Les « garçons manqués » sont des filles réussies, nul besoin de les médicaliser (par Colin Wright)

Tra­duc­tion d’un article de Colin Wright (bio­lo­giste de l’é­vo­lu­tion états-unien) paru le 22 sep­tembre 2022 à l’adresse sui­vante.


Le chan­ge­ment ter­mi­no­lo­gique à l’o­ri­gine de la pres­sion pour « trai­ter » la non-confor­mi­té au rôle socio-sexuel par la chi­rur­gie ou les hormones.

Le nombre de jeunes Amé­ri­cains qui se décrivent comme « trans­genres » a explo­sé au cours de la der­nière décen­nie. Il s’est vu mul­ti­plié par un fac­teur de 20 à 40, selon les don­nées d’o­rien­ta­tion des cli­niques spé­cia­li­sées dans les ques­tions de genre et un récent rap­port du Williams Ins­ti­tute basé sur les enquêtes des Cen­ters for Disease Control and Pre­ven­tion (les « Centres pour le contrôle et la pré­ven­tion des mala­dies », qui forment ensemble la prin­ci­pale agence fédé­rale des États-Unis en matière de pro­tec­tion de la san­té publique, NdT). Pour­quoi ? Jody Her­man, auteur du rap­port, qua­li­fie cette ques­tion de « décon­cer­tante ». Eri­ca Ander­son, psy­cho­logue cli­ni­cienne, a affir­mé sur Twit­ter que cette aug­men­ta­tion « défie toute expli­ca­tion. […] Il se passe quelque chose que nous ne com­pre­nons pas encore. »

Les deux prin­ci­pales expli­ca­tions avan­cées sont une plus grande accep­ta­tion et une conta­gion sociales. Les deux sont pro­ba­ble­ment des fac­teurs contri­bu­tifs, mais je pense que la rai­son prin­ci­pale est plus simple. Elle se résume à un chan­ge­ment de terminologie.

Jus­qu’à récem­ment, le terme « trans­sexuel » fai­sait réfé­rence aux per­sonnes qui s’identifient au sexe oppo­sé, qui ont un désir d’être du sexe oppo­sé ou même un diag­nos­tic de dys­pho­rie de genre. Le terme « trans­genre », désor­mais pri­vi­lé­gié, est beau­coup plus large. Il englobe la simple non-confor­mi­té aux rôles socio-sexuels tra­di­tion­nels rigides (c’est-à-dire la non-confor­mi­té à la mas­cu­li­ni­té pour les garçons/hommes et à la fémi­ni­té pour les filles/femmes ; en fran­çais, on parle désor­mais de « variance de genre » ou de « non-confor­mi­té de genre » (NdT)). Si vous êtes un « gar­çon man­qué » ou un (vrai) gar­çon effé­mi­né — si votre expres­sion ou votre com­por­te­ment dif­fère de ce qui est « typi­que­ment asso­cié » à votre sexe sur la base des « attentes tra­di­tion­nelles » — vous êtes trans­genre. Pas éton­nant que tant de jeunes s’imaginent avoir besoin d’une aide médi­cale afin de « cor­ri­ger » leur sexe.

Cette idée est pro­pa­gée par d’im­por­tantes orga­ni­sa­tions scien­ti­fiques et médicales :

  • Le plan­ning fami­lial [Plan­ned Paren­thood, l’équivalent états-unien du plan­ning fami­lial, NdT], qui four­nit des ser­vices aux patients trans­genres dans tous ses éta­blis­se­ments, se décri­vait lui-même en 2020 comme le « deuxième plus impor­tant four­nis­seur amé­ri­cain de soins hor­mo­naux d’af­fir­ma­tion du genre ». Son site web défi­nit le « genre » comme « un sta­tut social et juri­dique, et un ensemble d’at­tentes de la socié­té, concer­nant les com­por­te­ments, les carac­té­ris­tiques et les pen­sées » et affirme qu’« il s’a­git plu­tôt de la façon dont on attend de vous que vous agis­siez, en rai­son de votre sexe ». La « bina­ri­té de genre » est défi­nie comme « l’i­dée selon laquelle le genre est stric­te­ment une option de type mâle/homme/masculin ou femelle/femme/féminin basée sur le sexe assi­gné à la nais­sance », et la « non-bina­ri­té » comme un « rejet de l’hy­po­thèse de la bina­ri­té de genre selon laquelle que le genre est stric­te­ment une option de type mâle/homme/masculin ou femelle/femme/féminin basée sur le sexe assi­gné à la naissance ».
  • L’A­me­ri­can Psy­cho­lo­gi­cal Asso­cia­tion, qui éta­blit les normes de la pra­tique cli­nique aux États-Unis, défi­nit le terme « trans­genre » comme « un terme géné­rique pour les per­sonnes dont l’i­den­ti­té de genre, l’ex­pres­sion de genre ou le com­por­te­ment n’est pas conforme à ce qui est typi­que­ment asso­cié au sexe qui leur a été assi­gné à la nais­sance ». L’En­do­crine Socie­ty, la plus ancienne et la plus vaste orga­ni­sa­tion au monde dédiée à la pra­tique et à la recherche en méde­cine hor­mo­nale, uti­lise un lan­gage presque iden­tique. Même chose pour l’A­me­ri­can Psy­chia­tric Asso­cia­tion, dont la défi­ni­tion de l’« expres­sion de genre » est « la mani­fes­ta­tion exté­rieure du genre d’une per­sonne, qui peut ou non reflé­ter son iden­ti­té de genre inté­rieure en fonc­tion des attentes traditionnelles ».
  • Le CDC, qui pré­tend être « la prin­ci­pale orga­ni­sa­tion fon­dée sur la science et les don­nées, four­nis­sant des ser­vices et pro­té­geant la san­té publique », défi­nit le terme « trans­genre » comme « un terme géné­rique pour les per­sonnes dont l’i­den­ti­té ou l’ex­pres­sion de genre (mas­cu­lin, fémi­nin, autre) est dif­fé­rente de leur sexe (homme, femme) à la naissance ».

Les hôpi­taux ne font pas mys­tère de leur médi­ca­li­sa­tion de la non-confor­mi­té. Le Pro­gramme de san­té d’affirmation du genre de l’u­ni­ver­si­té de Cali­for­nie à San Fran­cis­co pro­pose des consi­dé­ra­tions rela­tives à la « tran­si­tion hor­mo­nale et chi­rur­gi­cale » pour « les per­sonnes qui ne vivent pas dans le cadre de la bina­ri­té de genre », ce qui com­prend, selon eux, les per­sonnes qui s’i­den­ti­fient comme « gen­der­queer, non-conformes de genre et de genre non-binaire ». L’hô­pi­tal pour enfants de Chi­ca­go affirme que ses patients com­prennent des « enfants expan­sifs de genre ou non conformes au genre », qu’il défi­nit comme « des enfants et des ado­les­cents qui pré­sentent un com­por­te­ment aty­pique du sexe qui leur a été attri­bué à la naissance ».

La pra­tique consis­tant à assi­mi­ler non-confor­mi­té aux rôles socio-sexuels et trans­gen­risme s’est déve­lop­pée pro­gres­si­ve­ment, par le biais d’un pro­ces­sus régle­men­taire com­pli­qué impli­quant des déci­sions de jus­tice et des direc­tives bureau­cra­tiques édic­tées sous l’influence de groupes de pres­sion mili­tant en faveur des « droits des trans ». Emprun­té au mou­ve­ment juri­dique des femmes, le concept de la non-confor­mi­té a été conçu au début des années 2000 et conso­li­dé pen­dant l’ère Oba­ma afin de per­mettre aux juges et aux bureau­crates de l’Of­fice fédé­ral des droits civils de contour­ner les pro­cé­dures d’é­la­bo­ra­tion des règles et de for­cer les écoles, sous peine de vio­ler le Titre IX, à s’en remettre à l’au­to-décla­ra­tion de genre de leurs élèves.

Nous devrions faire preuve de com­pas­sion et d’acceptation à l’égard des enfants non-conformes aux sté­réo­types socio-sexuels tra­di­tion­nels. L’i­déo­lo­gie trans­genre fait le contraire. Lors­qu’un enfant se déclare trans­genre, s’ensuit sou­vent une visite dans une cli­nique spé­cia­li­sée dans le genre, où un thé­ra­peute pra­ti­quant l’« affir­ma­tion de genre » pour­ra lui pres­crire des blo­queurs de puber­té, des hor­mones de l’autre sexe et même une inter­ven­tion chi­rur­gi­cale afin de « répa­rer » ce déca­lage per­çu entre « l’i­den­ti­té de genre » (c’est-à-dire les rôles et sté­réo­types socio-sexuels conven­tion­nels, la mas­cu­li­ni­té ou la fémi­ni­té) et le sexe bio­lo­gique de l’enfant.

Sur le seul plan concep­tuel, il s’a­git d’une régres­sion extrême. Cela équi­vaut à reje­ter des décen­nies de tra­vail des mili­tantes pour les droits des femmes qui, à juste titre, ont com­bat­tu les idées sexistes et oppres­sives que consti­tuent les rôles socio-sexuels tra­di­tion­nels et se sont bat­tues afin de per­mettre aux indi­vi­dus qui ne s’y conforment pas de ne pas subir de stig­ma­ti­sa­tion sociale. Pres­crire des inter­ven­tions chi­rur­gi­cales et des médi­ca­ments aux effets irré­ver­sibles pour le corps à des enfants — pour la rai­son qu’ils ne s’y conforment pas — est un scan­dale médi­cal d’une ampleur effrayante.

Colin Wright


Tra­duc­tion : Nico­las Casaux

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