L’identité de genre : ses implications pour la société, la loi et les femmes (par Meghan Murphy)

Le texte qui suit est un dis­cours de la fémi­niste cana­dienne Meghan Mur­phy, pro­non­cée le 29 octobre 2019 à la biblio­thèque muni­ci­pale de Toron­to, et ini­tia­le­ment publié en anglais, à cette adresse. Tout au long du texte, nous avons déci­dé de tra­duire « gen­der iden­ti­ty » par « iden­ti­té de genre ». La trans­crip­tion fran­çaise offi­cielle de « gen­der iden­ti­ty » est « iden­ti­té sexuelle », mais elle est trom­peuse, pour la même rai­son qu’il est abu­sif de par­ler de « chi­rur­gie de réat­tri­bu­tion sexuelle (ou de réas­si­gna­tion sexuelle) » : cette opé­ra­tion per­met seule­ment « d’ob­te­nir l’apparence du sexe oppo­sé », la bio­lo­gie du corps reste la même, le sexe bio­lo­gique de toutes les cel­lules du corps demeure inchangé.


Le 29 octobre 2019, j’ai pris la parole à la biblio­thèque publique de Toron­to lors d’un évé­ne­ment inti­tu­lé « Iden­ti­té de genre : Que signi­fie ce concept pour la socié­té, pour le droit et pour les femmes ? » Des cen­taines de per­sonnes ont pro­tes­té contre la tenue de cet évé­ne­ment, affir­mant que ce que je disais consti­tuait des « pro­pos hai­neux » ou que je contes­tais des « droits humains » uni­ver­sels. Rien n’est plus faux.

Mal­gré ces pro­tes­ta­tions, des péti­tions et des menaces, l’événement a eu lieu, avec une pré­sence poli­cière mas­sive et une équipe de sécu­ri­té. Et les femmes ont été, en fin de compte, auto­ri­sées à échan­ger sur leurs droits, leurs démar­ca­tions et leurs espaces, en toute sécurité.

Si les gens veulent vrai­ment connaître nos pré­oc­cu­pa­tions, il leur suf­fit d’écouter.

Cet évé­ne­ment était orga­ni­sé par Radi­cal Femi­nists Unite, un groupe fémi­niste auto­nome basé à Toronto.

Ce qui suit est une trans­crip­tion légè­re­ment révi­sée de mon allocution.

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Mer­ci à toutes et à tous d’être venus ici ce soir. J’espère que nous n’avons pas eu à refu­ser trop de monde… Les orga­ni­sa­trices me disent avoir sol­li­ci­té une ving­taine de salles avant de contac­ter la biblio­thèque publique de Toron­to, per­sonne n’osant accueillir l’événement. Alors, même si nous aurions aimé avoir une plus grande salle, pour répondre à la demande, nous sommes quand même heu­reuses d’être ici, à Toron­to, pour enfin avoir cette conver­sa­tion, en dépit de tous les efforts des mili­tants locaux et, bien sûr, de votre maire qui semble un peu confus.

Je suis ici aujourd’hui pour vous déce­voir tous et toutes. Je ne dirai rien de contro­ver­sé, de cho­quant ou de hai­neux. Je vais plu­tôt dire des choses par­fai­te­ment ration­nelles, rai­son­nables, que tout le monde, ou presque, com­prend et approuve déjà. Mais étant don­né que nous vivons désor­mais dans un monde où les tweets de nos amis pèsent plus lourd que la réa­li­té, plus lourd que la com­pré­hen­sion, l’écoute ou la pen­sée cri­tique, le fait d’énoncer des choses très rai­son­nables peut très vite être qua­li­fié de « sectarisme ».

D’ailleurs, par­lons du sec­ta­risme — que signi­fie ce mot ? Un dic­tion­naire qua­li­fie de « sec­taires » les per­sonnes qui font preuve « d’intolérance plus ou moins agres­sive et d’étroitesse d’esprit à l’égard des opi­nions reli­gieuses, phi­lo­so­phiques ou poli­tiques d’autrui ». Alors, voyons qui, dans ce débat, est into­lé­rant. Qui est ici pour avoir une conver­sa­tion, pour exa­mi­ner des ques­tions et pré­oc­cu­pa­tions légi­times éma­nant prin­ci­pa­le­ment de femmes ; qui sou­haite se for­ger sa propre opi­nion, au moyen d’informations et de réflexions ration­nelles plu­tôt que s’en remettre à un esprit de lyn­chage ; et qui a déci­dé de calom­nier, de haïr, de mena­cer, inti­mi­der, d’ostraciser d’autres per­sonnes et de les réduire au silence, et ce sans aucune rai­son digne de ce nom, dans un refus d’écouter ou d’avoir une véri­table dis­cus­sion, en ayant recours à des sté­réo­types ima­gi­naires et déshumanisants.

Le sec­ta­risme est, selon une autre défi­ni­tion, « une dévo­tion obs­ti­née ou into­lé­rante envers ses propres opi­nions et pré­ju­gés ». Quelqu’un de sec­taire est quelqu’un qui « consi­dère ou traite les membres d’un groupe avec haine et intolérance ».

De nom­breuses femmes ayant osé émettre des pré­oc­cu­pa­tions quant aux impacts de l’idéologie et de la légis­la­tion sur « l’identité de genre » ont été ver­te­ment déni­grées. J’en connais qui ont été licen­ciées, mena­cées, frap­pées, expul­sées de par­tis poli­tiques de gauche, mises au ban de leur cercle d’amis et d’autres acti­vistes, et inter­dites de parole.

À Van­cou­ver, une mili­tante pour le droit au loge­ment qui tra­vaille auprès d’aîné-e‑s asia­tiques à faible reve­nu dans le quar­tier chi­nois a été dif­fa­mée publi­que­ment et dépro­gram­mée d’une confé­rence orga­ni­sée par le Van­cou­ver Dis­trict and Labour Coun­cil (Conseil de la main‑d’œuvre de la région de Van­cou­ver). Elle devait y prendre la parole au nom de son orga­nisme, le Chi­na­town Action Group, qui œuvre à l’amélioration de la vie des rési­dents à faible reve­nu du quar­tier chi­nois. On lui a repro­ché d’avoir par­ta­gé, sur Twit­ter, un tweet du centre de crise Van­cou­ver Rape Relief et un lien vers mon site web, Femi­nist­Cur­rent. Pour ces « crimes », elle s’est vue qua­li­fier de « TERF »[1] — l’injure uti­li­sée contre les femmes qui sou­tiennent les droits et les espaces propres aux femmes. Cette pra­tique est deve­nue cou­rante. Le « crime de pen­sée » ima­gi­né par Orwell est désor­mais une banalité.

Le Van­cou­ver Rape Relief and Women’s Shel­ter, le plus ancien centre d’aide cana­dien aux vic­times de viol, qui gère éga­le­ment une mai­son de tran­si­tion des­ser­vant 1200 femmes et leurs enfants chaque année, s’est vu reti­rer une sub­ven­tion de 30 000 $ de la ville de Van­cou­ver qu’il rece­vait annuel­le­ment depuis des années pour faire de l’éducation publique, offerte gra­tui­te­ment à tous les membres du public (sans excep­tion), sous pré­texte que leur refuge n’accepte que des femmes. C’est un endroit qui héberge cer­taines des femmes les plus mar­gi­na­li­sées de la ville — des femmes pauvres, autoch­tones, pros­ti­tuées — des femmes qui fuient et tentent de se remettre de cer­taines des vio­lences les plus hor­ribles qui soient. Il est inex­cu­sable qu’un groupe d’activistes s’efforce de détruire un tel endroit, l’un des rares qui existent au Canada.

En août, des tran­sac­ti­vistes ont tagué les mots « Kill TERFs » (Tuez les TERFs), « Fuck TERFs » (Nique les TERFs), « TERFs go home, you are not wel­come » (Les TERFs, bar­rez-vous, vous n’êtes pas les bien­ve­nues), « Trans­wo­men are women » (Les trans­femmes sont des femmes) et « Trans Power » (Pou­voir trans) sur la vitrine d’un local com­mu­nau­taire de Van­cou­ver Rape Relief, où se tiennent des réunions pour les vic­times de vio­lence fami­liale et d’agression sexuelle ain­si que des réunions des­ti­nées aux femmes autoch­tones. En d’autres termes, ces acti­vistes menacent des femmes — et en par­ti­cu­lier, encore une fois, des femmes mar­gi­na­li­sées ayant subi d’horribles vio­lences. Ils ont été jusqu’à clouer un rat mort à la porte et glis­ser dans la boîte aux lettres une mouf­fette morte, évis­cé­rée et avec un nœud cou­lant autour du cou.

Au Royaume-Uni, une femme dans la soixan­taine, Maria MacLa­chlan, qui ten­tait d’assister à une réunion pour dis­cu­ter de « l’identité de genre » et des droits des femmes, a été rouée de coups par un jeune homme dégui­sé en femme.

Maya Fors­ta­ter, experte en poli­tique fis­cale inter­na­tio­nale, a été virée de son poste pour avoir expri­mé publi­que­ment en ligne ses pré­oc­cu­pa­tions concer­nant la légis­la­tion sur « l’identité de genre ». Elle est loin d’être la seule femme que je connaisse à avoir été licen­ciée pour avoir posé les « mau­vaises » ques­tions sur « l’identité de genre », mais les autres ont trop peur de par­ler publi­que­ment de ce qu’on leur a fait, de peur d’être ren­dues inem­ployables à jamais.

Per­son­nel­le­ment, j’ai été mena­cée de mort et de viol à de nom­breuses reprises, j’ai été calom­niée et trai­tée de toutes les injures ima­gi­nables, sim­ple­ment pour avoir posé des ques­tions sur l’impact pour les femmes des lois sur « l’identité de genre » et pour avoir affir­mé que l’on ne pou­vait chan­ger de sexe par simple autodéclaration.

Ces agres­sions sont inac­cep­tables. Les femmes ont le droit de par­ler de leurs droits fon­dés sur le sexe (sex-based rights) et de dis­cu­ter des pré­oc­cu­pa­tions valables concer­nant les impacts sur leurs droits des hommes qui s’identifient comme femmes.

Je n’ai aucune idée de la rai­son pour laquelle autant de gens mentent aus­si faci­le­ment à pro­pos de mes opi­nions — Toron­to semble par­ti­cu­liè­re­ment fau­tive à cet égard, sans que je ne sache pour­quoi (je ne vise per­sonne). Mais à cause de ce qu’ont publié cer­tains jour­na­listes et de ce qui a été dit à mon sujet par de nom­breux auteurs locaux dits « pro­gres­sistes », je tiens à cla­ri­fier ma posi­tion et à cor­ri­ger cer­taines fausses repré­sen­ta­tions de mes arguments :

Je n’ai jamais dit que les trans­genres ne devraient pas avoir de droits ou qu’ils étaient dan­ge­reux. Je n’ai pas sug­gé­ré non plus que les trans­genres devraient être exclus de cer­tains espaces. Je me fiche de savoir qui s’identifie ou non comme trans, cela n’a aucun rap­port avec mes argu­ments. Je m’intéresse à qui est homme et qui est femme. Je n’encourage aucune vio­lence contre qui que ce soit. Je n’ai jamais encou­ra­gé la vio­lence. Je n’ai jamais tenu de pro­pos haineux.

Je n’ai jamais dit que « les trans­femmes ne sont pas de vraies femmes ». Ce que j’ai dit, c’est que les hommes tran­si­den­ti­fiés sont des hommes. Parce qu’ils le sont. Ce n’est pas un juge­ment ou une insulte, sim­ple­ment une réa­li­té maté­rielle — une réa­li­té bio­lo­gique. Si vous êtes né de sexe mâle, vous le res­te­rez toute votre vie. Tout le monde sait cela. Ce n’est pas une croyance ou une opi­nion, c’est un fait. Aus­si, pour par­ler clai­re­ment : cela n’empêche pas — ou ne devrait pas empê­cher — les hommes de por­ter des vête­ments des­ti­nés aux femmes, de se maquiller, d’avoir les che­veux longs ou même de subir de la chi­rur­gie esthé­tique. (Je crois, per­son­nel­le­ment, que les chi­rur­gies esthé­tiques sont des inter­ven­tions graves qui devraient être consi­dé­rées très soi­gneu­se­ment ana­ly­sées dans le contexte d’une culture qui exige que les femmes soient, avant toute chose, sexuel­le­ment dési­rables et qu’elles se prêtent au regard mas­cu­lin. Néan­moins, je n’essaie pas d’interdire aux gens de dépen­ser des dizaines de mil­liers de dol­lars pour se faire char­cu­ter dans une quête sans issue du « corps par­fait », si c’est ce qu’ils et elles désirent).

Le fait d’être un homme ne doit pas non plus vous dis­pen­ser de lut­ter contre les sté­réo­types sexistes liés à la mas­cu­li­ni­té. En tant que fémi­niste, je sou­tiens plei­ne­ment les per­sonnes qui tiennent tête à ce genre de stéréotypes.

Je n’ai pas non plus affir­mé que « les femmes trans­genres ne devraient pas être auto­ri­sées à par­ti­ci­per à des com­pé­ti­tions spor­tives contre des femmes non transgenres ».

Ce que j’ai dit, c’est que les ath­lètes fémi­nines ne devraient pas être obli­gées de concou­rir avec ou contre des ath­lètes mâles. Et ce parce que les corps fémi­nins dif­fèrent des corps masculins.

Les mâles [dans notre culture, la civi­li­sa­tion indus­trielle, NdT] ont géné­ra­le­ment de plus grande men­su­ra­tions que les femelles. Ils ont plus de masse mus­cu­laire, des membres plus longs, des os plus épais, des organes plus gros et sont, en moyenne, plus grands. C’est pour­quoi ils concourent sépa­ré­ment dans le monde du sport. Même si un ath­lète mas­cu­lin réduit son taux de tes­to­sté­rone, cela n’annule pas les chan­ge­ments induits par sa puber­té et ne modi­fie pas son corps suf­fi­sam­ment pour le pri­ver de l’avantage phy­sique qu’il pos­sède sur les femmes.

Le simple fait que de grands médias cana­diens qua­li­fient aujourd’hui des femmes de « non-trans » devrait nous mon­trer à quel point cette idéo­lo­gie est régres­sive. His­to­ri­que­ment, les femmes ont été assi­mi­lées à des ver­sions infé­rieures des hommes, à des êtres à éva­luer par rap­port aux hommes — les hommes étant la norme. Aujourd’hui encore, comme le sou­ligne Caro­line Cria­do Per­ez dans son livre Invi­sible Women (Femmes invi­sibles), le monde conti­nue d’être construit selon des stan­dards mas­cu­lins, qui demeurent la « norme » pré­su­mée en regard des femmes qui sont « l’autre ». Au bureau, la tem­pé­ra­ture est réglée en fonc­tion de l’organisme mas­cu­lin, ce qui explique pour­quoi des femmes y portent des pulls à la mi-juillet. Les femmes sont plus sus­cep­tibles d’être bles­sées ou de mou­rir dans des acci­dents de voi­ture, parce que les voi­tures sont conçues en fonc­tion de corps mas­cu­lins. Les femmes meurent plus sou­vent de crises car­diaques que les hommes, parce que les symp­tômes de ces crises car­diaques se mani­festent de façons dif­fé­rentes chez les femmes, et que nous tenons pour acquis que les symp­tômes de crises car­diaques sont ceux que vivent les hommes. Même les smart­phones sont conçus en fonc­tion des mains des hommes et non pour les mains (ou les poches) des femmes. Je pour­rais conti­nuer encore et encore.

Pour­tant, aujourd’hui, en 2019, le mou­ve­ment trans a déci­dé qu’il n’y a pas des femmes et des hommes, mais des hommes et des « non-hommes », ce qui revient à éva­cuer com­plè­te­ment les femmes du tableau. L’avenir ne semble pas, après tout, si fémi­niste que cela…

En outre, il ne s’agit pas d’une erreur com­mise par un jour­na­liste iso­lé, d’un accident.

Tout le voca­bu­laire de l’activisme trans a entre­pris d’effacer les femmes afin d’accommoder une infime mino­ri­té de gens qui vou­draient que nous fas­sions tous sem­blant que la réa­li­té maté­rielle n’existe pas. Nous ne sommes plus des femmes, mais des « cis­femmes », ce qui est cen­sé signi­fier que nous sommes des femmes qui « s’identifient au genre cor­res­pon­dant au sexe qui nous est assi­gné à la naissance ».

C’est insul­tant. Je ne suis pas une femme parce que je m’identifie à la fémi­ni­té. La fémi­ni­té ren­voie à l’ensemble des sté­réo­types impo­sés aux femmes dans une socié­té patriar­cale. Je ne m’identifie pas à ces sté­réo­types. Je ne suis pas pas­sive, irra­tion­nelle ou trop émo­tive. Je ne suis pas une femme parce que je porte du maquillage ou des talons hauts. Mes che­veux longs ne font pas de moi une femme. Si j’étais en pan­ta­lon de sur­vê­te­ment et en bas­kets, si je me rasais la tête, si je sor­tais sans maquillage et si je jouais au foot­ball, je serais tou­jours une femme.

Je n’ai pas émer­gé de l’utérus en jupe. Et, à aucun moment de ma vie, je ne me suis iden­ti­fiée à aucun des sté­réo­types asso­ciés à « mon genre ». Enfant, je ne pré­fé­rais pas les robes aux pan­ta­lons ou les pou­pées aux camions. En fait, j’avais très envie d’être « comme les gar­çons » quand j’étais petite, reje­tant tout ce qui était rose et choi­sis­sant le léo­tard noir des gar­çons plu­tôt que celui des filles, pen­dant la courte période où j’ai endu­ré des cours de danse. Bien que je cor­res­ponde cer­tai­ne­ment à beau­coup de sté­réo­types fémi­nins, je ne suis pas du tout « binaire » en matière de genre. Je suis beau­coup plus com­plexe que ça, comme chacun‑e de nous. Et pour­tant, mal­gré la mul­ti­tude de traits de per­son­na­li­té, de goûts et d’aversions qui entrent ou non dans la « bina­ri­té de genre », je suis tou­jours une femme. Et il n’y a abso­lu­ment rien que je puisse faire à ce sujet.

Le label « cis » impo­sé aux femmes nous défi­nit exclu­si­ve­ment sur la base de sté­réo­types de genre — un far­deau que les fémi­nistes com­battent depuis toujours.

Ce mou­ve­ment mili­tant trans­genre — cette idéo­lo­gie de « l’identité de genre » — n’est rien d’autre qu’un mou­ve­ment réso­lu­ment régres­sif, irra­tion­nel et anti­fé­mi­niste deve­nu incroya­ble­ment auto­ri­taire. Per­sonne n’a le droit de le remettre en ques­tion ou de le contes­ter. Celles qui osent le faire, comme moi, sont mena­cées de tous les châ­ti­ments sociaux et phy­siques ima­gi­nables — incar­cé­ra­tion, ostra­cisme social, perte de reve­nu, vio­lences, et même de meurtre. C’est de la folie. D’autant plus que celles d’entre nous qui essaient sim­ple­ment de par­ler — d’avoir une conver­sa­tion — de poser des ques­tions élé­men­taires sur les lois, les idées et les poli­tiques qui affectent nos vies et celles d’autres per­sonnes — sont accu­sées d’« into­lé­rance », de « fas­cisme » et de « vio­lence ». Ces inver­sions de réa­li­té sont stu­pé­fiantes. Quant au gou­ver­ne­ment et aux médias, ils ont com­plè­te­ment aban­don­né les femmes dans cette affaire.

Ils n’ont abso­lu­ment pas tenu compte de nos pré­oc­cu­pa­tions, qu’ils ont d’ailleurs refu­sé de recon­naître. Nous repré­sen­tons pour­tant la moi­tié de la population.

Il sem­ble­rait que les médias, ici à Toron­to, y prêtent enfin atten­tion, en grande par­tie à cause des pro­tes­ta­tions et des péti­tions visant à faire annu­ler cet évé­ne­ment. Néan­moins, je suis déçue par ce que j’ai vu impri­mé sur moi-même et sur d’autres per­sonnes par de nom­breux jour­na­listes et commentateurs.

Vicke­ry Bowles, libraire en chef de la Biblio­thèque publique de Toron­to, a été hor­ri­ble­ment trai­tée par la jour­na­liste Carol Off du réseau CBC pour la seule rai­son qu’elle a osé défendre la liber­té d’expression et notam­ment le rôle cru­cial que jouent les biblio­thèques dans la défense de la libre expres­sion et de la diver­si­té des idées. Bowles n’a même pas adop­té de posi­tion sur les enjeux. On a pour­tant lais­sé entendre qu’elle por­tait pré­ju­dice aux trans­genres sim­ple­ment en auto­ri­sant une réser­va­tion de salle. Iro­ni­que­ment, on a vu cer­taines per­sonnes l’accuser de « fas­cisme » sur internet.

Taba­tha Sou­they, qui a été chro­ni­queuse au jour­nal Globe and Mail et s’exprime aujourd’hui sur le réseau Twit­ter, y a écrit que le règle­ment actuel de la Biblio­thèque devrait m’interdire d’y prendre la parole. Ce règle­ment sti­pule que la Biblio­thèque peut annu­ler une auto­ri­sa­tion si elle a des motifs rai­son­nables de croire que « le but de l’événement sera de pro­mou­voir la dis­cri­mi­na­tion, le mépris ou la haine envers n’importe quel indi­vi­du ou groupe ».

L’ONG Pride (« Fier­té ») orga­nise un ras­sem­ble­ment contre la biblio­thèque pour avoir sim­ple­ment per­mis la tenue de cet évé­ne­ment. Ils ne contestent pas même le conte­nu de l’événement, auquel ils ne peuvent évi­dem­ment pas répondre puisqu’ils n’ont aucune idée de ce que je pense de l’identité de genre.

Le maire de Toron­to, John Tory, s’est publi­que­ment décla­ré « déçu » par la déci­sion de la Biblio­thèque muni­ci­pale de res­pec­ter mon droit de parole et a récla­mé que « les normes les plus éle­vées » soient appli­quées afin d’éliminer la tenue de « com­men­taires offen­sants » dans les édi­fices publics.

Les écri­vains qui ont rédi­gé, par­ta­gé et signé une péti­tion deman­dant l’annulation de cet évé­ne­ment m’ont accu­sé de « trans­pho­bie » et de tirer pro­fit de « tweets hai­neux ». (Je n’ai aucune idée de com­ment l’on peut tirer pro­fit de tweets, mais je ne l’ai cer­tai­ne­ment jamais fait.) Ils et elles ont aus­si exi­gé de la biblio­thèque l’annulation du pré­sent évé­ne­ment en mena­çant de la boycotter.

Je n’ai jamais encou­ra­gé ni haine ni dis­cri­mi­na­tion contre qui que ce soit. Je ne lais­se­rai PERSONNE pré­tendre que la pro­tec­tion des femmes relève du sec­ta­risme. Les femmes sont actuel­le­ment sacri­fiées pour que des per­sonnes très pri­vi­lé­giées puissent faire éta­lage de ver­tu aux yeux de leurs amis en ligne.

Pas plus tard que cette semaine, j’ai par­lé avec une dénom­mée Hea­ther Mason, qui défend les droits des femmes en pri­son. Elle m’a expli­qué qu’il y a déjà des hommes vio­lents — des pré­da­teurs sexuels — qui sont héber­gés avec des femmes en pri­son, ici en Onta­rio — par­fois avec des femmes qui ont leurs bébés avec elles. En rai­son de cette poli­tique, des déte­nues ont déjà été vic­times de har­cè­le­ment sexuel et d’agression sexuelle. Les femmes incar­cé­rées sont par­mi les plus mar­gi­na­li­sées au pays. Elles ont déjà sou­vent souf­fert de vio­lence et d’agressions sexuelles, et souffrent encore davan­tage une fois enfer­mées. Il s’agit de femmes pauvres, de femmes autoch­tones, de femmes toxi­co­manes, de femmes souf­frant de trau­ma­tismes et de mala­dies men­tales. Pour­quoi ces femmes n’ont-elles pas d’importance ? Pour­quoi les dési­rs ou les pré­fé­rences de quelques hommes pèsent-ils plus lourd que les leurs, en par­ti­cu­lier lorsque ces hommes repré­sentent un dan­ger pour les femmes ? Hea­ther croit qu’il fau­dra que quelque chose d’horrible se pro­duise avant que le gou­ver­ne­ment et les médias daignent s’intéresser à cette ques­tion. Mal­heu­reu­se­ment, je pense qu’elle a rai­son. Pour­quoi atten­dons-nous tous que quelque chose de ter­rible se pro­duise avant de nous lever et de dire « non » ?

À Van­cou­ver, nous venons de voir un pré­da­teur traî­ner plu­sieurs femmes devant le Tri­bu­nal des droits de la per­sonne de Colom­bie-Bri­tan­nique pour la rai­son qu’elles ont refu­sé de lui épi­ler le scro­tum. Ces femmes ont subi un stress psy­cho­lo­gique et émo­tion­nel énorme à cause de toute cette affaire. La plu­part d’entre elles sont des immi­grées tra­vaillant à domi­cile. Ce har­cè­le­ment leur a fait perdre une par­tie de leurs reve­nus. L’une d’elles a per­du son entre­prise. La seule rai­son pour laquelle la plainte de cet homme a été jugée rece­vable, c’est le pro­jet de loi C‑16 et la légi­ti­ma­tion de l’identité de genre, c’est-à-dire la notion selon laquelle tout homme qui se déclare femme devient une femme aux yeux de la loi et doit donc être trai­té comme telle, point final.

Si je conteste l’idéologie de l’identité de genre, c’est d’abord parce que je pense qu’elle est régres­sive, sexiste et insen­sée. Je pense qu’elle nous contraint au lieu de nous éman­ci­per en nous recon­nais­sant comme êtres humains dotés d’intérêts et de traits de per­son­na­li­té dif­fé­rents. Mais je pense aus­si qu’elle a des effets extrê­me­ment néga­tifs, en par­ti­cu­lier sur les droits des femmes. Et je pense qu’il est impor­tant, lorsque nous adop­tons des lois et appor­tons des chan­ge­ments radi­caux aux poli­tiques ayant une inci­dence sur les femmes et les filles, que nous ayons une conver­sa­tion à ce sujet, que nous enga­gions un débat public rigou­reux. Or nous n’avons pas fait cela au Canada.

Les femmes dis­posent de droits spé­ci­fiques fon­dés sur l’his­toire et la réa­li­té d’une oppres­sion basée sur le sexe. Nous dis­po­sons éga­le­ment d’espaces par­ti­cu­liers ségré­gués selon le sexe, parce que nous réa­li­sons que les hommes repré­sentent une menace pour les femmes — pas tous les hommes, mais seule­ment des hommes. Les sapeuses-pom­pières, qui étaient vic­times de har­cè­le­ment sexuel et d’agression dans les espaces com­muns, ont dû se battre pour dis­po­ser de leurs propres ves­tiaires et ins­tal­la­tions. Ce n’est que très récem­ment qu’elles ont rem­por­té cette lutte au Cana­da. Des fémi­nistes ont construit et sub­ven­tion­né des mai­sons de tran­si­tion pour les femmes fuyant les vio­lences mas­cu­lines. Elles les ont construites en par­tant de zéro, se sont por­tées volon­taires pour les entre­te­nir, les ont finan­cées et se sont bat­tues pour qu’elles res­tent ouvertes, afin que d’autres femmes béné­fi­cient d’un endroit où aller lorsqu’elles sont vic­times de vio­lences ou de vic­ti­mi­sa­tion. On nous dit désor­mais que c’est « dis­cri­mi­na­toire ». Qu’avoir des espaces pour les femmes, pour les pro­té­ger de la vio­lence mas­cu­line, est « sectaire ».

Je ne cesse jamais de deman­der aux gens qui affirment ver­te­ment que « les trans­femmes sont des femmes », ce que le mot « femme » signi­fie à leurs yeux. Ils refusent de répondre. Ils se contentent d’affirmer qu’une femme, « c’est une per­sonne qui s’identifie comme femme », ce qui revient à dire qu’une femme, « ce n’est rien du tout » — c’est tout ce que n’importe qui dit que c’est. [Défi­nir « femme » (ou « homme ») comme un sen­ti­ment pou­vant être res­sen­ti par n’importe qui, séman­ti­que­ment (comme sur tous les plans pos­sibles et ima­gi­nables), n’a aucun sens. Défi­nir une « femme » comme « une per­sonne qui se sent femme » (ce que font les par­ti­sans de l’idéologie trans­gen­riste) revient, peu ou prou, à défi­nir un pré­sident de la Répu­blique comme « une per­sonne qui se sent pré­sident de la Répu­blique », un neu­ro­chi­rur­gien comme « une per­sonne qui se sent neu­ro­chi­rur­gien », etc. — il s’agit d’une tau­to­lo­gie et donc d’une absur­di­té, pas d’une défi­ni­tion. Le plus sou­vent, d’ailleurs, ce sen­ti­ment d’être femme repose sur les sté­réo­types qui consti­tuent le genre (alias les rôles socio­sexuels) : un homme aimant le rose et les talons aiguilles, ou bien de façon encore plus pro­blé­ma­tique, asso­ciant son désir d’être sou­mis et un objet sexuel au fait d’être une femme. Où l’on voit encore com­bien cette idée est insul­tante pour les (vraies) femmes et com­ment elle repro­duit, ren­force, le car­can du genre. (NdT)].

Sur quelle base les droits des femmes peuvent-ils exis­ter si le mot « femme » perd son sens ? Si quelqu’un peut, à volon­té, deve­nir femme ou ces­ser d’en être une, par simple identification ?

Si nous vou­lons pré­ser­ver les droits des femmes et pro­té­ger les espaces dédiés aux femmes, nous ne pou­vons pas sépa­rer les femmes des carac­té­ris­tiques femelles. C’est irra­tion­nel et dan­ge­reux. Cela rend les femmes et les filles d’autant plus vul­né­rables. Cela étant, il n’y a abso­lu­ment aucune rai­son pour laquelle nous ne pour­rions pas pro­té­ger le droit des indi­vi­dus à sor­tir des rôles de genre et à s’exprimer comme bon leur semble, tout en com­pre­nant que le dimor­phisme sexuel est une réa­li­té, que les hommes et les femmes existent, et que ces dif­fé­rences comptent.

Nous ne savons tou­jours pas ce qui défi­nit une per­sonne trans. Nous ne savons pas ce qui fait réel­le­ment d’un homme une femme. Il n’existe, à ce jour, aucune défi­ni­tion cohé­rente du terme « trans­genre ». Ça peut être n’importe quoi ou n’importe qui. Ce n’est rien de plus qu’un énon­cé invé­ri­fiable. Et créer une légis­la­tion autour d’une chose tout à fait vague et indé­fi­nis­sable me semble bizarre, sinon dangereux.

On me dit que dire ce genre de choses « heurte les sen­ti­ments de cer­tains » et que, par consé­quent, je ferais mieux de ne pas les dire. Mais s’il faut réel­le­ment par­ler de « sen­ti­ments », com­ment se fait-il que les sen­ti­ments des femmes soient igno­rés dans tout cela ? Com­ment se fait-il que l’on n’accorde pas d’importance, par exemple, aux sen­ti­ments des femmes concer­nant leur obli­ga­tion de par­ta­ger un ves­tiaire avec un homme ? Qu’en est-il des sen­ti­ments des filles qui ne veulent pas voir un pénis quand elles se changent pour le cours de gym ? Des sen­ti­ments des femmes qui ont été agres­sées par des hommes et qui ne veulent pas par­ta­ger une chambre avec un homme dans une mai­son de tran­si­tion ? Des sen­ti­ments des femmes for­cées de se mesu­rer à des hommes dans des com­pé­ti­tions sportives ?

Ici même, à Toron­to, une femme nom­mée Kris­ti Han­na a dépo­sé une plainte en matière de droits de la per­sonne contre le centre Jean Tweed, qui gère la Pal­mers­ton House, un refuge pour femmes toxi­co­manes en réta­blis­se­ment. On lui a dit qu’elle devait par­ta­ger une chambre avec un homme qui pré­tend être une femme. Elle a sou­li­gné que cet homme « res­sem­blait à un homme », « par­lait comme un homme », por­tait la barbe et « de grosses bottes de com­bat », n’avait pas subi d’opération de chan­ge­ment de sexe, mais avait quand même été admis au refuge de Pal­mers­ton. Quand elle et d’autres femmes se sont plaintes au per­son­nel de sa pré­sence, on leur a répon­du : « Nous sommes inclu­sifs. » On a répon­du cela à une femme qui avait plu­sieurs fois subi des agres­sions sexuelles mas­cu­lines et, en plus d’être aux prises avec des pro­blèmes de toxi­co­ma­nie, souf­frait de syn­drome de stress post-trau­ma­tique et d’insomnie, et se sen­tait tel­le­ment angois­sée et en dan­ger à l’arrivée de cet homme au refuge puis à son pla­ce­ment dans sa chambre, qu’elle a dû la quit­ter et se rendre ailleurs, parce qu’elle était tel­le­ment stres­sée qu’elle ne pou­vait dor­mir. Que fait-on de ses sen­ti­ments à elle ?

Étran­ge­ment, ces mili­tants qui parlent de « sen­ti­ments » et d’« empa­thie » semblent igno­rer les sen­ti­ments des femmes, ne faire preuve d’aucune empa­thie envers les femmes et les filles.

Rien de tout cela ne relève de quelque « trans­pho­bie ». Il s’agit du droit des femmes de dire non à des hommes. Du droit de ne pas être mani­pu­lées et inti­mi­dées pour oser se sou­cier de leur propre sécu­ri­té, de leurs propres droits et sen­ti­ments. Du droit de par­ler, de dire la véri­té, de nom­mer la réa­li­té, et de pro­té­ger leurs droits fon­dés sur le sexe.

Celles qui s’expriment et posent des ques­tions concer­nant l’identité de genre ne le font pas pour être cruelles ou par haine. Elles le font en rai­son d’inquiétudes réelles et légi­times qui devraient être prises au sérieux, et qui appellent de véri­tables réponses.

Il n’est pas nor­mal que je doive être accom­pa­gnée de poli­ciers et de gardes du corps pour énon­cer ces évi­dences. Il n’est pas nor­mal que cer­taines aient peur de par­ler, et même de se pré­sen­ter ici. Et le seul moyen de com­battre cette peur, c’est d’être plus nom­breuses à le faire.

Donc, mer­ci à toutes et à tous d’être ici, mer­ci de tenir bon ou à tout le moins de par­ti­ci­per au débat — de refu­ser de hur­ler avec les loups mais plu­tôt de cher­cher à com­prendre ces enjeux. Mer­ci à la Biblio­thèque et à Vicke­ry Bowles d’avoir pris par­ti pour la jus­tice et pour la liber­té d’expression face à un ter­rible mou­ve­ment de res­sac, et mer­ci aux orga­ni­sa­trices de cet évé­ne­ment, à ces femmes ordi­naires qui, sans argent et sans pou­voir poli­tique, vou­laient sim­ple­ment que cette conver­sa­tion puisse avoir lieu.

J’espère qu’elle se prolongera.

Meghan Mur­phy


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

  1. TERF est l’acronyme de « Trans-Exclu­sio­na­ry Radi­cal Femi­nist », soit « fémi­niste radi­cale qui exclut les trans ».

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  1. A quelques excep­tions près, on naît fille ou gar­çon, on le reste toutes sa vie, et aucune chi­rur­gie ni aucune hor­mo­no­thé­ra­pie ne peut chan­ger cela.Quelle évidence.
    J’ai deux filles de 10 ans, elles n’aiment pas le rose, jouent au foot, détestent les bar­bies on les che­veux courts, portent des pan­ta­lons, et tapent sur les gar­çons quand elles se font embê­ter à l’é­cole. Elles se font trai­ter de garçons.
    J’ai donc du leur expli­quer qu’être une fille est une réa­li­té bio­lo­gique, et qu’il ne faut pas confondre cette réa­li­té avec les sté­réo­types de la fémi­ni­té que les hommes imposent au femme pour pou­voir les domi­ner et les asservir.
    Mer­ci de votre intervention.

  2. Mer­ci beau­coup pour la tra­duc­tion de cet article !!
    Je com­prends net­te­ment mieux la polé­mique qu’il y a autour de ce sujet et l’im­por­tance de droits fon­dés sur le sexe !
    Merci !

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