Les hommes sombrent dans le porno…
Depuis septembre 2023, le peuple Marubo, qui vit isolé dans la forêt amazonienne et dont le mode de vie est encore largement traditionnel, constitué de pêche, de chasse, etc., dispose d’une connexion à internet à haut débit et de téléphones portables.
Outre les Marubo, qui sont près de 2000, au Brésil, des centaines de tribus ont été connectées à internet par l’entreprise Starlink, qui propose un accès à Internet par satellite, et qui est une filiale de Space X, la compagnie spatiale privée d’Elon Musk. Depuis son entrée au Brésil en 2022, Starlink a connecté la plus grande forêt tropicale du monde, apportant le web à l’un des derniers endroits déconnectés de la planète.
Des journalistes du New York Times se sont rendus dans les tréfonds de l’Amazonie pour visiter les villages Marubo et comprendre ce qui se passe lorsqu’une petite société est soudainement connecté à l’internet. Leur reportage est paru le 2 juin. Bilan :
« Après seulement neuf mois de connexion via Starlink, les Marubo sont déjà confrontés aux mêmes problèmes les foyers américains : adolescents rivés à leur téléphone, discussions de groupe pleines de ragots, réseaux sociaux addictifs, discussion avec des étrangers en ligne, jeux vidéo violents, escroqueries, désinformation et mineurs regardant de la pornographie. »
En très peu de temps, Starlink a dominé le marché de l’internet par satellite dans le monde entier en proposant internet dans des régions extrêmement reculées.
« SpaceX a lancé 6 000 satellites Starlink en orbite basse – qui représentent environ 60 % de tous les engins spatiaux actifs – pour offrir des débits plus rapides que de nombreuses connexions internet domestiques à peu près partout sur Terre, y compris au Sahara, dans les prairies de Mongolie et sur de minuscules îles du Pacifique. Et ça rapporte. Musk a récemment annoncé que Starlink avait dépassé les trois millions de clients à travers 99 pays. Les analystes estiment que les ventes annuelles ont augmenté d’environ 80 % par rapport à l’année dernière, pour atteindre environ 6,6 milliards de dollars.
L’essor de Starlink a permis à Musk de contrôler une technologie qui est devenue une infrastructure essentielle dans de nombreuses régions du monde. Elle est utilisée par des troupes en Ukraine, des forces paramilitaires au Soudan, des rebelles houthis au Yémen, un hôpital à Gaza et des intervenants d’urgence dans le monde entier. »
Mais revenons-en au village Marubo. Les antennes Starlink qui y ont été installées sont alimentées en énergie par des panneaux solaires (c’est écolo ! hourra ! en fait non). Et apparemment, elles ont déjà « sauvé des vies » :
« Pour Enoque, c’est dans les situations d’urgence que les avantages sont les plus importants. Une morsure de serpent venimeux peut nécessiter un sauvetage rapide par hélicoptère. Avant l’internet, les Marubo utilisaient une radio amateure, relayant un message entre plusieurs villages pour atteindre les autorités. L’internet a rendu ces appels instantanés. “Il a déjà sauvé des vies”, a-t-il déclaré. »
Certains ne manqueront pas d’affirmer, sur cette base, que leur avoir fourni une connexion internet et des téléphones portables était une excellente initiative que l’on devrait généraliser au monde entier. « Ça sauve des vies ! »
Le problème, évidemment, c’est les coûts de tout ça. Ça sauve des vies, mais à quel prix ?
Il me semble que deux plans sont à prendre en compte. D’abord le plan écologique. Impossible de produire des satellites Starlink, des antennes Starlink, des smartphones, etc., sans une civilisation techno-industrielle. Aucune des industries qui composent la civilisation industrielle n’est durable, écologique, soutenable. La civilisation industrielle ravage la planète, répand des polluants – plastiques, perturbateurs endocriniens, substances cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques, etc. – partout. Il y en a dans le sang de tous les humains et de nombreux autres animaux, dans le lait maternel, au fond des océans, dans les nuages, partout. Les eaux du monde entier sont de plus en plus polluées, de même que l’air et les sols. Les forêts sont abattues, les rivières et les fleuves barrés, le béton s’étend.
Sur le plan social, l’expansion de la civilisation industrielle, c’est l’expansion d’une uniformisation culturelle majeure. Comme le note l’anthropologue James C. Scott : « Le résultat est une sévère réduction de la diversité culturelle, politique et économique, c’est-à-dire une homogénéisation massive des langues, des cultures, des systèmes de propriété, des formes politiques et, surtout, des sensibilités et des mondes vécus qui leur permettent de perdurer. Il est maintenant possible de se projeter avec angoisse au jour, dans un avenir rapproché, où l’homme d’affaires de l’Atlantique Nord, en sortant de l’avion, trouvera partout dans le monde un ordre institutionnel (des lois, des codes de commerce, des ministères, des systèmes de circulation, des formes de propriétés, des régimes fonciers, etc.) tout à fait familier. Et pourquoi pas ? Ces formes sont essentiellement les siennes. Seuls la cuisine, la musique, les danses et les costumes traditionnels demeureront exotiques et folkloriques… bien que complètement commercialisés. » Claude Lévi-Strauss le dénonçait aussi à sa manière : « L’humanité s’installe dans la monoculture ; elle s’apprête à produire la civilisation en masse, comme la betterave. »
Les Marubo s’en rendent bien compte et le déplorent :
« Alfredo Marubo, chef d’une association de villages Marubo, est devenu le critique d’internet le plus virulent de la tribu. Les Marubo transmettent leur histoire et leur culture oralement. Alfredo Marubo craint que le savoir ne se perde. “Tout le monde est tellement connecté qu’il arrive qu’on ne parle même plus à sa propre famille”, explique-t-il. Ce qui le perturbe le plus, c’est la pornographie. Des jeunes hommes partagent des vidéos explicites dans des groupes de discussion, ce qui est surprenant dans une culture qui réprouve les baisers en public. “Nous craignons que les jeunes ne veuillent essayer”, a-t-il déclaré à propos des scènes de sexe dans les vidéos. Certains responsables lui ont dit qu’ils avaient déjà observé un comportement sexuel plus agressif de la part des jeunes hommes. »
Les journalistes du New York Times rapportent une histoire significative qu’un Marubo, appelé Sebastiao, avait raconté à son fils, Enoque :
« Il y a plusieurs dizaines d’années, le chaman le plus respecté de Marubo a eu des visions d’un appareil portable capable de se connecter au monde entier. “Ce serait pour le bien des gens”, disait-il. “Mais à terme, ça ne serait pas bon.” “À terme”, avait-t-il ajouté, “il y aurait la guerre”.
Son fils, assis sur le billot en face de lui, écoute. “Je pense que l’internet nous apportera beaucoup plus de bien que de mal”, dit Enoque, du moins pour l’instant. “Quoi qu’il en soit”, a-t-il ajouté, “il n’est plus possible de revenir en arrière.” Les dirigeants ont été clairs. “Nous ne pouvons pas vivre sans l’internet.” »
Une Marubo âgée de 73 ans commente : « Les jeunes sont devenus paresseux à cause de l’internet. Ils apprennent les coutumes des Blancs. »
Sur le plan social, internet et les téléphones portables vont détruire la culture Marubo. Purement et simplement. Donnez-leur quelques années, et bientôt une grande partie d’entre eux aspireront à avoir accès à différentes marchandises et différents services proposés par la civilisation industrielle. Et pour ça, il leur faudra travailler, vendre leur temps de vie comme nous sommes toutes et tous contraints de le faire. De la culture Marubo et du mode de vie qui allait avec, rapidement, il ne restera plus grand-chose.
Encore une fois, partout où elle s’étend, la civilisation industrielle propage un même mode de vie (métro, boulot, dodo), une même forme de vie sociale : le capitalisme. Un même asservissement à une gigantesque machinerie planétaire d’entr’exploitation et d’exploitation de tout sur laquelle nous n’avons presque aucun pouvoir.
Mais ça sauve des vies !
Oui, temporairement, au prix de l’ethnodiversité, de la biodiversité, de la vie sur Terre, de la liberté des humains et de toutes les espèces vivantes.
Temporairement « sauver » des vies humaines de manière abstraite (sans aucune réflexion sur la nature des vies sauvées), au prix de la destruction de la nature et de la liberté, est-ce vraiment ça qu’on veut ?
Nicolas Casaux
Les gens ne se rendent pas compte de l’impact du mode de vie industriel parce que tour est fait pour cela, grace au cloisonnement que permet la division du travail.
Avant de tout claquer pour m’isoler et vivre en autonomie, j’ai travaille 15 ans en micro/nanoelectronique, principalement en salle blanche. Cette industrie est la plus degueulasse qui soit. Juste un exemple, pour fabriquer ces circuits il faut rincer sans arrets les plaques de silicium avec e l’acetone. Cela emporte des residus metalliques ou de polymeres tout aussi exotiques qure toxiques. Certains travailleurs se tro pent et l’evacue dans mle reseau, mais pour le plus gros cela finit dans une evacuation dedie. Les ‘egouts » sont un veritable sanctuaire, que peu de personnes voient. J’ai eu la chance en 15 ans d’y acceder une fois avec un technici3n car nje bossais tout le temps en salle blanche et qu’il avait besoin d’aide. Le tank qui recoit les effluves d’acetone, de trichlo et autre solvent, esr enorme, de la raille d’une piece et d’une hauteur de plusieurs metres. Personne ne communique sur le devenir de cet soupe infame. Elle n’est pas recyclable, est elle brule, sachantqu’elle contient des produitts chloree et fluoree et donc produira des dioxines a foison…. personne ne sait, en tout cas pas les consommateur.
Pour ce qui est de l’argumment de sauver des vies, ca ne tient pas. Notre mode de vie est toxique. Moi meme apres 15 ans de ce travail dans un bruit constant et les vapeurs de produits chimique, je souffre d’une vulnerabilite au stress, faitbeaucoup d’hypertension qui ont me e a un avc.
C’est l’experience de la plupart des gens qui souffrent du stress moderne et de la malbouffe.
Les medicamments prolongent certains dans un etat zombiesques., avec des capacites mentAls et physiques tres diminues, mais je pense qu’une bonne partie choisirait une vie plus courte mais intense que cette longue souffrance.
Sans parler de ceux qui ne fondent jamais de famille a cause de cette vie la et qui sans aucun doute echangeraiit 40 ans de cette vie fade conte un enfant.
Bonjour,
tout d’abord merci pour votre blog salutaire.
Je ne sais pas si c’est pertinent, mais je vous recopie un bref échange que j’ai eu avec Paul Jorion (je ne sais si vous connaissez?) sur le blog du même nom (j’ai essayé d’être plus que modéré, c’est le moins que l’on puisse dire, dans mes réponses, afin que mes commentaires passent, justement, la « modération ». Jorion a raconté bien des choses intéressantes, à mon sens, mais c’est un technophile convaincu, et ses réponses m’ont laissé pantois):
https://www.pauljorion.com/blog/2024/06/20/tremblez-lintelligence-artificielle-constitue-un-abominable-danger-citation/
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fnh
21 juin 2024 18h14
https://www.partage-le.com/2024/06/05/starlink-et-elon-musk-apportent-internet-a-un-peuple-isole-de-lamazonie/
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1.
Paul Jorion
21 juin 2024 18h29
Dans l’ensemble, les Marubos sont-ils plus heureux qu’avant ?
La réponse : « Ils affirment qu’ils sont plus heureux, mais ils ne devraient pas ! » a un nom : « paternalisme ».
Droit des peuples à disposer d’eux-mêmes !
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1.
fnh
21 juin 2024 18h47
Mais ont-ils eu vraiment le choix?
Ce qu’on leur a amené, c’est une drogue contre laquelle ils n’étaient pas préparés à lutter, comme l’alcool avec les Indiens ou le coca et les milk-shakes pour les Polynésiens (j’ai vu les ravages).
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1.
Paul Jorion
21 juin 2024 19h30
« Mais ont-ils eu vraiment le choix ? »
Une population qui voit que ses voisins ont compris comment conserver le feu, une population qui voit que ses voisins ont inventé la roue, a-t-elle vraiment le choix ?
Une population préhistorique qui découvre qu’il fait bon vivre l’été en des endroits où il fait dégueulasse l’hiver a-t-elle le choix ? Ou est-elle forcée d’inventer la pelisse et le poêle à charbon ?
C’est la faute à qui ? « C’est la faute à Rousseau, c’est la faute à Voltaire ! ». Plus particulièrement à Rousseau qui a dit : « C’est la faute à l’écliptique (l’inclinaison de la Terre sur son axe), qui fait qu’il y a des étés et des hivers ».
Jugeons l’écliptique devant un tribunal international !
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1.
fnh
21 juin 2024 20h21
Je trouve pour le moins singulier de comparer le fait de conserver le feu ou de se servir de l’invention de la roue (mieux-être, moins d’effort), avec le fait d’introduire la pornographie sur écran dans une société dont la culture et la pudeur faisaient jusque-là que les baisers en publics étaient délicats.
« Après seulement neuf mois de connexion via Starlink, les Marubo sont déjà confrontés aux mêmes problèmes les foyers américains : adolescents rivés à leur téléphone, discussions de groupe pleines de ragots, réseaux sociaux addictifs, discussion avec des étrangers en ligne, jeux vidéo violents, escroqueries, désinformation et mineurs regardant de la pornographie. »
Après, on peut aussi trouver que c’est un progrès, pourquoi pas?
Plus sérieusement, je pense que le problème est le temps d’adaptation; tous les organismes et les sociétés ont un rythme propre, et qu’une forme de violence peut résulter du fait de forcer ce rythme à une accélération à laquelle ils ne sont pas préparés, il y a une forme de discrépance entre la rapidité des progrès techniques et les individus et groupes sociaux qui ont besoin d’un certain temps pour s’y faire.
Mais il est vrai aussi que la plasticité humaine peut être fantastique.
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1.
Paul Jorion
21 juin 2024 20h52
Vous savez sans doute la façon dont je m’énerve dès qu’il est question de torts envers les populations amérindiennes, mais suggérer qu’elles auraient accueilli le remplacement du jus de liane par le rhum et le gin, et l’accès à la pornographie sur internet (25% du trafic) comme des malheurs, teste ma crédulité d’anthropologue.
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Salutations respectueuses et cordiales.
Si je partage votre constat, vous écrivez que » la civilisation industrielle propage un même mode de vie (métro, boulot, dodo), une même forme de vie sociale : le capitalisme. »
Certes les déviances du capitalisme débridé actuel nous mènent droit dans le mur en accélérant.
Un capitalisme encadré par des conventions citoyennes instruites par des scientifiques indépendants, comme ce qui se pratique au GIEC ne serait pas une solution?
Sans-cela, que voyez-vous comme alternative au capitalisme?
@Gaby
Une alternative au cancer ? Ce mode de production qui ne fonctionne que pour lui même en vampirisant tout ce qui peut être à sa porté ?
Bah, par rien… certainement pas un crabe sous cloche aux mains de techno-tarés fonctionnarisés qui meurent d’envie de le conserver pour mieux l’étudier en allant chercher par exemple des astéroïdes pour le nourrir – Petiiiiit ! Petit, petit, petit, làààà… sage, hein ? Fait pas mal aux gens !
Il y a quelques années j’avais déjà une autre solution pour tout un chacun qui, visiblement trop révolutionnaire, effraie encore trop de monde tellement elle bouscule les valeurs : rien foutre dans son coin.
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0€ de matériel en supplément, rien à louer, empreinte carbone minimum, pas de transports, efforts au minimum, ce qui conduit à une consommation alimentaire réduite
bien sûr, rien foutre n’est pas toujours une activité neutre, on peut ne rien foutre en surfant sur son vieux pc moisi comme lire un bouquin acheté il y a des lustres et qu’on a laissé prendre la poussière parce qu’on avait l’intention de s’évader à moindre frais avant d’être distrait par la mécanique consumériste… au pire, il y a l’option jambes pour aller chercher de quoi lire chez un libraire, un pote, une bibliothèque ; on peut penser à du petit jardinage pas cher genre récupérer un pot, y semer de la « mauvaise herbe » et des plants en tout genre avec ce qu’on peut récolter quelque part ou à l’occasion, regarder les nuages passer, dessiner sur tout et n’importe quoi avec tout et n’importe quoi, parler avec des gens. Une infinité de plans glande sans se ruiner ni trop le ou son environnement.
Non, franchement, rien foutre, c’est ce qu’il y a de mieux pour éviter de détruire plus rapidement la biosphère (la planète, elle, elle s’en fout de ce qui gesticule à sa surface) avec nos jobs de tarés, si agir violemment et se battre pour arrêter le massacre effraie et bouscule de trop nos situations déjà bien trop rangées (moi le premier). Mais c’est vrai, c’est tellement complexe qu’on a souvent envie de deux chose : un cachet pour le mal de tête et se recoucher.
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