Le narcissisme pathologique de la civilisation (par Nicolas Casaux)

Le 4 mai 2018, à l’université de St. Olaf, dans le Min­ne­so­ta, aux États-Unis, Noam Chom­sky a pro­non­cé un dis­cours orga­ni­sé autour, selon lui, de « la plus impor­tante ques­tion jamais posée dans l’histoire de l’humanité », à savoir « si oui ou non la vie humaine orga­ni­sée sur­vi­vra », sur la pla­nète Terre, aux nom­breux pro­blèmes de notre temps, qui se posent de manière urgente, sur le court terme plu­tôt que sur le long.

Dans une tri­bune récem­ment publiée sur le site du jour­nal Libé­ra­tion, Élise Rous­seau, écri­vaine natu­ra­liste, et Phi­lippe J. Dubois, éco­logue, affirment que la « des­truc­tion de la nature » est un « crime contre l’humanité ». N’est-ce pas. De la même manière, on pour­rait affir­mer que la des­truc­tion des abeilles (et de tout ce qui vit) est un crime contre Mon­san­to, la des­truc­tion du golfe du Mexique un crime contre BP, la des­truc­tion de Bor­néo un crime contre Fer­re­ro, etc.

Ce qui relie cette tri­bune de Libé au dis­cours de Chom­sky, c’est une même pers­pec­tive cultu­relle, qua­si hégé­mo­nique aujourd’hui, selon laquelle l’humanité (et, plus pré­ci­sé­ment : la civi­li­sa­tion) est la prin­ci­pale (la seule) chose dont l’humanité (la civi­li­sa­tion) devrait se sou­cier. Stra­té­gie dis­cur­sive ou véri­table convic­tion ? La ques­tion peut se poser. Seule­ment, quoi qu’il en soit, l’idée est mauvaise.

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Plu­sieurs carac­té­ris­tiques cultu­rels per­mettent d’ex­pli­quer pour­quoi la culture domi­nante, la civi­li­sa­tion indus­trielle mon­dia­li­sée, a pu faire et peut faire ce qu’elle fait actuel­le­ment, à savoir rava­ger le monde natu­rel, dévas­ter les habi­tats de toutes les espèces vivantes au point de se rendre cou­pable d’une des­truc­tion mas­sive de leur diver­si­té et de leurs popu­la­tions, d’une magni­tude sans pré­cé­dent depuis qu’une météo­rite a frap­pé la pla­nète il y a des mil­lions d’années. Par­mi ces carac­té­ris­tiques, la psy­cho­pa­thie figure en bonne place.

Une des­crip­tion com­mune du psy­cho­pathe explique :

« Les psy­cho­pathes ne res­sentent rien pour les autres mais seule­ment pour eux. Ils res­sentent bien bio­lo­gi­que­ment des émo­tions mais psy­cho­lo­gi­que­ment les troubles carac­té­riels de leur mala­die viennent trou­bler et alté­rer le res­sen­ti de ces émo­tions. Ils n’ont aucun sen­ti­ment envers les autres. Toute émo­tion est rame­née à eux de n’im­porte quelle façon. Les autres ne sont que des objets qui servent à assou­vir leurs envies. Ce pro­blème d’ab­sence d’empathie explique pour­quoi ils n’ont aucune morale et donc aucune limite à faire du mal à autrui phy­si­que­ment et mora­le­ment. D’où leur dangerosité. »

« […] aucune limite à faire du mal à autrui phy­si­que­ment et mora­le­ment ». On ne sau­rait mieux décrire le com­por­te­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle vis-à-vis des humains comme des non-humains. D’où l’ex­ploi­ta­tion orga­ni­sée de l’être humain par l’être humain. D’où la « sixième extinc­tion de masse » (expres­sion digne de la nov­langue orwel­lienne que l’on uti­lise pour dési­gner la des­truc­tion ou l’extermination mas­sive des espèces vivantes par la civi­li­sa­tion industrielle).

La psy­cho­pa­thie de la culture domi­nante repose sur une forme de trouble nar­cis­sique, cet « amour exces­sif (de l’i­mage) de soi, asso­ciant sur­va­lo­ri­sa­tion de soi et déva­lo­ri­sa­tion de l’autre ». Sans cette déva­lo­ri­sa­tion de l’autre, cette absence d’empathie, de pré­oc­cu­pa­tion pour l’autre, pour les autres (espèces vivantes), nous ne serions pas, en tant que culture, en train de dévas­ter la pla­nète et d’exterminer ses habi­tants non humains. Sans cette absence d’empathie, de pré­oc­cu­pa­tion pour l’autre, pour les autres (êtres humains), nous ne serions pas, en tant que culture, en train d’asservir et d’exploiter notre pro­chain de manière sys­té­mique. Ce nar­cis­sisme et cette psy­cho­pa­thie consti­tuent une des prin­ci­pales rai­sons pour les­quelles nous nous trou­vons dans la désas­treuse situa­tion où nous sommes aujourd’hui. C’est parce que, de manière sys­té­mique (cultu­relle), nous ne nous sou­cions pas des autres (êtres humains ou espèces non humaines, ou du monde en géné­ral), mais seule­ment de nous-mêmes (indi­vi­duel­le­ment, mais aus­si col­lec­ti­ve­ment en tant qu’es­pèce, et sans doute bien plu­tôt en tant que socié­té, de culture), que nous les exploi­tons ou que nous les détruisons.

Une ques­tion se pose alors, très dif­fé­rente de celle dont Chom­sky affirme qu’elle est la plus impor­tante de l’histoire de l’humanité : tan­dis qu’elle exter­mine les espèces vivantes à une cadence inéga­lée depuis qu’une météo­rite s’est écra­sée sur la pla­nète il y a plus de soixante mil­lions d’années, à quel point est-il indé­cent, dément et stu­pide pour la civi­li­sa­tion indus­trielle (ou pour la vie humaine orga­ni­sée) de conti­nuer à se lamen­ter sur son seul sort ? De conti­nuer à consi­dé­rer son seul sort pour la chose la plus impor­tante au monde ? En rédui­sant, dans l’in­ten­tion de la faire ces­ser, la des­truc­tion de la nature à un pro­blème pour l’hu­ma­ni­té (et plus pré­ci­sé­ment, pour l’hu­ma­ni­té indus­tria­li­sée), les auteurs de la tri­bune de Libé font appel à ce même nar­cis­sisme qui l’en­cou­rage en pre­mier lieu. S’il y a un fond de véri­té à la fameuse cita­tion d’Einstein selon laquelle « on ne peut pas résoudre un pro­blème avec le même type de pen­sée que celle qui l’a créé », alors, en toute logique, cela n’a aucune chance d’a­bou­tir. Comp­ter sur la per­pé­tua­tion de ce nar­cis­sisme, de cette psy­cho­pa­thie, pour sau­ver la situa­tion, ne peut abou­tir qu’à la per­pé­tua­tion du désastre.

Ain­si que l’é­crit Ales­san­dro Pignoc­chi dans un article publié sur Repor­terre, inti­tu­lé « La nature n’est pas utile, elle est source de liens » :

« Alors main­te­nant, ima­gi­nons qu’on invente demain des machines qui fabriquent des pois­sons et des végé­taux de syn­thèses, aux ver­tus nutri­tives égales ou même supé­rieures à celles des vrais pois­sons et des vrais végé­taux. Plus besoin de coraux, plus besoin d’abeilles. D’autres machines puri­fie­raient l’eau et pié­ge­raient le car­bone. Il est peu pro­bable que de telles machines soient conce­vables, mais ima­gi­nons. Ima­gi­nons même qu’on façonne de très cré­dibles forêts de syn­thèse pour se pro­me­ner. On n’aurait alors plus besoin des ser­vices d’aucune plante, d’aucun ani­mal, d’aucun éco­sys­tème, et l’on pour­rait donc les faire dis­pa­raitre sans regret. »

Voi­là à quoi pour­rait mener la pers­pec­tive nar­cis­sique, psy­cho­pa­thique qui est actuel­le­ment celle de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Au mieux, mais extrê­me­ment impro­ba­ble­ment, à une refonte totale du monde, à une arti­fi­cia­li­sa­tion ou une anthro­pi­sa­tion totale de la pla­nète par la civi­li­sa­tion indus­trielle, visant à garan­tir sa dura­bi­li­té, au prix de la des­truc­tion de la nature (et sans doute de bien d’autres choses, dont notre san­té men­tale, phy­sique, etc.). Au pire, et bien plus pro­ba­ble­ment, à cette arti­fi­cia­li­sa­tion ou anthro­pi­sa­tion totale, cette prise de contrôle totale sur tout ce qui existe, à cette des­truc­tion de la nature, sans que cela ne garan­tisse le moins du monde la dura­bi­li­té de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui s’au­to­dé­trui­ra elle-même dans le processus.

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Ce nar­cis­sisme s’ex­prime par exemple, dans la tri­bune publiée sur le site de Libé, à tra­vers une phrase comme : « Com­ment allons-nous conti­nuer à pro­duire des fruits et des légumes sans insectes pol­li­ni­sa­teurs ? ». Comme si le fond du pro­blème, comme si l’important, se résu­mait à notre pro­duc­tion de fruits et légumes. Comme si la vie des insectes, des plantes et des éco­sys­tèmes n’a­vaient aucune espèce d’im­por­tance (intrin­sèque). Comme si leurs sorts n’a­vaient d’im­por­tance qu’en fonc­tion de ce qu’ils peuvent nous ®appor­ter. La tri­bune com­prend éga­le­ment d’autres lamen­ta­tions nar­cis­siques comme : « Contrai­re­ment à cer­tains de nos amis natu­ra­listes et scien­ti­fiques, nous espé­rons qu’il est encore pos­sible pour l’homme de réagir, de se sau­ver, et donc de sau­ver ses enfants. » Ou encore : « Car plus que la pla­nète encore, c’est l’homme qui est aujourd’hui en danger. »

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En outre, le fait qu’en affir­mant s’in­quié­ter du sort de la « vie humaine orga­ni­sée », Noam Chom­sky fasse réfé­rence à « la civi­li­sa­tion[1] » (on le constate très clai­re­ment en écou­tant le dis­cours dans son inté­gra­li­té), mérite qu’on s’y attarde. Selon sa pers­pec­tive, somme toute assez clas­sique, « la civi­li­sa­tion » consti­tue donc le pinacle de l’existence humaine ; l’existence humaine non orga­ni­sée, ces 99 % de l’histoire de l’humanité durant les­quels les êtres humains ont vécu en bandes de chas­seurs-cueilleurs ou en petites tri­bus / socié­tés nomades ou séden­taires, sans État (de manière rela­ti­ve­ment anar­chique), comme quelques peuples conti­nuent de le faire aujourd’hui, ne vaut rien au regard de la période his­to­rique de la civi­li­sa­tion, cette mer­veilleuse aven­ture (on note­ra, au pas­sage, qu’à l’ins­tar de bien d’autres soi-disant anar­chistes, Chom­sky se retrouve à glo­ri­fier la période de l’his­toire humaine cor­res­pon­dant au règne de l’État).

Ce point de vue selon lequel notre prin­ci­pal sou­ci devrait être la sur­vie, ou la san­té, non pas de la bio­sphère et des éco­sys­tèmes pla­né­taires mais de la civi­li­sa­tion est (évi­dem­ment) très domi­nant au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle. C’est celui, par exemple, de Cyril Dion[2], un des plus célèbres « éco­lo­gistes » fran­çais. C’est celui de l’im­mense majo­ri­té de ceux à qui les grands médias offrent et offri­ront des tri­bunes, (puisque) c’est celui des classes dirigeantes.

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Autre exemple. Dans une tri­bune récem­ment publiée sur le site du New York Times (et très relayée sur les réseaux sociaux), inti­tu­lée « Rai­sing my Child in a Doo­med World » (Éle­ver mon enfant dans un monde condam­né), Roy Scran­ton, un écri­vain amé­ri­cain, nous fait part de son désar­roi à l’idée d’élever son enfant à notre époque au vu des catas­trophes socio-éco­lo­giques à venir, consé­quences iné­luc­tables du dérè­gle­ment cli­ma­tique. Ce que l’on peut com­prendre. Seule­ment, comme l’immense majo­ri­té de ceux qui ont voix au cha­pitre dans les grands médias, sa prin­ci­pale pré­oc­cu­pa­tion, qu’il consi­dère comme le « plus grand défi auquel l’humanité a jamais été confron­tée », consiste à « pré­ser­ver la civi­li­sa­tion mon­dia­li­sée telle que nous la connais­sons ». Ce qui rejoint la pré­oc­cu­pa­tion de Noam Chom­sky concer­nant la sur­vie de la vie humaine orga­ni­sée.

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Et encore un autre exemple : un article publié sur le site du célèbre quo­ti­dien bri­tan­nique The Guar­dian (et très relayé sur les réseaux sociaux), inti­tu­lé « The world if fai­ling to ensure chil­dren have a ‘liveable pla­net’, report finds » (« Le monde échoue à garan­tir que les enfants béné­fi­cie­ront d’une ‘pla­nète viable’, d’après un rap­port »), dans lequel Saeed Kama­li Deh­ghan s’inquiète, avec d’autres cher­cheurs, du sort des enfants (humains) du futur, vis-à-vis de la dévas­ta­tion de la pla­nète et du cli­mat. La pla­nète en elle-même et tous ses autres habi­tants importent peu. Les enfants humains, le futur des enfants humains, voi­là l’important.

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Et encore un autre. Dans un article publié sur Medium.com, inti­tu­lé « Sau­ver la pla­nète… mais encore ? », Marie Gef­froy — « spé­cia­liste en com­mu­ni­ca­tion » for­mée à HEC, ayant tra­vaillé pour TF1, Ubi­soft, « éco-entre­pre­neuse » actuel­le­ment impli­quée dans l’édition du maga­zine col­lap­so­lo­giste « Ygg­dra­sil » — affirme sans ambages qu’il « est indé­niable que la pla­nète nous sur­vi­vra et que ce qu’il s’agit de sau­ver en cette période pré-apo­ca­lyp­tique, c’est bien le genre humain (et si pos­sible quelques espèces… nous nous sen­ti­rions bien seuls sans les ours polaires, non ?) ». Son fier nar­cis­sisme consis­tant à décla­rer que la chose à sau­ver, c’est nous-mêmes, notre espèce, s’accompagne d’une for­mi­dable affir­ma­tion par­fai­te­ment uti­li­ta­riste selon laquelle en second lieu, nous devrions, si pos­sible, sau­ver « quelques espèces » afin que l’on ne se sente pas trop seuls sur Terre, pour qu’elles nous tiennent compagnie.

Marie Gef­froy for­mule ici une idée assez répan­due dans les milieux éco­lo­gistes, selon laquelle il serait ridi­cule de vou­loir « sau­ver la pla­nète », puisque celle-ci sur­vi­vra quoi qu’il en soit, qu’en revanche l’homme (nous-mêmes, notre espèce) risque d’y pas­ser, et qu’il s’agit donc de le sau­ver (idée par­fois for­mu­lée autre­ment, « la vie » rem­pla­çant « la pla­nète » : il serait ain­si absurde de vou­loir pré­ser­ver « la vie », puisque « la vie » nous sur­vi­vra, c’est donc l’homme qu’il s’agit de sau­ver). Cette idée repose sur une mécom­pré­hen­sion évi­dente : l’expression « sau­ver la pla­nète » n’a jamais signi­fié « sau­ver un caillou sans vie flot­tant dans l’espace », mais tou­jours « mettre un terme à la des­truc­tion des espèces et des espaces natu­rels, au ravage des com­mu­nau­tés bio­tiques, à la dégra­da­tion de tous les milieux ». Cette idée repose fon­da­men­ta­le­ment sur un sou­ci des autres, de l’autre, de l’altérité, contrai­re­ment à sa cri­tique, qui repose sur le nar­cis­sisme, l’an­thro­po­cen­trisme (voire le socio­cen­trisme) et la psy­cho­pa­thie habi­tuels (il n’y a que nous qui comp­tons, nous sommes la chose la plus impor­tante, nous devrions avant tout nous sou­cier de nous-mêmes). Se contre­foutre de l’extermination en cours des êtres vivants, des espèces vivantes, ou la consi­dé­rer comme tout à fait secon­daire, au motif qu’il pour­rait bien res­ter « de la vie » (dans un sens quan­ti­ta­tif : de la vie, du beurre, du fric) une fois que la civi­li­sa­tion indus­trielle (nous-mêmes, ce et ceux qu’il faut sau­ver à tout prix, rap­pe­lez-vous) aura abou­ti au désastre ultime qu’elle pré­fi­gure, voi­là une bien belle phi­lo­so­phie, indu­bi­ta­ble­ment digne d’HEC.

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Une superbe dénon­cia­tion de ce nar­cis­sisme, de cet anthro­po­cen­trisme, a été for­mu­lée par Claude Lévi-Strauss dans Mytho­lo­giques 3 : L’Origine des manières de table :

« Si l’o­ri­gine des manières de table et, pour par­ler de façon plus géné­rale, du bon usage, se trouve, comme nous croyons l’a­voir mon­tré, dans une défé­rence envers le monde dont le savoir-vivre consiste, pré­ci­sé­ment, à res­pec­ter les obli­ga­tions, il s’en­suit que la morale imma­nente des mythes prend le contre­pied de celle que nous pro­fes­sons aujourd’­hui. Elle nous enseigne, en tout cas, qu’une for­mule à laquelle nous avons fait un aus­si grand sort que “l’en­fer, c’est les autres” ne consti­tue pas une pro­po­si­tion phi­lo­so­phique, mais un témoi­gnage eth­no­gra­phique sur une civi­li­sa­tion. Car on nous a habi­tués dès l’en­fance à craindre l’im­pu­re­té du dehors.

Quand ils pro­clament, au contraire, que “l’en­fer, c’est nous-même”, les peuples sau­vages donnent une leçon de modes­tie qu’on vou­drait croire que nous sommes encore capables d’en­tendre. En ce siècle où l’homme [et plus pré­ci­sé­ment la civi­li­sa­tion, ou l’homme civi­li­sé] s’a­charne à détruire d’in­nom­brables formes vivantes, après tant de socié­tés dont la richesse et la diver­si­té consti­tuaient de temps immé­mo­rial le plus clair de son patri­moine, jamais, sans doute, il n’a été plus néces­saire de dire, comme font les mythes, qu’un huma­nisme bien ordon­né ne com­mence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme ; le res­pect des autres êtres avant l’a­mour-propre ; et que même un séjour d’un ou deux mil­lions d’an­nées sur cette terre, puisque de toute façon il connaî­tra un terme, ne sau­rait ser­vir d’ex­cuse à une espèce quel­conque, fût-ce la nôtre, pour se l’ap­pro­prier comme une chose et s’y conduire sans pudeur ni discrétion. »

Et (dans une inter­view accor­dée au jour­nal Le Monde) :

« On m’a sou­vent repro­ché d’être anti-huma­niste. Je ne crois pas que ce soit vrai. Ce contre quoi je me suis insur­gé, et dont je res­sens pro­fon­dé­ment la noci­vi­té, c’est cette espèce d’hu­ma­nisme déver­gon­dé issu, d’une part, de la tra­di­tion judéo-chré­tienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renais­sance et du car­té­sia­nisme, qui fait de l’homme un maître, un sei­gneur abso­lu de la création.

J’ai le sen­ti­ment que toutes les tra­gé­dies que nous avons vécues, d’a­bord avec le colo­nia­lisme, puis avec le fas­cisme, enfin les camps d’ex­ter­mi­na­tion, cela s’ins­crit non en oppo­si­tion ou en contra­dic­tion avec le pré­ten­du huma­nisme sous la forme où nous le pra­ti­quons depuis plu­sieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son pro­lon­ge­ment natu­rel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même fou­lée que l’homme [et plu­tôt, une cer­taine ou cer­taines cultures humaines : ren­dons à César ce qui lui revient, n’attribuons pas à “l’homme” ce qui carac­té­rise cer­taines socié­tés et pas d’autres] a com­men­cé par tra­cer la fron­tière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trou­vé ame­né à repor­ter cette fron­tière au sein de l’es­pèce humaine, sépa­rant cer­taines caté­go­ries recon­nues seules véri­ta­ble­ment humaines d’autres caté­go­ries qui subissent alors une dégra­da­tion conçue sur le même modèle qui ser­vait à dis­cri­mi­ner espèces vivantes humaines et non humaines. Véri­table péché ori­gi­nel qui pousse l’hu­ma­ni­té [la civi­li­sa­tion] à l’autodestruction.

Le res­pect de l’homme par l’homme ne peut pas trou­ver son fon­de­ment dans cer­taines digni­tés par­ti­cu­lières que l’hu­ma­ni­té s’at­tri­bue­rait en propre, car, alors, une frac­tion de l’hu­ma­ni­té pour­ra tou­jours déci­der qu’elle incarne ces digni­tés de manière plus émi­nente que d’autres. Il fau­drait plu­tôt poser au départ une sorte d’hu­mi­li­té prin­ci­pielle ; l’homme, com­men­çant par res­pec­ter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se met­trait à l’a­bri du risque de ne pas res­pec­ter toutes les formes de vie au sein de l’hu­ma­ni­té même. »

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Le nar­cis­sisme de cette culture — qui ravage la pla­nète et qui s’inquiète désor­mais de sa propre sur­vie dans cette entre­prise de des­truc­tion qui s’avère (mince alors !) éga­le­ment auto­des­truc­trice — est éga­le­ment et effec­ti­ve­ment très répan­du dans la nébu­leuse éco­lo­giste, qui ne fait pas exception.

L’écologie grand public, celle des gou­ver­ne­ments, des entre­prises et des grandes ONG, repro­duit le nar­cis­sisme cultu­rel de la socié­té indus­trielle : la nature doit être gérée par l’être humain, au mieux, mais tou­jours selon ce qui arrange l’économie de mar­ché, le Progrès.

La web-série NEXT et la col­lap­so­lo­gie en géné­ral s’inquiètent avant tout de la sur­vie des êtres humains (et sur­tout de ceux qui vivent au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle). Tout leur dis­cours s’articule autour de la néces­si­té pour eux de pré­pa­rer la catas­trophe à venir en se concen­trant sur la « rési­lience » des com­mu­nau­tés humaines, des vil­lages, des com­munes, des villes. Le pro­blème qui pré­oc­cupe le réa­li­sa­teur de la web-série NEXT, Clé­ment Mont­fort, c’est que l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle va poten­tiel­le­ment cau­ser « des mil­lions de morts et beau­coup de souf­france ». Il va sans dire qu’il fait réfé­rence à des mil­lions de morts d’êtres humains. Que des mil­liards de non-humains meurent chaque année, direc­te­ment ou indi­rec­te­ment tués par la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui pol­lue, conta­mine ou détruit par ailleurs tous les éco­sys­tèmes du globe, et dont l’expansion mor­ti­fère anéan­tit inexo­ra­ble­ment, aujourd’hui encore, les peuples indi­gènes qui sub­sistent, ça ne pose pas pro­blème, ça n’incite pas à agir. Que la des­truc­tion pla­né­taire entre­prise par la civi­li­sa­tion indus­trielle finisse par se retour­ner contre elle — Mon dieu, nous allons y pas­ser nous aus­si ! — ça, c’est inad­mis­sible. Il faut agir ! Vite, sau­vons notre peau.

Le res­pect pour la vie implique bien évi­dem­ment le res­pect de la nôtre propre. Mais il y a un abîme entre avoir du res­pect pour notre propre exis­tence et le nar­cis­sisme cultu­rel qui nous pousse à nous sou­cier exclu­si­ve­ment et avant tout de nous-mêmes, de la « civi­li­sa­tion » (sur­tout quand il devrait être clair qu’elle est le pro­blème[3]). D’autant que la pré­ser­va­tion de la com­mu­nau­té natu­relle élar­gie dont nous fai­sons par­tie, qui com­prend l’ensemble des espèces ani­males et végé­tales, et leurs habi­tats, est la meilleure garan­tie de notre propre sur­vie (ce qu’un cer­tain nombre de peuples autoch­tones com­prennent et comprenaient).

Encore une fois, ain­si que Claude Lévi-Strauss le for­mu­lait, « un huma­nisme bien ordon­né ne com­mence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le res­pect des autres avant l’amour-propre ».

La des­truc­tion de la nature n’est pas un crime contre l’humanité. C’est un crime com­mis par l’humanité indus­tria­li­sée (ou en voie d’in­dus­tria­li­sa­tion) contre la vie sur Terre. La des­truc­tion de la nature, c’est un crime contre la nature — contre toutes les formes de vie qui la consti­tuent, et cer­tai­ne­ment pas contre la seule huma­ni­té, qui en fait par­tie, évi­dem­ment, mais qui est l’au­teure du crime avant d’en être une vic­time. Même Jacques Chi­rac le com­pre­nait, qui l’ad­met­tait ain­si, le 2 sep­tembre 2002, lors du Som­met de la Terre de Johannesbourg :

« Pre­nons garde que le XXIe siècle ne devienne pas […] celui d’un crime de l’humanité contre la vie ».

(« L’hu­ma­ni­té » n’est pas un terme appro­prié. Ce n’est pas l’hu­ma­ni­té qui s’at­taque actuel­le­ment à la vie, mais cer­taines socié­tés humaines, ou plu­tôt, une cer­taine socié­té humaine, désor­mais pla­né­taire : la civi­li­sa­tion indus­trielle. Par ailleurs, dans la suite de son dis­cours, en bon chef d’État, il verse allè­gre­ment dans le nar­cis­sisme inhé­rent à la civi­li­sa­tion en par­lant de « L’Homme, pointe avan­cée de l’évolution », etc.)

Pour bien faire, nous devrions com­men­cer par nous sou­cier de la nature pour elle-même, des autres pour eux-mêmes, par nous sou­cier des autres tout court, par nous sou­cier du monde, par réa­li­ser qu’il y a un monde au-delà de notre micro­cosme indus­triel capi­ta­liste (ou qu’il y avait un monde, avant que nous ne le détrui­sions), par nous défaire de cette psy­cho­pa­thie qui nous mutile et qui détruit la pla­nète (par quoi il ne faut évi­dem­ment pas entendre un caillou flot­tant dans l’es­pace mais une mul­ti­tude d’es­pèces vivantes, de pay­sages et de com­mu­nau­tés bio­tiques), par dépas­ser le nar­cis­sisme et la rela­tion au monde uti­li­ta­riste et abu­sive qu’il encou­rage, afin de réa­li­ser que la nature, que chaque espèce, que chaque espace, que chaque être vivant, pos­sède une valeur intrin­sèque, indé­pen­dam­ment de toute uti­li­té poten­tielle vis-à-vis des seuls êtres humains. Cette réa­li­sa­tion consti­tue l’es­sence d’une éco­lo­gie digne de ce nom.

La chose « la plus impor­tante au monde », pour nous tous, cela devrait — évi­dem­ment ! — être la san­té du monde, la san­té de la bio­sphère, la pros­pé­ri­té de la vie sur Terre, la vie sur Terre — et non pas la sur­vie de « la vie humaine orga­ni­sée », de la civilisation.

Nico­las Casaux


  1. Pour une dis­cus­sion sur la défi­ni­tion du mot civi­li­sa­tion, c’est par ici : https://partage-le.com/2015/02/1084/7993/
  2. « Défendre le vivant ou défendre la civi­li­sa­tion : à pro­pos de savoir ce que l’on veut » : https://partage-le.com/2017/03/defendre-la-nature-ou-defendre-la-civilisation-a-propos-de-savoir-ce-que-lon-veut/
  3. « Et si le pro­blème, c’était la civi­li­sa­tion ? » : https://partage-le.com/2017/10/15/7993/

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  1. Très bon texte encore une fois, mer­ci à toi Nico­las Casaux.
    Sur ce, une fois n’est pas cou­tume, je me per­mets une petite remarque : A un cer­tain moment dans ton texte il me semble que tu emploies le mot « indi­vi­dua­lisme » à mau­vais escient.…
    Je pense qu’il faut être pru­dent lorsque l’on emploie ce mot, et sur­tout lorsque que l’on s’inscrit dans un cou­rant de pen­sée anarchiste.
    Je m’ex­plique, l’in­di­vi­dua­lisme n’a rien à voir avec l’égoïsme conqué­rant avec lequel on le confond sou­vent. Sur ce point, je me per­mets de citer Han Ryner : « J’en­tends par indi­vi­dua­lisme, une doc­trine morale qui, ne s’ap­puyant sur aucun dogme, sur aucune tra­di­tion, sur aucune volon­té exté­rieure, ne fait appel qu’à la conscience individuelle. »
    Tu remar­que­ras qu’en ce qui nous concerne, c’est plu­tôt valo­ri­sant. Ce mot aurait donc une por­tée bien plus posi­tive que ce que vou­drais nous faire croire les nov­lan­guistes aver­tis de la presse mainstream.
    Il faut lire les pam­phlets d’Al­bert Liber­tad, le plus pro­li­fique des anar­chistes indi­vi­dua­listes de son époque, pour ce rendre compte à quel point ce concept est une mine formidable.

    1. Ouais, c’est exact, mais je pré­cise l’in­di­vi­dua­lisme « de nos socié­tés modernes », qui n’est pas l’a­nar­chisme individualiste…

  2. Je com­prends bien le fond de ce que vous expri­mez, et le prends pour un com­plé­ment des inter­ven­tions que vous com­men­tez. Mais, je pense que l’ap­proche par laquelle vous abor­dez le sujet pour en faire une cri­tique est biai­sée et dès lors, vous dessert.

    Vous inter­pré­tez les pro­pos de ceux que vous cri­ti­quez par une lec­ture très puriste voire rigo­riste d’une for­mu­la­tion que per­met la langue fran­çaise et qu’on appelle un trope ou une figure de style.

    Dire « Dans une tri­bune récem­ment publiée sur le site du jour­nal Libé­ra­tion, Élise Rous­seau, écri­vaine natu­ra­liste, et Phi­lippe J. Dubois, éco­logue, affirment que la « des­truc­tion de la nature » est un « crime contre l’humanité ». Il fal­lait oser. Cela revient gros­so modo à dire que la des­truc­tion des abeilles (et de tout ce qui vit) est un crime contre Mon­san­to, la des­truc­tion du golfe du Mexique un crime contre BP, la des­truc­tion de Bor­néo un crime contre Fer­re­ro, etc. »… évi­dem­ment que non ! Là, c’est vous « qui osez » ! Vous tor­dez leur pen­sée et l’in­ter­pré­tez de la manière qui vous convient pour pou­voir déve­lop­per votre approche des choses. Parce que le fond de leur pen­sée et que tout le monde com­prend, c’est que pré­ci­sé­ment c’est bien Mon­san­to (et autres) qui détruit les abeilles (et tout ce qui vit); et c’est bien BP qui détruit le golfe du Mexique, etc… tous actes qui sont en effet, à consi­dé­rer comme des crimes contre la nature et donc aus­si contre l’hu­ma­ni­té… sans cette notion, il serait impos­sible qu’un jour peut-être, leurs res­pon­sables soient menés devant des tri­bu­naux où ils auront à répondre de leurs actes criminels…

    J’ap­pré­cie beau­coup les réflexions, les articles les docu­men­taires que vous pro­po­sez en géné­ral, mais il faut tou­jours gar­der une approche lucide et cri­tique quel que soit le sujet. Je l’ai déjà expri­mé de temps à autre. Et abor­der ces ques­tions des plus graves de la des­truc­tion de notre envi­ron­ne­ment, de la pla­nète et son éco-sys­tème par ce genre de sub­ter­fuge ne me paraît pas aider la cause écologique…

    1. Ok, je me dou­tais qu’il aurait peut-être fal­lu que je détaille. Quand ils disent que la des­truc­tion de la nature est une crime contre l’hu­ma­ni­té, je suis bien conscient de ce qu’ils com­prennent, au moins en par­tie, que l’hu­ma­ni­té est res­pon­sable de cela. Mais ce qu’ils disent, c’est donc que l’hu­ma­ni­té, en fai­sant cela, se tire une balle dans le pied, s’at­taque elle-même. On pour­rait dire pareil de Mon­san­to. En détrui­sant la pla­nète, Mon­san­to se tire une balle dans le pied, pas de pla­nète, pas de capi­ta­lisme, pas de pro­fits, pas de Monsanto.

      1. Je suis d’ac­cord avec D. Van­hove. Cet article semble s’ap­puyer sur une inter­pré­ta­tion biai­sée. En effet vous sem­blez avoir com­pris dans le titre de Libé : « La des­truc­tion de la Nature est un crime contre la civi­li­sa­tion (indus­trielle) »…
        Par ailleurs, vous rem­pla­cez à la fin de votre article Huma­ni­té par Nature. Com­ment faire une dis­tinc­tion claire et pré­cise entre ces deux concepts qui s’in­ter­pé­nètrent ? Mer­ci pour votre réponse.

        1. L’hu­ma­ni­té fait par­tie de la nature. C’est une évi­dence. Qu’ils aient vou­lu dire « la des­truc­tion de la nature est un crime contre l’hu­ma­ni­té » ou « contre la civi­li­sa­tion » ne change rien à l’ab­sur­di­té de cette affir­ma­tion. Ni aux hor­reurs anthro­po­cen­trées (nar­cis­siques) qu’ils écrivent dans l’ar­ticle, comme lors­qu’ils s’in­quiètent de « com­ment nous allons conti­nuer à pro­duire des fruits et des légumes ».

    2. Je suis com­plè­te­ment de votre avis Daniel, et je plus­sois très volon­tiers concer­nant le vrai sens de la phrase citée de Noam Chomsky.
      Tant il est vrai que Nature et Huma­ni­té sont inter­dé­pen­dantes. Dès lors tout le mal que font les êtres humains à la nature ils le font à eux-mêmes et aux géné­ra­tions futures. Dire cela c’est dési­gner Mon­san­to et ses sem­blables comme des cri­mi­nels non seule­ment vis à vis de la Nature Nour­ri­cière elle-même mais aus­si au bout du compte vis à vis de l’Hu­ma­ni­té qui en est de ce fait, entiè­re­ment dépendante.
      Pour moi Chom­sky désigne le carac­tère à la fois cri­mi­nel et sui­ci­daire des pol­lueurs indus­triels à grande échelle de la Pla­nète et de ses habi­tants. C’est ain­si que je l’ai compris.
      Déve­lop­per une cri­tique à pro­pos d’un texte en fai­sant dire à l’au­teur ce qu’il n’a pas dit des­sert cette cri­tique et ceci est valable dans toute com­mu­ni­ca­tion humaine.
      Quant à l’im­por­tance de la prise de conscience des res­pon­sa­bi­li­tés à l’é­chelle indi­vi­duelle de chaque habi­tant au quo­ti­dien, c’est une autre his­toire qu’il serait inté­res­sant de trai­ter car elle est com­plè­te­ment liée à celle de la caste oli­gar­chique domi­nante qui façonne les struc­tures socié­tales, fabrique le consen­te­ment, mani­pule et mène le monde à son seul avan­tage immé­diat à courte vue, donc aveugle au vrai sens de la Vie.

      1. Vous avez du mal à com­prendre. L’hu­ma­ni­té détruit le monde c’est donc sui­ci­daire et elle se fait du mal à elle-même. ça c’est okay. Par contre, Mon­san­to détruit le monde donc c’est sui­ci­daire et ils se tirent aus­si une balle dans le pied, ça non ? C’est la même chose. Dans les deux cas, votre prin­ci­pal sou­ci, c’est l’hu­ma­ni­té, pas le monde. Vos com­men­taires ne font qu’illus­trer le nar­cis­sisme omni­pré­sent de cette culture.

        1. Sans par­ler des rai­son­ne­ments fal­la­cieux uti­lises, les deux der­niers com­men­taires sont un exemple criant, d’un mal qui nous ronge. Celui de tout com­pa­rer au « crime contre l’hu­ma­nite », ancré dans les esprits par les medias au fir­ma­ment des crimes pos­sibles. C’est l’u­nique refe­rence rabat­tue maintes et maintes fois, le mal abso­lu. On ne peut juger d’un maux qu’a l’aune de cette infamie.
          Qu’on detruise toute vie sur l’u­nique pla­nete qui nous sert d’ha­bi­tat ? Et bien quoi­qu’il en soit, je ne sau­rais jau­ger la hau­teur du crime qu’en la com­pa­rant au crime ultime. D’ailleurs, l’u­sage meme du mot crime est symp­to­ma­tique, c’est une notion legale, c’est de la Loi des Hommes, qui n’a aucune consi­de­ra­tion pour ce qui n’est pas Homme. La boucle est donc bou­clee, on ne peut asso­cier le mot crime qu’a­vec l’hu­ma­nite, et pour ce qui est de la nature, par­lons plu­tot de « des­truc­tion ». Ca ne merite meme pas d’etre un crime d’ailleurs. De la decoule, les rai­son­ne­ments sur tout ce qui rame­ner la nature a Mon­sa­to, ou alter­na­ti­ve­ment la nature a quelque chose qui s’in­ter­pe­netre avec…les hommes, faute de quoi on ne pour­rait tenir une suite logique de rai­son­ne­ment et rame­ner cela a son propre refe­ren­tiel, soit.
          100% d’ac­cord avec article.

  3. Bjr,
    Tout à fait d’accord avec ton article Nico­las … Peux-tu main­te­nant me don­ner des élé­ments de réponse sur le ques­tion­ne­ment qui est le mien ?
    L’hu­ma­nisme a donc mis l’homme au centre et au som­met du monde ; il en a fait le maître de la Nature. L’homme vau­drait quelque chose par lui-même ; il ne serait pas un ani­mal comme les autres, du simple fait qu’il se pense autre. Tout cela est en effet égo­tique, nar­cis­sique et empli d’orgueil.
    Car l’homme n’est en fait qu’un para­site nui­sible : les catas­trophes éco­lo­giques et sociales qu’il a induites par caprice et bêtise, sont là pour le rap­pe­ler au quo­ti­dien. A se croire et à se pré­tendre le nom­bril du monde, l’homme court à sa perte très prochaine.
    Alors certes, nous avons besoin d’une révo­lu­tion …. Mais n’est-ce pas d’une révo­lu­tion inté­rieure, per­son­nelle, spi­ri­tuelle (avec une vision plus « cos­mo­cen­trisme ») dont nous avons besoin … plu­tôt que d’une révo­lu­tion exté­rieure, col­lec­tive, sociale et politique ?
    Kri­sh­na­mur­ti : « Aucune réforme sociale ne pour­ra appor­ter de réponse au pro­blème de la misère de l’homme. Les réformes n’a­gissent qu’en sur­face, et seul un chan­ge­ment radi­cal de la nature de l’homme peut trans­for­mer sa vie sociale. »
    Et l’homme est-il prêt à changer ?
    Et du coup, y a‑t-il encore un sens à se mobi­li­ser col­lec­ti­ve­ment pour une révo­lu­tion systémique ?
    Mer­ci d’avance pour ta réponse …

    1. l’homme n’est pas un para­site nui­sible, une cer­taine culture humaine est un para­site nui­sible, il existe encore aujourd’­hui des cultures/sociétés/peuples qui ne sont pas des para­sites nui­sibles, cela n’a rien de natu­rel, d’es­sen­tiel à l’homme, le pro­blème n’est pas la nature humaine. Le pro­blème, c’est une culture, c’est cultu­rel. Une révo­lu­tion inté­rieure, c’est du flan, ça ne va pas empê­cher les bull­do­zer de bulldozer.

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