Pseudoscience et kleptogamie. Kleptosophie ? (par Audrey A.)

Les acti­vistes pla­to­ni­ciens aiment bien faire appel à des scien­ti­fiques peu scru­pu­leux dans leur démarche, parce que clien­té­listes et/ou sim­ple­ment eux-mêmes en posi­tion de dis­so­nance cog­ni­tive vis-à-vis de la réa­li­té maté­rielle qui ne cesse de contre­ve­nir à leurs dési­rs intimes les plus chers et les plus fan­tai­sistes. Je fais ici allu­sion aux hommes de toute caté­go­rie socio­pro­fes­sion­nelle et de toute ins­truc­tion qui res­sentent de l’excitation sexuelle à se tra­ves­tir occa­sion­nel­le­ment avec des sous-vête­ments sté­réo­ty­pi­que­ment fémi­nins, et bien sou­vent, avec les sous-vête­ments et vête­ments de leur propre conjointe.

Nous appe­lons pla­to­ni­cien toute per­sonne sou­te­nant une idéo­lo­gie déri­vant du pla­to­nisme. Le pla­to­nisme, qu’il soit clas­sique ou néo, est un sys­tème idéo­lo­gique qui pré­sup­pose un dua­lisme entre le monde sen­sible et un monde trans­cen­dant, sépa­ré et supé­rieur à celui-ci. L’on par­le­ra de sépa­ra­tion ou de dua­lisme méta­phy­sique. Pour les spi­ri­tua­li­tés déri­vées du pla­to­nisme, il existe, gros­so modo, un monde des idées éter­nelles et des essences pures, un monde qui est évi­dem­ment au-des­sus du monde maté­riel et sen­sible et qui lui est émi­nem­ment supé­rieur : c’est le monde de la rai­son, de la ratio­na­li­té mathé­ma­tique, le monde acces­sible aux hommes doués de rai­son et dont l’âme par­ti­cipe de la ratio­na­li­té divine. Les hommes ont une âme ration­nelle (Noos) qui gou­verne et ordonne le centre des émo­tions (Thu­mos) ain­si que le plus bas degré de la sen­si­bi­li­té humaine, l’appétence et les dési­rs (Epi­thu­mia), tan­dis que les esclaves, les femmes et les ani­maux sont dépour­vus d’âme ration­nelle et sont dès lors gou­ver­nés par les émo­tions et les dési­rs. Les âmes de Pla­ton sont des essences éter­nelles et immor­telles, qui vont être incar­nées selon des cycles ver­tueux, en homme si leur der­nière incar­na­tion fut sage et ver­tueuse (c’est le début de l’ascétisme sous toutes ses décli­nai­sons, y com­pris le stoï­cisme), en esclave s’il y eut cor­rup­tion, et dans le pire des cas, pour les plus cor­rom­pus, en femme. Voi­là qui est dit. Il s’agit donc d’un pro­cès com­pli­qué de métem­psy­chose[1], un voyage des âmes, qui connai­tront des pas­sages en machine à laver céleste à la pro­gram­ma­tion plus ou moins longue, fonc­tion de leur degré d’impuretés, avant d’être ren­voyées ici-bas dans des sacs à viande ter­restres tout frais. Pour ceux et celles qui ne sont pas fami­lières avec l’histoire de la phal­lo­so­phie (l’amour de la sagesse selon les hommes, et son corol­laire, la haine de la cor­po­ra­li­té et des femmes), vous devez main­te­nant recon­naitre l’air de cette musique céleste. En effet, le chris­tia­nisme est le reje­ton con-spi­ri­tuel du platonisme.

Quel est le rap­port avec les hommes qui se tra­ves­tissent occa­sion­nel­le­ment ? Eh bien, parce que, pour se jus­ti­fier, cer­tains de ces hommes, pour tout un tas de rai­sons par­mi les­quelles la culpa­bi­li­té ou le déni, mais pas seule­ment (l’entitrement mas­cu­lin à n’en faire qu’à leur tête étant ici un très fort moteur), par­fois sin­cè­re­ment et très sou­vent en men­tant éhon­té­ment selon un script for­ma­té qu’ils se par­tagent aisé­ment sur les forums de manière à convaincre les méde­cins et psy­chiatres, ces hommes en appellent donc à l’idéologie de l’âme née dans le mau­vais corps. Pour être une âme dans un mau­vais corps, il faut pré­sup­po­ser un dua­lisme méta­phy­sique, avec une essence qui va infu­ser dans un sac à viande. Le mau­vais sac à viande.

Connais-toi toi même

Cer­tains des acti­vistes pla­to­ni­ciens, dans l’impossibilité de venir à terme de leur fétiche et refu­sant l’enseignement socra­tique du « connais-toi toi-même », décriant et calom­niant, par exemple, les tra­vaux des cher­cheurs et confrères Ray Blan­chard, Michael Bai­ley autour de l’autogynéphilie, ain­si que d’Anne Law­rence, homme tran­si­den­ti­fié, méde­cin de pro­fes­sion et pla­te­ment hon­nête sur sa sexua­li­té, en vien­dront même à renier la science et écrire des livres entiers de salades pla­to­ni­ciennes, niant les théo­ries évo­lu­tion­naires pro­ve­nant de la sélec­tion sexuelle dar­wi­nienne, pour les­quelles nous connais­sons bien aujourd’hui le rôle des femelles, étu­dié depuis les années 70 en anthro­po­lo­gie et géné­tique évo­lu­tion­naire. Ces hommes détestent les femmes et la réa­li­té. Parce que l’existence des femmes et la réa­li­té leur rap­pellent sans arrêt qu’ils ne sont pas des femmes.

Ces pla­to­ni­ciens sont évi­dem­ment des miso­gynes dou­blés de miso­sophes : la haine et la peur de la véri­té. Aus­si leur posi­tion pla­to­nique se tra­dui­ra-t-elle, au XXIème siècle, dans le renie­ment et le rema­nie­ment des théo­ries de la sélec­tion sexuelle, tout comme ont cher­ché à le faire les créa­tion­nistes et leurs tenants pseu­dos­cien­ti­fiques, chantres de la théo­rie du Des­sein Intel­li­gent. Il est à noter que nombreux·se sont de for­ma­tion uni­ver­si­taire scien­ti­fique, telle, en France, Alexan­dra Hen­rion-Caude, géné­ti­cienne ancien­ne­ment direc­trice de recherche à l’Inserm et fer­vente catho­lique, plus connue sur ses posi­tions liées à la crise du Coro­na­vi­rus 19 que pour sa théo­rie (pla­to­ni­cienne) des amou­rons. Je n’ai aucune inten­tion de pré­sen­ter cette théo­rie, ni ici ni jamais. En revanche, ne soyez pas étonné·es de ren­con­trer des femmes au ser­vice d’idéologies patriar­cales. C’est une très ancienne stra­té­gie de sur­vie psy­chique qui leur per­met de conser­ver un tant soit peu de res­pect d’elle-même, lorsqu’il ne s’agit pas d’une stra­té­gie de sur­vie tout court. Aujourd’hui encore, pour une écra­sante majo­ri­té de femmes sur terre, en Inde, en Chine, au Pakis­tan, en Iran et pas seule­ment, il faut se confor­mer aux injonc­tions de la domi­na­tion mas­cu­line, obéir ou mou­rir. Sous­crire au sys­tème idéo­lo­gique qui fabrique et repro­duit leur propre oppres­sion est l’expédient qui leur per­met de conser­ver une illu­sion d’autonomie dans l’agencement de leur vie subor­don­née aux hommes.

Autogynéphilie

Mais le pour­quoi du com­ment de ce que nous appe­lons « auto­mi­so­gy­nie » n’est pas l’objet de ce billet : nous par­lions d’autogynéphilie mas­cu­line dont nous expli­ci­te­rons une défi­ni­tion en cours de route. L’autogynéphilie est consi­dé­rée par les hommes qui en font preuve comme une héré­sie. Un blas­phème. Je n’emploie pas ces mots à la légère étant don­né que recon­naitre son exis­tence contre­vien­drait au sys­tème idéo­lo­gique pla­to­nique qui sou­tient leur argu­men­ta­tion, tout comme la théo­rie de l’évolution contre­ve­nait à la Genèse judéo-chré­tienne et à l’Église qui ins­ti­tu­tion­na­li­sait son récit mytho­lo­gique via la coer­ci­tion. L’autogynéphilie est la seule sexua­li­té para­phile qui se voit frus­trée d’être nom­mée. L’homme auto­gy­né­phile qui décide de vivre sa sexua­li­té au grand jour n’est exci­table et exci­té que lorsque tout le monde joue le jeu : lorsque tout le monde le consi­dère et le traite comme une femme. L’érotisation auto­gy­né­phile n’est pos­sible que sous accord tacite entre l’autogynéphile et les per­son­nages secon­daires et autres figurant·es à l’affiche de son scé­na­rio per­son­nel. Ci-des­sous un exemple notoire d’homme auto­gy­né­phile. Phi­lip Blunce est un père de famille tra­di­tion­nel dans tous les sens du terme, y com­pris visi­ble­ment sur sa concep­tion sub­jec­tive de ce qu’une femme est cen­sée être. Blonde et vêtue de rose. Phi­lip s’habille en femme le lun­di, mer­cre­di et ven­dre­di, et en homme les autres jours de la semaine. Ou quelque chose comme ça.

« Je suis très hum­ble­ment hono­ré de rece­voir cette médaille [de figu­rer par­mi les 100 femmes d’affaires les plus influentes] et je suis très fier du pro­grès que nous fai­sons vers toutes forme d’égalité et de diver­si­té de genre » (NdT : sans déconner.)
La sexua­li­té des hommes auto­gy­né­philes repose donc sur l’engagement tacite entre l’homme et ses obser­va­teurs par­ti­ci­pants. Mal­heur à celui qui brise cet accord tacite, le blas­phé­ma­teur sera voué aux pires gémo­nies. Anne Law­rence lui-même s’est pen­ché dans ses tra­vaux sur la rage nar­cis­sique qui anime sou­dain ces hommes, dont il fait encore une fois par­tie, lorsque leurs proches refusent de par­ti­ci­per à leur fan­tai­sie. Lun­dy Ban­croft[2] a exten­si­ve­ment écrit sur ce trait com­por­te­men­tal que par­tagent les hommes abu­sifs, ceux qui com­mettent les vio­lences contre les femmes, explo­sant de rage devant qui­conque les confronte à la réa­li­té en dénon­çant leur mani­pu­la­tion afin de les res­pon­sa­bi­li­ser de leurs actes. Je ne suis pas en train de dire que tous les hommes auto­gy­né­philes sont de vio­lents mani­pu­la­teurs. Je dis que qui­conque rejette la réa­li­té est voué à se faire vio­lence pour per­pé­tuer l’illusion du men­songe, et dès lors, à entre­te­nir des rela­tions conflic­tuelles avec toutes celles et ceux qui refu­se­ront d’avaliser leur fic­tion. Mais ce n’est pas ain­si que fonc­tionne l’humain, ani­mal social doué de lan­gage et de com­mu­ni­ca­tion sym­bo­lique. Nous sommes interdépendant·es les un·es des autres et avons besoin, dans une cer­taine mesure, du regard de nos pairs et d’interactions dyna­mi­santes mutuel­le­ment dési­rées. Inutile de pré­ci­ser que je ne sou­haite pas par­ti­ci­per au scé­na­rio éro­tique d’hommes auto­gy­né­philes dans l’espace public, en entre­prise ni nulle part (ce qui en plus d’être embar­ras­sant, serait pro­pre­ment insul­tant, ain­si Phi­lip Blunce, sa per­ruque blonde, son col­lier de perles et sa robe rose ridi­cule), de la même manière que je ne sou­haite pas être expo­sée aux croyances reli­gieuses des gens dans ces espaces, et encore moins être for­cée d’y par­ti­ci­per d’une manière ou d’une autre.
 
Mais reve­nons à nos mou­tons. Comme tous les pla­to­ni­ciens et reli­gieux miso­gynes, les scien­ti­fiques para­philes qui servent une idéo­lo­gie dua­liste sont en croi­sade per­pé­tuelle contre la chair, le monde sen­sible et maté­riel. L’esprit seul défi­nit ce qui existe et ce qui est réel. Là où se sont a prio­ri moder­ni­sés ces pla­to­ni­ciens, c’est en ce qu’ils tiennent main­te­nant compte du « res­sen­ti » per­son­nel. Or, ce res­sen­ti per­son­nel est ici uti­li­sé en tant que sen­ti­ment irré­duc­tible, de l’ordre de l’infiniment intime, imma­té­riel et immuable, indis­pu­table, dis­tinct de la réa­li­té maté­rielle du corps. Un res­sen­ti exté­rieur au corps phy­sique, déter­ri­to­ria­li­sé comme dirait le pla­to­ni­cien Deleuze, qui n’est pas influen­cé par celui-ci, à l’image des essences, des idées pures et de l’âme ration­nelle. La boucle est bou­clée. La psy­chia­trie des psy­cho­trau­ma­tismes, ou, sim­ple­ment, les méthodes thé­ra­peu­tiques per­met­tant d’explorer et de trai­ter les trau­ma­tismes de l’enfance, les vio­lences sexuelles infan­tiles et adultes, les vio­lences inter­gé­né­ra­tion­nelles, etc., sont jugées inva­lides face à ces res­sen­tis sacrés de l’ordre de la foi reli­gieuse. Seul un prêtre membre ordon­né de cette reli­gion aura son mot à dire, soit ici un maïeu­ti­cien accou­cheur des âmes, appe­lé aujourd’hui « thé­ra­peute du genre ».

Le pouvoir de décision ontologique

Ces scien­ti­fiques ne recu­le­ront devant aucune com­pro­mis­sion pour sou­la­ger leur dis­so­nance cog­ni­tive : en dif­fu­sant des infor­ma­tions fausses (« il existe une mul­ti­tude de sexes bio­lo­giques chez l’être humain »), en essayant de confondre leur audience de manière à créer un espace sous cloche dans le monde uni­ver­si­taire et média­tique. Un espace consen­suel­le­ment psy­cho­tique (une illu­sion consen­suelle) dans lequel ils pour­ront racon­ter ce qu’ils veulent, et faire valoir leurs reven­di­ca­tions à agir comme ils le veulent. Le but est alors d’étendre le dôme anen­tro­pique[3] de cette illu­sion depuis le petit cercle d’universitaires et sophistes pri­vi­lé­giés jusqu’à l’ensemble de la socié­té. Il s’agit de l’une des pré­ro­ga­tives viriles par excel­lence en patriar­cat : les dési­rs des hommes deviennent des réa­li­tés. La classe qui cumule les pou­voirs de déci­sion et les res­sources exé­cu­tives, ain­si que les organes de pro­pa­gande adé­quats que sont les ins­ti­tu­tions et les médias, pos­sède le pou­voir de déci­der de l’ordre du monde et des choses. Elle a le pou­voir sur l’institution des mythes, le pou­voir de sym­bo­li­sa­tion, et irré­mé­dia­ble­ment, de construire la réa­li­té sociale sans tenir compte de la réa­li­té maté­rielle. Les fémi­nistes le savent bien, qui ont de tout temps lut­té, sou­vent iso­lées les unes des autres, contre les construits sociaux et les mythes patriar­caux jus­ti­fiant la domi­na­tion mas­cu­line en éta­blis­sant l’infériorité des femmes — la science ayant été mise au ser­vice des idéo­lo­gies patriar­cales tout au long du pro­cès, d’Aristote à Her­ber Spen­cer qui a fini ses jours en héraut de la miso­gy­nie darwinienne.

Cer­tains scien­tistes fran­çais ne sont pas en reste, et au chau­vi­nisme pro­ver­bial vient s’ajouter la lâche­té onto­lo­gique et le pla­giat. Non contents d’être seule­ment mal­hon­nêtes, ils manquent en plus d’originalité et se contentent de reprendre les thèses pseu­dos­cien­ti­fiques d’autogynéphiles anglo-saxons, avec les­quels ils par­tagent une même dis­so­nance cog­ni­tive face à la réa­li­té — thèses qu’ils auront par­fois tra­duites eux-mêmes pour pré­pa­rer l’auditoire fran­co­phone à tolé­rer leur fétiche en les habi­tuant à man­ger des salades platoniciennes.

Étant don­né la condes­cen­dance par­ti­cu­lière que ces scien­ti­fiques semblent avoir à l’égard du monde ani­mal, et sans rou­gir de leur regard anthro­po­cen­tré, en bons patriarches convain­cus, on ne s’étonnera pas que l’assimilation du déve­lop­pe­ment sexuel de l’humain à celui du pois­son-clown fasse par­tie d’un petit cor­pus de pon­cifs scien­tistes visant à pla­to­ni­ser la bio­lo­gie, leur pire enne­mie. Cela dit, une com­pa­rai­son ani­ma­lière per­ti­nente, plu­tôt que celle des pois­sons qui, sous pres­sions envi­ron­ne­men­tales met­tant l’espèce en dan­ger, ont la facul­té de chan­ger de sexe pour la sur­vie du groupe, serait la klep­to­ga­mie notoire s’observant chez bon nombre de ces poissons.

Kleptogamie

Le com­por­te­ment de ces pois­sons est sur­nom­mé « snea­ky fuckers » par les bio­lo­gistes qui les ont obser­vés, soit de char­mants petits « queu­tards tri­cheurs. » Klep­to = le rapt, voler / gamie = rela­tion sexuelle, fer­ti­li­sa­tion. La klep­to­ga­mie par dégui­se­ment est obser­vée chez plu­sieurs espèces de pois­sons (sau­mons, gobies, épi­noches, môles, ménés, etheo­sto­ma­ti­nae, …), mani­feste d’une intel­li­gence sociale de leur envi­ron­ne­ment. Figu­rez-vous que les mâles de ces espèces — #Notall­males — cer­tains petits mâles adoptent l’apparence des femelles de manière à pou­voir les appro­cher sans qu’elles ne se méfient, afin de trom­per les plus gros mâles qui se seraient autre­ment jetés sur eux. Une fois ce petit monde insi­dieu­se­ment mis en confiance, le mâle dégui­sé en femelle saute sur la femelle et la viole. Nous avons dit pas d’anthropocentrisme : et s’y accouple.

Chez les sèches existe un autre type de kleptogamie.

« Nous avons donc la preuve géné­tique que l’imitation sexuelle mène immé­dia­te­ment à une fer­ti­li­sa­tion réus­sie. [4]»

Les sèches et autres cala­mars sont bien connus pour leur capa­ci­té de camou­flage et leur com­mu­ni­ca­tion der­mique. Si le but reste évi­dem­ment l’accouplement et la trans­mis­sion des gènes, par­fois le camou­flage ne vise qu’à trom­per les autres mâles. Lorsqu’un petit male sèche convoite une femelle, il va sou­vent ten­ter de « tri­cher » en affi­chant des motifs typiques des femelles (des carac­tères phé­no­ty­piques deve­nus sté­réo­types sociaux chez ces créa­tures intel­li­gentes et sociales !) sur une par­tie de son corps, celle qui se trou­ve­ra du côté exté­rieur pré­sen­té aux autres sèches, tan­dis que l’autre face de son corps, celui qui se trouve du côté de la femelle, conti­nue­ra d’afficher des motifs mâles typiques (même remarque). Ce dégui­se­ment vise à pro­duire l’illusion, à des­ti­na­tion de ses rivaux plus gros et plus matures, d’un couple de femelles qui trainent ensemble en toute inno­cence. Éloi­gnant la sus­pi­cion d’un poten­tiel rival, ceci aug­mente les oppor­tu­ni­tés d’accouplement du mâle dégui­sé avec cette femelle. Il serait trop ris­qué pour lui de pour­suivre ce double jeu en pré­sence de plus d’un rival, car, si un autre mâle démas­quait sa ruse, il le châ­tie­rait afin d’empêcher que ne se repro­duise un mâle tri­cheur imma­ture ou plus faible que lui. Plu­sieurs mâles adop­tant la même ruse, ou tour­nant trop près du tri­cheur, entrai­ne­ra sou­vent la décou­verte du pot aux roses et, donc, plus de risques de combat.

À som­brer dans le biais anthro­po­morphe, autant le faire de la manière la plus per­ti­nente pos­sible, n’en déplaise aux pla­to­ni­ciens qui, à défaut d’être drôles dans leurs com­pa­rai­sons lou­foques et leur tra­gique néga­tion des réa­li­tés scien­ti­fiques, méritent d’être ridi­cu­li­sés en bonne et due forme. Tou­te­fois, là où tout ceci devient gênant, c’est lorsque les acti­vistes pla­to­ni­ciens vont jusqu’à s’identifier fiè­re­ment à des sèches anthro­po­morphes, pre­nant l’animal comme totem en un nou­vel ava­tar thé­rian­thro­pique de rites cos­mé­tiques modernes[5], pré­tex­tant que l’animal cherche ain­si à se pro­té­ger des autres mâles, les gros mâles vio­lents qui leur cher­che­raient autre­ment des noises. Cette asser­tion n’est pas entiè­re­ment fausse, mais elle est incom­plète. Nos thé­rian­thropes cha­mans d’une nou­velle réa­li­té oublient com­mo­dé­ment la pré­misse pré­cé­dente ain­si que la sui­vante : les petits mâles sèches, empê­chés d’approcher les femelles parce qu’ils sont encore imma­tures et pas assez gros pour une bonne repro­duc­tion de l’espèce béné­fique à tous et toutes, tentent néan­moins de n’en faire qu’à leurs ins­tincts, le besoin de trans­mettre leurs gènes étant très fort. Ils se camouflent donc en femelle, pour trom­per les garde-fous que sont les mâles plus matures, et vont tran­quille­ment insé­mi­ner la femelle à laquelle ils ont ain­si pu accéder.

Les prêtres des rites sexuels modernes devraient révi­ser les com­pa­rai­sons au genre ani­mal qu’ils affec­tionnent le plus car en connais­sance de l’éthologie de ces petites bêtes, cela revient à s’identifier aux stra­té­gies pré­da­trices de mâles imma­tures et petits mâles regrou­pées sous la notion de « kleptogamie ».

Non seule­ment com­pa­rer ce que l’on nomme aujourd’­hui tran­si­den­ti­té — soit des com­por­te­ments rituels d’inversion sexuelle qui se tra­duisent par l’adoption d’un ensemble de sté­réo­types cos­mé­tiques et com­por­te­men­taux[6] — à des fins repro­duc­tives pour les mâles du monde ani­mal marin et rep­ti­lien est d’une absur­di­té sans bornes, mais en plus, ces com­pa­rai­sons fal­la­cieuses et sélec­tives visent à camou­fler ce que les acti­vistes pla­to­ni­ciens sou­haitent nous faire oublier : la sexua­li­té. La leur. Qu’ils sont mal­gré tout bel et bien incar­nés dans leur corps, ce corps qu’ils détestent par­fois jusqu’à vivre en réelle souf­france psy­chique — ce que l’on appelle dys­pho­rie sexuelle et qui est consi­dé­ré comme une mala­die men­tale —, ce corps qui reste tou­te­fois pro­gram­mé par l’évolution pour la trans­mis­sion de ses gènes et, donc, pour le coït. L’hypersexualisation de ces corps jusqu’au gro­tesque tend à nous anes­thé­sier et nous faire oublier que le moteur prin­ci­pal de ces com­por­te­ments d’inversion reste la sexua­li­té, le sexe. Le sexe qu’ils pré­tendent effa­cer et vider de toute réalité.

Audrey A.

PS 1 : La misan­drie ridi­cu­lise les mau­vais hommes, la miso­gy­nie tue n’importe quelle femme.

PS 2 : la vie sexuelle des pois­sons est au moins aus­si fas­ci­nante que celle des mouches. Très sérieu­se­ment ! Les mouches et la course à l’ar­me­ment du sperme toxique dont l’anthropologue Sarah Hrdy fait un réca­pi­tu­la­tif dans son ouvrage Mother nature : A His­to­ry of Mothers, Infants, and Natu­ral Selec­tion (Les Ins­tincts mater­nels) donne un éclai­rage édi­fiant sur la guerre des sexes et la sélec­tion sexuelle.

https://www.livescience.com/21374-cuttlefish-gender-bending-disguise.html


  1. Je fais réfé­rence ici à la ver­sion du récit attri­bué à Pla­ton dans le dia­logue du Phé­don. Son récit de la métem­psy­chose ne sera pas le même dans La Répu­blique ni dans le Phèdre. La migra­tion des âmes n’est pas propre au pla­to­nisme et le pré­cé­dait. Admi­rons tout de même la ver­sion chré­tienne qui for­mu­la le pur­ga­toire et per­mis aux fidèles sou­cieux de leur âme d’insérer des jetons cou­teux au lavo­ma­tique – autre­ment connues comme « indul­gences ».
  2. Why does he do that : Inside the Minds of Angry and Control­ling Men. La tra­duc­tion fran­çaise est ce moment même en train d’être édi­tée.
  3. Un espace hypo­thé­tique dans lequel les lois phy­siques fon­da­men­tales n’au­raient pas cours.
  4. https://www.nature.com/articles/news050117‑9
  5. https://www.partage-le.com/2022/01/06/legalite-des-sexes-nous-a-rendus-humains-une-reponse-au-texte-comment-changer-le-cours-de-lhistoire-de-david-graeber-david-wengrow-par-camilla-power/
  6. Vête­ments et atti­tudes de la fémi­ni­té arché­ty­pale en occi­dent : blon­deur, gros seins, talons haut, robe, maquillage, auto-por­ni­fi­ca­tion du corps, sou­mis­sion, manié­risme, etc. La fémi­ni­té est donc un construit social pro­duit par les hommes d’une socié­té andro­cen­trée et patriar­cale, main­te­nant décon­nec­té de tout pro­ces­sus phy­sio­lo­giques et bio­lo­giques réels, et que les femmes sont for­cées d’adopter, qu’elles le veuillent ou non, pour ne pas être ostra­ci­sées de leur com­mu­nau­té hété­ro­nor­ma­tive. Dans d’autres par­ties du monde, l’adoption des normes de la fémi­ni­té se fait au tra­vers de mesures de coer­ci­tion plus radi­cales telles que le viol cor­rec­tif, le fémi­cide, le jet d’acide, l’immolation, l’enfermement,…

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