eTra­duc­tion et illus­tra­tion d’un extrait du der­nier livre de Theo­dore Kac­zyns­ki, Anti-Tech Revo­lu­tion : Why and How (en fran­çais : Révo­lu­tion Anti-Tech : Pour­quoi et Com­ment) publié en 2016 aux États-Unis, à mettre en lien avec l’ar­ticle pré­cé­dent (L’étrange logique der­rière la quête d’énergies « renou­ve­lables »). Ici, lorsque Kac­zyns­ki parle de « sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs », il fait réfé­rence aux puis­sances cor­po­ra­tistes (mul­ti­na­tio­nales) et éta­tiques, qui sont les ins­ti­tu­tions de pou­voir domi­nantes de notre temps. Un texte court, un aver­tis­se­ment. Sauf acci­dent de par­cours, et/ou sauf s’il fait face à une résis­tance assez effi­cace, le sys­tème tech­no­lo­gique mon­dial se com­por­te­ra très cer­tai­ne­ment comme suit :


Les prin­ci­paux sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs humains du monde exploitent chaque oppor­tu­ni­té, uti­lisent chaque res­source et enva­hissent tous les endroits où ils peuvent trou­ver quoi que ce soit qui les assiste dans leur inces­sante quête de pou­voir. Au fur et à mesure du déve­lop­pe­ment hau­te­ment tech­no­lo­gique, de plus en plus de res­sources, qui sem­blaient autre­fois inutiles, s’avèrent ulti­me­ment utiles, et de plus en plus de lieux sont enva­his, et de plus en plus de consé­quences des­truc­trices s’ensuivent.

[…] Aus­si vrai que l’usage de dis­til­lats de pétrole dans les moteurs à com­bus­tion interne n’a pas vu le jour avant 1860, au plus tôt, tout comme l’usage de l’uranium en tant que com­bus­tible avant la décou­verte de la fis­sion nucléaire en 1938–39, ain­si que la plu­part des usages des terres rares avant les der­nières décen­nies, de futurs usages d’autres res­sources, de nou­velles manières d’exploiter l’environnement, et de nou­velles niches à enva­hir pour le sys­tème tech­no­lo­gique, pré­sen­te­ment insoup­çon­nées, sont à pré­voir. Dans notre esti­ma­tion des futures dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales, nous ne pou­vons pas nous conten­ter de pro­je­ter dans l’a­ve­nir les effets des pra­tiques éco­lo­gi­que­ment nui­sibles d’au­jourd’­hui ; nous devons sup­po­ser que de nou­velles causes de dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales émer­ge­ront, que nous ne pou­vons pas encore ima­gi­ner. De plus, nous devons nous sou­ve­nir que la pro­li­fé­ra­tion tech­no­lo­gique, et avec elle, l’aggravation des dom­mages que la tech­no­lo­gie inflige à l’environnement, pren­dront de l’ampleur dans les décen­nies à venir. En consi­dé­rant tout cela, nous par­ve­nons à la conclu­sion selon laquelle, en toute pro­ba­bi­li­té, la pla­nète tout entière, ou presque, sera gra­ve­ment endom­ma­gée par le sys­tème tech­no­lo­gique.

[Un exemple d’une nouvelle manière d’exploiter l’environnement, auparavant insoupçonnée, et qui se développe en ce moment, NdT :]

[…] Notre dis­cus­sion des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs ne fait que décrire en termes abs­traits et géné­raux ce qu’on observe concrè­te­ment autour de nous : des orga­ni­sa­tions, mou­ve­ments, idéo­lo­gies sont pri­son­niers d’une inces­sante lutte de pou­voir. Ceux qui ne par­viennent pas à être de bons com­pé­ti­teurs sont éli­mi­nés ou asser­vis. La lutte concerne le pou­voir sur le court terme, les com­pé­ti­teurs se sou­cient peu de leur propre sur­vie sur le long-terme, encore moins du bien-être de l’humanité ou de la bio­sphère. C’est pour­quoi les armes nucléaires n’ont pas été ban­nies, les émis­sions de dioxyde de car­bone n’ont pas été rame­nées à un niveau sûr, les res­sources de la pla­nète sont exploi­tées de manière tota­le­ment irres­pon­sable, et c’est aus­si ce qui explique pour­quoi aucune limite n’a été défi­nie pour enca­drer le déve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies puis­santes mais dan­ge­reuses.

Nous avons décrit ce pro­ces­sus en termes abs­traits et géné­raux afin de sou­li­gner que ce qui arrive à notre pla­nète n’est pas acci­den­tel ; que ce n’est pas le résul­tat d’une com­bi­nai­son de cir­cons­tances his­to­riques ou de défauts inhé­rents aux êtres humains. Étant don­né la nature des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs en géné­ral, le pro­ces­sus des­truc­teur que nous consta­tons aujourd’hui est ren­du inévi­table par la com­bi­nai­son de deux fac­teurs : le pou­voir colos­sal de la tech­no­lo­gie moderne et la dis­po­ni­bi­li­té de moyens de trans­port et de com­mu­ni­ca­tions rapides entre n’importe quels endroits du globe.

Le com­prendre peut nous aider à évi­ter de perdre notre temps dans de naïfs efforts. Par exemple, dans des démarches visant à apprendre aux gens à éco­no­mi­ser de l’énergie et des res­sources. De telles actions n’accomplissent rien.

Cela semble incroyable que ceux qui prônent les éco­no­mies d’énergie n’aient pas remar­qué ce qui se passe : dès que de l’énergie est libé­rée par des éco­no­mies, le sys­tème-monde tech­no­lo­gique l’engloutit puis en rede­mande. Peu importe la quan­ti­té d’énergie four­nie, le sys­tème se pro­page tou­jours rapi­de­ment jusqu’à ce qu’il ait uti­li­sé toute l’énergie dis­po­nible, puis il en rede­mande encore. La même chose est vraie des autres res­sources. Le sys­tème-monde tech­no­lo­gique s’étend imman­qua­ble­ment jusqu’à atteindre une limite impo­sée par un manque de res­sources, puis il essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les consé­quences.

Cela s’explique par la théo­rie des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs : les orga­ni­sa­tions (ou autres sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs) qui per­mettent le moins au res­pect de l’environnement d’interférer avec leur quête de pou­voir immé­diat tendent à acqué­rir plus de pou­voir que celles qui limitent leur quête de pou­voir par sou­ci des consé­quences envi­ron­ne­men­tales sur le long terme — 10 ans ou 50 ans, par exemple. Ain­si, à tra­vers un pro­ces­sus de sélec­tion natu­relle, le monde subit la domi­na­tion d’organisations qui uti­lisent au maxi­mum les res­sources dis­po­nibles afin d’augmenter leur propre pou­voir, sans se sou­cier des consé­quences sur le long terme.

[…] Tan­dis qu’une féroce com­pé­ti­tion au sein des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs aura si ample­ment et si rapi­de­ment dégra­dé le cli­mat de la Terre, la com­po­si­tion de son atmo­sphère, la com­po­si­tion de ses océans, et ain­si de suite, l’effet sur la bio­sphère sera dévas­ta­teur. Dans la par­tie IV du pré­sent cha­pitre, nous déve­lop­pe­rons davan­tage ce rai­son­ne­ment : nous ten­te­rons de démon­trer que si le déve­lop­pe­ment du sys­tème-monde tech­no­lo­gique se pour­suit sans entrave jusqu’à sa conclu­sion logique, selon toute pro­ba­bi­li­té, de la Terre il ne res­te­ra qu’un caillou déso­lé — une pla­nète sans vie, à l’exception, peut-être, d’organismes par­mi les plus simples — cer­taines bac­té­ries, algues, etc. — capables de sur­vivre dans ces condi­tions extrêmes.

Theo­dore Kac­zyns­ki


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

Vous avez réagi à cet article !
Afficher les commentaires Hide comments
Comments to: Si on ne l’arrête pas, la civilisation industrielle pourrait détruire toute la biosphère (par Theodore Kaczynski)
Write a response

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Attach images - Only PNG, JPG, JPEG and GIF are supported.