Les 10 meilleures façons de détruire toute l’eau sur Terre (par Derrick Jensen)

Der­rick Jen­sen (né le 19 décembre 1960) est un écri­vain et acti­viste éco­lo­gique amé­ri­cain, par­ti­san du sabo­tage envi­ron­ne­men­tal, vivant en Cali­for­nie. Il a publié plu­sieurs livres très cri­tiques à l’é­gard de la socié­té contem­po­raine et de ses valeurs cultu­relles, par­mi les­quels The Culture of Make Believe (2002) End­game Vol 1&2 (2006) et A Lan­guage Older Than Words (2000). Il est un des membres fon­da­teurs de Deep Green Resis­tance. Article ori­gi­nal publié (en anglais) le 24 aout 2016 à cette adresse.


J’adore lire des listes des plus grands accom­plis­se­ments de notre culture. Je suis tou­jours sidé­ré, par exemple, à la lec­ture de l’effort incroyable qui a per­mis de construire les pyra­mides de Gizeh : 10 000 per­sonnes, au moins, ont tra­vaillé pen­dant 30 ans pour éri­ger des tombes géantes pour leurs dirigeants.

Et je ne vois pas com­ment qui­conque pour­rait mas­quer son exci­ta­tion, pour don­ner un autre exemple, à la lec­ture du fait que le bar­rage Hoo­ver est « l’un des plus grands accom­plis­se­ments de l’homme » parce qu’il a « per­mis de maî­tri­ser la furie du fleuve Colo­ra­do, créa­teur du Grand Canyon et artère vitale du Sud-Ouest états-unien. »

Et qui pour­rait ne pas se recon­naître en de tels sen­ti­ments : « à chaque fois que je remarque un bâti­ment s’élever vers le ciel, la vue des tuyaux de plom­be­rie — les artères ultimes d’un mer­veilleux sys­tème de sou­tien de la vie — m’évoque un sen­ti­ment spé­cial d’émerveillement et de fier­té. »

Mais une chose me dérange dans ces listes : elles se retiennent de nous pré­sen­ter les plus incroyables et les plus impor­tants accom­plis­se­ments, ceux qui mettent réel­le­ment en lumière la puis­sance de cette culture, qui sont au cœur de ce qu’est cette culture, ceux qui font pas­ser les tuyaux de plom­be­rie pour des ringardises.

J’ai donc com­men­cé à faire mes propres listes. En voi­ci une de cer­tains des plus grands accom­plis­se­ments liés à l’eau.

10/ La mer d’Aral

La mer d’Aral, dont le nom signi­fie « mer d’îles » en rai­son des 1100 îles qu’on y dénom­brait, était aupa­ra­vant le 4ème plus grand lac du monde, et recou­vrait plus de 67 000 km². Mais quelques bonnes âmes — une culture toute entière de bonnes âmes — réus­sirent à voir au-delà de la beau­té, de la nour­ri­ture et de l’eau qu’elle four­nis­sait aux locaux, pour par­ve­nir à sa vraie valeur. Ils recon­nurent que ce lac était une « erreur de la nature », et un « éva­po­ra­teur inutile ». Ils eurent l’audace vision­naire de construire des bar­rages et de creu­ser 322 000 km de canaux pour redi­ri­ger l’eau des rivières qui ali­men­taient aupa­ra­vant la mer d’Aral vers le désert pour faire pous­ser du riz, des melons et du coton. Ce plan fut un suc­cès com­plet, en ce que, dès 1988, l’Ouzbékistan était deve­nu le plus impor­tant expor­ta­teur de coton du monde.

Cha­cun sait que toute eau attei­gnant la mer est gâchée. Nombre d’agriculteurs, dans le monde entier, répètent sou­vent cette phrase. Elle est sou­vent pro­non­cée par des poli­ti­ciens et des tech­no­crates. Elle fut pro­non­cée cette année par un can­di­dat à la pré­si­dence des USA lors d’un dis­cours de cam­pagne. L’eau peut et doit être uti­li­sée pour ali­men­ter l’économie.

Le 10ème plus grand accom­plis­se­ment de cette culture a été de faire en sorte que la qua­si-tota­li­té de l’eau qui aurait pu atteindre la mer d’Aral ne soit pas « gâchée ». Au cours des 50 der­nières, la mer d’Aral a rétré­ci jusqu’à atteindre 10%, à peine, de sa sur­face initiale.

La majeure par­tie de son ancien lit consti­tue aujourd’hui le désert Aral­kum, dont le sol est ren­du toxique par les rejets agri­coles. Mais cela ne devrait pas être un pro­blème sur le long terme, parce que le sol est souf­flé par le vent, empor­tant avec lui les pes­ti­cides jusqu’en Antarc­tique, chez les pin­gouins, entre autres. Pro­blème réglé.

Cet accom­plis­se­ment — l’assèchement du qua­trième plus grand lac du monde, essen­tiel­le­ment — aus­si impo­sant soit-il, n’est pas unique. Nous avons éga­le­ment réus­si à réduire la sur­face du lac Tchad, en Afrique, de 90% et à drai­ner des lacs sur toute la pla­nète, du lac Tulare — autre­fois le plus grand lac des États-Unis de l’Ouest du Mis­sis­sip­pi — au lac Poopó en Boli­vie, en pas­sant par ce qui fut autre­fois le troi­sième plus grand lac d’Italie, le lac Fucine.

carson2

9/ L’assèchement des fleuves

De nom­breux trai­tés pas­sés entre le gou­ver­ne­ment des États-Unis et des nations d’Indiens d’Amérique sti­pu­laient qu’ils res­te­raient effec­tifs aus­si long­temps que le vent souf­fle­rait et que les rivières cou­le­raient — en d’autres termes, éternellement.

Le neu­vième plus grand accom­plis­se­ment est l’assèchement des fleuves. Nous ne pou­vons désor­mais plus esti­mer que les rivières cou­le­ront éter­nel­le­ment. Le fleuve Colo­ra­do, par exemple, s’étalait autre­fois sur près de 2500 kilo­mètres depuis les mon­tagnes jusqu’à l’océan. Dieu mer­ci, toute cette eau n’est plus gâchée ; si celle-ci se conten­tait aupa­ra­vant de rem­plir la simple fonc­tion « d’artère vitale pour le Sud-Ouest amé­ri­cain », elle est aujourd’hui uti­li­sée pour l’agriculture et l’industrie. Le fleuve Colo­ra­do n’atteint plus la mer.

De la même façon, l’Indus, autre­fois le 21ème  plus grand fleuve du monde — au débit de 200 kilo­mètres cube par an — n’est plus aujourd’hui qu’un « goutte à goutte qui touche à sa fin », une fois encore, l’eau n’est plus gâchée mais uti­li­sée pour l’agriculture et l’industrie. Le Rio Grande a per­du 80% de son débit, ce qui nous laisse encore de la marge.

L’accomplissement suprême reste peut-être celui du fleuve jaune de Chine. Il s’agit du sixième fleuve le plus long du monde, avec plus de 5400 kilo­mètres. Un peu plus court aujourd’hui, puisque l’eau n’est plus gâchée mais uti­li­sée ; 230 jours par an, il n’atteint plus l’océan.

25% des fleuves du monde n’atteignent plus les océans. L’eau de 3 fleuves sur 4 est donc encore gâchée.

8/ L’assèchement des aquifères

L’assèchement des lacs et des fleuves est un accom­plis­se­ment puis­sant, mais il faut encore plus de puis­sance pour assé­cher des aqui­fères — une nappe ou ter­rain sou­ter­rain conte­nant de l’eau. Les aqui­fères peuvent être immenses. L’aquifère Ogal­la­la aux États-Unis, par exemple, s’étale sur plus de 450 000 kilo­mètres car­ré, et pré­sen­tait autre­fois un volume de plus de 4000 kilo­mètres cube. La ques­tion est donc : com­ment drai­ner quelque chose d’aussi vaste, et sous terre, qui plus est ? Pas de bonde géante à reti­rer. Et puisque la pluie le rem­plit consi­dé­ra­ble­ment, vous ne pou­vez pas uti­li­ser de bar­rages pour blo­quer le flot des cours d’eau qui l’alimentent.

La solu­tion est aus­si simple qu’élégante : vous pom­pez l’eau. Vous faites en sorte qu’elle ne soit pas gâchée sous terre, mais uti­li­sée pour faire pous­ser du coton ou d’autres plantes. Vous la chan­gez en argent. Bien sûr, vous ne pou­vez pas stop­per la pluie, mais tant que vous pom­pez l’eau plus vite qu’elle n’y arrive (et ils pompent envi­ron 25 kilo­mètres cube par an juste dans cet aqui­fère), et que vous ne lâchez rien, vous fini­rez par atteindre votre objectif.

Il y a encore beau­coup de bou­lot pour drai­ner l’aquifère Ogal­la­la mais nous avons déjà réus­si à pom­pez assez pour qu’en cer­tains endroits les puits soient 90 mètres plus bas qu’au début des prélèvements.

Et comme pour la mer d’Aral, nos objec­tifs sont atteints mon­dia­le­ment : 21 des 37 plus grands aqui­fères du monde déclinent signi­fi­ca­ti­ve­ment, 13 d’entre eux sont au bord de l’épuisement.

7/ L’empoisonnement des eaux souterraines

Elon Musk, le mil­liar­daire tech­no­crate, ain­si que d’autres, ont écrit qu’une des manières de recher­cher de l’intelligence extra-ter­restre consis­tait à cher­cher des pla­nètes pol­luées, puisque les pro­ces­sus indus­triels pol­luent par défi­ni­tion et parce que l’intelligence — selon eux — mène par défi­ni­tion à ces pro­ces­sus indus­triels. Par consé­quent, une preuve d’intelligence consiste à pol­luer sa propre planète.

Dans cet esprit, notre sep­tième plus grand accom­plis­se­ment concer­nant l’eau est l’empoisonnement des eaux sou­ter­raines du monde.

Cet accom­plis­se­ment était un test de nos capa­ci­tés, en par­tie parce que cette eau est sou­ter­raine, et qu’il est donc plus dif­fi­cile, en un sens, d’y faire par­ve­nir des poi­sons, mais aus­si parce que ces aqui­fères sont immenses.

Mais toute culture capable de faire tra­vailler 10 000 per­sonnes pen­dant 30 ans pour éri­ger des tombes géantes démontre un cer­tain achar­ne­ment à la tâche, un achar­ne­ment qui conti­nue encore à ce jour.

Nous avons tous vu des vidéos de per­sonnes dont l’eau de puits a été tel­le­ment pol­luée par la frac­tu­ra­tion que leur eau du robi­net prend feu. Seule­ment, la frac­tu­ra­tion n’est pas la seule manière de pol­luer les eaux sou­ter­raines — bien que l’idée d’injecter des pro­duits chi­miques toxiques sous terre, à haute pres­sion, afin de bri­ser des for­ma­tions rocheuses stables et de faire infu­ser ces roches avec des sub­stances chi­miques, soit ingé­nieuse. Entre­po­ser des pro­duits chi­miques direc­te­ment au-des­sus des aqui­fères fonc­tionne éga­le­ment, puisqu’ils pénètrent et tra­versent le sol. Épandre des insec­ti­cides et des her­bi­cides pro­duit le même effet.

C’est un suc­cès. La recherche extra­ter­restre de signes d’une vie intel­li­gente l’interpréterait sûre­ment comme un signe de notre intelligence.

6/ Les eaux de surface

Les aliens recon­naî­traient éga­le­ment notre intel­li­gence en ce qui concerne le trai­te­ment des eaux de sur­face. La qua­si-tota­li­té des plans et des cours d’eau du monde — des pro­fon­deurs océa­niques jusqu’aux plus petits ruis­se­lets — est conta­mi­née par des toxines fabri­quées par l’homme. Soit envi­ron 1 375 000 kilo­mètres cube d’eau contaminés.

La seule conta­mi­na­tion des eaux douces de la pla­nète aurait déjà consti­tué un accom­plis­se­ment extra­or­di­naire, si l’on tient compte du fait que, jusqu’à très récem­ment, tous les humains de la Terre buvaient l’eau de ces rivières et de ces lacs.

En Chine, cer­tains fleuves ont été tel­le­ment bien pol­lués que leur contact est toxique. Nous avons aus­si réus­si à conta­mi­ner de toxines « l’eau bio­lo­gique » de chaque être vivant, c’est-à-dire l’eau qui com­pose chaque être vivant. Un accom­plis­se­ment abso­lu­ment stupéfiant.

 5/ Les barrages en Inde

Le gou­ver­ne­ment de l’Inde compte s’assurer de ce que la moindre goutte d’eau ne soit gâchée par le monde natu­rel. Son plan consiste à construire 3000 nou­veaux bar­rages et à creu­ser 14 400 kilo­mètres de nou­veaux canaux afin de « remo­de­ler l’écoulement natu­rel » de 37 fleuves majeurs pour que le gou­ver­ne­ment puisse « redi­ri­ger » plus de 166 kilo­mètres cube d’eau chaque année.

4/ La surpêche

Ce que subit l’eau concerne tout et tous ceux qui vivent sur la pla­nète : tout ce qui n’est pas conver­tible en argent — pas conver­tible en car­bu­rant pour ali­men­ter l’économie — est gâché.

L’é­co­lo­giste Far­ley Mowat a écrit dans son livre « Une mer de mas­sacre » (titre anglais ori­gi­nal : A Sea of Slaugh­ter) : « Il est pro­ba­ble­ment impos­sible pour tous ceux qui vivent à cette époque de com­prendre l’ampleur de la richesse de la vie marine du Nou­veau Monde au moment où l’invasion Euro­péenne a com­men­cé ». Un explo­ra­teur explique que les eaux des Grands Bancs étaient « si pleines de pois­sons [qu’ils] pou­vaient non seule­ment être attra­pés avec un filet, mais aus­si avec de simples paniers les­tés d’une pierre ». Un autre qu’il y avait tel­le­ment de pois­sons géants (de la morue dans ce cas-ci) « qu’ils gênaient par­fois le pas­sage » des bateaux. Encore un autre : « les morues sont si épaisses près du rivage que nous avons eu du mal à y faire pas­ser un bateau ».

Cela fait beau­coup de pois­sons gâchés. Pire encore, nous pour­rions expo­ser des remarques simi­laires concer­nant d’autres pois­sons qui étaient tout aus­si com­muns. L’alose. L’aiglefin. Le flé­tan. Le sau­mon. La limande. L’anguille. Beau­coup de pois­sons étaient gâchés.

Aus­si, les cieux étaient plein d’oiseaux, et les mers de baleines et de phoques, qui man­geaient ces poissons.

L’accomplissement numé­ro quatre est donc la cap­ture de tous ceux-là pour l’économie. Les grands bancs de morues ne sont plus. Les grandes volées d’oiseaux marins, les grands trou­peaux de bisons et de phoques, dis­pa­rus, dis­pa­rus, dis­pa­rus. Plus de gâchis. Détruits !

 3/ Le plastique

L’invention du plas­tique est un accom­plis­se­ment extra­or­di­naire en lui-même : la créa­tion de quelque chose qui, à toutes fins pra­tiques, ne se décom­pose pas. Déve­lop­pé de la fin du 19ème siècle au début du 20ème, sa pro­duc­tion en masse a débu­té dans les années 1930. Depuis, elle n’a fait qu’augmenter ; l’économie indus­trielle en pro­duit près de 300 mil­lions de tonnes par an.

La majeure par­tie de ce plas­tique finit dans les océans — chaque année en quan­ti­té suf­fi­sante pour rem­plir 5 sacs tous les 30 cen­ti­mètres, le long de tous les lit­to­raux du monde. Il y a assez de plas­tique dans l’océan pour engen­drer des plaques flot­tantes de la taille de grands états ; il y en a plus qu’il n’y a de phy­to­planc­ton — la base de la vie dans les océans, et de la vie sur Terre puisqu’il pro­duit l’oxygène d’une res­pi­ra­tion ani­male sur deux — par un rap­port de 10 contre 1. Il y a assez de plas­tique pour qu’un pous­sin d’oiseau marin sur trois meure de faim sur cer­tains sites de repro­duc­tion du paci­fique, le ventre plein de plastique.

Assez de plas­tique pour étouf­fer la vie des océans. Et il ne se décom­pose pas. Quel incroyable accomplissement.

 2/ les prises accessoires

Si, en 1870, nous avions pu peser tous les pois­sons des océans, et si nous fai­sions la même chose aujourd’hui, le poids total actuel de tous les pois­sons repré­sen­te­rait 10% de ce qu’il était alors. Bien évi­dem­ment, nous étions déjà, en 1870, en bonne voie pour faire en sorte qu’aucun pois­son ne soit gâché, il y a donc fort à parier que ce déclin de 90% sui­vit d’autres déclins anté­rieurs à mesure de l’expansion de cette culture sur la planète.

Non contents de telles réduc­tions, nous conti­nuons à tuer les pois­sons pour les chan­ger en argent, mais aus­si à les tuer sim­ple­ment pour les reje­ter dans l’océan sans aucune rai­son. Cela s’appelle une prise acces­soire. La prise acces­soire désigne les pois­sons (ou oiseaux, ou baleines, ou phoques, ou tor­tues, ou qui que ce soit) morts que vous remon­tez dans vos filets, appar­te­nant à une espèce dif­fé­rente de celle pour laquelle on vous rému­nère. Envi­ron 40% de tous les pois­sons cap­tu­rés à des fins com­mer­ciales sont tués et jetés par-des­sus bord. Dans cer­taines indus­tries, le ratio de prise acces­soire par rap­port aux prises com­mer­ciales est de 20 contre 1.

Au final, d’impassibles scien­ti­fiques nous expliquent que, d’ici 35 ans, les océans pour­raient ne plus conte­nir de pois­son. L’effort aura été long et intense, mais nous aurons alors réus­si à faire en sorte que plus un seul pois­son ne soit gâché, et que ces der­niers — qui sont sur Terre depuis 450 mil­lions d’années et ont sur­vé­cu à de mul­tiples extinc­tions de masse — com­prennent que leur apti­tude à la sur­vie n’est rien com­pa­rée à notre capa­ci­té à détruire.

1/ Tuer les océans

Ce qui nous amène à notre meilleur accom­plis­se­ment concer­nant l’eau — mal­heu­reu­se­ment tou­jours en cours d’achèvement — à savoir le meurtre des océans de cette pla­nète d’eau, par intoxi­ca­tion, par bour­rage plas­tique, par sur­pêche, par des bruits arti­fi­ciels pro­vo­quant des déto­na­tions de 260 dB (pre­mier rang d’un concert de rock : 130 dB, dou­leur et dom­mages inévi­tables pour les humains : 140 dB, mort d’un humain : 160 dB ; 260 dB c’est 10 000 fois plus intense qu’une explo­sion nucléaire à 500 mètres), par aci­di­fi­ca­tion, par dra­gage, par l’élévation du niveau de la mer (qui tue des biomes dans les bas-fonds et le long des côtes), et ain­si de suite.

Ima­gi­nez remon­ter 10 000 ans en arrière, et deman­der aux gens d’alors quel accom­plis­se­ment serait le plus com­plexe et ardu entre, d’un côté, l’érection de tombes géantes (ou envoyer une per­sonne sur la lune, tant que vous y êtes) et, de l’autre, l’assèchement des lacs, des fleuves et des aqui­fères, l’intoxication des eaux du monde entier, et l’extermination de tel­le­ment de vie, dans des océans (et rivières et lacs et zones humides) autre­fois inima­gi­na­ble­ment féconds, que vous auriez véri­ta­ble­ment tué les océans eux-mêmes.

Les gens d’il y a 10 000 ans riraient, et vous répon­draient : « quelle ques­tion stu­pide. Il serait bien sûr plus dur de tuer les océans. Per­sonne ne peut cau­ser autant de des­truc­tion. Per­sonne ne peut faire du monde un cime­tière géant. Et qui pour­rait être assez stu­pide pour le vouloir ? »

Der­rick Jensen


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

Print Friendly, PDF & Email
Total
0
Shares
3 comments
Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.

Articles connexes
Lire

Cultures en Transition (2012)

Les solutions montrées dans Cultures en transition excellent par leur simplicité, leur faible coût, voire leur gratuité, ainsi que par leur intégrité écologique. À l’échelle d’un balcon-potager ou à l’échelle de l’agriculture d’un pays tout entier, elles ont vocation à favoriser les économies locales, à fortifier les liens de voisinage, ainsi qu’à encourager la diffusion libre des savoirs.
Lire

Le Vent Se Lève, mais pas dans la bonne direction (par Nicolas Casaux)

Et donc, un « journaliste » : Pierre Gilbert. Travaillant pour un média « de gauche » : « Le Vent Se Lève » (LVSL). Le genre de média (de gauche, donc) qui te demande importunément de lui donner des sous dès l'instant où tu arrives sur son site (sans même te laisser l'opportunité, en premier lieu, de lire ce qu'il produit) ; le genre de média qui s'oppose à « l'adversaire néolibéral », à « l'hégémonie néolibérale », mais pas (pas dans le long texte qui le présente, du moins) au capitalisme, cependant qu'il se réclame de « la pensée marxiste ». Rien d'étonnant, la gauche, en somme. [...]