Vincent Mignerot, le non-sens et la nuisance fataliste

De l’apathie à la défense de l’inhumain

 

« Oui, seuls nous sommes rai­son­nables ; les autres sont insen­sés. »

 « Toi, tu as la langue agile et tu parais rai­son­nable ; mais dans tes paroles il n’y a pas ombre de bon sens. »

—     Euri­pide, Les Bac­chantes

« Être fata­liste, cette façon d’accueillir, de toute sa paresse, l’é­vi­table. »

—     Nata­lie Clif­ford Bar­ney

« Je ne crois point que la nature
Se soit lié les mains, et nous les lie encor,
Jus­qu’au point de mar­quer dans les cieux notre sort.
               Il dépend d’une conjonc­ture
               De lieux, de per­sonnes, de temps ;
Non des conjonc­tions de tous ces char­la­tans. »

—    Jean de La Fon­taine, L’Ho­ro­scope

 

Avant d’en venir au vif du sujet, à la rai­son pour laquelle nous avons écrit ce billet, une his­toire, que nous rap­porte Sophie Cha­pelle de Bas­ta Mag :

Ber­ta Cáceres, mili­tante éco­lo­giste et diri­geante du Conseil citoyen des orga­ni­sa­tions des peuples amé­rin­diens du Hon­du­ras (Copinh) a été assas­si­née le 3 mars [2016], « des incon­nus l’ont abat­tue chez elle ».  La police hon­du­rienne affir­ma immé­dia­te­ment « que l’assassinat avait été com­mis par des voleurs », mais la famille et les amis de la mili­tante éco­lo­giste sont per­sua­dés qu’elle a été tuée pour son com­bat. « C’est un crime poli­tique du gou­ver­ne­ment », a décla­ré Car­los H. Reyes, diri­geant du Front natio­nal de résis­tance popu­laire.

L’Humanité pré­cise :

Le triste sort réser­vé à cette célèbre mili­tante éco­lo­giste n’est pas un cas iso­lé. Selon le rap­port de l’ONG Glo­bal Wit­ness, 2015 fut une année macabre pour les mili­tants éco­lo­gistes et les peuples indi­gènes en lutte pour pro­té­ger leurs terres, leurs cours d’eau ou leurs forêts contre la des­truc­tion mas­sive et l’accaparement par des géants indus­triels. Le bilan fait froid dans le dos : au moins un assas­si­nat lié à des enjeux envi­ron­ne­men­taux est per­pé­tré tous les deux jours. Un chiffre inquié­tant, en hausse de 59 % par rap­port à 2014. Mais ces don­nées ne sont que la par­tie visible de l’iceberg, « le chiffre réel est sans aucun doute plus éle­vé. Pour chaque assas­si­nat que nous avons été en mesure de docu­men­ter, d’autres n’ont pu être véri­fiés, ou n’ont pas été signa­lés », indique le rap­port.

En lien avec cette his­toire, et afin d’é­lar­gir notre pers­pec­tive, un bref rap­pel : les États-nations modernes — s’inscrivant eux-mêmes au sein d’une seule civi­li­sa­tion orga­ni­sée et fonc­tion­nant à l’échelle pla­né­taire — sont pro­fon­dé­ment inéga­li­taires, les dis­po­si­tions éco­no­mi­co-poli­tiques y ali­mentent non seule­ment la crois­sance des injus­tices entre les êtres humains, mais éga­le­ment des des­truc­tions et des pol­lu­tions envi­ron­ne­men­tales tou­jours plus nom­breuses — 6ème extinc­tion de masse, empoi­son­ne­ment uni­ver­sel (cf. Fabrice Nico­li­no), défo­res­ta­tion, aci­di­fi­ca­tion des océans, pol­lu­tions des océans (plas­tiques, déchets en tous genres), réchauf­fe­ment cli­ma­tique, des­truc­tions et pol­lu­tions des sols arables, pol­lu­tions de l’air que nous res­pi­rons (aujourd’hui clas­sé can­cé­ri­gène), etc.

Les struc­tures de ces socié­tés, de ces États-nations par­fois réunis en orga­ni­sa­tions supra­na­tio­nales, loin de faire l’unanimité, sont l’objet de vives ten­sions internes comme externes.

Ce sur quoi Howard Zinn insiste, dès l’introduction de son livre Une his­toire popu­laire des États-Unis De 1492 à nos jours :

Les nations ne sont pas des com­mu­nau­tés et ne l’ont jamais été. L’his­toire de n’im­porte quel pays, pré­sen­tée comme une his­toire de famille, dis­si­mule les plus âpres conflits d’in­té­rêts (qui par­fois éclatent au grand jour et sont le plus sou­vent répri­més) entre les conqué­rants et les popu­la­tions sou­mises, les maîtres et les esclaves, les capi­ta­listes et les tra­vailleurs, les domi­nants et les domi­nés, qu’ils le soient pour des rai­sons de race ou de sexe. Dans un monde aus­si conflic­tuel, où vic­times et bour­reaux s’af­frontent, il est, comme le disait Albert Camus, du devoir des intel­lec­tuels de ne pas se ran­ger aux côtés des bour­reaux.

L’histoire, celle que l’on dis­tingue de la pré­his­toire, qui cor­res­pond à peu près à l’ère tem­po­relle des civi­li­sa­tions humaines (pour une défi­ni­tion de civi­li­sa­tion, suivre ce lien), et que les dif­fé­rents pro­grammes d’éducation natio­nales enseignent aux étu­diants de leurs nations res­pec­tives, est, en résu­mé, un long récit de guerres et de luttes, de conflits, de com­bats, de batailles et de dis­putes entre dif­fé­rents groupes humains civi­li­sés, et/ou de groupes humains civi­li­sés contre d’autres groupes humains sauvages/barbares.

Pour reprendre les mots de Phi­lip Sla­ter : « l’his­toire […] est en très grande majo­ri­té, même aujourd’­hui, un récit des vicis­si­tudes, des rela­tions et des dés­équi­libres créés par ceux qui sont avides de richesse, de pou­voir, et de célé­bri­té. »

Bien que cette période soit rela­ti­ve­ment brève com­pa­rée à la durée de l’existence de l’être humain, elle est consi­dé­rée et trai­tée comme la plus inté­res­sante et signi­fi­ca­tive par les auto­ri­tés cultu­relles de notre temps, et pré­sen­tée comme telle aux popu­la­tions des États-nations modernes.

Pour en reve­nir à ce qu’­Ho­ward Zinn a écrit, depuis l’avènement de la civi­li­sa­tion, cet « affront à la digni­té humaine » pour Lewis Mum­ford, l’histoire des hommes en est une de conflits et de coer­ci­tions où des êtres humains luttent et meurent, au nom de l’expansion de la civi­li­sa­tion ou en réac­tion contre celle-là et son « usage de la contrainte et de l’embrigadement métho­dique, sou­te­nus par un déchaî­ne­ment de vio­lence » (Mum­ford).

Dans les deux cas, ceux qui luttent et meurent dans les conflits de civi­li­sa­tion ne sont jamais les membres de ses classes sociales diri­geantes, ain­si que le rap­pelle Eugene Debs, « Les maîtres ont tou­jours décla­ré les guerres ; les classes asser­vies les ont tou­jours menées. La classe des maîtres avait tout à gagner et rien à perdre, tan­dis que la classe assu­jet­tie n’avait rien à gagner et tout à perdre – en par­ti­cu­lier la vie. »

La divi­sion de la socié­té en de telles classes, ou castes, existe depuis l’avènement des pre­mières civi­li­sa­tions, même si leurs limites internes et leurs nombres ont pu varier avec le temps. La socié­té de masse, la civi­li­sa­tion, ne pour­rait exis­ter sans une hié­rar­chi­sa­tion impor­tante.

Il est impor­tant, à ce pro­pos, de rap­pe­ler que l’existence des Etats-nations modernes ne découle pas de pro­ces­sus démo­cra­tiques, ce que sou­ligne Ber­nard Char­bon­neau dans son livre L’Etat : « Com­ment se consti­tue la Nation ? Rare­ment par le peuple, le plus sou­vent par le Prince. […] A l’origine des grandes nations modernes la volon­té popu­laire et la déci­sion des armes se confondent ; le plé­bis­cite, — quand il a lieu, — n’intervient qu’après coup. » Ain­si le royaume de France don­na nais­sance à la France, le royaume d’Italie à l’Italie, le royaume d’Espagne à l’Espagne, ain­si le « Royaume-Uni », et ain­si de suite. « Mais dans toute l’histoire de l’humanité, vous, le peuple, n’avez jamais eu votre mot à dire dans les décla­ra­tions de guerre, et aus­si étrange que cela puisse paraître, aucune guerre de quelque nation que ce soit n’a jamais été décla­rée par le peuple », Eugène Debs, encore.

Gar­der tout cela en tête est essen­tiel pour ne pas être dupe du fait que l’état actuel des socié­tés humaines n’est pas le fruit d’une volon­té consen­suelle de la majo­ri­té des êtres humains, mais au contraire qu’il est le pro­duit, ain­si que l’ex­prime Freud dans son livre Malaise dans la civi­li­sa­tion, de la volon­té d’une mino­ri­té d’êtres humains « ayant com­pris com­ment s’approprier les moyens de puis­sance et de coer­ci­tion. »

C’est éga­le­ment ce que le livre de l’historien Fran­çois Jar­rige, Tech­no­cri­tiques : Du refus des machines à la contes­ta­tion des tech­nos­ciences, met en lumière, en atti­rant notre atten­tion sur le fait que la marche du pro­grès au sein même de la civi­li­sa­tion et de ses royaumes/états/nations n’a jamais été non plus un long fleuve tran­quille, qu’elle est jon­chée de cadavres, de conflits, d’oppositions popu­laires et de répres­sions éta­tiques.

Aux fron­tières de la civi­li­sa­tion, la marche du pro­grès a fait et fait tou­jours cou­ler le sang sur tous les conti­nents. Les géno­cides de peuples « pre­miers », de « sau­vages » ou de « bar­bares », trop sou­vent pas­sés sous silence, ain­si que l’écocide d’espèces ani­males et végé­tales, conti­nuent à ce jour.

Nous connais­sons tous l’histoire de l’Apartheid en Afrique du Sud, celle de la colo­ni­sa­tion des États-Unis d’Amérique, celle des deux Guerres Mon­diales, de la guerre Froide, de la guerre du Viet­nam, de la guerre d’Indochine, de la guerre d’Algérie, etc., ad nau­seam.  Aujourd’hui encore, des conflits armés ravagent, entre autres, la Libye, la Syrie, la Tur­quie, l’Afghanistan, Israël et la Pales­tine, tan­dis que diverses luttes poli­tiques tour­mentent le Mexique, les Phi­lip­pines, les États-Unis d’Amérique, la France, le Mali, le Nige­ria, et à dire vrai, la plu­part des nations du globe.

Au cœur de tous ces conflits, des vies d’êtres humains et de non-humains, des souf­frances, des des­truc­tions, des prises de posi­tion, des popu­la­tions humaines en par­tie ren­dues ser­viles et déso­rien­tées par des décen­nies voire des siècles de pro­pa­gandes reli­gieuse, féo­dale, monar­chiste, impé­riale, éta­tiste. Par des siècles de pro­pa­gande civi­li­sa­tion­nelle.

Dans l’éventualité où cer­tains seraient ten­tés de crier au com­plot, pré­ci­sons que la réa­li­té des mul­tiples méca­nismes de pro­pa­gande n’a aujourd’hui plus rien de secret, qu’elle est étu­diée, ana­ly­sée et décrite par de nom­breux uni­ver­si­taires, dont l’un des plus connus est l’états-unien Noam Chom­sky, et par de nom­breux jour­na­listes, comme l’australien John Pil­ger.

Ces quelques pré­ci­sions limi­naires men­tion­nées, nous en arri­vons à l’objet ini­tial de ce texte : dénon­cer l’irénisme, le pater­na­lisme, l’apathie, la teinte de nihi­lisme, le fata­lisme, le supré­ma­cisme, et donc la dan­ge­ro­si­té, de cer­tains écrits et de cer­taines pen­sées, dont celle de Vincent Migne­rot, qui se pré­sente lui-même comme synes­thète, auteur, consul­tant, cher­cheur indé­pen­dant, et enfin pré­sident de l’association Adras­tia.

Si nous pre­nons aujourd’hui la peine d’écrire tout ça, c’est avant tout à cause d’une inter­view publiée sur le site de Le Comp­toir, et dans laquelle Vincent Migne­rot émet une cri­tique de l’organisation éco­lo­gique Deep Green Resis­tance (DGR), dont nous fai­sons par­tie, et d’un autre de ses membres, à savoir l’auteur et mili­tant éco­lo­giste Der­rick Jen­sen (cri­tique émise sans qu’il ait jamais lu un seul livre de Der­rick Jen­sen, en ne connais­sant de lui que quelques textes, ou vidéos, ayant été tra­duits en fran­çais et publiés sur inter­net, mais pas­sons).

Pour ne pas avoir à vous faire subir une phra­séo­lo­gie par trop indi­geste, nous résu­me­rons les asser­tions de Vincent Migne­rot à pro­pos de DGR et de Der­rick Jen­sen et, gros­so modo, sa façon de per­ce­voir le monde.

Une des bêtises cen­trales autour de laquelle se déve­loppe le gali­ma­tias de Vincent Migne­rot est résu­mée par Le Comp­toir ; pour Vincent Migne­rot, et pour Adras­tia, semble-t-il, « le plus humble citoyen comme le plus grand diri­geant ne sont pas plus res­pon­sables l’un que l’autre de ce déclin [l’ef­fon­dre­ment à venir de la civi­li­sa­tion indus­trielle, NdA] et […] ils en seront tous les deux vic­times. »

Qu’il nous faille expli­quer en quoi une telle affir­ma­tion (néga­tion de la lutte des classes) est aus­si fausse que dan­ge­reuse est assez trou­blant. Mais soit. Cette insi­nua­tion insi­dieuse est un affront envers tous ceux qui luttent et tous ceux qui sont morts en ten­tant de s’opposer aux ins­ti­tu­tions et aux organes de la civi­li­sa­tion domi­nante, et du pou­voir en géné­ral. Par exemple, sou­te­nir que les « res­pon­sables » (ou « déci­deurs ») poli­tiques (des expres­sions assez expli­cites), ou que les « diri­geants » (ou « pré­si­dents », ou « direc­teurs ») de cor­po­ra­tions, ne seraient pas plus res­pon­sables des consé­quences éco­lo­giques des ins­ti­tu­tions, des orga­ni­sa­tions ou des infra­struc­tures qu’ils dirigent, que — par exemple — les mili­tants qui s’y opposent et luttent contre, ou que les mil­lions qui n’y com­prennent pas grand-chose — n’y sont pour rien si ce n’est pour ce qu’ils sont sou­mis à une pro­pa­gande inces­sante et omni­pré­sente qui les incite à acquies­cer doci­le­ment ou qui les rend confus, qu’ils ont été dépos­sé­dé de tout droit de regard et de toute influence sur ces choses-là, au point que cer­tains ne votent même plus — est mani­fes­te­ment stu­pide.

Les 10% des êtres humains les plus riches du monde sont res­pon­sables de 50% des émis­sions de gaz à effet de serre. 80 « ultra-riches » pos­sèdent l’é­qui­valent de la richesse des 3,5 mil­liards de per­sonnes les plus pauvres. Cette moi­tié la plus pauvre de l’hu­ma­ni­té n’est res­pon­sable que de 10% des émis­sions de gaz à effet de serre. Le sys­tème éco­no­mi­co-poli­tique de la civi­li­sa­tion ne par­tage abso­lu­ment rien de manière équi­table, ni l’ad­mi­nis­tra­tion de son fonc­tion­ne­ment, ni ses pro­duits ni les pol­lu­tions qui en découlent, mais par­ta­geons donc les blâmes.

L’or­ga­ni­sa­tion de la socié­té indus­trielle est issue non pas d’un consen­sus dyna­mique éma­nant de l’en­semble de la popu­la­tion, mais de struc­tures sociales anti­dé­mo­cra­tiques dont la per­pé­tua­tion est machi­nale, et au sein des­quelles naissent les indi­vi­dus. La majo­ri­té des habi­tants des socié­tés modernes n’ayant, de par leur struc­ture, qua­si­ment aucun impact sur leur fonc­tion­ne­ment, qui, lui, béné­fi­cie lar­ge­ment à une élite occu­pant les postes de direc­tion (PDG, action­naires, et lea­ders poli­tiques), il est absurde de consi­dé­rer que la res­pon­sa­bi­li­té puisse être répar­tie entre tous de manière égale. De plus, comme le sou­li­gnait Alain, « les gens bons ne se sou­cient pas de gou­ver­ner » ; peut-être avons-nous là une autre nuance impor­tante per­met­tant de dis­tin­guer encore d’autres niveaux de res­pon­sa­bi­li­tés. En effet, ceux qui sou­tiennent de manière proac­tive les struc­tures anti­dé­mo­cra­tiques de la socié­té indus­trielle, qui par­ti­cipent à leur main­tien ou à leur déve­lop­pe­ment, sont éga­le­ment à dis­tin­guer de ceux qui luttent contre (en ne votant pas, ou ayant voté pour des poli­tiques qui ne sont pas celles du pou­voir, par exemple).

Pour com­prendre d’où et com­ment émerge une telle affir­ma­tion, il nous faut citer une autre pré­misse cen­trale à la pen­sée-sys­tème de Vincent Migne­rot : le fait que « l’existence humaine » soit « incom­pa­tible » avec la « pro­tec­tion de l’environnement » (citons-le : « si huma­ni­té et éco­lo­gie sont ration­nel­le­ment incom­pa­tibles (à tel point que pen­ser pos­sible la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment relève de l’authentique croyance, peut- être même du délire col­lec­tif), il est tou­te­fois com­pré­hen­sible que nous ayons spon­ta­né­ment besoin d’entretenir un dis­cours ras­su­rant sur ce para­doxe »). Autre­ment dit que l’être humain soit fata­le­ment des­ti­né à détruire son envi­ron­ne­ment.

Cette pré­misse est aus­si ins­crite dans le mani­feste d’Adras­tia (« il ne sera pas sou­hai­té dis­cu­ter au sein de l’association la pro­blé­ma­tique de la pro­tec­tion de l’environnement, nous l’admettons incom­pa­tible avec l’existence humaine »), qui, en gros, n’est qu’un résu­mé de la pen­sée de Vincent Migne­rot.

Une telle pen­sée n’a rien d’étonnant à cette époque de crise éco­lo­gique et sociale pla­né­taire, tan­dis que le « malaise dans la civi­li­sa­tion » atteint des som­mets, très cer­tai­ne­ment en rai­son d’une alié­na­tion tou­jours plus mas­sive.

Quoi de mieux, pour se dédoua­ner, jus­te­ment, que d’élaborer un sys­tème de pen­sée qui affir­me­rait l’impuissance de l’individu et de l’hu­ma­ni­té entière face au poids écra­sant et à l’é­vo­lu­tion impla­cable des « lois de la ther­mo­dy­na­mique » ou de « l’entropie », assi­mi­lés au déve­lop­pe­ment iné­luc­table d’une civi­li­sa­tion des­truc­trice (affir­mer que les lois de la ther­mo­dy­na­mique, l’en­tro­pie, sont res­pon­sables de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle détruise le monde relève du non-sens, pour­quoi ne pas reje­ter la faute sur la gra­vi­té ou sur la force de Corio­lis, ou expli­quer la poli­tique exté­rieure des États-Unis par la pré­sence de l’an­ti­cy­clone des Açores). Tous les choix poli­tiques, toutes les déci­sions cor­po­ra­tistes, toutes les souf­frances, tous les drames, toutes les des­truc­tions, toutes les injus­tices, se retrouvent jus­ti­fiés, expli­qués, et légi­ti­més par un jeu d’abs­trac­tion pseu­do-scien­ti­fique dépour­vu de sens, mais fon­dant sa pré­ten­tion à la véri­té sur l’au­to­ri­té hyp­no­tique, qua­si-incon­tes­tée de tout ce qui relève du domaine de la recherche scien­ti­fique (elle-même un pro­duit du tota­li­ta­risme de la civi­li­sa­tion indus­trielle).

Une autre manière pour lui de jus­ti­fier et de légi­ti­mer la des­truc­tion en cours de l’en­vi­ron­ne­ment par la civi­li­sa­tion indus­trielle est de men­tion­ner la Grande Oxy­da­tion. En effet, voyez-vous, puis­qu’il y a déjà long­temps, la vie s’é­tait atta­qué à la vie (peu importe, au pas­sage, que cette catas­trophe natu­relle ait fina­le­ment entrai­né un accrois­se­ment de la bio­di­ver­si­té), il est tout à fait natu­rel que nous détrui­sions tout. Cette argu­men­ta­tion visant à repé­rer dans le monde natu­rel un évè­ne­ment ou un com­por­te­ment dont les effets pour­raient être rap­pro­chés de ceux de la civi­li­sa­tion indus­trielle, pour la jus­ti­fier, illustre bien l’a­lié­na­tion de la culture domi­nante. L’être humain civi­li­sé, ne par­ve­nant pas à s’in­té­grer au monde natu­rel, à y trou­ver sa place, pré­fè­re­ra, par tous les moyens, affir­mer que son atti­tude est natu­relle, quitte à com­pa­rer les effets de son mode de vie (le plus arti­fi­ciel des modes de vie humains) à une catas­trophe natu­relle. Sans même par­ler du fait qu’une telle argu­men­ta­tion est insen­sée, la catas­trophe éco­lo­gique qu’est la civi­li­sa­tion indus­trielle, ulti­me­ment, ne garan­tit abso­lu­ment pas un accrois­se­ment de la bio­di­ver­si­té, ou un enri­chis­se­ment du vivant plus géné­ra­le­ment (plu­tôt le contraire). Le géno­cide, l’é­co­cide, la traite des noirs, l’es­cla­vage, la bombe nucléaire, la télé-réa­li­té, les 4x4, les caries, les pes­ti­cides, la pros­ti­tu­tion, le viol, tout cela se jus­ti­fie donc et s’ex­plique par la Grande Oxy­da­tion. Natu­rel­le­ment.

Dans son livre Le piège de l’existence, Vincent Migne­rot écrit que « nous par­ti­ci­pons à un pro­ces­sus des­truc­teur, mais ça n’est pas de notre faute et, contrai­re­ment à ce que nous croyons par­fois, nous n’y pou­vons rien. » Ce fata­lisme s’ac­com­pagne d’un supré­ma­cisme humain fla­grant (« l’humanité » serait « la créa­tion la plus com­plexe et intel­li­gente qui exis­te­ra peut-être jamais »). Ras­su­rance exo­né­rante visant à « accep­ter » et à « assu­mer » « ce que nous sommes » (rap­pe­lons donc : une espèce fata­le­ment vouée à détruire son propre envi­ron­ne­ment, pes­si­misme anthro­po­lo­gique par­ta­gé par les libé­raux), et ce que nous sommes TOUS (tous dans un même sac, tous cou­pables, ce qui est bien plus simple pour une pen­sée-sys­tème).

fatalism

Pour com­prendre ce qui engendre la for­ma­tion d’une telle pen­sée, il est éga­le­ment impor­tant de rap­pe­ler que l’individu moderne, en proie à de ter­ribles doutes, peurs et angoisses, liés aux mul­tiples crises qui accablent son exis­tence, a ten­dance à se réfu­gier dans le nar­cis­sisme.

Cer­tains pas­sages du « piège de l’exis­tence » l’illustrent à mer­veille, par exemple : « Qui d’ailleurs se sui­ci­de­rait seule­ment pour sau­ver un monde qu’il ne pour­rait plus voir une fois par­ti ? ». Le concept de « mou­rir pour ses idées », de sacri­fice, est tota­le­ment étran­ger et incom­pré­hen­sible pour les nar­cis­siques. Le monde n’a de valeur qu’en ce que nous y sommes. Après moi le déluge.

Non content d’avoir éta­bli une pen­sée-sys­tème glo­bale, close et fatale (nous allons conti­nuer à détruire car tel est notre des­tin), Vincent Migne­rot attaque ceux qui ose­raient, depuis une « posi­tion pri­vi­lé­giée » (et en tant qu’homme blanc, vivant en France, il en sait quelque chose), voire « méga­lo­mane » (…), « décla­rer avoir com­pris le monde et se posi­tion­ner en-dehors de lui » : c’est-à-dire exac­te­ment ce qu’il fait en pré­ten­dant avoir éla­bo­ré une « théo­rie de tout ».

Nous n’avons pas, chez DGR, de telles pré­ten­tions. Nous ne savons fichtre rien de ce à quoi « l’humanité » serait vouée. Nous consta­tons sim­ple­ment qu’elle est assez mal embar­quée, sur de mau­vais rails, savon­neux et en pente, et ce lar­ge­ment à cause de la civi­li­sa­tion indus­trielle (qu’il est dan­ge­reux et stu­pide d’assimiler à « l’humanité »). Nous nous devons cepen­dant de rap­pe­ler une chose essen­tielle.

L’humanité uni­fiée sur laquelle il fonde ses rai­son­ne­ments n’existe que dans sa tête. L’impact éco­lo­gique des êtres humains varie gran­de­ment au sein même de la civi­li­sa­tion, au sein même de chaque pays, au sein même de chaque classe sociale, où l’on retrouve des indi­vi­dus, des per­sonnes, avec cha­cun ou cha­cune son impact spé­ci­fique. En dehors de la civi­li­sa­tion, et c’est un énorme angle mort de toute sa pen­sée, nous retrou­vons des peuples non-civi­li­sés, dont le mode de vie, pour ceux qui sont encore de notre monde (nous ne détaille­rons pas ça ici, si vous dési­rez en savoir plus, nous vous conseillons de suivre les tra­vaux de Sur­vi­val Inter­na­tio­nal, ou d’anthropologues tels que Mar­shall Sah­lins, Eugene Hunn, Loren Eise­ley, Richard Bor­shay Lee, Irven DeVore, Thier­ry Sal­lan­tin, ou d’autres spé­cia­listes comme John Gow­dy, le bio­lo­giste Paul She­pard, les archéo­logues Donald Gray­son et David Melt­zer, et bien d’autres), a peu chan­gé depuis des mil­liers d’années, et s’avère éco­lo­gi­que­ment stable. Bien enten­du, Vincent Migne­rot s’empresse de nier cela dès le début de son livre Le piège de l’existence — « Pour rap­pel, un mode de rela­tion à l’en­vi­ron­ne­ment pour l’humain qui serait régu­lé au mieux par la vie et n’au­rait ain­si pas d’impact néga­tif sur elle, défi­nis­sant ain­si un « niveau de vie neutre » de réfé­rence cor­res­pon­drait à celui que nos ancêtres homi­ni­dés ont eu au début de la période du paléo­li­thique infé­rieur, il y a plus de 800 000 ans » — étant don­né que cela ris­que­rait de nuire à sa « théo­rie de tout », à sa « dicho­to­mie à l’axe » et autres élu­cu­bra­tions.

Si la lec­ture de mul­tiples ouvrages d’anthropologie apprend quelque chose, c’est qu’unifier « l’humanité » comme le fait Vincent Migne­rot, en met­tant tous les peuples civi­li­sés et non-civi­li­sés dans le même sac, n’a stric­te­ment aucun sens. La mul­ti­pli­ci­té des modes de vie (et donc, des impacts éco­lo­giques) tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du monde civi­li­sé — nous ne connais­sons même pas le mode de vie de cer­tains peuples « sau­vages » qui existent encore actuel­le­ment dans le bas­sin ama­zo­nien et n’ont jamais été en contact avec des civi­li­sés, alors ima­gi­nez la com­plé­tude des connais­sances des civi­li­sés quant aux modes de vie des cen­taines de mil­liers de cultures ayant exis­té au cours de l’histoire de l’être humain — témoigne de la vacui­té d’une telle démarche. Pré­tendre qu’il faille remon­ter à plus de 800 000 ans pour obser­ver des humains au mode de vie éco­lo­gi­que­ment sou­te­nable est un men­songe, pure­ment et sim­ple­ment.

D’a­près John Gow­dy, pro­fes­seur de sciences et tech­no­lo­gies dans l’é­tat de New-York :

Les chas­seurs-cueilleurs sont bien plus que d’intéressantes reliques du pas­sé dont l’histoire pour­rait nous four­nir des infor­ma­tions inté­res­santes sur d’autres manières de vivre. Les chas­seurs-cueilleurs ain­si que d’autres peuples indi­gènes existent encore et nous montrent encore des alter­na­tives à l’individualisme pos­ses­sif du monde capi­ta­liste. Les peuples indi­gènes sont bien sou­vent, et dans le monde entier, en pre­mière ligne des luttes pour la digni­té humaine et la pro­tec­tion envi­ron­ne­men­tale (Nash 1994). Mal­gré les assauts contre les cultures du monde, de nom­breux peuples indi­gènes main­tiennent, et par­fois déve­loppent des alter­na­tives à l’homme éco­no­mique (Lee 1993, Sah­lins 1993). Ces alter­na­tives pour­raient un jour nous mener vers une nou­velle éco­no­mie, éco­lo­gi­que­ment sou­te­nable et socia­le­ment juste.

Ou, comme nous pou­vons le lire dans une étude sur « les rôles et les impacts des chas­seurs-cueilleurs sur les chaines ali­men­taires marines du Paci­fique Nord », publiée le 17 février 2016, sur le site de la revue scien­ti­fique Nature :

[…] Un four­ra­geage impor­tant, assis­té par une tech­no­lo­gie limi­tée, et pra­ti­qué par une popu­la­tion humaine aux proies chan­geantes, sou­te­nait l’intégrité éco­lo­gique.

Ou encore, comme l’ex­plique Madhav Gad­gil, pro­fes­seur de bio­lo­gie à Har­vard, dans un arti­cle sur « les savoirs indi­gènes et la conser­va­tion de la bio­di­ver­si­té » :

Les preuves abondent de savoirs et de pra­tiques indi­gènes asso­ciés à une aug­men­ta­tion de la bio­di­ver­si­té envi­ron­ne­men­tale.

Nous, chez DGR, esti­mons donc que la civi­li­sa­tion est un mode de vie insou­te­nable par essence mais qu’en dehors de celle-ci, l’être humain peut vivre de manière sou­te­nable. Nous n’af­fir­mons pas que tous les peuples non-civi­li­sés vivent de manière éco­lo­gique (quoi que ce soit le cas de nombre d’entre eux), seule­ment que la civi­li­sa­tion empêche toute pos­si­bi­li­té d’un mode de vie sou­te­nable.

Nous ne pré­ten­dons pas non plus à l’om­ni­science. Nous ne nous per­met­tons pas d’unifier ain­si l’humanité à tra­vers le temps et à tra­vers l’espace afin d’établir de grandes lois uni­ver­selles, nous remar­quons seule­ment qu’elle est, encore aujourd’hui, mul­ti­forme. Si la diver­si­té des cultures humaines exis­tant actuel­le­ment ne peut être appré­hen­dée par une seule per­sonne, parce que n’étant même pas connue de manière exhaus­tive, une telle pré­ten­tion à l’échelle de toute la durée de l’existence humaine est d’autant plus insen­sée. Contrai­re­ment à Vincent Migne­rot, qui, rap­pe­lons-le, n’est pas anthro­po­logue, mais qui se per­met d’u­ni­fier l’humanité dans sa tota­li­té pré­sente, pas­sé et future, et ain­si de par­ler d’elle comme d’un tout uni­forme, tout en se pro­té­geant d’une cri­tique qui lui repro­che­rait d’assimiler l’humanité à ce qu’elle n’est peut-être pas (« ceux qui ne le pour­ront pas conti­nue­ront à s’illu­sion­ner de dis­cours lau­da­teurs sur eux-mêmes et opti­mistes sur ce qu’ils ima­ginent être l’hu­ma­ni­té, mais incom­pa­tibles avec le réel, et la véri­té »), parce que la seule et unique « véri­té » sur ce qu’est « l’hu­ma­ni­té », c’est la sienne. Et pour­tant, comme il le recon­naît :

Ne serait-ce pas d’ailleurs s’of­frir une posi­tion pri­vi­lé­giée, voire méga­lo­mane (cer­tains auraient sûre­ment quelque fan­tasme mes­sia­nique inavoué), que de décla­rer avoir com­pris le monde et de se posi­tion­ner en-dehors de lui, cher­chant à impo­ser à l’autre une véri­té auto­pro­cla­mée mais néces­sai­re­ment par­tielle puis­qu’elle ne com­prend pas, ni même par­fois tolère, l’exis­tence de cet autre ?

&

Si j’ai été autre­fois naïf et enthou­siaste, si j’ai pu croire qu’il était pos­sible de chan­ger un monde que je pen­sais impar­fait, quan­ti­té de nuits blanches et d’a­bîmes réflexifs, tem­pé­rés pro­gres­si­ve­ment par un minu­tieux tra­vail de remon­tage, élé­ment par élé­ment, d’un plan cohé­rent pour com­prendre la tota­li­té du monde [rien que ça, tran­quillos] ont apai­sé mes excès et mon­tré l’in­dif­fé­rence du réel à mes humeurs.

Vincent Migne­rot a donc éla­bo­ré, puis écrit et publié sous forme de livre, son plan cohé­rent pour com­prendre la tota­li­té du monde, dans lequel il explique qu’oser pré­tendre avoir com­pris la tota­li­té du monde c’est « s’of­frir une posi­tion pri­vi­lé­giée, voire méga­lo­mane ».

A pro­pos de la pen­sée de ceux qui pré­tendent avoir éta­bli un tel « plan cohé­rent pour com­prendre la tota­li­té du monde », dont Teil­hard de Char­din fai­sait par­tie, Ber­nard Char­bon­neau écri­vait, dans son livre Teil­hard de Char­din, pro­phète d’un âge tota­li­taire :

Un tel sys­tème glo­bal est ache­vé comme la sphère. Là est sa force, sa puis­sance de séduc­tion auprès du plus grand nombre, mais aus­si sa fai­blesse. Une doc­trine qui pré­tend four­nir une rai­son aus­si exhaus­tive res­te­ra for­cé­ment sus­pecte pour cette part de l’es­prit humain qui, tout en aspi­rant à l’ab­so­lu, connaît sa fini­tude. Au fond, une telle omni­science devrait être dis­qua­li­fiée au départ : à moins qu’elle ne vienne de Dieu. Et une telle valo­ri­sa­tion du don­né où nous sommes englo­bés finit elle aus­si par deve­nir déses­pé­rante et para­ly­sante. Si le rela­tif est ain­si abso­lu, il n’y a plus rien à dire, ni à faire ; cette sphère ras­su­rante qui nous entoure n’est plus que la plus par­faite des pri­sons.

Et éga­le­ment :

La fai­blesse de cette pen­sée est sa ten­dance irré­sis­tible au monisme. La mul­ti­pli­ci­té des choses ou des indi­vi­dus pour elle n’est qu’un désordre insup­por­table auquel il faut mettre un terme au plus tôt, en la rédui­sant à un méca­nisme simple où les causes engendrent néces­sai­re­ment les effets. […] Le mul­tiple est into­lé­rable en soi : ain­si la dis­tinc­tion de la Reli­gion et de la Science. Il doit être réduit à l’u­ni­té, cela ne se dis­cute pas puisque notre esprit l’exige. Les mys­tères ou les conflits dus à cette mul­ti­pli­ci­té sont non seule­ment insup­por­tables, mais illé­gi­times, et le P. Teil­hard n’a de cesse qu’il ne les ait réduits à une démons­tra­tion dont le départ nous assure de l’ar­ri­vée […] Sa pen­sée se place constam­ment du point de vue suprême : celui de Dieu. Cette erreur d’op­tique est l’o­ri­gine de toutes ses fai­blesses, notam­ment de son inhu­ma­ni­té.

MIF

La pen­sée-sys­tème de Vincent Migne­rot s’appuie éga­le­ment, pour se jus­ti­fier, sur l’idée dan­ge­reuse d’un déter­mi­nisme bio­lo­gique (« le déter­mi­nisme évo­lu­tif implique notre auto­des­truc­tion par auto-intoxi­ca­tion » écrit-il dans son livre Le piège de l’existence). A ce sujet, voi­ci l’opinion de John Hor­gan, jour­na­liste scien­ti­fique états-unien, ayant col­la­bo­ré avec, entre autres, Natio­nal Geo­gra­phic, Scien­ti­fic Ame­ri­can, The New York Times, Time, News­week, et IEEE Spec­trum, et maintes fois récom­pen­sé pour ses tra­vaux :

Le déter­mi­nisme bio­lo­gique était et conti­nue d’être une idéo­lo­gie pseu­dos­cien­ti­fique dan­ge­reuse. Le déter­mi­nisme bio­lo­gique pros­père actuel­le­ment : dans les affir­ma­tions de cher­cheurs comme l’anthropologue Richard Wran­gham de l’université d’Harvard selon les­quelles les racines de la guerre humaine remontent à notre ancêtre com­mun d’avec les chim­pan­zés ; dans celle de scien­ti­fiques comme Rose McDer­mott de l’université de Brown selon laquelle cer­taines per­sonnes sont par­ti­cu­liè­re­ment sus­cep­tibles de com­mettre des agres­sions vio­lentes parce qu’elles seraient dotées d’un « gène du guer­rier » ; dans l’enthousiasme de cer­tains jour­na­listes scien­ti­fiques pour ce « gène du guer­rier » et pour d’autres pseu­do-liens entre cer­tains gènes et cer­tains traits humains ; dans l’insistance du bio­lo­giste évo­lu­tion­naire Jer­ry Coyne et du neu­ros­cien­ti­fique Sam Har­ris sur l’idée selon laquelle la volon­té serait une illu­sion puisque nos « choix » seraient en véri­té tous pré­dé­ter­mi­nés par des pro­ces­sus neu­ro­naux se dérou­lant au-deçà de notre niveau de conscience ; dans l’assertion de James Wat­son, co-décou­vreur de la double hélice, selon laquelle les pro­blèmes de l’Afrique sub-Saha­rienne reflè­te­raient l’infériorité innée des noirs ; dans la fus­ti­ga­tion de nombre de cher­cheurs anti-déter­mi­nistes modernes cou­ra­geux comme Ste­phen Jay Gould et Mar­ga­ret Mead.

Le déter­mi­nisme bio­lo­gique est un fléau pour la science. Il sous-entend que les choses sont ce qu’elles sont parce qu’elles doivent être ain­si ; que nous avons moins de choix dans nos vies que ce que nous pen­sons. Cette pos­ture est fausse, empi­ri­que­ment et mora­le­ment. Si vous en dou­tez, lisez « La mal-mesure de l’homme », de Ste­phen Jay Gould, qui regorge d’exemples mon­trant com­ment la science peut deve­nir l’instrument d’idéologies per­ni­cieuses.

Le mic­mac qu’il prend pour un « plan cohé­rent pour com­prendre la tota­li­té du monde » n’est qu’un agré­gat de théo­ries ou d’hy­po­thèses scien­ti­fiques ou pseu­do-scien­ti­fiques, qu’il a lui-même sélec­tion­nées et agen­cées. Il n’est ni phy­si­cien, ni bio­lo­giste, ni anthro­po­logue, et, dans tous les domaines où il a gla­né ses infor­ma­tions, de nom­breux cher­cheurs (spé­cia­listes ou experts très offi­ciels) ne les inter­prètent bien évi­dem­ment pas comme il le fait lui. Ce qu’il pré­sente comme « la véri­té » n’est évi­dem­ment que l’in­ter­pré­ta­tion qu’il fait de l’as­sem­blage d’informations qu’il a lui-même concoc­té, après les avoir grap­pillées dans divers champs des sciences.

Rien d’étonnant à ce qu’une pro­fonde culpa­bi­li­té pousse un homme blanc, vivant en France, dans un pays riche, à éla­bo­rer un sys­tème de ratio­na­li­sa­tion de l’é­tat du monde et de son inac­tion. Peu importe qu’il lui faille pour cela uni­fier l’humanité en emprun­tant le point de vue de Dieu, s’appuyer sur un assem­blage de théo­ries pseu­dos­cien­ti­fiques et de lois phy­siques, afin d’affirmer que le des­tin tra­gique et fatal de l’humanité est de détruire le monde et que rien ne peut chan­ger cela. Mal­heu­reu­se­ment, ceux qui souffrent ne peuvent s’octroyer un luxe aus­si indé­cent, ain­si que l’exprime le mili­tant amé­rin­dien Ward Chur­chill :

Que vous ne res­sen­tiez qu’une rela­tive absence de dou­leur témoigne seule­ment de votre posi­tion pri­vi­lé­giée au sein de cette struc­ture éta­tique. Ceux qui sont au bout de la chaîne, que ce soit en Irak, en Pales­tine, à Haï­ti, ou dans des réserves indiennes aux États-Unis, qu’ils soient dans le flux des migrants ou dans les villes, ceux qui sont « dif­fé­rents » et de cou­leur, en par­ti­cu­lier, mais pauvres en géné­ral, connaissent la dif­fé­rence entre l’absence de dou­leur liée à l’acquiescement, d’un côté, et la dou­leur liée au main­tien de l’ordre exis­tant, de l’autre. Fina­le­ment, aucune alter­na­tive ne se trouve dans la réforme, la seule alter­na­tive se trouve — non pas dans la fan­tasque révo­lu­tion — mais dans la dévo­lu­tion, c’est-à-dire le déman­tè­le­ment de l’Empire depuis ses entrailles.

Car fina­le­ment, à qui de telles ras­su­rances s’adressent-elles ? Aux dépos­sé­dés du monde des zones sinis­trées et encore en guerre ? A ceux qui souffrent de la faim ? Aux pri­son­niers poli­tiques ? Aux peuples indi­gènes atta­qués par des forces éta­tiques ou cor­po­ra­tistes ? A tous ceux qui souffrent de la condi­tion humaine au sein même de la civi­li­sa­tion (de burn-out, de dépres­sions, d’angoisses en tous genres, aux vic­times de viols, etc.) ? Aux mino­ri­tés oppri­mées de par le monde ? Non, mani­fes­te­ment pas, conseiller à tous ceux-là de « ne rien faire parce qu’ils n’y peuvent rien » serait trop stu­pide, même pour lui… ou pas ? En réa­li­té, Vincent Migne­rot ne s’adresse qu’aux siens, aux pri­vi­lé­giés du monde qui ris­que­raient de res­sen­tir quelque culpa­bi­li­té pré­ci­sé­ment liée à ces pri­vi­lèges, et à ceux-là, il assure qu’ils n’ont pas le moins du monde à se sen­tir cou­pables ou res­pon­sables de quoi que ce soit :

Ne chan­geons rien, comme c’est déjà le cas : mal­gré nos dis­cours et l’impression que nous avons de « résis­ter », nous avan­çons tou­jours selon les simples termes du prin­cipe d’hu­ma­ni­té. Conti­nuons donc à construire du lien à notre façon afin de gérer au mieux notre anxié­té, pour­sui­vons l’a­mé­lio­ra­tion de notre condi­tion, dont il n’est pas pos­sible de nier objec­ti­ve­ment qu’elle détruit notre envi­ron­ne­ment de façon irré­mé­diable, et nous-mêmes à terme. Conser­vons et pro­té­geons nos pas­sions, nos métiers, nos loi­sirs, nos lubies, puisque sans eux nous ne sommes rien d’hu­main. Ras­su­rons-nous au sein des com­mu­nau­tés qui nous font, entre­te­nons nos croyances, pre­nons soin de notre âme. (dans son livre Le piège de l’exis­tence)

Parce que le drame des nar­cis­siques, c’est de ne pas voir les souf­frances des autres, ou de ne pas s’en sou­cier. Seule leur propre condi­tion les dérange, ain­si sou­haitent-ils par­ve­nir à vivre en paix sans avoir grand-chose à faire. Parce qu’au bout du compte, selon eux, la socié­té indus­trielle n’est, en elle-même, abso­lu­ment pas mau­vaise, d’où ce « conser­vons et pro­té­geons nos pas­sions, nos métiers, nos loi­sirs, nos lubies ». Peu importe que la grande majo­ri­té des métiers, au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle, soit dénuée de sens, ou pire encore, mal­saine, psy­cho­lo­gi­que­ment dom­ma­geable, éco­lo­gi­que­ment des­truc­trice, peu importe que les pas­sions et les lubies encou­ra­gées par les auto­ri­tés cultu­relles et donc plé­bis­ci­tées soient du même aca­bit. Les Vincent Migne­rot du monde ne le per­çoivent pas ain­si. Pour eux, ces choses-là sont bonnes, sou­hai­tables, ain­si sou­haitent-ils les « conser­ver » et les « pro­té­ger ».  Vou­loir « conser­ver » et « pro­té­ger » ses « loi­sirs, pas­sions, métiers et lubies », n’est-ce pas là la marque la plus fla­grante d’une volon­té, de la part de qui béné­fi­cie de pri­vi­lèges, de se battre pour leur pré­ser­va­tion.

Ain­si, Vincent Migne­rot reproche à Der­rick Jen­sen de « pro­je­ter sa frus­tra­tion sur un “sys­tème” qu’il désigne comme intrin­sè­que­ment mal­veillant ». C’est donc parce que Der­rick Jen­sen est frus­tré qu’il per­çoit le « sys­tème » comme étant « intrin­sè­que­ment mal­veillant ». Donc, conseil à tous ceux qui ont l’im­pres­sion que le « sys­tème » est « mal­veillant » : un peu d’in­tros­pec­tion ! Vous êtes très cer­tai­ne­ment frus­trés, puisqu’en réa­li­té le « sys­tème » est, évi­dem­ment, bien­veillant.

Par­mi les sujets non-dis­cu­tés, volon­tai­re­ment ou pas, tous les méca­nismes poli­tiques, qui sont pour­tant au cœur de la vie de la majo­ri­té des êtres humains, et fina­le­ment non-humains ; tous les méca­nismes d’oppressions, de coer­ci­tions, d’abus ; pas un mot sur les tech­niques d’en­doc­tri­ne­ments, de contrôle social, de mani­pu­la­tion des masses, aus­si anciennes que la civi­li­sa­tion, dénon­cées par Hux­ley et Orwell, bien réelles, et cri­ti­quées par quelques intel­lec­tuels comme Chom­sky, par des jour­na­listes comme Chris Hedges, par la revue Offen­sive, etc. ; rien non plus sur tous les pro­blèmes inhé­rents à la socié­té de masse et qui poussent à bout leurs habi­tants (pro­blèmes psy­cho­lo­giques en pagaille, dépres­sions, etc.). Écrire un livre trai­tant de l’existence, entre autres et sur­tout des êtres humains, sans s’intéresser aux struc­tures anti­dé­mo­cra­tiques de nos socié­tés modernes et à toutes les injus­tices qui en découlent, sans s’intéresser aux nom­breux pro­blèmes qu’affrontent au quo­ti­dien la majo­ri­té des êtres humains de la pla­nète, et finir par « que peut-on faire ? – Rien », quelle classe, n’est-ce pas ?

Ce n’est pas sans rap­pe­ler ces « par­ti­sans d’une cri­tique éco­lo­gique expur­gée de toute consi­dé­ra­tion liée à la cri­tique sociale » dont par­laient René Rie­sel et Jaime Sem­prun dans leur livre Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable, dans lequel ils rap­pellent éga­le­ment que « qua­li­fier la socié­té de ther­mo-indus­trielle per­met aus­si de négli­ger tout ce qui d’ores et déjà s’y pro­duit en matière de coer­ci­tions et d’embrigadement », et qu’at­tri­buer « tous nos maux au carac­tère « ther­mo-indus­triel » de cette socié­té est donc assez confor­table, en même temps qu’assez sim­pliste pour com­bler les appé­tits cri­tiques des niais et des cré­tins arri­vistes. »

Plus étrange encore, il tente de nous expli­quer, à la fin de son livre, que « l’important reste sûre­ment de défi­nir un but à notre exis­tence ». Rap­pe­lons donc une défi­ni­tion du nihi­lisme : « qui consi­dère le monde ain­si que l’exis­tence humaine comme dénués de sens ». Qui donc peut se payer le luxe de cher­cher tran­quille­ment à défi­nir un but à son exis­tence ? Cer­tai­ne­ment pas ceux qui subissent les affres d’une machi­ne­rie épui­sante, cer­tai­ne­ment pas ceux qui vivent et tentent de sur­vivre en zone de conflit. Cer­tai­ne­ment pas ceux pour qui la vie de tous les jours est déjà une lutte pour la sur­vie. Conseillez donc cela aux mil­lions de migrants de l’Afrique, du Moyen-Orient et d’ailleurs, aux noirs amé­ri­cains que la police har­cèle, aux jeunes phi­lip­pines pros­ti­tuées contre leur gré dans des réseaux inter­na­tio­naux loin de chez elles, et aux enfants abo­ri­gènes volés à leur famille et tor­tu­rés dans des pri­sons en Aus­tra­lie, ou, plus sim­ple­ment, aux enfants SDF de France, vous les aide­rez sûre­ment beau­coup. Encore une fois, et pro­ba­ble­ment sans même qu’il s’en rende compte, Vincent Migne­rot démontre bien là qu’il s’adresse uni­que­ment à la minus­cule caste des pri­vi­lé­giés du monde, ceux qui culpa­bi­lisent d’être qui ils sont, ceux que leur vie angoisse, au point de n’en plus sai­sir le sens.

Tou­jours à pro­pos du nihi­lisme — et ceci peut per­mettre de mieux com­prendre ce qui par­ti­cipe à la for­ma­tion de sa pen­sée — nous pou­vons lire une publi­ca­tion, sur un des sites web de Vincent Migne­rot, consis­tant en une inter­view de Stan­ley Kubrick (un grand savant) tirée d’une édi­tion de Play­boy (un grand maga­zine) en date de 1968, et inti­tu­lée « Stan­ley Kubrick : l’indifférence de l’Univers ». Le mor­ceau d’in­ter­view qu’il choi­sit de mettre en avant est le sui­vant :

Play­boy : Si la vie n’a aucun sens, vaut-elle la peine d’être vécue ?

Kubrick : Oui, pour ceux d’entre nous qui par­viennent à s’accommoder d’une manière ou d’une autre de leur mor­ta­li­té. L’insignifiance même de l’existence contraint l’homme à lui trou­ver son propre sens. Natu­rel­le­ment, l’enfant débute dans la vie avec une capa­ci­té intacte à s’émerveiller, à res­sen­tir une joie totale devant une chose aus­si simple que le vert d’une feuille ; mais, à mesure qu’il gran­dit, sa prise de conscience de la mort et de la décom­po­si­tion l’affecte et érode sub­ti­le­ment sa joie de vivre, son idéa­lisme et sa pré­somp­tion de l’immortalité. À force de voir la mort et la dou­leur par­tout autour de lui, il perd foi en la foi et en la bon­té innée de l’homme. Mais s’il est rai­son­na­ble­ment fort – et chan­ceux – il peut res­sor­tir de ce cré­pus­cule de l’âme dans une renais­sance de l’élan vital. À cause et en dépit de sa conscience de l’insignifiance de la vie, il pour­ra se for­ger une déter­mi­na­tion et une affir­ma­tion toutes neuves. II ne pour­ra sans doute pas retrou­ver le même sen­ti­ment d’émerveillement pur de son enfance mais il pour­ra façon­ner quelque chose de plus durable et sub­stan­tiel. Ce qu’il y a de plus ter­ri­fiant dans l’univers, ce n’est pas son hos­ti­li­té mais son indif­fé­rence. Si nous par­ve­nons à accep­ter cette indif­fé­rence et à rele­ver les défis de la vie dans les limites impo­sées par notre mor­ta­li­té – non­obs­tant les efforts de l’homme pour les chan­ger – notre exis­tence en tant qu’espèce peut revê­tir un vrai sens et être épa­nouis­sante. Aus­si vastes que soient les ténèbres, nous devons four­nir notre propre lumière.

Le nihi­lisme y est pal­pable, mais reve­nons tout de même rapi­de­ment sur la phrase prin­ci­pale, « ce qu’il y a de plus ter­ri­fiant dans l’univers, ce n’est pas son hos­ti­li­té mais son indif­fé­rence ». Par­mi les défi­ni­tions de l’a­lié­na­tion, nous retrou­vons ceci : « Fait de deve­nir étran­ger à soi-même, de perdre l’es­prit ». Phy­si­que­ment par­lant, et c’est lit­té­ra­le­ment élé­men­taire, « nous ne sommes pas sim­ple­ment « dans » l’U­ni­vers : nous en fai­sons par­tie. Nous en sommes nés », comme le rap­pelle l’as­tro­phy­si­cien amé­ri­cain Neil deGrasse Tyson. Cette per­cep­tion de l’u­ni­vers comme une enti­té exté­rieure et indif­fé­rente envers soi-même illustre pré­ci­sé­ment ce qu’est l’a­lié­na­tion. L’ab­sence de sens et l’ab­sence du sen­ti­ment de connexion sont, ain­si que la dépres­sion et d’autres mala­dies men­tales, des troubles logiques direc­te­ment liés au pro­ces­sus de civi­li­sa­tion.

Mais Vincent Migne­rot, et son asso­cia­tion Adras­tia, n’en sont pas arri­vés à l’écologie et à la pers­pec­tive d’un effon­dre­ment direc­te­ment à cause du carac­tère mala­dif du pro­ces­sus de civi­li­sa­tion, ni en rai­son des des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales qui l’ac­com­pagnent (de la 6ème extinc­tion de masse, d’un sou­ci de pro­tec­tion et de pré­ser­va­tion des 200 espèces qui dis­pa­raissent chaque jour, d’un sou­ci de pro­té­ger et de pré­ser­ver les der­nières forêts du globe, etc.), ni des injus­tices liées aux pro­blèmes éco­lo­giques. L’image qui pré­cède le mani­feste Adras­tia, le gra­phique des limites à la crois­sance de Den­nis Mea­dows, nous indique la véri­table rai­son. Il s’agit d’un mal­heu­reux pro­blème de fai­sa­bi­li­té. Conti­nuer avec la socié­té indus­trielle n’est pas fai­sable, aus­si dom­mage que nous pen­sions que ce fût. Parce qu’il n’est pas tech­ni­que­ment et phy­si­que­ment pos­sible de conti­nuer avec la socié­té indus­trielle, qui nous pré­ci­pite vers un effon­dre­ment dra­ma­tique, Vincent Migne­rot et Adras­tia se sont levés, pour nous expli­quer que nous ne pou­vions rien y faire, que nous n’avions plus qu’à conti­nuer comme avant, que nous n’avions qu’à « conser­ver », et à « pro­té­ger », « nos pas­sions, nos métiers, nos loi­sirs, nos lubies, puisque sans eux nous ne sommes rien d’hu­main ». Gran­diose, n’est-il pas.

Il n’est pas for­tuit que les mots et concepts clés quant au fonc­tion­ne­ment de la culture domi­nante – la civi­li­sa­tion, tels que « coer­ci­tion » ou « oppres­sion » ne soient pas men­tion­nés, ne serait-ce qu’une seule fois, dans « le piège de l’existence ».

D’ailleurs, pour vous évi­ter la lec­ture pénible et sté­rile de ce livre, truf­fé d’in­fa­tua­tions (nous ne comp­te­rons pas le nombre de fois où il ren­voie le lec­teur vers son autre chef d’œuvre, Essai Sur la Rai­son de Tout : La Véri­té, tout en se jetant lui-même des fleurs au pas­sage), en voi­ci un flo­ri­lège de lumi­neuses cita­tions :

Ne chan­geons rien, comme c’est déjà le cas / c’est tout ce dont nous sommes capables / quant à notre ave­nir, si nous sommes contraints de détruire notre monde, la meilleure éco­lo­gie pos­sible reste assu­ré­ment d’apaiser notre culpa­bi­li­té / tout ce que nous fai­sons accé­lère notre perte et nous n’y pou­vons rien  / Si nous dédoua­ner pour ce que nous sommes n’est désor­mais plus envi­sa­geable, nous pou­vons en revanche enfin nous confron­ter hon­nê­te­ment à nos errances, nos contra­dic­tions, notre lâche­té com­mune… ceux qui ne le pour­ront pas conti­nue­ront à s’illu­sion­ner de dis­cours lau­da­teurs sur eux-mêmes et opti­mistes sur ce qu’ils ima­ginent être l’hu­ma­ni­té, mais incom­pa­tibles avec le réel, et la véri­té / Que devons-nous faire, que pou­vons-nous faire ? – Rien / Nous uti­li­sons tout ce qui nous entoure, les tablettes en pierre autre­fois et les tablettes numé­riques aujourd’­hui, mais aus­si les récits oraux pen­dant des mil­lé­naires puis les livres et les SMS, pour écrire les plus belles his­toires pos­sibles sur nos capa­ci­tés à sur­mon­ter l’irréductible para­doxe de notre néces­saire auto­des­truc­tion évo­lu­tive / Toute pen­sée, même une pen­sée opti­miste sur l’avenir, ne peut que par­ti­ci­per à la des­truc­tion de l’é­qui­libre éco­lo­gique vital et à la dis­pa­ri­tion de l’humain à terme.

D’où, sinon d’un esprit mani­fes­te­ment tor­tu­ré et fata­liste pour­raient sor­tir de telles insa­ni­tés ?

Le plus ridi­cule, dans son livre, dans l’interview men­tion­née, et dans sa pen­sée en géné­ral, reste peut-être le carac­tère amphi­gou­rique de son dis­cours. Bien qu’il soit assez clair, assez expli­cite, que la pen­sée-sys­tème de Vincent Migne­rot ait pour fina­li­té une pré­ser­va­tion, une pro­tec­tion et une conser­va­tion du sta­tu quo, il ose affir­mer, sans gêne aucune, à pro­pos de Der­rick Jen­sen, que son « approche » serait « com­mode » pour « légi­ti­mer » « la pro­cras­ti­na­tion, voire le sta­tu quo ».

Tan­dis que le site d’Adras­tia, en pour­fen­deur du sta­tu quo, met cou­ra­geu­se­ment en avant le point de vue du chef éco­no­miste de l’Agence Fran­çaise de Déve­lop­pe­ment (le point de vue de la civi­li­sa­tion indus­trielle, pour la civi­li­sa­tion indus­trielle, et par la civi­li­sa­tion indus­trielle), et que beau­coup de ses membres sont issus de l’é­ta­tisme uni­ver­si­taire (ce milieu conçu pour per­pé­tuer le sta­tu quo).

Nous obser­vons-là un des méca­nismes inhé­rent à l’incohérence métho­do­lo­gique de sa pen­sée-sys­tème ; dire de l’autre qu’il est cou­pable pré­ci­sé­ment de ce que l’on fait soit. Der­rick Jen­sen est accu­sé de sou­te­nir le sta­tu quo (c’est exac­te­ment ce que fait Vincent Migne­rot) ; ce n’est pas cor­rect (c’est une pos­ture de « pri­vi­lé­gié » et de « méga­lo­mane ») de pré­tendre avoir com­pris le monde dans son ensemble (c’est encore exac­te­ment ce que fait Vincent Migne­rot), et ain­si de suite.

Bon nombre de membres de DGR (dont Der­rick Jen­sen lui-même) ont per­son­nel­le­ment par­ti­ci­pé et par­ti­cipent fré­quem­ment à maintes opé­ra­tions de blo­cage, d’oc­cu­pa­tion, de pro­tec­tion d’es­pace natu­rel, et autres actions de défense de l’en­vi­ron­ne­ment. Cer­tains peuvent se tar­guer de résul­tats plus qu’­ho­no­rables. Mais, bien sûr, selon Migne­rot, ces actions sont « contre-pro­duc­tives » (voir plus bas dans le texte).

Tan­dis que des espèces dis­pa­raissent, que des êtres humains et non-humains sont impi­toya­ble­ment exploi­tés, oppri­més, tor­tu­rés et tués par l’immense machi­ne­rie de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui ravage au pas­sage le pay­sage éco­lo­gique pla­né­taire et la psy­ché des humains qui lui servent de rouages, DGR (ain­si que Der­rick Jen­sen) sou­tient ceux qui résistent. Ceux qui luttent. Ceux qui mani­festent, qui se défendent, qui ripostent, qui occupent, et qui sabotent en défense de ce qui doit être défen­du, comme les ZADistes de Notre-Dames-des-Landes et les anti­nu­cléaires de Bure. Mais ceux qui suivent DGR le savent bien.

Nous regret­tons d’avoir été contraints de pas­ser du temps à écrire cette note sur une pen­sée-sys­tème van­tant la vacui­té et la futi­li­té pour l’être humain civi­li­sé, fina­le­ment assi­mi­lé à l’être humain tout court, de ten­ter de s’opposer aux injus­tices, aux oppres­sions, aux coer­ci­tions, aux exploi­ta­tions et à la des­truc­ti­vi­té de la culture domi­nante.

Mais la pen­sée de Vincent Migne­rot n’est pas seule­ment absurde, fausse, et pro­fon­dé­ment alié­née, elle est dan­ge­reuse et cri­mi­nelle, impar­don­nable. Sur l’en­semble de son livre, un seul para­graphe men­tionne, sur deux phrases à peine et de façon abs­traite, l’in­jus­tice de l’or­ga­ni­sa­tion sociale domi­nante, en par­lant de « com­merce dés­équi­li­bré » et d’une « spo­lia­tion arbi­traire ». Ne pas étu­dier la réa­li­té, l’o­ri­gine (l’his­toire) et le fonc­tion­ne­ment des méca­nismes d’oppressions, des abus, des coer­ci­tions, des exploi­ta­tions intrin­sèques à la civi­li­sa­tion indus­trielle, mais conseiller à qui veut de « ne rien faire », au pré­texte que « rien ne peut chan­ger », est cri­mi­nel. C’est se ran­ger du côté des oppres­seurs, des bour­reaux de la cita­tion d’Ho­ward Zinn.

JONI

Son fata­lisme est un défai­tisme, cette « opinion ou atti­tude de celui qui, dans un conflit, tend sys­té­ma­ti­que­ment à croire à la défaite, ou la sou­haite et y contri­bue », une sou­mis­sion au pou­voir (et à l’ordre éta­bli) sous cou­vert d’une sou­mis­sion aux soi-disant iné­luc­tables phé­no­mènes évo­lu­tifs (et aux lois scien­ti­fiques) qui l’au­rait ordon­né.

Signa­lons éga­le­ment que sur le site d’A­dras­tia a été publiée une inter­view de Paul Che­fur­ka, un infor­ma­ti­cien qui se qua­li­fie lui-même de « taoïste fata­liste radi­cal » et de par­ti­san du quié­tisme. Les ratio­na­li­sa­tions de l’i­nac­tion, de la pas­si­vi­té, de l’a­ban­don et de la démis­sion de l’homme portent plu­sieurs noms.

En atten­dant, la civi­li­sa­tion demeure une zone de guerre où des mil­lions de gens luttent, d’une mul­ti­tude de façons et pour une mul­ti­tude de rai­sons, dont leur sur­vie, la pro­tec­tion de la nature, la pro­tec­tion ou la sur­vie de leurs com­mu­nau­tés oppri­mées, ou encore pour ten­ter de déman­te­ler des ins­ti­tu­tions anti­dé­mo­cra­tiques, afin d’en éta­blir des plus démo­cra­tiques. La lutte implique un enne­mi. On lutte pour, et on lutte contre. Si vous ne sou­hai­tez pas lut­ter contre, vous ne sou­hai­tez en réa­li­té pas lut­ter du tout. C’est là un des prin­ci­paux défauts des mou­ve­ments et des cou­rants d’opposition aux pou­voirs en place. En effet, ain­si que nous le rap­pe­lions plus haut, la peur et le malaise poussent les gens à fuir ce qui semble trop conflic­tuel, et à se réfu­gier dans un nar­cis­sisme pas­sif, inof­fen­sif, mais ras­su­rant (vers lequel le slo­gan « chan­ger le monde com­mence par se chan­ger soi-même » a été détour­né, au point de deve­nir une inci­ta­tion à sur­tout ne pas s’at­ta­quer au pou­voir en place, aux ins­ti­tu­tions oppres­santes, aux infra­struc­tures des­truc­trices, etc., à ne pas fran­chir les bornes de la léga­li­té, mais uni­que­ment à faire du yoga, médi­ter, envoyer des ondes posi­tives, à s’ac­com­mo­der des choses afin d’ac­cep­ter doci­le­ment ce qui se passe). Les médias de gauche et d’extrême gauche prêchent un fes­ti­visme gro­tesque à tra­vers leurs pro­messes de tran­si­tions joyeuses et de décrois­sances convi­viales ; et pour­quoi pas un agréable effon­dre­ment. Ces niai­se­ries viennent occul­ter des réa­li­tés plus brutes, comme le fait que « per­sonne au monde, per­sonne dans l’his­toire n’a jamais obte­nu sa liber­té en fai­sant appel au sens moral de ceux qui l’op­priment », selon les mots d’Assata Sha­kur. L’irénisme patho­lo­gique et la non-vio­lence dis­til­lés par la culture domi­nante pour sa propre pro­tec­tion, à grands ren­forts de fal­si­fi­ca­tions his­to­riques et de non-sens, sont des enne­mis. La pen­sée des Vincent Migne­rot de ce monde en est un autre.

Une der­nière illus­tra­tion du pour­quoi, tou­jours tirée de son livre Le piège de l’exis­tence : « Glo­ba­le­ment, toute action de défense de l’en­vi­ron­ne­ment est contre-pro­duc­tive parce qu’elle dépend néces­sai­re­ment d’une popu­la­tion qui détruit ou a détruit par ailleurs. »

Tout son tra­vail n’est qu’une injonc­tion pathé­tique et insen­sée à la pas­si­vi­té. Le fata­lisme sécu­laire a tou­jours été et semble tou­jours être un poids mort pour les socié­tés humaines, et non-humaines par exten­sion. Ber­nard Char­bon­neau le for­mu­lait ain­si : « Les fata­li­tés comme lois socio­lo­giques naissent de la démis­sion de l’homme », et à pro­pos de l’é­mer­gence de la pen­sée-sys­tème : « Quand l’individu moderne regarde au-delà de lui-même, c’est géné­ra­le­ment pour construire des sys­tèmes : un tout où le mou­ve­ment de l’Histoire s’identifie au deve­nir de la Véri­té ; soit que la fata­li­té soit vraie, soit que la Véri­té soit fatale. Toutes ses puis­sances l’y conduisent, le besoin de ratio­na­li­ser l’insolente irré­duc­ti­bi­li­té de la vie, sur­tout le besoin de jus­ti­fier un aban­don total au fait par une jus­ti­fi­ca­tion totale selon l’esprit. » Cet « aban­don » est immo­ral, une insulte envers ceux qui souffrent et ceux qui luttent. Pour reprendre les mots d’An­to­nio Gram­sci, « Je suis en vie, je suis résis­tant. C’est pour­quoi je hais ceux qui ne résistent pas ». Parce que « vivre c’est résis­ter », nous encou­ra­geons la résis­tance contre les tota­li­ta­rismes qui enferment l’es­prit humain, trans­for­mant l’homme en mou­ton docile qui suit le trou­peau, la résis­tance contre la cen­tra­li­sa­tion, l’u­ni­for­mi­sa­tion, la résis­tance contre « la force des choses », contre ce fata­lisme qui fait admettre l’i­nad­mis­sible comme, par exemple, la sou­mis­sion aveugle au pou­voir, qu’il soit tech­no-scien­ti­fique, poli­tique ou finan­cier.

Ce qui était autre­fois évident, mais ne semble plus l’être en rai­son d’une alié­na­tion qui ne cesse de pro­gres­ser, et dont les symp­tômes confinent au nihi­lisme, voire au fata­lisme, c’est que l’être humain n’est abso­lu­ment pas voué à détruire son envi­ron­ne­ment, pas plus que la libel­lule, que le cra­paud, que le roseau, que le renard ou que la girafe. Peut-être ce des­tin tra­gique ne concerne-t-il que les nar­cis­siques et les fata­listes.

Col­lec­tif Le Par­tage


P.S. : Au final, rien d’é­ton­nant. Vincent Migne­rot (et Adras­tia) et ses sem­blables n’ont aucun carac­tère sub­ver­sif. A l’ins­tar de l’en­semble des habi­tants des états-nations modernes, dont ils sont les pro­duits, ils n’ont, sur la culture dans laquelle ils baignent, qu’un regard cri­tique tout d’a­bord très limi­té. Cette res­tric­tion ini­tiale de l’es­prit cri­tique n’a cepen­dant rien d’une fata­li­té, puisque nombre d’in­di­vi­dus par­viennent à s’en défaire. Mal­heu­reu­se­ment, contrai­re­ment à ceux qui par­viennent à voir au-delà de leur unique culture et de leur condi­tion­ne­ment, ils res­tent embour­bés dans la bien­séance offi­cielle. Lorsque Vincent Migne­rot cri­tique DGR ou Der­rick Jen­sen, c’est en réa­li­té la culture domi­nante qui cri­tique ceux qui la dérangent. Le dif­fé­rend qui oppose Adras­tia et DGR, c’est celui qui oppose l’é­tat aux anar­chistes. Deman­der à Vincent Migne­rot ce qu’il pense de Der­rick Jen­sen et de DGR, c’est un peu deman­der à Ber­nard Caze­neuve ce qu’il pense des zadistes. Pas le même monde, pas le même lan­gage.

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Comments to: La nuisance fataliste, championne du statu quo (l’exemple d’Adrastia et de Vincent Mignerot)
  • 29 août 2016

    Article inté­res­sant qui replace notre vision sou­vent trop cen­trée sur la civi­li­sa­tion occi­den­tale. Mais je ne par­tage pas la même vision que vous sur les idées de V.M., il pense en effet que le sys­tème est en cours d’ef­fon­dre­ment et on doit accep­ter ce fait pour pou­voir construire quelque chose de nou­veau. Mal­gré la per­ti­nance des idées de DGR et les signaux d’a­larmes des bio­lo­gistes, cli­ma­to­logues… l’hu­ma­ni­té ne réagit pas à la hau­teur pour­tant aucune classe nous oppresse et nous contrôle, nous pou­vons nous construire un esprit cri­tique et refu­ser la publi­ci­té et la consom­ma­tion. Nous avons besoin de vivre la catas­trophe pour chan­ger, à part peut être les peuples mena­cés par la civi­li­sa­tion et les quelques éco­los sou­cieux de la vie je pense que pour la majo­ri­té les prio­ri­tés sont le confort et la repro­duc­tion…
    C’est peut être ça le réa­lisme selon V.M. et le fata­lisme selon DGR…

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    • 30 août 2016

      « l’humanité ne réagit pas à la hau­teur pour­tant aucune classe nous oppresse et nous contrôle, nous pou­vons nous construire un esprit cri­tique et refu­ser la publi­ci­té et la consom­ma­tion. »

      Non, vrai­ment, c’est facile de dire ça, mais ce n’est pas du tout vrai pour la majo­ri­té des humains, cet esprit cri­tique est dif­fi­cile à acqué­rir aujourd’­hui, le nier c’est mécon­naitre la vie des gens. Voire notre der­nier article sur Hux­ley et Orwell, et bien d’autres, dans notre rubrique fabrique du consen­te­ment.

      De plus, en insis­tant sur le besoin de conser­ver métiers, pas­sions et lubies, VM se rend direc­te­ment com­plice et ins­ti­ga­teur des atro­ci­tés de la civi­li­sa­tion indus­trielle, en bon chien de garde du sta­tu quo.

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    • 23 août 2019

      Migne­rot pense que le rôle de l’homme est de détruire la nature. Il l’a dit comme cela sur un de ses posts.

      Il ne consi­dère par l’ef­fon­dre­ment comme un moment de l’his­toire, mais comme une fina­li­té. Il semble être de ceux qui pensent que le capi­ta­lisme aura les moyens de détruire la Terre, et que rien ne pour­ra y sur­vivre, tout en disant qu’il ne faut rien faire contre cela. Donc il dit qu’il ne faut rien faire pour ne rien pro­duire. C’est du fata­lisme. Ca sera réa­liste si ca arrive. Mais comme ca n’est pas arri­vé, c’est donc du mil­lé­na­risme.

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  • 30 août 2016

    Magni­fique article. Je n’ai tou­jours pas vu les vidéos de Migne­rot mais je risque de creu­ver le pla­fon­nier. Mais s’il est à l’i­mage des extraits élo­quents que vous citez, je n’en pren­drai peut-être pas la peine.
    Pour­tant je m’in­ter­roge. J’ai pas­sé deux ans à explo­rer avec angoisse les grands pro­blèmes éco­lo­giques, et si je ne rechigne plus, aujourd’­hui, à entrer dans la lutte, je me demande sin­cè­re­ment ce qu’il est pos­sible de « sau­ver ». A cause du cli­mat sur­tout. Ce n’est évi­de­ment pas une rai­son suf­fi­sante pour bais­ser les bras (j’aime l’i­ro­nie fus­ti­geant le nar­cis­sisme du « après moi le déluge »), sur­tout que la méga­ma­chine s’es­soufle un peu je trouve. Mais pas­sons, c’est là un des risques de la col­lap­so­lo­gie trop abs­traite. Je trouve sur­tout très juste votre cri­tique de l’an­thro­po­cen­trisme, de la réduc­ti­bi­li­té de l’hu­ma­ni­té à une civi­li­sa­tion folle, comme si la ther­moin­dus­trie se devait de conque­rir le monde et de faire sau­ter la planète..j’irai voir vos réfé­rences… ALain Gras insiste suf­fi­sa­ment sur la génèse de cette civi­li­sa­tion, certes sur le concours assez for­tuit des cir­cons­tances, mais sur le choix qui est opé­ré. Puisque choix il y a, volon­té peut-être trou­vée. Fres­soz et Jar­ridge font un excellent tra­vail de recom­po­si­tion des ins­tances poli­tiques à la manoeuvre, un angle enfin déf­fri­ché pour com­prendre. Voi­là pour la petite His­toire, qui n’est pas l’Hu­ma­ni­té.
    Un der­nier mot : si vous insis­tez régu­liè­re­ment sur l’a­lié­na­tion dont nous sommes tous vic­times (en socié­té urbaine, c’est inévi­table), il me semble que vous devriez éga­le­ment appré­hen­der le degré de culpa­bi­li­té, non par­mi la crème de l’é­lite cer­tai­ne­ment décom­pléxée, mais par­mi les sui­veurs qui sont à mon avis, tant com­plices que vic­times, dans une mesure moindre évi­de­ment que ceux évo­qués par Ward Chur­chill qui s’ac­co­modent de leur vie dans un pays dévas­té, mais sans doute souffrent ils aus­si. Même un mil­liar­daire chi­nois a recem­ment recon­nu qu’a­voir bati son empire était la plus grosse erreur de sa vie.

    Un contri­bu­teur éco­lo­giste de Nuit debout Paris, après une pre­mière lec­ture sur un article de votre site, que je vais rec­com­man­der.

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    • 30 août 2016

      On ne sait pas trop ce que l’é­vo­lu­tion cli­ma­tique nous apporte, si ce n’est que ça ne sent pas très bon. Tout ce qui peut être sau­vé doit l’être, un arbre, un bois, une forêt, une zone humide, un cours d’eau, un fleuve, une nappe phréa­tique, etc. Une espèce qui s’é­teint, c’est défi­ni­tif. Tant qu’elle est en vie, elle peut sur­vivre et s’a­dap­ter, qui sait, à ce qui vient, ne serait-ce que pour un temps. Des équi­libres de biomes sont en jeu. Peut-être plus que ça. On constate des choses éton­nantes au niveau de la renais­sance des prai­ries. Elles cap­turent énor­mé­ment de car­bones lors­qu’elles reprennent vie d’elles-mêmes. Une étude mon­trait ça sur une prai­rie en Rus­sie je crois, un endroit d’où l’homme avait du par­tir. On ne sait que peu de choses sur ce genre de phé­no­mène, mais sim­ple­ment parce qu’il y en a peu. On ne sait pas vrai­ment com­ment la nature, sans la civi­li­sa­tion, se com­por­te­rait.

      Lisez le mani­feste d’a­dras­tia, c’est conster­nant.

      Mer­ci à vous. Nous allons bien­tôt orga­ni­ser une jour­née de pré­sen­ta­tion de l’as­so­cia­tion d’é­co­lo­gie radi­cale que nous créons, à Paris.
      On espère vous y voir !

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  • 1 septembre 2016

    Déso­lé les gars vous vous êtes fait piqués des adhé­rents par Adras­tia, je vien­drais à votre pré­sen­ta­tion, filez moi la date, et bon effon­dre­ment à tous, quand même, parce qu’au bout du compte on aura tous les pou­mons bouf­fés par les micro particules,le spermes à zéro, pas vrai ? « Rober­to qui vous sou­tient depuis le bas de la falaise »

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    • 1 septembre 2016

      Je ne pense pas qu’on se soit fait piqué des adhé­rents par Adras­tia. Ce n’est pas du tout le même monde. Le pro­blème c’é­tait sur­tout l’in­ter­view aux remarques plus que mau­vaises, et, bien sûr, leur mani­feste, leur idéo­lo­gie.

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  • 18 octobre 2017

    Je ne connais­sais pas V.M il y a quelques jours et n’a­vait jamais enten­du par­lé de de votre orga­ni­sa­tion mais je trouve très cen­sé ce que raconte V.M. du peu d’in­for­ma­tions que j’ai pu récol­ter pour le moment. Mon pro­blème avec votre article, comme beau­coup d’autres dans dif­fé­rents domaines, est que vous vous oppo­siez caté­go­ri­que­ment à cer­taines idées : « « l’exis­tence humaine » soit « incom­pa­tible » avec la « protec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment » » , sans nous pro­po­ser de dou­ter avec vous mais plu­tôt de réfu­ter ces idées comme si vous déte­niez la véri­té abso­lue. Pas de ques­tion­ne­ment, pas de doute, vous savez que c’est faux. Du coup, pour des gens qui, comme moi, ne sont pas suf­fi­sam­ment ren­sei­gné sur ces pro­blé­ma­tiques, vous per­dez tout de suite toute cré­di­bi­li­té et au fur et à mesure de la lec­ture où vous ne ces­sez de « tacler » V.M iro­ni­que­ment ou direc­te­ment cela devient com­plè­te­ment « chiant ». Je suis déso­lé, vous avez sûre­ment plein de choses inté­res­sante à dire mais pro­po­sez nous un rai­son­ne­ment argu­men­té divergent des idées de V.M plu­tôt que de dire « oui bon c’est un idiot, les nihi­listes c’est le mal etc .. »

    Pre­mière ques­tion : pour­quoi l’humanité ne serait-elle pas effec­ti­ve­ment à l’i­mage d’un virus, d’une ano­ma­lie, se déve­lop­pant dans un milieu qu’elle détruit et que cela soit ins­crit dans sa nature même ?

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    • 18 octobre 2017

      Tu réa­lises qu’il y a des argu­ments, un tas, dans l’ar­ticle, en plus des juge­ments sur VM ? Je ne vais pas m’a­mu­ser à tout reco­pier mais tu devrais prendre le temps de le relire. J’i­ma­gine qu’en moderne moyen, tu n’as que peu de connais­sances anthro­po­lo­giques et eth­no­lo­giques. Donc je me conten­te­rai de ceci : les gens comme VM, occi­den­taux, aisés, igno­rant tout de la diver­si­té cultu­relle dont est consti­tuée l’hu­ma­ni­té, sont très mal pla­cés pour se per­mettre d’af­fir­mer que « l’hu­ma­ni­té est un virus ». Et pour la prin­ci­pale rai­son que vous ne savez rien de l’im­pact éco­lo­gique du peuple Tolo­wa, des peuples San, des Karen, des Orang Asli Batek, des Penan, etc., je pour­rais conti­nuer à citer des mil­liers de peuples aux cultures très diverses. Vous jugez « l’hu­ma­ni­té » sur la base du peu que vous en connais­sez, ou sur la base de la mono-culture qui s’est vio­lem­ment impo­sée au détri­ment des autres. Votre juge­ment sur l’hu­ma­ni­té est donc faux et ne signi­fie rien. Rien qu’une abdi­ca­tion, qu’une occul­ta­tion de sa diver­si­té et de l’im­pé­ria­lisme d’une seule de ses com­po­santes. Si vous avez cette impres­sion que l’hu­ma­ni­té est une sorte de virus, c’est pré­ci­sé­ment parce que votre esprit est le pro­duit de l’in­sa­ni­té de la mono­cul­ture domi­nante, des­truc­trice et auto-des­truc­trice. Pour le dire autre­ment, si vous avez cette impres­sion, c’est parce que votre pen­sée n’est que le pro­duit des pré­ten­tions, de l’i­déo­lo­gie (de la folie) de la mono­cul­ture domi­nante, le stade ter­mi­nal de son délire mor­bide.

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      • 31 juillet 2018

        Je découvre éga­le­ment depuis peu l’ef­fon­dre­ment et V. Migne­rot. Un peu par hasard, je suis tom­bé sur votre article et je dois dire que je rejoins le point de vue de Maxence L.
        Ce n’est pas que votre « argu­men­taire » manque d’élé­ments mais qu’on sent un manque de séré­ni­té pour ne pas dire une cer­taine impul­si­vi­té dans vos pro­pos qui m’ont fait perdre le fil pen­dant la lec­ture.
        Je ne prends pour­tant pas ce qu’é­crit Migne­rot pour argent comp­tant mais il a le mérite de poser cer­taines ques­tions qui visi­ble­ment fâchent. Pour­quoi ne pou­vons-nous pas avoir un débat posé et serein sur ces thèmes ?
        Vous le voyez comme un « occi­den­tal, aisé, igno­rant tout de la diver­si­té cultu­relle dont est consti­tuée l’humanité ». Pour­tant il s’ap­puie notam­ment sur l’an­thro­po­lo­gie de la nature de P. Des­co­la dans ses pro­pos, ce qui ne me parait pas être une démons­tra­tion d’eu­ro­cen­trisme.
        Vous citez des peuples autoch­tones qui auraient un impact éco­lo­gique faible mais je ne vois pas d’ar­gu­ments concrets pour étayer ce point.
        En bref, je pense qu’il y a peut être une inter­pré­ta­tion biai­sée des pro­pos de Migne­rot.

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        • 1 août 2018

          Je suis d’ac­cord, la forme de l’ar­ticle, si je devais le refaire, je la chan­ge­rais. Sur le reste, pas d’ac­cord, il dit s’ap­puyer sur Des­co­la, mais si Des­co­la voyait ce qu’il fait de ses tra­vaux il en vomi­rait. Jamais Des­co­la ne sug­gè­re­rait que l’être humain est intrin­sè­que­ment des­truc­teur. Des peuples autoch­tones qui ont un impact faible, voire en équi­libre, il y en a plein, et il y en avait davan­tage hier.

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  • 12 août 2018

    Bon­jour, Je prends peu à peu la mesure des impacts du réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Chaque jour un peu plus atter­rée, je suis heu­reuse d’a­voir pu trou­ver votre article en réac­tion à V. Migne­rot (vidéo sur Thin­ker­view). Sans être qua­li­fiée pour juger des argu­ments dans leur détail, et quoi qu’il en soit de ce qu’il advien­dra, il me paraît sain d’a­dop­ter une atti­tude cou­ra­geuse. Et l’ar­gu­ment prin­ci­pal de Migne­rot, pré­sup­po­sant par la force de sa convic­tion per­son­nelle que l’homme est voué par nature à l’au­to-des­truc­tion me paraît des plus cri­ti­quable. Mer­ci à vous pour cet article. Il en fau­drait plu­sieurs comme celui-là pour don­ner à tout le monde le cou­rage d’af­fron­ter ce qui vient, et pour contrer l’en­vie que donne V. Migne­rot d’en finir immé­dia­te­ment.

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    • 12 août 2018

      Bon­jour, sachant que la forme de l’ar­ticle me plait moyen­ne­ment. Trop viru­lent. J’en ai écrit d’autres sur le bon­homme, plus acces­sibles, dont la forme est meilleure : https://medium.com/@niko7882/%C3%A0-propos-du-discours‑d%C3%A9lirant-de-vincent-mignerot-suite-et-fin-236855a1471

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      • 13 août 2018

        Bon­soir, Je viens de consul­ter le texte que vous me com­mu­ni­quez. Vrai­ment mer­ci. Il n’y a en effet pas de meilleure stra­té­gie que de citer ample­ment V. Migne­rot. Tout cela est pro­pre­ment stu­pé­fiant… A vrai dire je vais avoir du mal à me remettre d’un tel ramas­sis d’â­ne­ries, sur­tout que comme vous le sou­li­gnez ce déli­rant per­son­nage sou­lève pas mal d’en­thou­siasme… C’est incom­pré­hen­sible.
        Dans le même temps j’ai décou­vert DGR France… Encore mer­ci pour votre luci­di­té bien­fai­sante.

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        • 13 août 2018

          Nous vivons l’é­poque de déca­dence d’une civi­li­sa­tion. Et pos­si­ble­ment bien pire. Au sein de notre culture (la civi­li­sa­tion indus­trielle), la folie atteint des som­mets. Migne­rot ne plaît qu’à quelques bour­geois cin­glés qui appré­cient son délire nihi­liste (il jus­ti­fie le leur). Et les bour­geois, ça a des rela­tions ou des jobs impor­tants, il est donc invi­té à la radio de temps en temps ou ci et là dans quelque ins­ti­tu­tion, où nous ne serons jamais invi­tés, par défi­ni­tion, parce que notre dis­cours est jugé trop radi­cal, voire extré­miste (contrai­re­ment à celui de VM, notre dis­cours incri­mine le sta­tu quo, toutes les ins­ti­tu­tions domi­nantes, tous ceux au pou­voir).

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  • 15 août 2018

    J’ai lu plu­sieurs de vos textes, et ceux sur Medium sont en effet plus inté­res­sants, mais il me semble qu’on ne peut pas y répondre. J’en conseille la lec­ture à ceux qui sont arri­vés jus­qu’i­ci, de même que je conseille la lec­ture des textes de Migne­rot ou au moins ses confé­rences, pour com­prendre de quoi il retourne.

    Je crois dom­mage de se lan­cer dans une psy­chia­tri­sa­tion d’un auteur comme vous avez pu le faire ; je suis psy­cho­logue de for­ma­tion et il me semble bon de rap­pe­ler que le champ lexi­cal du « délire » que vous uti­li­sez a un sens scien­ti­fique pré­cis et que l’employer revient à poser un diag­nos­tic qui manque de légi­ti­mi­té. De toute façon, vos textes res­te­raient inté­res­sants sans cette part d’in­vec­tive, avec sim­ple­ment les argu­ments.

    Quant au fond, je ne veux pas prendre par­ti dans un sens ou dans l’autre, mais je crois qu’il y a une erreur d’in­ter­pré­ta­tion un peu géné­rale. Même si on accep­tait le rai­son­ne­ment de Migne­rot, je ne pense pas un ins­tant qu’il faille refer­mer le livre en se disant : « donc conti­nuons à faire exac­te­ment ce que nous fai­sons ». D’ailleurs on voit bien que ce n’est pas du tout ce que fait Adras­tia. Dire qu’il n’existe pas, par défi­ni­tion, de trans­for­ma­tion du monde qui ait un impact neutre, ne signi­fie pas qu’on devrait donc main­te­nir un sta­tus quo. Il reste un panel infi­ni d’ar­bi­trages à notre dis­po­si­tion. Je pense cer­taines déci­sions plus faciles à prendre si on est conscient des méca­nismes décrits par Migne­rot, mais au-delà de ça je suis en faveur du pro­jet éco­lo­gique de tendre vers une homeo­sta­sie pla­né­taire, ou pour le dire autre­ment de faire tout ce qui est pos­sible pour aller vers une civi­li­sa­tion humaine ayant une empreinte dras­ti­que­ment réduite sur le reste du sys­tème (par défi­ni­tion encore, cela veut dire réduire dras­ti­que­ment notre usage des éner­gies, toutes les éner­gies).

    Bref, je vou­lais sim­ple­ment réagir à cette inter­pré­ta­tion étran­ge­ment noire des textes de Migne­rot : je pense qu’il y a de bonnes choses à en tirer, et cer­tains pas­sages méritent sûre­ment une relec­ture sans le filtre « c’est un agent du sys­tème en plein délire ! ».

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    • 15 août 2018

      Ce que je ne com­prends pas c’est com­ment vous faites pour occul­ter le fait qu’il écrit lit­té­ra­le­ment qu’on ne peut rien faire. Qu’on ne devrait rien faire. Qu’on devrait conti­nuer à faire ce qu’on fait déjà. Que toute ten­ta­tive d’ac­tion ne peut que nuire. Que l’homme est une espèce des­truc­trice. Que dans la charte d’A­dras­tia il est écrit que la pré­ser­va­tion de l’en­vi­ron­ne­ment est incom­pa­tible avec l’homme. J’ai la flemme de reco­pier ici les cita­tions. Mais c’est lit­té­ra­le­ment ce qu’il écrit. Alors si le délire désigne un « Trouble psy­chique d’une per­sonne qui a per­du le contact avec la réa­li­té, qui per­çoit et dit des choses qui ne concordent pas avec la réa­li­té ou l’é­vi­dence, quelle que soit leur cohé­rence interne », il délire bel et bien.

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  • 21 août 2018

    Il me parait évident que l’être humain n’a pas en lui les res­sources pour se sau­ver des pol­lu­tions, chan­ge­ments cli­ma­tiques et de l’é­pui­se­ment des res­sources dont il est lui-même res­pon­sable. Appe­ler ça auto­des­truc­tion ou autre n’a pas vrai­ment d’im­por­tance. Le constat est sans appel… Sans nier que cer­tains pol­luent plus que d’autres. Du coup quelles sont vos pro­po­si­tions et votre angle d’at­taque de la pro­blé­ma­tique ?
    Cor­dia­le­ment,
    Sté­phane

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    • 21 août 2018

      La pre­mière pro­po­si­tion consis­te­rait à nom­mer les choses cor­rec­te­ment. Ce n’est pas l’être humain dont vous par­lez, mais l’être humain civi­li­sé, de la civi­li­sa­tion indus­trielle mon­dia­li­sée. La dif­fé­rence est de taille et la nuance per­met d’en­tre­voir beau­coup de choses cru­ciales.

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  • […] cours des der­niers mois, j’ai consa­cré deux articles (ici et là) au dis­cours insen­sé de Vincent Migne­rot — et au pro­gramme de […]

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