Daisy Letourneur ou la transidentité comme cheval de Troie antiféministe (par Nicolas Casaux)

Le sum­mum de la domi­na­tion mas­cu­line, c’est sans doute les hommes qui se mettent un beau jour à se dire femmes et qui écrivent des livres, et même des trai­tés fémi­nistes, pour expli­quer aux femmes ce qu’est ou devrait être le féminisme.

C’est ce qu’a fait Cédric Le Mer­rer, qui se fait désor­mais appe­ler « Dai­sy Letour­neur », et dont un livre a été publié cette année aux édi­tions Zones (label créé en 2007 par les Édi­tions La Décou­verte), inti­tu­lé On ne naît pas mec. (Bra­vo les édi­tions Zones, bra­vo La Découverte !)

Dans son livre, Dai­sy Letour­neur raconte essen­tiel­le­ment n’importe quoi sur la bio­lo­gie et ce que sont les sexes, pour pré­tendre qu’il est une femme au motif qu’il endosse le genre fémi­nin, auquel cor­res­pond le fait d’être une femme selon lui. Selon lui, et selon l’idéologie trans en géné­ral : le glos­saire de l’Association natio­nale trans­genre défi­nit une femme comme une « per­sonne défi­nie par la socié­té de genre fémi­nin (sans consi­dé­ra­tion de son sexe) ». Pour ces gens-là, « femme » et « homme » sont des genres, que n’importe qui peut revê­tir à volon­té, et délais­ser à volon­té. Pour dési­gner ce que dési­gnaient autre­fois les mots « homme » et « femme », il faut, dans leur uni­vers, par­ler de « per­sonnes à pénis » et de « per­sonnes à vulve », ou employer des expres­sions similaires.

Cédric Le Mer­rer après trans­for­ma­tion : Dai­sy Letour­neur. (©Mad­moi­zelle : https://www.youtube.com/watch?v=Hv8tgXPpuDA)

Cepen­dant, Letour­neur explique aus­si que les fémi­nistes, au nombre des­quelles il se compte, sou­haitent « l’abolition du genre ». Et comme il confond genre et sexe n’importe com­ment, il en conclut que « dans une socié­té réel­le­ment libé­rée, cette divi­sion en deux sexes oppo­sés n’aurait plus aucun sens ». En réa­li­té, dans une socié­té sans genre, la hié­rar­chie entre les sexes, entre femmes et hommes, serait abo­lie, mais les deux sexes exis­te­raient tou­jours, les femmes conti­nue­raient d’être les seules à pou­voir enfan­ter, etc.

Et quand une jour­na­liste lui demande, dans un entre­tien pour L’Humanité (sic), s’il est deve­nu « une femme pour des rai­sons “poli­tiques”, pour prou­ver la sin­cé­ri­té de [son] enga­ge­ment fémi­niste », il répond par l’affirmative.

Quoi de plus nor­mal ?! En rai­son de leur enga­ge­ments anti­ra­cistes, j’ai beau­coup d’amis blancs qui sont deve­nus noirs. Et pour prou­ver la sin­cé­ri­té de leurs enga­ge­ments éco­lo­gistes, j’en connais qui sont deve­nus arbres.

J’a­vais ini­tia­le­ment publié ces quelques lignes sur Twit­ter, mais Letour­neur s’est débrouillé, avec quelques amis, pour signa­ler mes tweets et les faire sup­pri­mer. Sur Twit­ter, la véri­té la plus élé­men­taire n’est pas auto­ri­sée. Il est inter­dit de dire d’un homme qu’il est un homme, ou même d’une « femme trans » qu’il est un homme qui se dit femme, ou qu’il n’existe que deux sexes, ou que le sexe, chez l’être humain, est immuable (tout ça est assi­mi­lé à un « dis­cours de haine »). Par contre, écrire quelques lignes dans les­quelles on ima­gine une per­sonne se faire vio­len­ter, ça, c’est par­fai­te­ment acceptable.

Dai­sy Letour­neur n’est pas une femme (un « être humain du sexe fémi­nin », d’a­près la défi­ni­tion du Larousse). C’est une sorte de troll ultime de la phallocratie.

Nico­las Casaux

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