L’écosocialisme (ou écomarxisme) : l’écologie radicale du capitalisme industriel (par Nicolas Casaux)

De toute évidence, l’écomarxisme ou écosocialisme est une pensée institutionnelle. Tous ses principaux représentants (Kohei Saito, Andreas Malm, Jason Hickel, John Bellamy Foster, Jason Moore, Timothée Parrique, Paul Guillibert, etc.), dûment formés par l’institution universitaire, y évoluent toujours aujourd’hui. C’est depuis une position académique relativement confortable qu’ils formulent, dans la langue et la grammaire institutionnelles, le baratin de l’écomarxisme. Celui-ci peut se résumer à : la croissance, la combustion de fossiles, la destruction de la nature, c’est mal, il faut arrêter. Mais nul besoin de renoncer à la société de masse et au mode de vie techno-industriel. Une civilisation techno-industrielle écomarxiste, c’est-à-dire écologique et communiste (égalitaire), pourrait exister. Il suffit pour ça que l’ensemble de la société, technologies et industries y compris, soit piloté d’une manière écomarxiste, il suffit d’une « planification démocratique », d’une « socialisation des moyens de production », d’une gestion réellement rationnelle des ressources (se combinant parfois, pour les plus audacieux, avec une décroissance de la production dans un certain nombre de secteurs industriels). Et hop.

Le discours écosocialiste (ou écomarxiste) repose sur des notions de gouvernance, de planification, de scénarios, de modélisation, d’objectifs, de budgets (carbone, énergie), de faisabilité, de coûts, d’efficacité, etc., exactement comme les rapports du GIEC ou des ministères en général. Certes, il rejette le PIB, mais il continue de penser le monde comme un système à optimiser, piloté par des experts, à l’aide d’indicateurs, de modèles et d’autres outils techno-économiques. Contestation interne au paradigme dominant, il propose de changer les objectifs, de moraliser les finalités, mais conserve intactes les catégories, les instruments et l’imaginaire de la planification étatico-technocratique.

Aucune remise en question radicale de l’État, de la technologie, de l’immense division spécialisée du travail qu’implique le mode de vie industriel, et de tous les présupposés éthiques, philosophiques, sur lesquels il repose (mythe du progrès, conception de la liberté comme « délivrance », etc.). En outre, la plupart des écomarxistes et écosocialistes prétendent s’opposer au capitalisme, mais conservent également ses catégories fondamentales (argent, valeur, travail, marchandise) dans l’utopie qu’ils proposent. L’argent n’est jamais aboli, seulement « mieux réparti » ou « démocratisé ». Le travail reste central et sacralisé (« garanti »), mais il est « allégé » (réduction du temps de travail) et « réorienté ». Or ces catégories constituent l’ossature même du capitalisme. Elles imposent sa logique d’abstraction, de quantification et de contrôle. En les conservant, l’écomarxisme ne défend même pas une véritable sortie du capitalisme. Il en propose seulement une version administrée et moralement corrigée, compatible avec une planification étatique et une gouvernance vraiment vraiment rationnelle, promis, juré. Même son anticapitalisme est frelaté.

I

Pour paraphraser l’Encyclopédie des Nuisances, il me semble que tout mouvement d’opposition contre l’ordre dominant doit considérer comme un problème fondamental le fait que, dans la civilisation industrielle, les humain∙es sont socialement séparé∙es (privé∙es) du savoir nécessaire à la compréhension du fonctionnement de ladite civilisation, et à la formation d’un jugement éclairé. Sans ça, sans poser ce fait comme un problème crucial, toute contestation reste vouée à « participer à cette soupe populaire de la culture, distribution par les spécialistes de fragments racornis de connaissances surnageant dans une bouillie d’idéologie, qui participe elle-même de la reproduction de l’ignorance, de son entretien paternaliste » (Discours préliminaire, 1984).

Que cela signifie-t-il ? Que la domination, l’exploitation et l’oppression sociales qu’on observe dans nos sociétés reposent en partie « sur la spécialisation, laquelle implique l’asservissement de ceux qui exécutent à ceux qui coordonnent ; et sur une telle base, on ne peut qu’organiser et perfectionner l’oppression, mais non pas l’alléger » (Simone Weil). La spécialisation est une confiscation du pouvoir de comprendre, donc de décider. Quelques-uns savent (ou prétendent savoir), tandis la majorité est réduite à exécuter, à croire, à faire confiance (aux chefs d’État ou aux intellectuels professionnels de l’écomarxisme qui ont fait tous les calculs savants et qui nous assurent que ci ou ça).

L’existence d’un système qui produit des spécialistes, des experts, est un pilier de la domination moderne. Pour de multiples raisons. Et d’abord parce que pour produire des spécialistes, il faut un appareil de formation disciplinaire. On appelle ça l’école. La conception et l’organisation d’un tel appareil exige une centralisation du pouvoir, des hiérarchies, une autorité chargée de concevoir des programmes, de sélectionner, de classer, etc. L’école n’a jamais été un instrument d’émancipation, son but officiel a toujours été de produire les ressources humaines nécessaires à l’État et au capitalisme.

Ensuite, la fragmentation extrême des tâches relative à la spécialisation crée une interdépendance telle qu’elle rend là encore indispensable une coordination centralisée. Plus personne ne peut saisir le système dans son ensemble, mais il doit néanmoins fonctionner sans interruption. Il faut donc des centres de décision, des procédures standardisées, des chaînes de responsabilité et des mécanismes d’obéissance (forces de l’ordre).

(Bien sûr, le problème n’est pas toute spécialisation, mais la spécialisation au-delà d’un certain seuil, assez bas. La démocratie directe est certainement compatible avec une spécialisation minime. Mais le degré de spécialisation qu’implique le système industriel – la technologie moderne – est colossal et largement incompatible avec le principe démocratique.)

C’est pourquoi tout système politique fondé sur une (très) importante spécialisation, qui requiert des experts, des ingénieurs, des planificateurs, des scientifiques — même s’il se dit « communiste », « démocratique », « populaire » ou « écosocialiste » — reconduit mécaniquement les rapports de domination existants. On peut relier ça à ce que l’écrivain Panaït Istrati avait réalisé lors son voyage en URSS, où il avait constaté que la « révolution » avait remplacé une domination par une autre. D’où sa célèbre formule : « toute organisation ne profite et ne profitera jamais qu’aux organisateurs ». De la même manière, toute planification (même supposément démocratique, étant donné qu’une « planification démocratique », c’est un oxymore, qu’on n’a jamais vu ça et qu’on ne le verra jamais) ne profite et ne profitera jamais qu’aux planificateurs.

L’écosocialisme (ou l’écomarxisme) nous assure d’une part que l’on pourra « socialiser les moyens de production », alors que personne n’a en fait la moindre idée de comment on « socialise » un système techno-industriel, alors qu’on ne dispose pas de la moindre preuve permettant de soutenir qu’une telle chose est possible, ou juste plausible, et qu’au contraire tout porte à croire qu’il est impossible de le « socialiser » ou de l’« autogérer ». Paul Guillibert, chercheur écomarxiste affilié au CNRS, affirme que « si l’on a une approche écomarxiste, il faut donc défendre le maintien des raffineries en France et encourager leur nationalisation et leur socialisation ». Son art divinatoire l’amène à entrevoir, dans les entrailles du cadavre de Marx, l’avènement d’« une forme de contrôle ouvrier » et d’« une politique globale et démocratique qui détermine les besoins réels et les modes de production à privilégier[1] ». La chimère de la « socialisation des moyens de production » sortie du chapeau de Marx et Engels continue de mystifier les nouveaux adeptes des cultes marxistes et de préserver leur croyance en la possibilité de mettre le système techno-industriel au service du bien commun, de l’égalité, de la justice sociale, etc.

D’autre part, tout en nous assurant que l’on pourra tout socialiser, autogérer, démocratiser, l’écosocialisme entend confier l’avenir à des experts éclairés, à des scientifiques, à des modèles, des indicateurs, des calculs et des dispositifs techniques complexes, entérinant ainsi la séparation fondamentale entre celles et ceux qui savent et celles et ceux qui obéissent.

Une écologie réellement émancipatrice ne peut pas être une affaire de spécialistes. Elle suppose au contraire une réappropriation collective des savoirs, une réduction drastique de la complexité technique, une possibilité pour chacun∙e de comprendre, discuter et décider des conditions matérielles de son existence.

II

Examinons de plus près un des plus célèbres visages à la fois de l’écomarxisme et de la décroissance : Jason Hickel. En France, les travaux de Hickel sont promus par Bon Pote, Timothée Parrique et toute une galaxie de médias (de Socialter à la revue Terrestres en passant par l’AFD). Son livre Moins pour plus est paru chez une maison d’édition du groupe Hachette. La société à laquelle aspire Hickel est « une société hautement éduquée et technologiquement avancée, sans pauvreté ni faim », qui utiliserait cependant « beaucoup moins de ressources et d’énergie qu’aujourd’hui ». Une des principales conditions pour l’établissement de sa décroissance écosocialiste est en effet l’universalisation du mode de vie industriel/high-tech à l’entièreté des êtres humains du globe. Il s’agit, en d’autres termes, de s’assurer que les « milliards d’humains qui en sont actuellement privés » puissent bénéficier « des biens et services d’ordre supérieur nécessaires à une vie décente : alimentation nutritive, logement moderne, soins de santé, éducation, électricité, fourneaux propres, systèmes d’assainissement, vêtements, machines à laver, réfrigération, chauffage/refroidissement, ordinateurs, téléphones portables, internet, transports en commun, etc. ». Ces gens-là sont les meilleurs amis de l’expansion du techno-monde.

Hickel est professeur à l’Institute for Environmental Science and Technology (ICTA-UAB) de l’Universitat Autònoma de Barcelona et chercheur invité senior à l’International Inequalities Institute de la London School of Economics (LSE). Il siège au Statistical Advisory Panel (comité consultatif statistique) du Human Development Report (PNUD/HDRO), une instance affiliée à l’ONU, au conseil consultatif du Green New Deal for Europe, et intervient dans des espaces institutionnels comme des commissions sur les réparations (Rodney Commission / (Harvard-)Lancet Commission selon les bios). Il publie régulièrement dans des médias de masse internationaux comme The Guardian, Foreign Policy et Al Jazeera. Pas exactement le CV de l’opposant politique radical, de l’ennemi de l’ordre dominant.

Ensuite. Jason Hickel participe à beaucoup d’autres choses. Pour être exhaustif, il faudrait une enquête de détective privé. Je me contenterai de relever trois éléments. En 2019, Hickel était invité à exposer sa farouche critique du capitalisme aux Doha Debates, une plateforme de débats et de contenus créée en 2004 et financée par la Qatar Foundation, elle-même financée par la monarchie pétrolière de l’État du Qatar. Les Doha Debates « rassemblent une avant-garde de chercheurs de vérité intellectuellement curieux afin de débattre de manière constructive dans le but de construire un avenir meilleur ». Wonderful. The crème de la crème de l’avant-garde des meilleurs penseurs de l’avenir radieux du techno-futur ensoleillé.

Jason Hickel lors des Doha Debates

En 2023, Hickel intervenait à la Beyond Growth Conference (« Conférence au-delà de la croissance ») organisée au Parlement européen par un collectif d’eurodéputés (une vingtaine, issus de cinq groupes politiques), avec le soutien officiel de l’institution et l’appui de nombreuses ONG, think tanks et réseaux académiques européens. L’objectif : mettre en question la centralité du PIB et de la croissance économique dans les politiques publiques européennes, et promouvoir un cadre dit de « post-croissance » conciliant durabilité écologique, justice sociale et stabilité économique. Autrement dit, tenter de penser l’« après-croissance » sans sortir du périmètre institutionnel, technocratique et productiviste de l’UE.

Enfin, Hickel participe au programme Comet, dont il est un des principaux intervenants, parmi une dizaine de personnes, toutes écomarxistes. De quoi s’agit-il ?

« Comet est un programme de formation de 4,5 mois destiné aux jeunes militant∙es britanniques qui cherchent à comprendre le monde et comment le changer. Combinant l’analyse des systèmes avec une stratégie libératrice et des compétences en matière d’organisation, Comet vise à développer les capacités de leadership nécessaires pour construire des organisations efficaces, animées par les citoyen∙nes, en vue d’un changement révolutionnaire.

Le programme Comet est dispensé à travers diverses ressources (notamment des lectures, des vidéos et des podcasts), des discussions de type séminaire, des exercices de groupe et des formations dispensées par des organisateurs et des intellectuels de premier plan. Le programme s’appuie également sur les connaissances et l’expérience existantes des participants, favorisant ainsi un environnement d’apprentissage collectif, d’unité et de confiance. »

En gros, l’idée, c’est de former des écomarxistes militant∙es.

Qui finance le programme Comet ? C’est là qu’on rit jaune. Le financement n’est pas très détaillé. Pour la transparence financière, on repassera. On sait juste que l’argent provient de dons, de levées de fonds et de subventions de fondations (privées). Parmi les fondations listées, on retrouve la Climateworks Foundation, une fondation de type « pass-through », qui redistribue de l’argent en provenance d’autres fondations. La Climateworks a été créée, à la base, par trois fondations : la Hewlett Foundation, la Packard Foundation (deux fondations liées au géant de l’informatique HP), et la McKnight Foundation. Elle reçoit du pognon de la part de très nombreuses fondations, de la fondation IKEA à diverses fondations Rockefeller. La Climateworks est extrêmement riche. Chaque année, elle brasse plusieurs centaines de millions de dollars. Financée par le pognon de milliardaires et de multinationales, elle finance en retour les activités autoproclamées anticapitalistes et révolutionnaires de Jason Hickel et de ses copains. N’est-ce pas mignon.

Autres fondations qui financent le programme : la 128 Collective, créée par Theresa et Tom (Thomas) Preston-Werner, le cofondateur de Github, devenu milliardaire en revendant la boîte à Microsoft. Et le UMI Fund, encore une « pass-through », qui reçoit de l’argent de nombre de fondations, dont celle de MacKenzie Scott (l’ex-épouse de Jeff Bezos), et la IKEA Foundation.

Il s’agit du même écosystème financier qui finance la plupart des grandes ONG écologistes.

Dans l’ensemble, étant donné leurs financements et leurs ancrages institutionnels, il n’est pas étonnant que la vision des écomarxistes rejoigne celle des grandes ONG écologistes et des personnalités comme Cyril Dion (dont les documentaires sont en partie subventionnés par des agences d’État, des entreprises et des fondations privées liées à des entreprises et/ou à des milliardaires). Ils promeuvent tous une même chimère : une civilisation techno-industrielle rendue soutenable (écologique) et réellement démocratique, grâce à toutes sortes de procédés et autres miracles réalisés.

(Je n’ai pas insisté sur l’aspect écologique jusqu’ici, mais l’évidence qui crève les yeux et que les marxistes, éco ou non, s’efforcent d’ignorer, c’est qu’aucune industrie n’est soutenable (propre, verte, ce que vous voulez), et que, selon toute logique, aucune ne le deviendra jamais. Mais quitte à rêver, autant se faire plaisir, non ?)

Les écomarxistes, les écosocialistes, les « décroissants » sauce Parrique/Saito, les grandes ONG écologistes, c’est l’écologie radicale de la civilisation industrielle. C’est sans doute l’écologie la plus radicale que la civilisation industrielle peut autoriser, encourager, promouvoir. L’écologie la plus radicale à l’intérieur du cadre industriel et institutionnel existant. Car le milieu universitaire n’encourage pas – et décourage même activement – la production d’analyses radicalement critiques du monde qui produit l’université.

III

L’université est aujourd’hui insérée dans des chaînes de financement étatiques et privées, dépendante de grandes infrastructures techniques (numérique, laboratoires, etc.), évaluée par des indicateurs de performance issus du management industriel. Une critique radicale de la technologie impliquerait une auto-critique institutionnelle : une remise en question de tout ce qui précède, des laboratoires, des équipements, des partenariats industriels, des financements étatiques, etc. Dissonance structurelle. Dire « certaines technologies sont incompatibles avec une société émancipée » reviendrait à dire : « certaines des conditions de possibilité de mon propre travail sont problématiques ». Aucune institution n’a intérêt à encourager ce type de contradiction réflexive.

L’université a été conçue comme une institution d’amélioration ou d’optimisation d’un certain ordre socio-économique. Elle est structurellement portée vers une sorte de solutionnisme (« il faut mieux utiliser ces technologies et industries »). Or la critique anti-industrielle ne vise pas l’amélioration ou l’optimisation de l’existant. Elle rejette l’industrialisme et son monde. Une telle perspective n’est, en gros, ni exprimable ni recevable dans le cadre académique. À ça s’ajoute le fonctionnement des revues scientifiques. Pour être publiable, un article doit coller à des cadres disciplinaires reconnus, dialoguer avec une littérature existante et proposer des analyses jugées « sérieuses », « rigoureuses » et « constructives ». Les critiques radicales de la technologie ou de l’industrialisme, qui prônent des renoncements et des démantèlements plutôt que des « solutions », et qui remettent donc en cause des domaines entiers de recherche, sinon l’entièreté de la recherche universitaire et technoscientifique, sont automatiquement perçues comme excessives, non scientifiques ou autre, et auraient donc beaucoup plus de mal à passer l’évaluation par les pairs (si jamais certaines devaient, par miracle, parvenir jusque-là).

L’université autonome de Barcelone (UAB) où travaille Hickel l’illustre bien. Il s’agit d’une université publique intégrée dans l’appareil étatique catalan et européen et dans l’économie capitaliste ordinaire, qui vit de fonds publics compétitifs (Généralité de Catalogne, État espagnol et surtout programmes européens), ce qui l’oblige à se plier aux logiques d’appels à projets, d’indicateurs et de performance. Elle complète ce financement par des contrats directs avec des entreprises. L’UAB a travaillé, via Henkel Ibérica, avec Henkel (géant allemand de la chimie, des adhésifs industriels et des détergents), mais aussi avec PepsiCo, Air Liquide, Siemens, Damm, Gallina Blanca, Gilead Sciences, Merck/MSD Animal Health ou encore Bioibérica, c’est-à-dire avec des industriels de toutes sortes de secteurs, des matériaux et procédés chimiques à l’agroalimentaire, la nutrition animale, la pharmaceutique et la biotechnologie. Des structures dédiées (unités de contrats, parc de recherche, etc.) servent à transformer le savoir en service, en brevets, en avantages concurrentiels. Rien d’exceptionnel. C’est le fonctionnement normal de l’université. Infrastructure conçue par et pour l’État et le capitalisme, productrice de compétences, d’expertise et de valeur. L’université comme bastion de résistance ou juste espace « neutre », c’est un autre fantasme.

J’en veux aux gens comme Hickel, Parrique et consorts. Clairement. Ils incarnent la récupération et la neutralisation de l’écologie par l’ordre dominant. Ils évitent soigneusement d’approfondir certaines questions, de s’intéresser à certains sujets, d’examiner avec un peu d’honnêteté les critiques qui leur sont faites depuis leur gauche. Ils se complaisent dans le cadre institutionnel, subventionné, relativement médiatique, dans lequel ils évoluent. Pour eux, c’est évidemment tout bénef. Ils gagnent sur tous les tableaux. Ils jouissent à la fois du prestige des institutions où ils sont en poste et d’une certaine renommée et de l’aura du dissident qui pourfend la croissance et le capitalisme.

J’en veux à ces gens, donc, que je considère comme des contre-révolutionnaires professionnels, mais on pourrait considérer que le vrai problème, c’est que leur position devrait être immédiatement perçue comme contradictoire ou à tout le moins douteuse dans les milieux écolo-militants. Prétendre être un rebelle antisystème, anticapitaliste, anti-ordre établi, tout en étant salarié d’une de ses maîtres-institutions ? Tout en évoluant au cœur d’un écosystème institutionnel et financier parfaitement intégré à l’ordre dominant ? Vous vous foutriez pas un peu de nous ?

Le désastre, c’est que les milieux militants trouvent leurs maîtres à penser dans l’institution universitaire (ou technoscientifique en général), qui n’a pourtant pas vocation à fabriquer des révolutionnaires, plutôt le contraire. C’est que même au sein de la contestation de l’ordre dominant, la plupart des gens sont largement colonisés par ses valeurs (mystifiés par des diplômes, des postes institutionnels, habitués à puiser leurs idées dans les médias de masse, d’État ou non, etc.).

Tant que les milieux militants resteront inféodés aux institutions dominantes, ils ne constitueront jamais qu’un simulacre d’opposition.

Nicolas Casaux


  1. Entretien paru dans Socialter n°71, 2025
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  1. Bonjour Nicolas,
    je vous ai lu avec intérêt depuis que je vous ai découvert il y a une dizaine de jours dans la réponse que vous adressiez à la Paduteam sur leur vidéo désastreuse (à mon sens comme au votre apparemment) sur ATR. Mon problème est là. J’ai été lecteur des lumières d’Illich comme vous. J’ai trouvé cela génial. J’ai été ensuite lecteur de Lordon puis Friot puis Rancière puis Malm, j’ai trouvé cela brillant. Et en tirant le fil on se dit qu’on peut essayer de lire de la philo, pourquoi pas ? On commence doucement, l’abrégé du capital, puis Henri lefebvre, puis Goldman, Sève et on se dit qu’on peut lire du Marx finalement, et un peu de Spinoza ça fait pas de mal, et en parallèle Weil, pour penser contre Marx ? Ça donne des bibliothèques bigarrées avec Berlan à coté de Hazan, Segré à coté de Michéa et le Comité invisible appuyé sur Besancenot. Bref, tout ça pour dire qu’ à la fin on voit bien où tout le monde veut en venir, dans la voie qu’il s’est choisi. Sur le panel de couleurs du marxisme, on se rend bien compte que les gros puristes un peu chiants n’ont pas de problèmes avec la mégamachine techno-industrielle (Dominique Pagani en est un exemple criant lorsqu’il pense qu’on pourra toujours prendre le sable du Sahara pour faire du ciment, aïe). Du côté anarchistes libertaires écoféministes technocritiques, on voit bien que ce sont les solutions qui font défaut (il suffit de rompre avec la civilisation techno-industrielle et revenir à des tailles de communautés humaines basées sur l’entraide, trouvez-vous cela moins utopique qu’une réappropriation des moyens de productions ?). C’est là que je ne vous rejoins pas. Vous faites un procès en « institutionnalisme universitaire » aux marxistes Guillibert, Malm, Saïto et autres mais monsieur, qui a les moyens financiers, le capital culturel ou symbolique suffisant pour quitter le navire techno-industriel si ce n’est une poignée de gens issus de familles instituées, éduquées et de catégories sociales supérieures ? Ou alors allez-vous faire aussi le procès de la sociologie et de ce qu’elle nous enseigne ? Donc en disant, de toute votre force et avec toute votre lisible conviction, qu’il nous faut le faire vous ne dites malheureusement pas l’essentiel : COMMENT ? Et vous tombez malheureusement dans un des apports fondamental du marxisme (parmi tant d’autre comme par exemple la dialectique appliquée au social, qui a fait ça avant lui ??) : ce ne sont pas les idées qui animent les peuples, ce sont les luttes pour leurs intérêts de classe au sein d’une société non-homogène. Qui a arraché les conquis sociaux qui vous ont permis d’étudier, de lire, de vous soigner, de penser et d’user de votre liberté individuelle dans cette société rongée par le capitalisme si ce n’est la gauche vous fustigez tant ?
    Mais rassurez-vous je comprends où vous voulez en venir. Pourquoi défendrions nous la gauche radicale alors qu’elle est issue, générée en son sein, de la civilisation techno-industrielle ? Soyons encore plus radicaux, revenons à l’avant industrie, et nous aurons gagné car 1) Plus de capitalisme mortifère, 2) Plus de civilisation techno-industrielle mortifère, 3) Même plus besoin de la gauche anti-capitaliste pour nous sortir de là vu qu’on n’y est même plus ! Et « hop » comme vous dites, retour aux sources, ctrl+Z et on réessaye ! Quand je pense qu’on taxe Friot d’utopiste !
    Pour finir parce que sinon j’y passe la nuit. Le modèle que votre lignée défend m’est fort sympathique et elle compte parmi mes plus grandes claques de lecteur. J’ai presque envie de vous dire si seulement tout ça n’était pas arrivé ! Malheureusement la civilisation techno-industrielle est bien là que vous le vouliez ou non et avec elle des milliards de personnes sont prises dans son étau. Alors faisons simple, 1) on soutient celles et ceux qui luttent au quotidien dans les organisations syndicales, les mouvements, partis, médias libres, organisations et associations ce sont les sentinelles des assauts du capitalisme sur nos vies , 2) on arrache le pouvoir tous et toutes ensemble au gré d’une goutte qui fera déborder le vase de nos conditions sociales, 3) on se réapproprie nos moyens de produire ce dont nous avons besoin et nous décidons collectivement ce dont nous avons réellement besoin, faisons confiance à ce qui adviendra !
    Le communisme comme mouvement réel d’abolition de l’état actuel des choses et puis le voeu (pieux ?) qu’il offre à chaque individu les conditions de possibilité d’une prise de conscience que la pensée techno-industrielle comme progrès menace à très court-terme l’éco-système terrestre.

    1. Salut, dites, ça en fait du baratin.
      1. « il suffit de rompre avec la civilisation techno-industrielle et revenir à des tailles de communautés humaines basées sur l’entraide, trouvez-vous cela moins utopique qu’une réappropriation des moyens de productions ». Oui, parce que même si c’est extrêmement improbable, c’est physiquement, techniquement possible. Contrairement à la réappropriation des moyens de production industriels.
      2. « ce ne sont pas les idées qui animent les peuples, ce sont les luttes pour leurs intérêts de classe au sein d’une société non-homogène. » Fausse alternative, mais belle dichotomie. Moins dogmatiquement, ce sont les deux, au travers d’interactions complexes.
      3. « Qui a arraché les conquis sociaux qui vous ont permis d’étudier, de lire, de vous soigner, de penser et d’user de votre liberté individuelle dans cette société rongée par le capitalisme si ce n’est la gauche vous fustigez tant ? » Oui et c’est grâce à tout ça et donc à l’esclavage, la destruction du monde, etc., que je suis venu au monde. Donc tout ça, c’était formidable. Une belle logique progressiste. Fort heureusement, les humains n’ont pas eu besoin de la gauche pour apprendre à penser. Calmez-vous un peu.
      4. Ce n’est pas parce que le comment d’une sortie de la civilisation industrielle est complexe et conflictuel qu’il faudrait se rabattre sur un comment qui paraît plus simple (la “réappropriation”) alors qu’il est tout aussi complexe et qu’il reconduirait exactement ce qu’il prétend dépasser.
      5. Personne ici ne dit qu’il suffirait que quelques individus “quittent le navire techno-industriel” du jour au lendemain pour aller vivre je ne sais où. La critique anti-industrielle ne dit pas que la solution se trouve dans des styles de vie, des choix individuels, la désertion morale ou que sais-je.

    2. Comment ? Via une révolution antitech (cf le site d’ATR), ce n’est pas une « solution » (il n’y en a pas) c’est juste notre unique chance de sortir du désastre industriel actuel, avant de pouvoir tenter de changer le reste (inégalités etc).

  2. «D’autre part, tout en nous assurant que l’on pourra tout socialiser, autogérer, démocratiser, l’écosocialisme entend confier l’avenir à des experts éclairés, à des scientifiques, à des modèles, des indicateurs, des calculs et des dispositifs techniques complexes, entérinant ainsi la séparation fondamentale entre celles et ceux qui savent et celles et ceux qui obéissent.»

    Sur ce paragraphe me vient d’autant plus l’image suivante:
    en imaginant que nous ayons créé la machine autonome parfaite dans les cadres actuelles de destruction de l’environnement (extraction/transformation continue sinon accélérée, sans gâchis, sans rejets d’un point de vue humain pour satisfaire une population dont la croissance est elle-même dirigée par cette machine) et de rationalisation des coûts et de l’emploi (confiés en totalité à des automates les plus efficients), c’est à dire celle qui se passe non seulement de tout ceux qui savent et de tout ceux qui obéissent à ses contraintes de fonctionnement, celle qui sait où puiser ses ressources pour fonctionner et s’autoréparer ou, le nec plus ultra pour des technolâtres, s’autorépliquer, bref la machine perpétuelle, ultime et qui ouvre l’univers au fantasme cornucopien promis depuis des siècles.
    Que va-t-il donc se passer avec un savoir qui devient inutile tant que les externalités de cette mécanique infernale est tolérée ? Peler l’univers de sa matière pour la reproduction infinie, unique et inepte de l’homo senex, le maintient et la complexification de son environnement artificiel et sa quête d’immortalité ?
    Que va-il donc se passer quand ce ne sera plus le cas, c’est à dire par un manque temporaire ou définitif des ressources à proximité ? C’est prévu ? Tout s’arrête et tout meurt d’un coup sans possibilité d’adaptation de l’homo senex car il ne sait plus rien faire, fatigué de tout savoir sur tout ?

    Lycéen en terminale, j’ai été marqué par cette maxime de Marx:
    “Les philosophes n’ont fait qu’interpréter le monde de différentes manières, ce qui importe c’est de le transformer.”
    Notre professeur plutôt «gaulliste» nous avait averti: cela ne se limite pas aux philosophes.
    Aujourd’hui, bien des décennies après, la profusion et le recyclage (merci Charbonneau de nous avoir prévenu sur la ruine de ce monde) des discours autour du ou des «marxismes» qu’il m’a été possible de croiser me dit que c’est bien la chose la plus sensée qu’il m’a été donné de lire.
    Transformer, c’est d’abord détruire.

  3. Bonjour Stephote et Nicolas,
    je me permets de commenter les commentaires car certaines situations me semblent incomplètes, voire insuffisantes (sans prétention aucune d’avoir la complétude ou la totalité 😉 ) :
    1- « Ça donne des bibliothèques bigarrées avec Berlan à coté de Hazan, Segré à coté de Michéa et le Comité invisible appuyé sur Besancenot ». C’est une nécessité il me semble, nul ne détient LA vérité. L’ennemi étant le Capital, il est insaisissable et difficilement palpable tellement il a absorbé de concepts (la loi de la valeur, le prolétariat, le spectacle, la technique, etc. et tout dernièrement le futur grâce à l’innvoation permanente). Une juste représentation de cet élément sans forme est complexe et il n’y a pas de chapelle, à ma connaissance, qui soit capable d’en fournir une définition simple… La construction de cette abstarction se fait nécessairement par une lecture bigarrée.
    Et si je puis me permettre il manque à votre bibliothèque l’inestimable « Obsolescence de l’Homme » de Gunter Anders qui introduit le concept d’anthropomorphisme du Capital et par là d’absorption de l’homme. Grsos résumé, le capital domine l’homme, en prend les caractéristiques (le Capital est avant tout un rapport social) : l’Homme devient Capital à son tour. Il devient obsolète. C’est vertigineux…
    2- « Du côté anarchistes libertaires écoféministes technocritiques, on voit bien que ce sont les solutions qui font défaut (il suffit de rompre avec la civilisation techno-industrielle et revenir à des tailles de communautés humaines basées sur l’entraide, trouvez-vous cela moins utopique qu’une réappropriation des moyens de productions ?) ». Il me semble bien simpliste de penser que quelque individu sur cette planète détiendrait LA solution. Mignon certes, mais simpliste. Le Capital est une drôle d’oiseau : plus on le combat, plus on essaye de le ralentir, plus on lutte contre et plus il se renforce, plus il récupère pour renvoyer sa force à l’adversaire. Un exemple criant de ce phénomène : les manifestations… ces événements génèrent plus de Capital qu’ils n’en font perdre. Il faut acheter les grenades lacrymo, payer les déplacements des Playmobils, signer des contrats avec les ervices de remise en état, les gardés-à-vue doivent prendre un avocat etc. Bref vous voyez l’idée. Le Capital ne cesse de créer à toute occasion un incrément (l’intérêt). Donc quelle solution ? Les écoféministes ont une posture de se mettre « en-dehors » qui me semble compatible avec la logique d’incrément du Capital : si tu ne participes pas à quelque chose, tous les incréments liés n’existeront pas. C’est cohérent et solide théoriquement.
    Alors certes ça ne plait pas à nos théoriciens marxistes qui ne voientqe par la révolution et la planification… Maias c’est juste qu’ils sont eux aussi obsolètes. Ils n’ont pas pris acte de l’échappement du Capital. Pourtant Marx l’évoque à la fin de son oeuvre (grundrisse, urtexte, livre IV et chapitre inédit du Capital) mais c’est une autre histoire.
    3- « Malheureusement la civilisation techno-industrielle est bien là que vous le vouliez ou non et avec elle des milliards de personnes sont prises dans son étau. » Pour toutes les raisons évoquées ci-dessus, je réfute vos 3 points du « Alors faisons simple » mais je garderai la fin « faisons confiance à ce qui adviendra ! » pour les communautés qui se seront multipliées au fil du temps en dehors du monde du Capital et qui provoqueront je l’espère une inversion du processus, sur le long terme.
    4- Si il existe une solution, elle est à chercher dans l’espèce, sa psyché, ses origines et surtout la rupture de continuité avec le cosmos, opérée au néolithique lors de la pré-domestication de l’espèce… C’est une vaste question, mais plutôt que la confronter par l’opposition de modèles, nous devrions nous compléter. La dynamique inimitié-amitié doit cesser car c’est la racine des oppositions. Tant que cette dynamique opère, le Capital domine…
    Bonne continuation.

    1. Séb,
      J’ai du mal à suivre vos analyses en ce qui concerne le capital, mais ce que vous esquissez sur le marché de la violence d’État est juste, même si vous n’allez pas assez loin. Les moyens technologiques du tout répressif, de la surveillance de masse et du contrôle des populations, sont un des derniers porteurs d’espoir du cycle infernal de la valorisation de la valeur, sans parler du marché de l’armement technologique et des partenariats public privés (Dassault, CEA, Ariane Group, Nexter). On peut lire Claude Serfati à ce sujet (L’État radicalisé. La France à l’ère de la mondialisation armée – 2023), même si c’est un horrible universitaire. Bizarrement, Nicolas, ne nous parle jamais de ces enjeux techno-industriels sur son site, ils préfèrent nous parler des éoliennes, des panneaux solaires, et de Karl Marx (je le taquine volontairement).

  4. Parler « d’écomarxisme » est un néologisme au sens psychiatrique du terme, c’est à dire d’un mot créé par le malade mental par déformation de phonèmes, substitution, etc. (Les néologismes renvoient au diagnostic de psychose ou d’aphasie sensorielle – Larousse).

    Il y a beaucoup d’inepties sur la nature profonde du système capitalisme dans ces commentaires, donc je me permets de renvoyer ceux qui le souhaitent vers un lien très court, simple et clair, qui décrit parfaitement cette dynamique mortifère sur le plan théorique :

    https://www.palim-psao.fr/2018/09/le-caractere-anti-ecologique-du-systeme-capitaliste-par-benoit-bohy-bunel.html

    Ceci étant dit, est ce que les théories peuvent changer le monde ? Est ce que les sites internet, les blogs, les forums, les débats intellectuels, peuvent changer le monde ? La réponse est non. Est ce qu’internet peut changer le monde ? La réponse est non, même si Internet peut déclencher des mouvements de masse insurrectionnels (Gilets Jaunes, Black Live Matter, Gen Z), cela ne change rien. Mais ce n’est pas par hasard si le régime des mollahs iraniens à couper les serveurs numériques pour mieux noyer la révolution dans le sang, et malgré ces mesures, des images du massacre se sont diffusées dans le monde.

    Mais de manière beaucoup plus générale, est ce que ce sont les idées qui dirigent le monde ? Ou bien, est ce que ce sont les conditions de vie des êtres humains qui déterminent leurs idées ? Question intéressante, mais insuffisante. La problématique devient tout autre que ce débat philosophique entre idéalistes et matérialistes (ou les deux) en ce début de 21e siècle. Ce qui détermine désormais les conditions même de la pensée humaine, ce sont les changements qui sont entrain de se produire dans la biosphère, c’est à dire, que ces changements sont entrain de décider des conditions même de la possibilité d’une pensée humaine. Il est tout à fait probable qu’en cas d’effondrement du capitalisme, toute possibilité de pensée humaine soit purement et simplement anéantie pour ceux qui auront survécu. Donc, le problème est simple, soit on sort du capitalisme de toutes les façons et de toutes les manières possibles, soit toute possibilité de réflexion risque de disparaître à cause du choc traumatique de l’écroulement.

  5. Nicolas,
    Je me permets de te reposer une question à laquelle tu n’as pas répondu dans mes précédents commentaires, bien que ce ne soit pas le sujet de cet article.
    Quelle est ta position face aux vaccins obligatoires pour les nourrissons aujourd’hui en France (la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite, la coqueluche, l’infection à Haemophilus influenzae b, l’hépatite B, la méningite, le pneumocoque, la rougeole, les oreillons et la rubéole) ? Est ce que tu es sur la même ligne que le ministre de la santé anti vax et conspirationniste John. F Kennedy de l’administration Trump (les vaccins ne sont plus obligatoires en Floride et les médecins lancent l’alerte dans les hôpitaux de cet État républicain face à la recrudescence de la mortalité infantile) ?
    Je sais que c’est une question piège, mais je sais aussi que tu es en mesure d’exposer clairement tes arguments.

  6. Dans les mouvements de masse insurrectionnels liés à Internet, j’ai oublié l’assassinat de Naël par la police qui nous a touché récemment ici en France.

    1. Ah, j’avais oublié le mépris de la gauche pour la police. Et oui, Nahel, pleurons sur ta mort comme sur ta vie de caîd méprisant qui, sans douter, crache sur les femmes les homos et les flics qui empêchent de jouir. Nahel aussi est le résultat de l’abandon du peuple à son pays, laissant de pauvres policiers faire le sale boulot en espérant gratter des miettes et faire l’argent pour se gaver en thaïlande.

  7. Il n’y a ni blancs, ni noirs, ni religions, face aux milices de l’État qui défendent les intérêts de la classe dominante. Les Gilets Jaunes qui ont été férocement réprimés par les BAC des banlieues parisiennes, et qui sont censées lutter contre les réseaux criminels, en sont le parfait exemple. Je ne connais pas « l’anti-machinisme dans l’Etat Espagnol », mais je me doute qu’ils étaient du côté des phalangistes contre les anarchistes. Regardez ce qui se passe dans la rue aux USA avec ICE, demain ce sera chez nous, et plus personne ne pourra dormir tranquille.

  8. salut Fred (aah quel vilaine contrepétrie). Heureusement, je suis protégé de ton anathème par Pasolini « si le fascisme revient sur scène, il s’appellera antifascisme ». Les bandes de jeunes hommes méprisants et violents qui tiennent les quartiers s’appelaient squadristes sous mussolini. Le mépris des femmes et des homos, le culte de la violence sont partagés aussi par ces terreurs que tu aimes ériger en martyr comme ce pauvre Nahel.
    Et pour revenir à ta prime idée, parce que ton anathème m’agace un peu, sortir du capitalisme, pour rester dans l’économisme ? amitiés

    1. Becker,
      Pas facile de se parler comme ça. Je me suis excusé plus haut pour les anarchistes espagnols. Pas pour les violences policières. Non, je suis pour l’imagination au pouvoir, et l’abolition de l’économie. La liberté commence dans les assemblées populaires.
      Bonne soirée

    2. C’est pas une contrepèterie, c’est du verlan.
      Je regrette également de vous avoir traiter de facho. On ne se connaît pas. Il faut que vous sachiez que la police tue dans les quartiers populaires en toute impunité. Je connais personnellement des gens qui ont perdu un membre de leurs familles et qui n’étaient pas des criminels. Lisez Mathieu Rigouste et Claude Serfati, vous découvrirez la face la plus sombre de l’État français. Sur ce site, on est bien placé pour connaître la violence inouïe avec laquelle les militants écologistes pacifiques sont réprimés par la police (Sainte Soline, A69, Bure etc.).

      Les bandes dont vous parlez dans l’État fasciste mussolinien, le lumpenprolétariat (Marx), dont les résidus en dégénérescence ont assassiné Pasolini, sont une inépuisable armée de réserve qui peut être enrôlée par les gouvernements pour servir de dernier rempart à l’oligarchie en cas d’insurrection à cause d’une crise économique majeure. C’est ce qui est entrain de se produire avec ICE aux États-Unis. L’État Fédéral a amnistié les insurgés qui étaient en prison pour avoir envahi le Capitole après l’élection de Joe Biden, en leur donnant 50 000$, un fusil d’assaut, et un permis de tuer. Que représente cette police que vous respectez tant ? La République, la démocratie et l’État de droit, ne sont que les masques de la classe dominante qui lorsqu’ils tombent en période de crise générale, dévoile sous son jour le plus crue son vraie visage : celui d’une bande armée prête à s’accaparer les dernières richesses d’un monde qui agonise dans le meurtre. Les artisans, les petits commerçants, les petits patrons, les agriculteurs, en bref, la petite bourgeoisie, mais aussi, les classes moyennes, les employés et les fonctionnaires, sont entrain de mourir en France, et demain, leurs rejetons déclassés n’auront pas d’autres choix que de s’enrôler dans les milices gouvernementales pour aller faire la chasse à de pauvres bougres encore plus misérables qu’eux quand les extrêmes droites européennes seront arrivées au pouvoir.. C’est déjà le cas en Italie ou l’Histoire bégaye. Et c’est ce qui nous attends en France. Alors, oui, j’emmerde le gendarme, et je ne me fais aucune illusion quand à l’avenir.

      1. Salut. excuses acceptées, t’es pas le premier. Merci d’avoir été curieux. Rigouste, j’ai lu. Mais anti-flic, ça va pas non plus. J’ai été bercé par cette vision angélique du vilain flic et du pauvre immigré de quartier « populaire », c’est pas faux mais c’est pas vrai non plus. Je te laisse aller voir sur un site internet qui s’appelle « collectif lieux communs » qui faisait des émissions sur radio libertaire avant de se faire jeter comme tu m’a jeté et comme moi j’aurai pu le faire. Tu peux y aller sans retenue, j’ai tout épluché, je croyais au départ que c’était une officine de recrutement d’un truc de nazis et c’est tout sauf ça. La revue de presse va de charlie hebdo au figaro. Le souci présent, en dehors de la Technique dont Le Partage nous aide bien à réfléchir (ou la grande mue comme dit Charbonneau), c’est qu’on ne voit pas l’islam conquérant s’installer dans notre embryon de république d’égaux et que bardella en profite pour faire sa place.
        fraternités

        1. Merci pour ce lien. Cornelius Castoriadis est très certainement un des penseurs majeurs du 20e siècle, dont la pertinence des analyses socio-politiques et l’esprit de logique implacable débordent encore largement en ce début de 21e (L’institution imaginaire de la société – 1975). Les courants anti-industriels rêvent d’une société sans production ni consommation, et donc, d’une société sans société. Mais cela n’allège pas le poids qu’ils pèsent sur l’écologie politique, car ils ont au moins le mérite de montrer qu’une société ayant pour fondement la rationalité du progrès techno-industrielle est une impasse. Ce sont des empêcheurs de tourner en rond doctrinaires. Voilà ce qu’en disait C. Castoriadis en 1973 (Technique) : « Il est pourtant légitime de se demander si [chez eux], au niveau le plus profond, il y a par rapport à Marx autre chose de changé que le signe algébrique affectant la même essence du technique.  » En gros, coté positif, la technique comme aboutissement et fin de l’Histoire, et coté négatif, la technique comme incarnation du mal absolu. La vérité gît probablement enfouie quelque part entre les deux.

          On ne peut pas comparer le fascisme Mussolinien avec celui de Trump. Le fascisme implique une adhésion massive de l’individu et de la société autour d’un mythe qui justifie la liquidation totale des institutions existantes. Et faire table rase du passé ne peut qu’aboutir au crime. Ce n’est pas du tout le cas des MAGA, qui au mieux, ne sont qu’un embryon d’autoritarisme impotent qui déclenche des mobilisations massives de la société civile et qui ne fait que démontrer la solidité des institutions outre Atlantique, et notamment, de l’indépendance des États face au pouvoir central fédéral. Cependant, ces mobilisations ne sont que la démonstration manifeste de leur incapacité à promouvoir l’autonomie de l’individu et de la société. Comme les Gilets Jaunes. C’est juste du « révoltisme » qui rappelle étrangement les jacqueries de l’ère féodale. La seule analogie qu’on puisse faire entre les deux vis à vis de leurs sympathisants respectifs, c’est la fascination pour la force brutale représentée par un tyran. C’est une constante caractéristique de la psyché humaine qu’on retrouve à travers toute l’histoire.

          En ce qui concerne l’Islam, il faut faire la différence entre la religion, et la religion en tant qu’instrument politique. Là aussi, on retrouve la constante de la fascination pour l’incarnation de la force brutale depuis la révolution islamique en Iran de l’ayatollah Khomeini (1979) chez les musulmans chiite. Et cette idéologie extrémiste a été renforcée par les attentats de Ben Laden coté sunnite (2001). Les deux idéologies se renforcent mutuellement dans leurs désirs de suprématie en opposition frontale. Mais elles consistent l’une comme l’autre à s’inspirer du fondamentalisme religieux le plus rétrograde pour opprimer leurs populations. Pour Bardella et compagnie, et leur fantasme d’une France qui n’a jamais existé et qui n’existera jamais et qui reste entièrement soluble dans l’ère néolibérale du capitalisme, c’est effectivement une opportunité inespérée qu’ils exploitent à fond sur le plan politique. Mais, là aussi, on peut dire que les deux ne font que se renforcer mutuellement pour tenter de pallier l’usure socio-historique irréversible de leurs sociétés respectives. C’est la biosphère qui aura le dernier mot et elles devront toutes se plier devant son dessein inconscient pour disparaître et pour renaître.

    3. Le capitalisme n’est pas le probleme, comme je’espere avoir le temps de le demontrer dans un prochain post. L’etat est le probleme, et sans etat pas de capital.
      Quand a Nahel, le probleme des flics, c’est qu’il n’ont pas pour mandat de nous proteger des trafiquants, mais d’assurer la paix civil et proteger l’etat. C’est pour cela qu’il laisse les emeutier tout detruire mais eborgne voiontiers les gilets jaunes. Le trafic est compatible avec un etat fonctionnel, du moment qu’il reste cantonne aux zones peripheriques, ils maintient les masses dans la torpeur. Pas les gilets jaunes.

      C’est pour cela que l’on sombre dans une dystopie, dont on nme finira, a la fin des fins, par sortir qu’en nopus reappopriant notre propre defense, tout comme les dealers. Nous avons vecu dans une epoque ou la violence civile etait miniḿal ce qui nous a fait croire en la realite d’un etat protecteur. C’est fini (au moins dans cetrains lieuc ou j’i hasbite et ou on ne se promene pas ou on veut et quand on veut).

  9. « Se réapproprier notre propre défense » Nous partagions ce même constat avec un ancien collègue qui lui aussi a été objecteur de conscience. Ironie du sort. En évitant la glissade de la National Rifle Association… Pour contrer l’Etat leviathan et favoriser la réappropriation, une réflexion peut aussi se mener vers le sens du désuet « intérêt commun », commun, s’opposant à « particulier » et à « communautaire » et pouvant regrouper tous les habitants d’un même territoire, ce qui s’appelait « intérêt national » (oh le mot repoussoir pour les copains) et refaire société. On peut se retrouver au delà des clans partisans (pour ou contre la croissance) autour de l’intérêt national, qui concerne le lieu où l’on vit, dans le futur et pour tous les habitants. C’est peut-être l’état d’esprit des « anti-machinistes dans l’Etat espagnol » cité plus haut.

  10. Je ne crois pas a la nation. Je suis occitan et breton et je ne me suis jamais senti francais et je ne verserai pas mon sang pour la ₣rance. Mes ancetre ont assez donne et je ne pense pas qu’il y’ai beaucoup de monde qui soit pret a se defendre la France si par exemple Poutine decide de nous attaquer. La nation est une construction moderne, lie a l’etat.
    Quand j’etais jeune,dans le village occitan de ma mere, les gens se connaissaient tous, avait des racines dans la terre, parlait le meme patois et etait condamnes a vivre ensemble. Aujourd’hui tout a change, les gens ont changes, bougent, n’ont aucun rapport a la terre.
    Mais cela peut renaitre par la force des choses. Il y’aura des communaute qui se creeront, non pas sur une utopie, mais sur une realite. vivre dans les metropoles est devenu inhumain et dangereux,ce n’est plus un lieu ou elever des enfants. Et on est force de se defendre car ce n’est pas l’etat qui combat les traffics et la corruption.
    Nous n’auront peut etre pas acces aux memes armes, mais le travail physique, le sport, l’hygiene de vie fait que nous resteront vif et seront respecte. Je vis en Suede et je ne voie pas les mecs de gangs s’aventurer en foret, ce serait pourtant un lieu ideale pour entreposeer des stups, mais pas de route, des marecages, c’est pas leur truc et ca ne le sera jamais.

  11. Fred, pour les histoires de Technique, plutôt que le mal absolu, je verrais plutôt le mal ignoré ou divinisé qui en devient nuisible. Mon anti-technologie ne demande qu’à mettre la technique nue et la mettre à sa place.
    Kervennic, mon histoire de nation est une idée d’émancipation des peuples du XIXème mise à mal par les nationalismes du XXème (et donc pestiférée à gauche). Dans la pratique,hors la nation, ne reste que les empires (au sens de Ibn Kaldoun) et les peuples premiers à fonctionnement tribal à l’écart. Et qui dit intérêt commun national dit dépassement possible de l’égoïsme capitaliste actuel. Et qui dit nation dit Etat, le plus minime étant le moins nuisible. Et oui, les gangs exècrent le campagnard méprisable bon pour la razzia mais même dans ma petite ville le caîdat règne la nuit et dans les quartiers communautarisés.
    salut

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