« Qua­li­fier la socié­té de ther­mo-indus­trielle per­met aus­si de négli­ger tout ce qui d’ores et déjà s’y pro­duit en matière de coer­ci­tions et d’embrigadement, sans contri­buer, ou si peu, à l’épuisement des res­sources éner­gé­tiques. On passe d’autant plus volon­tiers là-des­sus qu’on y trempe soi-même, à l’Éducation natio­nale ou ailleurs. Attri­buer tous nos maux au carac­tère « ther­mo-indus­triel » de cette socié­té est donc assez confor­table, en même temps qu’assez sim­pliste pour com­bler les appé­tits cri­tiques des niais et des cré­tins arri­vistes, déchets ultimes de l’écologisme […]. »

— René Rie­sel et Jaime Sem­prun, Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable, Édi­tions de l’Encyclopédie des Nui­sances (2008).

France Culture, Le Monde, Le Point, Les Echos, Libé­ra­tion, Media­part, LCI, L’Obs, sont quelques-uns des médias grand public qui ont choi­si de faire la pro­mo­tion du cou­rant rela­ti­ve­ment récent de la « col­lap­so­lo­gie ».

La « col­lap­so­lo­gie » — néo­lo­gisme issu du latin lap­sus qui signi­fie « chute », inven­té (« avec une cer­taine auto­dé­ri­sion ») par les cher­cheurs Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens dans leur livre Com­ment tout peut s’effondrer, petit manuel de col­lap­so­lo­gie à l’usage des géné­ra­tions pré­sentes (Seuil) — désigne, tou­jours selon eux : « l’exercice trans­dis­ci­pli­naire d’étude de l’effondrement de notre civi­li­sa­tion indus­trielle, et de ce qui pour­rait lui suc­cé­der, en s’appuyant sur les deux modes cog­ni­tifs que sont la rai­son et l’intuition, et sur des tra­vaux scien­ti­fiques recon­nus. »

Der­rière cette défi­ni­tion un peu nébu­leuse, la col­lap­so­lo­gie se carac­té­rise — dans les publi­ca­tions qui lui sont asso­ciées, comme le livre de Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens, les confé­rences qu’ils tiennent ou que d’autres per­sonnes pro­posent sur ce sujet, etc. — par des pers­pec­tives et des ana­lyses par­fois contra­dic­toires, ou bien trop limi­tées.

Dans l’ensemble, elle cor­res­pond à une réflexion qui admet l’inéluctabilité de l’effondrement de la civi­li­sa­tion « ther­mo-indus­trielle », qui le consi­dère comme un drame, comme une « catas­trophe » (Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens dans leur livre pré­ci­té), et qui implique de « faire le deuil de notre civi­li­sa­tion indus­trielle » (ibid). La réa­li­sa­tion de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle n’est pas viable, de ce qu’elle est vouée à s’auto-détruire, consti­tue, à leurs yeux, « un énorme choc qui dézingue les rêves » (ibid), une « mau­vaise nou­velle » (ibid). Ils citent même, à ce pro­pos, cette phrase de Jean-Pierre Dupuy : « C’est parce que la catas­trophe consti­tue un des­tin détes­table dont nous devons dire que nous n’en vou­lons pas qu’il faut gar­der les yeux fixés sur elle, sans jamais la perdre de vue. »

***

Mais avant de conti­nuer à exa­mi­ner cet aspect de la col­lap­so­lo­gie, un rap­pel : au-delà du fameux Rap­port Mea­dows de 1972 sur « les limites à la crois­sance », de nom­breux cou­rants, col­lec­tifs et indi­vi­duels ont réa­li­sé et dénon­cé l’insoutenabilité de la civi­li­sa­tion indus­trielle il y a bien long­temps, et bien sou­vent sans avoir eu besoin, pour cela, d’une ava­lanche de « chiffres », de « don­nées » et « d’études scien­ti­fiques ». Le seul bon sens leur aura suf­fi.

Citons, pour exemple, Aldous Hux­ley dans un essai de 1928 inti­tu­lé « Pro­gress : How the Achie­ve­ments of Civi­li­za­tion Will Even­tual­ly Ban­krupt the Entire World » (en fran­çais : « Le pro­grès : com­ment les accom­plis­se­ments de la civi­li­sa­tion vont rui­ner le monde entier ») publié dans un vieux numé­ro du maga­zine Vani­ty Fair, pour lequel il écri­vait à l’époque :

« La colos­sale expan­sion maté­rielle de ces der­nières années a pour des­tin, selon toute pro­ba­bi­li­té, d’être un phé­no­mène tem­po­raire et tran­si­toire. Nous sommes riches parce que nous vivons sur notre capi­tal. Le char­bon, le pétrole, les phos­phates que nous uti­li­sons de façon si inten­sive ne seront jamais rem­pla­cés. Lorsque les réserves seront épui­sées, les hommes devront faire sans… Cela sera res­sen­ti comme une catas­trophe sans pareille. »

En France des anar­chistes natu­riens de la fin du 19ème siècle à de nom­breux éco­lo­gistes du 20ème siècle (on peut pen­ser à tous ceux du jour­nal La Gueule Ouverte), en pas­sant par les situa­tion­nistes, les auteurs de l’Encyclopédie des Nui­sances, et bien d’autres (Ber­nard Char­bon­neau, Jacques Ellul, Ivan Illich, etc.), beau­coup nous ont aver­ti et nous aver­tissent depuis long­temps de l’insoutenabilité de la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Ain­si Pierre Four­nier écri­vait dans le jour­nal Hara-Kiri Heb­do du 28 avril 1969 :

« Pen­dant qu’on nous amuse avec des guerres et des révo­lu­tions qui s’engendrent les unes les autres en répé­tant tou­jours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation tech­no­lo­gique incon­trô­lée, de rendre la terre inha­bi­table, non seule­ment pour lui mais pour toutes les formes de vie supé­rieures. Le para­dis concen­tra­tion­naire qui s’esquisse et que nous pro­mettent ces cons de tech­no­crates ne ver­ra jamais le jour parce que leur igno­rance et leur mépris des contin­gences bio­lo­giques le tue­ront dans l’œuf. »

Tan­dis qu’aux États-Unis, l’historien et socio­logue états-unien Lewis Mum­ford écri­vait, dans un article publié en 1972 :

« Mal­gré toutes ses inven­tions variées, les dimen­sions néces­saires à une éco­no­mie de vie font défaut à notre éco­no­mie tech­no­cra­tique actuelle, et c’est l’une des rai­sons pour les­quelles appa­raissent des signes alar­mants de son effon­dre­ment. »

Il ajou­tait éga­le­ment qu’il « devrait être évident que cette socié­té d’abondance est condam­née à périr étouf­fée sous ses déchets […] ».

Toute l’œuvre lit­té­raire de l’écologiste états-unien Der­rick Jen­sen (et des éco­lo­gistes des cou­rants anti-indus­triel et anti-civ en France, aux USA et ailleurs), depuis son pre­mier livre publié en 1995, se base sur la com­pré­hen­sion de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle est fon­da­men­ta­le­ment des­truc­trice et qu’elle est ulti­me­ment vouée à s’auto-détruire.

Tout cela pour dire que cette réa­li­sa­tion n’est pas nou­velle, que de nom­breux indi­vi­dus se sont effor­cés de l’exposer et s’efforcent de l’exposer depuis déjà long­temps. Seule­ment, la manière dont ils le fai­saient et dont ils le font n’est pas média­ti­que­ment rece­vable (poli­ti­que­ment cor­recte), contrai­re­ment à la manière dont les col­lap­so­logues dis­cutent de ce sujet, comme nous allons le voir.

***

Repre­nons l’examen de la col­lap­so­lo­gie. Une des rai­sons pour les­quelles les médias grand public s’autorisent à la pro­mou­voir, c’est qu’elle consi­dère l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle comme une « catas­trophe », un drame, une ter­rible nou­velle. Du point de vue de la culture domi­nante, qui détruit les biomes et les espèces du monde entier pour satis­faire sa fré­né­sie de crois­sance et de pro­grès, cette pers­pec­tive est logique. Mais pour tous ceux qui se sont défaits de l’aliénation qu’elle impose, pour les peuples autoch­tones du monde entier, mena­cés de des­truc­tion (et non pas d’extinction) à l’instar de toutes les espèces vivantes, pour les rivières, les sau­mons, les ours, les lynx, les loups, les bisons, pour les forêts, pour les coraux, et ain­si de suite, la catas­trophe est la civi­li­sa­tion indus­trielle, et son effon­dre­ment, lui, consti­tue la fin d’un désastre des­truc­teur qui accable la pla­nète depuis bien trop long­temps.

Consi­dé­rer l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle comme la catas­trophe, c’est per­pé­tuer le para­digme des­truc­teur qui le pré­ci­pite. Si la culture domi­nante, la civi­li­sa­tion indus­trielle, se dirige vers son effon­dre­ment, si elle détruit les éco­sys­tèmes du monde entier, c’est entre autres parce qu’elle ne consi­dère pas le monde natu­rel et ses équi­libres et ses dyna­miques comme pri­mor­dial. Au contraire, ce qu’elle consi­dère comme pri­mor­dial, c’est elle-même, son propre fonc­tion­ne­ment, sa crois­sance, son déve­lop­pe­ment, ses indus­tries, etc.

C’est pré­ci­sé­ment parce que la civi­li­sa­tion indus­trielle est pro­fon­dé­ment et fon­da­men­ta­le­ment nar­cis­sique, qu’elle ne se sou­cie que d’elle-même, qu’elle est ame­née à détruire tous les autres (les autres espèces et les autres cultures), tout ce qui n’est pas elle.

Ain­si, consi­dé­rer l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle comme la catas­trophe, c’est per­pé­tuer le para­digme des­truc­teur qui le pré­ci­pite, c’est per­pé­tuer le nar­cis­sisme qui est au cœur de ses pul­sions des­truc­trices.

L’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle est une solu­tion, pas un pro­blème. La san­té de la bio­sphère est ce qu’il y a de plus impor­tant. Au-delà de l’aspect empa­thique élé­men­taire qui devrait nous pous­ser à nous sou­cier des autres, il s’agit éga­le­ment d’une réa­li­té éco­lo­gique élé­men­taire. Nous ne pou­vons pas vivre sans une bio­sphère saine.

Je n’in­si­nue pas par là que le sort des mil­liards d’hu­mains pié­gés dans la civi­li­sa­tion indus­trielle m’in­dif­fère pro­fon­dé­ment, non, seule­ment que consi­dé­rer les choses d’a­bord et avant tout de leur point de vue me semble à la fois indé­cent et peu judi­cieux.

Pour­tant, à côté de cette ten­dance majeure qui consiste à per­ce­voir l’effondrement comme une catas­trophe, dans leur livre, Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens nous rap­pellent que :

« Dans un texte publié en décembre 2013, le cocréa­teur du concept de per­ma­cul­ture, David Holm­gren, plus pes­si­miste que jamais, s’inquiétait des récentes décou­vertes sur les consé­quences du réchauf­fe­ment cli­ma­tique. Selon lui, la seule issue pour évi­ter de trop graves dom­mages sur la bio­sphère serait désor­mais de pro­vo­quer un effon­dre­ment rapide et radi­cal du sys­tème éco­no­mique glo­bal.

La pro­po­si­tion a géné­ré une grande contro­verse chez les col­lap­so­logues du monde entier, qui est loin d’être ter­mi­née… »

David Holm­gren semble avoir les pieds sur Terre.

***

Le prin­ci­pal pro­blème de la col­lap­so­lo­gie relève donc du nar­cis­sisme qu’elle per­pé­tue (l’effondrement comme la catas­trophe plu­tôt que la civi­li­sa­tion indus­trielle comme la catas­trophe).

Ce nar­cis­sisme s’observe éga­le­ment dans les ques­tions sou­vent posées par les col­lap­so­logues vis-à-vis de l’effondrement :

« Com­ment fait-on pour “vivre avec” ? » (Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens)

« Com­ment vivre avec toutes ces nou­velles tristes sans som­brer ou res­ter dans la dépres­sion ? » (Clé­ment Mont­fort dans un billet publié sur Repor­terre[1])

« Qu’est ce qui nous attend concrè­te­ment ? Com­ment s’y pré­pa­rer ? » (ibid)

Beau­coup de leurs ques­tions tournent autour d’un « nous » ou d’un « on » qui dési­gnent quelques habi­tants des pays riches qui redoutent la fin de leur mode de vie des­truc­teur, basé sur l’exploitation sys­té­ma­tique de tout une myriade d’autres, d’autres êtres humains et d’autres espèces.

Une autre cita­tion tirée du livre de Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens qui rend par­ti­cu­liè­re­ment fla­grant le nar­cis­sisme de la col­lap­so­lo­gie :

« Au fond, la vraie ques­tion que pose l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle, au-delà de sa data­tion pré­cise, de sa durée ou de sa vitesse, c’est sur­tout de savoir si nous, en tant qu’individus, allons souf­frir ou mou­rir de manière anti­ci­pée. Pro­je­tée à l’échelle des socié­tés, c’est la ques­tion de la péren­ni­té de notre des­cen­dance, et même de notre “culture”. » (L’emphase est mienne).

Là encore, plu­tôt que de se sou­cier du sort de ces autres, actuel­le­ment exploi­tés, tor­tu­rés ou tués par le fonc­tion­ne­ment nor­mal de la civi­li­sa­tion indus­trielle, c’est du futur du leur que ces pri­vi­lé­giés du monde se sou­cient avant tout.

Rien d’étonnant. La plu­part de ceux qui pro­meuvent la col­lap­so­lo­gie (et dans une autre mesure, de ceux qui s’y inté­ressent) ne sont pas issus des milieux mili­tants, des luttes contre les injus­tices sociales, ils ne sont pas de ceux que le fonc­tion­ne­ment nor­mal, quo­ti­dien – dia­bo­li­que­ment et fon­da­men­ta­le­ment inique – de la civi­li­sa­tion indus­trielle révulse.

D’où la cita­tion intro­duc­tive de René Rie­sel et Jaime Sem­prun.

Et pour­tant, dans leur livre, Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens expliquent que les inéga­li­tés sont un des fac­teurs dont découle la des­truc­ti­vi­té de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Mal­heu­reu­se­ment, dans l’ensemble, et notam­ment dans les médias grand public, ne reste de leur réflexion qu’une « cri­tique éco­lo­gique expur­gée de toute consi­dé­ra­tion liée à la cri­tique sociale » (Jaime Sem­prun et René Rie­sel).

L’objet de ce billet n’étant pas d’examiner toutes les exploi­ta­tions, toutes les coer­ci­tions, toutes les alié­na­tions, toutes les accul­tu­ra­tions, tous les embri­ga­de­ments, tous les condi­tion­ne­ments, qui consti­tuent la civi­li­sa­tion indus­trielle (et la civi­li­sa­tion tout court), et dont elle dépend, fon­da­men­ta­le­ment, je me conten­te­rai de rap­pe­ler que les quelques objets que mon­sieur tout le monde uti­lise au quo­ti­dien le lient à l’exploitation d’une mul­ti­tude d’individus et d’endroits du monde (endroits consti­tués d’autres indi­vi­dus non-humains, végé­taux, ani­maux, etc.), dont il ignore à peu près tout, et que de cette igno­rance des consé­quences réelles de son mode de vie découlent les hor­reurs les plus diverses et les plus insoup­çon­nées[2]. Il nous suf­fi­rait d’examiner la fabri­ca­tion d’un télé­phone por­table, d’une télé­vi­sion, d’un t‑shirt Nike, ou d’une simple brosse à dent, ou encore d’un bal­lon de foot, d’une voi­ture, ou de n’importe quel objet pro­duit en masse, de n’importe quelle infra­struc­ture indus­trielle, pour trou­ver d’innombrables des­truc­tions envi­ron­ne­men­tales et asser­vis­se­ments sociaux.

***

La col­lap­so­lo­gie, en s’appuyant uni­que­ment « sur des tra­vaux scien­ti­fiques recon­nus » (consi­dé­rés comme tels par l’autorité domi­nante de la Science ins­ti­tu­tion­nelle moderne), et d’ailleurs en le van­tant, sert éga­le­ment à ren­for­cer le règne de l’expertise offi­cielle, du « féti­chisme de la connais­sance quan­ti­ta­tive » (Jaime Sem­prun et René Rie­sel).

Ce règne de la Science ins­ti­tu­tion­nelle et de la connais­sance quan­ti­ta­tive a été (et est) une des rai­sons pour les­quelles ceux qui dénon­çaient (et dénoncent) l’insoutenabilité et la des­truc­ti­vi­té de la civi­li­sa­tion indus­trielle sim­ple­ment sur la base du bon sens et de l’observation sont sou­vent moqués, igno­rés ou déni­grés.

Ain­si que Jaime Sem­prun et René Rie­sel l’écrivent dans Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable :

« Le féti­chisme de la connais­sance quan­ti­ta­tive nous a ren­dus si sots et si bor­nés qu’on pas­se­ra pour un dilet­tante si l’on affirme qu’il suf­fi­sait d’un peu de sens esthé­tique – mais pas celui qui s’acquiert dans les écoles d’art – pour juger sur pièces. »

Ils ajoutent, à pro­pos de la sou­mis­sion à l’autorité Exper­tise-chif­frée-et-approu­vée-par-les-ins­ti­tu­tions-scien­ti­fiques :

« Telle est en effet la rigueur de l’incarcération indus­trielle, l’ampleur du déla­bre­ment uni­fié des men­ta­li­tés à quoi elle est par­ve­nue, que ceux qui ont encore le res­sort de ne pas vou­loir se sen­tir entiè­re­ment empor­tés par le cou­rant et disent son­ger à y résis­ter échappent rare­ment, quelque condam­na­tion qu’ils pro­fèrent contre le pro­grès ou la tech­nos­cience, au besoin de jus­ti­fier leurs dénon­cia­tions, ou même leur espoir d’une catas­trophe sal­va­trice, à l’aide des don­nées four­nies par l’expertise bureau­cra­tique et des repré­sen­ta­tions déter­mi­nistes qu’elles per­mettent d’étayer. »

Car « accep­ter de “pen­ser” avec les caté­go­ries et dans les termes qu’a impo­sés la vie admi­nis­trée » (Jaime Sem­prun et René Rie­sel, encore), c’est effec­ti­ve­ment se sou­mettre aux limites, aux contraintes et aux risques que cela implique. Dont le risque de don­ner l’impression que puisque les choses sont mesu­rées et mesu­rables, alors elles sont d’une cer­taine manière maî­tri­sées et maî­tri­sables.

À ce pro­pos, un autre extrait de l’excellent Catas­tro­phisme, admi­nis­tra­tion du désastre et sou­mis­sion durable de Rie­sel et Sem­prun :

« Le culte de l’objectivité scien­ti­fique imper­son­nelle, de la connais­sance sans sujet, est la reli­gion de la bureau­cra­tie. Et par­mi ses pra­tiques de dévo­tion favo­rites figure bien évi­dem­ment la sta­tis­tique, par excel­lence science de l’État, effec­ti­ve­ment deve­nue telle dans la Prusse mili­ta­riste et abso­lu­tiste du XVIIIe siècle, qui fut aus­si la pre­mière, comme l’a remar­qué Mum­ford, à appli­quer à grande échelle à l’éducation l’uniformité et l’impersonnalité du sys­tème moderne d’école publique. De même qu’à Los Ala­mos le labo­ra­toire était deve­nu caserne, ce qu’annonce le monde-labo­ra­toire, tel que se le repré­sentent les experts, c’est un éco­lo­gisme de caserne. Le féti­chisme des mesures, le res­pect enfan­tin de tout ce qui se pré­sente sous la forme d’un cal­cul, tout cela n’a rien à voir avec la crainte de l’erreur mais plu­tôt avec celle de la véri­té, telle que pour­rait se ris­quer à la for­mu­ler le non-expert, sans avoir besoin de chiffres. C’est pour­quoi il faut l’éduquer, l’informer, pour qu’il se sou­mette par avance à l’autorité scien­ti­fique-éco­lo­gique qui édic­te­ra les nou­velles normes, néces­saires au bon fonc­tion­ne­ment de la machine sociale. Dans la voix de ceux qui répètent avec zèle les sta­tis­tiques dif­fu­sées par la pro­pa­gande catas­tro­phiste, ce n’est pas la révolte qu’on entend, mais la sou­mis­sion anti­ci­pée aux états d’exception, l’acceptation des dis­ci­plines à venir, l’adhésion à la puis­sance bureau­cra­tique qui pré­tend, par la contrainte, assu­rer la sur­vie col­lec­tive. »

***

Enfin, un autre pro­blème de la col­lap­so­lo­gie, en par­tie lié à tout ce qui pré­cède, concerne la naï­ve­té de son dis­cours.

Mais pour le com­prendre, réca­pi­tu­lons. En quoi tout cela pose-t-il pro­blème ?

Eh bien, si la col­lap­so­lo­gie passe à la télé­vi­sion et est pro­mue dans les jour­naux, c’est parce qu’elle ne dérange pas plus que ça l’idéologie domi­nante : comme elle, elle consi­dère que l’effondrement de la socié­té indus­trielle est une catas­trophe. En outre, la dif­fu­sion d’un tel mes­sage dans les médias ne fait que ren­for­cer le cli­mat d’insécurité et de peur qui garan­tit une popu­la­tion tou­jours plus docile et apa­thique. Du pain béni pour l’hyperclasse mon­diale qui ne cesse de s’enrichir sur notre dos à tous (à ce sujet, le der­nier rap­port d’Oxfam[3] est effa­rant, comme ceux d’avant).

En effet, pour prendre un exemple, l’intervention de Pablo Ser­vigne sur LCI s’est résu­mée à la pré­dic­tion d’un effon­dre­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle par manque de res­sources (prin­ci­pa­le­ment). Aucune sug­ges­tion de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle consti­tue une catas­trophe mor­ti­fère qui détruit, exploite, tor­ture et asser­vit au quo­ti­dien humains et non-humains.

Tout ce que cela a dû ins­til­ler dans l’esprit du télé­spec­ta­teur de LCI, c’est qu’il va fal­loir que les gou­ver­ne­ments et les experts se retroussent les manches pour trou­ver des moyens de faire conti­nuer cette magni­fique aven­ture de Pro­grès et de Bon­heur™ qu’est la civi­li­sa­tion indus­trielle.

Je crois savoir que Pablo Ser­vigne a des pen­chants anar­chistes.

Para­doxa­le­ment, en l’état des choses, le dis­cours extrê­me­ment modé­ré et anthro­po­cen­tré (nar­cis­sique) de la col­lap­so­lo­gie risque d’appuyer à la fois le nar­cis­sisme des habi­tants des pays riches qui vont prin­ci­pa­le­ment s’inquiéter de leur propre sort, de leur propre sur­vie, ain­si que la sou­mis­sion aux mesures gou­ver­ne­men­tales et éta­tiques dont le dis­cours domi­nant affirme et affir­me­ra de plus en plus qu’elles per­mettent et per­met­tront si ce n’est d’éviter l’effondrement, au moins de le repous­ser.

Les ini­tia­tives comme celle de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes n’émanent pas, ou du moins pas uni­que­ment et pas prin­ci­pa­le­ment, d’une inquié­tude nar­cis­sique, elles émanent d’un désir de faire ces­ser le désastre indus­tria­liste, de défendre le monde natu­rel et tous ces autres que la civi­li­sa­tion ignore et méprise. Elles s’inscrivent dans une logique conflic­tuelle, d’opposition à l’État (et à la civi­li­sa­tion indus­trielle en géné­ral).

Actuel­le­ment (et dans les années à venir), le déve­lop­pe­ment des tech­no­lo­gies dites « renou­ve­lables » (solaire, éolien, bar­rages, bio­masse, etc.) et des hautes-tech­no­lo­gies en géné­ral engendre (et va engen­drer) une inten­si­fi­ca­tion[4], un accrois­se­ment, des pra­tiques extrac­ti­vistes et de l’exploitation des « res­sources natu­relles » en géné­ral (au nom donc, de la « crois­sance verte[5] » et/ou du « déve­lop­pe­ment durable »), qui cor­res­pondent à une aggra­va­tion signi­fi­ca­tive de l’impact envi­ron­ne­men­tal de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Entre autres, parce que le solaire et l’éolien indus­triels requièrent des métaux et mine­rais rares que l’on trouve en quan­ti­té limi­tée et en cer­tains endroits du globe uni­que­ment. L’extraction, le trai­te­ment et l’exploitation de ces matières pre­mières génèrent d’ores et déjà une catas­trophe éco­lo­gique[6].

Les États du monde et leurs diri­geants (PDG et poli­ti­ciens) connaissent ces pro­blèmes éco­lo­giques et s’en moquent éper­du­ment – c’était atten­du. Les diri­geants éta­tiques savent que cela risque de créer de nou­veaux conflits inter­na­tio­naux. Ils se disent prêts à affron­ter cette éven­tua­li­té, ain­si qu’on peut le voir dans un rap­port d’office par­le­men­taire publié sur le site du sénat[7] et inti­tu­lé « Les enjeux stra­té­giques des terres rares et des matières pre­mières stra­té­giques et cri­tiques ».

De manière glo­bale, la mili­ta­ri­sa­tion du monde va crois­sante, éga­le­ment à cause des pré­vi­sions concer­nant les migra­tions humaines mas­sives que les chan­ge­ments cli­ma­tiques vont engen­drer, et des pénu­ries ou épui­se­ments à venir ou de dif­fé­rentes res­sources stra­té­giques (dont la terre elle-même, dont l’eau, etc.).

Les injus­tices mas­sives vont per­du­rer et s’accentuer.

Plus que jamais, si nous vou­lons défendre le monde natu­rel contre les assauts qu’il subit et qu’il subi­ra au cours des décen­nies à venir, nous avons besoin d’une résis­tance orga­ni­sée, qui assume une conflic­tua­li­té déli­bé­rée vis-à-vis de l’État, ain­si que Notre-Dame-des-Landes nous l’a mon­tré.

Les ini­tia­tives d’individus du monde riche cher­chant à aug­men­ter la rési­lience de leurs com­mu­nau­tés (façon villes en Tran­si­tion) à l’aide de pan­neaux solaires et d’éoliennes indus­triels ne feront qu’appuyer l’extractivisme des États et des cor­po­ra­tions et l’exploitation d’esclaves modernes à tra­vers le globe et sur­tout dans les pays pauvres.

Nous ne savons pas quand un effon­dre­ment se pro­dui­ra. Mais nous savons qu’actuellement les choses vont mal et qu’elles vont empi­rer, pen­dant un cer­tain temps.

Pour celui qui se bat contre l’agrégat d’exploitations et d’injustices qui com­pose la civi­li­sa­tion indus­trielle, la pers­pec­tive de son effon­dre­ment n’est qu’un espoir dis­tant. De même que pour celui qui se bat contre l’accumulation des des­truc­tions éco­lo­giques qui la com­pose. Pour eux, l’effondrement consti­tue un évè­ne­ment atten­du avec impa­tience.

Plus haut, j’ai dit com­ment les col­lap­so­logues ont ten­dance à consi­dé­rer l’effondrement à venir comme une catas­trophe. C’est majo­ri­tai­re­ment et le plus sou­vent le cas. Mais pas tou­jours. Dans leur livre, Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens, en plus de la timide réfé­rence à la posi­tion de David Holm­gren, sug­gèrent de temps à autre que l’effondrement de la socié­té indus­trielle sera une sorte de déli­vrance.

Cette ambi­va­lence, cette inca­pa­ci­té à savoir ce qui consti­tue une catas­trophe, de la civi­li­sa­tion indus­trielle ou de son effon­dre­ment, se double d’une inca­pa­ci­té à tenir un dis­cours clair et cohé­rent sur ce qui est à entre­prendre.

La web-série NEXT pro­duite par Clé­ment Mont­fort sur le thème de la col­lap­so­lo­gie s’in­quiète, à l’instar de la plu­part des col­lap­so­logues, à la fois des désastres éco­lo­giques que la civi­li­sa­tion indus­trielle génère (les « anéan­tis­se­ments bio­lo­giques des éco­sys­tèmes ») ET de l’effondrement de cette civi­li­sa­tion (« les risques d’effondrement de notre civi­li­sa­tion »). L’é­pi­sode où Yves Cochet est inter­viewé, par exemple, ne fait que dis­cu­ter de la pers­pec­tive d’ef­fon­dre­ment pour les humains qui vivent au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle, il y parle d’« évè­ne­ments dra­ma­tiques », d’un « cer­tain type d’ef­fon­dre­ment quand même assez atroce », du fait que « quelque chose d’aus­si atroce que l’ef­fon­dre­ment puisse arri­ver », d’une « réa­li­té catas­tro­phique qui nous attend », et de choses du genre. Après quoi on a le pri­vi­lège de décou­vrir com­ment M. Cochet fait pour vivre avec cette idée d’ef­fon­dre­ment (« Com­ment vous faites, vous per­son­nel­le­ment au quo­ti­dien pour vivre avec cette idée d’ef­fon­dre­ment ? »).

Cette confu­sion quant à ce qui compte vrai­ment, cette conster­nante pro­pen­sion à consi­dé­rer qu’il est en quelque sorte aus­si pro­blé­ma­tique et aus­si triste de voir le monde natu­rel par­tir en lam­beaux que de conce­voir l’effondrement de la mono­cul­ture mon­dia­li­sée qui le détruit, est typique de la confu­sion cultu­relle et idéo­lo­gique sur laquelle la civi­li­sa­tion indus­trielle s’est bâtie et qu’elle entre­tient tou­jours.

Pire, en réa­li­té, cette série penche lar­ge­ment du côté du nar­cis­sisme des civi­li­sés et se concentre prin­ci­pa­le­ment sur la catas­trophe que l’effondrement va repré­sen­ter pour les habi­tants des pays riches et pour les membres de la civi­li­sa­tion indus­trielle plus glo­ba­le­ment.

D’ailleurs, dans l’é­pi­sode 4, inti­tu­lé « Ber­cy invite les col­lap­so­logues », nous sui­vons Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens qui se rendent au Minis­tère de l’Économie et des Finances, en octobre 2016, pour par­ti­ci­per à une réunion du Conseil Géné­ral de l’Économie orga­ni­sée par une cer­taine Domi­nique Dron, qui y tra­vaille et qui a appa­rem­ment beau­coup appré­cié leur livre. Et l’on apprend que « lors de cette réunion, une ving­taine d’experts de l’État assiste à leur pré­sen­ta­tion » et que « le ‘Conseil Géné­ral’ du Minis­tère de l’Économie rédige des avis et exper­tises à des­ti­na­tion des ministres deman­deurs ». Si Domi­nique Dron a appré­cié leur livre, c’est parce que son conte­nu « était très inté­res­sant pour notre acti­vi­té por­tant sur les risques », pour « le tra­vail de la sec­tion ‘sécu­ri­té-risque’ » qui s’occupe de « cyber-rési­lience » (qui vise à garan­tir des « sys­tèmes numé­riques rési­lients »), mais aus­si des « risques d’approvisionnement sur l’énergie », et d’autres choses dans « le domaine de l’énergie, le domaine de l’industrie, le domaine Télé­com numé­rique, le domaine ser­vices finan­ciers ». Nous avons là à la fois une col­la­bo­ra­tion avec les ser­vices de l’État, qui confirme l’absence d’esprit cri­tique de ces col­lap­so­logues, leur sym­pa­thie pour l’É­tat (ce qui infirme pro­ba­ble­ment ma remarque concer­nant les pen­chants anar­chistes de Pablo Ser­vigne), et une illus­tra­tion de ce que la col­lap­so­lo­gie peut ser­vir au ren­for­ce­ment de l’État face aux mul­tiples risques qu’il encourt et qu’il encour­ra davan­tage à l’avenir.

Et pour­tant dans l’épisode 5, Yves Cochet parle des zadistes et de ceux qui luttent contre divers pro­jets éta­ti­co-cor­po­ra­tistes comme de « pré­cur­seurs ». Aider l’État ou lut­ter contre ? On ne sait pas trop. Les deux appa­rem­ment.

L’article du jour­nal Le Monde sur la col­lap­so­lo­gie publié au début de cette année 2018 pré­sente — évi­dem­ment — l’effondrement de la civi­li­sa­tion indus­trielle comme une catas­trophe, tout en pro­mou­vant, à tra­vers Jared Dia­mond, le men­songe raciste du pes­si­misme anthro­po­lo­gique, qui consiste en une affir­ma­tion gros­sière selon laquelle « l’homme s’est tou­jours com­por­té de façon dévas­ta­trice dans ses rela­tions avec tout ce qui vit ». Et passent aux oubliettes de l’histoire — rédi­gée par les vain­queurs — tous ces peuples qui vivaient d’une manière si ce n’est entiè­re­ment sou­te­nable, au moins infi­ni­ment plus sou­te­nable que les civi­li­sés qui les ont mas­sa­crés. Sans par­ler de ceux qui sub­sistent encore aujourd’hui, en Inde, en Ama­zo­nie, en Océa­nie, en Afrique et ailleurs (des Jara­was aux Penan, en pas­sant par les Pyg­mées), et que la civi­li­sa­tion indus­trielle détruit actuel­le­ment à petit feu. Une manière de jus­ti­fier et de ratio­na­li­ser l’abominable au pré­texte que c’est sim­ple­ment la nature humaine (cette nature humaine qui n’est, en réa­li­té, qu’une illu­sion occi­den­tale, ain­si que Mar­shall Sah­lins le rap­pelle très jus­te­ment).

C’est dire qu’en l’état des choses, la col­lap­so­lo­gie ren­force l’identification toxique de la plu­part des gens qui vivent au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle à cette culture mor­ti­fère, au lieu d’encourager leur iden­ti­fi­ca­tion au monde natu­rel. Ain­si, elle sert les des­seins des­truc­teurs de l’É­tat et des médias grand public, de leur pro­pa­gande, de la culture domi­nante, bien plus qu’elle ne sert la pla­nète et toutes les espèces vivantes.

On ne peut que sou­hai­ter que ses pro­mo­teurs éclair­cissent leur pers­pec­tive, qu’ils s’affranchissent des relents toxiques de la culture domi­nante qui les empêchent de prendre posi­tion de manière plus déter­mi­née, qu’ils intègrent la cri­tique sociale à leur ana­lyse, qu’ils adoptent une pers­pec­tive plus com­pré­hen­sive, bio­cen­trée ou éco­cen­trée, rejoi­gnant ain­si, sans équi­voque, le camp de ceux qui luttent contre la « guerre contre le monde vivant » que mène la civi­li­sa­tion indus­trielle, selon l’expression de George Mon­biot.

Nico­las Casaux

 


  1. https://reporterre.net/La-web-serie-qui-raconte-l-effondrement-de-notre-civilisation
  2. https://partage-le.com/2017/12/8414/
  3. https://reporterre.net/Le-nombre-de-milliardaires-a-connu-en-2017-sa-plus-forte-hausse-de-l-histoire
  4. Voir cet article que j’ai récem­ment publié, « La tran­si­tion anti-éco­lo­gique : com­ment l’écologie capi­ta­liste aggrave la situa­tion » : https://partage-le.com/2017/09/7654/
  5. Pour en savoir plus sur la nui­sance de la crois­sance verte, vous pou­vez lire ce texte de Phi­lippe Bihouix, « Du mythe de la crois­sance verte à un monde post-crois­sance » : https://partage-le.com/2017/09/du-mythe-de-la-croissance-verte-a-un-monde-post-croissance-par-philippe-bihouix/
  6. Voir le nou­veau livre de Guillaume Pitron du Monde diplo dont parle ici le maga­zine les Inro­ckup­tibles : https://www.lesinrocks.com/2018/01/06/livres/un-livre-revele-la-plus-fantastique-operation-de-greenwashing-de-lhistoire-111026872/
  7. http://www.senat.fr/rap/r15-617–1/r15-617–1.html
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Comments to: Le problème de la collapsologie (par Nicolas Casaux)
  • 28 janvier 2018

    il est très bien rédi­gé ton article Nico­las et très sérieu­se­ment docu­men­té .. bien plus que ce qu’é­crit pablo et son col­lègue .. j’ai par­cou­ru son livre et je l’ai trou­vé assez sim­pliste .. bien évi­dem­ment l’i­déo­lo­gie de l’ef­fon­dre­ment ne fait qu’ac­croitre le sen­ti­ment de dis­rup­tion et d’a­ban­don dans la tête des gens .. afin d’y mettre du pas­sion­nel à la place d’une réelle démarche d’é­man­ci­pa­tion.. une nou­velle forme de mil­lé­na­risme à la mode anthro­po­so­phique ..

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  • 29 janvier 2018

    Je suis d’ac­cord en grande par­tie avec votre cri­tique, notam­ment le pro­blème d’ab­sence de cri­tique sociale au sein de la col­lap­so­lo­gie, concept lui-même sou­vent flou.

    Cepen­dant, il est quand même com­pré­hen­sible que les gens soient effrayés à l’i­dée d’un effon­dre­ment du monde qu’ils connaissent. Même si je vous rejoins pour le trou­ver sou­hai­table, pour les même rai­sons que vous défen­dez, j’en ai moi aus­si peur. Réduire cela à du nar­cis­sisme me semble être un rac­cour­ci.

    Aus­si, à la fin du texte, quand vous dîtes :
     » C’est dire qu’en l’état des choses, la col­lap­so­lo­gie ren­force […] au lieu d’encourager leur iden­ti­fi­ca­tion au monde natu­rel », l’i­dée d’  »iden­ti­fi­ca­tion au monde natu­rel » me semble être aus­si un concept très flou.

    Bien à vous,

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    • 29 janvier 2018

      Bon­jour et mer­ci pour cet article, encore un fois, très argu­men­té.

      En étant aux pre­mières loges de l’effondrement de la bio­di­ver­si­té de par mes études de ter­rain, je ne suis pas sur­pris que les notions de « nature » et de « natu­rel » soient aus­si per­ver­ties : les urbains qui pensent et qui décident, les rai­son­neurs comme les déci­deurs, n’ont aucune idée de ce quoi il est ques­tion réel­le­ment der­rière ces termes.

      L’in­fan­ti­li­sa­tion pousse à l’égoïsme et au nar­cis­sisme, un aveu­gle­ment cen­tré sur soi. Alors, l’es­cla­vage moderne, comme la souf­france des exter­mi­na­tions mas­sives d’es­pèces vivantes, leur passe très lar­ge­ment au des­sus du nom­bril… Cet engoue­ment pour la col­lap­so­lo­gie est aus­si l’ex­pres­sion de la peur d’un chan­ge­ment radi­cal que qua­si­ment tous sentent venir : ça ne peut pas durer ! Et ça ne dure­ra pas. J’ai cou­tume de dire, depuis des décen­nies main­te­nant, que le dra­gon va remuer la queue et que nul ne peut savoir à l’a­vance de quelle façon.
      D’é­normes forces sont actuel­le­ment en mou­ve­ment dans la bio­sphère, mises en mou­ve­ments accé­lé­rés par le cumul des impacts de l’ac­ti­vi­té humaine… Je pense pour ma part, qu’il est déjà trop tard pour faire autre chose que de l’ob­ser­ver…

      PS qui n’a rien à voir, pour­quoi donc vos excel­lents article ne sont-ils pas datés ?

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      • 29 janvier 2018

        Je ne peux m’empêcher de réagir en lisant que nous ne pou­vons qu’ob­ser­ver. Qu’un seuil cri­tique ait déjà été dépas­sé, cela me semble une évi­dence… depuis le Néo­li­thique, voire même avant : l’ex­tinc­tion de la méga­faune du Pléis­to­cène et la trans­for­ma­tion radi­cale des milieux en Amé­rique du Nord ou en Aus­tra­lie coîn­cide avec la fin des gla­cia­tions mais aus­si avec l’ar­ri­vée d’Ho­mo Sapiens. Et aujourd’­hui ? Ne rien faire ? Lais­ser faire ? Certes, l’a­ve­nir de la plu­part des espèces « supé­rieures » est sévè­re­ment com­pro­mis. Mais cela pour­rait être encore pire : mort des océans, voire la des­truc­tion totale de l’E­co­sphère (une petite guerre nucléaire). Pen­sez donc à ce livre mer­veilleux de Gio­no : l’homme qui plan­tait des arbres. La messe n’est pas encore dite.

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      • 29 janvier 2018

        Bien vu, c’est nou­veau, ils l’é­taient avant. Je vais regar­der.

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  • 29 janvier 2018

    Il faut prendre le livre sur la col­lap­so­lo­gie pour ce qu’il est. Il n’a pas d’ob­jec­tif à défi­nir une véri­té fon­da­men­tale sur les causes ou les consé­quences. Il éta­blit un constat et donne les élé­ments dis­po­nibles.
    Oui, il aurait pu appuyer sur la res­pon­sa­bi­li­té de l’homme quant à la des­truc­tion de la nature. Il aurait pu insis­ter sur l’in­ca­pa­ci­té de l’homme à anti­ci­per les consé­quences de ses actes (et il l’a­borde un peu). Il aurait pu dire que l’homme est pro­fon­dé­ment bête de scier la branche sur laquelle il est assis.

    Mais ce livre aurait pro­ba­ble­ment été plus juste mais moins lu. Alors nous pou­vons aus­si le voir comme un livre de tran­si­tion, qui amène la ména­gère de plus ou moins de 50 ans à prendre conscience de la nature du malaise (extrac­ti­visme, consom­ma­tion), et rien que ça c’est déjà beau­coup.

    Il faut pro­ba­ble­ment que la masse du peuple — par oppo­si­tion aux élites — passe par ce type de prise de conscience pour chan­ger ses com­por­te­ments et com­mence à chan­ger sa manière de vivre et influen­cer les choix poli­tiques par leurs choix indi­vi­duels. Evi­dem­ment, il est trop tard et le chan­ge­ment se fera dans la dou­leur et tant pis.

    Je trouve nor­mal que tout le monde ne soit pas au même niveau de recul ni d’in­for­ma­tion sur la situa­tion actuelle. Et s’il ren­force le côté nar­cis­sique, c’est aus­si pour être lisible. Une thèse sur la dis­pa­ri­tion des hip­po­po­tames nains du fleuve congo, déci­més par la pol­lu­tion des indus­triels locaux aurait pro­ba­ble­ment une audience moindre, de même que les nom­breux docu­men­taires dis­po­nibles sur la perte de la bio­di­ver­si­té (on a déjà oublié que 80% des insectes ont dis­pa­ru en Alle­magne ?). Il sont pour autant une réa­li­té et montrent effec­ti­ve­ment mieux la res­pon­sa­bi­li­té de l’homme dans la des­truc­tion de la nature.

    Pour ma part, j’ai trou­vé ce livre éclai­rant, utile, à mettre dans les mains de ceux qui n’a­vaient pas cet éclai­rage. Les autres qui avaient déjà conscience de tout ça n’en ont effec­ti­ve­ment pas besoin. Ensuite, cha­cun fera son che­min, et fini­ra irré­mé­dia­ble­ment sur le constat que l’homme est à l’o­ri­gine de sa propre perte.

    Après, on peut aus­si dis­cu­ter du terme de nature. L’homme fait-il par­tie ou pas de la nature ? C’est une espèce inva­sive comme une autre après tout, non ?

    Mer­ci pour cette ana­lyse. Oui c’est utile de poin­ter du doigt que ce livre ne va pas assez loin pour rap­pe­ler les enjeux finaux à ceux qui auront le niveau de conscience à même de le com­prendre. Pour autant, les autres en béné­fi­cie­ront pour avan­cer sur leur che­min de prise de conscience, sujet essen­tiel­le­ment per­son­nel.

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    • 29 janvier 2018

      Pareil que le cama­rade : la prise de conscience com­mence for­cé­ment à par­tir de soi. Elle a pré­ci­sé­ment pour effet d’a­bou­tir à la conclu­sion que le soi n’est qu’une par­tie d’un tout. La bio­di­ver­si­té est aus­si humaine. On est tous pareils : dif­fé­rents. La Nature a fait l’Homme a son image. Nous sommes la Nature en train de prendre conscience d’elle-même. A force d’en­fi­ler les perles, j’en ai fait un col­lier. 😉

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      • 29 janvier 2018

        Salut ami Mar­xien-Hege­lien.
        Après avoir lu tout ces com­men­taires, j’ai­me­rais évo­quer un auteur, Jerôme Baschet, évo­quer un livre, « Adieux au capi­ta­lisme ».
        Il est dans le dépas­se­ment de la civi­li­sa­tion actuelle, et sur­tout, il repo­si­tionne l’homme là où il n’au­rait jamais dû ces­ser d’être.
        En plus de « Le Capi­tal » de Marx, voi­ci un livre à pro­po­ser à toutes les consciences en mou­ve­ment.
        Mer­ci d’être là.

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    • 29 janvier 2018

      Bon­jour à tous,

      https://partage-le.com/2015/04/comment-tout-peut-seffondrer-la-fin-des-energies-industrielles-et-le-mythe-des-renouvelables/

      Je n’ai pas grand chose à ajou­ter en dehors qu’ef­fec­ti­ve­ment, la prin­ci­pale qua­li­té de leur livre (qui à l’o­ri­gine et d’a­près les auteurs, ne devait pas être ‘com­ment tout peut’ mais ‘com­ment tout va’ — un choix de l’é­di­teur … donc quoi qu’il soit entre­pris, tout est plié) uti­lise le lan­gage et des maté­riaux [récents] de la science, des élites, celui qui imprègne encore beau­coup de per­sonnes qui n’é­coutent, ne jurent, ou ont été édu­qué comme tel, que par les chiffres et les études détaillées (même au détour de nébu­leuses infré­quen­tables) voire le « vu à la tv ». Ici donc est la preuve, réelle, objec­tive, la seule que la toute puis­sance est en mesure d’ac­cep­ter ou ne peut plus igno­rer au final, car réa­li­sée avec ses propres outils/armes, l’ul­time plan stra­té­gique de sa future défaite en quelques coups qu’elle pen­sait être, de son point de vue tron­qué et trop opti­miste pour son appé­tit trop vorace : une vic­toire sur elle-même.

      Mais oui, je suis éga­le­ment pour en finir avec cette civi­li­sa­tion indus­trielle la pré­ci­pi­ter ou bien la voir arri­ver à grand fra­cas sans mon concours, recro­que­villé même au fond de mon cana­pé sué­dois, je l’a­voue hon­teu­se­ment. Même si tout (ou presque ?) mon confort maté­riel est mis à la benne par la suite, ça me fera bou­ger enfin le cul que pour des rai­sons, des causes plus essen­tielles, plus proches des besoins humains et de ses rela­tions ; la sim­pli­ci­té de vie à y reti­rer semble à mes yeux une véri­table déli­vrance de ce caphar­naüm et ces men­songes au quo­ti­dien que tous ces cons de tech­no­crates nous ont effec­ti­ve­ment empi­lé depuis des décen­nies sur notre gueule à coup de mes­sages hyp­no­tiques « le pro­grès te sim­pli­fie­ra la vie ».

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      • 1 février 2018

        Et le livre de Guillaume Pitron est, me semble-t-il, un excellent com­plé­ment du livre Com­ment tout peut s’ef­fon­drer.
        Il finit d’en­fon­cer le clou sur « vous croyez encore qu’on pour­ra sau­ver le monde par la tech­no­lo­gie ? Voi­là pour­quoi c’est impos­sible ».
        A décon­seiller aux dépres­sifs, mais à conseiller aux adeptes de pilule rouge.

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    • 4 septembre 2018

      Bra­vo pour ce com­men­taire juste et lucide.

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    • 1 avril 2019

      Bon­jour Laurent
      Je suis tota­le­ment d’ac­cord avec vous.… Tou­te­fois une de vos for­mules me cha­grine…
      « La ména­gère de + ou — 50 ans… »
      Effec­ti­ve­ment Le ména­ger de + ou — 50 ans ! ça sonne bizarre.…. On n’est pas habi­tué.…
      Mais je n’ar­rive pas à m’ha­bi­tuer à la ména­gère.…..
      Anne

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  • 29 janvier 2018

    Tout à fait d’ac­cord avec Laurent Genier, le livre de Pable Ser­vigne et Raphael Ste­vens per­met de (se) situer (dans) l’ef­fon­dre­ment au niveau de notre condi­tion humaine. Ensuite, je pense que vous vous êtes arrê­tez trop rapi­de­ment à ce seul livre. Vous devriez lire le der­nier livre de Pablo Ser­vigne, « Entraide, l’autre loi de la jungle », vous y decou­vri­riez que jus­te­ment, il dépasse cet aspect nar­cis­sique et tech­nique que vous cri­ti­quez tant. On y trouve les élé­ments pour dépas­ser cette culture mor­ti­fère de l’i­den­ti­fi­ca­tion toxique civi­li­sa­tion indus­trielle et encou­ra­ger une iden­ti­fi­ca­tion au monde natu­rel.
    Et puis, c’est quoi la dif­fé­rence entre des « pen­chants anar­chistes » et le sou­hait de voir tout s’éf­fon­drer très vite de David Holm­gren qui lui, « semble avoir les pieds sur Terre » ?

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    • 29 janvier 2018

      J’ai lu L’En­traide. Je n’ai pas lu la même chose que toi appa­rem­ment. Et il me semble que des choses t’é­chappent dans l’ar­ticle, mani­fes­te­ment, je doute des pen­chants anar­chistes de Pablo, l’as-tu remar­qué ?

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  • 29 janvier 2018

    Ma démons­tra­tion en ver­sion courte.
    Thèse :
    Nico­las Cas­saux est plus effi­cace. Grâce à sa plume, il sen­si­bi­lise. Il fait avan­cer le schmil­blick. Mais pas Ser­vigne & Ste­vens car quelques (très petits) articles à pro­pos de leur livre sont parus dans les grands médias qui s’ac­com­modent très bien de leur décli­nisme.
    Anti­thèse :
    Le pro­blème de Nico­las Cas­saux : Il nous fait croire qu’il défend les autres qu’­hu­mains mais en fait il les détruit à tra­vers son acti­vi­té élec­tro­nique.
    Syn­thèse :
    Bra­vo à Nico­las Cas­saux pour cet article plein de bon sens, pas du tout para­no et sans aucune cita­tion reti­rée de son contexte. Il a atteint son objec­tif. Grâce à lui des mil­liers de libel­lules ont pu être sau­vées.

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    • 29 janvier 2018

      Wow. Le sophisme tu quoque comme contre-argu­ment. J’a­voue que je ne m’y atten­dais pas. Enfin, que je ne pen­sais pas lire des choses aus­si nulles. Mais bon, si tout ce que tu as à rétor­quer c’est un appel à l’hy­po­cri­sie, c’est que je ne dois pas trop m’être trom­pé.

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      • 29 janvier 2018

        Oui, mon inter­ven­tion était volon­tai­re­ment courte et iro­nique (rien à voir avec de l’hy­po­cri­sie). Cela ne te fait pas rire appa­rem­ment. Oups… déso­lé. A bien­tôt, ailleurs.

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  • 29 janvier 2018

    Bon­jour Nico­las , je lis tou­jours vos articles avec inté­rêt , et c’est grâce à vous que j’ai com­pris que l’ef­fon­dre­ment est la seule solu­tion .
    Cepen­dant je trouve nor­mal aus­si que cet effon­dre­ment fasse extrê­me­ment peur et qu’on l’ap­pré­hende comme une catas­trophe , je le sou­haite et en même temps je me demande com­ment nous vivrons ou même si nous sur­vi­vrons .
    Même si on est très cri­tique vis à vis de notre civi­li­sa­tion consu­mé­riste , on ne peut pas nier que nous en avons pro­fi­té et elle nous appor­té un confort de vie .
    Et c’est très inquié­tant d’i­ma­gi­ner un futur dif­fé­rent de ce que nous connais­sons , avec pro­ba­ble­ment des dif­fi­cul­tés pour se nour­rir , trou­ver de l’eau potable etc…Nous n’y sommes pas pré­pa­rés et cela nous fait peur .
    Il me semble que le mou­ve­ment de la décrois­sance est ce qui va le plus dans le bon sens .

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    • 29 janvier 2018

      Bon­jour,

      Je ne dis pas dans l’ar­ticle qu’il ne faut rien craindre, n’a­voir peur de rien. Du moins si l’on com­prend cela, ce n’é­tait pas mon inten­tion. Je dis qu’il ne faut pas le consi­dé­rer comme un mal. « on ne peut pas nier que nous en avons pro­fi­té et elle nous appor­té un confort de vie », très fran­che­ment vous, peut-être, moi je suis bien inca­pable de dire ça. Cette civi­li­sa­tion m’a trop pris, d’une cer­taine manière je peux tout à fait dire, à l’ins­tar de beau­coup, qu’elle m’a volé ma vie et en a fait, par cer­tains aspects, un enfer. Mais de la vie de beau­coup, de mil­lions, prin­ci­pa­le­ment dans les pays pauvres, elle a fait un enfer bien pire. Qui sait ce à quoi la vie aurait pu res­sem­bler sans elle, la liber­té à laquelle on aurait pu goû­ter, la richesse rela­tion­nelle, émo­tion­nelle, la pro­fon­deur…
      Je ne consi­dère pas non plus qu’un futur dif­fé­rent de ce que nous connais­sons est inquié­tant, je m’in­quiète bien plus d’un futur qui res­sem­ble­rait à la suite de ce que nous connais­sons (une longue ago­nie, un longue tor­ture qui fini­rait par une mort atroce, pour des mil­lions d’es­pèces). Les dif­fi­cul­tés feront par­tie du coût, et peut-être que ces dif­fi­cul­tés, il nous est pos­sible de les consi­dé­rer bien autre­ment.

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    • 29 janvier 2018

      Bon­jour,

      Je par­tage l’a­vis de Natha­lie : article fort inté­res­sant de par son contre­point avec la col­las­po­lo­gie, dis­ci­pline peut-être encore nébu­leuse mais que ses « inven­teurs » ont le mérite d’a­voir su rendre acces­sible à un grand nombre.

      Pareille­ment je ne peux que consta­ter que la pers­pec­tive de l’ef­fon­dre­ment me réjouit autant qu’elle m’at­terre. Ambi­va­lence, donc. Même si je déplore les méfaits colos­saux et ten­ta­cu­laires du capi­ta­lisme, j’a­voue que voir s’é­crou­ler le mythe d’un pro­grès que j’i­ma­gi­nais aller vers je ne sais quel mieux-être géné­ra­li­sé est assez dou­lou­reux à accep­ter.

      Et puis pour le côté égoïste (plu­tôt que nar­cis­sique) je ne cache­rai pas que la pos­sible désa­gré­ga­tion des condi­tions de vie de mes enfants et de mes proches est de nature à m’in­quié­ter, en toute sub­jec­ti­vi­té. Il y a, dans cette pers­pec­tive d’ef­fon­dre­ment, des dimen­sions émo­tion­nelles non négli­geables.

      En tout cas mer­ci pour cette réflexion argu­men­tée, qui enri­chit la mienne.

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  • 30 janvier 2018

    Excellent article mon cher Nico­las !
    Mer­ci à toi de dif­fu­ser cette évi­dence : afin d’as­su­rer la péren­ni­té de la vie sur cette pla­nète, un effon­dre­ment civi­li­sa­tion­nel est plus que sou­hai­table.
    Qu’on se le dise !
    Afin de vous décul­pa­bi­li­ser, dites-vous que de toute façon il est iné­luc­table.…
    Plus le sys­tème per­dure, plus désas­treux seront les effets de sa des­truc­tion, et donc il vaut mieux qu’il s’effondre au plus vite.
    Que le George Hay­duke qui som­meille en nous se réveille.
    Que crève le vieux monde !

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    • 14 novembre 2018

      Je vous signale au pas­sage que , selon les réfé­rences de Ser­vi­gné , la popu­la­tion mon­diale devrait régres­ser au mieux à un mil­liard d’ha­bi­tants voire seule­ment quelques mil­lions d’i­ci à 2100 ! Et cer­tains s’en réjouissent !

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  • 31 janvier 2018

    Jus­qu’au bout, on va se déchi­rer pour des brou­tilles ?! A lire cet article imbé­cile je me dis que déci­dé­ment nous n’a­vons rien com­pris. Car lisez bien tout ce qu’é­crivent les gens qui gra­vitent autour de la « col­lap­so­lo­gie » et vous ver­rez que tout le monde par­tage peu ou prou vos diag­nos­tics. Depuis tou­jours, à vou­loir la pure­té abso­lue en matière d’i­dées, on se condamne à pro­mou­voir la péren­ni­té du désastre. Car peu importe de savoir que tout a déjà été dit, de manière par­fai­te­ment lucide et claire, il y a long­temps, il faut juste tenir compte de la situa­tion où nous sommes aujourd’­hui et d’i­ma­gi­ner la suite. En tenant éga­le­ment compte de la cré­ti­ni­sa­tion abso­lue du monde par le capi­ta­lisme. Et en tenant compte aus­si, pour finir, que plus vite sera le mieux ce qui n’est une garan­tie de rien.

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    • 31 janvier 2018

      Huh. « tout le monde par­tage peu ou prou vos diag­nos­tics », c’est éton­nant alors tous ces extraits de livres, toute cette série NEXT sur la col­lap­so­lo­gie, toutes ces confé­rences orga­ni­sées autour de ce thème dans de pres­ti­gieuses ins­ti­tu­tions pari­siennes, qui mettent en avant un diag­nos­tic qui peine à sor­tir de l’eth­no­cen­trisme (au-delà de l’an­thro­po­cen­trisme), pétri de contra­dic­tions, qui n’ose pas pré­sen­ter la civi­li­sa­tion indus­trielle comme une cala­mi­té dont on aurait dû sou­hai­ter se débar­ras­ser pour une myriade de rai­sons et pas seule­ment pour son insou­te­na­bi­li­té éco­lo­gique, qui ouvre sur des pro­po­si­tions contra­dic­toires (tous ensemble dans le même bateau, alors aidons l’E­tat, col­la­bo­rons tous comme une grande famille VS. la recon­nais­sance des logiques conflic­tuelles qui opposent l’E­tat aux mili­tants des nom­breuses luttes socio-éco­lo­giques, ETC). Si vous ne voyez pas les dif­fé­rences, assez fla­grantes, entre notre diag­nos­tic et leurs dis­cours, reli­sez le texte. J’ap­porte suf­fi­sam­ment d’exemples et d’illus­tra­tions de ce que tout le monde ne par­tage pas peu ou prou le même diag­nos­tic. Je ne devrais pas prendre la peine de répondre à ni même de publier ce com­men­taire stric­te­ment inju­rieux, cela sera donc l’u­nique et der­nière fois.

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      • 3 février 2018

        L’eth­no­cen­trisme est sans aucun doute regret­table mais il nous est « natu­rel » (ou cultu­rel­le­ment inté­gré). Il n’est pas éton­nant que la plu­part des gens, y com­pris les col­lap­so­logues, se sentent hau­te­ment concer­nés par leur propre sort et celui de leurs congé­nères, avant de voir les béné­fices que pour­rait tirer de l’ef­fon­dre­ment le reste du vivant. Il n’est pas don­né à tout le monde de prendre suf­fi­sam­ment de recul et faire preuve de suf­fi­sam­ment d’ab­né­ga­tion pour se réjouir du déclin d’une civi­li­sa­tion qui, outre toutes ses dérives éco­cides, apporte un « confort »… aus­si alié­nant soit-il. La plu­part d’entre nous sommes tra­ver­sés d’am­bi­va­lences et bour­rés de contra­dic­tions, dési­rant l’im­pos­sible, effrayés de perdre les avan­tages que nous nous sommes octroyés.

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  • 9 février 2018

    Ayant assis­té à une confé­rence de Pablo Ser­vigne lors de la paru­tion de son rap­port « Nour­rir l’Eu­rope en temps de crise », j’ai pu appré­hen­der la per­sonne der­rière l’au­teur. A mon sens, Ser­vigne amène un tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion remar­quable. Prendre un point de vue anthro­po­cen­tré est la meilleure manière de tou­cher un public qui ne mani­pule pas aisé­ment la pen­sée sys­té­mique, ou tout sim­ple­ment le lan­gage scien­ti­fique et socio­lo­gique. A vous lire, c’est peut-être là que le fos­sé se creuse.
    Par ailleurs, il est on ne peut plus impor­tant, et Ser­vigne l’a bien com­pris, d’a­me­ner la com­po­sante émo­tion­nelle à l’a­vant-plan. L’ef­fon­dre­ment qui vient est trau­ma­ti­sant. Il agrège notre rap­port à la mort, à la dou­leur, à la perte de nos acquis. Il est vrai aus­si que le trau­ma­tisme est sans com­mune mesure avec celui que notre civi­li­sa­tion inflige quo­ti­dien­ne­ment à Gaïa. Mais c’est de nou­veau se trou­ver dans une pen­sée dua­liste (l’homme d’un côté, la nature de l’autre). Il est temps de sor­tir de ce moule.
    Il est temps de deve­nir sen­sible, empa­thique. Nous sommes tous, humains ou non-humains, des êtres sen­sibles. Notre socié­té a bien fait son tra­vail d’annihilation de cette par­tie de nous.
    La meilleure pré­pa­ra­tion à ce qui vient est de recon­tac­ter, d’ac­cueillir cette part émo­tion­nelle. Ser­vigne l’a com­pris (ou plu­tôt res­sen­ti). Et vous ?

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    • 9 février 2018

      Pas d’ac­cord sur tous les points. « L’effondrement qui vient est trau­ma­ti­sant. Il agrège notre rap­port à la mort, à la dou­leur, à la perte de nos acquis. « , + « Il est vrai aus­si que le trau­ma­tisme est sans com­mune mesure avec celui que notre civi­li­sa­tion inflige quo­ti­dien­ne­ment à Gaïa. » C’est une belle remarque d’Oc­ci­den­tal, notre civi­li­sa­tion inflige aus­si à plein d’être humains des trau­ma­tismes ter­ribles, elle en exploite des mil­lions, en tor­ture autant et en tue éga­le­ment, et ce depuis des siècles. La pos­ture de l’Oc­ci­den­tal qui découvre la mort quand son mode de vie inflige la mort par­tout dans le monde me paraît par­ti­cu­liè­re­ment indé­cente, et pathé­tique. Et comme quoi le pro­blème n’est pas qu’un anthro­po­cen­trisme. Si tu avais une pers­pec­tive anthro­po­cen­trée tu aurais com­pris que notre civi­li­sa­tion inflige quo­ti­dien­ne­ment des hor­reurs non seule­ment à Gaïa mais à des mil­lions d’êtres humains, qu’elle est bâti sur des mon­tagnes de cadavres, des géno­cides et un eth­no­cide encore en cours. L’ef­fon­dre­ment, ce sont uni­que­ment les Occi­den­taux qui se découvrent mor­tels, eux aus­si, eux qui avaient jusque-là plu­tôt l’ha­bi­tude d’in­fli­ger la mort aux autres êtres humains et au monde natu­rel. Bah mince alors. On n’a pas à « se pré­pa­rer à l’ef­fon­dre­ment », ce n’est pas du tout le com­por­te­ment éthique à adop­ter, s’il nous reste une once d’é­thique, on a sur­tout à mettre fin aux exac­tions en cours, celles qui per­mettent à notre quo­ti­dien d’Oc­ci­den­taux de se main­te­nir.

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      • 9 février 2018

        Mer­ci pour ta réponse, mais encore une fois, je trouve ta vision dua­liste et donc, à mon sens, erro­née. Je suis d’ac­cord avec l’é­tat de fait de la mau­vaise san­té de notre terre.
        Néan­moins, l’hu­ma­ni­té entière fait par­tie de Gaïa, elle-même imbri­quée dans des sphères d’in­fluences encore plus vastes, com­plexes et abs­traites ; Il n’y a pas de « Nous, méchants occi­den­taux impé­ria­listes » et eux « Gen­tils peuples Natifs, autoch­tones, primitifs,sages ».
        Et tu as encore rai­son, je fais des remarques d’Oc­ci­den­tal car j’en suis un. A moins que je ne me trompe, tu en es un aus­si. Alors qu’est-ce qui fait que je suis plus Occi­den­tal que toi ?

        « Si tu avais une pers­pec­tive anthro­po­cen­trée tu aurais com­pris que notre civi­li­sa­tion inflige quo­ti­dien­ne­ment des hor­reurs non seule­ment à Gaïa mais à des mil­lions d’êtres humains, qu’elle est bâti sur des mon­tagnes de cadavres, des géno­cides et un eth­no­cide encore en cours. »
        C’est un juge­ment, et je pense que tu te trompes, que je l’ai bien com­pris. Cela dit j’ai déci­dé à un moment d’ar­rê­ter de cher­cher les cou­pables, c’est sté­rile et ça repro­duit exac­te­ment ce que tu semble dénon­cer. J’es­saie plu­tôt de créer des ponts.

        « L’effondrement, ce sont uni­que­ment les Occi­den­taux qui se découvrent mor­tels, eux aus­si, eux qui avaient jusque-là plu­tôt l’habitude d’infliger la mort aux autres êtres humains et au monde natu­rel. »
        Je ne suis jamais allé en Afrique. Je ne suis jamais allé en Amé­rique Latine. En fait je n’ai pas eu l’oc­ca­sion de quit­ter l’Eu­rope.
        Cela dit je pense que tous les peuples ont eu, dans leur his­toire, du sang sur les mains. J’ai l’im­pres­sion que tu idéa­lises les « non-occi­den­taux ».
        Tu sembles voir notre Tech­no-science comme des­truc­trice et meur­trière. Je pense que c’est vrai, mais ce n’est qu’une par­tie de la réa­li­té. Accepte l’autre par­tie, ça te récon­ci­lie­ra peut être avec « les occi­den­taux ».

        A te lire,
        Julien

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      • 16 février 2018

        Vous êtes prompt à cri­ti­quer cer­tains d’a­voir une vision « d’Oc­ci­den­tal ».

        Pour­tant la plu­part de vos textes me semblent illi­sibles pour d’autres per­sonnes que le mythi­fié « Occi­den­tal ».
        J’i­rai même plus loin en disant qu’ils sont illi­sibles pour le « non-Occi­den­tal-issu-des-classes-supé­rieures-et-déjà-sen­si­bi­li­sé-à-l’é­co­lo­gie » ; autre­ment dit, ceux-là même qui sont en pre­mières lignes des dégâts cau­sés par le néo-libé­ra­lisme.

        N’est-ce pas une stra­té­gie contre-pro­duc­tive lors­qu’il faut jus­te­ment tou­cher, réveiller et mettre en mou­ve­ment ceux-là, quelque soit leur cou­leur de peau et la socié­té dans laquelle ils vivent autour du monde ?

        Sur le pro­blème spé­ci­fique que vous sou­le­vez de la non dénon­cia­tion par Ser­vigne (voir d’une cer­taine col­la­bo­ra­tion) des poli­tiques et éco­no­mies néo-libé­rales à la base de la des­truc­tion du vivant, on peut s’en faire une idée plus juste en allant voir :

        « Ce sont les mains gauche et droite d’une doc­trine de phi­lo­so­phie poli­tique appe­lée libé­ra­lisme et dans laquelle nous bai­gnons depuis plus de deux siècles.

        Le pro­blème est que la main droite a pris le pou­voir durant ces der­nières décen­nies et impose ses méthodes. La vague néo­li­bé­rale des années 80 n’a pas fini de pri­va­ti­ser tous les domaines de la socié­té et de la vie. Cette attaque fron­tale aux biens com­muns se passe géné­ra­le­ment de manière silen­cieuse à cause jus­te­ment de leur invi­si­bi­li­té. Sauf dans cer­tains cas trop scan­da­leux (l’eau en Boli­vie, les gènes dans les labo­ra­toires phar­ma­ceu­tiques, etc.) où une par­tie de l’opinion publique réagit ponc­tuel­le­ment (on pense à toutes les luttes autour de l’AMI 4 menées entre autres par l’association ATTAC dans les années 2000). L’idéologie du mar­ché débri­dé est cor­ro­sive pour les biens com­muns. Mal­heu­reu­se­ment, elle est bien implan­tée dans l’imaginaire col­lec­tif de nos socié­tés, et en par­ti­cu­lier dans la tête des élites finan­cière, poli­tique et média­tique, qui imposent leurs méthodes au reste du monde et contri­buent à main­te­nir invi­sible les biens com­muns… jusqu’à ce qu’ils soient pri­va­ti­sés et ren­tables pour l’actionnaire
         ! »
        https://raforum.info/IMG/pdf/2013pablo-penserlesbienscommuns.pdf

        « Nous mon­trons dans notre livre que les inéga­li­tés sociales et éco­no­miques sont un fac­teur très impor­tant des effon­dre­ments. Plus pré­ci­sé­ment, plus une socié­té montre d’inégalités de classes, plus elle a de chances de s’effondrer vite et de manière cer­taine. »
        http://www.cadtm.org/L‑effondrement-qui-vient

        « On croit sou­vent que le pro­grès est natu­rel. En fait, ce sont des choix poli­tiques. Des élites au pou­voir ont impo­sé le pétrole, par exemple. Ça a créé des mono­poles et on a détruit les trains, les trams et les autres sources d’énergie. Un régime éner­gé­tique fait émer­ger un régime poli­tique. C’est bien mon­tré dans Petro­cra­tia (Edi­tions Ere, 2011), de Timo­thy Mit­chell. Le char­bon a per­mis l’émergence de la démo­cra­tie de masse et des mou­ve­ments ouvriers ; l’arrivée du pétrole a détruit ces mou­ve­ments par la qua­li­té même de cette éner­gie et a mis au pou­voir une élite tech­no­cra­tique. Le chan­ge­ment cli­ma­tique est connu depuis long­temps. Les élites ont déci­dé de l’ignorer pour faire plus d’argent. »
        http://www.terraeco.net/Pablo-Servigne-Les-plus,64497.html

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      • 7 août 2018

        Bon­jour,
        très inté­res­sant article sur le nar­cis­sisme catas­tro­phiste Occi­den­tal. Cette « crise » du monde moderne (R.Guenon) est conte­nu dans son ADN matérialiste,elle est donc iné­luc­table. Cette « catas­trophe » ne serait pas pour autant béné­fique pour éco­sys­tème. La levée du voile ne peut être que celle du voile inté­rieur , celle qui nous ramène à notre Nature Tra­di­tio­nelle inté­rieure, la seule en har­mo­nie avec la nature « exte­rieur ». Pour l’heure che­vau­chons le Tigre avec Humi­li­té et quête de Sagesse.
        Bien à vous

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  • 11 février 2018

    Bon­jour,

    Je vous remer­cie pour votre article, qui invite à la réflexion. Je vous ai trou­vé par par le blog d’O­li­vier Ber­ruyer
    https://www.les-crises.fr/revue-de-presse-du-04022018/

    Cette source vous indi­que­ra que l’é­co­lo­gie n’est pas ma pré­oc­cu­pa­tion prin­ci­pale. J’es­saie de me tenir au cou­rant des enjeux prin­ci­paux du monde, j’ai donc lu ce livre de Ser­vigne, qui m’a lais­sé plus d’une gêne, mais pas assez pour ana­ly­ser.

    Depuis votre point de vue, vous avez mis le doigt sur cette gêne, le nar­cis­sisme com­pas­sion­nel.

    Ensuite, je pense que nous aurions plus d’un dif­fé­rend, je me suis for­mu­lé sur mon blog

    https://blogs.mediapart.fr/glorieux/blog/110218/catastrophe-est-ce-que-la-therapie-suffit

    Je vais vous lire plus lon­gue­ment sur ce site, afin de sai­sir plus pré­ci­sé­ment les points de ma dif­fé­rence.

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    • 11 février 2018

      Mer­ci à vous. Oui, Oli­vier par­tage régu­liè­re­ment cer­tains de nos articles, c’est tout à son hon­neur parce que nous n’a­vons pas les mêmes bases et les mêmes pers­pec­tives disons, même si nous par­ta­geons cer­taines ana­lyses concer­nant les temps pré­sents. Si vous vou­lez com­prendre notre pers­pec­tive, je vous conseille ces articles :
      https://partage-le.com/2017/10/7993/
      et
      https://partage-le.com/2017/12/8414/

      Notre pers­pec­tive pour­rait être qua­li­fiée de bio­cen­triste (un mot-clé pour en savoir plus rapi­de­ment). Nous par­ta­geons cer­taines ana­lyses du cou­rant anti-indus­triel fran­çais, du cou­rant tech­no­cri­tique (https://fr.wikipedia.org/wiki/Technocritique), et des situa­tion­nistes, entre autres.

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  • 5 mars 2018

    Je n’ai pas du tout été convain­cu par ton article, qui cri­tique le livre pour ce qu’il n’est pas (une recherche des causes, qui/quoi/comment com­battre, …)

    Pablo Ser­vigne est pas­sé par Thin­ker­View, et com­plète pas mal de lacunes que tu as rele­vées.

    https://youtu.be/5xziAeW7l6w?t=1h37m31s

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    • 5 mars 2018

      Vu l’in­ter­view, elle confirme pré­ci­sé­ment tout ce que j’ai écrit ici. Apo­li­tisme com­plet. Sou­ci avant tout de son propre sort d’Oc­ci­den­tal. Aucune dis­cus­sion des rap­ports de pou­voir, des struc­tures sociales oppres­sives. Des réa­li­tés atroces du fonc­tion­ne­ment nor­mal de la civi­li­sa­tion. Etc. J’en ai conclu que mon article était plu­tôt modé­ré.

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  • 8 mars 2018

    Les col­lap­so­logues comme Sre­vigne et consor ne sont pas là pour dénon­cer les aber­ra­tions du sys­tème capi­ta­liste quant aux inéga­li­tés qu’elles génèrent. Ce n’est pas leur objet.
    La col­lap­so­lo­gie tente de mettre en lumière l’im­passe dans laquelle nous nous trou­vons et les consé­quences du fonc­tion­ne­ment du monde tel qu’il est.
    Ain­si, il va sans dire que nous cou­rons tous à la catas­trophe, sans dis­tinc­tion de race ou de quoique soit d’autres. Si cer­tains paient depuis long­temps un lourd tri­but quant à Nos (!) choix, Nous (!) sommes une fois pour toutes sur le même bateau. Après tout, c’est un mes­sage huma­niste non…?

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  • 28 mars 2018

    J’ai beau­coup aimé cet article mais les cri­tiques envers Pablo Ser­vigne sont trop sté­réo­ty­pées. Son livre quo-écrit avec R. Ste­vens, « Com­ment tout peut s’ef­fon­drer », est inno­vant et très péda­go­gique et ne nie pas que l’effondrement est aus­si « une bonne chose ». Il a l’a­van­tage d’é­veiller un large public à la réa­li­té de l’effondrement inévi­table et déjà en cours. Son der­nier ouvrage « L’en­traide, l’autre loi de la jungle » quo-écrit avec Gau­thier Cha­pelle, est tout à fait enri­chis­sant (n’é­tant point éru­dit, j’y ai décou­vert Kro­pot­kine et bien d’autres auteurs pas­sion­nants). C’est aus­si grace à Pablo Ser­vigne que je découvre votre article. À nous lec­teurs de faire la part des choses.

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  • 28 mars 2018

    c’est pas seule­ment de la chutte de notre civi­li­sa­tion dont il faut avoir peur, c’est sur­tout de la bou­che­rie dans laquelle ça va se pas­ser.
    Une fois que toutes les bombes nucléaires et toutes les armes chi­miques auront été uti­li­sées qu’est-ce qui res­te­ra de vivant sur terre ou dans les mers.

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  • 12 juin 2018

    Bon­jour,
    Tout est dit dans les pre­miers para­graphes de votre article : à par­tir du moment où le dis­cours de la col­lap­so­lo­gie est rece­vable par les ins­ti­tu­tions, c’est qu’il a per­du toute sa radi­ca­li­té… Et le pire, c’est que Ser­vigne défend cette posi­tion. Dans le numé­ro de prin­temps de la revue suisse Moins!, dans laquelle Ser­vigne est inter­viewée, il dit clai­re­ment que sa démarche est inclu­sive et vise à inté­grer à la réflexion au plus large public… quitte à être tota­le­ment dépo­li­ti­sé (et à ban­nir « les mots qui fâchent » comme il le dit : éco­lo­gie, anti­ca­pi­ta­lisme, décrois­sance).
    Faire l’é­co­no­mie de la lutte contre les inéga­li­tés est impen­sable si on veut abattre réel­le­ment la socié­té capi­ta­liste et indus­trielle.

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  • 13 juin 2018

    Hel­lo, une cri­tique inté­res­sante. Main­te­nant, on peut approu­ver l’ef­fon­dre­ment sys­te­mique de la civi­li­sa­tion indus­trielle, tout en ayant peur pour ses enfants. C’est cette peur qui fait par­ler de catas­trophe. Et n’op­po­sez lutte (zad…), ini­tia­tive de tran­si­tion et per­ma­cul­ture, ce sont toutes des actions choi­sies en fonc­tion des choix per­son­nels. Je suis fon­da­teur de som­breffe en tran­si­tion, j essaie d’être per­ma­cul­teur en forêt jar­din, et je féli­cite les resis­tants des zad, tout en n étant pas dans ce type d’ac­tion. (Lire la réponse de Rob Hop­kins au pam­phlet « un éco­lo­gisme apo­li­tique ? »)

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    • 14 juin 2018

      Si seule­ment. La volon­té d’af­fir­mer que nous vou­lons tous la même chose me semble ter­ri­ble­ment nui­sible. Elle élude toute véri­table réflexion. Il existe des diver­gences fon­da­men­tales entre les dif­fé­rents diag­nos­tics posés par les dif­fé­rentes mou­vances éco­lo­gistes (cer­tains col­lec­tifs de zadistes, de tran­si­tion­neurs, etc.). Tous les tran­si­tion­neurs, zadistes, coli­bris, col­lap­so­logues, etc., sont loin de par­ta­ger la même lutte, en fin de compte. Sans une cer­taine cohé­rence, sans un mini­mum de cohé­rence, la nébu­leuse éco­lo­giste n’i­ra nulle part et ne par­vien­dra pas à frei­ner ou endi­guer le désastre en cours. Je suis curieux de lire la réponse de Rob Hop­kins. Mais je n’ai pas très envie de payer pour ça (d’a­che­ter le livre).

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      • 27 juillet 2018

        Per­son­nel­le­ment, je pense que nous n’é­vi­te­rons plus le désastre et que le tra­vail qu’il nous reste à faire pour les géné­ra­tions qui sur­vi­vront est de lais­ser nos témoi­gnages pour que l’His­toire ne se répète plus. Nous devons envi­sa­ger l’i­né­vi­table, ce sera une période tran­si­toire pour l’Hu­ma­ni­té. Cor­dia­le­ment

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  • 27 juin 2018

    Bon­jour a tous et mer­ci pour votre article !
    je m inter­roge depuis long­temps sur la fin de ce sys­teme de « socié­té de consommation/capitalisme » qui ravage notre monde.
    J aime­rais sur­tout par­ta­ger sur les emo­tions que pro­voque cette extinc­tion annon­cée. Com­ment vous sen­tez vous avec ce constat acca­blant ?
    Réjouis­sance de la fin d un modèle des­truc­teur ou déprime devant le spec­tacle de gâchis humain ?
    Dans la serie « next », un des deux auteurs evoque le fait qu il a un enfant, comme pour témoi­gner de son opti­misme.
    Com­ment avoir des pro­jets avec cette fin annon­cée ? com­ment avoir la joie de vivre quand nos habi­tudes de vie dependent de l oppres­sion de mil­liers d esclaves invi­sibles (humains ou non)?
    ‑Pra­ti­quer la decrois­sance, la resi­lience, se regrou­per avec des gens en tran­si­tion, faire sa part de coli­bri comme dit rabhi ?
    ‑deco­lo­ni­ser son esprit et son coeur des emo­tions des­truc­trices de haine, convoi­tise, egoisme,…par un « tra­vail » per­son­nel ?
    ‑elar­gir la pers­pec­tive : l’ humain doit faire l expe­rience de ses propres erreurs, quitte a s auto detruire, pour com­prendre en pro­fon­deur com­ment inter­agir dans le monde ?
    Si vous avez de bons conseil pour m aider a nego­cier le virage qui s annonce ser­ré, mer­ci !

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  • 18 juillet 2018

    Mer­ci pour ton article Nico­las,

    Je suis par­ta­gé par la lec­ture de ta cri­tique. L’é­co­no­mie de la cri­tique sociale dans la col­lap­so­lo­gie, et le point de vue occi­den­tal aisé est une mau­vaise chose, que tu déve­loppes bien.

    Par contre, il y a plu­sieurs choses avec les­quelles je ne suis pas d’ac­cord avec toi. D’a­bord, je pense que les théo­ries de l’ef­fon­dre­ment s’ins­crivent dans la suite de cer­tains pans du mou­ve­ment éco­lo­gique. La rai­son pour laquelle cela marche main­te­nant et pas avant n’est pas une ques­tion de catas­trophe pour l’hu­ma­ni­té mais bien une ques­tion de moment. C’est main­te­nant dans les années 2017–2018, alors que le déve­lop­pe­ment durable peine depuis 30 ans à solu­tion­ner quoi que ce soit, alors que le réchauf­fe­ment cli­ma­tique com­mence petit à petit à se faire res­sen­tir, alors que la dis­pa­ri­tion des insectes se voit à l’oeil nu, alors que l’a­ve­nir tech­no­lo­gique ques­tionne et fait peur, c’est main­te­nant que les thèses rela­tives à l’ef­fon­dre­ment com­mencent à être accep­tées par le grand public.

    Le fait que Ser­vigne dit que cela sera une catas­trophe pour les « nous », c’est parce qu’il s’a­dresse à « nous » jus­te­ment. Ser­vigne, comme plein d’autres col­lap­so­logues, est conscient que cette socié­té dévaste notre pla­nète et entre­tient des inéga­li­tés hor­ribles entre humains. C’est pour ça qu’il s’au­to­rise à rêver d’un mieux après. Mais il a creu­sé la ques­tion, il ne s’est pas limi­té a pen­sé pour­quoi la socié­té pour­rait s’ef­fon­drer, il s’est deman­dé com­ment. Et c’est là que ce sera très dure pour les humains, pour « nous ». C’est psy­cho­lo­gique, tu ne peux pas trans­mettre un mes­sage en disant : « J’ai une bonne nou­velle, le monde tel que nous le connais­sons va lais­ser place à d’autres socié­tés. Cela sau­ve­ra beau­coup d’es­pèces vivantes et per­met­tra que l’on arrête de tout détruire. Beau­coup d’entre nous mour­rons aus­si, il y aura des famines, des guerres, mais ça reste secon­daire ça.. »

    En fait, je crois que ce genre de cri­tique (tu n’es pas la pre­mière per­sonne à défendre l’é­co­lo­gie ou des luttes en disant que la col­lap­so­lo­gie est à ban­nir), ne vient que depuis que la col­lap­so­lo­gie est pas­sée dans les maga­sines grands publics. Je n’en ai pas vu avant et pour­tant j’en cher­chais. C’est dom­mage car d’une part cette approche grand public, de même que le film Demain fort cri­ti­qué dans les sphères de luttes aus­si, peut être un pre­mier pas vers une plus grande conscien­ti­sa­tion. D’autre part, « la col­lap­so­lo­gie appro­fon­die », est très cri­tique envers le modèle capi­ta­liste actuel aus­si.

    Plu­tôt que de se taper des­sus, il nous fau­drait nous écou­ter mutuel­le­ment, et ten­ter de faire conver­ger les dif­fé­rentes luttes pour pen­ser des pro­jets com­muns. Cela n’en ren­dra que les luttes plus fortes !

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    • 10 septembre 2018

      Bon­jour
      Je me retrouve bien dans ce com­men­taire. Chaque regard vient d’où nous sommes. Je vis à la cam­pagne, mari agri­cul­teur bio et situé poli­ti­que­ment à gauche éco­lo sou­te­nant la zad, dans la décrois­sance chaque jour un peu plus.… mani­fes­tante.… bref je fais une toute petite pars (beau­coup diraient cer­tains de mes amis) pour­tant je me sens loin du compte.… Je vais voir en moi.… Je milite col­lec­ti­ve­ment.….
      Et avec tout ça.….. j’ai peur. J’ai lu « Com­ment tout peut s’ef­fon­drer  » et j’ai beau­coup appris. Mer­ci Pablo!!!! J’aime l’é­clai­rage de Nico­las qui m’in­vite à aller encore plus loin. Mais ne nous tapons pas des­sus.…. Il fau­dra des forces colos­sales pour apprendre à PARTAGER quand la déban­dade sera dans notre monde occi­den­tal. Je pense déjà à com­ment accueillir les plus dému­nis de mon vil­lage qu’ils votent Besan­ce­not ou Le Pen.
      Bref je che­mine la peur au ventre. Et j’ai 3 enfants.… en âge de com­prendre. Bouh.….
      J’ap­prends à.….semer.
      Allez!!!!!! TOUS!!!!!
      ON S’AIME!!!❤ Anne

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      • 27 décembre 2018

        Moi aus­si, je me retrouve dans les com­men­taires d’Anne et de David. J’ai beau­coup aimé le livre de Ser­vigne et Ste­vens ain­si que cette nou­velle pers­pec­tive pré­sen­tée par Nico­las. Sur le livre, le fait de s’adresser au méchant blanc occi­den­tal, fruit de la socié­té ther­mo-indus­trielle, de lui expli­quer que main­te­nant, ça va aus­si aller mal pour lui et ses enfants est pour moi le meilleur moyen de le sen­si­bi­li­ser et de déclen­cher un éven­tuel chan­ge­ment de sa part. Mal­heu­reu­se­ment, les ours polaires, les abeilles, les pauvres afri­cains qui meurent chaque jour, ça fait peut être mal sur le coup mais c‘est trop loin : ça peut éven­tuel­le­ment nous tou­cher mais le jour d’après, c’est vite oublié jusqu’au pro­chain repor­tage. Par contre quand on vous dit que vous et vos enfants allez en subir les consé­quences, la flèche a atteint sa cible. Oui nous sommes des égoïstes nar­cis­siques, et je remer­cie Nico­las pour l’avoir fait remar­quer. Très juste aus­si la remarque sur le fait que la catas­trophe, c’est notre civi­li­sa­tion occi­den­tale et ses consé­quences désas­treuses pour notre sys­tème Terre. Ceci étant, l’effondrement ou même la décrois­sance auront un impact à court terme extrê­me­ment néga­tif voire catas­tro­phique non seule­ment pour les civi­li­sa­tions occi­den­tales à court d’énergie fos­sile mais aus­si pour les pays plus pauvres proches de l équa­teur qui subi­ront le réchauf­fe­ment cli­ma­tique de plein fouet.

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  • 27 juillet 2018

    Pablo Ser­vi­gné n’a jamais caché ses pen­chants anar­chistes. Il l’a même évo­qué dans une inter­view. 😉 ta façon de voir les choses me plaît même. Com­ment puis je lire d’autres articles de toi ? excuses mon igno­rance infor­ma­tique s’il te plait. Pour ma part ce que tu « dénonces » est l’axe prin­ci­pal de mon der­nier livre. Il est temps de réveiller les consciences. Bonne route.

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  • 10 août 2018

    Bel article , beau phra­sé mais je n’ai pas sai­si le sens du conte­nu. J’ai l’im­pres­sion qu’il s’a­git d’une cri­tique de la col­lap­so­lo­gie, plus pré­ci­sem­ment de son carac­tère égo-cen­trique.
    Oui la col­lap­so­lo­gie n’est pas une science nou­velle ni une révé­la­tion. Oui depuis des décen­nies les scien­ti­fiques nous aver­tissent. Nous sommes d’ac­cord.
    Mais Pablo Ser­vigne et Raphaël Ste­vens ont réus­si là où d’autres ont échoué, ils sont arri­vés à tou­cher le grand public et les médias et ont su mani­pu­ler l’art du poli­ti­que­ment cor­rect sans mini­mi­ser ni influen­cer le conte­nu.
    Je ne suis pas d’ac­cord sur votre article sur plu­sieurs points.
    — Les auteurs , au contraire, prône l’ef­fon­dre­ment comme solu­tion et non comme catas­trophe.
    — Votre conlu­sion : « C’est dire qu’en l’état des choses, la col­lap­so­lo­gie ren­force l’identification[…] au lieu d’encourager leur iden­ti­fi­ca­tion au monde natu­rel.  »
    Je n’ai abso­lu­ment pas res­sen­ti ça ne lisant le livre, bien au contraire puis­qu’ils invitent à effec­tuer une tran­si­tion vers une socié­té dif­fé­rente en pro­nant des ini­ta­tives de rési­lience locales et d’in­dé­pen­dance.

    Et puis sin­cè­re­ment qu’im­porte la forme, le fond est là : notre petite vie égoiste basée sur l’ex­ploi­ta­tion de la terre et des pauvres se ter­mine. Et là, on est d’ac­cord 🙂

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    • 10 août 2018

      « – Les auteurs , au contraire, prône l’effondrement comme solu­tion et non comme catas­trophe. » Cer­tai­ne­ment pas. La seule cita­tion du livre qui va en ce sens est une cita­tion d’un auteur anglo­phone. Pablo et Raphael ne le for­mulent jamais comme cela.
      Je pré­cise d’autres choses ici : https://partage-le.com/2018/06/le-probleme-de-la-collapsologie-suite-next-cyril-dion-et-lideologie-du-progres-par-nicolas-casaux/

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    • 10 août 2018

      C´est inté­res­sant mais je me dis 1. Si la col­lap­so­lo­gie touche les gens plus que les dis­cours sur l´exploitation des autres loin de son regard, alors pour­quoi pas, et ça devient une force de la col­lap­so­lo­gie et non pas une faille. Que l´homme fonc­tionne pas pour sau­ver son espèce mais pour sa petite gueule, ça n´est pas nou­veau et ça a déjà été trai­té sur l´angle scien­ti­fique si je m´abuse. 2. M´expliquer que le dis­cours basé sur la science joue le jeu du sys­tème et donne l´impression que tout cela est mai­tri­sable ?! Déso­lé mais je n´y crois pas car ça fait l´effet inverse pour moi et d´autres ( dans ce groupe par exemple) et de mon côté ça me semble d´ailleurs créer chez beau­coup un sen­ti­ment d´urgence et d´obligation à agir en lais­sant de côté les diri­geants ( voir les tas d´initiatives suite à cela ). 3. Ce texte en veut aux carac­tères nar­cis­siques mais l´urgence me fait dire que faire un tra­vail en amont d´éducation pour que l´homme soit moins égoïste avant de se concen­trer sur les actions comme la per­ma­cul­ture par exemple me semble une stra­té­gie vouait à l´échec. La col­lap­so­lo­gie vient tou­cher les égos, j´ai envie de dire, ça ras­semble dans l´urgence alors, pour l´instant TANT MIEUX !

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  • 12 août 2018

    Je trouve éga­le­ment que vous déna­tu­rez le pro­pos et le point de vue du livre de Ser­vigne et Ste­vens. À la lec­ture de cet ouvrage, qui a le mérite d’étre acces­sible dans son approche et sérieux dans ses sources et ana­lyses, on ne peut que déduire le rôle majeur de l’homme dans le désastre éco­lo­gique qui se joue et de sa res­pon­sa­bi­li­té totale et indis­cu­table dans ce qui se pré­pare, aus­si bien pour lui que pour l’en­semble de la pla­nète dont il est en effet une par­tie au même titre que les autres êtres vivants ou non.
    Cela tombe sous le sens qu’une mise en cause de la socié­té indus­trielle, créée et opé­rée par les humains revient à mettre en cause les humains. C’est deja un chan­ge­ment majeur et pro­fond d’en­vi­sa­ger la fin de cette civi­li­sa­tion de manière lucide et de regar­der en face ce qui est en train de se pas­ser. La ques­tion de l’é­go­cen­trisme humain est du côté des causes, plus que des consé­quences, d’au­tant plus que le livre aborde à maintes reprises les effets ter­ribles cau­sés aux ani­maux, aux plantes etc. dont il n’oc­culte en aucun cas la valeur, bien au contraire.

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  • 3 septembre 2018

    Aux consé­quences éco­lo­giques de la civi­li­sa­tion indus­trielle s’a­joutent celles de la civi­li­sa­tion liées aux ser­vices et qui lui succède.J’entends celles qui par­ti­cipent à la pol­lu­tion des esprits sous toutes ses formes : réduc­tion de l’en­semble des choses maté­rielles et non maté­rielles à une don­née sta­tis­tique ou infor­ma­tive (tout est deve­nu infor­ma­tion…), l’in­fluence des médias qui véhi­culent des idées ou prises de posi­tion qui favo­rise leur action­na­riat, la sou­mis­sion col­lec­tive au tronc com­mun du web deve­nu source de réfé­rence (la répé­ti­tion empê­chant la créa­tion…) et qui fini­ra par s’im­po­se­ra aux neu­rones, l’a­bon­dance des films et jeux abru­tis­sants le plus grand nombre, la nature conflic­tuelle des rap­ports humains et des col­lec­tifs qui n’existent qu’en s’op­po­sant les uns aux autres…etc… etc… Face à l’ef­fon­dre­ment de notre civi­li­sa­tion indus­trielle s’an­nonce celle de l’ef­fon­dre­ment des esprits, de notre capa­ci­té à com­prendre, à voir, à obser­ver, à sai­sir la véri­té simple de la réa­li­té.

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  • 6 septembre 2018

    Très inté­res­sant, lucide, inquié­tant mais néces­saire dans la réflexion actuelle comme cer­tai­ne­ment au temps des Incas aus­si.

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  • 7 novembre 2018

    Je suis tom­bé par hasard sur cet article, un peu à charge, en tout cas qui essaie de dérou­ler une cri­tique sur cet ouvrage de l’  »effon­dre­ment ». Tu as fait l’ef­fort d’e­tayer ton pro­pos, mais je n’ai pas vrai­ment com­pris où tu vou­lais en venir, comme si tu avais vu un posi­tion­ne­ment moral, ou poli­tique, der­rière l’ou­vrage de ser­vigne et ste­vens, alors qu’il m’a sem­blé y voir une ten­ta­tive de se fon­der uni­que­ment sur les faits. Je trouve cet ouvrage mal­adroit par endroit, mais c’est une ten­ta­tive de syn­thèse. Il faut aus­si peut être aller jeter un coup d’oeil auprès de Emi­lie Hache. Quoi­qu’il en soit, j’aime bien com­ment ces tra­vaux de Ser­vigne ouvrent des champs de réflexion, qui doivent être addi­tifs, et non pas être consi­dé­rés comme fai­sant l’im­passe sur les consi­dé­ra­tions peut être plus poli­tiques de ce blog.

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  • 18 novembre 2018

    Point de vue inté­res­sant, mais le ton acerbe à l’en­droit des auteurs et cette cri­tique ciblée me laisse un peu sans voix. Nul n’é­tant par­fait, je ne vois pas trop pour­quoi les auteurs de cet ouvrage méritent une si vio­lente cri­tique. Certes, j’a­vais moi même noté l’ab­sence de la cri­tique social dans le dis­cours, mais pour ce qui est de la vision catas­tro­phiste, je ne suis pas tout à fait d’ac­cord. Pour être pré­cis, car je n’ai pas lu le livre de 2015 mais écou­té des confé­rences plus récentes, et je n’ai jamais enten­du Ser­vigne qua­li­fier l’ef­fon­dre­ment de catastrophe.Peut être est ce vous qui lui aurez souf­flé l’i­dée d’in­tro­duire une notion moins catas­tro­phique et si c’est le cas je vous en salue. Etant don­né le bon carac­tère que ce jeune homme semble avoir je ne pense pas qu’il ait un quel­conque orgueil et que toute idée lui sem­blant bonne et juste sera ajou­té à sa péda­go­gie. CAr c’est bien cela dont il s’a­git, il est bon péda­gogue et c’est pour cette rai­son peut être qu’on lui reproche un côté sim­pliste. Son but étant à mon avis de convaincre pour géné­rer de l’ac­tion je ne vois pas trop le sou­ci avec ça. C’est pour cette même rai­son d’ailleurs qu’il peut paraître avoir une approche anthro­po­cen­tré dans la mesure où c’est bien à cet endroit de la menace sur l’hu­main qu’il espère consciem­ment ou non réveiller les foules. On pour­rait en effet espé­rer que l’hu­main n’ait nul besoin de la peur pour agir, mais on ne peut pas repro­cher à Ser­vigne de se pla­cer d’un point de vue humain, ne serait parce qu’il en est un. Mais vous faites bien de pré­ci­ser un peu la néces­si­té de décen­trer. Quant au fait de ne pas appor­ter de solu­tion, je trouve ça assez facile dans la mesure où il n’est rede­vable de rien en la matière et que vous même n’en pro­po­sez rien de plus. Et d’ailleurs, il a publié un ouvrage sur la coopé­ra­tion. Si cela ne vous semble pas un début de solu­tion, je pense que vous avez peut être lu de tra­vers. A moins que vous ne cher­chiez des fai­blesses, quitte à en inven­ter pour nour­rir votre besoin à mon avis trop farouche de cri­ti­quer ces auteurs au vif suc­cès. Vous visez par­fois juste et avez un bon niveau de péné­tra­tion comme on dit, mais l’hu­meur est nauséabonde…Prenez soin de vous !

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  • 30 novembre 2018

    Cet article est assez typique d’une cer­taine forme de pen­sée. « je suis pur, les col­lap­so­logues ne le sont pas. Je pré­fère res­ter avec mes cer­ti­tudes par­ta­gées par 100 per­sonnes pures comme moi qu’es­sayer de faire com­prendre l’ur­gence au plus grand nombre. »
    Une chose qu’on retient du livre c’est le besoin de soli­da­ri­té, d’empathie glo­bale (même pour les infâmes tenants de la culture domi­nante)… C’est mal bar­ré avec ce type d’at­taques mépri­santes. Ca m’at­triste pro­ba­ble­ment encore plus que les dis­cours domi­nants des tenants de la crois­sance.

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  • 11 décembre 2018

    Un petit texte que j’ai récem­ment com­mis…

    Du 1 au 8 décembre s’est dérou­lé à l’E­qui­table Café de Mar­seille un évé­ne­ment sur le thème Effon­dre­ment.
    Il s’a­git donc de consi­dé­rer que l’ef­fon­dre­ment de nos socié­tés existe et qu’il faut com­po­ser avec. Il faut aus­si apprendre, entre autre à décons­truire nos repré­sen­ta­tions issues d’une socié­té d’a­bon­dance. « Tina ! » comme disait That­cher en son temps…
    J’ai assis­té aux confé­rences d’An­tho­ny Brault sur la fin d’une socié­té d’a­bon­dance du pétrole et de Vincent Migne­rot qui, en matière de décons­truc­tion vaut son pesant d’or. Mal­gré quelques ver­rous psy­chiques, je peux entendre leur dis­cours et sur­tout me poser et poser des ques­tions sur la tour­nure que les évé­ne­ments pren­dront pour les per­sonnes les plus vul­né­rables, les plus iso­lées, les plus dépen­dantes etc.

    En revanche…
    J’ai assis­té hier soir à une confé­rence sur l’é­co­psy­cho­lo­gie.
    Je pense qu’il est inté­res­sant de se pen­cher sur le sujet et de le désa­mor­cer car il y a une espèce d’en­trisme mys­tique qui vient pol­luer un sujet (l’ef­fon­dre­ment) tout ce qu’il y a de plus sérieux et qui condi­tionne tout ce que nous vivons en ce moment.
    La confé­rence était menée par une eco­psy­cho­logue et eco­thé­ra­peute en cabi­net qui recon­necte ses patients au vivant. Dois-je, à ce stade, décrire l’é­ner­ve­ment qui m’é­treint à devoir vous expli­quer la suite ? Un petit coup d’oeil sur sa fiche Lin­ke­din a été élo­quent : où sont ses putains de 4 ou 5 années d’é­tudes (niveau mas­ter) pour qu’elle puisse se pré­tendre sérieu­se­ment exer­cer en tant que psy­cho­logue en cabi­net !!!
    D’en­trée de jeu, les condi­tions de son inter­ven­tion ont été posées. Il s’a­git de par­tir de l’af­fir­ma­tion sui­vante : « A force d’hy­per­tro­phie du men­tal, d’ur­ba­ni­sa­tion, d’ac­cé­lé­ra­tion du temps, de sou­mis­sion aux lois du mar­ché et de connexion tech­no­lo­gique, l’être humain est deve­nu « hors sol », cou­pé du Vivant et livré à ses pul­sions des­truc­trices. » 
    On allait donc voir ce qu’on allait voir ! :
    ⁃ On allait tordre le cou à Des­cartes, le grand prêtre de la Rai­son (bizarre comme ce dis­cours me fait pen­ser à celui des nos­tal­giques de l’An­cien Régime).
    ⁃ On allait plon­ger dans nos émo­tions — et là habi­le­ment, elle se pro­tège en uti­li­sant l’ar­gu­ment scien­ti­fique : « Nous-avons-des-réseaux-neu­ro­naux-situés-au-niveau-du-coeur-et-des-intes­tiiiiins » (vous la sen­tez ma petite into­na­tion à la Chan­tal Goya?).
    Bref en lais­sant tout argu­ment ration­nel de coté on pose un cadre qui empêche toute argu­ment basé sur une pen­sée cri­tique.
    Sa pré­sen­ta­tion a donc duré 1h30 dont 30 min de vidéos. Avec pour figure cen­trale, celle de Pablo Ser­vigne bap­ti­sé ce soir là de « Che Gue­var­ra de la col­lap­so­lo­gie ».
    Eh ben celle là, il faut se l’a­va­ler !!! Et pour­quoi pas Jésus tant qu’on y est ? (celà vien­dra peut-être tôt ou tard).
    Fina­le­ment le dérou­lé était assez simple : on part des émo­tions, on sau­poudre ça de psy­cho­lo­gie (par­don d’é­co­psy­cho­lo­gie) et on ter­mine par une vidéo de Joan­na Macy la grande prê­tresse, dont Ser­vigne s’ins­pire, qui va te recon­nec­ter au vivant à coup de rituels.
    Mais atten­tion ! Le clou du spec­tacle, car fina­le­ment c’en était un (Big up Debord) c’est que nous avons pu avoir en visio-confé­rence : « WAOUUH !!! Pablo Ser­viiiigne !!!  »
    Alors là, ça été le grand déba­lage :
    ⁃ Témoi­gnage par Pablo Ser­vigne de stages de reliance avec les non-humains où tu res­sens la puis­sance des émo­tions, sau­pou­dré de psy­cha­na­lyse jun­gienne et de GaÏa…
    ⁃ Illus­tra­tion de cette puis­sance en citant son pote Gau­thier Cha­pelle qui est venu taper du poing sur la table en plein CA de Green­peace car il était por­té par le peuple des dau­phins (il eût été plus adé­quat qu’il tapât de la nageoire- huhu­hu-bon je sais elle est facile celle là !)
    ⁃ Mais sur­tout témoi­gnages en public d’a­deptes de groupe de femmes façon Sta­rhawk dont une scien­ti­fique (ça pique hein…)
    Pas une seule voix dis­cor­dante (je n’ai pas ouvert la bouche moi non plus). A la fin nous avons eu la révé­la­tion ultime : notre inter­ve­nante était une sor­cière !!!! Nous avons eu droit à un petit rituel pour pou­voir nous débar­ras­ser des souf­frances de la Terre en trem­pant la main dans un bol d’eau. Et pro­po­si­tion de rem­plir une mai­ling list pour le pro­chain stage (payant ? pas payant?)
    J’ai essayé, une fois la conf’ ter­mi­née, d’a­voir une dis­cus­sion cri­tique avec l’in­ter­ve­nante. Mais j’a­voue ne pas avoir été très bon sur le coup car toute révolte sur le coup était éteinte. C’est qu’elle s’y était bien pris la bou­gresse !!! Elle avait sor­ti son extinc­teur concep­tuel qui consis­tait à éteindre tout bra­sier de la colère.
    Ah oui, je tiens à pré­ci­ser pour que les choses soient claires. Mon texte ne vise pas la confé­ren­cière mais bel et bien la res­pon­sa­bi­li­té et l’é­thique de Pablo Ser­vigne qui, j’en ai la cer­ti­tude main­te­nant, se com­porte comme le fon­da­teur d’une nou­velle secte : la col­lap­so­lo­gie avec son arse­nal idéo­lo­gique la col­lap­so­so­phie…
    Car, pas une seule fois la ques­tion des luttes sociales n’a été abor­dée, pas une seule fois la ques­tion du deve­nir des per­sonnes les plus vul­né­rables n’a été évo­quée dans la pers­pec­tive de l’ef­fon­dre­ment.
    Le dis­cours léni­fiant le plus total (Ruf­fin tu t’es fait avoir)
    https://www.youtube.com/watch?v=6J1Lzs-iYAI

    A bon enten­deur…

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  • 20 janvier 2019

    prof d’e­co., j’ai tou­jours enten­du chez moi que le capi­ta­lisme n’est pas par­fait mais c’est le seul sys­tème qui marche… En bon pro­duit de l’é­cole répu­bli­caine, je vivais dans l’i­dée que la civi­li­sa­tion occi­den­tale avait ame­né des pro­grès consi­dé­rables (par la méde­cine, part exemple) mal­gré ce qu’elle pou­vait infli­ger à la pla­nète, pro­blèmes aux­quelles une solu­tion tech­nique ne man­que­rait pas d’être trou­vée… Et vous savez bien qu’il existe BEAUCOUP de per­sonnes comme moi.
    C’est la lec­ture de ce livre qui m’a per­mis d’ou­vrir les yeux sur une impasse que je ne voyais pas. Ce livre a été pour moi une vraie claque et m’a ame­né à un tra­vail de deuil dou­lou­reux de cette civi­li­sa­tion des­truc­tive qui m’a­vait façon­née. C’est ce livre aus­si qui m’a mené à remettre en ques­tion mon mode de vie, mon propre métier, la sco­la­ri­sa­tion de mes enfants, ma façon de consom­mer, etc. C’est par lui aus­si que j’ai décou­vert la pen­sée anar­chiste et que je lis aujourd’­hui régu­liè­re­ment vos articles.
    Pen­sez aux per­sonnes comme moi, qui ont besoin, tout égoïs­te­ment, que leur propre vie soir mena­cée pour ouvrir les yeux. Faites confiance en ces per­sonnes, elles sau­ront petit à petit faire leur che­min et consi­dé­rer, comme moi aujourd’­hui, que c’est bien la civi­li­sa­tion occi­den­tale qui est la catas­trophe et non sa dis­pa­ri­tion.
    Je remer­cie donc infi­ni­ment les auteurs de ce livre pour leur tra­vail de vul­ga­ri­sa­tion auprès du grand public. Je me réjouis de savoir qu’ils passent à la télé. Vrai­ment.
    Sur le fond (le manque d’en­ga­ge­ment poli­tique, l’an­thro­po­cen­trisme, etc), vous avez rai­son mais pen­sez au niveau d’a­bru­tis­se­ment atteint dans notre pays. Si vous étiez venu me trou­ver avec vos idées anar­chistes il y a de ça quelques années, je ne vous aurais jamais écou­té. Je serais par­tie en cou­rant.
    La prise de conscience que ce livre amène est salu­taire pour le cré­tin com­mun.

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    • 20 janvier 2019

      Je pense comme Pep que ma prise de conscience n’au­rait jamais pu se faire sans le livre de Pablo. Je le remer­cie ain­si que Nico­las Casault qui conti­nue ma conscience poli­tique. Anne

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    • 20 janvier 2019

      Il manque le début de mon mes­sage :
      « Avant de lire le livre de Pablo Ser­vigne, je vivais dans ma petite bulle confor­table d’oc­ci­den­tale pri­vi­lé­giée, avec le sen­ti­ment d’être du bon côté de la bar­rière et avec un léger sen­ti­ment de culpa­bi­li­té en pen­sant que cer­tains de l’autre côté de la bar­rière pou­vaient souf­frir à cause de mon mode de vie, sen­ti­ment qui ne m’empêchait pas du tout de dor­mir… Ma mère était prof d’e­co, etc »

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  • 16 mars 2019

    C’est très ins­truc­tif de se confron­ter avec votre argu­men­ta­tion, M. Casaux. Ce qui me semble pour­tant contra­dic­toire c’est votre reproche à la civi­li­sa­tion indus­trielle d’être pro­fon­dé­ment et fon­da­men­ta­le­ment nar­cis­sique (reproche que je par­tage) et de ne s’oc­cu­per que des réflexions des auteurs fran­çais et états-uniens dans votre expo­sé. Nous sommes pour­tant les frères et soeurs des habi­tants de la pla­nète entière. Que disent les Chi­nois, les Japo­nais, les Sud-Amé­ri­cains, Les Afri­cains, les Aus­tra­liens, les Indiens etc sur le chan­ge­ment cli­ma­tique, sur les consé­quences de notre décon­nec­tion avec la nature?N ‘en ont-ils pas connais­sance ? Sont-ils sans opi­nion ? N’ont-ils rien d’ins­pi­rant à nous dire ?

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    • 31 mars 2019

      Bon­jour,

      Comme le dit Pablo Ser­vi­gné , l’approche mul­ti­dis­ci­pli­naire ou plu­ri­dis­ci­pli­naire de l’effondrement est enri­chis­sante pour le débat.

      Je vous pro­pose une approche reli­gieuse :

      Le catho­li­cisme en Occi­dent a com­men­cé à s’effondrer depuis Les Lumières et la Révo­lu­tion ( du moins chez les élites , la bour­geoi­sie intel­lec­tuelle , mais nous obser­vons notam­ment après mai 1968 et les der­nières décen­nies de faible crois­sance et de crises éco­no­miques , une accé­lé­ra­tion de cet effon­dre­ment du catho­li­cisme dans toutes les couches sociales . Nos églises se vident de plus en plus et ne sont fré­quen­tées majo­ri­tai­re­ment que par des têtes grises. Beau­coup de jeunes des der­nières géné­ra­tions , indé­pen­dam­ment de toute croyance, n’ont plus aucune connais­sance de l’histoire reli­gieuse et de son sens . Le catho­li­cisme ( et le pro­tes­tan­tisme après le 16éme siècle ) a été un ciment de nos socié­tés occi­den­tales et en France depuis le moyen âge . Autre­ment dit , il a été un fac­teur pri­mor­dial de cohé­sion sociale .Les récents scan­dales sexuels , du moins leur révé­la­tion , sont à mon sens un signe sup­plé­men­taire de cet effon­dre­ment . C’est contre­ba­lan­cé par la mon­tée d’autres reli­gions , l’islam plus radi­cal au niveau mon­dial ou l’évangélisme ou le fon­da­men­ta­lisme hin­douiste en Inde , mais cette mon­tée est très limi­tée chez les per­sonnes d’origine occi­den­tale .En Europe les églises évan­gé­listes se mul­ti­plient sur­tout chez les per­sonnes d’origine afri­caine, éco­no­mi­que­ment modestes . Il est curieux d’observer que cette accé­lé­ra­tion de l’effondrement du catho­li­cisme depuis la fin des « trente glo­rieuses » est conco­mi­tante avec la prise de conscience chez une mino­ri­té de cher­cheurs et de citoyens des conclu­sions du rap­port Mea­dows sur le mythe de la crois­sance . Selon moi il y a un lien psy­cho­lo­gique , la crois­sance a été et reste une croyance , une reli­gion chez nos poli­tiques et le monde de la finance et de l’économie qui ont su faire par­ta­ger cette croyance par la classe moyenne occi­den­tale qui en a pro­fi­té par l’amélioration de son niveau de vie. C’est cette classe moyenne majo­ri­taire qui a élu tous nos pré­si­dents de droite comme de gauche depuis la deuxième guerre mon­diale .

      La mon­tée du fon­da­men­ta­lisme musul­man dans les pays arabes et ailleurs en Afrique et en Asie depuis les années 70 , en Soma­lie , Irak , Syrie , Yémen , les guerres reli­gieuses chiites contre sun­nites au Liban , en Irak , au Yémen , les riva­li­tés tri­bales au Tchad , Mali , Lybie , les sou­lè­ve­ments reli­gieux et ou popu­laires aux Phi­lip­pines , en Égypte ( les frères musul­mans ) , au Nigé­ria et les pays limi­trophes ( Boko Haram ) , en Tuni­sie , en Algé­rie ( le front isla­mique) en Lybie , la créa­tion de l’Etat Isla­mique en Irak et en Syrie , l’arrivée au pou­voir de lea­ders reli­gieux radi­caux en Iran , en Tur­quie , et l’exportation de ce radi­ca­lisme en Occi­dent à tra­vers l’immigration et les nom­breux atten­tats isla­mistes , sont en par­tie la consé­quence de la dété­rio­ra­tion éco­no­mique de ces pays . Seuls des pays musul­mans riches en pétrole ne s’effondrent pas encore : Ara­bie , Émi­rats , Qatar , Koweït .Le Koweït n’a été sau­vé que par les riches pays occi­den­taux . L’Irak a été sau­vé de l’E.I. que grâce à l’appui occi­den­tal . L’Algérie en dif­fi­cul­tés face à la mon­tée de l’islamisme n’a sur­vé­cu que grâce à ses res­sources pétro­lières et gazières. L’Egypte dans la même situa­tion n’a sur­mon­té sa révo­lu­tion que grâce à l’armée et aux sub­sides des riches pays sun­nites . Le Maroc sur­nage essen­tiel­le­ment grâce aux phos­phates et son agri­cul­ture. On voit que le reli­gieux , l’économie et le poli­tique sont extrê­me­ment liés. Ce n’est pas ori­gi­nal , Georges Dume­zil l’avait déjà décrit dans ses expo­sés des trois fonc­tions carac­té­ri­sant les socié­tés.

      Si on sim­pli­fie à l’extrême, crois­sance égale déchris­tia­ni­sa­tion ou effon­dre­ment du reli­gieux ( c’est le cas de la Chine dont la crois­sance s’est accom­pa­gné de la qua­si dis­pa­ri­tion du reli­gieux rem­pla­cée par le culte de la per­son­na­li­té de Mao à Xi Ji Ping ) et réces­sion égale mon­tée du reli­gieux. Autre illus­tra­tion de cet état , la mon­tée de l’évangélisme en Afrique et en Amé­riques cen­trale et latine dans des pays s’appauvrissant et dans une moindre mesure dans les milieux pauvres en Occi­dent .

      D’autres dimen­sions , sociales , géo­po­li­tiques, juri­diques , numé­riques de l’effondrement sont aus­si pas­sion­nantes et sont liées .

      A vous lire impa­tiem­ment, l’urgence est la !

      A bien­tôt

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  • 1 avril 2019

    Bon­jour ,

    La dimen­sion juri­dique de l’ef­fon­dre­ment est aus­si inté­res­sante . La mul­ti­pli­ca­tion des textes légaux ( le code civil a dou­blé de volume par exemple ces trente der­nières années, le Jour­nal Offi­ciel témoigne de cette infla­tion par son épais­sis­se­ment conti­nu ) , chaque pro­blème social donne lieu à une nou­velle loi ou à un nou­veau décret , la dété­rio­ra­tion de la qua­li­té des textes , la mul­ti­pli­ca­tion des normes et les vaines ten­ta­tives de sim­pli­fi­ca­tion , leur com­plexi­té ( le Code Napo­léon de 1804 , début de » l’ére ther­mo indus­trielle » , était d’une sim­pli­ci­té lumi­neuse ) (Voir J. Tain­ter : l’effondrement est lié à la com­plexi­té des socié­tés requé­rant plus d’énergie pour résoudre leurs pro­blèmes ) , la len­teur de plus en plus grande de la jus­tice , la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions humaines ( mala­die née aux USA ) : tout le monde porte plainte pour n’importe quoi ( les parents contre les pro­fes­seurs , etc…) , la mul­ti­pli­ca­tion des recours contre les auto­ri­sa­tions admi­nis­tra­tives, la dif­fi­cul­té de plus en plus grande des pauvres d’accéder à la jus­tice , l’incitation des auto­ri­tés devant l’engorgement de la jus­tice à recou­rir à la jus­tice pri­vée ( la média­tion est une étape obli­ga­toire) et à l’arbitrage source de scan­dales ( affaire Tapie / Cré­dit Lyon­nais ) . La crise des pri­sons , sur­po­pu­la­tion car­cé­rale , pro­blèmes récur­rents de sécu­ri­té , radi­ca­li­sa­tion favo­ri­sée par l’emprisonnement . La aus­si l’effondrement de la jus­tice est en marche : outre la len­teur gran­dis­sante , les juge­ments ou arrêts sont de plus mal argu­men­tés , des tri­bu­naux sont sup­pri­més ( nou­velle carte judi­ciaire de Rachi­da Dati ). Les Tri­bu­naux d’instance ont été récem­ment sup­pri­més, les juges sont débor­dés , la smi­car­di­sa­tion des avo­cats , les avo­cats priés d’amener du papier pour ali­men­ter les pho­to­co­pieuses des palais de jus­tice , etc…

    A bien­tôt et heu­reux de lire tout futur com­men­taire .

    Louis Hugo

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    • 1 avril 2019

      La dimen­sion­nu­mé­rique de l’ef­fon­dre­ment main­te­nant :

      La dimen­sion numé­rique est aus­si per­ti­nente . Selon cer­tains « scien­ti­fiques » , le numé­rique va sau­ver l’homme , « l’augmenter » , cor­ri­ger tous ses défauts ( c’est déjà le cas pour toutes les fautes d’orthographes que je com­mets en dac­ty­lo­gra­phiant ces lignes ) . Mais beau­coup de jeunes de la géné­ra­tion née avec le numé­rique lorsqu’ils sont pri­vés d’ordinateurs ou de smart­phones ne connaissent plus l’orthographe : les copies des lycéens sont truf­fés de plus en plus de fautes si bien que l’homme est dimi­nué plu­tôt qu’augmenté ! Le trans­hu­ma­nisme , la robo­ti­sa­tion , les voi­tures auto­nomes sont des aspects du numé­rique , mais les thu­ri­fé­raires du numé­rique oublient ou négligent tous les défauts crois­sants de cette tech­nique : pira­tages ‚vol, col­lecte ou plu­tôt cap­ta­tion et com­mer­cia­li­sa­tion de don­nées per­son­nelles , chan­tages ou menaces de dif­fu­sion d’informations pri­vées ou de pho­tos intimes , escro­que­ries com­por­tant des vire­ments ban­caires sur des comptes off­shore, créa­tion de mon­naies numé­riques telles que le bit­coin hors de contrôle éta­tique ou d’organismes régu­la­teurs (banques cen­trales ) et ser­vant au blan­chi­ments , tra­fics et autres fraudes , ubé­ri­sa­tion , contri­bu­tion de Airbnb à la crise du loge­ment à Paris ou dans les grandes villes , cap­ta­tion de l’attention humaine par les écrans , addic­tion aux jeux vidéo , dix pour cent des acci­dents cor­po­rels de pié­tons sont dus à l’usage du por­table , baisse de la durée moyenne de som­meil et troubles en résul­tant, défaillance des ser­veurs des banques en ligne ( BNP début mars 2019 ) domi­na­tion des GAFA pra­ti­quant « l’optimisation » fis­cale, mono­pole ( 95 % ) de Google sur les recherches en ligne , péné­tra­tions en conti­nu de Google ou d’Apple ou d’autres acteurs du numé­rique dans divers dimen­sions de nos com­por­te­ments et de nos vies : la san­té ou la méde­cine ( vision , diag­nos­tic auto­ma­ti­sé , nombre de mètres par­cou­rus quo­ti­dien­ne­ment , notre rythme res­pi­ra­toire noc­turne , notre rythme car­diaque , l’éducation en ligne , la géo­gra­phie ( car­to­gra­phie), la télé­pho­nie , les voi­tures auto­nomes, les objets connec­tés , etc…) le numé­rique devient inci­ta­teur , voire pres­crip­teur (par exemple le GPS ) à orien­ter nos par­cours ( des appli­ca­tions sont for­te­ment cri­ti­quées pour entrai­ner des nui­sances sonores liées à un traf­fic nou­veau sur des petites routes cen­sées évi­ter des bou­chons ) ain­si cer­tains enfants de l’ère numé­rique n’ont plus le sens de l’orientation . Citons encore la déve­lop­pe­ment de la por­no­gra­phie et de la pédo­por­no­gra­phie en ligne ‚le har­cè­le­ment sexuel en ligne , la frac­ture numé­rique , la dif­fu­sion de fausses nou­velles « fakes news » ( avant ce n’était que le 1 avril ! ) les mani­pu­la­tions poli­tiques ( Cam­bridge Ana­ly­ti­ca pour les élec­tions amé­ri­caines de 2016 ) ‚les défaillances des pilo­tages auto­ma­tiques ( crash des Boeings 737 Max Lion Air et Ethio­pian Air­lines ) , le début de contrôle social orwel­lien en Chine , contrôle de l’internet dans les dic­ta­tures ( Iran , Tur­quie , Chine, etc…) le mythe des start-up employant du per­son­nel à des condi­tions de tra­vail pré­caires entas­sé dans des grandes salles imper­son­nelles cha­cun der­rière son ordi­na­teur avec une pres­sion mana­gé­riale énorme . La voi­ture auto­nome n’est pas prête et sup­pose des inves­tis­se­ments majeurs . Et je mets de côté l’analyse d’Etienne Klein du CEA sur la dégra­da­tion de la pro­duc­ti­vi­té que le numé­rique engendre . Le numé­rique comme le montre Eric Sadin ( Voir son inter­view sur le site de Sciences et Reli­gions  » L’as­ser­vis­se­ment par l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle  » ) n’est que l’instrument d’une vision et d’une orga­ni­sa­tion uti­li­ta­riste du monde et de la vie . Et ce qui est ter­ri­fiant est la sou­mis­sion du monde poli­tique , Macron , Vil­la­ni et autre Mou­nir Mahd­jou­bi à cette « idéo­lo­gie »

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      • 1 avril 2019

        Et pour prendre de la hau­teur , une dimen­sion géo­po­li­tique :

        . Plu­sieurs pays sont en état d’effondrement à rai­son prin­ci­pa­le­ment de guerres ( Yemen , Soma­lie , Syrie , Lybie , Tchad , Irak , Nica­ra­gua , Afgha­nis­tan, Pales­tine ) de catas­trophes cli­ma­tiques ou envi­ron­ne­men­tales ( Mozam­bique , Népal , Haï­ti ) de crise poli­tiques ( Vene­zue­la ) . Après les pays « en voie de déve­lop­pe­ment » des années 70 du siècle der­nier , nous voyons appa­raitre des pays « en voie d’effondrement ». Il est inté­res­sant d’observer comme le fai­sait Les Echos récem­ment que la richesse en pétrole n’empêche pas ou est la cause d’ effon­dre­ments éta­tiques ( Irak , Lybie , Vene­zue­la ) . A chaque fois les Etats Unis , dro­gués au char­bon et au pétrole , lea­der ( concur­ren­cé par la Chine ) du monde ther­mo indus­triel , du numé­rique avec les GAFA , grands res­pon­sables du réchauf­fe­ment cli­ma­tique, pre­mier pol­lueur et pre­mier pro­duc­teur de déchets , sont inter­ve­nus ou ne sont pas loin . L’abandon du mul­ti­la­té­ra­lisme ( dont l’Accord de Paris sur le cli­mat ) par les Etats Unis et les replis natio­na­listes en sont aus­si des signes . Notons la aus­si que l’état des rela­tions avec les socié­tés amies sont un autre des cinq cri­tères rete­nus par J. Dia­mond pour expli­quer les effon­dre­ments de socié­tés . D. Trump , par sa poli­tique d’AMERICA FIRST, affai­blit les rela­tions avec les alliés des États Unis en cri­ti­quant l’UE ( non exempte de défauts bien sur ) , en encou­ra­geant le BREXIT . , en affai­blis­sant la coopé­ra­tion inter­na­tio­nale en arrê­tant le finan­ce­ment de l’Unesco et de l’UNRWA , en rési­liant l’accord de Paris sur le cli­mat , en pour­sui­vant de façon obses­sive sa volon­té de construire un mur avec le Mexique alors que l’histoire nous démontre que tous les murs finissent par tom­ber ( des murailles de Jéri­cho ‚aux enceintes et for­ti­fi­ca­tions des châ­teaux et des villes , les murs d’Antonin et Hadrien , la muraille de Chine , la ligne Magi­not , le mur de l’Atlantique pen­dant la deuxième guerre mon­diale , la ligne Sie­fried ‚la bar­riére entre le Viet­nam du Nord et le Viet­nam du Sud le mur de Ber­lin , etc…) . Le repli sur soi n’est qu’é­goisme et est sui­ci­daire ..

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  • 18 mai 2019

    l’ar­ticle me fait pen­ser à tout ces vegans qui ont choi­si pour enne­mi prin­ci­pal à leur cause les végé­ta­riens.
    Je ne vois pas trop en quoi la démarche de Ser­vigne et autres col­lap­so pose un pro­blème à votre réflexion si cela per­met de sen­si­bi­li­ser le maxi­mum de gens à l’a­bé­ra­tion du sys­tème capi­ta­liste et the­mo-indus­triel.

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    • 18 octobre 2019

      Le pro­blème de cette nou­velle « science » c’est que ça pousse les gens dans une fata­li­té qui n’est pas propre à tous les habi­tants sur la Terre, sans par­ler des autres espèces vivantes.
      Ça pose pas un pro­blème à la réflexion mais ça s’op­pose à la réflexion, on réflé­chit sur une cause per­due, per­son­nel­le­ment je ne trouve pas ça très sti­mu­lant mais bon je res­pecte le fait que cer­taines per­sonnes puissent trou­ver cela inté­res­sant.
      Et pour finir sen­si­bi­li­ser quel­qu’un ça se fait en mon­trant de l’es­poir pas en mon­trant des causes per­dues.

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  • […] elle, elle consi­dère que l’effondrement de la socié­té indus­trielle est une catas­trophe », cri­tique Nico­las Casaux, membre de l’organisation Deep Green Resis­tance, avant de cri­ti­quer le « nar­cis­sisme » du […]

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