Hier, mar­di 8 novembre 2016, Donald Trump a été élu pré­sident des Etats-Unis d’Amérique. La presse occi­den­tale s’est empres­sée de sou­li­gner, entre autres choses, qu’il avait « été élu par une assez petite mino­ri­té d’é­lec­teurs » (25,80 % du corps élec­to­ral, 59 mil­lions de voix sur 231 mil­lions d’é­lec­teurs poten­tiels). Rap­pe­lons que Fran­çois Hol­lande, en France, avait été élu, en 2012, par 39% du corps élec­to­ral, une mino­ri­té aus­si ; & que, dans nos soi-disant « démo­cra­ties » modernes, c’est sou­vent ain­si que cela fonc­tionne, les pré­si­dents sont fré­quem­ment élus par une mino­ri­té du corps élec­to­ral.

Bon. Par où com­men­cer. D’a­bord, pré­ve­nir : face à une ava­lanche de réac­tions sou­vent insen­sées, la réflexion que nous nous apprê­tons à déve­lop­per ici risque fort d’être repous­sée pour hété­ro­doxie.

Plu­sieurs pro­blèmes s’enchainent en cas­cades, remon­tons leur cours.

Que Donald Trump soit un abru­ti raciste et miso­gyne, un mil­liar­daire capi­ta­liste qui ne risque pas de remettre en ques­tion ni le capi­ta­lisme, ni l’industrialisme qu’il implique aujourd’hui (ni l’idéologie qui les sous-tend tous deux, celle de la civi­li­sa­tion, du « pro­grès »), ne fait aucun doute.

Cepen­dant, Hil­la­ry Clin­ton ne valait pas beau­coup mieux, en tant que repré­sen­tante d’une puis­sante famille his­to­ri­que­ment proche du pou­voir — une dynas­tie moderne, finan­cée par les pires, les qata­ris et les saou­diens, entre autres, (qui financent d’ailleurs d’autres pires, dont l’État Isla­mique, par soli­da­ri­té, pro­ba­ble­ment), va‑t’en-guerre décla­rée, ardente défen­seuse du sta­tu quo pro­gres­siste dans lequel le monde s’enlise.

Fabrice Nico­li­no, un des der­niers bons jour­na­listes que nous ayons en France, le sou­ligne éga­le­ment dans un billet récem­ment publié sur son site :

J’en ai réel­le­ment marre des  séré­nades et des lamen­ta­tions. Je viens de lire un papier de Repor­terre, dont le titre m’a fait sur­sau­ter : « Trump, can­di­dat de l’anti-écologie ». Par Dieu, Clin­ton ne l’était-elle pas, elle qui était la can­di­date des trans­na­tio­nales, moteur essen­tiel de la crise cli­ma­tique ? Comme je suis fati­gué, je ne vais pas plus loin. Mais mon point de vue essen­tiel, le voi­ci : nous avons grand besoin d’un point de vue éco­lo­giste sur la marche du monde. Indé­pen­dant des modes, des truismes, des habi­tudes de pen­sée. C’est urgent, cela brûle même. Assez de jéré­miades : Trump est ce qu’il est, mais Clin­ton tout autant.

Il n’y avait donc aucun bon can­di­dat pour lequel voter lors de cette élec­tion — lors de toutes. Ber­nie San­ders n’a été qu’une dis­trac­tion de plus, un attrape-nigaud, la miette d’espoir néces­saire pour faire illu­sion, pour évi­ter un excès de dés­illu­sion et main­te­nir un sem­blant de foi en l’élection. & l’on peut se deman­der si, dans l’hypothèse hau­te­ment impro­bable de son élec­tion, il aurait pu alté­rer le fonc­tion­ne­ment ultra-com­plexe d’une machine des­truc­trice mise en route il y a très long­temps, dont les bou­lons bureau­cra­tiques sont scel­lés au mil­li­mètre, et que son iner­tie pro­tège (à tra­vers, notam­ment, le fait que nous en soyons presque tous pro­fon­dé­ment dépen­dants). Le pou­voir du pré­sident, dans nos socié­tés indus­tria­li­sées, est bien plus limi­té que ce que l’on pré­tend (d’anciens pré­si­dents le recon­naissent aisé­ment eux-mêmes, quelques recherches suf­fisent pour s’en rendre compte). Rai­son pour laquelle, éga­le­ment, on peut se deman­der ce que l’élection de Trump va réel­le­ment chan­ger quant à la tra­jec­toire prin­ci­pale de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Les pré­si­dents défilent aus­si vite et aus­si sûre­ment que le CO2 s’accumule dans l’atmosphère, que les res­sources natu­relles sont extraites des entrailles de la Terre, et que les pol­lu­tions en tous genres conta­minent la bio­sphère.

Tâchons d’être hon­nête. L’indignation que tant de gens par­tagent dans nos pays indus­tria­li­sés, depuis l’élection de Trump, est rela­ti­ve­ment gro­tesque. Les élec­teurs de Trump, tout comme lui, seraient tous des « idiots », des « igno­rants », des « abru­tis », bref, des cons. Des cons qu’il fau­drait donc « édu­quer », afin, très cer­tai­ne­ment, qu’ils votent cor­rec­te­ment, pour Hil­la­ry Clin­ton, pro­ba­ble­ment, ou pour Ber­nie San­ders. Comme si cela pou­vait chan­ger quoi que ce soit, mais pas­sons, nous y revien­drons plus tard. Les élec­teurs portent donc le blâme. Mais qu’en est-il du milieu cultu­rel ambiant dans lequel vivent la majo­ri­té des habi­tants des pays « déve­lop­pés »?

Qui s’insurge contre le lisier cultu­rel de plus en plus puant dans lequel les diri­geants des pays indus­tria­li­sés (poli­ti­ciens et/ou PDG, c’est selon) font bai­gner leurs popu­la­tions ? Qui s’insurge contre la télé­vi­sion (ce fléau pour le déve­lop­pe­ment céré­bral, pour l’attention, pour l’intelligence en géné­ral, lire TV Lobo­to­mie de Michel Des­mur­get) et ses émis­sions débi­li­tantes (télé-réa­li­té, sport, séries, télé­films, etc.) ; contre l’empire des jeux vidéo, hyp­no­tique et lobo­to­mi­sant, en expan­sion ; contre le déclin de la lec­ture ; contre la pro­pa­gande média­tique (qui devrait n’être qu’un secret de poli­chi­nelle) et ciné­ma­to­gra­phique omni­pré­sente ; contre une culture où la jeu­nesse est de plus en plus rava­gée par l’alcool (« cette bana­li­sa­tion de la « cuite mas­sive » qui pose un pro­blème » ; « Les ivresses sont de plus en plus fré­quentes et de plus en plus mas­sives », peut-on lire dans une ency­clo­pé­die en ligne) et d’autres drogues (« Can­na­bis, MDMA, LSD : les drogues illi­cites en hausse chez les jeunes » titre Sciences et Ave­nir) ; contre une culture où la dépres­sion devient épi­dé­mique (« chez les ados » mais aus­si chez les adultes ; « L’ex­plo­sion des cas de ‘burn-out’ inquiète les méde­cins du tra­vail » titre Le Figa­ro) en par­tie à cause d’une perte de sens, d’une pré­ca­ri­té et d’une dis­so­lu­tion des liens sociaux qui se répandent ; contre une culture où « le sui­cide par­mi les jeunes de 15 à 24 ans a aug­men­té sub­stan­tiel­le­ment, au cours des cin­quante der­nières années » ; contre une culture qui nour­rit ses popu­la­tions les plus défa­vo­ri­sés avec une nour­ri­ture indus­trielle toxique, dont on sait désor­mais qu’elle per­turbe le fonc­tion­ne­ment du cer­veau (ça et la télé­vi­sion, joli cock­tail en pers­pec­tive) ?

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Qui s’in­surge contre cet abru­tis­se­ment mani­fes­te­ment ordon­nan­cé ?

L’indignation col­lec­tive ne découle-t-elle pas de ce que la plu­part de ceux qui s’offusquent sont sim­ple­ment gênés parce que l’élection de Trump leur rap­pelle tout ça, leur ren­voie tout ça en pleine figure ?

L’insinuation selon laquelle les élec­teurs de Trump sont « igno­rants » revient sou­vent, et bien évi­dem­ment, ce sont des indi­vi­dus qui se pensent édu­qués qui la dif­fusent. Ils insi­nuent ain­si que ceux qui ont voté Trump manquent d’éducation, cet « ins­tru­ment qui est uti­li­sé pour faci­li­ter l’intégration de la plus jeune géné­ra­tion dans la logique du sys­tème actuel et ame­ner la confor­mi­té », comme le rap­pe­lait le péda­gogue bré­si­lien Pau­lo Freire. Le pro­blème auquel nous fai­sons face est d’un autre ordre, mais, bien sûr, le for­ma­tage qu’ils prennent pour de l’éducation les empêche de com­prendre. L’é­du­ca­tion est effec­ti­ve­ment le pro­blème, mais pas pour la rai­son qu’ils ima­ginent. Bien que cer­tains se rendent compte de ce que les médias grand public sont des mou­lins à pro­pa­gande, peu com­prennent que l’é­du­ca­tion pro­di­guée par l’État, l’é­du­ca­tion natio­nale obli­ga­toire, est pro­ba­ble­ment le plus impor­tant et le plus effi­cace des outils d’en­doc­tri­ne­ment éta­tique, de condi­tion­ne­ment des esprits, de confor­misme social, d’en­ré­gi­men­te­ment. La civi­li­sa­tion indus­trielle repose sur des inéga­li­tés sociales impor­tantes, per­pé­tuées par son sys­tème sco­laire (les confé­rences de Franck Lepage aident à com­prendre cela).

Qui s’insurge alors contre la main­mise de l’état cor­po­ra­tiste sur l’éducation natio­nale, un de ses plus puis­sants outils de pro­pa­gande ? Qui s’insurge de ce que « l’é­cole est l’a­gence de publi­ci­té qui nous fait croire que nous avons besoin de la socié­té telle qu’elle est », comme l’expliquait Ivan Illich ?

Le pro­fes­seur d’anthropologie à Yale (iro­nie, une grande école !) James C Scott, écrit, dans son livre « petit éloge de l’anarchisme », que :

L’éducation publique uni­ver­selle est évi­dem­ment conçue pour accom­plir bien plus que de pro­duire uni­que­ment la force de tra­vail néces­saire à l’industrie. C’est à la fois, et à des degrés com­pa­rables, une ins­ti­tu­tion poli­tique et éco­no­mique. Elle est conçue pour pro­duire un citoyen patrio­tique dont la loyau­té envers la nation sur­mon­te­ra les iden­ti­tés régio­nales et locales enchâs­sées dans la langue, l’ethnicité et la reli­gion. La contre­par­tie de la citoyen­ne­té uni­ver­selle de la France révo­lu­tion­naire était la cir­cons­crip­tion uni­ver­selle. Ces citoyens patrio­tiques étaient davan­tage fabri­qués, au sein du sys­tème sco­laire, grâce à la langue d’enseignement, la stan­dar­di­sa­tion, les leçons impli­cites d’embrigadement, l’autorité et l’ordre que par le pro­gramme sco­laire offi­ciel. […]

L’éducation uni­ver­selle obli­ga­toire, en dépit de son carac­tère plus ou moins démo­cra­ti­sant, a éga­le­ment obli­gé tous les élèves, à quelques excep­tions près, à aller à l’école. Le fait que l’assiduité sco­laire ne soit pas un choix, c’est-à-dire un acte auto­nome, signi­fie que l’école, en tant qu’institution obli­ga­toire, avec toute l’aliénation que cette contrainte entraîne, sur­tout lorsque les enfants com­mencent à être grands, se trompe dès le départ.

Éga­le­ment que :

Une fois en place, l’État (nation) moderne a entre­pris d’homogénéiser sa popu­la­tion et les pra­tiques ver­na­cu­laires du peuple, jugées déviantes. Presque par­tout, l’État a pro­cé­dé à la fabri­ca­tion d’une nation : la France s’est mise à créer des Fran­çais, l’Italie des Ita­liens, etc.

Ber­nard Char­bon­neau, dans son livre « L’Etat » (1949), nous rap­pe­lait que :

C’est par sa volon­té d’organiser la direc­tion des esprits que l’État napo­léo­nien marque un pro­grès déci­sif dans la voie de l’État tota­li­taire. Avec lui le Pou­voir dans ce domaine sort de son indif­fé­rence et de son empi­risme. Vis-à-vis de la presse, l’attitude de Napo­léon a été faite d’un mélange de haine et d’attirance, comme s’il avait sen­ti que le pire enne­mi de l’État pou­vait deve­nir son plus utile ser­vi­teur. Il com­men­ça par son­ger à sup­pri­mer les jour­naux, puis il les contrô­la ; et pour finir il devint leur pro­prié­taire. Sur­tout, dans la mesure où il déses­pé­rait d’orienter l’opinion des adultes, il se tour­na vers la for­ma­tion de la jeu­nesse : il est remar­quable que ce ne soit pas le désir de per­fec­tion­ner l’homme, mais la volon­té de puis­sance qui ait engen­dré l’organisation de notre ensei­gne­ment secon­daire et supé­rieur. Le but des lycées, de l’Université impé­riale, c’est déjà de for­mer dans la jeu­nesse une caste dévouée au régime. Ain­si tan­dis qu’à l’extérieur le conqué­rant cherche à maî­tri­ser l’espace, à l’intérieur il tente de s’assurer la durée. […]

L’enseignement d’État, obli­ga­toire et gra­tuit. Rien ne semble plus légi­time à l’individu moderne ; et s’il devait défi­nir le pro­grès humain, plus que par l’industrie ou l’hygiène, il le défi­ni­rait par l’extension de l’instruction publique. Et pour­tant, quit­tant le ter­rain des prin­cipes, jugeons-la sur les faits. Peut-on dire au vu de ses résul­tats que l’extension de l’instruction publique ait réel­le­ment aidé l’homme à deve­nir meilleur ? S’est-elle pré­oc­cu­pée de for­ger son carac­tère et sa volon­té ? A‑t-elle éveillé en lui un sens plus vif des fon­de­ments de son exis­tence ? En lui appre­nant à lire et à écrire, lui a‑t-elle appris à pen­ser par lui-même ? Ces ques­tions sont stu­pides et ne com­portent pas de réponse, car elles n’ont même pas été posées. Pour le XIXe siècle, il était bien évident que le pro­grès humain devait néces­sai­re­ment aller de pair avec celui de l’instruction et des connais­sances. Et il a ain­si pré­pa­ré un nou­veau type d’analphabète, la brute au cer­veau bour­ré de mots, blo­qué par l’imprimé : le lec­teur du jour­nal, l’intoxiqué de pro­pa­gande. […]

Le pro­grès le plus impor­tant accom­pli par l’État au XIXe siècle, le plus lourd de consé­quences pour l’avenir, c’est sa main mise sur l’enseignement. Jusque-là, dans la socié­té occi­den­tale l’enseignement était lais­sé à l’initiative des indi­vi­dus ou des groupes. Le roi pro­té­geait ou sur­veillait, mais même quand il fon­dait le col­lège de France, il ne lui venait pas à l’idée d’instruire. Aujourd’hui, de cette indé­pen­dance de la fonc­tion ensei­gnante, à peu près rien ne reste en France, sauf quelques pri­vi­lèges désuets dans la dis­ci­pline inté­rieure des facul­tés, par exemple le droit pour les doyens de refu­ser l’entrée des bâti­ments uni­ver­si­taires à la police.

Tan­dis que les bons citoyens dis­cutent du drame de l’élection de Donald Trump, on peut lire sur le site web d’information éco­lo­gique Repor­terre que « Mal­gré l’accord de Paris, les pro­jets émet­teurs de CO2 se mul­ti­plient en France et dans le monde ». Ce qui semble éga­le­ment échap­per à beau­coup, c’est que la tra­jec­toire des­truc­trice et auto­des­truc­trice sur laquelle la civi­li­sa­tion indus­trielle est enga­gée depuis des décen­nies, et plu­tôt des siècles, ne varie abso­lu­ment pas, mal­gré toutes les ges­ti­cu­la­tions poli­tiques, qui ne sont que spec­tacle ; que l’état de l’environnement ne cesse de se dégra­der ; que les pré­vi­sions des scien­ti­fiques sont de plus en plus ter­ribles ; et ce, alors que la majo­ri­té des indi­vi­dus vivant au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne sou­haite pas un tel dérou­le­ment des choses. Décen­nie après décen­nie, vote après vote, élec­tion après élec­tion, péti­tion après péti­tion, rien ne change. Rap­pe­lons-le, pour ceux qui ne savent pas, et pour ceux qui oublient :

Du côté de la vie non-humaine : les forêts du monde sont dans un état désas­treux (en ce qui concerne les vraies forêts, pas les plan­ta­tions ou mono­cul­tures modernes ; il n’en res­te­rait que deux) et qui ne cesse d’empirer. La plu­part des éco­sys­tèmes ori­gi­nels ont été modi­fiés (détruits, ou détra­qués), d’une façon ou d’une autre (25% des fleuves n’atteignent plus l’océan ; depuis moins de 60 ans, 90% des grands pois­sons, 70% des oiseaux marins et, plus géné­ra­le­ment, 52% des ani­maux sau­vages, ont dis­pa­ru ; depuis moins de 40 ans, le nombre d’animaux marins, dans l’ensemble, a été divi­sé par deux). Les scien­ti­fiques estiment que nous vivons aujourd’hui la sixième extinc­tion de masse. Sachant que les déclins en popu­la­tions ani­males et végé­tales ne datent pas d’hier, et qu’une dimi­nu­tion par rap­port à il y a 60 ou 70 ans masque en réa­li­té des pertes bien pires encore (cf. l’amnésie éco­lo­gique). On estime que d’ici 2048 les océans n’abriteront plus aucun pois­son. D’autres pro­jec­tions estiment que d’ici 2050, il y aura plus de plas­tiques que de pois­sons dans les océans. On estime éga­le­ment que d’ici à 2050, la qua­si-tota­li­té des oiseaux marins auront ingé­ré du plas­tique. La plu­part des biomes de la pla­nète ont été conta­mi­nés par dif­fé­rents pro­duits chi­miques toxiques de syn­thèse (cf. l’empoisonnement uni­ver­sel de Nico­li­no). L’air que nous res­pi­rons est désor­mais clas­sé can­cé­ri­gène par l’OMS. Les espèces ani­males et végé­tales dis­pa­raissent (sont tuées) au rythme de 200 par jour (esti­ma­tion de l’ONU). Les dérè­gle­ments cli­ma­tiques aux­quels la pla­nète est d’ores et déjà condam­née pro­mettent d’effroyables consé­quences.

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Ce qu’on peut logi­que­ment en conclure, c’est qu’aucun des moyens pro­po­sés par le sys­tème ne sont en mesure de le réorien­ter, de l’aiguiller autre­ment ; que tous les moyens qu’il pro­pose n’ont pour fina­li­té que de le gar­der sur les rails. Nous pour­rions éga­le­ment par­ler de ver­rouillage sys­té­mique.

Peut-être fau­drait-il alors s’intéresser aux conclu­sions de cher­cheurs comme le pro­fes­seur Guy McPher­son, qui explique que « cou­per le moteur ther­mique de la civi­li­sa­tion est le seul moyen de stop­per la sur­chauffe pla­né­taire ». Bien sûr, étant don­né que nous béné­fi­cions tous plus ou moins d’un cer­tain confort de vie, que nous offre la civi­li­sa­tion indus­trielle, et puisque nous en avons été ren­dus pro­fon­dé­ment dépen­dants, il ajoute que « cette même civi­li­sa­tion, qui pol­lue l’eau, empoi­sonne l’air, draine les terres jusqu’aux océans, est sys­té­ma­ti­que­ment décla­rée intou­chable et glo­ba­le­ment posi­tive par la qua­si-tota­li­té des par­ti­ci­pants au débat ». « Nous savons depuis long­temps, en rai­son de tra­vaux publiés par des ins­ti­tu­tions recon­nues que la civi­li­sa­tion elle-même est un moteur ther­mique, que si nous main­te­nons la civi­li­sa­tion sous quelque forme que ce soit, que ce soit à l’aide de pan­neaux solaires, d’éoliennes ou de vagues de com­bus­tibles fos­siles, cela pro­duit le même effet : la civi­li­sa­tion elle-même est un moteur ther­mique », explique-t-il. Une der­nière cita­tion : « La civi­li­sa­tion est un moteur ther­mique, qui requiert des débits mas­sifs de res­sources et d’énergies afin de main­te­nir la crois­sance de notre éco­no­mie mon­dia­li­sée et la com­plexi­té que nous pre­nons pour un acquis ».

Un mathé­ma­ti­cien célèbre le for­mule éga­le­ment, quoiqu’autrement, dans un récent ouvrage, où il assi­mile la civi­li­sa­tion indus­trielle, ses organes et ses ins­ti­tu­tions à des « sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs ». Citons-le lon­gue­ment car ses pro­pos sont assez signi­fiants :

Les prin­ci­paux sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs humains du monde exploitent chaque oppor­tu­ni­té, uti­lisent chaque res­source et enva­hissent tous les endroits où ils peuvent trou­ver quoi que ce soit qui les assiste dans leur inces­sante quête de pou­voir. Au fur et à mesure du déve­lop­pe­ment hau­te­ment tech­no­lo­gique, de plus en plus de res­sources, qui sem­blaient autre­fois inutiles, s’avèrent ulti­me­ment utiles, et de plus en plus de lieux sont enva­his, et de plus en plus de consé­quences des­truc­trices s’ensuivent.

[…] Aus­si vrai que l’usage de dis­til­lats de pétrole dans les moteurs à com­bus­tion interne demeu­rait insoup­çon­né avant 1860, au plus tôt, tout comme l’usage de l’uranium en tant que com­bus­tible avant la décou­verte de la fis­sion nucléaire en 1938–39, ain­si que la plu­part des usages des terres rares avant les der­nières décen­nies, de futures usages d’autres res­sources, de nou­velles manières d’exploiter l’environnement, et de nou­velles niches à enva­hir pour le sys­tème tech­no­lo­gique, pré­sen­te­ment insoup­çon­nées, sont à pré­voir. En ten­tant d’évaluer les dégra­da­tions futures de notre envi­ron­ne­ment, nous ne pou­vons pas nous conten­ter de pro­je­ter dans le futur les effets des dom­mages envi­ron­ne­men­taux actuel­le­ment connus ; nous devons sup­po­ser que de nou­velles causes de dégra­da­tions envi­ron­ne­men­tales émer­ge­ront, que nous ne pou­vons pas encore ima­gi­ner. De plus, nous devons nous sou­ve­nir que la crois­sance tech­no­lo­gique, et avec elle, l’aggravation des dom­mages que la tech­no­lo­gie inflige à l’environnement, pren­dront de l’ampleur dans les décen­nies à venir. En consi­dé­rant tout cela, nous par­ve­nons à la conclu­sion selon laquelle, en toute pro­ba­bi­li­té, la pla­nète tout entière, ou presque, sera gra­ve­ment endom­ma­gée par le sys­tème tech­no­lo­gique.

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[…] Notre dis­cus­sion des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs ne fait que décrire en termes abs­traits et géné­raux ce qu’on observe concrè­te­ment autour de nous : des orga­ni­sa­tions, mou­ve­ments, idéo­lo­gies sont pri­son­niers d’une inces­sante lutte de pou­voir. Ceux qui ne par­viennent pas à être de bons com­pé­ti­teurs sont éli­mi­nés ou asser­vis. La lutte concerne le pou­voir sur le court terme, les com­pé­ti­teurs se sou­cient peu de leur propre sur­vie sur le long-terme, encore moins du bien-être de l’humanité ou de la bio­sphère. C’est pour­quoi les armes nucléaires n’ont pas été ban­nies, les émis­sions de dioxyde de car­bone n’ont pas été rame­nées à un niveau sûr, les res­sources de la pla­nète sont exploi­tées de manière tota­le­ment irres­pon­sable, et c’est aus­si ce qui explique pour­quoi aucune limite n’a été défi­nie pour enca­drer le déve­lop­pe­ment de tech­no­lo­gies puis­santes mais dan­ge­reuses.

Nous avons décrit ce pro­ces­sus en termes abs­traits et géné­raux afin de sou­li­gner que ce qui arrive à notre pla­nète n’est pas acci­den­tel ; que ce n’est pas le résul­tat d’une com­bi­nai­son de cir­cons­tances his­to­riques ou de défauts carac­té­ris­tiques aux êtres humains. Étant don­né la nature des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs en géné­ral, le pro­ces­sus des­truc­teur que nous voyons aujourd’hui est ren­du inévi­table par la com­bi­nai­son de deux fac­teurs : le pou­voir colos­sal de la tech­no­lo­gie moderne et la dis­po­ni­bi­li­té de moyens de trans­port et de com­mu­ni­ca­tions rapides entre n’importe quels endroits du globe.

Recon­naitre cela peut nous aider à évi­ter de perdre notre temps en de naïfs efforts. Par exemple, dans des efforts pour apprendre aux gens à éco­no­mi­ser l’énergie et les res­sources. De tels efforts n’accomplissent rien.

Cela semble incroyable que ceux qui prônent les éco­no­mies d’énergie n’aient pas remar­qué ce qui se passe : dès que de l’énergie est libé­rée par des éco­no­mies, le sys­tème-monde tech­no­lo­gique l’engloutit puis en rede­mande. Peu importe la quan­ti­té d’énergie four­nie, le sys­tème se pro­page tou­jours rapi­de­ment jusqu’à ce qu’il ait uti­li­sé toute l’énergie dis­po­nible, puis il en rede­mande encore. La même chose est vraie des autres res­sources. Le sys­tème-monde tech­no­lo­gique s’étend imman­qua­ble­ment jusqu’à atteindre une limite impo­sée par un manque de res­sources, puis il essaie d’aller au-delà de cette limite, sans égard pour les consé­quences.

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Cela s’explique par la théo­rie des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs : les orga­ni­sa­tions (ou autres sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs) qui per­mettent le moins au res­pect de l’environnement d’interférer avec leur quête de pou­voir immé­diat tendent à acqué­rir plus de pou­voir que celles qui limitent leur quête de pou­voir par sou­ci des consé­quences envi­ron­ne­men­tales sur le long terme — 10 ans ou 50 ans, par exemple. Ain­si, à tra­vers un pro­ces­sus de sélec­tion natu­relle, le monde subit la domi­na­tion d’organisations qui uti­lisent au maxi­mum les res­sources dis­po­nibles afin d’augmenter leur propre pou­voir, sans se sou­cier des consé­quences sur le long terme.

[…] Tan­dis qu’une féroce com­pé­ti­tion au sein des sys­tèmes auto­pro­pa­ga­teurs aura si ample­ment et si rapi­de­ment dégra­dé le cli­mat de la Terre, la com­po­si­tion de son atmo­sphère, la com­po­si­tion de ses océans, et ain­si de suite, l’effet sur la bio­sphère sera dévas­ta­teur. Dans la par­tie IV du pré­sent cha­pitre, nous déve­lop­pe­rons davan­tage ce rai­son­ne­ment : nous ten­te­rons de démon­trer que si le déve­lop­pe­ment du sys­tème-monde tech­no­lo­gique se pour­suit sans entrave jusqu’à sa conclu­sion logique, selon toute pro­ba­bi­li­té, de la Terre il ne res­te­ra qu’un caillou déso­lé — une pla­nète sans vie, à l’exception, peut-être, d’organismes par­mi les plus simples — cer­taines bac­té­ries, algues, etc. — capables de sur­vivre dans ces condi­tions extrêmes.

Trump ou pas Trump, Trump ou Hil­la­ry, Hol­lande ou Sar­ko­zy, Hol­lande ou Le Pen, Le Pen ou Jup­pé, aucun d’eux ne va nous sor­tir de l’impasse civi­li­sa­tion­nelle dans laquelle nous nous enfon­çons. Le com­bat que nous devons mener (pour une véri­table décrois­sance ; pour la sor­tie de l’in­dus­tria­lisme — la dés­in­dus­tria­li­sa­tion ; pour le déman­tè­le­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle ; pour la dis­so­lu­tion des socié­tés de masse — qui portent en elles des tares inso­lubles — et le retour à une vie en com­mu­nau­tés res­treintes ; nous ne déve­lop­pe­rons pas ces concepts ici, ce n’est pas l’ob­jet du billet, mais ceux que cela inté­resse sont invi­tés à fouiller sur le site, plu­sieurs articles per­mettent de creu­ser plus en pro­fon­deur) va bien au-delà des marion­nettes poli­tiques qu’on nous demande d’élire, il exige que nous sor­tions des che­mins bat­tus, que nos moyens d’actions cessent d’être ceux que le sys­tème tech­no­lo­gique, mani­fes­te­ment ver­rouillé, nous pro­pose.

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Comments to: Trump, l’arbre qui cache la forêt (ou, plutôt, qui cache la déforestation)
  • 13 novembre 2016

    Per­plexe sur cet article plein de pro­messes et fina­le­ment vide… et qui est donc ce « mathé­ma­ti­cien célèbre » si lon­gue­ment cité ?

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    • 14 novembre 2016

      Theo­dore Kac­zyns­ki. Déso­lé si votre espoir a été déçu.

      Reply
  • 13 novembre 2016

    « le retour à une vie en com­mu­nau­tés res­treintes »
    A moins d’être phy­si­que­ment iso­lé de la civi­li­sa­tion ou à moins d’un aban­don mas­sif de cette civi­li­sa­tion ce retour ne sera pas pos­sible, la civi­li­sa­tion est comme un fleuve, ramer à contre cou­rant fini­ra un jour ou l’autre par rame­ner les nageurs morts ou vifs dans le sens du cou­rant.
    La civi­li­sa­tion à ce stade est pra­ti­que­ment indes­truc­tible, la seul solu­tion est d’at­tendre qu’elle se consume et espé­rer que la terre puisse se régé­né­rer.

    Reply
  • 14 novembre 2016

    Ceci est l’ar­ticle le plus franc et réel­le­ment inté­res­sant sur la consé­quence trum­pette, bien qu’au fond je ne peux m’en­le­ver de l’i­dée qu’elle n’est qu’un sub­ter­fuge, j’ai aus­si bien du mal à croire que le bon­homme dure long­temps, du moins sa façade.
    Car nous sommes immer­gés dans la mani­pu­la­tion, et chaque résis­tant ne devrait comp­ter que sur cette base puis déve­lop­per à par­tir d’elle, le meilleur moyen pour créer du renou­veau tant au niveau per­son­nel que com­mu­nau­taire.
    A ce pro­pos, j’en­cou­rage plouc à se res­sai­sir et à tom­ber son masque de com­plice puis­qu’il a déce­lé que notre civi­li­sa­tion n’est pas indes­truc­tible, tan­dis que je relis l’ar­ticle une seconde fois pour déni­cher les fameuses pro­messes cap­tées par Sal­ta (^^).
    Rhââa que j’aime fouet­ter, ce doit être mon petit côté cruel, ou por­no­graphe !

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