Devenir vraiment soi-même en mutilant son corps sain ? (par Nicolas Casaux)

Sidhbh Gal­la­gher est une chi­rur­gienne plas­tique exer­çant à Mia­mi, aux États-Unis.

Depuis quelques années, elle s’est spé­cia­li­sée, entre autres choses, dans l’excision de la poi­trine — par­fai­te­ment saine — de filles et de femmes se pen­sant trans, atteintes d’une « dys­pho­rie de genre ». Cette opé­ra­tion porte divers noms aujourd’hui, on parle de double mas­tec­to­mie ou de double mam­mec­to­mie, ou, pour édul­co­rer la réa­li­té de l’affaire, de tor­so­plas­tie ou de masculoplastie.

Pour Gal­la­gher, ce tra­vail semble tout à fait plai­sant et même amu­sant. Elle expose tran­quille­ment toutes ses opé­ra­tions sur les réseaux sociaux (pho­tos en cou­ver­ture) et publie même des pho­tos et des vidéos d’elle en train de bla­guer sur le sujet. Comme celle (dans le lot ci-après) où on la voit faire la moue, avec écrit : « Just rea­li­zed I only get to yeet 4 teets next week », soit « je viens de réa­li­ser que je ne vais jar­ter que 4 seins la semaine pro­chaine ». Son acti­vi­té pro­li­fique sur inter­net lui vaut d’être aujourd’­hui sui­vie par plus de 270 000 per­sonnes sur Tik­Tok et d’être une des chi­rur­giennes les plus connues aux États-Unis (et ailleurs) dans ce domaine.

En 2021, elle a publié un livre inti­tu­lé Affir­med : An Inclu­sive Guide to Medi­cal and Sur­gi­cal Tran­si­tion (« Affir­mé : Un guide inclu­sif de la tran­si­tion médi­cale et chi­rur­gi­cale »). Sur la pho­to ci-des­sous, on la voit d’ailleurs poser avec une de ses patientes en train de pro­mou­voir son livre.

Depuis 2015, elle a effec­tué plu­sieurs cen­taines d’opérations de chi­rur­gie d’« affir­ma­tion de genre », y com­pris sur des mineures (sa plus jeune patiente avait 13 ans).

Dans presque tous les cas, si ces jeunes décident de muti­ler leurs corps sains, c’est parce qu’elles (ou ils) mécon­naissent cer­taines réa­li­tés bio­lo­giques et sociales cru­ciales, et qu’elles (ou ils) sont sous l’influence d’un ensemble d’idées absurdes et dan­ge­reuses véhi­cu­lé par des asso­cia­tions, des groupes et des indi­vi­dus pro­sé­lytes de l’idéologie transgenre.

Même cer­taines per­sonnes qui se disent trans le dénoncent (on a cepen­dant du mal à com­prendre pour­quoi elles se disent tout de même trans). Par exemple, un article inti­tu­lé « Le mythe du mau­vais corps », paru sur le site La Vie des Idées, expo­sant les prin­ci­pales thèses du livre A la conquis­ta del cuer­po equi­vo­ca­do (« À la conquête du mau­vais corps ») de Miquel Mis­sé, qui se défi­nit comme un « homme trans », explique :

« La tra­jec­toire qui abou­tit à deve­nir trans est en rap­port avec la rigi­di­té des genres : si les deux seuls modèles sont ceux de l’homme mas­cu­lin et de la femme fémi­nine, le malaise à vivre son modèle “natu­rel” conduit auto­ma­ti­que­ment à choi­sir l’autre modèle. […] 

En éta­blis­sant un diag­nos­tic psy­chia­trique (trouble de l’identité de genre) et sur­tout en pro­po­sant une réponse (la modi­fi­ca­tion cor­po­relle), les psy­chiatres et les méde­cins empêchent de sur­mon­ter le malaise avec son propre corps d’une autre manière. Les per­sonnes trans sont ain­si déres­pon­sa­bi­li­sées. Dès lors, la réponse semble être “natu­rel­le­ment” le che­min pro­po­sé par le para­digme médi­cal : hor­mones, opé­ra­tions. Selon Mis­sé, ce récit du mau­vais corps a un autre incon­vé­nient : il empêche de pen­ser au poids des normes sociales – or, faire appel à une ana­lyse socio­lo­gique est très impo­pu­laire dans le milieu trans, rappelle-t-il.

Le mar­ché médi­cal, et en par­ti­cu­lier la chi­rur­gie plas­tique, a trou­vé dans ce milieu un cré­neau facile à exploi­ter. Les chi­rur­gies de réas­si­gna­tion sexuelle sont rem­bour­sées en Espagne depuis 2008, et les listes d’attente sont longues. »

Le « mythe du mau­vais corps » demeure mal­heu­reu­se­ment une idée pré­do­mi­nante dans les asso­cia­tions et les groupes tran­sac­ti­vistes, c’est même une des pseu­do-expli­ca­tions du trans­gen­risme les plus dif­fu­sées (sinon la plus dif­fu­sée) dans les médias.

Et c’est ain­si qu’un cer­tain nombre de jeunes finissent par croire qu’elles (ou ils) sont nées dans le mau­vais corps pour la rai­son qu’elles (ou ils) sont davan­tage atti­rées par les sté­réo­types asso­ciés au sexe qui n’est pas le leur (par exemple, pour une femme, parce qu’elle aime le foot­ball, la bière, la boxe, qu’elle déteste les talons, le maquillage, etc.).

Ces jeunes qui se découvrent « non-conformes de genre » ou « de genre non-conforme », aux­quelles on explique qu’elles (ou ils) pré­sentent une « non-confor­mi­té de genre », se voient alors pro­po­ser un par­cours médi­co-chi­rur­gi­cal offrant de confor­mer leur corps à leur « genre », à leur esprit (à leurs pré­fé­rences ves­ti­men­taires, pro­fes­sion­nelles, musi­cales, etc.) par des chi­rur­giens dépour­vus d’éthique (véri­tables criminels).

On fait dif­fi­ci­le­ment pire natu­ra­li­sa­tion des sté­réo­types socio-sexuels contre lequel les fémi­nistes se battent depuis des décennies.

Comme l’écrit la détran­si­tion­neuse écos­saise Sinead Wat­son, qui a elle-même subit une double mas­tec­to­mie à 26 ans : « Disons les choses hon­nê­te­ment : il s’agit de mal­trai­tance sur mineur. Com­ment osez-vous prendre une per­sonne qui a encore mani­fes­te­ment tant de déve­lop­pe­ments phy­siques et men­taux devant elle et [pré­tendre] qu’elle com­prend les rami­fi­ca­tions à long terme et irré­ver­sibles du trai­te­ment hor­mo­nal et des chi­rur­gies ? Com­ment osez-vous alté­rer le corps d’une per­sonne par la chi­rur­gie alors que son corps n’a pas encore fini de se déve­lop­per ? Cette pra­tique est cruelle. »

Avec Audrey A., nous dis­cu­tons tout ça plus en détail dans un texte publié sur ce site il y a quelques semaines. Extrait :

« […] on constate que ces femmes éprouvent un pro­fond malaise vis-à-vis du genre, vis-à-vis des “valeurs et repré­sen­ta­tions” asso­ciées aux sexes (homme et femme), autre­ment dit, vis-à-vis des rôles socio­sexuels éta­blis et impo­sés dans la civi­li­sa­tion indus­trielle (éta­blis et impo­sés par les hommes, puisque la civi­li­sa­tion indus­trielle est une socié­té andro­cra­tique, conçue par et pour les hommes). Leur corps n’est donc pas le pro­blème. Elles sont nées dans la mau­vaise socié­té, pas dans le “mau­vais corps”. »

*

Un pro­blème social est tra­ves­ti en pro­blème indi­vi­duel. Et au lieu de chan­ger la socié­té, on mutile le corps des gens.

Nico­las Casaux

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