inter­disent toute acti­vité qui leur procu­re­rait des moyens de subsis­tance. »[4]

Dans les pays du Nord écono­mique, nombreux aussi sont les enfants fugueurs, envi­ron 160 000 par an, qui seraient bien plus proté­gés contre l’ex­ploi­ta­tion — et notam­ment l’ex­ploi­ta­tion sexuelle — si un accès légal au travail leur était permis. D’autres enfants, encore, travaillent à l’ex­té­rieur tout simple­ment pour avoir de l’argent de poche. De nombreux enfants ont besoin, pour survivre et vivre, d’ac­cé­der à des ressources. Bien que le travail, dans nos socié­tés capi­ta­listes, soit alié­nant, il n’est possible de se proté­ger des pires exploi­ta­tions qu’à condi­tion de ne pas dépendre d’une autre personne pour sa survie maté­rielle et de pouvoir choi­sir à sa guise un lieu de vie. L’ac­cès au travail est donc un droit impor­tant pour la jeunesse, ainsi que sa régle­men­ta­tion qui doit faire passer les condi­tions de travail des sala­riés devant les béné­fices et le pouvoir des employeurs. Les jeunes qui sont bien trai­tés par leurs familles choi­si­ront sûre­ment d’y rester, mais ils doivent avoir la possi­bi­lité d’en partir.

Le mode de produc­tion domes­tique est encore le système majo­ri­taire à travers le monde, 80 % de la popu­la­tion vit de l’agri­cul­ture. La pauvreté d’un nombre crois­sant de familles oblige toujours plus d’en­fants à travailler à l’ex­té­rieur pour parti­ci­per et aider au foyer. Le rapport du Bureau inter­na­tio­nal du travail indique qu’en 2016, 152 millions d’en­fants de 5 à 17 ans et 73 millions effec­tuent des travaux dange­reux. 70 % d’entre eux travaillent dans le milieu agri­cole.

Exclure les enfants de la poli­tique, de la réflexion sur l’ac­cès et les condi­tions de travail, alors qu’ils sont les premiers à en subir les consé­quences, est une maltrai­tance psycho­lo­gique et physique. Tout être vivant naît pour vivre libre, le statut de mineur est une prison physique et mentale contre laquelle de nombreux jeunes se rebellent à juste titre :

« En 2004, las de ne pas être enten­dus, [les enfants travailleurs] haussent le ton et s’adressent direc­te­ment à l’OIT (Obser­va­toire Inter­na­tio­nal du Travail), au travers de la décla­ra­tion de Berlin. Ils dénoncent sa poli­tique aboli­tion­niste qu’ils consi­dèrent comme “une atteinte à leur dignité et une menace pour leurs droits” et exigent que “leurs voix soient enten­dues […] et leurs inté­rêts pris en consi­dé­ra­tion”.

En 2006, les mouve­ments d’en­fants et d’ado­les­cents travailleurs d’Asie, d’Afrique et d’Amé­rique latine [s’op­posent] à la jour­née mondiale de l’OIT contre le travail des enfants (12 juin) et proclament par ailleurs le 9 décembre, jour­née mondiale pour la dignité des enfants et jeunes travailleurs.

En décembre 2013 des heurts violents opposent à La Paz des centaines de mineurs des orga­ni­sa­tions de luttes des enfants et jeunes travailleurs, aux forces de police ; les mineurs protestent contre le vote d’une nouvelle loi “sur les enfants et la jeunesse” qui, contre­di­sant la toute récente consti­tu­tion boli­vienne, fixe des limites d’âge au travail des enfants. Ils s’in­dignent de ne pas avoir été asso­ciés à la réflexion et à la rédac­tion de cette loi qui les concerne au premier chef, et refusent toute discri­mi­na­tion. »[5]

Sous prétexte de protec­tion, les enfants ne sont jamais consul­tés pour toutes les déci­sions les concer­nant. Il en était de même pour la femme qui — disait le père de famille pour justi­fier son emprise —, néces­si­tait la protec­tion d’un homme. N’en­tend-on pas encore aujourd’­hui certains hommes, cheva­liers et cheva­le­resques, affir­mer : « Nous devons proté­ger les femmes » contre la violence des hommes et contre elles-mêmes, et ainsi en est-il des enfants. Mais ni les femmes ni les enfants ne demandent cette protec­tion coer­ci­tive.

« Cette idée que les enfants sont des êtres parti­cu­liers […] signe l’en­fer­me­ment des enfants dans la caté­go­rie “êtres infan­tiles, incom­plets”, “à éduquer”, petits animaux à huma­ni­ser, matière “natu­relle” à civi­li­ser, inno­cence et vulné­ra­bi­lité à proté­ger… en les privant de toute liberté, de toute auto­no­mie ou souve­rai­neté, de tous droits sur eux-mêmes, de tout pouvoir sur leur propre vie. C’est désor­mais parce qu’on accorde beau­coup de prix au fait de les élever, éduquer, instruire, choyer et proté­ger, qu’on les tient sous totale tutelle. Pour leur bien. Pour leur avenir. Dans leur inté­rêt bien compris. Bref, par amour (Cela rappelle quelque peu le discours de légi­ti­ma­tion de la colo­ni­sa­tion. D’ailleurs, ne traite-t-on pas préci­sé­ment toutes les dominé-es comme des enfants ? Avec le même pater­na­lisme, le même rabais­se­ment, la même suffi­sance, la même assu­rance d’avoir raison à leur place …) »[6]

De plus, affir­mer une incom­pa­ti­bi­lité entre le travail et l’en­fant est une posi­tion située histo­rique­ment, socia­le­ment et cultu­rel­le­ment. Selon les lieux et les époques, l’en­fant peut aussi être consi­déré comme sujet respon­sable et acteur socio-écono­mique à part entière, et son travail comme un mode de socia­li­sa­tion valo­ri­sant et struc­tu­rant. Ce qu’il est d’ailleurs dans de nombreuses cultures indi­gènes où l’en­fant parti­cipe, selon ses capa­ci­tés, à la produc­tion de la société.

Nous avons tous été des enfants, nous avons tous subi cette coer­ci­tion, nous l’avons inté­grée et accep­tée parce que dès notre nais­sance la bureau­cra­tie et les insti­tu­tions nous ont imposé leur rythme et leurs lois. Le rêve bureau­cra­tique, c’est la réduc­tion de l’homme au rang de rouage obéis­sant et fonc­tion­nel. C’est ainsi que dès sa nais­sance, la société impose aux bébés les heures de bibe­rons, de lever et de coucher pour inscrire dans son corps la soumis­sion.

« Je crois plutôt que c’est l’État qui est une brute. L’État qui arrache les fils à leur mère pour les jeter aux idoles. Cet homme est le servi­teur de la brute, tout comme le bour­reau. Tout ce que ce type m’a dit, il l’a appris par cœur. Il a dû l’ap­prendre pour passer son examen de consul. Ça sortait tout seul. Chaque fois que je lui disais quelque chose, il avait une réponse toute prête pour me clouer le bec. Mais, quand il a voulu savoir si j’avais faim et m’a demandé : “Avez-vous mangé ?”, il est soudain devenu un être humain et a cessé d’être au service de la brute. Avoir faim, c’est humain. Avoir des papiers, ça ne l’est pas, ça n’est pas natu­rel. Toute la diffé­rence est là. C’est la raison pour laquelle les hommes sont de moins en moins des êtres humains et commencent à deve­nir des person­nages en carton-pâte. La brute n’a que faire d’êtres humains ; ils donnent trop de travail. Les person­nages en carton-pâte se laissent mieux mettre au pas, aucune tête ne dépasse, et les servi­teurs de la brute ont alors la vie plus facile. »[7]

L’État veille à ce que cette soumis­sion se trans­mette de père en fils, et notam­ment au moyen de ses insti­tu­tions scolaire et carcé­rale.

« À partir de la fin du XVIIIe siècle, l’école s’est substi­tuée à l’ap­pren­tis­sage comme moyen d’édu­ca­tion. Cela veut dire que l’en­fant a cessé d’être mélangé aux adultes et d’ap­prendre la vie direc­te­ment à leur contact. Malgré beau­coup de réti­cences et de retards, il a été séparé des adultes et main­tenu à l’écart dans une manière de quaran­taine avant d’être lâché dans le monde. Cette quaran­taine, c’est l’école, le collège. Commence alors un long proces­sus d’en­fer­me­ment des enfants (comme des fous, des pauvres, des pros­ti­tuées) qui ne cessera plus de s’étendre jusqu’à nos jours et qu’on appelle la scola­ri­sa­tion. »[8]

L’école est un lieu d’em­bri­ga­de­ment où il est essen­tiel­le­ment ensei­gné la soumis­sion au pouvoir. La curio­sité des enfants y est étouf­fée par un système puni­tif et abru­tis­sant, qui les détourne en quelques années de leur soif de savoir innée. Les exploits de Mozart enfant, dans le domaine de la compo­si­tion, appa­raissent diffi­ci­le­ment croyables aujourd’­hui, mais de son temps, ce n’était pas si excep­tion­nel. Un compte-rendu détaillé des années d’en­fance de Louis XIII, né en 1601, nous montre que nous sous-esti­mons les possi­bi­li­tés des enfants. Son méde­cin indique que dès l’âge de dix-sept mois il jouait du violon et chan­tait tout le temps. Il n’était pour­tant pas un génie et prouva même ulté­rieu­re­ment qu’il n’était pas plus intel­li­gent que la plupart des aris­to­crates de son époque. À trois et quatre ans respec­ti­ve­ment, il commença à lire et à écrire. À quatre et cinq ans, bien qu’il jouait encore à la poupée, il tirait à l’arc, jouait aux cartes et aux échecs avec les adultes, et à beau­coup d’autres jeux de grande personne. À l’âge de sept ans, il commença à porter des vête­ments mascu­lins semblables à ceux des adultes, ses poupées lui furent reti­rées, et des précep­teurs commen­cèrent à diri­ger son éduca­tion ; il se mit à chas­ser, à faire de l’équi­ta­tion, à tirer au fusil et à jouer à des jeux d’argent.

Au XVIIe siècle, la femme et l’en­fant de moins de 7 ans se distin­guaient de l’homme, mais une fois passé cet âge, ne restait plus qu’une distinc­tion entre femme et homme. C’est l’ap­pa­ri­tion de la cellule fami­liale centrée sur l’en­fant qui rendit néces­saire une insti­tu­tion en mesure de struc­tu­rer l’en­fance.

Toute une spécia­li­sa­tion infan­tile s’est alors déve­lop­pée pour répondre à l’image que l’on se faisait de l’en­fance : les contes furent relé­gués aux distrac­tions pour enfants, dépouillés de tout ce qui pouvait paraître anxio­gène aux adultes, et un langage parti­cu­lier s’est déve­loppé, un langage infan­ti­li­sant et mièvre. « C’est, vous compre­nez, qu’il ne faut pas parler de certaines choses devant les enfants », disent encore de nombreux adultes.

« Les jouets ne firent leur appa­ri­tion qu’à partir de 1600, et même alors, on ne les utili­sait que pour les enfants de moins de trois ou quatre ans. Les premiers jouets n’étaient que des répliques, à l’échelle enfan­tine, d’objets d’adultes : le cheval de bois remplaçait le cheval véri­table que l’en­fant était trop petit pour enfour­cher. Mais à la fin du XVIIe siècle les objets spécia­le­ment créés pour les enfants s’étaient répan­dus. C’est de cette époque égale­ment que datent les jeux réser­vés aux enfants (en fait il s’agis­sait d’une simple divi­sion : certains jeux parta­gés jusqu’ici par les enfants et les adultes furent aban­don­nés aux enfants et aux classes infé­rieures de la société, tandis que d’autres furent, à partir de cette époque, repris par les adultes de manière exclu­sive, et devinrent les “jeux de société” des classes supé­rieures). »[9]

Mais rien de tout cela ne serait parvenu à faire réel­le­ment des enfants une classe sociale asser­vie si l’école moderne n’avait été insti­tuée. Elle donne à l’en­fance une struc­ture en isolant les enfants du reste de la société par une sorte de ségré­ga­tion, retar­dant ainsi leur matu­rité et les empê­chant d’ac­qué­rir les connais­sances spécia­li­sées qui pour­raient les rendre utiles à la société. Sa prin­ci­pale fonc­tion est de « disci­pli­ner » plutôt que d’en­sei­gner la connais­sance pour elle-même. Il n’est donc pas éton­nant que l’ins­truc­tion scolaire moderne retarde le déve­lop­pe­ment de l’en­fant. Et comme si cela ne suffi­sait pas, une distinc­tion selon les âges fut instau­rée après le XVIIIe siècle, avec un cloi­son­ne­ment rigide des « classes ». Il n’était même plus possible aux enfants de s’ap­puyer sur leurs aînés un peu plus âgés et plus expé­ri­men­tés.

« Au cours des XVIIe et XVIIIe siècles, on a donc commencé à isoler l’en­fant de la vie commune : pour préser­ver sa mora­lité, pour l’éduquer, en lui inter­di­sant telle ou telle atti­tude, en lui en pres­cri­vant d’autres. L’op­tique de l’époque était celle du redres­se­ment, en rela­tion avec le projet consti­tu­tif de la moder­nité : celui d’une raison soucieuse de maîtri­ser et de redres­ser la nature en la soumet­tant aux normes qu’elle lui impose de l’ex­té­rieur.

De façon très logique, pour les utopistes, qu’ils fussent bour­geois, socia­listes ou anar­chistes, l’édu­ca­tion a été conçue comme le socle sur lequel s’éri­ge­rait l’ordre nouveau ; pour les “réac­tion­naires”, c’est sur l’édu­ca­tion égale­ment que se recons­trui­rait en revanche l’ordre ancien. Bref, l’édu­ca­tion est deve­nue un enjeu de pouvoir déme­suré, dont les enfants font toujours les frais et sont les premières victimes.

C’est à partir du XIXe siècle que la société se donne véri­ta­ble­ment les moyens d’en­ca­ser­ner les enfants. La notion de protec­tion, on l’a vu, a commencé à se déve­lop­per en même temps qu’on se souciait de préser­ver “l’en­fant” des travaux indus­triels puis agri­coles pénibles et de rele­ver l’âge à partir duquel il pouvait travailler. Moins il pouvait travailler jeune, plus “l’en­fant” était perçu comme inca­pable par nature, parce qu’en­fant et imma­ture, de subve­nir seul à ses besoins et même, progres­si­ve­ment, de faire face aux situa­tions les plus simples de la vie quoti­dienne. »[10]

Ce n’est plus la famille mais l’État qui gère le « déve­lop­pe­ment person­nel » de l’en­fant, déve­lop­pe­ment qui n’est autre qu’une incul­ca­tion des normes sociales et de la soumis­sion à l’au­to­rité. L’école encadre et surveille, forme à la disci­pline du travail, à l’ac­cep­ta­tion des ordres et permet de main­te­nir à l’écart de la vie sociale et poli­tique toute la classe que consti­tue les mineurs. La prise en charge de l’édu­ca­tion des enfants par l’État lui permet d’élar­gir cette infan­ti­li­sa­tion à tout le peuple pour mieux l’ad­mi­nis­trer, le contrô­ler et le trans­for­mer en simple consom­ma­teur. Il n’est pas éton­nant que le marché le plus lucra­tif soit celui de l’en­fance, les adultes dépen­sant sans comp­ter des objets dont ils croient — à rebours — avoir tant manqué dans leur enfance. Tout le monde du diver­tis­se­ment parti­cipe égale­ment à main­te­nir le peuple dans l’hé­bé­tude du fantasme d’une inno­cence enfan­tine qui serait entiè­re­ment domi­née par les émotions les plus violentes et contra­dic­toires. En effet, « la ratio­na­lité ayant été défi­nie à l’en­contre des émotions, les mani­fes­ta­tions émotives “déchaî­nées” liées aux décharges émotion­nelles ont été de plus en plus répri­mées puis, depuis la seconde moitié du siècle dernier, empê­chées par les divers psycho­tropes déployés au service de la paix sociale : or, si l’on empêche le libre cours des émotions, la pensée se fige dans des auto­ma­tismes, et des réac­tions de destruc­tion ou d’au­to­des­truc­tion, effort déses­péré ou rési­gna­tion, occupent tout l’es­pace mental. »[11] Mais ces mêmes émotions, inac­cep­tables dans certains contextes, sont exacer­bées et exploi­tées par le monde du spec­tacle qui fonc­tionne comme un psycho­trope : les images et les sons de dernières géné­ra­tions sont conçus pour en mettre plein la vue et étio­ler la réflexion, les fêtes foraines et les jeux les plus excen­triques permettent de libé­rer ces décharges, ainsi que les grandes brade­ries. Ce genre de diver­tis­se­ment tient en effet bien plus de la cathar­sis que de la créa­tion, source d’éman­ci­pa­tion et de déhis­cences. Il est dange­reux de croire que l’in­fan­ti­li­sa­tion des mineurs n’a aucune consé­quence sur leur deve­nir, qu’elle n’en a pas eu sur nous-mêmes, qu’il suffit d’at­teindre l’âge de la majo­rité pour que cette servi­tude dispa­raisse ; dix-huit ans de cette éduca­tion sans trêve fixe en nous-mêmes les règles sociales en vigueurs les plus imbé­ciles et les plus immo­rales. Il est d’ailleurs assez remarquable que dans nombre de circons­tances on ne puisse pas même recon­naître aux majeurs des quali­tés de matu­rité ou de discer­ne­ment. La vie de tous les jours suffit à illus­trer le fait que des capa­ci­tés qui devraient être la moindre des choses pour s’au­to­ri­ser à parler de vie « auto­nome », comme celle de savoir dire oui ou non de façon raison­née, manquent en fait cruel­le­ment.

Lors des émeutes de banlieues de l’hi­ver 2005, de nombreux lieux scolaires furent détruits. Cela n’a en vérité rien d’ex­tra­or­di­naire, les incen­dies de collèges et lycées existent depuis leur appa­ri­tion. Pour donner un exemple, la revue Les Temps modernes évoquait en 1974 un établis­se­ment incen­dié par semaine. Mais le mépris qu’es­suient les popu­la­tions des banlieues est tel qu’il n’a pas semblé impor­tant pour quiconque de se ques­tion­ner sur cette colère expri­mée contre le système scolaire.

Comme le souligne S. Fires­tone, les enfants qui peuvent encore échap­per à ce cauche­mar super­visé sont ceux des ghet­tos et de la classe labo­rieuse où survit encore une commu­nauté ouverte n’ayant pas peur de la rue. Les enfants n’y sont pas ségré­gués par tranche d’âge, ils peuvent vaga­bon­der loin de la maison ou jouer jusqu’à des heures tardives, et échangent avec les adultes d’égal à égal. À l’école, ils sont indis­ci­pli­nés et sauvages, parce qu’ils conservent encore une certaine irré­vé­rence à l’égard de cette insti­tu­tion qui, après tout, est origi­nel­le­ment une créa­tion de la classe moyenne.

Dans le monde entier, des jeunes luttent en perma­nence contre leur statut social et contre ses consé­quences en termes de mise sous tutelle, d’en­fer­me­ment, de disci­pline, d’édu­ca­tion, de « protec­tion », de margi­na­li­sa­tion, de pauvreté et de clan­des­ti­nité. Les mineurs ont de tout temps joué un rôle poli­tique impor­tant et c’est en toute connais­sance de cause qu’ils se sont inves­tis et s’in­ves­tissent encore massi­ve­ment dans les révo­lu­tions (1789, 1848, 1871, 1968, les « révo­lu­tions arabes », la GED…)

« Le premier groupe résis­tant en France, la Main noire, est consti­tué d’ado­les­cents alsa­ciens qui se sont orga­ni­sés de façon très effi­cace en dehors de toute influence adulte ; c’est lui qui commet­tra les premiers atten­tats d’en­ver­gure contre les nazis en France. Ce sont des mineurs qui orga­nisent le premier déraille­ment de convoi de dépor­ta­tion de Juifs en Belgique et permettent l’éva­sion de nombre d’entre eux. À Paris, un jeune étudiant de dix-sept ans, aveugle de surcroît, orga­nise les Volon­taires de la liberté, orga­ni­sa­tion qui comp­tera jusqu’à 400 membres, l’Edel­weiss. Un mouve­ment fort de plusieurs dizaines de milliers de garçons et de filles, âgés de douze à vingt ans, qui se sont relayés pendant une douzaine d’an­nées pour tenir tête à Adolf Hitler. Du début à la fin du nazisme. »[12]

Ainsi la moitié des Forces françaises libres était-elle compo­sée de jeunes de moins de vingt ans[13].

Yves Bonnar­del recense égale­ment de nombreuses luttes de mineurs, souvent oubliées et/ou occul­tées. À Berlin, en 1896, des groupes de jeunes, souhai­tant échap­per à la société répres­sive et de plus en plus indus­trielle de la fin du XIXe siècle, fondent le Wander­vo­gel pour mener une vie auto­nome loin des villes. Dès les années 1930, le mouve­ment des Youth Rights, dont les racines remontent à la Grande Dépres­sion, luttait pour les droits des civils et l’équité inter­gé­né­ra­tion­nelle, et a influencé le mouve­ment des droits civiques, l’op­po­si­tion à la guerre du Viet­nam et de nombreux autres mouve­ments. En France, en 1971, appa­raît un éphé­mère Front de Libé­ra­tion de la Jeunesse, inspiré notam­ment par les situa­tion­nistes ; à Paris, un collec­tif Mineurs en lutte a vu le jour fin 1978.

Pour échap­per à l’ex­ploi­ta­tion fami­liale et à sa violence, beau­coup d’en­fants bravent de nombreux dangers, ils sont prêts à encou­rir viols, pros­ti­tu­tion, clan­des­ti­nité et vie dans la rue. Depuis les années 1850, des adultes soli­daires tentent de mettre en œuvre des moyens de sous­traire les enfants à l’en­fer­me­ment disci­pli­naire qui se met partout en place en déve­lop­pant des péda­go­gies alter­na­tives soucieuses de ne pas briser les enfants. Des « écoles » liber­taires sont créées, des orphe­li­nats qui refusent la disci­pline.

L’État est en guerre contre les mineurs, et chaque jour, en France, 3 à 5 enfants en font les frais. Plus de 100 000 mineurs sont empri­son­nés dans ses insti­tu­tions (foyers, asiles et unités psychia­triques…) sans comp­ter les millions d’entre eux qui sont rete­nus toute la jour­née dans les écoles ou dans les familles. Des cités entières sont occu­pées par la police qui contrôle jour et nuit les allées et venues de ces jeunes, les harce­lant au moyen de contrôles d’iden­tité à répé­ti­tion. On observe un véri­table réseau de coer­ci­tion compre­nant l’école, les éduca­teurs, la police et la justice, le déve­lop­pe­ment des filières sécu­ri­taires à l’école, la péna­li­sa­tion de l’ab­sen­téisme, la respon­sa­bi­li­sa­tion pénale des parents, la suppres­sion des allo­ca­tions fami­liales en cas « d’in­frac­tions », l’abais­se­ment de l’âge pénal à treize ans, la possi­bi­lité de passer devant un juge pour enfant dès dix ans.

« Jugé respon­sable depuis le bac à sable, il me semble
Qu’on m’a humi­lié dans les grands ensembles
Usé par cette vie qui est fade
L’hu­meur est comme le temps, maus­sade
Et mes sourires ne sont qu’une façade
Les fantômes du passé reviennent sans cesse
Comme les poings d’un flic que la juge trans­forme en caresses »[14]

Centres éduca­tifs fermés, Établis­se­ments péni­ten­tiaire pour mineurs, quar­tiers pour mineurs en maisons d’ar­rêts, les murs se multi­plient, les humi­lia­tions, les arres­ta­tions, les incar­cé­ra­tions, sous prétexte de lutte contre la délinquance juvé­nile :

« Éduquer, c’est inculquer des peurs, des inter­dits, des aver­sions, des tabous. C’est impri­mer des normes, des préfé­rences, des goûts, des désirs. C’est orien­ter, cana­li­ser, former la person­na­lité. Il s’agit là d’un pouvoir exor­bi­tant. L’in­té­rêt supé­rieur de la société est invoqué, toujours ; mais en quoi l’in­té­rêt d’un regrou­pe­ment devrait-il se révé­ler supé­rieur à celui de chacun de ses “membres” ? Si le regrou­pe­ment en ques­tion se révèle nuisible à chacun, par exemple, ne devrait-on pas lui refu­ser allé­geance ? Et s’il se révèle nuisible à une mino­rité, n’est-elle pas en droit de s’in­sou­mettre ? Et s’il s’avère néfaste à un seul, celui-là n’a-t-il pas raison de refu­ser de plier.

Partout les enfants sont soumis à l’ordre adulte, essen­tiel­le­ment mascu­lin, et à sa violence. La moitié d’entre eux sont des femmes (des fillettes, des filles), soumises encore à des condi­tions d’op­pres­sion de genre qui redoublent leur exploi­ta­tion. Cette exploi­ta­tion a lieu dans un cadre fami­lial (travail domes­tique, agri­cole, arti­sa­nal…), et/ou dans le cadre d’un marché compé­ti­tif et désor­mais concur­ren­tiel à l’ex­trême, en tant que “travail infor­mel” (vente dans la rue, etc.) ou bien dans des manu­fac­tures, des usines ou des grandes plan­ta­tions. »[15]

Cette domi­na­tion qui nous infan­ti­lise du berceau au tombeau s’exerce aussi égale­ment dans la capta­tion de notre capa­cité à nous défendre, à répondre aux humi­lia­tions, nous privant d’une partie impor­tante de notre puis­sance. Toute cette culture est une alié­na­tion des corps qui commence par cet assujet­tis­se­ment à la non-violence. Mais cette violence qui nous est faite et nous condamne à ne pouvoir agir pour nous défendre trans­forme humi­lia­tions et rages impuis­santes en un déchaî­ne­ment morti­fère qui se retourne souvent contre nous. Nous devons appri­voi­ser cette violence, l’ai­gui­ser et la retour­ner effi­ca­ce­ment contre l’agres­seur.

Ainsi que l’écrit Elsa Dorlin dans Se défendre :

« En 1685, le Code noir défen­dait “aux esclaves de porter aucune arme offen­sive ni de gros bâtons” sous peine de fouet. Au XIXe siècle, en Algé­rie, l’État colo­nial inter­di­sait les armes aux indi­gènes, tout en accor­dant aux colons le droit de s’ar­mer. Aujourd’­hui, certaines vies comptent si peu que l’on peut tirer dans le dos d’un adoles­cent noir au prétexte qu’il était “menaçant” ; discri­mi­ner entre ceux qui sont plei­ne­ment des sujets et les autres ; celles et ceux dont il s’agira d’amoin­drir et d’anéan­tir, de dévoyer et de délé­gi­ti­mer la capa­cité d’au­to­dé­fense — celles et ceux qui, à leur corps défen­dant, seront exposé.e.s au risque de mort, comme pour mieux leur inculquer leur inca­pa­cité à se défendre, leur impuis­sance radi­cale. »

C’est parce que nous refu­sons cette impuis­sance radi­cale que la violence, comme le déclare Andrea Dwor­kin, nous semble souvent préfé­rable à la loi.

Ana Minski


  1. Cf. L’en­nemi prin­ci­pal de Chris­tine Delphy
  2. https://aivi.org/asso­cia­tion/presen­ta­tion-daivi.htmlhttps://www.lexpress.fr/actua­lite/societe/4-millions-de-fran­cais-se-disent-victimes-d-inceste_1746442.html
  3. https://www.lemonde.fr/societe/article/2019/04/26/en-france-un-enfant-tue-tous-les-cinq-jours-par-ses-parents-ou-leurs-proches_5455518_3224.html
  4. Yves Bonnar­del, La domi­na­tion adulte : l’op­pres­sion des mineurs
  5. ibid.
  6. S. Fires­tone, Pour l’abo­li­tion de l’en­fance
  7. B. Traven, Le vais­seau des morts
  8. P. Ariès, L’en­fant et la vie fami­liale sous l’An­cien Régime
  9. S. Fires­tone, L’abo­li­tion de l’en­fance
  10. Yves Bonnar­del, La domi­na­tion adulte. L’op­pres­sion des mineurs.
  11. ibid.
  12. ibid.
  13. Roger Fali­got, La Rose et l’Edel­weiss. Ces ados qui combat­taient le nazisme.
  14. Prodige Anfalsh, Calvaire
  15. Yves Bonnar­del, La domi­na­tion adulte. L’op­pres­sion des mineurs.

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Comments to: Fugue mineure pour riposte majeure (par Ana Minski)
  • 14 novembre 2019
  • 14 novembre 2019

    Le progrès et le développement sont des armes de destructions massives. L’école et tout le système de scolarisation mis en place et gérés par les gouvernements et leurs institutions (dans un but de développement et de progrès), détruisent l’évolution de l’espèce humaine en façonnant ce qu’ils appellent l’enfance et l’adolescence selon un imaginaire qui ne profite qu’à une classe capitaliste et ou religieuse et ou patriarcale. Cet imaginaire (avec toutes les technologies qu’il amène) est en train d’envahir la planète et de faire des robots ayant tous le même objectif, le bonheur. Cette notion qu’est le bonheur est une invention favorisant la consommation d’objets au détriment du bien être et de l’écologie. La recherche du bonheur a mis en avant plan des notions intangibles que sont l’amélioration et le mieux. Cette course ou plutôt cette compétition planétaire vers le mieux être nous éloigne d’une spiritualité écologique que certains peuples réussissent à garder malgré tout. L’imaginaire de domination qu’ont en commun le capitaliste, la religion et le patriarcat est d’une violence tel que nous en sommes rendus des esclaves. Des esclaves classifiés selon des statuts sociaux qui favorisent une gestion des comportements qui profitent à une élite.

    Je tiens à m’excuser auprès des 3 humains (qui sont maintenant adultes selon l’imaginaire collectif en vigueur), qui ont vu le jour suite à ma relation amoureuse ( qui se continue encore aujourd’hui), pour les avoir laissés aux mains d’un système qui ne voulait pas leur bien mais leur participation dans la quête de profit tel des esclaves.

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  • 15 novembre 2019

    Ouaip !
    J’approuve cette pensée d’Ana Minski (pas que celle-ci d’ailleurs) et du coup, j’y vais de mon commentaire.
    “Mais c’est tout moi,ça, c’est tout moi ! Elle m’a filmé ou quoi ?”
    Bon, j’exagère un tantinet. Cependant j’ai ressenti cette emprise sournoise de l’école – et de l’éducation plus globalement – d’assez bonne heure.
    Quand je disais à mon père, vers 15/16 ans, que je voulais aller bosser à l’usine au lieu de me faire chier au lycée, il ne comprenait pas.
    Ma mère non plus, mais il faut dire qu’eux dans leur jeunesse, ils ont mangé plus gras que moi. Avec des parents cathos de droite pour l’une et une tribu paysanne bretonne encore plus radicale pour l’autre.
    Snif ! mes pauvres parents ! Ils n’ont pas eut de chance, vraiment non. Maman sur ses vieux jours s’en sort un peu mieux avec les jeunes générations tandis que papa continue de se frapper la poitrine en déclamant ‘pater familias’, imaginant amuser la galerie. Véridique.
    Donc, un beau jour arrive que je me sens la force de résister, et là je réussis le coup de maître : foirer mes études, fuguer, commencer à fumer du shit etc.
    S’ensuit sur le champs l’application de ma propre pensée, bien enfouie et protégée au fond de mes tripes :
    vivre la vraie vie.
    Avec ma compagne qui émergeait d’une famille aux principes identiques, nous commençons donc à profiter de notre jeunesse. Peu de travail car nous nous contentions de peu – et c’est toujours le cas 35 ans après – vagilité tous azimuts, rencontres, découvertes, que du bonheur…
    Nous avions en commun aussi de ne pas vouloir d’enfant.
    Ca aide beaucoup pour profiter de la vie !

    Quinquas depuis quelques années nous constatons qu’un énorme décalage s’est produit entre la plupart de ceux que nous croisons par la force des choses, et nous.

    Nous sommes malgré le temps restés de grands enfants, rieurs et raisonnables, attentifs et curieux, capables de tolérance autant que de mépris.

    Mais, comme bon nombre d’entre vous, une certaine tristesse s’amplifie au fond de nos coeurs, de voir tout foutre le camp.

    Et peu-à-peu, inexorablement, nous nous retranchons dans notre complicité.

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  • 15 novembre 2019

    Texte fort intéressant, mais si je peux me permettre, il y a une erreur dans le texte, l’enfant a bien la personnalité juridique (il peut donc hériter par exemple, ou être sujet de droits), et ce même si certains de ses droits ne peuvent être exercés directement par lui avant sa majorité.

    Reply
    • 17 novembre 2019

      Merci pour cette précision

      Reply
      • 21 novembre 2019

        Je vous en prie. Toujours un plaisir de vous lire, je ne suis pas tout le temps d’accord mais vous me faites réfléchir et me stimulez. À bientôt!

        Reply
  • 15 novembre 2019

    le commentaire s’est perdu dans les limbes de la société répressive

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  • 16 novembre 2019

    Excellent texte. Il y manque néanmoins un point essentiel : l’interdiction ou les obstacles faits aux enfants à vivre des relations amoureuses entre eux, de manière choisie. Les histoires d’amour des enfants ne sont pas prises au sérieux par les adultes, leur sexualité est interdite. Lorsqu’une relation d’amour se noue, elle est tributaire des transports, du temps, gérés par les adultes. Lors d’un déménagement, par exemple, le désir de l’enfant de rester en relation avec son amoureux-se n’est pas pris au sérieux, moins que celui de rester en relation avec les camarades. L’école surveille les “débordements” même lorsqu’il s’agit d’enfants consentants. Les parents sont hystériques concernant ce sujet. Cela nuit au développement de l’enfant, le prive d’expériences indispensables à son épanouissement, et peut le rendre très malheureux. On pensait ail n’y a pas si longtemps que l’on pouvait opérer les bébés sans anesthésie, car ils n’étaient pas censés souffrir. Les chagrins d’amour des enfants sont considérés avec la même légèreté.

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    • 17 novembre 2019

      Oui, en effet, Yves Bonnardel en parle un peu dans son livre mais c’est un sujet sensible qui mériterait de faire l’objet d’un article à part entière.

      Reply
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