Contre Steven Pinker et le mythe du déclin de la violence humaine

Beau­coup d’entre vous ont sûre­ment déjà été confronté·es à l’idée selon laquelle, tout de même, aujourd’hui, les choses vont mieux qu’« avant » ! L’existence humaine, notam­ment, serait net­te­ment moins vio­lente. Com­po­sante de l’idéologie plus vaste du Pro­grès — l’idéologie domi­nante dans la civi­li­sa­tion indus­trielle —, l’idée d’un long déclin de la vio­lence humaine est notoi­re­ment défen­due, depuis des années, par « l’un des pen­seurs les plus influents de la pla­nète » (L’Express) : le célèbre psy­cho­logue états-unien Ste­ven Pinker.

Pin­ker a même écrit un livre afin de pro­mou­voir cette idée. Livre qui est paru en anglais en 2011 et en 2017 en fran­çais, sous le titre La Part d’ange en nous (avec une pré­face du boud­dhiste le plus télé­vi­sé de France, le très grand sage Mat­thieu Ricard). Bill Gates le consi­dère comme l’ouvrage le plus ins­pi­rant qu’il a jamais lu. Les médias de masse l’ont glo­ba­le­ment encensé.

En 2012, avec David Peter­son, un jour­na­liste de Chi­ca­go, Edward Her­man (l’auteur prin­ci­pal du célèbre livre Fabri­quer un consen­te­ment, co-écrit avec Noam Chom­sky) publiait une cri­tique cin­glante de l’ouvrage de Pin­ker et de ses prin­ci­pales thèses. Car non, la pré­his­toire humaine n’était pas un concen­tré de vio­lences. Non, l’existence humaine n’est pas de plus en plus heu­reuse et paci­fique. Sous le règne du capi­ta­lisme indus­triel mon­dia­li­sé, il est d’ailleurs plus dif­fi­cile de déter­mi­ner ce qui n’est pas vio­lence que ce qui est violence.

Bien évi­dem­ment, le livre de Peter­son et Her­man, dans lequel ils exposent les allé­ga­tions de Pin­ker comme des ten­ta­tives de ratio­na­li­ser, d’avaliser et de célé­brer l’expansion de la civi­li­sa­tion (occi­den­tale, indus­trielle), n’eut pas droit au moindre espace médiatique.

Mieux vaut tard que jamais, il vient de paraître en fran­çais aux édi­tions Libre, aug­men­té de quelques annexes. Et notam­ment de deux textes d’anthropologues états-uniens — Dou­glas P. Fry et Brian R. Fer­gu­son — qui reviennent sur les affir­ma­tions de Pin­ker concer­nant la pré­his­toire humaine et la vio­lence dans les socié­tés dites « tra­di­tion­nelles » (y com­pris dans les socié­tés de chasseurs-cueilleurs).

Pour vous le pro­cu­rer, c’est par ici : https://www.editionslibre.org/produit/deni-de-realite-steven-pinker-le-mythe-du-declin-violence-humaine-l-apologie-de-la-violence-imperialiste-occidentale-david-peterson-edward-s-herman/

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  1. “Les Etats-Unis d’A­mé­rique forment un pays qui est pas­sé direc­te­ment de la bar­ba­rie à la déca­dence sans jamais avoir connu la civi­li­sa­tion.” O. Wilde

  2. Wilde me fait pen­ser à une réflexion qui concerne une bonne par­tie du Monde et son his­toire : pas­ser de la longue et lente entre­prise néguen­tro­pique à la brève et subite néga­tion anthro­pique. Le pro­grès prend du temps, le régrès l’an­ni­hile, dirait E. Reclus (qui met­tait l’ac­cent aigu sur ce dernier).

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