L’« activisme », un instrument du capitalisme vert (par Nicolas Casaux)

« Toute personne se souciant du monde dans lequel elle vit est tôt ou tard conduite à se demander ce qui le caractérise et le dirige. En général, ce questionnement est provoqué par une évolution qui choque ou suscite le malaise, et de cette manière interpelle : comment comprendre cette innovation dérangeante ? En quoi pose-t-elle problème ? Qu’est-ce qui l’a suscitée ? On est alors poussé vers une réflexion plus générale, car aucune évolution ne peut être coupée du monde qui l’a vue naître et dont elle révèle un certain nombre de traits. N’importe qui peut être ainsi amené à se poser des questions fondamentales, parce qu’elles conditionnent nos prises de position et nos voies d’action : dans quel monde vivons-nous ? Quelles forces dominent et caractérisent le présent ? Et dans quelle(s) direction(s) nous poussent-elles ?

[…] Si connaître c’est, de quelque manière que ce soit, refléter ce qui est, la réflexion politique se doit surtout d’apprécier la situation présente, d’analyser ce qui nous arrive. Et cela veut dire : démêler l’écheveau de forces (politiques, économiques, culturelles, etc.) qui pèsent sur le monde dans lequel nous vivons, afin de déterminer celles qui dominent, et par là même définissent, le présent et, au moins en partie, l’avenir. Mais cela veut aussi dire : déterminer ce que ces évolutions nous font, afin d’en évaluer les effets. Sans une vision claire de ces enjeux, impossible de s’orienter, de savoir comment agir. On risque alors de se mettre au service de forces que l’on condamne, sans les comprendre et parfois même en prétendant s’y opposer. »

Ces quelques lignes d’Aurélien Berlan, tirées de l’introduction de son ouvrage La Fabrique des derniers hommes (La Découverte, 2012), me semblent constituer un conseil aussi crucial qu’élémentaire pour qui se préoccupe de la marche – désastreuse – des sociétés humaines contemporaines, un principe à garder en tête, une sorte de boussole pour orienter nos combats.

Le 20 novembre dernier, au siège de l’ONU, à Genève, en Suisse, s’est tenu le 6ème Young Activists Summit (« Sommet des jeunes activistes »). Notre star nationale du militantisme écolo, Cyril Dion, y était, afin de proposer un discours inspirant au millier de jeunes présents.

Qu’est-ce que ce Young Activists Summit (YAS) ? Officiellement, il s’agit d’une « plateforme mondiale qui autonomise et soutient les jeunes acteurs et actrices du changement qui défendent les droits humains et/ou protègent l’environnement ».

Le YAS a été créé par dev.tv en 2019, en collaboration avec l’Office des Nations Unies à Genève, la télévision suisse (RTS) et l’Institut de hautes études internationales et du développement (Geneva Graduate Institute).

Dev.tv est une ONG créée par des professionnels des médias, soutenue par les plus gros médias et conglomérats médiatiques du capitalisme contemporain, parmi lesquels ABC (American Broadcasting Company), Al Jazeera, APTN (Associated Press Television News), BBC World News, BFM Business, CCTV, Brut, etc., mais aussi par l’Union Européenne, la Fondation Ford ou encore la Banque mondiale.

Comme on le lit sur le site internet du YAS :

« La première édition a donné des résultats très prometteurs en termes de visibilité et d’impact pour les activistes, ce qui a conduit les organisateurs à organiser un Sommet chaque année. Un certain nombre de personnalités éminentes y ont participé, notamment Angelina Jolie et le Prince Albert II de Monaco. En seulement cinq ans, le YAS est passé d’une conférence annuelle à une plateforme permanente qui autonomise ses lauréates en les mettant en relation avec des décideurs, en leur offrant des formations, en les aidant à lever des fonds et en maximisant leur visibilité. »

Merveilleux. Quid de l’édition de cette année ?

« Face à la montée des menaces numériques, l’édition de cette année, placée sous le thème “Du hashtag à l’action”, montre comment les jeunes utilisent la technologie, l’IA et les réseaux sociaux de manière éthique pour promouvoir l’égalité, l’inclusion et la durabilité. »

La technologie – IA incluse –, utilisée de manière éthique, sauvera le monde. C’est bien connu. (Dans une récente vidéo tournée pour France TV, Dion affirmait qu’il pourrait y avoir des « usages intéressants » de l’IA, que celle-ci pourrait être mise au service de « l’intérêt général ». Une autre IA est possible, bio et démocratique.)

Il existe de nombreux sommets similaires au YAS, sponsorisés par la Banque mondiale (World Bank Youth Summit), l’union internationale des télécommunications (UIT, l’institution spécialisée des Nations Unies pour les technologies numériques, qui organise un Global Youth Summit chaque année), et bien d’autres organisations.

Il y a aussi, par exemple, le Climate Reality Project, lancé en 2006 par Al Gore, juste après la sortie de son documentaire à succès Une vérité qui dérange. L’objectif du projet consiste à former des « leaders activistes » du climat en mesure de diffuser des idées scientifiquement validées et politiquement acceptables. Il s’agit ainsi de « donner les moyens d’agir » à la société civile mondiale… tout en cadrant très étroitement ce que signifie « agir ». L’« activisme » encouragé par l’organisation d’Al Gore vise à promouvoir des politiques climatiques compatibles avec l’économie de marché et l’ordre social existant. En vérité, il ne s’agit donc pas de militantisme mais d’une forme de lobbying professionnel qui évite toute remise en cause structurelle de l’ordre techno-industriel qui produit précisément la catastrophe qu’on devrait combattre.

Mais rien d’étonnant. Al Gore se soucie bien moins de préserver la nature que le capitalisme. Ce qui l’inquiète au plus haut point, comme il l’expliquait dans un article publié en 2019, c’est « que le capitalisme court le risque de s’effondrer ». Les investissements dans les énergies dites propres, vertes ou renouvelables qu’il encourage découlent beaucoup moins d’une préoccupation pour la nature que d’une volonté de rendre le capitalisme plus « durable ».

Le Young Activists Summit encourage à peu près le même type d’« activisme ».

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD, ou UNDP en anglais) parraine lui une initiative appelée Youth4Climate (Y4C), qui, comme on peut le lire sur son site :

« soutient la mise en œuvre de solutions menées par les jeunes et incluant les jeunes pour relever les défis environnementaux et climatiques, tant sur le plan financier que par le renforcement des capacités.

Les jeunes sont de plus en plus reconnus comme des contributeurs essentiels à l’action climatique transformatrice mondiale, jouant des rôles tels que négociateurs, innovateurs, inventeurs, entrepreneurs et agents du changement. Cependant, ils sont confrontés à un manque important de ressources techniques, financières et politiques essentielles et manquent souvent du soutien nécessaire pour réaliser leurs aspirations.

En réponse à cela, le gouvernement italien et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en collaboration avec divers partenaires experts et groupes de jeunes, ont entrepris d’identifier, de soutenir et de développer les avancées climatiques menées par les jeunes à travers l’initiative mondiale Youth4Climate. »

Ça sonne génial à vos oreilles ? Il s’agit pourtant du baratin renouvelable que toutes les agences du capitalisme vomissent depuis des années. Et en quoi consistent les avancées climatiques, les solutions proposées par l’initiative Y4C ? La réponse tient en quelques mots-clés de la novlangue capitaliste : « décarbonation », « croissance verte », « emplois durables » et « résilience économique ».

Là encore, il s’agit de promouvoir des « changements » qui ne changent rien.

Depuis déjà des décennies, les institutions dominantes maitrisent l’art de coopter les colères, les révoltes, les inquiétudes, et de les canaliser dans des voies compatibles avec la perpétuation de l’ordre établi.

Les « solutions » aux problèmes sociaux et écologiques que proposent les grandes ONG, du WWF aux Amis de la Terre en passant par 350(.org), France Nature Environnement, Greenpeace, le Réseau Action Climat, Reclaim Finance, le Jane Goodall Institute, Oxfam, etc., ont aussi en commun d’être compatibles avec l’économie de marché (le capitalisme), l’État et la poursuite du mode de vie industriel. Elles reposent presque toujours sur la promotion du développement des énergies de production d’énergie dite « verte », « propre », « renouvelable », etc., et des technologies dites « vertes » ou « propres » plus généralement, afin de verdir la civilisation industrielle, de la rendre « durable », écologique. Sans surprise, une partie significative du financement de ces ONG provient d’agences d’État et de fondations privées liées à des grandes entreprises et/ou à des milliardaires.

Que la plupart des gens n’y voient que du feu, rien d’étonnant. Mais de la part d’individus qui se prétendent « radicaux », « anticapitalistes » ou simplement en lutte pour la « justice sociale », on attendrait mieux.

Malheureusement, à l’instar des milieux de gauche en général, le milieu écolo-militant ne semble pas pleinement conscient de la nature des forces qui organisent la domination, l’exploitation et l’oppression sociales (et, par conséquent, la destruction du monde). Les institutions scientifiques et universitaires (CNRS, grandes écoles, instituts de recherche, etc.), par exemple, tendent à être perçues d’un bon œil. Comme s’il s’agissait d’alliées potentielles. Alors que dans la réalité, ces institutions servent avant tout la perpétuation des structures sociales qui les ont fait naître et dont elles émanent. En tant qu’appareils de production de savoirs et de compétences alignés sur les besoins de l’État et de l’économie industrielle en général, ces institutions servent structurellement la domination, l’exploitation et l’oppression sociales. Leur fonction principale n’est pas de questionner les finalités du système, mais d’en optimiser le fonctionnement. C’est seulement à la marge, accessoirement, qu’elles peuvent parfois jouer un rôle social ou écologique positif.

Les institutions scientifiques ont fabriqué tout ce qui sert à ravager la nature, du chevalet de pompage du pétrole aux pesticides en passant par la bombe nucléaire, les tronçonneuses, les excavatrices et le Bagger 293, et tout ce qui permet d’enrégimenter, de contrôler, de surveiller et de réprimer les populations, de la radio aux caméras de vidéosurveillance en passant par les LBD, la télévision, les téléphones portables, l’informatique en général, etc. Le CNRS, collaborateur de longue date des industriels qui ont souillé notre eau de polluants éternels, de plastiques, de métaux lourds, a toujours pour fonction de servir l’État, l’armée, les entreprises – les deux principaux partenaires industriels aujourd’hui impliqués dans des laboratoires communs avec le CNRS sont Safran (multinationale de l’aéronautique et du spatial, 28ème vendeur d’arme mondial) et TotalEnergies.

(Oui, les institutions scientifiques ont aussi produit les vaccins et les antibiotiques, mais pas par désintéressement, pas par amour de l’humanité ou bonté de cœur (ça, c’est la fable qu’on aime croire), plutôt pour remédier à des problèmes que posent aussi bien l’élevage industriel de porcs que l’élevage industriel d’humains. Pour parer, autrement dit, à certains effets économiquement dommageables des conditions d’existence que le capitalisme industriel impose à ses « ressources biologiques », humaines ou non-humaines.)

Les organismes comme l’ONU et ses diverses agences bénéficient eux aussi d’une aura très positive, alors qu’il s’agit là encore d’institutions qui travaillent avant tout à la continuation de l’économie de marché, de l’ordre étatique, de la domination, de l’exploitation et de l’oppression sociales. L’ONU n’a pas été créée par la volonté consensuelle des prolétaires unies du monde entier, mais par des chefs d’État, et avec le soutien financier d’industriels multimilliardaires. Leur objectif, en créant l’ONU, consistait en quelque sorte à construire une infrastructure politique de stabilisation du capitalisme mondial. C’est pourquoi les organisations comme l’ONU ne peuvent jamais questionner le cadre général dont elles sont issues. Et d’ailleurs, un cadre ? Quel cadre ? C’est simplement l’eau du bocal.

Ni l’ONU, ni les universités, ni les institutions scientifiques, ni les grandes écoles, ni les grands médias, ni les États, ni les agences d’État, ni les fondations privées, ni les grandes entreprises, ne sont des alliés pour nos luttes – s’ils peuvent parfois (très rarement) les aider, c’est en quelque sorte contraire à leur raison d’être, et c’est seulement de manière très incidente. Si l’« activisme » que tu défends est sponsorisé par France Télévisions, des entreprises comme Orange, des fonds comme Mirova (coucou Cyril Dion), il est à peu près sûr qu’il est inoffensif, et qu’il ne promeut qu’une variation sur le thème d’un capitalisme rendu vert et équitable (ou d’une technocratie rendue verte et équitable).

Si le mouvement écolo-militant pouvait arrêter de ramer dans un océan de naïvetés et même, in fine, de servir la perpétuation du monde qu’il devrait s’efforcer de combattre, on apprécierait.

Nicolas Casaux

Pour aller plus loin : Mensonges renouvelables et capitalisme décarboné : notes sur la récupération du mouvement écologiste (éditions Libre, 2024).

Écologie en résistance : Les ONG et la domestication de l’écologie (éditions Libre, 2025)

Total
0
Shares
6 comments
  1. Ces militants, et tous les autres, allons savourer probablement ce qui sera une année de vérités. Cruelles.
    Le droit, même international ? Tout le monde semble se torcher le Q avec. Je prédate, donc je suis.
    La biodiversité ou le vivant dans tout ça ? Rien à foutre, bien sûr, juste le slogan pour tenter d’être audible. Des nouvelles vont arriver très prochainement, et ça ne va pas être rassurant.
    Le climat ? Toutes les bombes sont déclenchées, jusqu’aux océans; encore ~ +23ZJ sur un an, quand ils vont nous redégueuler tout ça, le mercosur sera juste une farce de foire au gras et le vivant va se prendre par dessus sa plus grosse raclée, ce sera le plus spectaculaire.
    Les technos ? Elles nous aideront juste à nous entretuer plus efficacement. Pas besoins de leur prêter les fantasme bellicistes des représentant les plus débiles de notre espèce.

    Et pratiquement tous se tournent sur le show inter-minable de Donald (qui possède cette cohérence de retirer progressivement son royaume des agences de l’ONU d’ailleurs), Vlad le fou et Xi le patient, avec les seconds couteaux pathétiques comme Kim, Emmanuel, Nicolas et on en passe des meilleurs pour un nouveau « Yalta » sur la peau de la biosphère, dont les ressources minières sont nécessaires à gagner le droit à la paix ou à la vert-tue, à coté d’une moralité made in europe bradée et débridée comme seul horizon.
    Bref, c’est mort. Ils sont tous aux abois et savent que plus rien ne les sauvera autrement.

  2. « Défendre les droits humains ». A priori, tout le monde est pour la défense des droits humains. Mais qu’est ce que ça veut dire ? La Déclaration universelle des droits de l’homme (DUDH) est adoptée par l’Assemblé générale des Nations unies en 1948. Elle précise « les droits fondamentaux de l’homme ». Mais qui est cet « homme » et quels sont ses « droits » ? Il s’agit en réalité de l’individu bourgeois moderne. Il revêt le masque de la démocratie pour mieux exploiter les ressources naturelles des peuples indigènes sur toute la planète après les avoir réduits en esclavage et colonisés pendant des siècles. Tous devront se soumettre à ses lois dans le contexte de la Guerre Froide, y compris sous les bombes (Corée, Égypte, Cuba, Vietnam, Afghanistan…). Et quelles sont ses lois ? Celles de la prédation de l’économie de marché. Et la nature dans tout ça ? Elle n’existe pas. Sauf dans des zones protégées et des parcs nationaux pour aller y passer les vacances

    Existe-t-il une alternative à cette mascarade ? Après la seconde guerre mondiale et la bataille décisive de Leningrad sur le front de l’Est, le camp communiste pèse de tout son poids dans les rapports de force internationaux. Depuis l’appel de Lénine en 1919 aux peuples opprimés pour se libérer du joug colonial, l’onde de choc de la révolution russe est planétaire. Mais on ne combat pas un mastodonte avec des fléchettes. En face de l’armée de la démocratie, il faut des populations entières prêtes à mourir pour le communisme. Autrement dit, pour une autre conception de la « liberté ». On connaît la suite, des dictatures abominables et des dizaines de millions de morts.

    Est ce que les choses ont changé depuis 1948 ? Pas vraiment. Depuis l’effondrement du communisme, le camp de la démocratie a eu les mains libres pour intensifier l’exploitation des pays du Sud. Plus besoin de faire la guerre, le colonialisme n’existe plus. Le sujet bourgeois moderne va alors utiliser l’arme redoutable de la dette. Il impose la mondialisation de l’économie de marché sur toute la planète par l’intermédiaire de l’OMC. C’est la période des plans d’ajustements structurels. L’exploitation de l’homme et de la nature devient sans limite. En tout cas, c’est ce que croit l’Occident. Mais les crises financières de 2000 et de 2007 vont lui faire perdre ses illusions. Mais comme il ne sait pas faire autre chose, il continue. Aujourd’hui ses ultimes porteurs d’espoirs sont la transition énergétique et l’intelligence artificielle. Entre-temps, la Russie s’est recomposée et la Chine est devenue un mastodonte. Ils remettent en cause directement la suprématie occidentale.

    Un bon exemple qui nous concerne, c’est celui des Samis. Les Samis sont l’un des derniers peuples indigènes d’Europe, ils sont éleveurs de rennes depuis toujours. Les Samis reconnaissent eux-mêmes que leur travail n’a plus rien à voir avec celui de leurs ancêtres. Ils se déplacent en motoneiges, utilisent les moyens de communications modernes etc. Jusqu’à présent leur territoire était protégé. Mais l’individu bourgeois moderne a décidé de creuser des mines sur son territoire. Il y a des métaux précieux qui dorment dans les immensités glacées de la Laponie. Des métaux indispensables à la transition énergétique et à l’intelligence artificielle, nous dit-on. Il faut concurrencer les chinois, il en va de notre sécurité, nous dit-on. L’Union Européenne a donc décidé d’abolir les zones protégées pour creuser des mines sur tout le continent.Tant pis pour les Samis, tant pis pour la nature.

    Comme toujours dans l’histoire des progrès technologiques, la transition énergétique et l’intelligence artificielle auront des applications militaires. Et à Bruxelles, Business Europe est bien décidé à préparer la guerre. L’Europe est une citadelle assiégée, nous dit-on, dans tous les grands médias de propagande. En France, à l’assemblée nationale, les sujets bourgeois modernes « écologistes » proclament haut et fort que nous avons besoin d’une armée puissante pour nous défendre. Mais une véritable lutte politique consisterait à occuper les zones protégées dans tous les pays d’Europe pour stopper le désastre en cours. Fédérer ces zones et bloquer les institutions à Bruxelles. Rétablir ces zones et les étendre au maximum. Enterrer la course à la puissance et en finir avec les illusions du capitalisme vert qui nous mène à la guerre. Au lieu d’espérer vouloir en finir avec la nature.

  3. J’ai récemment relu L’Année Sauvage de Mark Boyle, et cet article est entré en écho avec un extrait du livre :

    Moi aussi, j’ai été militant écologiste, à l’époque où cela consistait surtout à défendre les espaces sauvages et le monde naturel, et où on ne parlait pas encore d’empreinte carbone ni de ce concept obscur appelé « durabilité ». En vieillissant, j’ai eu le sentiment que l’écologie commençait à se préoccuper de dompter ces espaces sauvages afin de canaliser l’énergie verte pour alimenter notre mode de vie. Paul Kingsnorth, dans son recueil Confessions of a Recovering Environmentalist, décrit l’écologisme moderne comme « le pot catalytique du SUV gris métallisé de l’économie mondiale » et laisse entendre qu’il semble être animé, ces temps-ci, par une drôle d’équation : destruction – carbone = durabilité.

    1. Pour Hewea,
      Oui, la pollution chimique, l’intégrité de la biosphère, la perturbation des cycles biochimiques atteignent des niveaux insoutenables. La lutte contre le changement climatique n’est que la caution du système de l’économie d’entreprise pour se survivre à elle-même, grâce à l’idéologie de la puissance et du progrès, et à l’outil financier de la dette. Dans un tel contexte d’empoisonnement de la biosphère l’enjeu pour les futures générations ne sera plus la protection de la nature, mais de se protéger d’une nature devenue toxique (ex: faire bouillir l’eau de pluie avant de la boire). La biosphère initiale qu’ont pu connaître les chasseurs cueilleurs a été si profondément bouleversée par les activités humaines qu’elle risque de mettre des millions d’années à métaboliser ces impacts. Plus tôt l’homo-sapiens sortira de la civilisation industrielle en risquant de disparaître, plus tôt il aura des chances de survivre. C’est paradoxal, mais bien réel. Et on ne peut pas non plus éluder le risque d’une guerre nucléaire.

  4. Nicolas,
    Quelle est ta position face aux vaccins obligatoires pour les nourrissons aujourd’hui en France (la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’infection à Haemophilus influenzae b, l’hépatite B, la méningite, le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole) ? Est ce que tu es sur la même ligne que le ministre de la santé anti vax et conspirationniste John. F Kennedy de l’administration Trump (les vaccins ne sont plus obligatoires en Floride et les médecins lancent l’alerte dans les hôpitaux de cet État républicain face à la recrudescence de la mortalité infantile) ?
    Je sais que c’est une question piège, mais je sais aussi que tu es en mesure d’exposer clairement tes arguments.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Articles connexes
Lire

Héros de la forêt pluviale : La vie et la mort de Bruno Manser (par Wade Davis / Christopher Kühn)

Note du traducteur : Le texte qui suit est une traduction de l'introduction rédigée par l'anthropologue canadien Wade Davis d'un excellent livre (en anglais) que je viens de finir, intitulé Rainforest Hero: The Life and Death of Bruno Manser (en français : "Héros de la forêt tropicale : la vie et la mort de Bruno Manser"), écrit par Ruedi Suter et publié en 2015. Cet ouvrage retrace l'histoire de Bruno Manser, un activiste suisse qui a dédié sa vie à la lutte pour la protection de la forêt tropicale de Bornéo, où vivait l'un des derniers peuples de chasseurs-cueilleurs nomades de la planète, le peuple Penan. À la suite de ce texte, vous trouverez un documentaire intitulé Bruno Manser - Laki Penan, réalisé par Christopher Kühn en 2007, qui retrace la vie incroyable de cet infatigable militant.