À propos de ces youtubeurs qui font la promotion de l’écologie capitaliste (par Nicolas Casaux)

Pré­ci­sion limi­naire : À chaque cri­tique for­mu­lée envers une per­son­na­li­té média­tique de l’é­co­lo­gie, un cer­tain type de com­men­taires — assez décon­cer­tants — paraît imman­qua­ble­ment pour enjoindre les éco­lo­gistes radi­caux à res­pec­ter (c’est-à-dire ne pas cri­ti­quer) les plus modé­rés. Comme une sorte d’injonction à ne pas trop réflé­chir, à ne pas trop penser.

Que les per­sonnes se défi­nis­sant comme éco­lo­gistes le recon­naissent ou non, les mul­tiples col­lec­tifs, asso­cia­tions et orga­ni­sa­tions que l’on asso­cie à cette mou­vance sont loin de par­ta­ger les mêmes objec­tifs. Cer­tains d’entre eux, réfor­mistes, pensent qu’il faut tra­vailler au ver­dis­se­ment du capi­ta­lisme (pro­mo­tion des éner­gies renou­ve­lables, etc.), et le rendre plus humain (avec l’é­co­no­mie sociale et soli­daire, etc.) et ce, en res­pec­tant les modes d’action qu’il pro­pose (consom­ma­tion, vote, mani­fes­ta­tion non vio­lente, recours en jus­tice). D’autres, plus radi­caux, consi­dèrent que la socié­té indus­trielle forme un tout irré­for­mable, que le pro­blème réside dans les ins­ti­tu­tions, les struc­tures de pou­voir et d’op­pres­sion, qu’il s’a­git de com­battre par des actions poli­tiques (grève, blo­cage, sabo­tage, etc.).

Chaque jour, l’é­tat de la pla­nète empire. Or, nous n’avons pas le temps, ou plu­tôt, nous n’avons plus le temps, il faut dès à pré­sent pré­pa­rer la contre-attaque (car il s’a­git bien d’une guerre contre le vivant). Et celle-ci se mène d’abord sur le ter­rain des idées, dans nos théo­ries et dans le constat que nous fai­sons de la situa­tion, dont découlent les objec­tifs que nous conce­vons et la stra­té­gie que nous envi­sa­geons[1]. Il sem­ble­rait que la majo­ri­té des mili­tants ne se sont pas véri­ta­ble­ment posés la ques­tion des objec­tifs, et de la stra­té­gie à adop­ter pour les atteindre.

Consi­dé­rer qu’un mou­ve­ment de défense du monde natu­rel pour­rait être com­po­sé d’une branche capi­ta­lo-com­pa­tible et d’une autre anti­ca­pi­ta­liste, cela revient à croire qu’un mou­ve­ment pour l’é­man­ci­pa­tion des femmes pour­rait se construire avec des hommes mas­cu­li­nistes, ou qu’un mou­ve­ment pour l’é­man­ci­pa­tion des Noirs pour­rait se construire avec des membres du Ku Klux Klan, ou qu’un mou­ve­ment pour l’émancipation des tra­vailleurs pour­rait se construire avec le Medef. C’est sim­ple­ment absurde.

Un rap­pro­che­ment entre modé­rés et radi­caux n’est pos­sible qu’en fonc­tion d’objectifs communs.

***

Le 12 sep­tembre 2018, plu­sieurs you­tu­beurs éco­los rela­ti­ve­ment à la mode se sont asso­ciés pour orga­ni­ser la dif­fu­sion en direct d’une vidéo sur inter­net, la pre­mière édi­tion de ce qu’ils ont déci­dé d’appelé un JTerre, en réfé­rence au jour­nal télé­vi­sé (JT). Ain­si, le JTerre est « un pro­jet indé­pen­dant fran­co-bel­go-suisse, por­té par Fran­çois Legrand (Per­ma­ve­nir) et Féli­cien Bogaerts (Le Biais Vert), avec la par­ti­ci­pa­tion de Mr Mon­dia­li­sa­tion, La Relève et la Peste, Les Para­sites, Par­ta­ger c’est Sym­pa, Posi­ti­vR, Pro­fes­seur Feuillage, En Vert et Contre Tout, La Barbe, Sor­tez tout vert et Edeni ».

Cette pre­mière édi­tion de leur JTerre était cen­trée sur « la des­truc­tion de la bio­di­ver­si­té et la jus­tice cli­ma­tique ». S’il est tout à fait louable de se sou­cier de la situa­tion socioé­co­lo­gique et de vou­loir par­ti­ci­per au débat visant à la résoudre, leur approche pré­sente plu­sieurs sérieux pro­blèmes, à com­men­cer par un manque de sérieux frappant.

S’il est pos­sible et cer­tai­ne­ment sou­hai­table d’insuffler un humour fin et intel­li­gent dans la dis­cus­sion des pro­blèmes socioé­co­lo­giques de notre temps, les trai­ter entiè­re­ment sur le ton de la rigo­lade, de la blague, s’acharner à rendre fun tout ce qui s’y rap­porte, c’est ver­ser dans un excès où la déri­sion relève de l’indécence. La des­truc­tion du monde n’est pas drôle. La des­truc­tion des habi­tats des nom­breuses espèces vivantes non plus. La pau­vre­té et les inéga­li­tés sociales, idem. Le ton et la forme employés au cours du JTerre laissent sou­vent à dési­rer. Il n’est ni néces­saire ni sou­hai­table de dis­cu­ter de ces sujets à la manière d’une mau­vaise émis­sion de télé-réa­li­té amé­ri­caine. Mais si la forme laisse à dési­rer, le conte­nu n’est pas en reste.

En ce qui concerne le fond, le pre­mier pro­blème, c’est que nos you­tu­beurs ne for­mulent pas d’analyse claire de la situa­tion. Ils embrayent direc­te­ment sur divers pro­blèmes plus ou moins spé­ci­fiques et se demandent com­ment les résoudre. Mais sans poser de diag­nos­tic, sans déter­mi­ner la cause des pro­blèmes, sans cibler le sys­tème éco­no­mique domi­nant — le capi­ta­lisme[2] —, ou l’organisation sociale pla­né­taire dans laquelle il s’inscrit et qu’il per­pé­tue — la civi­li­sa­tion indus­trielle —, sans dénon­cer le carac­tère intrin­sè­que­ment nui­sible et insou­te­nable de l’industrialisme, sans consta­ter le carac­tère anti­dé­mo­cra­tique de la moder­ni­té[3], sans sou­li­gner que le sys­tème judi­ciaire sert avant tout les cor­po­ra­tions et les entre­prises, dif­fi­cile de pro­po­ser des solu­tions judicieuses.

C’est peut-être pour ça que tout au long du JTerre, tout ce qui est sug­gé­ré, ou presque, relève du chan­ge­ment indi­vi­duel par une meilleure consom­ma­tion, plus éthique, plus sou­te­nable, plus bio — une fausse solu­tion, que même ses anciens pro­mo­teurs, comme Cyril Dion, patron des Coli­bris et cham­pion de l’é­co­ca­pi­ta­lisme, com­mencent à désa­vouer (voir son livre Petit manuel de résis­tance contem­po­raine). Hélène de Ves­tele, une des you­tu­beuses du JTerre, est d’ailleurs à la tête d’une entre­prise appe­lée Ede­ni, qui pro­pose dif­fé­rentes for­mules de « boot­camps » (des stages) payants, visant à « apprendre quels sont les bons et les mau­vais réflexes de consom­ma­tion ». La pre­mière for­mule, le « Boot­camp online », coûte 299€, et com­prend « 6 soi­rées de for­ma­tion com­plète », « le pro­gramme de mails et d’exercices quo­ti­diens », « l’accès à vie au drive avec les work­books et toute la base docu­men­taire » et « l’accès pri­vi­lé­gié à la com­mu­nau­té des ede­niens ». La seconde for­mule, plus com­plète, le « Boot­camp inté­gral », coûte 499€. Et la troi­sième, encore plus com­plète, coûte 1699€, mais vous donne droit à « la co-construc­tion idi­vi­duelle [indi­vi­duelle] avec Hélène De Ves­tele de [votre] pro­jet de vie », et à « un accom­pa­gne­ment per­son­nel par un coach pour le mettre en œuvre ». For­mi­dable. La même Hélène de Ves­tele nous explique que ce qu’il fau­drait faire, c’est « ache­ter mieux, mais moins, pour s’y retrou­ver en termes de bud­get », etc.

Un autre type de solu­tion est éga­le­ment sug­gé­ré, en plus de la consom­ma­tion meilleure et bio : les pour­suites en jus­tice. Si cette « solu­tion » est un peu plus sérieuse que le chan­ge­ment par la consom­ma­tion, son effi­ca­ci­té demeure hau­te­ment dou­teuse, et il vau­drait mieux ne pas trop comp­ter des­sus. Cepen­dant, comme on pou­vait s’y attendre de la part d’un col­lec­tif qui cherche à être posi­tif, enjoué et opti­miste, la juriste Marie Tous­saint, invi­tée du JTerre et Pré­si­dente de l’association Notre Affaire à Tous, pré­sente ce type d’action comme un véri­table moyen d’avoir un impact et de chan­ger les choses. Au pas­sage, elle men­tionne par exemple le pro­cès très média­ti­sé que la ville de New York a inten­té contre l’industrie pétro­lière début 2018, en oubliant de men­tion­ner qu’il s’est sol­dé par un échec com­plet[4] (de nom­breux médias en quête d’informations posi­tives — ça marche bien, ça fait du clic — ont relayé l’initiative du pro­cès mais pas son échec). Un exemple, oui, mais signi­fi­ca­tif de ce que ce genre d’initiative a accom­pli jusqu’ici : rien, ou si peu. Ce qui est tout sauf éton­nant. Ward Chur­chill, un auteur et mili­tant états-unien d’origine amé­rin­dienne, l’exprime bien (en fai­sant ici réfé­rence au contexte de la lutte des Amé­rin­diens contre le géno­cide ini­tié par les pre­miers colons euro­péens, et qui est encore en cours, mais son pro­pos est géné­ra­li­sable à toutes les autres luttes contre la civi­li­sa­tion industrielle) :

« Aucune cam­pagne de péti­tion ne dis­sou­dra le sta­tu quo. Aucun pro­cès non plus ; vous ne pou­vez pas vous rendre dans le tri­bu­nal du conqué­rant et faire en sorte que celui-ci annonce l’illégitimité de sa conquête et son abro­ga­tion ; vous ne pour­rez faire en sorte qu’une alter­na­tive soit votée, aucune veillée de prière ne fera l’affaire, aucune bou­gie par­fu­mée lors de cette veillée, aucune chan­son de folk, aucun acces­soire à la mode, aucun régime ali­men­taire, aucune nou­velle piste cyclable. Vous devez le dire fran­che­ment : le fait est que cette puis­sance, cette force, cette enti­té, cette mons­truo­si­té appe­lée État, se main­tient par la force phy­sique, et ne peut être contrée qu’à l’aide de ce qu’elle uti­lise, car c’est la seule chose qu’elle com­prenne[5]. »

Le recours juri­dique peut être utile, très utile dans cer­tains cas spé­ci­fiques, mais il est naïf de le consi­dé­rer comme une « solu­tion » aux pro­blèmes socioé­co­lo­giques actuels.

Il y a bien un moment, au milieu de la vidéo, où Hélène de Ves­tele se demande si, quelque part, le pro­blème, ce ne serait pas ce sys­tème qu’on appelle capi­ta­lisme. Ques­tion­ne­ment rapi­de­ment éva­cué par Aman­dine Lebre­ton, de la Fon­da­tion pour la Nature et l’Homme (ex-Fon­da­tion Nico­las Hulot), qui répond que clai­re­ment ce modèle de « j’achète, je consomme et je jette » (qui consti­tue, selon elle, le « fon­de­ment du capi­ta­lisme » [sic]) est un pro­blème, mais qu’on y tra­vaille.

***

De la part de Mathieu Dumé­ry (alias « Pro­fes­seur Feuillage ») on n’attendait pas autre chose que la pro­mo­tion des petits gestes de l’écocitoyen modèle et du chan­ge­ment par la consom­ma­tion. Sa vidéo inti­tu­lée « La vie de bureau » — finan­cée par The Shift Pro­ject, un think tank lui-même finan­cé par EDF, Bouygues, la SNCF et Vin­ci Auto­routes (entre autres), et pré­si­dé par Jean-Marc Jan­co­vi­ci — consti­tuait déjà un plai­doyer pour que l’esclave de bureau modèle opti­mise son empreinte éco­lo­gique afin de sau­ver le monde. À la vue d’une telle menace envers le sta­tu quo, la cor­po­ra­to­cra­tie, l’industrialisme, le capi­ta­lisme, l’esclavage sala­rial, l’imposture démo­cra­tique, etc., la pla­nète jubile et les puis­sants tremblent.

Mani­fes­te­ment, l’é­co­lo­gie selon Mathieu Dumé­ry (« Pro­fes­seur Feuillage »), c’est avant tout l’op­ti­mi­sa­tion de son empreinte éco­lo­gique dans le cadre de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste. Cela peut ser­vir à apai­ser sa conscience, à éco­no­mi­ser quelques sous, à avoir une meilleure san­té, mais cela ne nous aide pas à com­prendre les tenants et les abou­tis­sants de l’é­co­cide et du désastre social en cours, et à éla­bo­rer une stra­té­gie pour y mettre fin.

Idem pour Vincent Ver­zat, qui a ten­dance, avec sa chaîne Par­ta­ger c’est sym­pa, à pro­mou­voir toutes sortes de mesures naïves rele­vant du réfor­misme de la socié­té indus­trielle, comme le bio dans les can­tines, le fait d’al­ler à vélo au tra­vail, etc., qui non seule­ment n’ont aucune chance de rendre la civi­li­sa­tion indus­trielle éco­lo­gique, ou de mettre un terme à sa des­truc­ti­vi­té, mais qui, en outre, occultent les méca­nismes d’op­pres­sion et de coer­ci­tion qui la struc­turent. Pour prendre un seul exemple, rap­pe­lons que l’ins­ti­tu­tion sco­laire est un des pre­miers outils d’en­doc­tri­ne­ment à la solde de l’État-entreprise. Qu’elle serve des repas bios ferait peut-être une dif­fé­rence pour la san­té phy­sique des élèves, mais cela ne chan­ge­rait stric­te­ment rien à sa nature, à sa fonc­tion au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle, et ulti­me­ment, cela ne chan­ge­rait rien au carac­tère pro­fon­dé­ment insou­te­nable de la civi­li­sa­tion — le bio n’est pas syno­nyme de res­pect du monde natu­rel, de pra­tiques sou­te­nables. Ce n’est pas pour rien que ce genre de mesures est pro­mu par l’État.

L’a­na­lyse socioé­co­lo­gique de ces you­tu­beurs est assez proche de celle des grandes ONG éco­los (WWF, Green­peace, etc.). Comme elles, ils ne remettent pas en ques­tion l’État, le mode de vie indus­triel, le capi­ta­lisme (même s’ils pré­tendent par­fois autre­ment). Ils semblent croire que l’on pour­rait rendre éco­lo­gique et démo­cra­tique la socié­té indus­trielle en l’a­mé­na­geant ci et là. Ils n’ont conscience ni de l’im­passe éco­lo­gique dans laquelle elle s’est enfer­mée, ni de l’im­passe anti­so­ciale qu’elle constitue.

On le constate dès le début de leur JTerre, lorsque Féli­cien Bogaerts, le pré­sen­ta­teur prin­ci­pal de l’émission, assi­mile la bio­di­ver­si­té à « notre boîte à outils » et s’inquiète de sa disparition/destruction au motif que cela mena­ce­rait « notre ave­nir ». Cette vision uti­li­ta­riste du monde vivant est une pers­pec­tive très banale dans la socié­té indus­trielle capi­ta­liste. Elle est asso­ciée à ce que Satish Kumar appelle l’écologie super­fi­cielle, pour la dis­tin­guer de l’écologie radi­cale (ou pro­fonde), qui se sou­cie des êtres vivants et des com­mu­nau­tés natu­relles (les éco­sys­tèmes) pour eux-mêmes, et pas en fonc­tion de leur uti­li­té pour nous. Aman­dine Lebre­ton, de la fon­da­tion FNH, ajoute ensuite que la « bio­di­ver­si­té nous apporte des biens et des ser­vices » et men­tionne les fameux « ser­vices éco­sys­té­miques ». Ce vocable, inven­té dans les années 70 et véhi­cu­lé par les pro­mo­teurs de la finan­cia­ri­sa­tion de la nature dans le cadre de l’économie libé­rale et capi­ta­liste, désigne une nou­velle manière d’exploiter et de détruire la nature, très bien étu­diée et dénon­cée par l’ONG du Mou­ve­ment mon­dial pour les forêts tro­pi­cales (WRM en anglais, World Rain­fo­rest Move­ment), qui publie régu­liè­re­ment de très bonnes ana­lyses à son sujet[6].

Un excellent rap­port de Jut­ta Kill pour le WRM (Mou­ve­ment mon­dial pour les forêts tro­pi­cales) sur l’ar­naque des ser­vices éco­sys­té­miques. Cli­quez sur l’i­mage pour le lire.

Enfin, leur JTerre finit par une séquence estam­pillée Posi­ti­vR (ce site web à but lucra­tif qui tire pro­fit des angoisses et des peurs des gens en leur pro­po­sant une « dose quo­ti­dienne d’inspiration posi­tive »), un conden­sé d’informations sup­po­sé­ment géniales mais vrai­sem­bla­ble­ment insignifiantes.

Res­tons-en là. Au bout du compte, à tra­vers les idées du chan­ge­ment par la consom­ma­tion, de la finan­cia­ri­sa­tion de la nature, etc., leur JTerre fait prin­ci­pa­le­ment la pro­mo­tion de la mas­ca­rade éco­lo­giste éla­bo­rée par les ins­ti­tu­tions domi­nantes de la socié­té indus­trielle capi­ta­liste, de l’ONU aux grandes ONG éco­los et à l’État. Ins­ti­tu­tions qui sont les prin­ci­pales res­pon­sables du désastre socioé­co­lo­gique en cours et qu’un mou­ve­ment éco­lo­giste digne de ce nom devrait avoir pour objec­tif de démanteler.

Nico­las Casaux


  1. Voir le tome 1 d’Éco­lo­gie en résis­tance.
  2. https://partage-le.com/2018/09/moins-dhumains-ou-plus-dhumanite-par-yves-marie-abraham/
  3. https://www.youtube.com/watch?v=KVW5ogGDlts
  4. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/climat/new-york-echoue-a-faire-admettre-leur-responsabilite-climatique-aux-geants-du-petrole_126023
  5. Pour aller plus loin : https://partage-le.com/2015/12/le-pacifisme-comme-pathologie-par-derrick-jensen/
  6. Il faut lire, par exemple : https://wrm.org.uy/fr/livres-et-rapports/le-commerce-des-services-ecosystemiques-quand-le-paiement-pour-services-environnementaux-equivaut-a-lautorisation-de-detruire/ & https://wrm.org.uy/fr/les-articles-du-bulletin-wrm/section1/2‑dou-est-venue-lidee-des-services-ecologiques/ Au sujet de la finan­cia­ri­sa­tion de la nature, il est éga­le­ment pos­sible de lire le livre de San­drine Fey­del et Chris­tophe Bon­neuil inti­tu­lé Pré­da­tion : Nature, le nou­vel eldo­ra­do de la finance.

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  1. Je pense que ces You­tu­beurs sont sin­cères dans leur démarche, même si, comme le déplore Casaux, ils sont dans une démarche de joindre l’u­tile à l’a­gréable, un IKIGAI ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Ikigai)
    « ce dont le monde a besoin » OK
    « ce que je suis capable de faire » OK
    « ce que j’aime faire » OK
    « Puis-je en vivre » mouai OK ».
    Ils sont pour la plu­part issus du milieu de l’Au­dio­vi­suel, avec une com­po­sante artis­tique forte + un pro­jet et une véri­table pré­oc­cu­pa­tion éco­lo­giste. Là où le bas blesse c’est qu’ils sont dans une sorte de course à l’au­di­mat, avec des codes visuels qui n’ont rien à envier aux Cypriens, Nor­man qui sont plei­ne­ment la l’é­co­no­mie You­tube et que l’é­co­lo­gie, l’ef­fon­dre­ment deviennent peu à peu des fonds de com­merce, ce qui est pour le moins paradoxal.

  2. J’adhère à 100% à l’ur­gence de déman­te­ler ce sys­tème et à la dénon­cia­tion de ce spec­tacle d’ac­com­pa­gne­ment qui n’est au final qu’un folk­lore de plus pour nous amuser.

    Mais, je ne pense pas qu’il faille sys­té­ma­ti­que­ment oppo­ser choix de vie et acti­visme. Pour ma part, j’ai très sou­vent fait les deux ! 

    Un com­men­taire sur : « le bio n’est pas syno­nyme de res­pect du monde natu­rel ». J’ap­pelle ça une géné­ra­li­té autant que dire l’in­verse le serait. On a un cahier des charges ‑certes très dégra­dé par l’UE- puis ensuite c’est à la bonne conscience. Soit le bio indus­triel pour le pro­fit, soit le pay­san bio enga­gé sin­cè­re­ment (et qui fera sou­vent mieux que ce que le cahier des charges demande — d’ailleurs il y a plein de pay­sans fau­cheurs). Sans par­ler d’a­gri­cul­ture indus­trielle (qui est nulle vu qu’elle est indus­trielle), mais si on s’en tient à une pay­sanne, de proxi­mi­té, entre un bio et un non bio, il y aura bien sou­vent un meilleur impact chez le bio : je l’ai obser­vé. Exemple : entre un éle­veur qui met ses bre­bis uni­que­ment à l’herbe sur ses ter­rains quand un non-bio s’au­to­rise à ache­ter de l’a­li­ment com­po­sé de soja roun­dup rea­dy (qui détruit l’A­mé­rique par les pul­vé­ri­sa­tions de gly­pho­sate), y a pas pho­to. Mais bien sûr, le label ne fait pas tout.

    Puis, un choix de consom­ma­tion peut sim­ple­ment être un choix de boy­cott. Je décide de ne pas ache­ter de pro­duits de chez Coca Cola et si on est plein à le faire, on les fait tom­ber . Ce qui s’ap­pa­rente à du sabo­tage par l’ab­sence de sou­tien et qui n’a rien à voir avec ache­ter du Max Havelard.

    Bien sûr, tout ça ne répond pas aux pro­blé­ma­tiques de manières urgente, alors il fau­dra quand même sabo­ter… et bien sûr dénon­cer ce genre de vidéo à la con comme tu le fais.

    1. Bien d’ac­cord. On n’op­pose pas les deux (Cf. la vidéo sur les douches courtes). Par contre le boy­cott, fran­che­ment, c’est désor­mais une tac­tique assez illu­soire sur­tout en ce qui concerne les immenses mul­ti­na­tio­nales (un petit maga­sin de quar­tier pour­rait souf­frir du boy­cott d’une com­mu­nau­té déter­mi­née mais comp­ter sur les masses pour boy­cot­ter coca cola c’est beau­coup plus douteux).

      1. Jus­te­ment au sujet du boy­cott je me demande s’il y a des études sérieuses à ce sujet. Quand on voit les cris d’ef­froi des patrons de grands maga­sins à cause des blo­cages du 17/11 (manque à gagner…etc), je me dis qu’il y a cer­tai­ne­ment par ce biais là un moyen de fra­gi­li­ser plus qu’on ne l’i­ma­gine la socié­té tech­no­mar­chan­doin­dus­trielle. Si une pro­por­tion non négli­geable de citoyens refuse inté­gra­le­ment la grande dis­tri­bu­tion, les grandes enseignes HiTech, les banques…cela doit finir par avoir un impact. Et c’est cer­tai­ne­ment l’oc­ca­sion de redé­fi­nir ses besoins et par consé­quent son rap­port au tra­vail sala­rié. Cela peut créer des soli­da­ri­tés qui peuvent sti­mu­ler tout un éven­tail de luttes. Non ?

  3. Mer­ci pour cette cri­tique, elle est néces­saire est utile.

    Cepen­dant, je trouve que ce genre de d’i­ni­tia­tive est utile.
    J’ai l’im­pres­sion qu’il y a un che­min per­son­nel à effec­tuer pour deve­nir activiste.
    Ce che­min com­mence par le chan­ge­ment per­son­nel, en tout cas c’est comme cela que ça a com­men­cé pour moi. Bon, c’est peut-être aus­si parce que le sys­tème m’a influen­cé pour com­men­cer par cela.
    Mais est-ce un pro­blème ? C’est une manière douce et acces­sible de com­men­cer à s’en­ga­ger. Parce qu’on a du contrôle sur sa vie et aucun (faci­le­ment en tout cas) sur les gou­ver­ne­ments, les industries.
    Pour moi ces gens sont la porte d’en­trée de l’ac­ti­visme éco­lo­gique, certes leur ana­lyse n’est pas pro­fonde et pas cen­trée sur les racines du mal, mais leur conte­nu attire.
    Les gens com­mencent à entendre par­ler des sujets, des lob­bies, de com­ment nous sommes mani­pu­lés grâce à eux.

    Tiens pre­nons l’exemple de Par­tage C’est Sym­pa. Je te trouve mal­hon­nête sur lui. Dans un cer­tain nombre de ses vidéos il montre des actions de déso­béis­sance civile contre les banques. Il appelle à la mobi­li­sa­tion, à l’ac­tion col­lec­tive. Je ne suis pas convain­cu qu’il soit un simple réfor­miste. Il donne la moti­va­tion, l’en­vie de se bou­ger, il donne de l’espoir.
    Ne penses-tu pas que l’es­poir de réus­sir à chan­ger les choses est impor­tant ? Com­bien de gens sont-ils rési­gnés dans notre socié­té ? D’ex­pé­rience, en France, beaucoup.

    Pour moi, ces gens font par­tie des enti­tés en sur­face dans la stra­té­gie de DGR, celles qui recrutent, qui sont en mesure de mobi­li­ser les gens et de créer une culture de la résis­tance. Ils par­viennent à mettre ces sujets un peu plus au coeur de nos vies en les ren­dant acces­sibles. Tu images si d’en­trée de jeu ils balan­çaient : bon il faut détruire le capi­ta­lisme et la civi­li­sa­tion indus­trielle. Peu de gens les écou­te­rai et sûre­ment encore moins de gens fini­raient pas entendre par­ler de DGR.

    Et oui, ce qu’il font n’est pas suf­fi­sant. Je suis d’ac­cord avec toi que le chan­ge­ment indi­vi­duel ne chan­ge­ra pas le monde et heu­reu­se­ment que tes articles et DGR sont là. Mais pour moi c’est une étape et leur tra­vail n’est pas vain, c’est cela que je regrette dans ton article (et dans d’autres) : soit tu penses sin­cè­re­ment que ce que font ces gens est inutile voir nui­sible pour la lutte, soit tu omets leur utilité.

    1. Je suis d’ac­cord, je n’ai pas nuan­cé ma remarque sur Vincent Ver­zat. Ce qu’il exprime est confus. Il y a effec­ti­ve­ment des choses inté­res­santes mélan­gées à des choses absurdes, inutiles ou contre-productives.

      1. Je par­tage ce constat sur Par­ta­ger c’est sym­pa, je pense que ce genre de mili­tants (car c’est bien ce qu’il est) contri­bue à la sen­si­bi­li­sa­tion du sujet et fina­le­ment à faire glis­ser les gens du simple ‘je vais trier mes déchets et faire ma part’ à un enga­ge­ment plus col­lec­tif et plus radi­cal. Le fait de pro­po­ser « un peu de tout » dans les solu­tions per­met à cha­cun d’y trou­ver son compte pour com­men­cer quelque part.
        J’ai pour ma part décou­vert ce blog il y a quelques jours et vous venez poser des mots sur beau­coup de réflexions qui tournent dans ma tête der­niè­re­ment. Mais il y a un an, j’au­rais été par­fai­te­ment her­mé­tique à tout ça. Il y a 9 mois aus­si, quand j’ai enta­mé une démarche zéro déchet. Il y a 6 mois pro­ba­ble­ment encore quand je com­men­çais tout juste à me dire que chan­ger mon mode de vie ne suf­fi­rait pas et à m’ou­vrir à des sujets plus pro­fonds en lisant les bou­quins de Cyril Dion et Pablo Ser­vigne. Aujourd’­hui je lis ce blog et beau­coup de choses me parlent mais pas le mode d’ac­tion de DGR. Peut être que dans 6 mois ma vision là des­sus aura aus­si changer.
        Tout ça est un pro­ces­sus, que cha­cun a besoin de vivre pour par­ve­nir à accep­ter ce qui est, être capable de remettre en ques­tion ses croyances, de por­ter un regard cri­tique sur les dif­fé­rents sujets. Je pense qu’il ne faut pas sous esti­mer le pou­voir des influen­ceurs « mains­tream » qui choi­sissent de ne pas tout dire de leurs propres convictions.
        je viens d’ailleurs de lire un article de Cyril Dion dont vous n’êtes visi­ble­ment pas le plus grand fan sur la néces­si­té pour les dif­fé­rents mou­ve­ments éco­lo­giques, des plus radi­caux aux plus « grands publics » d’es­sayer de se par­ler, d’é­chan­ger, de construire ensemble pour embar­quer un maxi­mum de per­sonne et pour pro­po­ser aus­si un récit pour demain qui soi mobi­li­sa­teur, dési­rable. C’est ce qui manque à mon sens aujourd’­hui : on nous dit que tout va mal, qu’on va droit dans le mur, qu’il faut faire table rase du sys­tème actuel pour réin­ven­ter autre chose…mais on ne nous dit pas quoi ou ce qu’on nous pro­pose semble tel­le­ment peu enviable que per­sonne n’a envie de faire l’ef­fort de le bâtir. Pour­tant je suis convain­cue qu’on peut pen­ser un autre sys­tème dési­rable, une uto­pie, qui donne aux gens l’en­vie d’a­gir y com­pris à ceux qui refusent d’être dans la lutte et le com­bat et ont envie d’être dans la construction.

  4. Bon­jour,

    Je par­tage votre argu­men­taire qui est tota­le­ment ration­nel et juste d’un point de vue écologique/biologique, logique en fait.

    Cepen­dant je nuan­ce­rais mon pro­pos pour plu­sieurs rai­sons, je m’explique.
    Mal­gré la pro­mo­tion (vou­lue ou non) d’un capi­ta­lisme vert ils ont au moins l’a­van­tage de démo­cra­ti­ser la cause éco­lo­gique en fai­sant « des vues ». Même si leur dis­cours n’est pas tou­jours fon­da­men­ta­le­ment dans le sens opti­mal… il va quand même dans un sens qui se veut meilleur(et ça juste parce qu’il informe au moins sur l’é­tat de la pla­nète et sur les dérives du sys­tème actuel). Je pense qu’il est essen­tiel de ne pas négli­ger le mieux faire au pro­fit du bien faire.
    Je pense que par­mi les nom­breuses vues (plus de 44 000 en très peu de temps quand même), de nom­breuses per­sonnes iront plus loin dans la démarche d’in­for­ma­tion et iront peut être même jus­qu’à dévo­rer tous les articles de ce site (j’ai eu per­son­nel­le­ment une démarche un peu similaire).

    Il y a effec­ti­ve­ment du bon et du moins bon dans leur dis­cours mais ne négli­geons pas ces poten­tiels nou­veaux éco­lo­gistes qui vien­dront s’in­for­mer plus tard, plus en pro­fon­deur, à la racine du pro­blème qui est beau­coup plus com­plexe car civi­li­sa­tion­nel et systémique.

    Actuel­le­ment la majo­ri­té des gens pré­fère une vidéo d’une dizaine de minutes (je ne parle pas du JTerre qui est plus long) qui pré­mâche le tra­vail de réflexion qu’un article qui fait plus de 140 carac­tères. Les gens ont besoin de faire leur propre che­mi­ne­ment intel­lec­tuel. On ne peut pas les for­cer à lire un article qui leur vole­ra 20–30 minutes (voire plus) de leur temps si précieux !

    La ques­tion sous-jacente est de savoir s’il vaut mieux être 100% dans le « vrai » (si tant est que le vrai soit de ce monde) et être peu lu ou faire beau­coup d’au­dience et éveiller des consciences ?

    Quel est le but de ce site si ce n’est pas de partager ?
    Ne négli­gez pas vos futurs lec­teurs qui s’é­veillent à leur rythme. 

    Pierre

    1. Oui, mais la cri­tique sert à ça, il ne faut pas la prendre pour une répu­dia­tion totale, seule­ment comme une cri­tique, c’est-à-dire une invi­ta­tion à faire mieux. Et je pense qu’il vaut évi­dem­ment tou­jours mieux dire la véri­té telle qu’on la com­prend. Quant à l’i­dée qu’ils per­mettent de faire prendre conscience de cer­taines choses, oui et non. Il me semble que cette idée selon laquelle les gens ne seraient pas au cou­rant de ce qui se passe au niveau éco­lo­gique et social est rela­ti­ve­ment fausse. Les médias de masse détaillent les crises éco­lo­giques et sociales depuis déjà long­temps. Les gens savent que la situa­tion est catas­tro­phique, ils sont plu­tôt en quête de « solu­tions ». Et c’est là que ces you­tu­beurs (pas tous, effec­ti­ve­ment, et pas tous autant) les égarent.

      1. Ils sont en quête de « solu­tions » parce que c’est une démarche men­tale saine, il y a un pro­blème, quelles sont les solutions ?

        Bien sûr que les gens savent que la pla­nète se réchauffe, que le plas­tique c’est pas bien etc etc. seule­ment ils n’ont pas encore pris conscience du carac­tère sys­té­mique du pro­blème ils n’ont pas mis le doigt sur les vrais res­pon­sables. Mais ça c’est une ques­tion d’in­for­ma­tion, d’é­du­ca­tion, de socia­li­sa­tion, et sur­tout de par­tage et de communication !
        Tout le monde ne voit pas que la solu­tion est au cœur du pro­blème. Que le pro­blème est la solution.
        Et quand je dis « ils » je parle autant des gens que des youtubeurs.

        Après cela même en ayant pris conscience du vrai pro­blème, com­bien de cou­rage faut-il encore pour l’ap­pli­quer dans sa vie de tous les jours ? Une mai­son, une voi­ture, une famille, com­ment avoir suf­fi­sam­ment de res­sources phy­siques et men­tales pour envoyer tout valser.

        Le pro­blème de cette pla­nète est anthro­pique et cer­tai­ne­ment pas manichéen.

        1. « Les vrais res­pon­sables », mais c’est eux, c’est nous, et cer­tai­ne­ment pas seule­ment le méchant patron de mul­ti­na­tio­nale, ou le méchant pré­sident de la république.

          Les res­pon­sables, c’est tout autant ceux qui consi­dèrent que leur confort est non négo­ciable et qui vont par­tir en vacances en Thaï­lande ou à la Réunion, qui vont s’a­che­ter le der­nier SUV pour aller cher­cher la baguette au coin de la rue, et qui vont vivre à deux dans un pavillon de 200 m², que le pré­sident de l’ONF à qui l’on a deman­dé d’a­li­men­ter la cen­trale de Gar­danne avec les bois du Jura, ou le PDG de Bayer qui cor­rom­pra ce qu’il faut de dépu­tés et de scien­ti­fiques pour s’as­su­rer quelques années de vente sup­plé­men­taires pour son glyphosate.

          On nous dira que les pre­miers ont été endoc­tri­nés par les autres, ce qui est peut-être vrai, mais que je sache nul (à part les lud­dites) n’a beau­coup résis­té à cet endoc­tri­ne­ment, il y a eu consen­te­ment. On pour­rait donc dire à rebours que les seconds, les tech­no­crates, ne font que prendre en charge l’as­pi­ra­tion des masses au confort et au refus de la liber­té. Essayez comme le demande l’as­tro­phy­si­cien à la mode Auré­lien Bar­rau d’im­po­ser de force une réduc­tion dras­tique de la consom­ma­tion (une sorte de dic­ta­ture verte) et vous ver­rez dans quel sens ira la révolution.

          Bref, il faut rap­pe­ler encore ces évi­dences que Ver­gniaud avaient conden­sé en un « les tyrans ne sont grands que parce que nous sommes à genoux », et que la Boé­tie avant lui avait ramas­sé sous cette sen­tence : soyez réso­lus de ne plus ser­vir, et vous voi­la libres ».

          Un mot encore : il faut défi­ni­ti­ve­ment tordre le cou à cette idée des per­ma­cul­teurs : « le pro­blème est la solu­tion ». Parce que cette maxime répé­tée méca­ni­que­ment rend un grand ser­vice à tous ceux qui s’en remettent à la tech­no­lo­gie pour répa­rer les des­truc­tions de… la technologie.

          1. Nous sommes réso­lu­ment d’accord.
            Quand je dis « ils », quand je dis les « gens », je nous inclue dedans.

            Qui sommes nous, à échan­ger et com­mu­ni­quer der­rière nos écrans d’or­di­na­teurs et toute la bulle tech­no­lo­gique que repré­sente le réseau inter­net, pour juger ?

            C’est exac­te­ment la rai­son pour laquelle je dis que cette ques­tion n’est for­cé­ment pas manichéenne !
            Et je ne crois pas qu’il faille tordre le cou à l’i­dée que le pro­blème est la solu­tion… c’est sim­ple­ment une ques­tion de per­cep­tion du sens de cette phrase. Comme je l’ai déjà dit le pro­blème est sys­té­mique et civi­li­sa­tion­nel car il s’at­tache au fan­tasme d’une crois­sance infi­nie avec la tech­no­lo­gie en sacro-sainte entre­prise pour y par­ve­nir. La solu­tion est donc d’ar­rê­ter de faire fonc­tion­ner ce sys­tème. La solu­tion est donc bien dans le problème.

            Plus facile à dire qu’à faire. Je m’en vais éteindre mon ordinateur 😉

            Ami­ca­le­ment.

          2. Abso­lu­ment pas d’ac­cord. « nul (à part les lud­dites) n’a beau­coup résis­té à cet endoc­tri­ne­ment ». C’est faux. Lire Tech­no­cri­tiques de Fran­çois Jar­rige. Ou lire d’autres ouvrages de Jar­rige ou Fres­soz. L’im­po­si­tion de tout le sys­tème tech­noin­dus­triel ne s’est pas faite sans heurts. Les résis­tants n’ont pas du tout été que quelques lud­dites. De même que la révo­lu­tion bour­geoise de 1789 a impo­sé par la force la des­truc­tion des langues ver­na­cu­laires et des pra­tiques etc. La grande majo­ri­té des étapes de la for­ma­tion de la socié­té indus­trielle telle qu’on la connait actuel­le­ment sont indis­so­ciables de l’u­sage de la force (répres­sion éta­tique, etc.) ou de la pro­pa­gande, ou des deux.

          3. @ Nico­las

            Bien sûr, il y a tou­jours des résis­tances dans les marges. Mais il semble assez clair que si la résis­tance à l’in­dus­tria­li­sa­tion avait été majo­ri­taire, il n’au­rait pas suf­fit de répres­sion et d’en­doc­tri­ne­ment pour faire plier les hommes. Si les fameux 0,1% étaient seuls, com­bien de temps res­te­raient-ils au som­met ? Vous savez bien que « le tyran tyran­nise grâce à une cas­cade de tyran­neaux, tyran­ni­sés sans doute, mais tyran­ni­sant à leur tour ». Et cette rami­fi­ca­tion des­cend très bas dans l’é­chelle sociale. On voit bien qu’au­jourd’­hui encore, lorsque Macron lâche ses chiens sur les ZAD ou sur les cor­tèges de manif, la majo­ri­té des fran­çais applaudissent.On veut de l’ordre et de la doci­li­té, et pas qu’en haut de l’échelle.

            A chaque étape il y a un peu de résis­tance, oui, mais sur­tout, au mieux, beau­coup de passivité.

            Je crois que vous sous-esti­mez beau­coup le pou­voir d’at­trac­tion de « l’i­déal bour­geois de confort, sécu­ri­té, assu­rance » dont les hommes s’emparent pour renon­cer au far­deau de la liber­té (Ellul) :  » l’homme n’est pas du tout pas­sion­né par la liber­té, comme il le pré­tend. La liber­té n’est pas chez lui un besoin inhé­rent. Beau­coup plus constants et pro­fonds sont les besoins de sécu­ri­té, de confor­mi­té, d’adaptation, de bon­heur, d’économie des efforts… et il est prêt à sacri­fier sa liber­té pour satis­faire ces besoins. »

            Si les rares résis­tants épris de liber­té et d’au­to­no­mie qui se sont levés à chaque nou­velle étape du pro­ces­sus d’in­dus­tria­li­sa­tion, c’est-à-dire de déshu­ma­ni­sa­tion, ont été sys­té­ma­ti­que­ment défaits, c’est bien parce la masse trou­vait son compte dans le cours des choses. Et si la masse se satis­fait de voir les lud­dites d’hier et d’au­jourd’­hui répri­més, c’est parce qu’elle ne sup­porte pas de voir, dans le miroir d’hommes vou­lant res­ter libre, l’i­mage de sa ser­vi­tude volon­taire. Il lui faut « confort, sécu­ri­té et assu­rance », mais avec l’illu­sion de la liber­té, qui n’est per­mise que si la liber­té réelle est réprimée.

          4. Non, non je com­prends bien et je suis d’ac­cord, l’i­déo­lo­gie des domi­nants est gra­duel­le­ment deve­nue l’i­déo­lo­gie des domi­nés. Évi­dem­ment. Mais sim­pli­fier l’his­toire pour en faire un long fleuve tran­quille, non, ce serait men­tir. Freud (que je n’ap­pré­cie pas plus que ça), le disait bien, « la civi­li­sa­tion est quelque chose d’im­po­sée à une majo­ri­té récal­ci­trante par une mino­ri­té ayant com­pris com­ment s’ap­pro­prier les moyens de puis­sance et de coer­ci­tion ». Mais sur le résul­tat aujourd’­hui, je suis d’ac­cord avec vous. (La cita­tion d’El­lul est un peu vague, il fau­drait pré­ci­ser de quel homme il parle, dans quel contexte, à quel époque).

  5. Bon­jour,
    Pour rebon­dir à ce qui a été dit ci dessous :
    Il y a encore peu de temps, j’é­tais un coli­bri croyant dure comme fer qu’en deve­nant maraî­cher j’al­lais chan­ger le monde. Depuis, j’ai réa­li­sé que cela ne suf­fi­sait pas, mais que c’é­tait pour autant néces­saire, comme une pre­mière étape.
    Bas­cu­ler du « citoyen » au « mili­tant » se fera, je pense, gra­duel­le­ment pour la majo­ri­té des gens. Vous me direz, on ne dis­pose pas de ce temps, soit.
    Par exemple, bon nombre d’a­mis me demande des sources d’in­fos « alter­na­tives ». Et bien aujourd’­hui, je ne par­tage pas tout de suite « par­tage-le » (un comble !!). Cela peut venir par la suite, sui­vant le niveau des dis­cus­sions que l’on aura. Mais le fond est à ce point pous­sé et sans conces­sion (et c’est ce qui le rend si riche), qu’il pour­rait effrayer des per­sonnes de bonne volonté.
    Rien qu’au niveau des termes employés : il faut avoir fait ZAD+4 ou DGR+4 ou je ne sais quel autre « école », pour com­prendre ce qui se dit (et c’est tant mieux car le débat en est enrichi !).

    Même si toutes les ini­tia­tives des you­tu­beurs, coli­bris & co ne chan­ge­ront pas le monde, elles sont le lieu acces­sible d’un éveil qui peut débou­cher sur quelque chose de plus orga­ni­sé. A nous de créer ce quelque chose.

    Pour moi, un des objec­tifs des mili­tants actuels est de per­mettre « l’ac­cueil » des mil­liers de per­sonnes qui découvre le com­post & co aujourd’­hui sur youtube.

    Un grand mer­ci pour ce tra­vail de par­tage et de cri­tiques argumentées.

    1. Et mer­ci à vous. Ces cri­tiques visent jus­te­ment à les ame­ner, si c’est pos­sible, à amé­lio­rer leur cri­tique socioé­co­lo­gique. Seule­ment, cer­tains d’entre eux semblent se com­plaire dans un petit busi­ness qui leur rap­porte un salaire décent de même qu’une noto­rié­té rela­tive. Du coup, ils risquent de ne jamais chan­ger de posi­tion. Ce qui serait dom­mage. Par ailleurs, ça peut les ame­ner à, et ça en amène cer­tains à déni­grer la cri­tique radi­cale telle que celle que nous pro­po­sons, pour diverses rai­sons fort absurdes, que j’es­saie­rai d’ex­po­ser dans un pro­chain article.

  6. Je ne peux pas m’empêcher de lire, tout au long de l’ar­ticle « Regar­dez comme je suis radi­cal ! Mes convic­tions sont si pures, jamais je ne les sali­rai en dis­cu­tant avec des gens modé­rés. À la fin on y per­dra tous mais j’au­rai pour moi la satis­fac­tion d’a­voir RAISON depuis le début. »
    Vous ne pen­sez pas qu’il y a un espace, une véri­té inter­mé­diaire, entre une éco­lo­gie des petits gestes « pure », qui refu­se­rait de voir la dimen­sion poli­tique et éco­no­mique du com­bat ; et une éco­lo­gie qui pose comme préa­lable l’é­ra­di­ca­tion bru­tale du capitalisme ?

    1. Faut savoir, ce sont nos convic­tions qui sont pures ou leurs petits gestes à la con ? Et non, je ne pense pas. Mais si vous en voyez une, n’hé­si­tez pas à expli­quer ce qu’elle est, à argu­men­ter, à expli­quer en quoi elle consiste et pour­quoi elle serait inté­res­sante, etc. Dans l’ar­ticle ci-des­sus, il ne s’a­git pas de convic­tions, il s’a­git de faits. Ils me fatiguent ceux qui confondent des faits et des convic­tions et qui résument des dif­fé­rends radi­caux à une gué­guerre de radi­ca­li­té. Mani­fes­te­ment pas. Il n’y a pas vrai­ment de conti­nuum entre leurs idio­ties pseu­do-éco­lo­gistes et l’a­na­lyse de l’é­co­lo­gie radicale.

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