Murray Bookchin, le messianisme technologique et le racisme ordinaire de l’idéologie du Progrès (par Nicolas Casaux)

Vingt ans après sa mort, Murray Bookchin continue de jouir d’une grande popularité dans les milieux militants écologistes, où l’on célèbre toujours son « municipalisme libertaire ». Lequel tient pourtant beaucoup de l’art de rebaptiser l’eau tiède. Tout ce à quoi on l’associe le plus souvent (communes autonomes, démocratie directe, fédération de bas en haut, mandats révocables) appartenait depuis longtemps au fonds commun de l’anarchisme. La spécificité de la thèse de Bookchin correspond à d’autres choses, comme la participation aux élections municipales, le maintien d’un gouvernement de la cité, un règne assumé de la majorité (par contraste avec la recherche du consensus) et le primat de la citoyenneté territoriale. Autrement dit, ce qui est libertaire chez Bookchin n’est pas nouveau, et ce qui est nouveau chez Bookchin n’est pas libertaire.

Mais c’est autre chose qui m’intéresse ici. Parmi les principaux thèmes qui imprègnent les livres de Bookchin, notamment ses derniers, figure une ardente défense de la technologie et de la science modernes. Bookchin s’en prend virulemment aux « technophobes » (Jacques Ellul, Langdon Winner, John Zerzan, etc., il fait un grand sac dans lequel il jette plein de gens aux idées assez disparates), qu’il accuse de nombreux torts, parfois à juste titre, mais le plus souvent, et dans l’ensemble, au moyen de sophismes assez grossiers. Entre autres choses, il reproche aux « technophobes » de laisser « sans réponse la question stratégique de savoir comment une société véritablement démocratique pourrait être possible si ses membres n’ont pas les moyens de vivre et le temps libre d’exercer leurs libertés » (Re-enchanting Humanity – A Defense of the Human Spirit Against Antihumanism, Misanthropy, Mysticism, and Primitivism, Cassell, 1995).

Du racisme et du suprémacisme de l’idéologie du Progrès

Pour Bookchin, sans machines, sans technologies modernes, les êtres humains ne peuvent pas disposer de temps libre, ils se retrouvent contraints de passer toute leur vie à trimer dur pour trouver à peine de quoi survivre. Bookchin en veut pour preuve que dans les sociétés autochtones du présent et/ou du passé lointain (tout en arguant qu’il importait de ne surtout pas faire ça, Bookchin mélange souvent les deux dans Re-enchanting Humanity), l’existence était marquée « par la précarité matérielle et le labeur » (« les populations des sociétés de fourrageage souffraient et souffrent toujours d’une grande précarité matérielle », ibidem, jusqu’à précision différente).

Bookchin considère les sociétés « pré-industrielles » ou non-industrielles, les sociétés primitives, autochtones, de chasse-cueillette, comme des sociétés violentes, accablées par des superstitions débiles, par « une peur commune des esprits démoniaques », etc. « Contrairement aux humains modernes », les peuples indigènes et les humains du passé « ne comprenaient pas les véritables origines des maladies, les causes des changements climatiques soudains, des éclipses, des tremblements de terre, ni même le sens complet de la mort ». Les imbéciles. « Dans les sociétés tribales et claniques de la préhistoire, l’humanité était presque entièrement à la merci de forces naturelles incontrôlables et de visions de la réalité manifestement fausses et mystifiées ». Ces gens « ignoraient tout des forces de la nature, souvent effrayantes, qui déterminaient leur bien-être ». Bookchin n’en doutait pas un instant : « les brillantes explications fournies par la science moderne » fournissent « une vision du monde naturel » bien « plus valable, plus perspicace et plus aboutie » que « les croyances des peuples autochtones du Paléolithique et d’aujourd’hui ».

En outre, selon Bookchin, les sociétés autochtones, « primitives », considéraient « l’esclavage comme une condition normale de la vie ». Leur sensibilité morale était rudimentaire : « le massacre d’individus, systématique ou sporadique, n’aurait pas été considéré comme inacceptable à l’époque prémoderne ; aujourd’hui, il est considéré comme odieux et suscite une indignation morale généralisée ». D’après Bookchin, « nos sensibilités ont nettement évolué » par rapport à celles des humains des temps « prémodernes » – ce ramassis de brutes insensibles. Aujourd’hui, nous sommes civilisés (même si, à l’instar de nombre d’injustices systématiques ou sporadiques, le massacre des gazaouis ne suscite pas d’indignation morale généralisée).

Aussi, pour Bookchin, les barbares, les primitifs, les Amérindiens, les aborigènes d’Australie et d’ailleurs, les sociétés prémodernes, détruisaient tout autant la nature que les capitalistes contemporains (la seule différence se situait au niveau des moyens disponibles pour la détruire).

Bref, les propos de Bookchin sur les sociétés « prémodernes » et primitives, non-industrialisées, etc., sont souvent faux, relèvent de généralités grossières et d’une forme de racisme culturel typique de l’idéologie du Progrès conçue par l’élite européenne aux XVIIe et XVIIIe siècles. Mais quoi d’étonnant ? Bookchin se réclamait explicitement de cet héritage. Il adhérait à presque tous les éléments constitutifs de l’idée occidentale classique du Progrès, à commencer par une histoire humaine globalement unitaire et orientée vers le mieux, extirpant l’humain de l’animalité :

« une ascension de la primitivité vers la complexité, voire de l’animalité vers une humanité de plus en plus affirmée ».

L’histoire, selon Bookchin, est « dans une large mesure, le parcours de l’humanité, qui s’éloigne de “l’île des Lotophages” pour atteindre la plénitude créatrice de la liberté et de la conscience de soi. Elle se compose des étapes […] grâce auxquelles les êtres humains se sont élevés d’un vide culturel vers un développement culturel qui présente un passé complexe, un présent marqué par les conflits et la perspective d’un avenir émancipateur. » Au cours de cette histoire, « l’intellectualité humaine gagne en sophistication, l’éthique devient plus réceptive aux protestations contre les oppressions et les maux sociaux, l’art devient plus sensible à la condition humaine, la société devient plus laïque, et la connaissance est de plus en plus guidée par une réflexion approfondie et par les critères de la preuve ».

Cette histoire est donc celle du passage du particularisme tribal à l’universalisme civique et du remplacement du mythe et de la superstition par la raison et la science (« transformer les populations tribales en citoyens urbains, chasser les superstitions grâce aux lumières de la raison »). Bookchin fait explicitement des formes sociales urbaines, séculières et (prétendument) rationnelles un stade historiquement supérieur de l’humanité :

« S’étant affranchie des réalités biologiques étroites sur lesquelles reposait la société tribale, l’humanité a clairement suivi une évolution qui l’a logiquement conduite à construire des villes, à former des civilisations complexes, à instaurer la notion de citoyenneté et à concrétiser de manière toujours plus large son potentiel de liberté et de conscience de soi. »

L’humanité serait ainsi « passée d’un état d’animalité passive, régi par le patrimoine génétique, les mythes et les insécurités matérielles, à une seconde nature plus créative, plus civilisée et plus libre ».

Et l’Europe, les Lumières et les révolutions occidentales représentent l’avant-garde de l’évolution. « À partir du XIVe siècle […] tandis que les civilisations non européennes sombraient dans une torpeur culturelle, l’Europe a puisé un élan considérable dans l’interaction de ses composantes, ce qui lui a conféré un dynamisme sans égal ailleurs dans le monde. » Pour Bookchin, la civilisation européenne aurait atteint un stade supérieur de rationalité, de liberté, de créativité et d’universalité, tandis que les autres cultures seraient restées en retrait, auraient stagné ou sombré dans le fatalisme. Il reconnaît lui-même, en note, que son discours peut paraître « eurocentré » – le terme approprié serait même eurosuprémaciste – mais il l’assume pleinement, ajoutant immédiatement après : « qu’il en soit ainsi. J’éprouve un immense respect pour la créativité culturelle, où qu’elle se manifeste — que ce soit en Asie, en Afrique, en Polynésie ou en Australie. Mais la religion fataliste de l’Orient n’est pas d’un niveau comparable au puritanisme révolutionnaire, pas plus que le taoïsme et le bouddhisme […] ne sont comparables à la Renaissance, aux Lumières et au socialisme sous ses diverses formes, sans parler des grands bouleversements sociaux tels que les révolutions anglaise, américaine et française. »

C’est donc en défenseur somme toute assez classique de l’idée de Progrès que Bookchin s’efforçait de dépeindre les sociétés autochtones du présent et du passé comme inférieures sur de nombreux plans – même s’il n’était pas assez idiot pour le formuler explicitement ainsi.

On savait pourtant déjà à son époque ce que l’anthropologie et l’ethnologie n’ont fait que confirmer au fil du temps, à savoir que les sociétés de chasse-cueillette, présentes et passées, étaient très différentes ; qu’il est insensé de les présenter comme un monolithe ; qu’elles ne baignaient pas toutes dans la peur des éléments ; qu’elles n’étaient pas toutes écrasées par l’âpreté d’une vie de subsistance, qu’elles ne connaissaient pas toutes un état de pénurie constante, un manque permanent ; que la plupart parvenaient très bien à assurer leur subsistance et que certaines disposaient même d’une alimentation relativement abondante et variée ainsi que d’un temps libre important ; qu’elles pouvaient être plutôt violentes ou plutôt non-violentes ; qu’il pouvait y faire bon vivre ; qu’elles n’étaient pas toutes engluées dans les superstitions et les mythes (et certainement pas davantage que la civilisation techno-industrielle) ; que l’on savait y faire usage de la raison ; ou encore que tous les membres d’une même société n’étaient pas contraints de penser la même chose, d’avoir exactement les mêmes idées, que l’on pouvait donc y jouir d’une certaine autonomie intellectuelle (les civilisés du siècle de l’intelligence artificielle peuvent-ils en dire autant ?).

Il ne s’agit donc pas de prétendre que ces sociétés étaient paradisiaques. Bookchin récusait à juste titre l’idéalisme des primitivistes qui dépeignent les sociétés autochtones du présent et du passé comme des idylles, des modèles de perfection sociale. Mais il versait dans l’écueil inverse consistant à situer l’âge d’or dans le futur.

On remarque aussi que la téléologie techno-progressiste de Bookchin repose sur son adhésion très explicite au suprémacisme humain caractéristique de l’idéologie dominante. Le « progrès » vers le mieux, c’est la sortie de la « simple » animalité (qui caractérisait davantage les peuples autochtones, mais c’est pas du racisme). Selon lui, les êtres humains diffèrent radicalement et par nature des autres animaux. Et non seulement ils en diffèrent radicalement, mais ils leur sont supérieurs (car situés à un échelon supérieur du « processus évolutif ») :

« Seuls les êtres humains peuvent espérer plutôt que se contenter d’exister, anticiper plutôt que se contenter de se souvenir, agir en tant qu’acteurs plutôt que se contenter d’errer en êtres passifs, changer le monde pour le mieux plutôt que se contenter de l’accepter, innover plutôt que se contenter de s’adapter. »

Pitoyables baleines, chimpanzés, hérissons, chauve-souris, frênes et nénuphars qui n’ont jamais innové. Qui se contentent d’exister.

La fable est connue. Les humains seraient la nature prenant conscience d’elle-même, et ainsi l’avant-garde ou le pinacle de l’évolution. Le pinacle de l’arrogance en réalité. Pour Bookchin, nos capacités et notre conscience supérieures nous obligeraient même à « intervenir dans le processus évolutif de la première et de la seconde nature afin de leur assurer un développement rationnel et éthique ». Formulé par des salopards capitalistes et/ou fascistes, le projet de domination et de contrôle total de la nature, y compris de la nature humaine, c’est très mal. Mais défendu au nom de la Raison, de l’Éthique et de l’Évolution, c’est très bien. Cette intervention humaine visant à guider la nature vers un « développement rationnel et éthique » constituerait en effet « l’aboutissement du processus évolutif dans le monde naturel ».

Bookchin donne même un nom à cet état supérieur : la « nature libre », une « nature pensante » dans laquelle l’humanité, devenue en quelque sorte l’administratrice consciente de l’évolution, pourrait éliminer « les souffrances, destructions, catastrophes et régressions inutiles ». Il ne s’agit donc pas simplement de vivre avec la nature ni même de la transformer pour satisfaire certains besoins humains, mais de prétendre la corriger jusque dans son fonctionnement évolutif, selon nos propres critères du rationnel, de l’éthique, de l’utile et de l’inutile.

La gueule des chevilles.

Bookchin et la neutralité sélective de la technologie

Bookchin s’imaginait que les technologies actuelles pourraient être utilisées de manière « plus rationnelle dans une société meilleure ». Tout ce que nous avons à faire, c’est bien concevoir « la façon dont nous nous comportons les uns avec les autres et avec les puissants moyens technologiques dont dispose la société pour remodeler la planète ». Selon lui, la grande majorité des développements technologiques constituent des avancées positives, dont les effets nuisibles proviennent principalement des finalités qui leur sont assignées et des rapports sociaux, économiques et politiques dans lesquels ils sont insérés. Mais nous disposons de tout ce qu’il faut pour constituer des sociétés anarchistes, égalitaires, technologiques et écologiques : « la maîtrise des technologies, des instruments de communication étendus, une connaissance approfondie du monde naturel et de grandes capacités intellectuelles ». Bookchin affirmait qu’il était possible de rejeter « l’économie monétaire, le pouvoir étatique, le système du crédit, la paperasserie et la police » (Post-Scarcity Anarchism, 1971, traduit en français par Au-delà de la rareté : L’anarchisme dans une société d’abondance) tout en conservant l’essentiel de la civilisation techno-industrielle.

(Dans son célèbre livre sur l’« anarchisme post-rareté », Bookchin s’imaginait même que la société éco-anarchiste qu’il envisageait pourrait être alimentée, entre autres choses, par l’énergie de centrales « thermonucléaires ». Il est (heureusement) revenu sur cette idée par la suite en désavouant entièrement le nucléaire.)

Faire les bons choix, donc, arranger les rapports sociaux de manière égalitaire, démocratique, et hop, techno-monde éco-anarchiste, nous voici. Grâce à la machine :

« La voiture électrique, silencieuse, propre, pas trop rapide, pourrait assurer pour l’essentiel les transports urbains à la place de l’automobile bruyante, polluante et dangereuse, et des monorails pourraient relier entre elles les communautés, ce qui permettrait de réduire le nombre d’autoroutes qui défigurent le paysage. » (Post-Scarcity Anarchism)

Dans le même livre, Bookchin se réjouissait, que « grâce au développement des technologies cybernétiques, l’idée d’un mode de vie sans effort (toil-less) est devenue une conviction profonde pour un nombre toujours croissant de jeunes ».

On se rappelle de la remarque d’Orwell :

« Ainsi, pourquoi continuer à se servir de ses mains pour se moucher, par exemple, ou pour tailler un crayon ? Il serait certainement possible d’adapter sur ses épaules un dispositif de caoutchouc et d’acier, quitte à laisser ses bras se transformer en moignons où ne resteraient que la peau et les os. Et continuer dans cette voie pour chaque organe et chaque faculté. Il n’y a vraiment aucune raison impérative pour qu’un être humain fasse autre chose que manger, boire, dormir, respirer et procréer ; tout le reste pourrait être fait par des machines qui agiraient à sa place. C’est pourquoi l’aboutissement logique du progrès mécanique est de réduire l’être humain à quelque chose qui tiendrait du cerveau enfermé dans un bocal. » (Le Quai de Wigan, Ivréa, 1982 [1937])

Dans l’éco-société techno-anarchiste de Bookchin, « des machines automatisées et cybernétisées » assumeront « l’extraction, la préparation et le transport des matières premières puis le dégrossissage des produits » et laisseront « aux membres de la communauté les derniers stades de la fabrication impliquant habileté manuelle et sens artistique » (Post-Scarcity Anarchism). Ainsi « les machines travailleraient pour l’être humain. On verrait des collectivités libres postées à la sortie de la chaîne industrielle automatisée avec des caddies pour ramener les marchandises à la maison. La séparation entre l’humain et la machine ne serait pas comblée, elle serait seulement ignorée. » (ibid.) Merveilleux.

Bookchin estimait que « les progrès technologiques » qui se profilaient offraient « la possibilité d’une sécurité matérielle, d’un temps libre et d’un bien-être physique sans précédent, ainsi que d’une ré-harmonisation de nos relations avec le monde naturel » (Re-enchanting Humanity). Il était persuadé « qu’une société rationnelle aura besoin des technologies de production et de communication pour libérer l’humanité du labeur et des incertitudes matérielles (ainsi que naturelles) qui, dans le passé, ont enchaîné l’esprit humain à un souci presque exclusif de subsistance » (Whither Anarchism?, 1998).

Bookchin demeurait sur ce point assez fidèle à l’anarchisme classique, largement acquis à l’idée occidentale du Progrès. Pour lui comme pour Proudhon ou Kropotkine, le développement des sciences, des machines et des capacités productives constituait en lui-même une avancée historique, une conquête positive de l’humanité sur la nécessité, une puissance émancipatrice. Et par chance, la technologie était selon lui socialement et politiquement neutre, dans le sens où les rapports de domination ou de liberté qui l’accompagnent dépendraient principalement des usages qui en sont faits et de l’organisation sociale dans laquelle elle s’insère. Exploitatrice sous le capitalisme, elle pourrait devenir libératrice dans une société coopérative. Les nuisances et les formes de domination produites par le développement technologique étaient ainsi attribuées moins aux techniques elles-mêmes qu’à leur détournement par les intérêts bourgeois, l’État et le marché.

Et c’est sans doute pour ça, pour ces promesses d’un avenir à la fois anarchiste, écologique et technologique, que Bookchin plaît tant, encore aujourd’hui, à beaucoup d’anarchistes et de gens de gauche, incapables et même radicalement indésireux de ne serait-ce qu’imaginer devoir renoncer à la technologie, à l’industrie. Bookchin adhère presque exemplairement au « fantasme de délivrance » que dénonce Aurélien Berlan, c’est-à-dire à cette conception de la liberté qui consiste non pas à se réapproprier collectivement les nécessités matérielles de l’existence, mais à tenter de s’en affranchir, d’en être « délivré ». C’est cette conception de la liberté, voire du sens de la vie, qui amenait hier les classes dirigeantes à se décharger des exigences de la vie quotidienne sur les esclaves ou les domestiques. Et qui amène les humains qui y adhèrent à souhaiter un futur où les machines s’occuperont de tout. Chez Bookchin, la société libre reste ainsi suspendue à la vieille promesse technicienne. Pour que les humains puissent jouir du « royaume de la liberté », comme il l’écrit, il faut que « la technologie et la science » prennent en charge le « royaume de la nécessité » (Re-enchanting Humanity).

*

A l’instar de nombre de soi-disant anarchistes, Bookchin défendait des idées hautement contradictoires, antithétiques. D’un côté, il défendait l’« échelle humaine », la décentralisation politique radicale, la « démocratie directe », en « face à face », en assemblées libertaires, où les gens pourraient échanger directement et élaborer les règles de leur autogouvernance, acquérir et préserver leur autonomie. De l’autre, il défendait l’industrialisme et la technologie et donc une large délégation du pouvoir (mais selon un principe fédéraliste, alors ça va). Il ne semble pas s’être sérieusement demandé si l’échelle humaine et la démocratie directe pouvaient être compatibles avec la techno-industrie. Dans son travail, on ne trouve presque aucun examen sérieux des exigences et des implications sociales et matérielles de la conception et de la production d’une technologie en particulier, ou des technologies complexes en général (en matière de division et de spécialisation du travail, et donc au préalable de formation des différentes spécialités, en matière d’extractivisme, etc.). Son « argument » contre les « technophobes » se résume, d’une part, à affirmer que la critique de la technologie viserait à occulter la critique du capitalisme (une affirmation largement absurde, les critiques de la technologie n’ignorent pas l’existence du capitalisme, mais en outre une affirmation qui ne vise pas le contenu de la critique de la technologie, seulement un de ses effets ou une de ses motivations supposées). Et d’autre part à affirmer, sans jamais proposer un début d’analyse des implications concrètes de la technologie, que la technologie est innocente, que le problème c’est le capitalisme ou les « intérêts bourgeois » (Remaking society).

Cette foi dans la puissance émancipatrice de la technologie s’accompagne chez Bookchin d’une autre idée, distincte mais complémentaire : les techniques modernes n’imposeraient par elles-mêmes aucune organisation sociale déterminée. Autrement dit, si la technologie est loin d’être neutre à ses yeux quant à sa valeur (elle constitue globalement une conquête positive de l’humanité sur la nécessité), elle serait en revanche largement neutre quant aux rapports sociaux qu’elle implique.

D’un côté, Bookchin défend catégoriquement la thèse de la « neutralité » sociale de la technologie – mais sans employer le terme exact. Selon lui, l’idée selon laquelle la technologie serait un « facteur déterminant dans l’orientation de la société », autrement dit selon laquelle la technologie impliquerait des choses en elle-même, indépendamment des autres paramètres sociaux, représenterait « l’une des illusions les plus pernicieuses de notre temps » (Re-enchanting Humanity). Bookchin est d’avis que « la technologie peut être utilisée à des fins d’exploitation sous le capitalisme, tout comme elle peut l’être à des fins libératrices dans une société coopérative » (ibid.). La seule question importante porte donc sur « comment utiliser » l’appareil techno-industriel (ibid.). Il s’en prend virulemment aux « technophobes » selon lesquels la technologie imposerait ou exigerait intrinsèquement quoi que ce soit.

Or tout son programme positif le contraint régulièrement à contredire cette thèse. Bookchin nous explique qu’il nous faut trier les techniques et technologies, il décrète que certaines sont intrinsèquement problématiques, et qu’une société réellement démocratique devra se contenter de recourir à celles qui ne le sont pas. Il défend une « écotechnologie régionale », soit « une situation où les instruments de production sont conçus en fonction des ressources d’un écosystème » (Post-Scarcity Anarchism, « Ecology and Revolutionary Thought »). Dans Re-enchanting Humanity, juste après avoir dénoncé l’« illusion » d’une technique ayant ses propres exigences, ses implications intrinsèques, il admet que « toutes les technologies n’ont pas non plus un impact neutre sur le bien-être social et écologique — ni ne sont nécessairement souhaitables ». Il soutient même qu’il « est évident que certaines technologies, telles que les armes nucléaires et les centrales nucléaires », ainsi que « les biocides agricoles et industriels, les dispositifs de surveillance, les armes de haute technologie et toute une série d’autres techniques nuisibles sur le plan social et écologique », devraient être « totalement interdites ». Mais pourquoi faudrait-il interdire certaines techniques en tant que telles si leurs effets dépendaient entièrement du contexte social dans lequel elles sont employées ? S’il envisage d’interdire des technologies, purement et simplement, c’est qu’il se rend compte qu’elles posent problème en elles-mêmes, pas en raison d’un mésusage, du règne de mauvais gouvernants ou d’une propriété inégalement distribuée.

Dans son essai « Anarchisme social ou anarchisme mode de vie : Un abîme infranchissable » (1995), Bookchin reconnaît encore que « de nombreuses technologies sont intrinsèquement dominatrices et dangereuses pour l’environnement » (tout en continuant de traiter de « technophobe » quiconque le souligne). En effet, « les réacteurs nucléaires, les barrages gigantesques, les complexes industriels hautement centralisés, le système des usines et l’industrie de l’armement », de même que « la bureaucratie […] et les médias contemporains » se sont « avérés pernicieux presque dès leur création ». (Je souligne ce « presque », qui a d’ailleurs sauté dans la traduction française, sans doute parce qu’il ne faisait pas très sérieux). Bookchin semble donc affirmer que les réacteurs nucléaires et quelques autres technologies sont intrinsèquement nuisibles, autoritaires (« dominatrices »). Mais il ne fournit aucune explication permettant de comprendre pourquoi. Il catégorise sans expliquer les motifs de sa catégorisation. Et s’il ne propose pas de critère permettant de comprendre pourquoi ces techniques sont « intrinsèquement dominatrices », c’est sans doute parce qu’une telle analyse aurait fortement mis à mal le reste de sa thèse sur la supposée neutralité sociale de la technologie (car il aurait été évident que la plupart des technologies modernes exigent au bout du compte à peu près la même chose que « les réacteurs nucléaires », « les barrages gigantesques » ou « le système des usines »). La technologie est toujours socialement neutre, sauf ces quelques technologies spécifiques, qui sont intrinsèquement autoritaires, pour une raison qu’on ne discutera pas !

Tout aussi significativement, Bookchin affirme que « différentes sociétés utilisent une même technologie de manière radicalement différente : certaines à des fins de profit personnel et d’exploitation ; d’autres de manière restrictive, en raison de traditions de parcimonie ou de craintes d’instabilité sociale ; et d’autres encore pourraient très bien l’utiliser de manière rationnelle, pour faire progresser la liberté humaine, l’épanouissement personnel et une sensibilité écologique. » (Re-enchanting Humanity) Malheureusement, il ne fournit aucun exemple permettant d’illustrer cette assertion, cette idée d’une « même technologie » utilisée de manières « radicalement » différentes par « différentes sociétés ». Mince alors, on aurait voulu savoir.

En guise de réfutation du fait pourtant évident que toute technologie possède des exigences intrinsèques, et afin d’arguer que tout dépend « des raisons qui motivent » l’introduction d’une technologie donnée, Bookchin ne propose qu’une pure spéculation :

« Dans une société coopérative — contrairement à celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui —, un robot introduit dans un environnement industriel pourrait soulager les travailleurs des tâches pénibles et de la routine fastidieuse de la chaîne de montage, leur permettant ainsi de se consacrer à des activités agréables et créatives. En revanche, dans une société de marché axée sur le profit comme celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui, un robot risquerait fort d’intensifier l’exploitation des travailleurs dont les tâches sont orchestrées par la présence d’un robot et d’aggraver les difficultés économiques de ceux qui en sont remplacés. »

Eh oui, dans un autre monde, les robots et l’industrie pourraient libérer les êtres humains. Par quelle magie ? On ne sait pas. Mais maître Bookchin sait. Croyons-le. Dans une société meilleure, sans doute que les robots pousseraient naturellement dans les robotiers.

En fait, et peu importe les souhaits et les espérances de Bookchin et de ses épigones, pour construire n’importe quel robot industriel, il faut d’abord extraire, raffiner et transporter des minerais ; produire des métaux, des moteurs, des capteurs, des cartes électroniques et des semi-conducteurs dans des usines hautement spécialisées ; disposer au préalable d’innombrables machines (pour extraire les minerais, fabriquer les engins qui extraient les minerais, etc.), de réseaux électriques et informatiques, d’ingénieurs, de programmeurs et de techniciens capables de concevoir, d’entretenir et de réparer des dispositifs que l’immense majorité des gens ne peuvent ni comprendre dans leur totalité ni reproduire localement. Il faut donc un système social en mesure de former tous ces spécialistes. Le problème n’est pas seulement de savoir si une assemblée populaire décidera d’utiliser le robot pour faire le bien ni à qui profitera le gain de productivité, mais de prendre la mesure de l’organisation matérielle et sociale que la conception et la production de tout robot exigent : une vaste division spécialisée du travail, des infrastructures complexes, une dépendance à l’égard d’experts et une division internationale de l’extraction et de la production. Autrement dit, avant même d’être utilisé, le robot implique nécessairement tout un ensemble de rapports sociaux.

La question de la technologie est cruciale. Qu’implique une technologie donnée, matériellement (écologiquement) et socialement ? Les technologies sont-elles « neutres » ? Sur quel(s) plan(s) ? Différentes technologies impliquent-elles différentes choses ? Une technologie conçue (imaginée) et produite grâce à une vaste division spécialisée et hiérarchique du travail et à une division internationale de l’exploitation de la nature, grâce à une mégamachine impitoyablement autoritaire, peut-elle l’être par une société anarchiste composée de « communautés de communes » libertaires et écologiques ?

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  1. Rhaaaa, Nicolas,
    Il ne faut pas oublier l’essentiel avec ce robot dopé ou non à l’IA: sa maintenance. C’est le cœur du sujet, l’autonomie transférée à la technique.

    Pour cela, nous avons dans le vilain règne capitaliste encore besoin de formation des mainteneurs humains (sinon d’où proviendrai les fameux profits possible d’après leur brave Karl si plus personne ne bosse), de réparateurs, de centre de formation, de support de formation, d’hébergement de données, de plateforme offshore pour le diagnostique, etc. on en passera des meilleures. Bref encore de la matière de la croûte terrestre, de la mort et de l’aliénation au royaume de la machine. Mais c’est un mal nécessaire !

    Et de l’autre coté, la géniale utopie anarchosocialiste où l’être humain n’aura que de temps libre pour se toucher la nouille et uniquement cela (« Idiocracy » ?), car la machine s’occupera bien de lui fournir les meilleurs «entertainments» (musique, vidéo, images, impression 3D, combi haptiques, olfactives, etc. dans quelques centerparks de luxe) pour satisfaire ses petits bouts de cerveaux grâce aux avancées des neurosciences actuelles et à venir (un robots va bien nous ouvrir le crâne, post-mortem, pour bien s’assurer de notre évolution continue et fulgurante par rapport aux autres bestioles). Mais bien sûr il faudra bien que les robots s’occupent des robots pour les maintenir, pas nous: faut être libre de cette basse besogne. Bref on ne leur servira enfin plus à rien et ils seront enfin libres de se débarrasser de nous ou pas pour se toucher les boulons et uniquement cela ou de transformer enfin cette planète en une espèce de gentil « cybertron » pour la gloire de la rationalité. Ça soulagera de le savoir.

    Il n’est pas fantastique le progrès sous la lorgnette de la lévo-clique plutôt que la dextro-clique ?
    Faire de tout cela un merveilleux mécanosystème socialiste qui se révèle être complètement inutile et nous avec en plus de nous rendre aussi puissant que des punaises dans un lit ? Ou bien un affreux mécanosystème capitaliste qui se révèle être un fardeau oppresseur qui créé de nouveaux «bullshit jobs» et dont on a encore un semblant d’utilité dans le dedans malgré ses insupportables externalités ?

    Soyons fous.

    1. Personnellement, j’ai toujours estimé que le film Idiocracy est tout simplement nul à chier ! Encore du grignotage malhonnête de « temps de cerveau disponible ». Daubasse certifiée de la sous-culture geek, « pop » (et quand on connaît le pedigree professionnel de cet « irrévérencieux » en toc qu’est Mike Judge, rien d’étonnant à cela – là, on patauge dans la même cour niaiseuse « pipi-caca » que les deux autres décérébrés bobos et cocaïnés du débile et faussement provocateur South Park, etc). Faire référence à de telles facilités – ou bien encore, dans un registre narratif néanmoins supérieur, le gentillet Black Mirror netflixien* – n’a aucune valeur perspicace à mes yeux.
      Si l’on reste sur du produit audiovisuel ou plus précisément cinématographique, cette série B de la 20th Century Fox qui fut un énorme échec commercial il y a quinze ans et jouissant ainsi (assez injustement d’ailleurs) d’une mauvaise réputation critique, est, selon moi, bien plus pertinente et crédible.
      https://en.wikipedia.org/wiki/In_Time
      Ou bien encore, là aussi, ce film superbement – bêtement – méprisé du très inégal mais imaginatif Neil Blomkamp :
      https://en.wikipedia.org/wiki/Elysium_(film)
      Et qui décrit pourtant une hiérarchie sociale tout à fait crédible…

      (* Je rappelle qu’il existe deux Black Mirror, l’originel anglais plutôt intéressant de 2011 à 14 produit par Endemol (!) pour le compte de Channel 4, puis, depuis 2016, le ‘ricain racheté, édulcoré, « bigmacisé » par Netflix pour de la fourgue opportuniste et creuse auprès du grand-public smartien. Mais, dans les deux cas, à aucun moment la série ne dépasse le simplisme du sensationnalisme spéculatif, et ne critique sur le fond ou ne remet même en question quelque fondement idéologique que ce soit du Système techno-social cybernétique. En bref : ça sert à rieng !)

    2. Ou bien encore, cher.e damoiseau de LaPie :
      Idiocracy = total poncif grossier.

      (Beh quoi ? Si on n’a même plus le droit de digresser et soliloquer sur un détail insignifiant, hein… Où va donc la « belle » Macronie alors ? ; on se le demande ! Sinon, plus sérieusement, tout ce que vous exprimez plus haut : c’est ce que je croyais aussi plus jeune. Or, en prenant de l’âge, il m’apparaît que c’est nettement plus ample que ça… Après, j’aime bien votre « blasage » froid régulièrement affiché sur Le Partage. Au fait, par hasard, liriez-vous Cioran ? – Si ce n’est pas le cas, je me permets de vous le recommander : il peut vous faire bien marrer. C’était un penseur extrêmement brillant en matière de lucidité exprimée par l’humour noir et pince-sans-rire ; par exemple, son De l’inconvénient d’être né en atteste quasiment à chaque page…)

      1. Office space, du meme Mike Judge.
        Veritable chef d’oeuvre du meme auteur, que tous les adolsecents devraient regarder dans les lycees pour montrer la connerie du travail dans le monde moderne.
        Ce film a l’apparence anodine et cartoone, pas prise de tete a resonne avec ma situation d’employe a l’epoque. Tout est bon, la cruaute, l’absurdite des TPS report (combien de rapport bidon ai je du faire), les interrogatoire avec les cost killer.
        La scene de la destruction de l’imprimante charmera tout primitiviste fan de Zerzan.
        Bref, un grand moment, couronne par la seule morale qui vaille: a la fin le heros delaisse son boulot de cadre pour travailler dans la construction.
        Ce film a 27 ans, et aujourd’hui c’est ce que l’on constate en californie, les jeunes doues delaisse les etudes bidons au college qui les condamneraient a etre des esclave endette, pour l’artisanat (construction, charpente etc).
        Amish is the way !

        1. Bonjour Kevennic.

          Connais pas… Je vois sur le web qu’apparemment il n’aurait pas bénéficié d’une sortie en salles françaises à l’époque (1999) mais directement et très confidentiellement en vidéo-club sous le titre de « 35 heures, c’est déjà trop ! » – même pas de date précise indiquée si ce n’est sa première disponibilité VOD ensuite en 2014. Il est également mentionné que depuis le rachat de la Fox par Disney, le film a bénéficié d’un second doublage en v.f. (je suppose que Mickey a dû en édulcorer la traduction, etc.).

          Mike Judge, je connais surtout par Beavis and Butt-Head, programme MTV ultra culte à l’époque de mon adolescence 90’s, en particulier dans les communautés hard-rock et metal, et que je trouvais déjà stupide, minable et moche (ensuite, l’influence de ce truc débile nous faisant déboucher sur l’immonde Jack-ass, autre carton MTV du début des années 2000).
          Navré, mais pour moi, ce type n’a jamais eu de talent et encore moins la critique sociale affûtée (mais s’en est quand même mis plein les fouilles en participant à l’abrutissement culturel général, un bon petit entertainer conformiste comme les Etats-Unis savent nous en usiner à la chaîne toutes les semaines, quoi).

          1. On peut faire de l’alimentaire et faire, avec les fonds, un bon film.
            Office space est un tres bon film qui decrit tres justement le boulot, c’est a dire le quotidien des gens ordinaires.
            Il est vraiment revolutionnaire, et c’est sans doute pour cela qu’il est reste confidentiel . Par ailleurs je pense qu’il est intraduisible, car c’est du comique fonde sur des expressions, donc a voir en VO (torrent, tokyovideo ou site de treaming peut etre, mois on m’avait filer le fichier mp4…)

          2. Le quotidien des gens de la vie ordinaire…
            Je ne doute pas de votre avis, Kervennic. N’étant pas du tout cinéphile de profil téléramaste (ni à l’inverse de senscritique.com, etc – j’ai jamais attendu que cette merde tartinant l’avis des autres existe pour m’étoffer), je préfère néanmoins voir du Chaplin, du King Vidor, du John Ford, du Jean Renoir, de la comédie ou du néo-réalisme italiens, etc. Puis, généralement, je ne consomme pas des films pour me cogner du quotidien des gens de la vie ordinaire… Comme l’indiquait le titre de ce mignon mais oubliable premier long-métrage de Laurence Ferreira Barbosa en 1993 : « Les gens normaux n’ont rien d’exceptionnel ».
            Ne vous méprenez pas sur un éventuel « élitisme » mal placé de ma part : par exemple, Blade Runner, Predator, le diptyque Terminator, la trilogie Indiana Jones ou bien encore La Guerre du feu ou Les Visiteurs me sont toujours des films de chevet, etc.

        2. Pour revenir plus précisément sur le propos hors contexte cinématographique de votre commentaire :

          1. Zerzan est un con ! (j’assume et précise être un heureux kaczynskien dans l’âme).
          2. Il se trouve qu’il y a deux ans, pour la première fois de ma vie, à 43 ans, sur aimable invitation d’un ingénieur-informaticien français expatrié, j’ai séjourné deux semaines tous frais payés à Los Angeles. Je ne suis pas du tout d’accord avec ce que vous indiquez concernant les « jeunes doués » californiens, et me contenterai de résumer l’immersion qui fut la mienne par l’une de ces formules d’autorité que les yankees affectionnent tant : « Business as usual ».
          3. Quant aux Amish, leur communauté est de plus en plus désertée et promise à péricliter dans le courant de ce siècle toujours plus accéléré…

          Etcétéra.

          1. J’ajoute :
            L’anarcho-primitivisme est dans l’ensemble une énième arnaque universitaire et salonnarde, d’inoffensifs intellos crédules et prêtres-doctes d’autres gentillettes fables idéologiques pour paroissiens catégorie « demi-sel » (des bons gros caves du joyeux mensonge-à-soi, quoi).

      2. Y a pas de mal. Je n’ai toujours eu que peu de temps à accorder aux produits cul turels de notre glorieuse civilisation passée et présente. Histoire de masquer mes «troubles du spectre autistique», j’en débloque un peu (du temps, mon ciboulot c’est tout le temps), non sans peine. Préférant des activités plus naturelles et moins polluantes, sinon aucune. Rien foutre est bien plus durable, c’est le résultat de mes cuites sur fond des Barbapapa. Cependant, de quelques morceaux du 7e art que j’ai pu voir pour tromper l’ennui durant mes divagations turbinatoires, c’est un des seuls que j’ai vu sur ce thème – je lisais aussi en même temps quelques articles sur le « système de récompense ». On en voit un, on en a vu 10… après tout, quel est le meilleurs plat préparé au supermarché ?
        L’issue est certaine: nous sommes fatigués de nous même; l’enfer c’est les autres mais avec une clim’, ça passe crème. Satan vous l’dira aussi, le chemin est pavé de mousse d’insonorisation . Signez là, juste en bas. Et si nous programmons au final notre propre extinction sans le vouloir, j’en éprouverai une forme de réjouissance cynique.

  2. Même si cet auteur ne mérite effectivement pas l’attention dont il bénéficie, votre critique très dualiste n’éclaire pas beaucoup le sujet.
    La technologie existe sous des formes très variées, les animaux eux même sont capables de technologie, et regrouper les moyens de production correspond à un réel besoin d’optimisation. Dans un monde à 9 milliards d’humains, cela peut alléger la pression sur l’environnement.
    Par contre l’être humain n’est pas animé d’une morale supérieure à celle de l’animal, de ce fait aucun débordement ne nous est épargné.
    Donc avant même de s’en prendre aux structures du pouvoir, l’être humain a besoin de faire un travail sur lui même, ce qui a été entamé en URSS, mais sans que l’on ait su neutraliser la corruption des élites ni les rendre infaillibles.
    Url tamagoto.org non reconnu

    1. #Wha!

      Monsieur, seriez-vous animiste ?
      (Je vous pose la question par empathie curieuse vu qu’apparemment je suis l’actuel « gros méchant infréquentable » des sections commentaire du site… Pis, ayant séjourné au Japon, je n’ai aucun problème avec les animistes puisqu’au karaoké : ils sont eux aussi super forts !)

      Bonne fin de week-end à vous.

    2. Quand on voit avec quelle facilite Poutine arrive a manipuler son pays, on se dit que « ce travail sur lui » n’a pas ete si fructueux. Pourtant on a pas lesine sur les moyens pour former l’homme sovietique, puisque des dizaines de milions de personnes « deviantes » ont ete eliminee dans des conditions atroces.
      Une autre analyse est que tout cela a ete la contiuation de la domestication de l’homme par l’homme, l’elimination voulu des elements les pluis suavaghes, independants, pour transformer le peuple en animal de ferme idiot faible et docile.

  3. Murray Bookchin est un théoricien. Prenons un exemple historique concret. Le mouvement anarchiste espagnol de la fin du 19e et du début du 20e siècle. La genèse de la guerre civile de 1936 commence 50 ans auparavant. Le courant anarchiste est un mouvement de masses protéiformes et hétéroclites : anarcho-syndicalisme, groupes autonomes, individualistes, etc. Un mouvement en lutte contre la dictature de Primo de Rivera (phalange espagnole) et qui réunit les villes et les campagnes environnantes. Le courant garde une profonde unité jusqu’à la fin de la Guerre civile en 1939 (Catalogne). Les anarchistes sont tous d’accord pour abolir les structures de dominations sociales de l’État. L’État n’existe que parce qu’il ponctionne son revenu sur la production capitaliste et donc il faut le détruire. D’abord l’éducation, méthodes Freinet et Montessori (écoles Natura) dans toutes les communes et pour tous les enfants et leurs familles. Ensuite la santé (« Ne nous parlez pas de microbes, ce sont nos conditions de vies qui nous tuent. » Isaac Puente Amestoy). Déconcentration urbaine, villes réduites à quelques dizaines de milliers d’habitants, immeubles de 2 étages, végétation et maraîchage urbain, protection de l’eau, valorisation de tous les déchets organiques (industriels, artisanaux, compost, excréments). Le programme politique se résume en un slogan : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins » Louis Blanc (socialisme utopique). L’idée peut être résumée grossièrement ainsi : Chacun doit participer selon ses possibilités et chacun doit recevoir selon ses nécessités. Ce programme sera mis en pratique en France au moment du Conseil National de la Résistance (CNR) après la seconde guerre mondiale avec la création de la Sécurité sociale. Pendant la guerre en 1936, les brigades internationales viendront grossir les rangs anarchistes espagnols (58 000 combattants du monde entier dont Georges Orwell cité dans cet article). Il faudra le soutient de 3 dictatures, (Mussolini, Hitler, Staline) pour écraser la révolution. L’Italie fasciste et l’Allemagne nazi fournissent des armes à Franco, Hitler ira jusqu’à bombarder Guernica avec la légion Condor dans le pays Basque. Mais c’est surtout Staline avec le Guépéou (GPU) qui infiltrera les mouvements anarchistes en leur fournissant des armes pour mieux les liquider de l’intérieur en les assassinant de manière systématique et se déployer comme une pieuvre au sein des organisations d’ouvriers anarcho-syndicalistes. Pourtant, il ne parviendra pas à réduire l’insurrection en Catalogne à Barcelone qui se battra contre les soviétiques et contre les phalangistes jusqu’à sa défaite finale en 1939. La France du Front Populaire de Léon Blum refusera de fournir des armes aux insurgés au non du pacte de non intervention conclut avec l’Angleterre qui craint de perdre le contrôle du rocher de Gibraltar. A partir de 1939, d’énormes vagues de réfugiés affluent à travers les Pyrénées dans des camps de concentration et seront mis au travail forcé sous Pétain. Dans la zone libre, les anarchistes espagnols seront les premiers a rejoindre les réseaux de la Résistance intérieure de Jean Moulin. Les combattants espagnols qui auront survécu à la guerre civile, à la Gestapo, et aux combats pendant le débarquement de Méditerranée, feront partie des premières troupes françaises libres qui entreront dans Paris sous les ordres du général Leclerc avec l’accord du général Eisenhower. La guerre civile espagnole de 1936 à 1939 est la grande répétition générale des forces en présence qui allaient s’affronter en Europe pendant le 2e Guerre Mondiale.

    Murray Bookchin, on s’en tape.

    1. Bonjour, Fred.

      Merci pour votre contribution (savoureuse) : votre conclusion laconique m’a franchement fait poiler de bon coeur.
      (Seb prétend que je suis « néfaste pour tout le monde » mais, vous, vous êtes carrément flingueur, dis donc. Comme les paumés affectionnant de le cliquer d’un pouce d’auto-stoppeur dans le Zuckyland : « J’aime » ! ^^)

  4. Pierriton,
    J’ai déjà lu des articles sur ce site qui parlait de la Guerre d’Espagne en reprenant la propagande stalinienne (en gros, les anarchistes étaient des tocards qui n’arrivaient à rien). Merci pour le pouce en l’air, meme si on s’en tape aussi (<clin d'oeil).

    1. En ce qui me concerne, tout ce qui relève de la « faction » est à fuir. L’anarchisme est une vieille marotte pour idéalistes ou déviants divers et variés – ça reste quand même tous des paumés à l’arrivée. Je ne me reconnais qu’en les francs-tireurs voire les « exécrables » furieux et tenaces.
      (Et Renaud Garcia – le philosophe des PMO – avec sa passion démesurée pour Kropotkine à achever de m’en dégoûter à vie de ces zèbres socialistes. L’entraide étant d’abord et surtout affaire de subjectivité, d’intimité, certainement pas d’application collective, de « systémique logique » grandeur nature. Je ne crois pas à ces fadaises même s’il peut y avoir des pistes d’idées intéressantes pour mieux réfléchir, penser les restes de macrocosme spirituel dans cette vilainement triste époque microcosmique où nous sommes tous incarcérés par la contrainte industrielle.)

        1. Ouais, j’le connais de réputation et déjà jeté un oeil au pdf de ce texte parce que j’en avais ras-le-bol qu’on me serine avec les Kropotkine, Polanyi, Proudhon et Marx (ce dernier m’étant illisible tant sa syntaxe est indigeste à ma sensibilité oculaire). Il est noté sur ma liste à lire depuis l’an dernier mais pour l’instant je focalise sur le XXème siècle pour la Technique et la Phlosophie, l’Antiquité en général pour la culture gé’, etc.

          Merci du tuyau. 😉

      1. Par contre, le Tolstoï de Renaud Garcia (2013) fut une bonne découverte. Léon était si excessif avec lui-même qu’il en est franchement immédiatement inspirant. Renaud l’a joliment portraituré et ça m’attire bien à Léon maintenant… (Ah ! Les russes… Pour pas mal d’entre eux : gonzes franchement trippants d’intense vie intérieure.)
        https://journals.openedition.org/lectures/13168

  5. Jean-Jacques Rousseau était sacrément bon. Visionnaire génial, magnifiquement sensible.
    Mais je ne suis pas d’accord avec l’un de ses postulats : l’homme ne naît pas forcément bon et c’est surtout la société qui le modèlerait alors en salopard, en couard, etc. Niaiserie accablante car aliénation confortable, irresponsabilité infantile… Je me range sans hésiter du côté de Bias de Priène : la plupart des hommes sont méchants. Et pour ceux ayant encore un reste de conscience (c’est-à-dire une franche minorité) : il ne tient qu’à eux de se bonifier ; en eux-mêmes de cultiver ce qu’ils le peuvent encore de bonté, de salut, d’équité possible…

  6. Les hommes ne naissent ni bon ni mauvais et ils sont capables du pire comme du meilleur. Jean Jacques Rousseau était le plus grand philosophe moderne. Mais ce n’etait pas un homme d’action. Marat, Robespierre et St Just étaient des hommes d’action politique qui ont essayé d’apliquer sa philosophie (Du contrat social). Ils ont fini assassiné et guillotiné.

  7. Le cas de Bookchin, comme de Marx et de tout ces « philosophes » qui voudraient apprendre la vie aux autres, est tres vite regle. ce sont des cancres.
    Ce sont des illetres scientifiques, qui sont en admiration devant des trucs qu’il ne comprenne pas, justement comme les paysans devant une messe en latin. Et c’est d’autant plus ridicule que la technique est la cle de voute de leur raisonnement.
    En fait ce sont des gros nuls en math et en physique, qui s’adressent a d’autres nuls en maths et en physique et qui veulent rester ignorants car c’est bien pratique (a l’image des anciens climatosceptique et de l’enorme Claude Allegre).

    Quand des fort en maths, qui savent compter et ne melangent pas tout, se posent des questions, la musqiue est tout de suite differente (Kaczinsky, Grothendieck, Barrault etc etc…)

    1. Kervennic,
      Sans la philosophie, les mathématiques n’existeraient pas. Pythagore, Platon, Aristote, Descartes, Pascal, Leibniz, Kant, étaient tous des mathématiciens.

      1. La philosophie n’est qu’un mot et ce vocable a ete ammene a designer des modes de pensee antithetiques
        . Il y’a deux types d’homme et de discours, Ceux qui s’interessent au monde exterieur et l’etudie.
        En suedois, on appelle la Physique Naturkunde, commaissance de ce qui se cree en dehors de notre influence. C’est ceux qui s’interesse au climat, a l’entropie et tous les effets de la technique sur le monde naturel (celui que nous n’engendrons pas).

        Puis les autres qui se regardent le nombril et construisent des pensee circulaires. Ce sont « les philosophes » tels Marx et Bookchin.

        1. Nous ne serons pas d’accord sur ce point. Le monde n’est pas extèrieur à la conscience. Au contraire, c’est notre conscience qui determine le monde. Plus la conscience du monde se dévellope plus elle observe son reflet. Et c’est effectivement le cas avec l’Anthropocène. Exemple: un homme moderne armé de la science voit le monde comme un ensemble rationnel. Au contraire, le monde est impénétrable pour un chasseur cueilleur ou un paysan du Moyen Age. Ils ne peuvent le pénétrer qu’à travers des système de croyances. Et là ou l’un plit, l’autre casse.

        2. Nous ne serons pas d’accord sur ce point. Le monde n’est pas extérieur à la conscience. Au contraire, c’est notre conscience qui détermine le monde. Plus la conscience se développe plus elle observe son reflet. Et c’est effectivement le cas avec l’Anthropocène. Exemple: un homme moderne armé de la science voit le monde comme un ensemble rationnel. Au contraire, le monde est impénétrable pour un chasseur cueilleur ou un paysan du Moyen Age. Ils ne peuvent le pénétrer qu’à travers des système de croyances. Et là ou l’un pli, l’autre casse.

    1. L’analyse de Gunther Anders sur Hiroshima est intéressante mais ne résiste pas à l’épreuve des faits :
      Il y a exactement quarante-cinq ans, les 6 et 9 août 1945, les villes japonaises d’Hiroshima et de Nagasaki étaient littéralement « ramenées à l’âge de pierre » par l’explosion des premières — et seules — bombes atomiques jamais utilisées dans un conflit. L’emploi d’armes aussi barbares était devenu indispensable — dit-on alors officiellement — pour arrêter la guerre et épargner des centaines de milliers de vies. Des documents récents démentent cependant cette thèse et révèlent que ces destructions, comme celle de Dresde le 13 février 1945, avaient pour objectif d’impressionner les Soviétiques, d’arrêter leur avance, et marquaient, en fait, le début de la guerre froide.

      Les scientifiques qui travaillèrent sur le projet témoigneront plus tard des pressions exercées à un haut niveau pour terminer la bombe selon un calendrier bien précis. Ce dernier était étroitement lié aux agissements des Soviétiques et leur entrée en guerre prévue pour le 8 août contre le Japon. Certains historiens avancent ainsi la thèse de l’URSS qui prenait trop d’importance et qu’il fallait tenir à l’écart des territoires japonais.

      L’imminence de la déclaration de guerre de l’URSS au Japon prévue lors des accords de Yalta trois mois après la capitulation de l’Allemagne est le facteur déterminant. En effet, si à Yalta en février 1945, les États-Unis avaient demandé l’aide de l’URSS pour les aider à finir une guerre coûteuse en vies humaines avec le Japon, six mois plus tard, avec leur nouvelle puissance nucléaire ils n’avaient plus besoin de composer avec cet allié encombrant pour terminer le conflit et en partager les profits (zones d’influence, bases militaires, etc.). Les États-Unis voulaient ainsi prouver à Staline qu’ils étaient présents aussi bien à Berlin qu’en Asie, et qu’ils s’opposaient au développement du communisme, du moins au Japon. C’est la thèse défendue par Frédéric F. Clairmont dans Les véritables raisons de la destruction d’Hiroshima. (https://www.monde-diplomatique.fr/1990/08/CLAIRMONT/42824)

    2. Truman qui était un ancien fermier du Midwest devenu bureaucrate avant de se lancer dans la politique n’était qu’un vulgaire avorton. Il aurait parfaitement pu écouter les scientifiques contre son État major militaire. Il aurait pu faire capituler l’Empereur Hirohito sans que les japonais ne perdent la face et vaincre Staline sur un autre registre que celui de la puissance et de la guerre. Mais il a refusé parce qu’il avait d’autres objectifs machiavéliques et sordides.

      1. Bonsoir, Fred.
        J’ai jeté un oeil à ce lien du Diplo’ mais n’étant pas abonné et n’ayant donc pas accès à l’intégralité de l’article, je ne peux pas m’en faire une idée… (Par contre, j’ai pisté le profil de M. Clairmont et vous avoue que par apriori pour cette nullité journalistique mais propagande bienpensante constante que sont généralement les titres de presse affiliés à Le Monde : je me méfie de la tiédeur éventuelle du zigue.)

        Sinon, votre commentaire m’a tout de suite fait repenser à l’excellent papier qu’avait écrit et diffusé Tomjo (le membre nordiste du groupe grenoblois d’enquêteurs naturiens des Pièces & Main d’Oeuvre) lors de la sortie en salles, il y a trois ans, de l’abominable bousin hollywoodien révisionniste qu’est Oppenheimer – en plus d’être très moche sur le plan purement esthétique de la narration cinématographique (et sur le fond : ce film est une saloperie malhonnête à remiser dans la même cave obscure que les films nazis de Leni Riefenstahl).
        Tenez, rien que pour son ton implacable et historiquement très bien renseigné, ça vaut le coup d’oeil :
        https://chez.renart.info/L-Apocalypse-selon-Nolanheimer

        Ensuite, d’accord sur le fait que Truman était d’abord un plouc… Mais, ignare et faible de la sorte, il ne pouvait ainsi que céder à la pression scientiste (et non pas scientifique) de son environnement politique d’alors. Et nous en revenons encore une fois à la démesure de l’hubris, l’ivresse de toute-puissance ingénierique, etc.
        La responsabilité n’étant donc pas de son seul ressort. Puis, comme le disait Lincoln en son temps : on prête toujours aux Présidents des pouvoirs qu’ils n’ont en réalité jamais…

        1. Merci pour cet article. Je savais que le blockbuster de Xavier Nolan était un film de propagande. Mais le nœud du problème historique de la bombe atomique et la manœuvre machiavélique de l’administration Truman se situe à un autre niveau, précisément à la conférence de Postdam à partir du 17 juillet 1945. Le Japon impérial est prêt à capituler et les américains le savent. Mais ils demandent sciemment, outre la reddition de toutes les forces armées japonaises, la capitulation de l’Empereur Hirohito, et ils savent pertinemment ce faisant, que les militaires ne pourront jamais l’accepter sous peine de « perdre la face » aux yeux de leur opinion publique. Donc, l’administration Truman utilise sciemment cette faiblesse politique de leur ennemi japonais, pour atteindre leur autre ennemi principal, qui est l’URSS. Et tout ceci est parfaitement sourcé par des archives, ce n’est pas du complotisme. Je suis entièrement d’accord avec vous, que les puissances matérielles ont une inertie presque fatale qu’il est impossible de stopper. Mais tout se situe dans le « presque ». En effet, si ces forces matérielles broient les hommes, y comprit les hommes qui exercent le pouvoir sur les masses et qui prennent les décisions, en les transformant en de simples rouages d’un gigantesque engrenage inexorable, qu’en est-il de leur responsabilité ? Ce sera tout l’enjeu du procès de Nuremberg qui s’ouvrira le 20 novembre 1945. Hannah Arendt (et d’autres) ont beaucoup écrit sur le sujet. Un petit lien vers un documentaire que j’aimerais bien voir sur Einstein si j’avais Netflix ! https://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=319407.html
          Plus je me penche sur l’Histoire, moins je conçois le cours des sociétés humaines de façon manichéenne. Ces sociétés n’ont jamais rien maîtrisées, surtout pas depuis qu’elles on découvert les sciences et les techniques modernes à partir du XVIIème siècle qui n’ont fait que renforcer leurs illusions, et celles qui avaient conscience de leurs limites ont été bien rares (à part la cité d’Athènes au Vème siècle av.J-C en Occident, je n’en connais pas d’autres, en tout cas dans la durée). Je vous remercie pour cet échange, stimulant car plus ou moins contradictoire, et qui permet de décortiquer un évènement historique majeur du XXème siècles dont les conséquences nous menacent encore aujourd’hui.

        2. Cette analyse historique éclaire la personnalité de Truman sous un autre jour : en tant que bon fermier capitaliste du Missouri rompu aux manœuvres cupides autour de la propriété foncière, il était parfaitement apte à diriger la puissance industrielle impériale de son pays contre celle des soviétiques. Il y juste un changement d’ordre d’échelle entre les États d’Amérique et la carte du Monde. Mais là, j’extrapole, c’est une interprétation subjective. Par contre, la citation de Lincoln dont vous témoignez montre son extrême lucidité.

    1. Car nous savons tous bien que la Palabrèse n’est qu’une contrée ravagée, polluée de pues-du-bec sans faces ; un désert critique invariablement moche de malhonnêteté personnelle, de platitude intellectuelle, spirituelle.

      A mort, tous les colporteurs, les tartineurs et suceurs con-centrationnaires !

  8.  » L’ordinateur ouvre une dimension totalement nouvelle des systèmes de contrôle industriels. L’ordinateur est en mesure d’effectuer toutes les tâches routinières qui encombraient l’esprit du travailleur à la génération précédente. L’ordinateur digital moderne est en quelque sorte un calculateur électronique capable d’opérer des opérations arithmétiques bien plus rapidement que l’esprit humain. C’est un facteur crucial : la rapidité avec laquelle l’ordinateur agit, cette incommensurable supériorité quantitative sur le cerveau humain pour ce qui est du calcul, a une signification qualitative profonde. Grâce à sa rapidité et à sa mémoire capable de stocker des millions de bits d’information (et son usage de l’arithmétique binaire), l’ordinateur est capable d’effectuer des opérations assimilables à un grand nombre d’opérations logiques les plus complexes de l’esprit humain. On peut discuter pour savoir si l’«intelligence » de l’ordinateur est ou sera un jour capable de création et d’innovation (il faut dire que la technologie des ordinateurs connaît presque annuellement des bouleversements radicaux), mais ce qui est certain, c’est qu’il peut prendre en charge toutes les tâches intellectuelles fastidieuses et dépourvues de créativité qui incombaient jusqu’ici à des personnes dans l’industrie, la science, l’ingénierie, la documentation et les transports. L’homme moderne, en effet, a produit un « esprit » électronique pour coordonner, produire et évaluer la plupart de ses opérations industrielles routinières. Utilisés adéquatement à l’intérieur de la fonction pour laquelle ils ont été conçus, les ordinateurs sont plus rapides et plus efficaces que l’humain lui-même.  »
    Murray Bookchin, in « Vers une technologie libératrice » – New York/1965
    (#DéjàVieuxCouillonPigeoné!)

    2026, ce jour :
    https://www.france24.com/fr/%C3%A9co-tech/20260811-ia-intelligence-artificielle-meta-mark-zuckerberg-libre-acces-modeles-ouverts-chine-muse-glimmer

    (Y’a-t-il encore des pigeons parmi nous pour croire que le BooBook était « anarchiste », « écologiste », etc ?)

    1. #Florilège! (faites-vous plaisir, je vous en prie… Et, sur le site joint : ils taguent cette couillonnade « écologie radicale », hein. Attention ! C’est sérieux. #Sommité Uncle Murray… Mais bon, vu que plus haut dans ce fil de commentaires, y’en a carrément un nous ayant avancé que même les animaux produiraient des « technologies »… Plus rien ne nous étonne. Rions-en gaiement !)
      https://fr.anarchistlibraries.net/library/murray-bookchin-vers-une-technologie-liberatrice

      1. Et Serge, ne vous fatiguez même pas à vous justifier. Pas la peine !
        Je vous vois déjà venir chaussé de vos deux birkenstock du pied gauche : oui, vous avez écrit « les animaux eux-mêmes ont capacité de technologie », certes, mais ne nous prenez pas pour des caves non plus, s’il vous plaît : votre phrase comparative suivante confirmant instantanément toute votre approximation de réflexion typiquement new age et vraiment peu consistante.

        #AuRevoir (<– à lire avec l'intonation de Giscard ^ ^ – et à la prochaine dans l'hémicycle)

  9. CONCLUSION :
    Bon ! On est tous d’accord (même Serge) avec Nicolas :
    – Que Murray aille se faire voir et cuire un oeuf chez les Grecs (il aurait été tellement bien inspiré de le faire quand il en avait encore le temps, ce cave tristounet !)

    On n’a pas que ça à faire. Nous, on a la rage de subir ce que l’armada des serviles zombifiés fait subir activement ou passivement à notre Terre-mère, tous les jours. Ils veulent nous maintenir incarcérés dans leur technotope… On les emmerde ! Nous sommes chacun une parcelle de la zone à défendre du biotope. On y va et à la contre-totale de leur totalitarisme bas-du-front !
    A la coule : eux ont la violence de leur techno-science eugénique… Nous, on a la conscience biologique, l’incarnation organique.
    Pas de quartier ! Le premier approchant votre zone : vous le balayez direct, à la régulière, juste par une bonne clef défensive bien sentie : on neutralise !

    Prenez soin de vous. Vous êtes tous des bons. Forts dans la tranquillité ! (quand eux ne savent que jacter et piailler, pleurnicher par leur basse-violence de l’ignorance et du vain slogan idéologue inversé d’une soi-disant « force tranquille ».)

  10. Salut. Je lis qu’en plus de notre commune clarté sur le piège technologique s’ajoute pour certains une clarté sur la beaufophobie (ah, je viens d’inventer le mot, inspiré par David Duquesne), une référence de la contre-élite, et ça me plaît. Mais je suis fort attristé par la récurrence concernant la riposte de l’armée de défense d’Israël. Et si ce blog ne se veut (et c’est déjà énorme) que causer dudit piège technologique, pourquoi parler de cette guerre ?

  11. @becker
    C’est sans doute un atavisme de gauche. Moi, je me rappelle tres bien de Yasser Arafat, et de sa politique de bombe demographique. Submerger les israeliens par la natalite (subventionne par les economies industrielles vi l’aide internationale). Cela marche au dela de ses esperances les plus folles.
    Meme les femmes « eduques  » ont continue a faire 5 gamins, par devoir guerrier, la ou dans les autres pays arabes la natalite se tassait. Resultat: la population de gaza a plus que quadruple en 50 ans. N’importe quelle pays serait ettouffe par une telle progression, mais gaa a vecu sous perfusion international et a recu des fonds sans aucune contrepartie.

    Pire encore, cette politique d’Arafat a submerge le Liban, cause une guerre meurtriere et transforme la seule enclave chretienne en territoire fanatise au main du hezbollah.

    Mais la gauche tyieint a garder une lecture simple de l’histoire, ne rechignerait pas a voir Israel, les chretiens et les druzzes disparaitre, puis se faire decapiter et mourrir en martyr comme en Iran.
    C’est un vieil atavisme chretien (dont la gauche descend): face a une realite complexe, ne te bat pas, sacrfie toi. De toute facon ce qui compte c’est la vie d’en l’au dela, pas le monde charnel (le monde des idees). Ne pas affronter la complexite, ne pas demeler le vrai du faux, et faire de la morale. deux mille ans de christianisme (mal compris sans doute) ne se revoque pas si facilement.

    1. Pierriton,
      Je ne veux pas vous juger à propos de la Palestine. Vous avez le droit de penser ce que vous voulez et de dire ce que vous pensez. Mais quel est le peuple pluriséculaire qui a vécu le plus longtemps sur cette terre du Proche Orient au bord de la Méditerranée pour la faire fructifier en perpétuant ses traditions avant d’en être chassé ? Nicolas nous rappelle dans son article qu’au nom d’une soi-disant supériorité civilisationnelle occidentale l’humanité serait devenue plus sensible à la souffrance des peuples. Mais le massacre des gazaouis à l’heure actuelle est la démonstration exacte du contraire. Il s’en indigne et il n’est pas le seul, loin de là.

    2. Kervennic (ce message vous est adressé pardon Pierriton je me suis trompé de destinaire!)
      Pierriton,
      Je ne veux pas vous juger à propos de la Palestine. Vous avez le droit de penser ce que vous voulez et de dire ce que vous pensez. Mais quel est le peuple pluriséculaire qui a vécu le plus longtemps sur cette terre du Proche Orient au bord de la Méditerranée pour la faire fructifier en perpétuant ses traditions avant d’en être chassé ? Nicolas nous rappelle dans son article qu’au nom d’une soi-disant supériorité civilisationnelle occidentale l’humanité serait devenue plus sensible à la souffrance des peuples. Mais le massacre des gazaouis à l’heure actuelle est la démonstration exacte du contraire. Il s’en indigne et il n’est pas le seul, loin de là.

    3. Kervennic,
      Il aurait pu citer les guerres de l’opium, surtout la première et la révolte des Taiping qui est la plus sanglante de toutes les guerres civiles de l’Histoire (30 millions de morts), mais il cite le génocide en Palestine parce qu’il nous crève les yeux à tous.

      1. Y’en a un autre, en Ukraine, qui nous concerne directement, et qui est beaucoup, beaucoup plus meurtrier. Mais on a pas d’image du front, des morts dechiquetes par centaines de milliers (probablement un million de mort).
        Et la raison est que l’ordinateur que tu utilises (comme moi) continue a fonctionnner grace a Rosatom, et que malgres les paroles guerrieres, l’europe continue de plier l’echine. Par exemple les americains limitent les aggressions contre les infrastructures russes. Biden les a interdit, et Jd vance a recemment mis le hola, sans doute par peur des consequences economuques. L’Ukraine aurait deja eu les moyen de mettre Poutine a terre, mais le sang Ukrainien et russe continue de couler pouir maintenir notre machine industrielle a flot.
        C’est pour cela qu’on prefere parler de la Palestine, qui ne nous concerne pas, a gauche, et eviter dilligemment d’evoquer la Russie, conflit qui nous concertne au plus haut point te dont nous sommes cobellierant.

        1. Kervennic,
          Oui tout à fait, vous avez raison : « La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas. » (Paul Valéry sur la Première Guerre Mondiale). La politique est entièrement subordonnée à l’économie et à l’expansion de la Mégamachine qui a constamment besoin de nouveaux marchés pour ne pas imploser, c’est tout à fait juste. Les essaims de drones et les nouveaux robots tueurs terrestres sont en ce sens une formidable opportunité pour l’industrie de la mort. Et effectivement, on ne voit pas les victimes de ce conflit sur les réseaux sociaux et dans les médias mainstream parce qu’il y a des milliards de dollars, d’euros et de roubles à la clé, et que ce ne serait pas très bon pour le business si les opinions publiques européennes et russes assistaient à l’horreur en prime time. Les guerres modernes sont avant tout des guerres de propagande et pour se vendre, il faut qu’elles soient propres sans cadavres ni effusions de sang. Mais il n’est pas vrai qu’à gauche on ne dénonce pas cette situation. La ligne trotskyste a toujours été constante sur le sujet depuis plus d’un siècle, même si je sais que vous détestez le courant communiste révolutionnaire. Il maintient depuis toujours qu’il n’y a aucun intérêt pour les prolétaires de s’entre-tuer au profit des capitalistes, et que les soldats ukrainiens et russes devraient retourner leurs fusils contre leurs oligarchies respectives. Cela dit, en Palestine il ne s’agit pas d’une guerre mais du massacre d’une population civile. Mais je crois qu’on s’éloigne du sujet de l’article de Nicolas.
          Bien à vous,

  12. Ceci dit, pour preciser le mecanisme « social » derriere la gauche, il faut preciser qu’aucun leader de gauches n’a jamais ete de gauche. Pas plus Staline que Melenchon. Ce sont des profiteurs de la naivete moutonniere et d’immense pervers narcissiques.
    D’ailleurs de nombreux socialistes et communistes sont passe sans complexe de la gauche au nazisme (doriot), ce qui montre bien que la politique etait avant tout un business et il ne fait absolument aucun doute que ce soit le cas pour Melenchon.
    D’ailleurs cete psychologie a ete decrit par Kacsinsky: le gauchisme, par la soumission et l’adhesion passive aux « principes » moraux du groupe (a l’oppose de la reflexion individuelle) aboutit toujours a l’emergence d’horrible tyrannie.
    L’adhesion aveugle aux theses pro palestinienne est un exemple. Melenchon en a compris l’interet et exploitera le filon a fond ! (car c’est tres dangereux pervers narcissique).

  13. J’ai découvert, en écoutant Guy Fargette, que l’on pouvait aussi comprendre les meneurs de gauche comme une surprolifération de l’élite (élite qui surproduit faute d’être justement taxée), qui en devient une contre élite pour faire basculer l’ordre et le pouvoir, par une révolution, pour dépasser sa frustration de fauteuils, trônes et consommation somptuaires, pour lesquels ils ont été formés. Et à agiter l’injustice et la culpabilisation pour profiter de nos insatisfactions.

  14. Votre texte sur Bookchin nous a donné l’occasion d’un travail plus long qu’un commentaire ne peut porter — pas une réponse point par point, mais un texte qui situe Bookchin dans sa trajectoire réelle, reconnaît franchement ce qui, chez lui, ne tient plus, et montre où nous l’avons nous-mêmes déjà dépassé — sur l’électoralisme municipal comme sur les technologies libératrices — indépendamment de votre article. On y revient aussi, plus brièvement, sur plusieurs raccourcis ou omissions qui nous semblent frôler, par endroits, la malhonnêteté intellectuelle : 👉 https://ecologiesocialeetcommunalisme.org/2026/08/20/lecologie-sociale-apres-bookchin-situer-depasser-reactualiser/

    1. l’article est assez complémentaire en terme d’éclairage, de proposition de point de vu. chacun s’enrichira donc. casaux est necessaire. il est le très rare cailloux dans la chaussure faussement confortable et pretexte toujours pertinent à remise en question.

    2. Cornelius Castoriadis a aussi énormément travaillé sur le sujet de l’auto-institution de la société et de la démocratie radicale jusqu’à la fin de sa vie aux antipodes de tous les dogmes politiques et tous les courants révolutionnaires.

  15. proudhon. longtemps que je n’avais lu cette ref sur le site.
    je me demande ce qu’il penserait, téléporté à notre époque .
    ce serait intéressant de lire une analyse de nicolas sur ce personnage intéressant et délaissé.

  16. Pour Terko,
    Excellent texte de la gauche algorithmique. j’aime beaucoup votre passage sur la numérisation : il ressemble à beaucoup d’autres et ce type de raisonnement, qui n’a rien d’inédit – le pharmakon, ce n’est pas une chanson de Lapointe -, vous devriez l’étendre à la totalité de la société actuelle : « d’un côté, de l’autre » ; il faudra préciser votre argumentaire dans une assemblée générale, le soir avant d’éteindre la lumière et avant de partir se coucher, sans provoquer la panique. Le reste du texte parait un peu mou de la branche : une machine aurait pu faire mieux, en plus sec.
    Pourriez-vous me dire le nom de la planète sur laquelle vous avez élu domicile ?
    Jean-Paul Floure

      1. Merci, pir :
        (Jean-Paul n’est vraiment pas un mauvais gars. C’est même une pointure d’érudition technocritique et, à raison, il vomit donc la cybernétisation de ce monde en perdition aliénée. Mais je vous rejoins, et, encore une fois : tu fais chier, Floure ! A tout le temps te la jouer facilement cynique. Lâche un peu Diogène et donne-nous plutôt ta part d’Hérodote, s’il te plaît. – Parce que tu vaux mieux que la facilité légère et apparente d’un « vieux con »… Merci d’avance de te souvenir que t’es pas seul sur Terre.)

    1. C’est assez…comment dire… »cocasse » ?
      Jean-Paul, hormis la facilité de me rétorquer du mépris silencieux – esquive somme toute encore adolescente de votre part – que je serais « indigne » de votre réponse sous le prétexte facile d’apriori contre mes manières « porcines », éventuellement « délinquantes » : pourquoi diable ne témoignez-vous jamais la fermeté de répondre directement à mon toupet et mes injections finalement souvent (volontairement) bas-du-fronts ? Puis, ensuite de railler systématiquement tout inconnu à votre connaissance relationnelle et pourvu d’un pseudonyme électro-binaire ?

      Fort avec les faibles et faible avec les forts ?

      Au départ, vous m’intimidiez beaucoup… Finalement, les semaines passant : vous m’amusez énormément.
      Papa, toi qui es poids lourd, viens donc boxer textuellement contre autre chose que du poids plume, s’il te plaît.
      (Sinon, tu t’afficheras tout seul dans l’étable de ta suffisance : réfléchis-y, s’il te plaît. Ton travail mérite mieux que le strict anonymat de l’idée préconçue et l’anathème facile. Au moins pour lui, je t’en prie. Respecte-toi davantage ! Car nous savons bien que tu vaux mieux que la haute-estime apparente – superficielle – que tu laisses transpirer de toi-même pour l’instant. Veux-tu tant que ça crever avec le piètre oubli hashtaguable facilement et con de « #Boomer » ?) 🙂

  17. Pierriton,
    Je peux dresser la liste de tes suppositions à mon égard. Elles sont nombreuses, contradictoires, quelquefois très drôles et, surtout, parce que je n’avais plus aucune nouvelle de moi depuis quelque temps, j’ai été surpris par le tour qu’avait pris, à mon insu, ma biographie pendant ce congé, dont tu es devenu le chroniqueur. De ces nouvelles, je n’en ai cru aucune, bien sûr ; mais je les ai appréciées à leur juste valeur. Je ne suis pas libraire et je signe mes textes de mon nom, car je n’en ai pas trouvé d’autre qui, à mon anonymat, pourrait correspondre. Je remarque également que tes hypothèses prennent l’allure de certitudes dès qu’elles me concernent. Je ne t’ai jamais insulté, ni méprisé.
    Cordialement,
    Jean-Paul FLOURE

  18. Pir,
    Je vous remercie – c’est la mode – pour m’avoir accordé que mon observation était « légitime ». Pourquoi ne l’avez-vous pas écrite vous-même dans le style qui vous sied ?
    Je me suis adressé à Terko, l’un d’un auteurs de ce fameux texte et pas à vous. Qu’il me réponde ou pas me laisse indifférent. Je n’ai pas écrit ce commentaire contre ses lecteurs.
    A votre avis, si je dis que deux et deux égalent quatre, est-ce que cela sera le résultat de mon mépris de l’humanité ? Et donc que je serais celui qui sera le moins fondé à le dire ? Quoique « légitime » mon observation n’en sera pas pour autant « juste » ou « vraie », selon vous.
    J’ai simplement dit que la soupe que vous recommandiez, était pleine de cochonneries. Fallait-il donc l’avaler sans piper mot ? et sans rire du procédé ?
    Jean-Paul Floure

    1. Je ne suis pas expert en rhétorique.
      .
      S’il s’agit d’expliquer, ou de transmettre un point de vue, ou de donner des informations complémentaires, ou de contredire.
      .
      Sachant que je ne suis pas spécialement perspicace, ni ne suis un foudre de guerre d’intelligence, ni ne suis nanti de grande mémoire, ni n’ai la culture et les lettres que beaucoup ici ont, j’ai besoin de clarté pour comprendre des trucs parfois compliqués.
      .
      D’autre part, je suis particulièrement sensible au style et à la forme qui (selon moi) peuvent nuire gravement au fond.
      Je le sais d’expérience, vu que mon style est, de ce point de vue, ressenti catastrophique.
      Donc…
      Bien souvent, je trépigne de voir des points de vue, des explications, des réajustements, tous pourtant inattaquables du point de vue de la logique et du bon sens, qui sont si contre-productivement exposés.
      .
      Après, c’est une question de public. Soit.
      Je ne dois pas en être un bon public.
      .
      Mais on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’un point de vue inattaquable devrait plutôt être exposé avec le plus de simplicité et d’elegance pédagogique possible, pour ne surtout pas prêter le flanc à la pollution dilatoire.

      néanmoins, je dois avouer rire de vos bons mots et des moqueries. Dans une section commentaire, alors pourquoi pas.

    2. Jean-Paul,
      Aucun fait contesté. Aucune citation. Aucun argument. Le ton, seulement. Va pour le ton — en plus sec, puisque vous y tenez tant.
      Casaux cite Winner contre Bookchin. Winner dit l’inverse de ce qu’on lui fait dire. Casaux cite Kropotkine comme preuve d’un optimisme naïf. Kropotkine défendait la décentralisation industrielle. Casaux attaque un système sans jamais le nommer comme tel. Casaux fait parler l’anthropologie sans une seule référence — précisément ce qu’il reproche à sa cible.
      Deux textes cités, les plus polémiques d’un Bookchin vieillissant en guerre contre les anti-civ, présentés comme sa position stable. La thèse réelle, elle, tient de 1965 à ses derniers essais — sans rapport avec cette polémique-là.
      Sur deux points, Casaux a partiellement raison : sur ce qu’il tient pour l’« électoralisme », et sur ce que Bookchin nommait la « technologie libératrice ». Nous l’avons dépassé sur les deux avant lui. Il l’avoue lui-même dans son livre : il sait arrêter, pas construire. Une critique sans projet finit par espérer la catastrophe.
      L’effondrement, nous le partageons comme constat. Pas comme politique.
      Voilà pour la soupe aux cochons — les ingrédients, un par un. Quant à la planète : la vôtre, visiblement, où contester le fond reste facultatif tant qu’on a soigné la forme.
      Une précision, pour vous épargner de la peine : une réponse qui resterait sur ce registre n’appellera pas une nouvelle réponse de ma part.
      Un fait à discuter, à présent ? Ou toujours seulement le style et la polémique pour la polémique — se croie-t-elle drôle et pleine d’esprit ?
      TerKo

  19. Terko,
    J’ai également posté ce commentaire sur le site de l’Ecologie Sociale et Communalisme pour élargir le débat mais il est en attente de modération ! Je me suis concentré uniquement sur la question de la démocratie en m’appuyant notamment sur Castoriadis mais dans une perspective historique de la démocratie des Athéniens, parce que j’adore l’Histoire. Il me semble, même si je ne l’ai jamais lu, que c’est un sujet qui est au cœur de la réflexion de Murray Boockchin. Je tiens tout de suite à préciser que je suis autodidacte et non érudit. Essayons de nous montrer tolérants les uns envers les autres nos frottements de cervelles réciproques y gagneront en étincelles.

    Parler de la démocratie des Athéniens est souvent qualifié de rédhibitoire parce que cette forme de civilisation antique connaissait l’esclavage. Mais on ne peut pas assimiler l’esclavage antique des Athéniens à l’exploitation de l’esclavage moderne. L’accumulation primitive du capital (au sens de Marx) n’existe pas et les Athéniens libres comme les esclaves vivent dans une forme de rusticité extrême. Il n’y a pas de différence de fonction entre le maître et l’esclave, ils participent de concert aux travaux quotidiens dont dépendent leurs reproductions sociales. Il n’est pas rare qu’un maître qui maltraite son esclave soit retrouvé assassiné chez lui et que son esclave soit en fuite. Lorsque les Athéniens décident de fonder une nouvelle colonie, les maîtres et les esclaves rament ensemble dans le même bateau. Il y avait bien un marché aux esclaves, la plupart des esclaves venaient de l’extérieur d’Athènes, et il s’agissait souvent de prisonniers de guerre, de victimes de piraterie, ou d’enfants né dans l’esclavage. Les citoyens libres ne pouvaient pas être réduits en esclavage. Mais la forme la plus autoritaire de cette domination s’exerçait sur le plan du statut social : seuls les citoyens (libres) âgés de plus de 18 ans pouvaient participer à l’administration de la Cité. Les femmes étaient excluent de l’exercice du pouvoir politique. Il y avait des classes sociales avec des riches (nobles) et des pauvres mais tous avaient le même statut d’homme libre dans l’exercice du pouvoir démocratique. Ce régime a duré près de deux siècle du Xème au IIIème siècle avant J-C et il a concerné plusieurs dizaines de milliers de personnes.

    Il faut aussi situer l’horizon intellectuel et émotionnel dans lequel évolue cette civilisation. On peut dire que pour les grecs cet horizon se résume facilement en deux mots : aucun espoir. Les dieux se soucient peu des hommes, le paradis est inconcevable, il n’y a que l’Hadès, le royaume des morts. Il existe de nombreux mythes pour interpréter le monde, on y croit ou on y croit pas, et on consulte les oracles pour connaître la volonté des dieux. Tout le monde peut les consulter, et le rayonnement de l’oracle de Delphes était panhellénique, il attirait des pèlerins de toute la Méditerranée, y compris des non-Grecs. C’est dans cet imaginaire que naît la démocratie parce qu’aussi paradoxal que cela puisse paraître, il n’existe aucun arrière monde (au sens nietzschéen) auxquels les hommes seraient soumis, et encore moins de fétichisme quel qu’il soit. Les oracles ne dictaient jamais une conduite à adopter de manière absolue, les prédictions étaient souvent énigmatiques et sujettes à caution, et il ne s’agissait, pour employer un anachronisme, que d’un simple processus d’aide à la décision.
    Les Grecs savent que leurs destinées individuelles et collectives appartiennent à la volonté des dieux, mais comme les dieux sont capricieux à leur égard voire indifférents, il faut bien qu’ils s’administrent eux-mêmes dans la Cité, et ce ne sont pas les difficultés qui manquent (invasions, guerres, fléaux, épidémies etc.). On peut toujours consulter les dieux, mais le poids de la décision finale incombe toujours aux citoyens, qui doivent interpréter la parole divine et l’appliquer à leur situation. Et pour exercer leur pouvoir démocratique, les hommes libres parcourent parfois plusieurs dizaines de kilomètres à pied pendant plusieurs jours pour se rendre aux délibérations de l’Agora (assemblée délibérative) et de l’Ecclésia (assemblée décisionnaire) ou ils ont tous accès à la parole publique. C’est dans ce cadre qu’ils ont inventé les élections. Ils ont peut-être eu tort, mais en tout cas, ils les ont inventées. Aujourd’hui, nos sociétés sont entièrement soumises à la fluctuation des marchés économiques et financiers et nous n’avons aucun contrôle sur eux comme en témoigne les crises régulières que le capitalisme traverse depuis sa création, ce qui signifie que nous sommes entièrement dirigés par des fétiches, c’est à dire, par des objets de cultes que nous avons créés nous-même. On peut ranger la pseudo-démocratie moderne dans le champs de cette imaginaire fétichiste. Tout ce système va s’effondrer en libérant le domaine de la culture, alors autant l’anticiper.

    Mais revenons aux Athéniens, comment exercent-ils le pouvoir démocratique concrètement ? Pour prendre un angle d’attaque simple, on peut parler de la différence entre les généralistes et les spécialistes. Les généralistes ce sont tous les citoyens âgés de plus de 18 ans qui délibèrent à l’Agora et qui votent à l’Ecclesia. Pourquoi existe-il une égalité de fait entre eux quelles que soient leurs classes sociales ? Parce qu’une opinion vaut une opinion, toutes se valent, c’est une doxa pas une épistémé. Il est communément admis que tous les citoyens sont également capables de gouverner et d’être gouverner parce qu’il n’y a pas besoin de connaissances, de croyances, de méthodes et de règles de la pensée pour cela. Il n’y a pas d’autre justification du principe majoritaire, si toutes les opinions se valent, alors il n’y a pas besoin de consensus, tout le monde accepte la décision prise. Sur quoi porte les élections ? Elles portent sur les nominations des spécialistes. La démocratie des Athéniens a construit des temples, des chantiers navals, et conduit des guerres. Il faut donc élire des spécialistes dans chaque domaine, et il faut choisir les meilleurs. S’ils ne sont pas à la hauteur, ils sont destitués et on en choisit d’autres. On voit donc d’emblée que l’exercice démocratique du pouvoir est un processus d’action dans lequel on ne peut apprendre à gouverner qu’en gouvernant, et la société s’auto-institue en permanence. C’est un mouvement perpétuel qui nécessite l’implication constante de chaque individu. L’adage « nul n’est censé ignorer la loi » prends ici tout son sens. Aujourd’hui, qui connaît les lois ? Personne, à part des juristes, c’est à dire des spécialistes. Et c’est comme ça dans tous les domaines pour ceux qui gouvernent à l’heure actuelle, il n’y en a aucun qui est capable de les maîtriser tous. Donc, l’exercice du pouvoir par des généralistes dans ce cadre est impossible parce qu’il ne peut qu’y avoir des spécialistes dans tous les espaces de décisions politiques, c’est à dire des technocrates, et ce sont eux qui décident en soufflant à l’oreille des élus qui les trient sur le volet en fonction de ce qu’ils ont envie d’entendre. Les lobbies industriels se sont engouffrés dans la brèche depuis longtemps et ont verrouillé le système qui est entrain d’imploser avant d’exploser. On peut imaginer qu’aujourd’hui une société réellement démocratique pour les individus serait contrainte de réduire considérablement le nombre des spécialistes dans toutes les disciplines, sinon elle serait incapable de se gouverner parce qu’elle passerait son temps à en élire et ne pourrait plus assurer sa propre reproduction sociale. Autrement dit, cela renvoie à la questions des besoins. Quels sont les besoins d’une société démocratique ? Qu’est ce qu’on garde ? Qu’est ce qu’on jette ? Sachant qu’il n’y a qu’en se soumettant à la contrainte de l’exercice du pouvoir démocratique qu’on pourrait déterminer si on a eu tort ou raison après coup. Bien sur, la contrainte écologique ne pourrait que nous simplifier grandement la tache, et si on lui fait confiance elle pourrait peut-être même nous sauver. Autrement dit, il nous faudrait revenir à une forme extrême de rusticité en gardant peut-être certains progrès réels de la civilisation moderne comme la médecine d’urgence si possible (antiseptiques, antibiotiques, anesthésiants, rayons X, vaccins). Pour tout le reste, c’est bien simple, il faudrait mettre une croix dessus définitivement. Ce ne serait pas seulement un renoncement mais une libération. Pouvoir enfin entrer en résonance avec la célébration du vivant en renouant avec nos traditions les plus enfouis, c’est à dire spirituelles et religieuses (païennes).

    Cette forme de démocratie directe ou radicale fait partie de nos racines culturelles, des racines de notre culture occidentale, de notre imaginaire et de notre inconscient collectif (au sens de Jung). Murray Boockchin était un citoyen Américain. Les racines de la culture américaine n’ont rien à voir avec cet imaginaire et cet inconscient collectif européen. L’imaginaire et l’inconscient collectif américains sont basés sur le christianisme (protestant), la conquête territoriale quasi illimitée, l’exploitation moderne de l’esclavage, et le génocide. Les véritables racines culturelles américaines sont celles des Amérindiens. C’est très différent, bien que les termes de démocratie soient aussi bien utilisés en Amérique qu’en Europe et que nous nous considérions comme faisant partie de la même sphère culturelle. En réalité, nous sommes très différents. Par exemple, nous sommes beaucoup plus proches des Russes sur le plan culturel que des Américains. Est ce que cela veut dire qu’au cours de l’effondrement de l’économie capitaliste nous nous en sortirons mieux qu’eux ? On n’en sait rien, mais il y a énormément d’armes en circulation ce qui n’incite pas à l’optimisme outre Atlantique dans un pareil scénario. Il n’y a pas longtemps, le film de Xavier Nolan L’odyssée est sorti sur les écrans. Mais il ne s’agit pas d’une réappropriation culturelle pour utiliser un terme à la mode, ni d’un hommage, mais d’une domination marchande de la société du spectacle américaine dans le domaine de la culture occidentale. Est ce que cela veut dire que les travaux de Murray Boockchin sont dénués d’intérêts ? Loin de là. Mais il me semble qu’en Europe, nous n’avons pas besoin de théorie politique d’émancipation de l’individu et de la société moderne et que nous avons déjà tout dans notre Histoire pour élaborer des espaces de résistances intellectuelles et d’actions.

    Aristote : « Un citoyen c’est quelqu’un qui est capable de gouverner et d’être gouverner ».
    Thucydide : « Il faut choisir, être libre ou se reposer ».
    Périclès : « Nous sommes les seuls chez qui la réflexion n’inhibe pas l’action. »

  20. Salut Fred (aha, pardon).
    J’ai lu ton texte sur la démocratie athénienne et la suite. Pour ton contre-argument concernant l’esclavage (tout comme l’absence de femme citoyenne), c’est pas la peine de faire si compliqué : ces gens peuvent avoir mis un truc génial en place (la démocratie directe) et faire les cons d’un autre côté. Je crois que personne de censé ne dirait « ah, la démocratie ça entraîne l’esclavage » ou  » ah, y fait des esclaves pour faire une démocratie ». On peut aussi rajouter que les grecs pratiquaient, en toute moralité, l’abandon des nouveaux-nés quand ils n’en voulaient pas (comme dans tout le monde antique sauf les juifs).
    Le truc qui me gêne un peu c’est ta croyance en un meilleur après une civilisation qui s’effondre. Je ne vois pas trop comment ? on va se retrouver à la fois à l’age de pierre et du cybernétique, comme Charbonneau nous le prédit. La seconde chose, c’est cet antiaméricanisme en version y sont pas comme nous. Aors certes, depuis 1945, c’est St exupéry qui l’écrivait dans son courrier « je hais leur vertu de robot », on a l’efficacité américaine comme leitmotiv (ah, un nom russe, voilà de quoi faire la pirouette). Mais c’est pas parce qu’on est coincés avec les ricains qu’il faut aller flirter avec l’empire russe et ses délires paiens. On peut aussi se différencier des russes parce que, faut de l’infini de la steppe, on n’a pas le désespoir autant chevillé au corps que les cousins de la volga.

    1. Becker,
      Je pense, peut-etre parce que je suis d’un farouche optimisme, qu’une sortie du capitalisme ne pourra que créer un monde meilleur si nous le voulons tous. Mais peut-etre que je me trompe tu as raison. Désolé si tu as déjà lu l’échange avec Terko et Steka.

  21. Becker,
    Tu peux lire l’échange que j’ai eu avec l’Atelier d’Ecologie et Communalisme à ce sujet. Encore une fois, je ne suis qu’un pauvre autodidacte avec toutes les lacunes que cela implique.

  22. Becker,
    Et puis je ne souhaite pas que la civilisation s’effondre, notre civilisation est déjà entrain de d’effondrer. Il y a déjà des communautés qui vivent comme à l’age de pierre ou presque et des multimilliardaires qui possèdent toutes les richesses ou presque, et tous ces gens là vivent ensemble sur la meme planète.

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