De l’avènement de la civilisation au Covid-19 : trajectoire d’un désastre logique (par Nicolas Casaux)

« La civi­li­sa­tion n’est qu’une course sans espoir visant à trou­ver des remèdes aux maux qu’elle génère. »

Les pan­dé­mies comme celle du Covid-19 font par­tie des nom­breuses menaces aux­quelles la civi­li­sa­tion, désor­mais mon­dia­li­sée, s’ex­pose elle-même iné­luc­ta­ble­ment ; des nom­breuses catas­trophes poten­tielles qu’elle génère et qui menacent de la détruire. Ain­si que le sou­ligne un article publié sur le site de la célèbre chaîne états-unienne His­to­ry, ces épi­dé­mies ou pan­dé­mies consti­tuent un phé­no­mène récent à l’é­chelle de l’histoire humaine, propre à la civilisation :

« Plus les humains devinrent civi­li­sés, construi­sant des villes, éta­blis­sant des routes com­mer­ciales entre elles, et menant des guerres les uns contre les autres, plus des pan­dé­mies devinrent probables. »

Dans un article inti­tu­lé « Pour­quoi les virus comme le COVID-19 sont-ils si dan­ge­reux pour les êtres humains ? La réponse remonte à des mil­liers d’an­nées », publié le 11 mars 2020 sur le site du Times, Kyle Har­per, pro­fes­seur d’his­toire ancienne à l’U­ni­ver­si­té de l’Ok­la­ho­ma, explique :

« À l’instar de la rou­geole, la mala­die du Covid19 est cau­sée par un virus qui semble prin­ci­pa­le­ment se trans­mettre par des gout­te­lettes expul­sées lors de toux ou d’éternuements. La trans­mis­sion par voie res­pi­ra­toire néces­site géné­ra­le­ment un contact étroit et des espaces popu­leux. Les humains vivant plus près les uns des autres que jamais aupa­ra­vant, il n’a jamais été aus­si facile pour les agents patho­gènes de rele­ver ce défi consis­tant à sau­ter d’un hôte à un autre, d’un pou­mon à un autre, sur des gout­te­lettes flot­tant dans l’air. Si l’histoire de la “civi­li­sa­tion” est l’his­toire de ces socié­tés capables de construire de grandes villes, alors l’his­toire de la civi­li­sa­tion est syno­nyme d’une période au cours de laquelle un pri­mate astu­cieux a com­men­cé à col­lec­ter un nombre étrange de virus sau­tant d’un pou­mon à l’autre qui, autre­ment, seraient rapi­de­ment tom­bés dans l’ou­bli. Si l’on consi­dère les 300 000 ans qui consti­tuent l’his­toire de l’hu­ma­ni­té, la plu­part des virus res­pi­ra­toires connus se sont éta­blis dans les popu­la­tions humaines au cours du der­nier 1% de cette période.

La majeure par­tie de cette his­toire n’est pas consi­gnée dans des docu­ments tra­di­tion­nels. Au mieux, elle est évo­quée par de vagues réfé­rences à des fléaux et des pestes non iden­ti­fiables. Mais l’his­toire cachée des mala­dies humaines est gra­duel­le­ment mise au jour par des preuves géné­tiques. L’arbre généa­lo­gique du virus de la rou­geole, par exemple, est élo­quent : il révèle que la rou­geole actuelle est issue d’une mala­die des ron­geurs qui s’est pro­pa­gée au bétail, puis à l’homme. Des méthodes mathé­ma­tiques sophis­ti­quées per­mettent d’es­ti­mer l’é­chelle de temps de ces rela­tions évo­lu­tives. Dans le cas de la rou­geole, une nou­velle étude (à laquelle j’ai contri­bué) sug­gère que la rou­geole a diver­gé de la peste bovine, un virus bovin aujourd’­hui dis­pa­ru qui est son plus proche parent, à la fin du pre­mier mil­lé­naire avant Jésus-Christ. Cette esti­ma­tion cor­res­pond presque exac­te­ment au moment de l’his­toire de l’hu­ma­ni­té où les plus grandes villes ont dépas­sé “l’ef­fec­tif cri­tique de popu­la­tion” néces­saire à la pro­li­fé­ra­tion du virus de la rougeole.

Ce que cette concor­dance sug­gère — de manière assez trou­blante — c’est que l’un des virus res­pi­ra­toires les plus dan­ge­reux et les plus dis­tinc­te­ment humains est appa­ru avec l’es­sor de la civi­li­sa­tion elle-même. »

L’an­thro­po­logue de Yale James C. Scott en détaille les rai­sons dans Homo Domes­ti­cus, son der­nier livre :

« Avant que les humains ne com­mencent à voya­ger loin et en nombre, ce sont peut-être les oiseaux migra­teurs nichant ensemble qui, parce qu’ils com­bi­naient forte den­si­té démo­gra­phique et longues tra­ver­sées, consti­tuaient le prin­ci­pal vec­teur de pro­pa­ga­tion à dis­tance des mala­dies. L’association entre concen­tra­tion démo­gra­phique et pro­pen­sion aux infec­tions était connue bien avant que l’on ne découvre les vec­teurs effec­tifs de la trans­mis­sion des mala­dies. Chas­seurs et cueilleurs en savaient suf­fi­sam­ment pour se tenir à l’écart des grandes concen­tra­tions humaines et la dis­per­sion fut long­temps per­çue comme un moyen d’éviter de contrac­ter une mala­die épidémique. […] 

On ne sur­es­ti­me­ra jamais assez l’importance de la séden­ta­ri­té et de la concen­tra­tion démo­gra­phique qu’elle a entraî­née. Cela signi­fie que presque toutes les mala­dies infec­tieuses dues à des micro-orga­nismes spé­ci­fi­que­ment adap­tés à Homo sapiens ne sont appa­rues qu’au cours des der­niers dix mil­lé­naires et nombre d’entre elles depuis seule­ment cinq mille ans. Elles consti­tuent donc un “effet civi­li­sa­tion­nel”, au sens fort du terme. Ces mala­dies his­to­ri­que­ment inédites – cho­lé­ra, variole, oreillons, rou­geole, grippe, vari­celle et peut-être aus­si palu­disme – n’ont émer­gé qu’avec les débuts de l’urbanisation et, comme nous allons le voir, de l’agriculture. […]

Là encore, c’est le prin­cipe clé de la concen­tra­tion démo­gra­phique qui opère. Le Néo­li­thique se carac­té­ri­sait non seule­ment par une den­si­té démo­gra­phique sans pré­cé­dent des humains, mais aus­si par une concen­tra­tion inédite de mou­tons, de chèvres, de bovins, de porcs, de chiens, de chats, de pou­lets, de canards et d’oies. Dans la mesure où il s’agissait déjà d’animaux vivant en trou­peau ou en bande, ils étaient for­cé­ment por­teurs de patho­gènes spé­ci­fiques liés à leur exis­tence sociale. Une fois regrou­pés autour de la domus et entrés en contact étroit et conti­nu entre eux, ils ont vite com­men­cé à par­ta­ger un large éven­tail d’organismes infec­tieux. Les esti­ma­tions varient, mais sur les mille quatre cents orga­nismes patho­gènes connus affec­tant l’être humain, entre huit cents et neuf cents sont des “zoo­noses”, c’est-à-dire des infec­tions issues d’hôtes non humains. Dans le par­cours de la plu­part de ces patho­gènes, Homo sapiens est un hôte “ter­mi­nal” : il ne les trans­met­tra plus à d’autres non-humains. […] 

La lon­gueur de la liste des mala­dies par­ta­gées avec les ani­maux domes­tiques et les consom­ma­teurs de la domus est sai­sis­sante. D’après des don­nées sans doute déjà péri­mées et sous-esti­mées, les humains ont en com­mun vingt-six mala­dies avec les poules, trente-deux avec les rats et les sou­ris, trente-cinq avec les che­vaux, qua­rante-deux avec les cochons, qua­rante-six avec les mou­tons et les chèvres, qua­rante avec les bovins et soixante-cinq avec notre plus ancien com­pa­gnon de domes­ti­ci­té, le chien. On soup­çonne que la rou­geole est issue d’un virus de peste bovine ayant infec­té les mou­tons et les chèvres, que la variole pro­vient de la domes­ti­ca­tion des cha­meaux et d’un ron­geur archaïque por­teur de la vac­cine et que la grippe est liée à la domes­ti­ca­tion des oiseaux aqua­tiques voi­ci quelque quatre mille cinq cents ans. Cette géné­ra­tion de nou­velles zoo­noses trans-spé­ci­fiques a pros­pé­ré au fur et à mesure que les popu­la­tions humaines et ani­males aug­men­taient et que les contacts à longue dis­tance deve­naient plus fré­quents. Ce pro­ces­sus conti­nue aujourd’hui. Rien d’étonnant, donc, à ce que le sud-est de la Chine, en par­ti­cu­lier le Guang­dong, à savoir pro­ba­ble­ment la plus vaste, la plus ancienne et la plus dense concen­tra­tion d’humains, de porcs, de pou­lets, d’oies, de canards et de mar­chés d’animaux sau­vages du monde, soit une véri­table boîte de Pétri à l’échelle mon­diale pro­pice à l’incubation de nou­velles souches de grippe aviaire et porcine.

L’écologie des mala­dies du Néo­li­thique tar­dif n’est pas sim­ple­ment le résul­tat de la den­si­té démo­gra­phique des humains et des espèces domes­ti­quées dans des éta­blis­se­ments séden­taires. Elle est plu­tôt l’effet de l’ensemble du com­plexe de la domus en tant que module éco­lo­gique. Le défri­che­ment et la mise en culture des terres, de même que le pâtu­rage des nou­veaux ani­maux domes­ti­qués créaient un pay­sage entiè­re­ment nou­veau et une niche éco­lo­gique sans pré­cé­dent, plus enso­leillée, avec des sols plus expo­sés, inves­tie par de nou­velles espèces végé­tales et ani­males, d’insectes et de micro-orga­nismes se sub­sti­tuant au peu­ple­ment des éco­sys­tèmes anté­rieurs. » [Lire, à ce sujet cet autre article inti­tu­lé « La défo­res­ta­tion génère tou­jours plus de mala­dies infec­tieuses chez les humains », écrit par Kata­ri­na Zim­mer pour Natio­nal Geo­gra­phic]

C’est donc avec l’a­vè­ne­ment de la civi­li­sa­tion, il y a plu­sieurs mil­liers d’an­nées, que ces pro­blèmes émergent. Par la suite, c’est avec les débuts de la mon­dia­li­sa­tion, il y a plu­sieurs siècles, qu’ils gagnent en inten­si­té, en impor­tance et en dan­ge­ro­si­té. Ray Grigg, un auteur cana­dien, l’ex­pose admi­ra­ble­ment dans un petit texte que je me per­mets de repro­duire ci-après, en intégralité :

« Il y a à peine 500 ans, dans un élan d’exploration et de colo­ni­sa­tion, l’Europe envoyait des navires vers le Nord et le Sud de l’Amérique, vers l’Asie, vers l’Afrique, et ailleurs. Les conti­nents, qui avaient été éco­lo­gi­que­ment iso­lés pen­dant des mil­lions d’années, furent alors recon­nec­tés — pas géo­lo­gi­que­ment, par le mou­ve­ment de la tec­to­nique des plaques, mais par les mou­ve­ments phy­siques des humains trans­por­tant des pro­duits com­mer­ciaux, des plantes, des ani­maux, des virus et leurs cultures par­ti­cu­lières. Le monde n’allait plus jamais être le même.

Mani­fes­te­ment, ce pro­ces­sus n’a pas sou­dai­ne­ment com­men­cé avec l’arrivée de Chris­tophe Colomb sur une île iso­lée des Caraïbes en 1492. Les pro­duits com­mer­ciaux et les idées voya­geaient déjà entre l’Europe et l’Asie avant cela. La peste bubo­nique a atteint Venise depuis un port mari­time orien­tal aux alen­tours de 1348, avant de rava­ger l’Europe en vagues d’épidémies mor­telles. Mais les mala­dies contre les­quelles les Euro­péens avaient déve­lop­pé une cer­taine immu­ni­té — la variole, la rou­geole, les oreillons, la vari­celle, la rubéole, le typhus et le cho­lé­ra — furent ensuite trans­por­tées vers le Nou­veau Monde par des explo­ra­teurs, ce qui eut un impact dévas­ta­teur sur les popu­la­tions natives. Ain­si com­men­ça la mondialisation.

La mon­dia­li­sa­tion est, en effet, un retour à la Pan­gée. En un clin d’œil géo­lo­gique, toutes les bar­rières qui sépa­raient autre­fois les conti­nents en enti­tés éco­lo­giques dis­tinctes ont été déman­te­lées par le mou­ve­ment inter­na­tio­nal des biens, des espèces et des gens. Les rats de Nor­vège ont atteint la plu­part des ports mari­times du monde, trau­ma­ti­sant chaque uni­té éco­lo­gique sur leur pas­sage — des efforts de remé­dia­tions ont par­fois endi­gué le pro­blème en intro­dui­sant d’autres espèces cen­sées être les pré­da­trices de ces rats. Des immi­grants excen­triques ont impor­té des lapins en Aus­tra­lie et des étour­neaux en Amé­rique du Nord, deux espèces qui ont infli­gé des dom­mages dévas­ta­teurs à ces conti­nents respectifs.

Assu­ré­ment, la mon­dia­li­sa­tion est une sorte de court-cir­cuit éco­lo­gique qui détraque consi­dé­ra­ble­ment les com­mu­nau­tés natu­relles. Plus de 250 espèces marines étran­gères peuplent main­te­nant la baie de San Fran­cis­co, arri­vées là dans les eaux de bal­last déchar­gées par les car­gos du monde entier. Le même pro­ces­sus a ame­né envi­ron 300 plantes et ani­maux exo­tiques dans les Grands Lacs. La carpe asia­tique qui menace aujourd’hui la diver­si­té tout entière du Mis­sou­ri et du Mis­sis­sip­pi pro­vient d’une poi­gnée de pois­sons qui se sont échap­pés de mares alen­tour durant une inon­da­tion — ces pois­sons voraces menacent main­te­nant d’atteindre les Grands Lacs, ce qui éten­drait encore la sphère de la catas­trophe éco­lo­gique qu’ils repré­sentent. Le sau­mon de l’Atlantique, qui appar­tient à l’océan Atlan­tique, a été déli­bé­ré­ment impor­té dans le Paci­fique pour des rai­sons com­mer­ciales, indui­sant des impacts com­plexes qui pour­raient endom­ma­ger l’ensemble d’un bio­tope marin.

La mon­dia­li­sa­tion a essen­tiel­le­ment sup­pri­mé les bar­rières spa­tio-tem­po­relles qui pro­té­geaient autre­fois les bio­topes. Les mala­dies, les cham­pi­gnons, les mam­mi­fères, les amphi­biens, les oiseaux et les plantes sont tous dis­sé­mi­nés n’importe com­ment sur toute la pla­nète par les navires, les avions, les voi­tures, les bagages, les babioles rame­nées en guise de sou­ve­nirs, les chaus­sures, les corps et tout ce qui bouge. Les diverses consé­quences en résul­tant sont des dépla­ce­ments d’espèces, des explo­sions de popu­la­tions et des extinctions.

Des biomes inca­pables de faire face au pétrole se retrouvent recou­verts de pipe­lines inter­na­tio­naux, et le tra­fic inter­na­tio­nal de navires pétro­liers dis­perse ces hydro­car­bures depuis les sites d’extractions vers les zones de demandes. Le SIDA, un meur­trier de masse mon­dial, s’est échap­pé d’un vil­lage iso­lé d’Afrique en rai­son de mou­ve­ments de popu­la­tions mas­sifs à tra­vers toute la pla­nète. Une mala­die obs­cure comme le virus du Nil occi­den­tal se pro­page en Amé­rique du Nord après y avoir été trans­por­tée par inad­ver­tance à cause d’un mous­tique arri­vé en avion à New York, en pro­ve­nance de l’Europe du Sud. Des grippes mor­telles sont épar­pillées dans le monde entier par les marées de voya­geurs internationaux.

Ce pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion ravage aus­si les dif­fé­rentes cultures humaines, à mesure que le voyage, la tech­no­lo­gie et les médias pro­pagent une pen­sée unique, et une unique inter­pré­ta­tion du monde. Des modes de vie bien adap­tés à des ter­ri­toires éco­lo­giques spé­ci­fiques sont détruits par ce pro­ces­sus d’homogénéisation. Les langues, essen­tielles à la pré­ser­va­tion et à la per­pé­tua­tion des cultures, sont obli­té­rées à rai­son d’une par semaine. En outre, la mon­dia­li­sa­tion embrouille et affai­blit les poli­tiques locales et natio­nales en rai­son de l’érosion démo­cra­tique qu’entrainent les accords com­mer­ciaux, en fai­sant dimi­nuer l’autonomie indi­vi­duelle et en volant aux popu­la­tions rési­dentes leur droit à l’auto-détermination.

Aus­si large que la Pan­gée ait pu être, elle était com­po­sée de val­lées, de déserts, de mon­tagnes et de rivières qui restrei­gnaient le mou­ve­ment des espèces. Mal­heu­reu­se­ment, aucun obs­tacle n’est de taille pour conte­nir la marée des mou­ve­ments mas­sifs de la Nou­velle Pan­gée qui balaient la pla­nète. Les per­tur­ba­tions éco­lo­giques que cela crée sont sans pré­cé­dent dans l’histoire de la Terre. »

La civi­li­sa­tion high-tech mon­dia­li­sée s’ex­pose d’elle-même à de tou­jours plus nom­breux pro­blèmes poten­tiel­le­ment fatals. Mais pas de panique, quelque Green New Deal devrait résoudre tous nos pro­blèmes — évi­dem­ment pas, il s’a­git ici d’un des nom­breux pro­blèmes qui témoignent du fait qu’une civi­li­sa­tion high-tech mon­dia­li­sée repo­sant sur un réseau pla­né­taire de moyens de trans­port à grande vitesse, capi­ta­liste ou non, « verte » ou non (en ima­gi­nant que cela soit pos­sible, ce qui est extrê­me­ment impro­bable), pro­duit quoi qu’il en soit des nui­sances poten­tiel­le­ment mor­telles pour elle-même et dom­ma­geables pour de nom­breuses espèces, com­mu­nau­tés bio­tiques, biomes et biotopes.

La pan­dé­mie du Covid-19 n’est qu’une consé­quence logique, iné­luc­table, par­mi tant d’autres, de la mon­dia­li­sa­tion d’un mode de vie par­ti­cu­liè­re­ment nui­sible pour l’en­semble de la vie sur Terre, d’une civi­li­sa­tion qui n’a de cesse, depuis plu­sieurs mil­lé­naires, de rava­ger la nature, d’une culture qui consti­tue, tant sur le plan social que sur le plan éco­lo­gique, une véri­table catas­trophe humaine et natu­relle. Le bon fonc­tion­ne­ment de la civi­li­sa­tion (indus­trielle) dépend de (requiert) la des­truc­tion de la nature, tan­dis que la pros­pé­ri­té de l’hu­ma­ni­té sur Terre dépend de l’é­ta­blis­se­ment de rela­tions har­mo­nieuses et res­pec­tueuses de la nature. La sur­vie de la civi­li­sa­tion est contraire à la sur­vie de l’hu­ma­ni­té et du monde natu­rel. Dès lors, pour le monde natu­rel comme pour les êtres humains (qui dépendent de la bonne san­té de la bio­sphère), il se pour­rait bien qu’une telle pan­dé­mie, si elle venait à faire écrou­ler l’en­semble de la civi­li­sa­tion indus­trielle mon­dia­li­sée, met­tant ain­si un terme à cette « course sans espoir visant à trou­ver des remèdes aux maux qu’elle génère », per­met­tant à l’hu­ma­ni­té de se réin­ven­ter au milieu du chaos, et à la nature de récu­pé­rer, soit un bien­fait plu­tôt qu’une catastrophe.

Nico­las Casaux

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  1. On pour­rait rajou­ter que le mode de vie impo­sé nous coupe com­plè­te­ment du milieu natu­rel et induit des condi­tions de stress insup­por­tables. Sous dif­fé­rents aspects, ali­men­ta­tion indus­trielle, manque de som­meil, ondes élec­tro-magné­tiques, bruit, lumière, béton­ni­sa­tion, pol­lu­tion de l’air, de l’eau, du sol etc etc, on marche à l’en­vers et il n’est pas éton­nant que notre immu­ni­té baisse.
    Il est pour­tant simple ‑tech­ni­que­ment (dès lors qu’on com­prend les prin­cipes)- d’al­ler dans le sens du vivant. Mais ça implique bien sûr de se déca­ler de cette civi­li­sa­tion. Et la pres­sion exer­cée par­fois nous en empêche. Mais on va y arri­ver ! Cou­rage à tous !

    1. Bien sûr que non, on ne va pas y arriver !
      La nature, comme elle l’a tou­jours fait, dans grande jus­tice, va réta­blir l’é­qui­libre toute seule. A sa manière.
      Exemple : trop concen­tra­tions : mala­die ou famine pour éli­mi­ner les moins forts.
      Donc, si vous crai­gnez pour votre vie, fuyez les concen­tra­tions de toute nature.
      Et là, oui, cou­rage, car c’est difficile

      1. Comme je le disais, c’est parti…
        Il y a un jeu qui consiste à empi­ler des pièces de toutes les formes jus­qu’au moment où tout tombe. Cha­cun sait que ça va tom­ber. C’est tel­le­ment marrant !
        Ensuite, on ramasse les mor­ceaux et on recommence.
        Ce sont tou­jours le mêmes qui jouent !
        On pour­rait aus­si jouer au plus solide ou au plus beau.
        Mais non, c’est plus rigo­lo de tout voir tomber.

  2. Je pense que celle-ci, c’est la bonne. La grande purge. C’est une catas­trophe d’une ampleur colos­sale dont per­sonne ne sor­ti­ra indemne. Dites-vous bien que c’est le début de la fin.
    Tou­jours est-il que ce qui m’é­tonne le plus dans cette affaire c’est la capa­ci­té du pou­voir chi­nois à men­tir et a impo­ser son bilan pipé à la Chine mais aus­si à la pla­nète entière. Ju’­qu’i­ci, aucun média offi­ciel « sérieux », aucun jour­nal, aucun grand repor­ter n’ose s’a­ven­tu­rer sur le ter­rain de la véri­té… Nul n’ose contes­ter le bilan offi­ciel d’une dic­ta­ture cor­rom­pue et répu­tée pour ses capa­ci­tés de cen­sure et muse­lage de l’o­pi­nion à jamais égalée.
    Ici c’est dra­ma­tique, car il faut bien savoir que dans la ges­tion des épi­dé­mies, les bilans sont essen­tiel pour orga­ni­ser la riposte. Ils doivent être rigou­reu­se­ment exacts, d’au­tant plus dans celles de de grandes ampleurs comme celles-ci. Sans cela, il est hasar­deux de mettre en place une quel­conque action sani­taire d’en­ver­gure appro­priée. Dans ce contexte pré­cis, ce n’est qu’une ques­tion de temps. A un moment don­né le pou­voir chi­nois ne sera plus en mesure de cacher la pous­sière sous le tapis, une fois que ce nombre de morts réels sera décou­vert et connu par la popu­la­tion cela va créer une vague de panique géné­ra­li­sée que rien ne pour­ra arrê­ter. « Le bac finit tou­jours par se retour­ner sur le pour­cha » comme on dit de par chez moi… .

  3. Je vou­drais ajou­ter un peu de « phi­lo­so­phie » à cet article remar­quable : Les Anciens, contrai­re­ment à ce qu’on croit aujourd’­hui, consi­dé­raient Dieu comme un LIEU, comme un refuge sou­ter­rain, une caverne où l’on pou­vait fuir les dan­gers, qui, eux, venaient du ciel. Je pour­rais don­ner mille exemples. Un seul suf­fi­ra : En hébreu, un des noms de Dieu, est Ha Maqom, c’est-à-dire : Le Lieu.
    C’est pré­ci­sé­ment l’ou­bli de ce lieu, et sur­tout de son entrée secrète qui expose l’homme-ani­mal aux dan­gers innombrables.prédits par notre contem­po­rain Louis Cat­tiaux, dans son oeuvre maî­tresse : Le Mes­sage Retrou­vé. Je ne puis qu’en conseiller vive­ment la lec­ture aux hommes anxieux.

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