Cyril Dion, bonimenteur de l’écologisme médiatique et subventionné (par Nicolas Casaux)

On nous demande sou­vent pour­quoi nous cri­ti­quons les Coli­bris, Pierre Rabhi, Cyril Dion & cie. J’y vois un mal­en­ten­du impor­tant. Pour ten­ter de le dis­si­per, reve­nons sur le der­nier livre de Cyril Dion, Petit manuel de résis­tance contem­po­raine, récem­ment publié par la mai­son d’édition de notre chère ministre de la Culture, Fran­çoise Nyssen.

Bien qu’il recon­naisse à peu près les ravages éco­lo­giques engen­drés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, son exa­men du désastre social est presque inexis­tant. Cyril Dion ne pro­pose aucune ana­lyse des nom­breuses oppres­sions sys­té­miques qui carac­té­risent la civi­li­sa­tion indus­trielle (racisme, sexisme, etc.), des pro­blèmes indis­so­ciables de l’existence du pou­voir — autre­ment dit de l’accumulation de puis­sance par un nombre res­treint d’individus dans une socié­té don­née —, de la rela­tion entre la taille d’une socié­té et le degré de démo­cra­tie qu’elle peut incor­po­rer[1], des liens entre les dif­fé­rents types de tech­no­lo­gie que l’on peut dis­tin­guer et les struc­tures sociales dont ils émergent et qu’ils ren­forcent[2], etc.

Cela explique sûre­ment pour­quoi il a la naï­ve­té d’affirmer que le chan­ge­ment dont nous avons besoin repose néces­sai­re­ment sur une « coopé­ra­tion entre élus, entre­pre­neurs et citoyens » et pour­quoi le type de socié­té idéal qu’il ima­gine res­semble à s’y méprendre à la socié­té indus­trielle actuelle.

Comp­ter sur les diri­geants et les entre­pre­neurs pour sau­ver la situa­tion, c’est ne rien com­prendre aux inté­rêts diver­gents des dif­fé­rentes classes sociales, et igno­rer l’histoire des luttes sociales ; c’est croire au père Noël. Les quelques avan­cées sociales des der­nières décen­nies — si l’on peut qua­li­fier ain­si l’agrémentation des condi­tions de la ser­vi­tude moderne et géné­ra­li­sée qu’implique la civi­li­sa­tion — ont tou­jours été le fruit de conflits entre, d’une part, le peuple et, d’autre part, les élites au pouvoir.

L’organisation éco­lo­giste dont nous fai­sons par­tie, Deep Green Resis­tance (DGR), est plu­sieurs fois men­tion­née dans son livre. Et sou­vent n’importe com­ment, ain­si lorsqu’il affirme que Kirk­pa­trick Sale « est proche » de DGR (ce n’est pas le cas). Ou lorsqu’il écrit que Der­rick Jen­sen sou­tient, dans son livre The Myth of Human Supre­ma­cy, que : « L’humain est un ani­mal par­mi d’autres. Sans doute le plus inva­sif et le plus des­truc­teur de la pla­nète. » Si Cyril Dion avait vrai­ment lu le livre dont il parle, il sau­rait que Der­rick Jen­sen rap­pelle effec­ti­ve­ment l’évidence, à savoir que l’être humain est un ani­mal, mais qu’il ne sug­gère aucu­ne­ment qu’il est « sans doute le plus inva­sif et le plus des­truc­teur de la pla­nète ». Der­rick Jen­sen fait tou­jours par­ti­cu­liè­re­ment atten­tion à ne pas assi­mi­ler la seule civi­li­sa­tion indus­trielle à l’être humain, ou à l’humanité. Il existe, encore aujourd’hui, de nom­breuses cultures humaines non civi­li­sées qui ne détruisent pas la pla­nète. Une nuance qui échappe mani­fes­te­ment à Cyril Dion.

S’il a du mal avec l’analyse de DGR, qu’il fan­tasme plus qu’il ne connaît, c’est peut-être parce qu’il consi­dère, à l’instar de Michel Serres — dont il cite la pro­pa­gande pro­gres­siste, pro­pa­gande qui est, évi­dem­ment, et à l’instar de la sienne, pro­mue par Le Monde — que la civi­li­sa­tion et le pro­grès sont, mal­gré la des­truc­tion du monde, la ser­vi­tude géné­ra­li­sée, etc., de bonnes choses qui nous ont beau­coup apporté :

« Ce pro­jet de nous réen­châs­ser [sic] dans la nature à la manière des peuples pre­miers est-il sou­hai­table ? Il le serait assu­ré­ment pour les plantes et les ani­maux qui auraient à nou­veau l’espace de s’épanouir. Mais pour les humains, je ne sau­rais le dire. Voi­là une ques­tion phi­lo­so­phique à laquelle il nous sera dif­fi­cile de répondre tant nous avons pas­sé de siècles à consi­dé­rer notre domi­na­tion sur le reste du monde natu­rel comme acquise. Et tant la remise en ques­tion de cette posi­tion nous ferait perdre tout ce que ces siècles de civi­li­sa­tion et par­ti­cu­liè­re­ment l’ère indus­trielle ont appor­té comme confort à l’Occident, qua­si una­ni­me­ment consi­dé­ré comme un gain, un pro­grès, inaliénable. »

Il conti­nue :

« Pour faire tom­ber ou muter des sys­tèmes, il est néces­saire de faire coopé­rer des mil­lions de per­sonnes. Et, comme nous allons le voir, la meilleure façon d’y par­ve­nir est de construire un nou­veau récit. Or, il me semble qu’un récit pro­po­sant de retour­ner vivre dans la forêt après avoir déman­te­lé la socié­té indus­trielle a peu de chances de sou­le­ver les foules. Pour autant, ce débat nous per­met de nous poser la bonne question. »

Au-delà du fait qu’il résume n’importe com­ment la pers­pec­tive de DGR en par­lant de « retour­ner vivre dans la forêt », il expose ici un autre point clé de sa rhé­to­rique, en lien avec son idée selon laquelle le chan­ge­ment ne peut adve­nir que par le biais d’une coopé­ra­tion entre diri­geants, entre­pre­neurs et citoyens. Pour chan­ger les choses, ce qu’il nous faut, selon lui, c’est « un nou­veau récit ». C’est d’ailleurs le titre d’un des cha­pitres de son livre : « Chan­ger d’histoire pour chan­ger l’histoire ».

S’il y a un fond de véri­té dans cette idée, la manière dont il la pré­sente est prin­ci­pa­le­ment fausse, au point d’être absurde et dan­ge­reuse. « Tout naît de nos récits », nous dit Cyril Dion. Une fois encore, cette affir­ma­tion occulte gros­siè­re­ment les réa­li­tés plus pro­saïques qui ont fait l’histoire de la civilisation.

Si les puis­sants se sont impo­sés et ont impo­sé, au fil des âges, un cer­tain récit, autre­ment dit si l’idéologie des domi­nants est deve­nue celle des domi­nés, ce n’est ni uni­que­ment ni prin­ci­pa­le­ment dû à la nature de ce récit. C’est bien plu­tôt lié aux moyens de coer­ci­tions dont dis­po­saient les pre­miers. Ain­si que Freud le recon­nais­sait : « La civi­li­sa­tion est quelque chose d’im­po­sé à une majo­ri­té récal­ci­trante par une mino­ri­té ayant com­pris com­ment s’ap­pro­prier les moyens de puis­sance et de coercition ».

Cette vue selon laquelle la socié­té est uni­que­ment le pro­duit de récits ou d’idées est ce qui défi­nit l’idéalisme, qui est lui-même une carac­té­ris­tique de la pen­sée libé­rale. Les radi­caux, au contraire, com­prennent que la socié­té est le pro­duit de sys­tèmes de pou­voirs et de struc­tures sociales (qui imposent un récit).

Les États-Unis d’Amérique ne sont pas deve­nus le cœur du capi­ta­lisme mon­dia­li­sé sim­ple­ment grâce à des récits. Les Amé­rin­diens le savent bien. Ce ne sont pas des récits qui les ont exter­mi­nés, mais des colons armés. Et même si ces der­niers obéis­saient cer­tai­ne­ment à un récit qui leur était propre, celui de la Des­ti­née Mani­feste, l’existence d’autres récits — ceux des nom­breuses cultures natives du conti­nent — n’a en rien entra­vé leur entre­prise géno­ci­daire. Il s’agit là d’un sché­ma-type de l’expansion de la civilisation.

Les récits n’arrêtent ni les balles, ni les tron­çon­neuses, ni les machines exca­va­trices de l’industrie minière, ni les socio­pathes qui nous dirigent[3], ni l’étalement urbain, ni la construc­tion de nou­veaux bar­rages, ni rien de tout ce qu’il fau­drait arrêter.

Pour reprendre les mots d’un célèbre raciste (Samuel Hun­ting­ton), qui ne se fai­sait pas d’illusion sur le sujet : « L’Occident a vain­cu le monde non parce que ses idées, ses valeurs, sa reli­gion étaient supé­rieures (rares ont été les membres d’autres civi­li­sa­tions à se conver­tir) mais plu­tôt par sa supé­rio­ri­té à uti­li­ser la vio­lence orga­ni­sée. Les Occi­den­taux l’oublient sou­vent, les non-Occi­den­taux jamais. »

S’il est impor­tant de com­prendre en quoi le récit éla­bo­ré et impo­sé par ceux au pou­voir, par la culture domi­nante, la civi­li­sa­tion indus­trielle, est un tis­su d’absurdités, de non-sens et de men­songes, dans l’optique de recou­vrer une saine com­pré­hen­sion de l’histoire humaine, de la place de l’être humain au sein du monde vivant, cela ne suf­fi­ra pas à arrê­ter la méga­ma­chine. La stra­té­gie libé­rale qui consiste à comp­ter sur la per­sua­sion pour faire en sorte que les élites au pou­voir sauvent la situa­tion n’a stric­te­ment aucune chance d’aboutir. C’est ce qu’expliquait le phi­lo­sophe Gun­ther Anders en écri­vant que : « La pre­mière tâche qui incombe au ratio­na­lisme, c’est de ne se faire aucune illu­sion sur la force de la rai­son, sur sa force de convic­tion » (Spi­no­za affir­mait peu ou prou la même chose à tra­vers sa for­mule selon laquelle « il n’y a pas de force intrin­sèque de l’idée vraie »). Autre­ment dit, il est absurde de comp­ter sur le soi-disant pou­voir des récits, de la per­sua­sion, lorsqu’on a affaire à des indi­vi­dus irra­tion­nels, aux socio­pathes que les struc­tures sociales actuelles placent auto­ma­ti­que­ment et iné­luc­ta­ble­ment au pou­voir (de Trump à Macron) et à ceux qui dirigent les immenses mul­ti­na­tio­nales de la cor­po­ra­to­cra­tie pla­né­taire (d’Elon Musk à Bill Gates). Ce qui ame­nait G. Anders à ce constat ter­ri­ble­ment réa­liste : « C’est pour cela que j’aboutis tou­jours à la même conclu­sion. La non-vio­lence ne vaut rien contre la violence. »

Au contraire de celui de Gun­ther Anders, le dis­cours de Cyril Dion est ouver­te­ment contre-insur­rec­tion­nel et contre-révo­lu­tion­naire — ce qui explique pour­quoi il est invi­té dans les médias de masse, pour­quoi Le Monde, L’Ex­press, Le Figa­ro, France Inter, RFI, etc., font la pro­mo­tion de son livre, quand on connait le rôle et le fonc­tion­ne­ment des médias dans nos soi-disant démo­cra­ties, on doit savoir que ceux qu’ils invitent et pro­meuvent, qui plus est régu­liè­re­ment, sont des char­la­tans. Sui­vant le cli­ché abon­dam­ment répan­du par les paci­fistes les plus dog­ma­tiques, il affirme que : « Quant aux pers­pec­tives plus radi­cales d’in­sur­rec­tion, elles conduisent cer­tai­ne­ment à repro­duire ce que nous pré­ten­dons com­battre. » Toutes les popu­la­tions, tous les peuples et tous les indi­vi­dus s’étant un jour insur­gés contre leur oppres­seur (des Amé­rin­diens aux Viet­na­miens, des Com­mu­nards aux Zapa­tistes, etc.) appré­cie­ront. Ils ne fai­saient et ne font que repro­duire ce qu’ils pré­tendent combattre.

Cyril Dion, quant à lui, et parce qu’il sait ce qu’il ne faut pas repro­duire, prend pour exemple la « révo­lu­tion » serbe ayant des­ti­tué Slo­bo­dan Milo­se­vic. Tout le monde sait, n’est-ce pas, que depuis que Milo­se­vic a été évin­cé du pou­voir, la Ser­bie est une grande démo­cra­tie éco­lo­gique et éga­li­taire. Mais l’absurdité de prendre pour exemple une révo­lu­tion ayant débou­ché sur un régime capi­ta­liste néo­li­bé­ral comme il en existe désor­mais par­tout est plus pro­fonde encore. Cyril Dion tente de jus­ti­fier son appel aux masses et son sou­tien exclu­sif de la non-vio­lence en chan­tant les louanges de Srd­ja Popo­vic (ancien diri­geant d’OTPOR et co-fon­da­teur du mou­ve­ment CANVAS), qu’il pré­sente comme le « lea­der du mou­ve­ment qui a chas­sé Milo­se­vic en ex-You­go­sla­vie ». Cet exemple très mal choi­si témoigne d’une cer­taine mécom­pré­hen­sion géo­po­li­tique. D’abord parce que la Fon­da­tion Soros, l’USAID et la NED (cette « res­pec­table fon­da­tion » qui « prend le relais de la CIA[4] », ain­si que le titre Le Monde Diplo­ma­tique) finan­cèrent toutes trois l’organisation OTPOR, cet « acteur majeur » du ren­ver­se­ment de Milo­se­vic. Mais aus­si parce qu’on sait, depuis cer­taines divul­ga­tions de Wiki­leaks, que Srd­ja Popo­vic a col­la­bo­ré avec la firme amé­ri­caine Strat­for[5], une agence de ren­sei­gne­ments sou­vent qua­li­fiée de « CIA pri­vée ». Le livre de Srd­ja Popo­vic, Com­ment faire tom­ber un dic­ta­teur quand on est seul, tout petit et sans arme, sur lequel Cyril Dion base toute sa rhé­to­rique, et qui est sou­vent cité par les par­ti­sans d’une non-vio­lence abso­lue, s’il avait été hon­nête, aurait été inti­tu­lé : « Com­ment faire tom­ber un dic­ta­teur quand on a le sou­tien des USA, de la CIA, de l’OTAN et d’au moins un des prin­ci­paux mul­ti­mil­liar­daires et diri­geants cor­po­ra­tistes du monde. »

Nous avons dis­cu­té de ça avec Faus­to Giu­dice, un ami jour­na­liste qui vit en Tuni­sie, qui est aus­si écri­vain et tra­duc­teur. Sa réac­tion fut à peu près la même que la nôtre, à savoir :

« Cyril Dion cite, entre autres réfé­rences, le livre de Srd­ja Popo­vic au joli titre : Com­ment faire tom­ber un dic­ta­teur quand on est seul, tout petit et sans arme. Mal­heu­reu­se­ment, ce joli titre est un conden­sé du men­songe construit par Popo­vic. Ce n’est pas le ”petit” mou­ve­ment OTPOR, ”seul, tout petit et sans arme » qui a fait tom­ber Milo­se­vic, mais les bom­ba­diers de l’OTAN, dont OTPOR n’a été qu’une force d’appui au sol. Prendre Popo­vic, OTPOR et l’entreprise qui lui a suc­cé­dé, CANVAS, comme modèle de lutte pour ”ren­ver­ser le consu­mé­risme triom­phant, le capi­ta­lisme pré­da­teur, [en repre­nant] le pou­voir aux quelques mul­ti­na­tio­nales, mil­liar­daires et lea­ders poli­tiques qui concentrent la puis­sance”, est en soi une contra­dic­tion : Cyril Dion sait-il ce qu’a fait Srd­ja Popo­vic depuis presque 20 ans ? Avec qui ? Avec quel argent ? A‑t-il enten­du par­ler d’un cer­tain George Soros, de Gold­man Sachs, de Strat­for, la ”CIA de l’ombre”, tous par­rains de Popo­vic ? Et où donc ce modèle invo­qué par Cyril Dion a‑t-il ”ren­ver­sé le capi­ta­lisme pré­da­teur” ? En Géor­gie en 2003 ? En Rus­sie en 2005 ? Au Vene­zue­la en 2007 ? En Syrie en 2011 ? »

Contrai­re­ment à Cyril Dion, nous ne cher­chons pas à ren­ver­ser Macron pour éta­blir un régime néo­li­bé­ral capi­ta­liste, ça n’aurait aucun sens. Pour­quoi se fati­guer ? Nous en avons déjà un. Et contrai­re­ment à S. Popo­vic, les éco­lo­gistes ne pour­ront pas comp­ter sur les USA et la CIA et les mul­ti­mil­liar­daires phi­lan­thropes pour les aider à ren­ver­ser les sys­tèmes de pou­voir qui détruisent actuel­le­ment la pla­nète. Bien que cela ne soit pas l’objectif de Cyril Dion.

Et quel est donc l’objectif de Cyril Dion ? C’est une ques­tion qui n’a pro­ba­ble­ment pas de réponse étant don­né que lui-même ne semble pas savoir. D’un côté, il recon­naît que « les tenants de la “crois­sance verte”, du “déve­lop­pe­ment durable” à la sauce RSE […] se contentent bien sou­vent d’aménager l’existant : recy­cler un peu plus, faire bais­ser les dépenses d’énergie, amé­lio­rer les pro­ces­sus de fabri­ca­tion pour limi­ter l’impact sur l’environnement, sans remettre en ques­tion le cœur du modèle capi­ta­liste-consu­mé­riste », mais de l’autre, c’est pré­ci­sé­ment ce qu’il prône.

En effet, dans une sous-par­tie inti­tu­lée « Il nous faut un plan » du cha­pitre 5 (« Construire de nou­velles fic­tions ») de son livre, il pré­sente le modèle de socié­té ima­gi­né par son amie Isa­belle Delan­noy dans L’économie sym­bio­tique. Isa­belle Delan­noy ne pro­pose pas une « crois­sance verte », non, ça, nous avons vu que Cyril Dion en recon­naît l’absurdité, elle pro­pose, tenez-vous bien, une « autre crois­sance ». Rien à voir ? Eh bien si, presque tout. Seules les appel­la­tions changent. On n’en atten­dait pas moins de celle qui est aus­si l’auteure d’un livre inti­tu­lé Mini-kit de sur­vie de la nana bio : 200 conseils pas chers tout au long de l’an­née. Son éco­no­mie sym­bio­tique est une tech­no-uto­pie naïve repre­nant tous les concepts creux et à la mode dans les milieux les plus à la pointe de l’écocapitalisme, des villes végé­ta­li­sées aux fablabs, de l’économie sociale et soli­daire à l’économie du par­tage et de la connais­sance, etc.

D’un côté, Cyril Dion ima­gine, en se basant sur les idées de Pierre Rabhi, une socié­té « uti­li­sant des outils majo­ri­tai­re­ment low-tech, très proches de la nature », et de l’autre, il pro­meut l’écocapitalisme ou écoin­dus­tria­lisme naïf d’Isabelle Delan­noy, où, loin de n’utiliser que des low-tech, et « grâce à un usage mesu­ré et intel­li­gent d’internet », nous « par­ta­ge­rions les voi­tures, les per­ceuses, les ton­deuses, les fri­teuses et autres appa­reils à usage inter­mit­tent. Nous loue­rions nos télé­phones, nos ordi­na­teurs, nos télé­vi­sions pour obli­ger les construc­teurs à les main­te­nir en état le plus long­temps pos­sible. » Cyril Dion le recon­naît d’ailleurs lui-même : « Le récit d’Isabelle Delan­noy reprend et arti­cule de nom­breuses pro­po­si­tions por­tées par les tenants de l’économie du par­tage, de la fonc­tion­na­li­té, cir­cu­laire, bleue, de l’écolonomie… » Et tout le monde sait bien à quel point ces concepts ont radi­ca­le­ment bou­le­ver­sé nos vies. Vous avez tous remar­qué à quel point l’éco­lo­no­mie et l’éco­no­mie bleue, pour n’en citer que deux, ont révo­lu­tion­né nos socié­tés tech­no­ca­pi­ta­listes, n’est-ce pas ? Moi non plus. Tous ces concepts se rap­portent direc­te­ment et pré­ci­sé­ment à l’imbécillité du « déve­lop­pe­ment durable ». Si l’arnaque qu’il consti­tue ne vous est pas fami­lière, n’hésitez pas à fouiller les nom­breux articles que nous avons publiés sur le sujet[6]. Une socié­té indus­trielle éco­lo­gique, c’est un oxy­more. Au même titre qu’une socié­té de masse démocratique.

Mais Cyril Dion s’en moque, et base ses fan­tasmes d’une socié­té indus­trielle et éco­lo­gique sur des exemples qui sont autant de men­songes grotesques :

« Ima­gi­nez que l’essentiel des acti­vi­tés humaines ne soit pas dédié à gagner de l’argent, aug­men­ter le pro­fit, doper la crois­sance, inver­ser la courbe du chô­mage, relan­cer la consom­ma­tion des ménages, gagner des parts de mar­ché, vendre, ache­ter, conte­nir la menace ter­ro­riste, pré­ser­ver nos acquis, rem­bour­ser nos cré­dits, se plon­ger dans des mon­ceaux de diver­tis­se­ments des­ti­nés à nous faire oublier le peu de sens que nous trou­vons à nos exis­tences et notre peur panique de mou­rir… mais à com­prendre ce que nous fabri­quons sur cette pla­nète, à expri­mer nos talents, à faire gran­dir nos capa­ci­tés phy­siques et men­tales, à coopé­rer pour résoudre les immenses pro­blèmes que notre espèce a créés, à deve­nir meilleurs, indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment. Que nous pas­sions la majeure par­tie de notre temps à faire ce que nous aimons, à être utiles aux autres, à mar­cher dans la nature, à faire l’amour, à vivre des rela­tions pas­sion­nantes, à créer… Impos­sible, n’est-ce pas ? Uto­piste. Bisou­nours. Sim­pliste. Et pour­tant. Tout ce que je viens de décrire existe déjà en germe dans des écoles en France, dans des éco­quar­tiers aux Pays-Bas, dans des éco­vil­lages en Écosse, dans des fab labs aux États-Unis, dans des zones indus­trielles au Dane­mark, dans le quo­ti­dien de mil­lions d’entrepreneurs, d’artistes, d’enseignants, d’architectes, d’agriculteurs… »

En bon (ou en mau­vais, c’est selon) publi­ci­taire, tout ce qu’il avance est faux. Les éco­quar­tiers dont il parle n’ont rien d’écologiques. Ce qu’on appelle un éco­quar­tier, ce sont des blocs d’immeubles comme les autres, à la dif­fé­rence près que leurs bâti­ments res­pectent les normes BBC, HQE et autres éco­la­bels conçus par les pro­mo­teurs du déve­lop­pe­ment durable n’ayant, comme tout ce qui a trait au déve­lop­pe­ment durable, stric­te­ment rien d’écologique. Lorsqu’il parle de « zones indus­trielles au Dane­mark », il fait notam­ment réfé­rence à la zone indus­trielle de Kalund­borg, dont la prin­ci­pale indus­trie est une raf­fi­ne­rie de pétrole, et qui n’a stric­te­ment rien d’écologique, tout comme l’exemple dont il se sert le plus sou­vent pour appuyer sa pro­pa­gande écoin­dus­trielle, celui de San Fran­cis­co et de sa sup­po­sée ges­tion exem­plaire des déchets[7]. Il n’y a que dans son ima­gi­na­tion que dans tous ces endroits « l’essentiel des acti­vi­tés humaines » n’est « pas dédié à gagner de l’argent ».

Rap­pe­lons que le type d’agriculture pro­mu par Isa­belle Delan­noy et son éco­no­mie sym­bio­tique, c’est ça :

Une agri­cul­ture bien indus­trielle, oups, écoin­dus­trielle : c’est bio… et c’est hor­rible. Miam, les bonnes tomates.

Mais c’est bio™, cela va sans dire. Parce qu’à l’ins­tar d’I­sa­belle Delan­noy, Cyril Dion est du genre à se réjouir de ce que « le bio pro­gresse ». Et peu importe que ce soit prin­ci­pa­le­ment le bio indus­triel et les impor­ta­tions de pro­duits bio depuis l’autre bout du monde qui pro­gressent[8]. Et peu importe que l’agriculture bio­lo­gique ne soit ni syno­nyme de res­pect de l’environnement, ni de pra­tiques sociales justes (l’agriculture bio, dans une socié­té indus­trielle capi­ta­liste ultra-inéga­li­taire, la belle affaire).

Une autre vision de la socié­té écoin­dus­trielle rêvée d’I­sa­belle Delan­noy. Non, ce n’est pas une blague. Ce n’est pas drôle du tout. Il s’a­git d’une autre vue de l’ex­ploi­ta­tion agri­cole écoin­dus­trielle de tomates de la pho­to précédente.

Ain­si que l’écrit Peter Dau­vergne dans son livre Envi­ron­men­ta­lism of the rich (L’écologisme des riches) :

« Il est facile de se lais­ser hap­per par l’écologisme des riches. Il suinte l’optimisme et se pré­tend prag­ma­tique et réa­liste, en fai­sant appel à la volon­té com­pré­hen­sible de dépas­ser le pes­si­misme et le cynisme — dont est sou­vent taxé l’activisme éco­lo­gique de la « vieille école ». Les solu­tions qu’il pro­pose sont le fruit de l’innovation et du busi­ness, de la créa­tion de richesse, des nou­velles tech­no­lo­gies, des éco-mar­chés, du libre-échange, des inves­tis­se­ments étran­gers, d’un déve­lop­pe­ment plus pous­sé, et non pas de nou­velles légis­la­tions pour conte­nir les excès et trans­for­mer les modes de vie. Tout ce qui est néces­saire, ce sont de petites étapes et de petits chan­ge­ments, per­met­tant de faire croire aux gens qu’ils pro­gressent en direc­tion de la sou­te­na­bi­li­té sans avoir à sacri­fier quoi que ce soit. »

Si cela res­semble à s’y méprendre à l’écologisme de Cyril Dion, c’est parce que c’est de cela dont il s’agit. Ce n’est donc pas un hasard s’il encense le « pas­sion­nant Plai­doyer pour l’altruisme » écrit par « le moine boud­dhiste Mat­thieu Ricard », étant don­né que ce der­nier, à l’instar de Cyril Dion, passe son temps dans les grands médias et chez les ultra­riches (au forum de Davos, à Wall Street, etc.) à pro­mou­voir un capi­ta­lisme gen­til, sym­pa, bien­veillant et altruiste[9]. Dans une inter­view qu’il accorde au men­suel capi­ta­liste Capi­tal, on apprend que « pour ce proche du dalaï-lama, le capi­ta­lisme peut se réin­ven­ter dans le res­pect de l’autre ». Pour bien sai­sir l’ampleur de l’imposture pseu­do-boud­dhiste incar­née par des gens comme le dalaï-lama et Mat­thieu Ricard, et dont Cyril Dion fait la pro­mo­tion, il faut lire l’excellent Qu’ont-ils fait du boud­dhisme ? Une ana­lyse sans conces­sion du boud­dhisme à l’occidentale de Marion Dapsance.

Les men­songes et les absur­di­tés dont Cyril Dion fait la pro­mo­tion sont si nom­breux qu’y consa­crer un livre n’y suf­fi­rait pas, et cet article est déjà long. Alors réca­pi­tu­lons. D’abord, nous n’avons pas le même objec­tif que Cyril Dion : tan­dis que l’objectif de son éco­lo­gisme est « de conser­ver le meilleur de ce que la civi­li­sa­tion nous a per­mis de déve­lop­per (la chi­rur­gie, la recherche scien­ti­fique, la mobi­li­té, la capa­ci­té de com­mu­ni­quer avec l’ensemble de la pla­nète, une cer­taine sécu­ri­té) et de pré­ser­ver au mieux [sic] le monde natu­rel » (deux aspi­ra­tions fon­da­men­ta­le­ment contra­dic­toires), le nôtre est d’arrêter au plus vite la des­truc­tion du monde natu­rel et de libé­rer l’humanité de la geôle pla­né­taire que consti­tue la civi­li­sa­tion[10], dont les « bien­faits » et le « pro­grès » ne sont que nui­sances[11].

Ensuite, et cela découle de ce qui pré­cède, nous ne prô­nons pas les mêmes moyens. Lui embrasse la seule non-vio­lence au pré­texte qu’elle a per­mis à un oppor­tu­niste finan­cé par la CIA, les USA et au moins un mul­ti­mil­liar­daire, et aidé par les bom­bar­de­ments de l’OTAN, de ren­ver­ser Slo­do­ban Milo­se­vic (qui avait le tort de ne pas vou­loir se plier aux volon­tés hégé­mo­niques des États-Unis[12]) et ain­si d’entraîner la pleine adhé­sion de la Ser­bie au capi­ta­lisme néo­li­bé­ral mon­dia­li­sé. Nous, non. Allez savoir pour­quoi (les autres rai­sons que nous avons de ne pas sou­te­nir une non-vio­lence dog­ma­tique sont en par­tie expli­quées dans le livre Com­ment la non-vio­lence pro­tège l’État de Peter Gel­der­loos, que nous avons publié en juin 2018 aux édi­tions LIBRE, et en par­tie dans d’autres articles[13] publiés sur notre site).

Rap­pe­lons tout de même que Méla­nie Laurent, la coréa­li­sa­trice du film docu­men­taire Demain, affirme faire « confiance à la tech­no­lo­gie, même si ça me fait peur, pour nous faire des avions solaires. Il est temps que la tech­no­lo­gie nous per­mette ces inven­tions ». Entre la sobrié­té et les low-tech van­tées par Cyril Dion et les avions solaires de Méla­nie Laurent, là encore, on constate un sérieux manque de cohé­rence. Les incom­pré­hen­sions poli­tiques, tech­niques et éco­lo­giques dont cela témoigne sont conster­nantes. À l’instar de Cyril Dion, son ana­lyse des pro­blèmes liés à l’existence du pou­voir est à peu près nulle, tout comme son ana­lyse de la rela­tion entre une tech­no­lo­gie et les struc­tures sociales qu’elle implique et ren­force et, plus géné­ra­le­ment, son ana­lyse des pro­blèmes sociaux et éco­lo­giques qui consti­tuent la civi­li­sa­tion industrielle.

Cyril Dion est un mar­chand d’illusions. Il récon­forte les angois­sés qui craignent de perdre leur mode de vie confor­table et le mal nom­mé pro­grès parce qu’ils sont aus­si aveugles que lui quant à leurs réa­li­tés, et décul­pa­bi­lise à bon compte tous ceux qui vivent un peu mal le fait qu’elle détruise la pla­nète en leur assu­rant que la socié­té tech­no­lo­gique moderne peut tout à fait deve­nir éco­lo­bio. Il le dit très bien lui-même. Son prin­ci­pal sou­ci consiste à « conser­ver le meilleur de la civi­li­sa­tion » et non pas à défendre le monde natu­rel contre les innom­brables des­truc­tions qu’impliquent la civi­li­sa­tion indus­trielle et son inexo­rable expan­sion. Le monde natu­rel, la pla­nète, est secon­daire, il s’agit de la pré­ser­ver « au mieux ». Ce qui est lit­té­ra­le­ment cin­glé. La san­té de la bio­sphère devrait évi­dem­ment être pri­mor­diale. D’autant que, répé­tons-le, le meilleur de la civi­li­sa­tion n’est que nuisances.

Son dis­cours peut se résu­mer en une phrase : mais si, croyez-moi, il est pos­sible d’avoir une civi­li­sa­tion indus­trielle éco­lo­gique et démo­cra­tique, d’avoir des zavions éco­los, des zau­to­mo­biles éco­los, des routes éco­los, etc. Un conte pour enfant imma­ture, un mirage indé­si­rable et illu­soire que la moindre ana­lyse des sys­tèmes de pou­voirs qui carac­té­risent la civi­li­sa­tion, des impli­ca­tions des tech­no­lo­gies com­plexes et des indus­tries dont il sou­haite la conti­nua­tion dis­si­pe­rait instantanément.

Il ne faut pas confondre des riches qui cherchent à pré­ser­ver leur mode de vie de riche avec l’écologie. Ce sont deux choses très dif­fé­rentes. L’écologie, c’est Jai­ro San­do­val Mora, tué le 31 mai 2013 alors qu’il pro­té­geait les nids des tor­tues marines sur la plage de Moin à Limon, sur la côte caraïbe du Cos­ta Rica. C’est Ber­ta Caceres, assas­si­née le 2 mars 2016 au Hon­du­ras parce qu’elle lut­tait contre la construc­tion d’un bar­rage hydro­élec­trique, ces méga­ma­chines qui tuent les fleuves et les rivières mais dont les gou­ver­ne­ments, les mul­ti­na­tio­nales et les médias grand public disent qu’elles pro­duisent une éner­gie « verte », ces éner­gies que les Cyril Dion du monde pro­meuvent. L’écologie, ce sont tous ceux que l’on assas­sine chaque année, en Afrique, parce qu’ils s’op­posent au bra­con­nage d’animaux sau­vages ou aux tra­fics de bois pré­cieux, et ceux qui sont mena­cés de mort ou que l’on jette en pri­son pour ces mêmes rai­sons, comme Clo­vis Raza­fi­ma­la­la, à Mada­gas­car. L’écologie, c’est Isi­dro Bal­de­ne­gro López, assas­si­né le 15 jan­vier 2017 à Colo­ra­das de la Vir­gen, au Mexique, parce qu’il lut­tait pour pré­ser­ver les forêts de la Sier­ra Madre. L’écologie c’est Rémi Fraisse. L’écologie, ce sont les zadistes qui luttent pour pré­ser­ver la vie sau­vage à Notre-Dame-des-Landes et ailleurs. Et tous les autres qui, par­tout sur Terre, cherchent à défendre le monde natu­rel, les biomes et leurs com­mu­nau­tés bio­tiques, par amour et parce qu’ils savent que sans eux, ils ne seraient pas.

***

Tan­dis que l’on s’enfonce col­lec­ti­ve­ment dans une dys­to­pie digne de 1984 et du Meilleur des mondes, où l’appareil de sur­veillance éta­tique ne cesse de se per­fec­tion­ner et d’être tou­jours plus enva­his­sant, où l’individu, tou­jours plus dépos­sé­dé, au point de n’avoir plus aucune influence sur le déve­lop­pe­ment de la socié­té dont il par­ti­cipe, subit, impuis­sant, les déci­sions prises par les élites au pou­voir, tan­dis que toutes les ten­dances indiquent clai­re­ment que la situa­tion éco­lo­gique ne fait et ne va faire qu’empirer au cours des pro­chaines décen­nies (tri­ple­ment de la sur­face mon­diale urba­ni­sée, crois­sance fré­né­tique de la pro­duc­tion mon­diale de déchets et des extrac­tions minières, réchauf­fe­ment cli­ma­tique qui ira en s’aggravant étant don­né que les émis­sions de GES ne cessent d’augmenter, etc.), les dis­cours absurdes des Cyril Dion et autres Isa­belle Delan­noy ne nous sont d’aucune aide. Bien au contraire.

Une der­nière chose pour­ra peut-être ter­mi­ner de cla­ri­fier nos posi­tions. Dans son livre L’économie sym­bio­tique, Isa­belle Delan­noy fait l’éloge de Pierre Teil­hard de Char­din, un prêtre jésuite fran­çais, « cher­cheur, paléon­to­logue, théo­lo­gien et phi­lo­sophe », très en vogue en son temps, et aujourd’hui encore. Elle le pré­sente à juste titre comme le pro­mo­teur du pro­grès tech­no-indus­triel qu’il était. Ber­nard Char­bon­neau le montre d’ailleurs très bien dans un ouvrage aus­si inté­res­sant que mécon­nu — pour les rai­sons habi­tuelles, ceux qui glo­ri­fient le pro­grès sont invi­tés à le dire par­tout dans les médias grand public, qui se font un plai­sir et un devoir d’ignorer ceux qui osent le cri­ti­quer — inti­tu­lé Teil­hard de Char­din, pro­phète d’un âge tota­li­taire. Ce prêtre jésuite a éla­bo­ré une véri­table « théo­lo­gie du pro­grès », en pro­po­sant une syn­thèse « de la Mys­tique et de la Science ». De la pen­sée de Teil­hard, Char­bon­neau écrit :

« Une telle pen­sée peut être qua­li­fiée de reli­gieuse, au sens éty­mo­lo­gique du terme. Il lui faut tout relier, tout expli­quer, tout valo­ri­ser. Inlas­sa­ble­ment, par toutes les voies, celles de la science et de la mys­tique, du rai­son­ne­ment et de la poé­sie, elle exalte et démontre l’u­ni­té de l’U­ni­vers maté­riel et spi­ri­tuel, dérou­lant inter­mi­na­ble­ment le fil qui consti­tue ce tis­su sans cou­ture. Par­tout où se pro­duit une inter­ro­ga­tion, le P. Teil­hard apporte une réponse, par­tout où se pro­duit une dis­con­ti­nui­té, il réta­blit la conti­nui­té. Son sys­tème récon­ci­lie l’In­di­vi­du et la Socié­té, la Vie et la Mort, la Néces­si­té et la Liber­té. Il asso­cie la Reli­gion et la Science, l’É­glise et le Monde. Qui n’en serait satisfait ? »

Teil­hard de Char­din van­tait, selon ses propres termes, « l’é­blouis­sante notion de Pro­grès » et affir­mait que c’est « sur la foi au Pro­grès que l’Hu­ma­ni­té aujourd’­hui divi­sée peut se refor­mer ». Toute son œuvre visait à « sou­te­nir et pro­lon­ger l’im­mense, incoer­cible et légi­time élan où se trouvent enga­gés incon­tes­ta­ble­ment à notre époque le gros et le vif de l’ac­ti­vi­té humaine ». Ain­si que l’explique Ber­nard Char­bon­neau : « Le chré­tien ne refuse pas le Monde, il ne le juge pas. On cher­che­rait en vain dans l’œuvre du Père un cri de révolte, par exemple une cri­tique de la guerre ou de l’ex­ploi­ta­tion du pro­lé­ta­riat ». D’ailleurs, « la lec­ture de ses Car­nets de guerre ne nous montre guère un démo­crate, elle nous dévoile, au contraire, un indi­vi­du d’o­ri­gine et de tem­pé­ra­ment aris­to­cra­tiques, que ses réac­tions spon­ta­nées, sinon son édu­ca­tion chré­tienne, por­te­raient à mépri­ser la masse des indi­vi­dus et à recon­naître la néces­si­té de l’Au­to­ri­té : à condi­tion qu’elle enseigne la Véri­té, bien entendu ».

Pour faire court, la pen­sée de Teil­hard de Char­din était celle d’un illu­mi­né. Elle était éla­bo­rée de manière à jus­ti­fier et même à glo­ri­fier le cours des choses, le sta­tu quo : les guerres (il est, à ce pro­pos, l’auteur d’un véri­table pané­gy­rique de la bombe ato­mique publié juste après Hiro­shi­ma et Naga­sa­ki[14], d’une indé­cence abo­mi­nable), le pro­grès tech­nique, la sou­mis­sion de l’être humain à un supra-orga­nisme socio­tech­nique, l’unification et donc la stan­dar­di­sa­tion de l’humanité (l’anéantissement com­plet de sa diver­si­té cultu­relle[15]). En véri­table fana­tique de l’aliénation, pro­fon­dé­ment anti­hu­ma­niste, il appe­lait de ses vœux le transhumanisme.

Voyez plu­tôt :

« […] l’ ”autre” (c’est-à-dire tout le monde, sauf une dizaine d’hu­mains admis dans notre orbite) est un intrus qui nous impor­tune. Au moins je sens comme cela à cer­tains moments. Ins­tinc­ti­ve­ment, j’ai­me­rais mieux une terre pleine de bêtes qu’une terre avec des hommes. Chaque homme fait un petit monde à part, et ce plu­ra­lisme m’est essen­tiel­le­ment désagréable. »

Et :

« Mon Dieu, je vous l’a­voue, j’ai bien long­temps été, et je suis encore, hélas ! réfrac­taire à l’a­mour du pro­chain. Autant j’ai ardem­ment goû­té la joie sur­hu­maine de me rompre et de me perdre dans les âmes aux­quelles me des­ti­nait l’af­fi­ni­té bien mys­té­rieuse de la dilec­tion humaine — autant je me sens nati­ve­ment hos­tile et fer­mé en face du com­mun de ceux que vous me dites d’ai­mer. Ce qui, dans l’U­ni­vers, est au-des­sus ou au-des­sous de moi (sur une même ligne pour­rait-on dire) [sic], je l’in­tègre faci­le­ment dans ma vie inté­rieure : la matière, les plantes, les ani­maux, et puis les Puis­sances, les Domi­na­tions, les Anges, — je les accepte sans peine, et je jouis de me sen­tir sou­te­nu dans leur hié­rar­chie. Mais « l’autre », mon Dieu, — non pas seule­ment « le pauvre, le boi­teux, le tor­du, l’hé­bé­té », mais l’autre sim­ple­ment, l’autre tout court, — celui qui, par son Uni­vers en appa­rence fer­mé au mien, semble vivre indé­pen­dam­ment de moi, et bri­ser pour moi l’u­ni­té et le silence du Monde, — serais-je sin­cère si je vous disais que ma réac­tion ins­tinc­tive n’est pas de le repous­ser ? et que la simple idée d’en­trer en com­mu­ni­ca­tion spi­ri­tuelle avec lui ne m’est pas un dégoût ? »

Le fana­tisme de Teil­hard de Char­din s’exprime par­ti­cu­liè­re­ment lorsqu’il parle de la guerre, et notam­ment dans ses car­nets sur la Pre­mière Guerre mon­diale : « Heu­reux ceux que la mort aura pris dans l’acte et l’at­mo­sphère mêmes de la guerre, quand ils étaient revê­tus, ani­més d’une res­pon­sa­bi­li­té, d’une conscience, d’une liber­té plus grande que la leur — quand ils étaient exal­tés jus­qu’au bord du monde — tout près de Dieu. »

Par­mi les nom­breuses cita­tions de Teil­hard de Char­din, citées par Char­bon­neau, qui expriment clai­re­ment son apo­lo­gie du tota­li­ta­risme, sa joie à l’idée qu’advienne un jour le Meilleur des mondes, par sou­ci de conci­sion, je ne retien­drais que celle-ci :

« Depuis tou­jours, sans doute, l’Homme a été vague­ment conscient d’ap­par­te­nir à une seule grande Huma­ni­té. Ce n’est tou­te­fois que pour nos géné­ra­tions modernes que ce sens social confus com­mence à prendre sa réelle et com­plète signi­fi­ca­tion. Au cours des dix der­niers mil­lé­naires (période durant laquelle la civi­li­sa­tion s’est brus­que­ment accé­lé­rée) les hommes se sont aban­don­nés sans beau­coup réflé­chir aux forces mul­tiples, plus pro­fondes que toute guerre, qui peu à peu les rap­pro­chaient entre eux. Or, en ce moment, nos yeux se des­sillent ; et nous com­men­çons à aper­ce­voir deux choses. La pre­mière, c’est que, dans le moule étroit et inex­ten­sible repré­sen­té par la sur­face fer­mée de la Terre, sous la pres­sion d’une popu­la­tion et sous l’ac­tion de liai­sons éco­no­miques qui ne cessent de se mul­ti­plier, nous ne for­mons déjà plus qu’un seul corps. Et la seconde, c’est que dans ce corps lui-même, par suite de l’é­ta­blis­se­ment gra­duel d’un sys­tème uni­forme d’in­dus­trie et de science, nos pen­sées tendent de plus en plus à fonc­tion­ner comme les cel­lules d’un même cer­veau. Qu’est-ce à dire sinon que, la trans­for­ma­tion pour­sui­vant sa ligne natu­relle, nous pour­rons pré­voir le moment où les hommes sau­ront ce que c’est, comme par un seul cœur, de dési­rer, d’es­pé­rer, d’ai­mer tous ensemble la même chose en même temps ?… L’Hu­ma­ni­té de demain — quelque Super-Huma­ni­té — beau­coup plus consciente, beau­coup plus puis­sante, beau­coup plus una­nime que la nôtre, sort des limbes de l’a­ve­nir, elle prend figure sous nos yeux. Et simul­ta­né­ment (je vais y reve­nir) le sen­ti­ment s’é­veille au fond de nous-même que, pour par­ve­nir au bout de ce que nous sommes, il ne suf­fit pas d’as­so­cier notre exis­tence avec une dizaine d’autres exis­tences choi­sies entre mille par­mi celles qui nous entourent, mais qu’il nous faut faire bloc avec toutes à la fois. Que conclure de ce double phé­no­mène, interne et externe, sinon ceci : ce que la Vie nous demande, en fin de compte, de faire pour être, c’est de nous incor­po­rer et de nous subor­don­ner à une Tota­li­té orga­ni­sée dont nous ne sommes, cos­mi­que­ment, que les par­celles conscientes. Un centre d’ordre supé­rieur nous attend — déjà il appa­raît — non plus seule­ment à côté, mais au-delà et au-des­sus de nous-mêmes. »

(Bon sang, quel cin­glé). Bien sûr, les choses ne se sont pas du tout pro­duites ain­si, sauf dans l’esprit éthé­ré de Char­din. Les der­niers mil­lé­naires, qui ont vu l’avènement de la civi­li­sa­tion, sont éga­le­ment les plus san­glants de l’histoire humaine. Si nous en arri­vons aujourd’hui à cette « tota­li­té orga­ni­sée » dont il parle, c’est uni­que­ment « par l’usage de la contrainte et d’un embri­ga­de­ment métho­dique, sou­te­nus par un déchaî­ne­ment de vio­lences », ain­si que Lewis Mum­ford le for­mule dans son livre Les trans­for­ma­tions de l’homme. Ce qui lui fait dire que « la civi­li­sa­tion n’est qu’un long affront à la digni­té humaine ». Ber­nard Char­bon­neau com­mente : « Sous la pres­sion du Pro­grès, le monde moderne tend irré­sis­ti­ble­ment, en dépit et à cause de ses conflits, vers un État mon­dial qui cou­vri­rait toute la sur­face de la terre, et qui régle­rait en pro­fon­deur jus­qu’au moindre détail de la vie des hommes, pour orga­ni­ser métho­di­que­ment la réflexion et l’ac­tion de toute l’hu­ma­ni­té. Il n’y a qu’un qua­li­fi­ca­tif pour dési­gner cette socié­té, c’est celui de tota­li­taire. […] Le “per­son­na­lisme” teil­har­dien sym­pa­thise d’ins­tinct avec tous les régimes qui se veulent una­nimes et cen­tra­li­sés, d’au­tant plus que cette coa­gu­la­tion, comme la guerre, entraîne une accé­lé­ra­tion du pro­grès tech­nique. En se récla­mant de la per­sonne contre l’in­di­vi­du, le sys­tème teil­har­dien arrive à temps pour jus­ti­fier […] l’a­vè­ne­ment de n’im­porte quel régime totalitaire […]. »

Qu’Isabelle Delan­noy s’inspire de Teil­hard de Char­din et qu’elle le glo­ri­fie n’est pas éton­nant. Elle aus­si est une fana­tique du pro­grès tech­nique, de la stan­dar­di­sa­tion et de l’unification cultu­relle de l’humanité. Comme lui, elle encense la pri­son tota­li­taire (la « tota­li­té orga­ni­sée », pour reprendre une expres­sion chère à Char­din) que consti­tue la civi­li­sa­tion tech­no-indus­trielle. La socié­té éco-indus­trielle idéale qu’elle se figure n’en est pas si éloi­gnée. Elle en reprend l’immense majo­ri­té des attri­buts, se conten­tant sim­ple­ment et incroya­ble­ment naï­ve­ment de les ima­gi­ner agen­cés, agré­men­tés et trans­mu­tés de sorte qu’ils devien­draient cools, éco­los et équi­tables ; grâce à la tech­no­lo­gie, et notam­ment à inter­net, qui consti­tue la clef de voûte de son ima­gi­naire tech­no-indus­triel éco­lo. Le mythe du Salut par la Tech­no­lo­gie, voi­là fina­le­ment à quoi se résument les espé­rances de Cyril Dion, Méla­nie Laurent, Isa­belle Delan­noy & cie.

Ain­si que le for­mulent René Rie­sel et Jaime Sem­prun, « la socié­té de masse (c’est-à-dire ceux qu’elle a inté­gra­le­ment for­més, quelles que soient leurs illu­sions là-des­sus) ne pose jamais les pro­blèmes qu’elle pré­tend « gérer » que dans les termes qui font de son main­tien une condi­tion sine qua non. » C’est pour­quoi les citoyens édu­qués dans les usines péda­go­giques de la socié­té indus­trielle craignent la dis­pa­ri­tion de la civi­li­sa­tion. Ins­truits selon un pro­gramme d’É­tat, ils ont gran­di dans les men­songes his­to­riques néces­saires au main­tien de l’ordre et du pou­voir. On leur a appris à exal­ter le pro­grès et la civi­li­sa­tion, à éprou­ver du dégoût et de la peur à l’égard du pas­sé. Il leur est dif­fi­cile, voire impos­sible, de conce­voir une vie sans le confort tech­no­lo­gique moderne, sans le pro­grès. Par­tant de là, il n’est pas éton­nant qu’à leurs yeux, notre pers­pec­tive d’une dis­so­lu­tion de la civi­li­sa­tion indus­trielle au pro­fit d’une mul­ti­tude de micro­so­cié­tés aus­si auto­nomes que pos­sible, réin­té­grées aux com­mu­nau­tés bio­tiques de leurs ter­ri­toires et basées sur des tech­no­lo­gies démo­cra­tiques, paraisse incongrue.

Quoi qu’il en soit, ain­si que l’explique Joseph Tain­ter dans son livre L’effondrement des socié­tés com­plexes : « Les citoyens des socié­tés com­plexes modernes ne réa­lisent pas, géné­ra­le­ment, que nous sommes une ano­ma­lie de l’histoire ». Nous com­pre­nons, au contraire de Cyril Dion & Co qui conti­nuent de pro­mou­voir une socié­té com­plexe (une civi­li­sa­tion), ce que l’histoire nous enseigne, à savoir que ces der­nières sont autant délé­tères qu’éphémères, ce que Tain­ter exprime en écri­vant que : « Les socié­tés com­plexes sont récentes dans l’histoire de l’humanité. L’effondrement n’est alors pas une chute vers quelque chaos pri­mor­dial, mais un retour à la condi­tion nor­male de moindre complexité. »

Que l’on choi­sisse déli­bé­ré­ment de déman­te­ler la civi­li­sa­tion indus­trielle ou pas, notre futur, ain­si que John Zer­zan le for­mule, en tant qu’espèce et si nous en avons un, c’est-à-dire si la civi­li­sa­tion indus­trielle s’effondre avant d’avoir détruit les condi­tions éco­lo­giques qui rendent pos­sible la vie humaine, est pri­mi­tif.

Nico­las Casaux

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Notes addi­tion­nelles : 1. Afin d’é­vi­ter un mal­en­ten­du atten­du, une pré­ci­sion. Cet article n’a pas pour objet de pro­po­ser des « solu­tions » aux nom­breux pro­blèmes socio-éco­lo­giques actuels. Son pro­pos vise uni­que­ment à mon­trer pour­quoi les soi-disant « solu­tions » pro­po­sées par Cyril Dion dans son Petit manuel de résis­tance contem­po­raine n’en sont pas, pour­quoi son dis­cours est absurde et nui­sible. Son livre cor­res­pond bien plu­tôt à un Petit conte pour conti­nuer à nier l’é­vi­dence. Confor­misme et bien-pen­sance obligent, la cri­tique est désor­mais très mal per­çue. Cer­tains vont même jus­qu’à affir­mer qu’on ne devrait pas cri­ti­quer si l’on ne pro­pose pas de solu­tion. Ces gens-là disent donc qu’il est mal­ve­nu d’ex­po­ser cer­taines réa­li­tés déplai­santes si l’on ne pré­sente pas, par la même occa­sion, un plan magique pour résoudre la sombre situa­tion que l’on expose.

Ce genre de réac­tion me fait tou­jours pen­ser à cette remarque de Ber­nard Charbonneau :

« ‘Et main­te­nant que pro­po­sez-vous ?’ — Car la réac­tion de l’individu moderne n’est pas de recher­cher la véri­té, il lui faut d’abord une issue ; en fonc­tion de laquelle doit s’établir le sys­tème. Et je m’aperçois que ma réflexion m’a conduit là où je suis : au fond d’un abîme d’impossibilités. Alors m’imputant la situa­tion déses­pé­rante qui tient à un monde tota­li­taire, il me repro­che­ra de détruire sys­té­ma­ti­que­ment l’espoir. ‘Votre cri­tique est peut-être juste, dira-t-il, mais quelle solu­tion appor­tez-vous ?’ — Sous-enten­du, s’il n’y a pas d’issue à la situa­tion qu’elle dénonce, votre cri­tique doit être fausse. ‘C’est vous qui me déses­pé­rez’… Et effec­ti­ve­ment je suis cou­pable de faire son mal­heur, puisque sans moi cette impos­si­bi­li­té n’existerait pas pour sa conscience. »

La ques­tion de savoir si oui ou non il est pos­sible de résoudre les innom­brables pro­blèmes que la civi­li­sa­tion indus­trielle génère est un tout autre sujet, abor­dé, par exemple, dans un livre que nous publions en sep­tembre 2018 avec les Edi­tions LIBRE, inti­tu­lé Deep Green Resis­tance.

2. D’au­cuns me répon­dront, avec plus ou moins de mau­vaise foi, que la cri­tique que je for­mule ici, je ne peux la for­mu­ler que grâce à l’é­du­ca­tion que m’a four­ni la civi­li­sa­tion. Ce n’est pas le cas. D’a­bord parce que tout ce que je for­mule ici contre­dit lit­té­ra­le­ment tout ce qu’on m’a ensei­gné dans l’u­sine péda­go­gique que j’ai fré­quen­tée jus­qu’à l’u­ni­ver­si­té, ensuite parce que la cri­tique du pro­grès et de la civi­li­sa­tion que je for­mule ici, de nom­breux membres de com­mu­nau­tés autoch­tones, à tra­vers la pla­nète, la for­mulent. Des Arhua­cos, en Colom­bie, aux Jara­was, en Inde, en pas­sant par les Sans, en Afrique, et par beau­coup d’autres, que l’on a déli­bé­ré­ment ten­dance à igno­rer, chez nous. C’est en grande par­tie de leurs pers­pec­tives à eux et de leurs ensei­gne­ments que je m’ins­pire. C’est aus­si leurs voix que j’es­saie de faire entendre. Ceux qui s’in­té­ressent à leurs reven­di­ca­tions et à leurs sorts peuvent consul­ter l’ex­cellent tra­vail du Mou­ve­ment mon­dial pour les forêts tro­pi­cales.


  1. À ce sujet, vous pou­vez lire tout Ivan Illich, Leo­pold Kohr, ou encore Une ques­tion de taille d’Olivier Rey.
  2. http://biosphere.ouvaton.org/vocabulaire/2769-techniques-dualisme-des-techniques
  3. https://partage-le.com/2018/07/les-ultrariches-sont-des-psychopathes-par-nicolas-casaux/
  4. https://www.monde-diplomatique.fr/2007/07/CALVO_OSPINA/14911
  5. http://www.occupy.com/article/exposed-globally-renowned-activist-collaborated-intelligence-firm-stratfor#sthash.3RuMOq6E.dpbs
  6. https://partage-le.com/category/environnement-ecologie/le-mythe-du-developpement-durable/
  7. « Si vous allez à San Fran­cis­co, vous y ver­rez des seringues et de la merde » : https://partage-le.com/2018/07/si-vous-allez-a-san-francisco-vous-y-verrez-des-seringues-et-de-la-merde-par-nicolas-casaux/
  8. https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/01/hausse-des-importations-de-produits-bio-en-2017_5308125_3234.html
  9. Voir aus­si : http://cqfd-journal.org/Matthieu-Ricard
  10. « Et si le pro­blème, c’était la civi­li­sa­tion ? » : https://partage-le.com/2017/10/7993/ & « Une contre-his­toire de la civi­li­sa­tion » : https://partage-le.com/2017/11/8288/
  11. Pour le com­prendre, vous pou­vez par exemple lire : https://partage-le.com/2017/09/une-breve-contre-histoire-du-progres-et-de-ses-effets-sur-la-sante-de-letre-humain/
  12. Ceux qui lisent l’anglais et qui veulent en savoir plus sur ce sujet peuvent lire : http://www.michaelparenti.org/Milosevic.html
  13. Et notam­ment « Le paci­fisme comme patho­lo­gie », un texte de Der­rick Jen­sen : https://partage-le.com/2015/12/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/
  14. À lire ici : https://sniadecki.wordpress.com/2015/10/04/teilhard-bombe-atomique/
  15. Voir « Le mythe du pro­grès et la toxi­ci­té de la mono­cul­ture mon­dia­li­sée » : https://partage-le.com/2018/03/9084/

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  1. EXCELLENT article ! J’ose espe­rer que ceux qui m’en­tourent le lisent en entier pour rea­li­ser ce qui se trame pour l’a­ve­nir .… La venue de Steve BANON , n’en est il pas un modele actuellement ?

    1. Non, je le découvre. Sa thèse pré­sente des points inté­res­sants, mais est assez éloi­gnée de ce qu’on désigne nous (et qui est com­mu­né­ment dési­gné) par la notion de civi­li­sa­tion. Cf :
      1. https://partage-le.com/2017/10/7993/
      2. https://partage-le.com/2015/02/1084/
      3. https://partage-le.com/2017/11/8288/
      4. https://partage-le.com/2018/08/aux-origines-des-civilisations-une-fiction-au-service-de-lelite-par-ana-minski/

  2. Article per­ti­nent si il en est…
    Si ce genre de bobos enthou­siastes, éco­lo­gistes à la petite semaine, ont accès aux médias mains­tream c’est pré­ci­sé­ment parce-qu’ils sont des impos­teurs. Qu’on se le dise !
    Quoi­qu’il en soit, un autre sup­pôt du capi­ta­lisme green-washé, Clé­ment Mon­fort, a enfin lâché une date dans son der­nier épi­sode et épi­logue de la série Next. Il parle de 2022 comme ulti­ma­tum pour l’ef­fon­dre­ment pro­bable de la civilisation.
    Enfin ! Serais-je ten­té d’ajouter.
    Mer­ci à toi Nico­las Cas­saux pour tes articles, nous sommes avec toi.

  3. Bon­jour,

    J’an­ti­cipe peut-être sur le livre que vous annon­cez pour sep­tembre. La seule ques­tion qui se pose pour tous ceux qui acceptent l’é­vi­dente néces­si­té d’a­battre la civi­li­sa­tion indus­trielle et les Etats qui portent les armes pour la défendre c’est : est-ce pos­sible ? Le film que Tan­crède Ramo­net a consa­cré à l’his­toire de l’a­nar­chisme montre assez bien que la plu­part des ten­ta­tives réus­sies de ren­ver­ser loca­le­ment l’ordre bour­geois ou aris­to­cra­tique (comme par exemple en Cata­logne ou en Russie,ou chez nous avec la Com­mune) s’est sol­dée par une coa­li­tion géné­rale de toutes les forces contrô­lant les moyens de puis­sance, et notam­ment les outils de la « vio­lence légi­time ». La guerre d’Es­pagne est un cas typique, où l’on voit la bour­geoi­sie délé­guer aux forces fas­cistes et com­mu­nistes (alliées de cir­cons­tance) la res­pon­sa­bi­li­té de la contre-insur­rec­tion, les « démo­cra­ties » voi­sines étant au mieux passives.
    Bref, quels que soient les moyens que se donne une insur­rec­tion liber­taire, vio­lents ou non, l’is­sue est cer­taine tant le rap­port de force est clair.
    Je me demande donc si la seule option sus­cep­tible d’a­bou­tir à un déman­tè­le­ment effec­tif de la civi­li­sa­tion, sans pré­sa­ger de ce qui lui suc­cè­de­ra, ne serait pas la grève de la consom­ma­tion que cer­tains appellent (PMO notam­ment). On sait bien que le point le plus fra­gile de la civi­li­sa­tion est son sys­tème finan­cier, qui ne résis­te­rait pas à la décrois­sance cau­sée par un renon­ce­ment d’une frange signi­fi­ca­tive de la popu­la­tion à la consom­ma­tion (10% peut-être). Et s’il n’y a plus d’ailleurs sur cette Terre, il est tou­jours pos­sible d’y vivre en auto­no­mie, ou du moins en tran­chant un grand nombre des fils qui nous relient à l’in­dus­trie, comme le démontrent de nom­breuses per­sonnes y com­pris en France, qui vivent dans des camions, dans des squats, ou dans des mai­sons décon­nec­tées des réseaux. Avec l’a­van­tage sup­plé­men­taire d’a­voir anti­ci­pé sur les dif­fi­cul­tés qui sui­vront la chute de la civi­li­sa­tion en ayant redé­cou­vert les savoir-faire néces­saires à une vie sobre.
    Cette option a l’a­van­tage d’être sans doute plus « sexy » auprès des foules que la vio­lence directe que des décen­nies d’embrigadement a tota­le­ment dis­qua­li­fiée dans la plu­part des esprits (il n’y a qu’à voir les réac­tions, y com­pris de syn­di­ca­listes cgt, face à l’at­taque d’un mc do le 1er mai, pour voir que cette option ne peut plus être que mar­gi­nale). Et il me semble que cette stra­té­gie serait éga­le­ment beau­coup plus dif­fi­cile à contrer par les Etats que des actions vio­lentes ou non vio­lentes qu’ils ont l’ha­bi­tude de traiter. 

    PS : vous évo­quez l’a­gri­cul­ture dans cet article, je vous conseille à ce sujet l’ex­cellent livre de Xavier Noul­hianne, le Ménage des Champs, qui se conclue par un appel à l’é­meute pour ren­ver­ser l’en­fer bureau­cra­tique et industriel.

    1. « la grève de la consommation »
      C’est une stra­té­gie et une réac­tion non poli­tique. C’est ce qui est repro­ché au mou­ve­ment des coli­bris. Le monde tech­no-indus­triel pré­fère pro­duire à perte et jeter ce qu’il pro­duit plu­tôt que de se reti­rer parce que per­sonne n’a­chète. Et d’ailleurs il le fait, en impo­sant des pro­duits élec­tro­niques qua­si­ment jetables, de la per­ceuse à 20€ chez Lidle au smart­phone renou­ve­lé tous les ans. Donc même si la moi­tié des humains ne consomme plus, l’u­sine pro­dui­ra tou­jours, l’ex­ca­va­trice géante creu­se­ra encore. Il faut se battre malheureusement.

  4. excellent article, qui ne s’ar­rête pas à démon­ter une pro­po­si­tion, quoique c’en est le prin­cipe, mais ouvre des pos­sibles en réponse à l’i­nepte ! insuf­fi­sam­ment encore car après le temps de la dénon­cia­tion vient le temps de la recons­truc­tion ! ce qui prouve aus­si qu’il y a encore des gens capables de pen­ser le monde, et d’a­voir une lec­ture lucide , sur l’a­ber­rant, le faux et le sou­hai­table. Oui l’hu­main n’est pas réduc­tible à l’homo-industrialus ! …

  5. Super ! N.Casaux
    Comme il semble impos­sible qu’en­semble les Homos s. 1)prennent conscience 2)s’unissent pour chan­ger… des catas­trophes éco­lo­giques vont survenir.
    J’es­père qu’elles ne seront pas fatales pour toute l’hu­ma­ni­té et qu’elles feront réagir « ensemble » les survivants.
    A la dif­fé­rence des autres espèce, pour­tant, l’Ho­mo dit « sapiens » (ce qui est ridi­cule!) pour­rait 3)réfléchir à sa psy­cho­lo­gie par­ti­cu­lière for­ma­tée… 4)partager les connais­sances de base en sciences et 5)se poser la ques­tion : c’est quoi être Heu­reux pour moi pri­mate « évolué »?…
    Je sou­hai­te­rais faire livre, films, théâtre… pour trans­mettre des notions de base… et cherche collaborateur(s), collaboratrice(s)…
    Merci.

  6. Après avoir écou­té les dif­fé­rents invi­tés et acteurs des émis­sions hier sur les évé­ne­ments actuels nom­més ACTE 3…
    J’ai vou­lu savoir qui était Cyril Dion et votre article m’a interpellée.
    Il me donne envie d’al­ler plus loin et cor­res­pond à ce que je res­sens sou­vent lorsque j’é­coute les uns et les autres
    Un cer­tain malaise et un sens cri­tique à l’é­gard des com­men­taires et des ana­lyses sur les solu­tions à appor­ter et la récu­pé­ra­tion qui est faite par ceux qui prêchent pour leur chapelle
    Cela me donne envie d’al­ler plus loin et de lire les articles et livres dont vous parlez.
    J’ai encore un peu de temps devant moi.
    N’ayant que 72ans !
    MERCI beau­coup pour votre article très inté­res­sant et bien écrit que je vais gar­der précieusement .

  7. Grâce au pro­grès, j’ai pu avoir connais­sance de votre article, le lire et com­man­der « Deep green résis­tance », bien­tôt le rece­voir, peut-être même en com­man­der d’autres pour Noël. Chouette !

    1. Chouette, oui, mais dites plu­tôt mal­gré. S’il est effec­ti­ve­ment pos­sible de trou­ver du bon dans cer­taines choses liées au pro­grès, de les uti­li­ser contre lui, c’est en dépit de lui.

  8. Bon­jour. Je n’a­vais jus­qu’a­lors pas du tout été convain­cu de vos articles, à mon goût, de l’ordre du lyn­chage en règle et jamais construc­tif. Aujourd’­hui, cet article m’a plu, tel­le­ment plu, mais n’a fait que mul­ti­plier mes inter­ro­ga­tions sur le « com­ment faire pour éclai­rer le monde ? »
    J’ai énor­mé­ment de bien­veillance à l’é­gard de Pablo Ser­vigne ou encore de Cyril Dion. Si je suis d’ac­cord sur le fait que leur visions sont bien trop édul­co­rées et que leurs remèdes n’en sont pas, leur aura média­tique per­met à beau­coup de gens lamb­da de pou­voir se ques­tion­ner sur notre deve­nir via des médias mains­tream qui sont au centre des sphères du pou­voir. La ques­tion que je me pose est de savoir s’ils n’ont pas, quoi­qu’il en soit, un rôle à jouer dans la prise de conscience par les « foules » du désastre à venir ? Peut-on se pas­ser d’eux aujourd’­hui alors qu’ils sont le seul relais (dans les médias de masse) sur l’ur­gence de la situa­tion ? N’est-ce pas par le biais de leurs expo­sés que les gens pour­ront par la suite se ques­tion­ner sur vos propres thèses, dont je suis moi-même convain­cues ? Il faut du temps pour faire le che­min que vous nous deman­dez de faire. Ne sont-ils pas un gîte étape vers dans cette longue réflexion ?
    Je vous remer­cie encore de votre article.
    Denis.

  9. Tout à fait d’ac­cord avec cette cri­tique de Cyril Dion et son ini­tia­tive per­son­nelle de ren­con­trer Macron pour nous sau­ver est une signature.
    Par ailleurs, par quel bout prendre le furieux pro­blème aux mul­tiples ten­ta­cules qui, si rien n’est fait, va nous broyer. Suis-je réa­liste ? faut-il l’être ? Etant don­né le rôle incon­tes­table de notre consom­ma­tion déli­rante, je pense tout natu­rel­le­ment qu’une gigan­tesque cam­pagne appe­lant à dé-consom­mer, c’est à dire seule­ment ne plus ache­ter ce dont je n’ai pas vrai­ment besoin pour­rait aujourd’­hui être enten­du et pro­gres­si­ve­ment éten­due. D’au­tant que cette déci­sion ouvri­rait la pos­si­bi­li­té évi­dente de prendre plus de temps libre, ce dont tout le monde rêve.
    Enfin, est-il nor­mal que, dans l’es­pace média­tique grand public, la presse alter­na­tive soit pra­ti­que­ment absente ? La grande majo­ri­té de nos contem­po­rains n’ont d’autres accès faciles à l’in­for­ma­tion que dans les médias acquis au sys­tème : com­ment pour­raient-ils en sor­tir ? Cet espace est essen­tiel et nous, socié­té civile devons l’investir.
    Cordialement.

    1. Voi­là plus d’un an après la paru­tion de cet article, Cyrille Dion a été dési­gné comme l’un des 3 garants du dérou­le­ment de la Conven­tion citoyenne pour le cli­mat déci­dée par Macron. La boucle est en train de se bou­cler, n’est-t-il pas en train de par­ti­ci­per à une belle opé­ra­tion de green­wa­shing macro­nienne… Le sujet est tel­le­ment sérieux que je vou­drais espé­rer le contraire.

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