En souvenir d’Elisabeth II (par Jean Meslier)

« Il serait juste que les grands de la terre et que tous les nobles fussent pen­dus et étran­glés avec les boyaux de prêtres. Cette expres­sion ne doit pas man­quer de paraître assez rude et gros­sière, mais il faut avouer qu’elle est franche et naïve. Elle est courte, mais elle exprime assez, en peu de mots, tout ce que ces sortes de gens-là méritent. […] 

Où sont ces géné­reux meur­triers des tyrans que l’on a vus aux siècles pas­sés ? Où sont les Bru­tus et les Cas­sius ? […] Où sont ces géné­reux défen­seurs de la liber­té publique, qui chas­sèrent les rois et les tyrans de leur pays, en don­nant licence à qui­conque de les tuer ? […] Où sont Jacques Clé­ment et les Ravaillac de notre France ? Que ne vivent-ils encore ces géné­reux meur­triers des tyrans ! Que ne vivent-ils encore de nos jours pour assom­mer et pour poi­gnar­der tous ces détes­tables monstres et enne­mis du genre humain et pour déli­vrer, par ce moyen, les peuples de la tyran­nie. […] Que ne vivent-ils encore aujourd’­hui pour chas­ser tous les rois de la terre, pour oppri­mer tous les oppres­seurs et pour rendre la liber­té aux peuples ! Que ne vivent-ils encore tous ces braves écri­vains et tous ces braves ora­teurs qui blâ­mèrent les tyrans, qui décla­mèrent contre leurs tyran­nies et qui écri­virent âpre­ment contre leurs vices, contre leurs injus­tices et contre leur mau­vais gou­ver­ne­ment ! Que ne vivent-ils encore aujourd’­hui pour blâ­mer hau­te­ment tous les tyrans qui oppriment, pour décla­mer hau­te­ment contre leurs vices et contre toutes les injus­tices de leur mau­vais gou­ver­ne­ment, pour rendre par des écrits publics leurs per­sonnes odieuses et mépri­sables à tout le monde, et enfin pour exci­ter tous les peuples à secouer le joug insup­por­table de leurs tyran­niques dominations.

Mais non, ils ne vivent plus, ces grands hommes, on ne voit plus de ces âmes nobles et géné­reuses qui […] aimèrent mieux avoir la gloire de mou­rir géné­reu­se­ment que d’a­voir la honte et le déplai­sir de vivre lâche­ment. Et il faut dire la honte de notre siècle et de nos der­niers siècles, que l’on ne voit plus main­te­nant dans le monde que de lâches et misé­rables esclaves de la gran­deur et de la puis­sance extra­or­di­naire des tyrans. On ne voit plus main­te­nant […] que de lâches flat­teurs de leurs per­sonnes ; on ne voit plus que de lâches appro­ba­teurs de leurs injustes des­seins et de lâches exé­cu­teurs de leurs mau­vaises volon­tés et de leurs plus injustes ordonnances.

[…] vous serez misé­rables et mal­heu­reux, vous et vos des­cen­dants, tant que vous souf­fri­rez la domi­na­tion des princes et des rois de la terre, vous serez misé­rables et mal­heu­reux tant que vous sui­vrez les erreurs de la reli­gion et que vous vous assu­jet­ti­rez à ses super­sti­tions. Reje­tez donc entiè­re­ment toutes ces vaines et super­sti­tieuses pra­tiques de reli­gions ; ban­nis­sez de votre esprit cette folle et aveugle croyance de ces faux mys­tères ; n’y ajou­tez aucune foi ; moquez-vous de tout ce que vos prêtres inté­res­sés vous en disent. Ils n’en croient rien eux-mêmes, au moins pour la plu­part, vou­driez-vous en croire plus qu’ils n’en croient eux-mêmes ? Met­tez entiè­re­ment vos esprits et vos cœurs en repos de ce côté-là, et abo­lis­sez même entre vous tous ces vains et super­sti­tieux offices de prêtres et de sacri­fi­ca­teurs et rédui­sez-les à vivre et à tra­vailler comme vous. Mais ce n’est pas assez, tâchez de vous unir tous, tant que vous êtes, vous et vos sem­blables, pour secouer entiè­re­ment le joug de la tyran­nique domi­na­tion de vos princes et de vos rois ; ren­ver­sez par­tout tous ces trônes d’in­jus­tice et d’impiétés ; bri­sez toutes ces têtes cou­ron­nées, confon­dez l’or­gueil et la superbe de tous vos tyrans et ne souf­frez jamais qu’ils règnent aucu­ne­ment sur vous. »
 

— Extrait du Tes­ta­ment de Jean Mes­lier (rédi­gé quelque part entre 1717 et 1729)

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