Tra­duc­tion d’un texte ini­tia­le­ment publié, en anglais, le 4 octobre 2018, sur le site de Sian Sul­li­van, une pro­fes­seure d’é­co­lo­gie bri­tan­nique. Ni les res­sources com­plé­men­taires du texte ni les quelques notes n’ont été tra­duites.


Dans une célèbre scène du livre 1984 de George Orwell, O’Brien, membre du Par­ti inté­rieur, teste l’al­lé­geance de Wins­ton Smith à la véri­té du Par­ti en exi­geant de lui qu’il voit cinq doigts au lieu des quatre qu’on lui pré­sente. Refu­sant de voir autre chose que ce que ses yeux lui disent, Wins­ton se voit alors infli­ger une intense dou­leur phy­sique, au nom du minis­tère de l’A­mour.

« O’Brien pré­sen­ta à Wins­ton le dos de sa main gauche. Le pouce était caché et les quatre doigts ten­dus.

— Com­bien ai-je de doigts, Wins­ton ?

— Quatre.

— Et si le Par­ti dit qu’il n’y en a pas quatre mais cinq, com­bien cela fait-il ?

— Quatre.

Le mot se ter­mi­na dans un halè­te­ment de dou­leur. L’aiguille du cadran avait bon­di à cin­quante-cinq. Wins­ton était cou­vert de sueur. L’air qu’il ins­pi­rait lui déchi­rait les pou­mons et res­sor­tait en râles pro­fonds qu’il ne pou­vait maî­tri­ser, même en ser­rant les dents. O’Brien le scru­tait, les quatre doigts tou­jours ten­dus. Il abais­sa le levier. Cette fois, la dou­leur ne fut qu’atténuée. »

Le crime de Wins­ton est de conser­ver un sens des choses externe à la réa­li­té qu’on tente de lui impo­ser. « Le Par­ti vous ensei­gnait à reje­ter l’évidence de vos yeux et de vos oreilles », de sorte que le bon sens deve­nait « l’hé­ré­sie des héré­sies ».

Wins­ton ne par­vient pas à se sou­mettre plei­ne­ment aux slo­gans du Par­ti. Il dit les mots, mais ceux-ci pro­voquent en lui une telle dis­so­nance cog­ni­tive qu’il risque tout pour des moments d’in­ti­mi­té et de liber­té externes à la réa­li­té cau­che­mar­desque qu’impose la police de la pen­sée du Par­ti.

« Répète-le, je te prie », dit O’Brien à Wins­ton.

Le pouvoir des slogans

Un slo­gan est une « for­mule concise et expres­sive, facile à rete­nir, uti­li­sée dans les cam­pagnes de publi­ci­té, de pro­pa­gande pour lan­cer un pro­duit, une marque ou pour gagner l’o­pi­nion à cer­taines idées poli­tiques ou sociales ».

Le slo­gan du Par­ti d’Orwell, « La guerre, c’est la paix ! La liber­té, c’est l’es­cla­vage ! L’I­gno­rance, c’est la Force ! » est brillam­ment dis­so­nant. En pré­sen­tant comme des « véri­tés » des idées selon les­quelles des pairs de caté­go­ries fami­lières et mani­fes­te­ment oppo­sées les unes aux autres (guerre et paix, liber­té et escla­vage, igno­rance et force) sont une seule et même chose, il nous fait remar­quer des véri­tés concer­nant les trom­pe­ries sur les­quelles la socié­té moderne est édi­fiée. L’in­ter­ven­tion mili­taire est en effet affir­mée comme néces­saire à l’atteinte et à la pré­ser­va­tion de la paix, et peu importe que nous puis­sions tous consta­ter les effets délé­tères d’innombrables et inter­mi­nables guerres inutiles. Nous sommes encou­ra­gés à nous consi­dé­rer comme libres, cepen­dant que nous sommes sujets d’États dis­po­sant du pou­voir de sup­pri­mer à tout moment les pro­tec­tions de la citoyen­ne­té, asser­vis à des emplois que nous sommes bien sou­vent contraints d’accepter par défaut, par manque de choix réels. De mul­tiples façons, nous connais­sons une véri­table sujé­tion. Il est d’ailleurs cou­rant de consta­ter que l’ap­pren­tis­sage conduit à la désa­gré­ga­tion des cer­ti­tudes, comme le résume la phrase d’Ein­stein : « Plus j’ap­prends, plus je me rends compte de ce que je ne sais pas. »

Je ne peux que sup­po­ser que ces carac­té­ris­tiques orwel­liennes de la double pen­sée étaient inten­tion­nelles dans une pro­jec­tion récente sur le minis­tère de la Jus­tice de Londres, qui deman­dait aux spec­ta­teurs de « répé­ter après nous » le slo­gan « Les femmes trans sont des femmes ! » [il s’a­git de la pho­to en cou­ver­ture de cet article, NdT]

L’af­fir­ma­tion « les trans­femmes sont des femmes » (trans women are women) s’ap­pa­rente au slo­gan du Par­ti ima­gi­né par Orwell. Elle sème la pagaille dans des caté­go­ries élé­men­taires, comme nous allons le voir, tout en expo­sant une véri­té concer­nant la réa­li­té contes­tée vers laquelle la socié­té contem­po­raine se dirige.

L’im­por­tance pré­sente de cette affir­ma­tion, au Royaume-Uni, est liée à une consul­ta­tion publique du gou­ver­ne­ment en vue de réfor­mer la loi de 2004 sur la recon­nais­sance du sexe (GRA) (date limite : 19 octobre 2018). Cette réforme a été pro­po­sée afin d’a­mé­lio­rer les droits des per­sonnes trans ne s’i­den­ti­fiant pas, à l’âge adulte, avec le sexe ins­crit sur leur cer­ti­fi­cat de nais­sance. S’il s’agit d’un objec­tif louable, il est dif­fi­cile de savoir com­ment cela pour­rait affec­ter les exemp­tions exis­tantes concer­nant les ser­vices accor­dés à un seul sexe dans la loi sur l’é­ga­li­té de 2010. Un des prin­ci­paux méca­nismes de réforme pro­po­sés consiste à sim­pli­fier les pro­ces­sus admi­nis­tra­tifs exis­tants au moyen des­quels les per­sonnes trans peuvent léga­le­ment chan­ger leur sexe de nais­sance consi­gné en le rem­pla­çant par le sexe auquel elles s’i­den­ti­fient, et ain­si se voir accor­der par la socié­té des droits, des ser­vices et des espaces réser­vés au sexe auquel elles se rat­tachent désor­mais.

Des inquié­tudes sont expri­mées vis-à-vis des impli­ca­tions poten­tielles de ces réformes. Des fémi­nistes font valoir que le concept de « femme » sera vidé de son sens si des per­sonnes dont l’a­na­to­mie est mas­cu­line peuvent, sur simple demande, deve­nir juri­di­que­ment des femmes. Comme l’affirme Deb­bie Hay­ton, une trans­sexuelle, « les femmes seraient cer­tai­ne­ment affec­tées par un chan­ge­ment de la défi­ni­tion juri­dique de ce que signi­fie être une femme ».

Une par­tie de cette contro­verse découle du fait que nous vivons dans un contexte socié­tal patriar­cal, dans lequel la classe juri­dique des per­sonnes tra­di­tion­nel­le­ment appe­lées « femmes » conti­nue d’être désa­van­ta­gée en rai­son de leur appar­te­nance à cette caté­go­rie. De récentes sta­tis­tiques divul­guées par le gou­ver­ne­ment bri­tan­nique peuvent nous aider à illus­trer la mani­fes­ta­tion maté­rielle de cette situa­tion socié­tale, qui indiquent que les auteurs de crimes vio­lents sont plus sou­vent des hommes, et que les femmes de plus de seize ans sont cinq fois plus sus­cep­tibles d’a­voir subi une agres­sion sexuelle que les hommes. Ce contexte sus­cite des craintes ration­nelles (ne rele­vant donc pas de quelque pho­bie) concer­nant les impli­ca­tions du fait de per­mettre à des per­sonnes dont l’a­na­to­mie est conven­tion­nel­le­ment mas­cu­line d’ac­cé­der à des espaces sociaux actuel­le­ment réser­vés, juri­di­que­ment, aux filles et aux femmes ; ce qui pour­rait aus­si avoir pour effet, dans le même temps, d’enrayer les efforts juri­diques et socié­taux en vue de consti­tuer des espaces pro­té­gés, réser­vés aux filles et aux femmes.

La consul­ta­tion publique du gou­ver­ne­ment bri­tan­nique indique que ce der­nier est par­ti­cu­liè­re­ment inté­res­sé par les « orga­ni­sa­tions qui tra­vaillent pour sou­te­nir les per­sonnes d’un sexe par­ti­cu­lier — telles que les groupes de femmes qui apportent un sou­tien aux vic­times de vio­lence ou d’a­gres­sion sexuelle ». En effet, la ministre de la femme et de l’é­ga­li­té ouvre la consul­ta­tion en affir­mant

« Nous dési­rons aus­si rendre clair qu’il s’agit d’une consul­ta­tion explo­ra­trice, et que nous ne dis­po­sons pas de toutes les réponses. C’est pour­quoi, tan­dis que nous vous consul­tons, nous sommes conscients de l’importance de dia­lo­guer avec tous les par­tis. Nous sou­hai­tons par­ti­cu­liè­re­ment entendre les groupes de femmes qui expriment des inquié­tudes vis-à-vis des impli­ca­tions de nos pro­po­si­tions. Pour être clairs — cette consul­ta­tion se concentre sur le Gen­der Recog­ni­tion Act (GRA) ; nous ne pro­po­sons pas d’amender l’Equality Act de 2010 et les pro­tec­tions qu’il contient. »

Si j’ai déci­dé d’en apprendre davan­tage sur la consul­ta­tion publique en ligne concer­nant la réforme du GRA, c’est en par­tie parce que je sou­hai­tais com­prendre en quoi l’af­fir­ma­tion « Les femmes trans sont des femmes ! » est lit­té­ra­le­ment dis­so­nante. Je vou­lais sur­tout com­prendre com­ment ma propre igno­rance pou­vait peut-être induire cette impres­sion de dis­so­nance […]. Cepen­dant, je me suis sur­tout sen­tie alié­née par les tac­tiques orwel­liennes déployées afin de contraindre la socié­té à accep­ter cette décla­ra­tion comme étant « la véri­té », ain­si que confuse à l’écoute des dis­cours tota­li­sants d’ac­ti­vistes dont il me sem­blait pour­tant qu’ils se vou­laient anti-auto­ri­taires.

Les dimen­sions juri­diques, onto­lo­giques et clas­sistes de l’affirmation se sont pré­ci­sées au fur et à mesure de mon sui­vi de la consul­ta­tion du gou­ver­ne­ment, de ma lec­ture de la légis­la­tion qui l’encadre et de ma décou­verte des diverses pers­pec­tives et pré­oc­cu­pa­tions dif­fé­rentes qui s’exprimaient dans ce vif débat concer­nant les réformes pro­po­sées. Dans ce billet, je par­tage ce que j’ai appris de la poli­tique com­plexe de l’ex­pé­rience qui infuse, fabrique et finance le mou­ve­ment trans­genre et ses inter­sec­tions avec le fémi­nisme. […]

Il m’apparait qu’au Royaume-Uni (comme ailleurs), une lutte poli­tique prend place autour de la caté­go­rie « femme ». Actuel­le­ment, tout désac­cord avec l’af­fir­ma­tion selon laquelle « les femmes trans sont des femmes » est consi­dé­ré par cer­tains comme une forme de crime de pen­sée orwel­lien appe­lant répri­mande. Il est de plus en plus incon­for­table de gar­der le silence dans ce contexte, mais c’est avec inquié­tude que je par­tage mes réflexions.

La loi

Au Royaume-Uni, aujourd’hui, il existe deux caté­go­ries de per­sonnes juri­di­que­ment consi­dé­rées comme des femmes.

1) Les « femmes » sont des êtres humains adultes qui se pré­sentent ana­to­mi­que­ment comme étant de sexe fémi­nin à la nais­sance, sont décrites comme étant de sexe fémi­nin sur leur cer­ti­fi­cat de nais­sance pour cette rai­son, et qui, selon la notion de « cis­genre », conti­nuent à l’âge adulte à com­prendre qu’elles sont sexuées ana­to­mi­que­ment comme étant de sexe fémi­nin. La défi­ni­tion juri­dique de la « femme » ne contre­dit pas le fait que ces per­sonnes ont éga­le­ment des corps, des his­toires, des expé­riences et des idéaux poli­tiques dif­fé­rents.

Le dic­tion­naire juri­dique en ligne sti­pule,

FEMMES, per­sonnes. Dans son sens le plus large, ce mot désigne toutes les femelles de l’es­pèce humaine ; mais dans un sens plus res­treint, il désigne toutes les femmes qui sont arri­vées à l’âge de la puber­té.

Pour une espèce de mam­mi­fère dont les pos­si­bi­li­tés de repro­duc­tion reposent sur le dimor­phisme sexuel, le terme « femelle » est cou­ram­ment défi­ni en termes phy­sio­lo­giques,

Femelle, adjec­tif

1 du ou dési­gnant le sexe qui peut por­ter la pro­gé­ni­ture ou pro­duire des œufs, se dis­tin­guant bio­lo­gi­que­ment par la pro­duc­tion de gamètes (ovules) qui peuvent être fer­ti­li­sés par des gamètes mâles.

nom

1 une per­sonne de sexe fémi­nin …

La « femme » dans ce sens juri­dique est donc une caté­go­rie liée à l’en­re­gis­tre­ment du sexe ana­to­mique à la nais­sance même si « on ne naît pas femme : on le devient », comme l’a écrit la phi­lo­sophe fémi­niste Simone de Beau­voir en 1949.

Cette for­mule de De Beau­voir est un prin­cipe fon­da­men­tal de la théo­rie fémi­niste. Elle met en lumière ce fait que les per­for­mances sexos­pé­ci­fiques des êtres humains qui se pré­sentent phy­sio­lo­gi­que­ment comme des femmes, à la nais­sance, sont façon­nées socia­le­ment, plu­tôt que pro­gram­mées de manière innée. Il devrait éga­le­ment être évident, mais il convient de le sou­li­gner à nou­veau, que dire qu’une femme est un être humain fémi­nin adulte n’é­qui­vaut pas à affir­mer l’ho­mo­gé­néi­té des corps ou des expé­riences de ces per­sonnes.

2) Dans la légis­la­tion bri­tan­nique actuelle, il est pos­sible pour une per­sonne dont le sexe ana­to­mique a été enre­gis­tré comme mas­cu­lin à la nais­sance de deve­nir léga­le­ment une femme à l’âge adulte, et vice ver­sa. La loi bri­tan­nique de 2004 sur la recon­nais­sance du sexe (Gen­der Recog­ni­tion Act — GRA) per­met à une per­sonne de pro­té­ger son sexe réas­si­gné en obte­nant un cer­ti­fi­cat de recon­nais­sance du sexe (Gen­der Recog­ni­tion Cer­ti­fi­cate — GRC) à l’is­sue d’un pro­ces­sus d’exa­men for­mel par d’autres membres de la socié­té (la carac­té­ris­tique pro­té­gée du « sexe » est ici une réfé­rence « à un homme ou à une femme », selon les défi­ni­tions juri­diques ci-des­sus).

Le GRA, et sa tech­no­lo­gie de gou­ver­nance d’un GRC, sou­tient donc actuel­le­ment la vision fémi­niste de De Beau­voir selon laquelle l’i­den­ti­té de genre est à la fois une affaire indi­vi­duelle et une affaire de socié­té. Un GRC peut actuel­le­ment être obte­nu par toute per­sonne de plus de 18 ans ayant vécu dans son « sexe acquis » [en langue anglaise, les notions de genre et de sexe sont par­ti­cu­liè­re­ment confuses, la per­sonne qui subit une opé­ra­tion chi­rur­gi­cale dite de « réas­si­gna­tion sexuelle » ne change pas de sexe, ses cel­lules et son corps tout entier conservent la même sexua­tion, ce qui change, c’est l’apparence phy­sique ; cela n’a rien de contro­ver­sé, les chi­rur­giens qui s’occupent de telles opé­ra­tions le for­mulent ain­si, de même que les cli­niques et hôpi­taux ; les per­sonnes en ques­tion n’acquièrent donc pas un autre ou nou­veau « sexe », NdT] pen­dant deux ans, et ayant l’in­ten­tion de conti­nuer jus­qu’à la mort.

En ver­tu de la loi sur l’é­ga­li­té de 2010, la « réas­si­gna­tion sexuelle » (ou de « réat­tri­bu­tion sexuelle », ou encore « de réas­si­gna­tion du genre ») est éga­le­ment une carac­té­ris­tique pro­té­gée, mais une per­sonne n’ac­quiert pas (pré­sen­te­ment) la carac­té­ris­tique pro­té­gée du sexe vers lequel elle est en tran­si­tion sans acqué­rir un GRC. Le chan­ge­ment de sexe fait donc réfé­rence à « l’é­vo­lu­tion des carac­té­ris­tiques phy­sio­lo­giques ou autres du sexe » (telles que défi­nies dans la loi sur l’é­ga­li­té de 2010),

Une per­sonne béné­fi­cie de la carac­té­ris­tique pro­té­gée de chan­ge­ment de sexe (ou de genre, la confu­sion règne, NdT) si elle se pro­pose de subir, ou si elle subit actuel­le­ment, ou si elle a subi un pro­ces­sus (ou une par­tie d’un pro­ces­sus) visant à chan­ger de sexe en modi­fiant les attri­buts phy­sio­lo­giques ou autres du sexe.

Sans GRC, une femme trans est donc léga­le­ment un être humain mas­cu­lin avec la carac­té­ris­tique pro­té­gée du chan­ge­ment de sexe et sans la carac­té­ris­tique pro­té­gée de son sexe acquis, bien que des ins­tal­la­tions dédiées aux femmes puissent lui être acces­sibles si ces ins­tal­la­tions n’ont pas adop­té les exemp­tions rela­tives au sexe unique de la loi sur l’é­ga­li­té.

En résu­mé, la caté­go­rie juri­dique des « femmes », au Royaume-Uni, com­prend actuel­le­ment les adultes nées ain­si, et les per­sonnes adultes nées avec l’autre sexe et ayant obte­nu un cer­ti­fi­cat de recon­nais­sance de chan­ge­ment légal de sexe à l’âge adulte.

Étant don­né que les per­sonnes adultes ayant obte­nu un tel cer­ti­fi­cat sont déjà léga­le­ment consi­dé­rées comme des femmes, le fait de pro­je­ter « Trans Women Are Women » (« Les femmes trans sont des femmes ») sur le minis­tère de la Jus­tice consti­tue pro­ba­ble­ment une demande d’in­clu­sion juri­dique dans la caté­go­rie « femmes » de per­sonnes ne cor­res­pon­dant pas aux défi­ni­tions juri­diques pré­cé­dentes. Le contexte nous montre clai­re­ment que ces per­sonnes sont celles qui ne s’i­den­ti­fient pas au sexe ins­crit sur leur cer­ti­fi­cat de nais­sance, n’ayant pas effec­tué de demande de — ou obte­nu un — GRC afin d’obtenir le sta­tut juri­dique de femmes, mais se défi­nis­sant néan­moins comme des femmes.

Ontologie

Sub­stan­tif fémi­nin

  1. Par­tie de la phi­lo­so­phie qui a pour objet l’é­tude des pro­prié­tés les plus géné­rales de l’être, telles que l’exis­tence, la pos­si­bi­li­té, la durée, le deve­nir.

Affir­mer que les femmes trans sont des femmes devient donc une exi­gence onto­lo­gique visant à incor­po­rer dans la caté­go­rie « femmes » trois groupes de per­sonnes :

1) les femmes dites « cis­genres », c’est-à-dire les êtres humains adultes qui acceptent le sexe ana­to­mique ins­crit sur leur acte de nais­sance ;

2) les êtres humains mas­cu­lins adultes ayant acquis la carac­té­ris­tique de sexe pro­té­gé de la femme et s’y étant enga­gés, en étant recon­nus par la socié­té comme ayant chan­gé d’at­tri­buts phy­sio­lo­giques ou autres et ayant acquis un GRC ;

et 3) les per­sonnes de sexe mas­cu­lin qui s’auto-identifient comme des femmes.

Ce troi­sième groupe affirme que les êtres humains mas­cu­lins adultes peuvent inté­grer la caté­go­rie « femme » sim­ple­ment en disant qu’ils sont des femmes. Ce fai­sant, l’identité/identification se détache des bases ana­to­miques et juri­diques com­bi­nées de la caté­go­rie « femme » (comme dans les deux pre­mières défi­ni­tions juri­diques ci-des­sus).

Selon les termes de la cher­cheuse fémi­niste Sil­via Fede­ri­ci, l’i­den­ti­té indi­vi­duelle est ici acquise au tra­vers d’une dis­so­cia­tion d’avec le corps :

« Le pro­duit de cette alié­na­tion du corps […] a été le déve­lop­pe­ment de l’i­den­ti­té indi­vi­duelle, conçue pré­ci­sé­ment comme “l’al­té­ri­té” du corps, et en per­pé­tuel anta­go­nisme avec lui. »

Cette dis­so­cia­tion entre la caté­go­rie « femme » et la maté­ria­li­té du corps induit des décla­ra­tions dis­so­nantes pour le sens com­mun, comme « je suis une femme et j’ai un pénis », ou des reven­di­ca­tions selon les­quelles les les­biennes (femmes homo­sexuelles) devraient élar­gir leur pers­pec­tive et accep­ter les pénis des femmes trans qui se disent les­biennes.

Peut-être que le fait d’ac­cep­ter comme vraie sur le plan onto­lo­gique l’af­fir­ma­tion selon laquelle « les femmes trans sont des femmes » est la mesure la plus libé­ra­trice que l’hu­ma­ni­té puisse prendre afin de déman­te­ler les construc­tions res­tric­tives et les bina­ri­tés de genre. Il se peut éga­le­ment que les diag­nos­tics crois­sants de dys­pho­rie de genre et le sen­ti­ment d’être « né dans le mau­vais corps » et/ou d’être enre­gis­tré comme étant du mau­vais sexe, reflètent sim­ple­ment une pré­va­lence sous-jacente de per­sonnes trans­genres non recon­nues aupa­ra­vant dans la socié­té.

Pour­tant, la décla­ra­tion « Les femmes trans sont des femmes ! » est une affir­ma­tion qui n’est ni don­née onto­lo­gi­que­ment ni socia­le­ment éta­blie. Cette affir­ma­tion nous enjoint à confondre entre elles deux caté­go­ries tra­di­tion­nel­le­ment com­prises comme des pola­ri­tés rela­tion­nelles, cepen­dant que la diver­si­té au sein de ces caté­go­ries, ain­si que le flou de leurs fron­tières, font par­tie de la façon dont ces caté­go­ries sont com­prises.

C’est pour­quoi exi­ger que la caté­go­rie « femme » puisse qua­li­fier le corps adulte de toute per­sonne se pré­sen­tant phy­sio­lo­gi­que­ment comme un homme revient à exi­ger un acte de dou­ble­pen­sée. Le plus impor­tant est peut-être que cela exige que les termes « femme » et « femmes » soient vidés de tout ce qui les défi­nit, effa­çant ain­si concep­tuel­le­ment la classe d’êtres humains qu’ils ser­vaient jusqu’ici à dési­gner.

« Wins­ton lais­sa retom­ber ses bras et rem­plit len­te­ment ses pou­mons d’air. Son esprit s’égara dans le monde laby­rin­thique de la dou­ble­pen­sée. Igno­rer en sachant, se sen­tir abso­lu­ment sin­cère tout en racon­tant des men­songes soi­gneu­se­ment éla­bo­rés, entre­te­nir simul­ta­né­ment deux opi­nions incom­pa­tibles, les savoir contra­dic­toires et être quand même convain­cu des deux […].

“Le contrôle de la réa­li­té”, comme ils l’appelaient – en nov­langue, “dou­ble­pen­sée”. »

Classe

Cela importe. Outre la dis­so­nance juri­dique et onto­lo­gique que pro­duit l’intégration concep­tuelle des per­sonnes dotées d’une ana­to­mie sexuelle mas­cu­line dans la caté­go­rie « femme », il se trouve aus­si une ana­lyse de classe sou­li­gnant que la caté­go­rie de per­sonnes tra­di­tion­nel­le­ment appe­lée « femmes » conti­nue pour ce fait d’être péna­li­sée dans la socié­té patriar­cale.

L’é­cart de rému­né­ra­tion entre les hommes et les femmes per­siste tou­jours ; la vio­lence mas­cu­line envers les filles et les femmes s’in­ten­si­fie tant au niveau mon­dial qu’au Royaume-Uni, la vio­lence à l’é­gard des femmes et des filles étant l’une des vio­la­tions des droits de l’homme les plus sys­té­ma­tiques et les plus répan­dues dans le monde ; et léga­le­ment (en droit anglais), le crime de viol ne peut être com­mis que par des per­sonnes ayant un pénis, conven­tion­nel­le­ment consi­dé­rés comme des hommes (c’est-à-dire des êtres humains mas­cu­lins adultes).

Dans le domaine scien­ti­fique, la per­sis­tance des pré­ju­gés sexistes chez les rédac­teurs de revues, les exa­mi­na­teurs de docu­ments et les auteurs publiés fait que les femmes scien­ti­fiques sont sous-repré­sen­tées et sous-publiées. Dans la culture popu­laire, les films et les séries télé­vi­sées conti­nuent d’être domi­nés par le « frid­ging » : « un trope sexiste per­sis­tant » nom­mé d’a­près un numé­ro de 1994 de la BD Green Lan­tern dans lequel le héros rentre chez lui pour trou­ver le cadavre de sa petite amie assas­si­née dans un réfri­gé­ra­teur — ce qui lui pro­cure un faire-valoir pour son super héroïsme tan­dis que l’histoire de sa com­pagne, morte, s’arrête net. Même les contri­bu­tions des femmes DJ à la culture des clubs bri­tan­niques ont été « rela­ti­ve­ment effa­cées » de l’his­toire des clubs.

Tout cela fait qu’en tant que classe, les expé­riences des femmes sont dif­fé­rentes de celles des hommes — et ce, même s’il existe une grande diver­si­té de corps, d’histoires et d’opportunités qui façonnent éga­le­ment des expé­riences dif­fé­rentes chez les femmes (et des hommes). Les contextes struc­tu­rels conti­nuent de mode­ler la dis­cri­mi­na­tion et la vio­lence envers la classe et la caté­go­rie des « femmes ». Ils sont l’une des rai­sons pour les­quelles le « sexe » est une carac­té­ris­tique pro­té­gée par la loi bri­tan­nique sur l’é­ga­li­té, ce qui signi­fie que les hommes et les femmes tra­vaillant à temps plein ou à temps par­tiel ont droit à l’é­ga­li­té des sexes en termes de salaire pour le même tra­vail. Inver­se­ment, les hommes, en tant que caté­go­rie, « n’ont jamais eu besoin de la pro­tec­tion des femmes pour leur propre sécu­ri­té, leur vie pri­vée et leur digni­té ».

Il est donc à la fois pro­blé­ma­tique et alié­nant (mais pas sur­pre­nant) de consta­ter que l’immixtion — assis­tée par l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion — de per­sonnes de sexe mas­cu­lin dans des espaces dési­gnés comme « pour les femmes » ou « réser­vés aux femmes » semble en effet exa­cer­ber, plu­tôt que cor­ri­ger, cette inéga­li­té fon­dée sur la classe sociale. Si les per­sonnes ana­to­mi­que­ment mas­cu­lines n’ont qu’à se dire femmes pour l’être, si la socié­té accepte cette affir­ma­tion, alors l’ex­pé­rience pas­sée et pré­sente sug­gère que les per­sonnes ana­to­mi­que­ment mas­cu­lines com­men­ce­ront à s’ap­pro­prier les espaces sociaux réser­vés aux femmes et aux filles. Ce que l’on constate déjà.

Les par­tis poli­tiques bri­tan­niques, par exemple, ouvrent leurs listes de pré­sé­lec­tion exclu­si­ve­ment fémi­nines aux femmes trans­genres qui s’auto-déclarent femmes, et excluent leurs membres fémi­nins qui expriment quelque inquié­tude face à cette poli­tique. En 2016, afin d’in­clure davan­tage les per­sonnes trans et non binaires, cer­tains membres du Par­ti vert bri­tan­nique ont pro­mu l’i­dée de rem­pla­cer le terme « femmes » par « non-hommes ». Plus récem­ment, et sous l’auspice de sombres pré­oc­cu­pa­tions, une émi­nente femme trans membre du Par­ti vert l’a quit­té, l’ac­cu­sant de trans­pho­bie, avant de pos­tu­ler pour rejoindre les libé­raux démo­crates pour les­quels l’au­to­dé­cla­ra­tion per­met à qui­conque de can­di­da­ter dans les listes de femmes. Les membres du Par­ti vert qui expriment leur inquié­tude concer­nant « les poli­tiques pro-trans et l’in­ti­mi­da­tion qui les accom­pagnent » sont eux-mêmes mena­cés d’ex­pul­sion du Par­ti.

Dans le même temps, dans le monde des affaires, un indi­vi­du se pré­sen­tant comme homme cer­tains jours (par exemple dans un cos­tume gris) et comme femme d’autres jours (par exemple dans une robe rose et une per­ruque blonde) a récem­ment obte­nu une dis­tinc­tion réser­vée aux femmes. Dans son cas, le fait d’obtenir quelque avan­tage du fait de s’identifier en tant que femme n’exi­geait qu’un piètre enga­ge­ment envers le sexe acquis. Dans le domaine du sport, les révi­sions des règle­ments spor­tifs inter­na­tio­naux per­mettent aux femmes trans­genres de concou­rir dans des caté­go­ries fémi­nines, ce qui, selon cer­tains ana­lystes, leur confère un avan­tage phy­sique injuste notam­ment lié à des niveaux de tes­to­sté­rone sta­tis­ti­que­ment plus éle­vés.

Une ana­lyse inter­sec­tion­nelle du sexe, du genre et du racisme per­met de consta­ter que les femmes trans­genres subissent des vio­lences et des trau­ma­tismes du fait d’êtres humains mas­cu­lins, qui sont simi­laires à ceux que subissent les femmes, et qui peuvent éga­le­ment être aggra­vés par le racisme. Pour citer Sil­via Fede­ri­ci une fois de plus, la trans­pho­bie et le racisme aggravent la miso­gy­nie : ain­si, aux États-Unis, entre 2010 et 2016, « au moins 111 per­sonnes trans­genres et non confor­mistes en termes de genre ont été assas­si­nées […], dont la plu­part étaient des femmes trans noires ». Pour contex­tua­li­ser, cepen­dant, les sta­tis­tiques d’ho­mi­cide aux États-Unis, pour 2010 seule­ment, font état de 3 292 meurtres de femmes. Au Royaume-Uni, au cours de la der­nière décen­nie, ain­si que le direc­teur géné­ral de l’or­ga­ni­sa­tion cari­ta­tive lon­do­nienne Nia, spé­cia­li­sée dans la lutte contre la vio­lence sexuelle et domes­tique, l’a rap­por­té,

« il y a eu 8 homi­cides de per­sonnes trans — tous bio­lo­gi­que­ment mas­cu­lins ; d’autre part, des per­sonnes trans — toutes des mâles bio­lo­giques — ont tué 11 per­sonnes, et 4 de leurs vic­times étaient des femmes. Et dans la même période, des hommes ont tué au moins 1 373 femmes. »

En même temps, ces der­nières années, un cer­tain nombre de cas empi­ri­que­ment docu­men­tés signalent éga­le­ment que cer­tains hommes s’i­den­ti­fiant comme trans­genres com­mettent des crimes — en par­ti­cu­lier des agres­sions sexuelles — contre des femmes et des jeunes filles ; des crimes qui, grâce à l’auto-identification, auront plus faci­le­ment ten­dance à être rap­por­tés comme ayant été com­mis par une femme plu­tôt que par un homme. S’il est « trans­phobe » d’ob­ser­ver l’exis­tence même de ces cas empi­riques, com­ment peut-on par­ler ouver­te­ment de la pro­tec­tion néces­saire pour répondre aux besoins de l’une ou l’autre des per­sonnes concer­nées ?

Dans l’en­semble, il devient dif­fi­cile de ne pas voir dans l’af­fir­ma­tion « Les femmes trans sont des femmes » une insi­nua­tion sour­noise favo­ri­sant la per­pé­tua­tion de l’hégémonie de ceux qui béné­fi­cient des struc­tures sociales patriar­cales. Décou­lant d’une vision pri­va­ti­ve­ment et publi­que­ment nui­sible de l’identité, conforme à l’in­di­vi­dua­lisme et à l’atomisation du néo­li­bé­ra­lisme, l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion semble fon­da­men­ta­le­ment anta­go­niste de la poli­tique de classe, par­ti­cu­liè­re­ment hos­tile au fémi­nisme en tant que mou­ve­ment poli­tique cri­tique du capi­ta­lisme patriar­cal.

Pour­quoi cet anta­go­nisme ne pré­oc­cupe-t-il pas sérieu­se­ment les mili­tants cri­tiques du capi­ta­lisme ?

La consul­ta­tion de 2018 sur les réformes de la loi bri­tan­nique de 2004 sur la recon­nais­sance du sexe

Comme je le men­tionne ci-avant, au Royaume-Uni, une consul­ta­tion publique est en cours concer­nant des modi­fi­ca­tions pro­po­sées à la loi de 2004 sur la recon­nais­sance du sexe. Elle vise à amé­lio­rer le ser­vice gou­ver­ne­men­tal gui­dant le pro­ces­sus de chan­ge­ment légal du sexe pour les per­sonnes trans et non binaires qui sou­haitent l’u­ti­li­ser. La consul­ta­tion est en ligne et la date limite de sou­mis­sion est fixée au 19 octobre (voir les liens ci-des­sous).

Les ser­vices publics se doivent bien enten­du de tra­vailler du mieux qu’ils peuvent, de manière aus­si inclu­sive et res­pec­tueuse que pos­sible, et notam­ment de faire tout leur pos­sible afin de pré­ve­nir les pré­ju­dices subis par cer­taines caté­go­ries de citoyens. Les réformes juri­diques doivent éga­le­ment tenir compte des inté­rêts et des expé­riences des dif­fé­rentes caté­go­ries de per­sonnes que com­prend la socié­té, et être en accord avec les autres domaines de la légis­la­tion. La consul­ta­tion concer­nant le GRA, par exemple, s’en­gage à res­pec­ter la loi sur l’é­ga­li­té de 2010, y com­pris les dis­po­si­tions rela­tives aux espaces réser­vés aux per­sonnes d’un seul sexe ou aux per­sonnes d’un même sexe, même si la pré­ser­va­tion de ces ser­vices pour­rait « autre­ment consti­tuer une dis­cri­mi­na­tion illé­gale vis-à-vis de la réas­si­gna­tion de genre [de sexe, comme y tiennent ceux qui sou­haitent confondre genre et sexe, NdT] ».

La réforme du GRA entre­voit plu­sieurs amé­na­ge­ments, y com­pris une évo­lu­tion vers un modèle d’au­to-décla­ra­tion qui assou­pli­ra les règles actuelles concer­nant l’i­den­ti­fi­ca­tion juri­dique du sexe (c’est-à-dire l’i­den­ti­fi­ca­tion en tant qu’­homme ou femme). S’il venait à être adop­té, ce modèle « repré­sen­te­ra un chan­ge­ment fon­da­men­tal dans le droit anglais concer­nant les caté­go­ries « homme » et « femme » ». Cela signi­fie notam­ment qu’il nous fau­dra accep­ter — en prin­cipe et en droit — qu’une per­sonne dont le sexe ana­to­mique est mas­cu­lin de nais­sance puisse juri­di­que­ment deve­nir une femme uni­que­ment parce qu’elle le décide, sans pas­ser par un pro­ces­sus de chan­ge­ment de genre ou sans que cette déci­sion fasse l’ob­jet d’un réexa­men par la socié­té.

Étant don­né que les per­sonnes de sexe fémi­nin, en tant que classe, sont beau­coup plus confron­tées à l’ob­jec­ti­va­tion, à la dis­cri­mi­na­tion et à la vio­lence des per­sonnes de sexe mas­cu­lin, il semble à la fois logique et impor­tant que les pré­oc­cu­pa­tions concer­nant ces chan­ge­ments soient prises au sérieux. Les redé­fi­ni­tions caté­go­rielles impli­cites du concept de « femme » ont éga­le­ment des impli­ca­tions phi­lo­so­phiques impor­tantes, notam­ment pour la théo­rie fémi­niste. Plus pro­saï­que­ment, la pos­si­bi­li­té pour les hommes d’u­ti­li­ser des réformes juri­diques afin d’accéder à des espaces conven­tion­nel­le­ment réser­vés aux femmes, ain­si que d’être favo­ri­sés (comme nous l’a­vons vu) par l’ac­cès à des pla­te­formes publiques « réser­vées aux femmes », sont des pré­oc­cu­pa­tions légi­times. On ne sait tou­jours pas quelles mesures de pro­tec­tion seront mises en place afin d’éviter des pré­ju­dices invo­lon­taires.

Crimepensée

« Un crime de pen­sée, comme on l’appelait. Le crime de pen­sée ne pou­vait être caché indé­fi­ni­ment. On pou­vait pas­ser entre les mailles du filet quelque temps, voire des années, mais un jour ou l’autre, fata­le­ment, ils vous attra­paient. […] Les gens dis­pa­rais­saient tout sim­ple­ment, tou­jours de nuit. On effa­çait votre nom des registres, on fai­sait dis­pa­raître toute trace de vos actes. On niait que vous ayez jamais vécu, puis on vous oubliait. Vous étiez abo­li, anni­hi­lé – “vapo­ri­sé”, comme on disait. »

Le Mani­feste Trans 2014 adres­sé aux prin­ci­paux par­tis poli­tiques du Royaume-Uni déclare que « l’in­ten­tion n’a jamais été que les per­sonnes trans aient plus de droits que qui­conque, mais plu­tôt qu’elles béné­fi­cient des mêmes droits que les autres consi­dèrent comme acquis ». Cette décla­ra­tion sonne cepen­dant creux lorsque les femmes et d’autres per­sonnes se voient har­ce­lées pour le seul fait de s’être réunies afin dis­cu­ter de pro­po­si­tions de chan­ge­ments poli­tiques qui les concernent éga­le­ment.

Une des choses qui m’ont le plus éton­née, et qui est d’ailleurs l’une des rai­sons pour les­quelles j’ai écrit ce billet, c’est le niveau d’a­bus dont sont vic­times les femmes qui sou­haitent se réunir pour dis­cu­ter de ces chan­ge­ments. Les femmes et les femmes trans­genres qui tentent d’a­voir une conver­sa­tion res­pec­tueuse et ouverte sur les impli­ca­tions des amen­de­ments pro­po­sés à la GRA sont régu­liè­re­ment qua­li­fiées de « sec­taires » et de « trans­phobes ».

Je suis moi aus­si une femme ayant fait l’ex­pé­rience de la dis­cri­mi­na­tion, du har­cè­le­ment et de la vio­lence sexua­li­sés des hommes dans le patriar­cat. Il me semble que le fait même que tant de femmes dénoncent l’au­to-iden­ti­fi­ca­tion sexuelle devrait être un signal d’a­larme indi­quant que quelque chose ne va pas.

Sian Sul­li­van


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

Relec­ture : Lola Bear­zat­to

Comments to: La guerre c’est la paix ! La liberté c’est l’esclavage ! Les transfemmes sont des femmes ! (par Sian Sullivan)

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