Le transactivisme menace la pratique scientifique (par Luana Maroja et Carole Hooven)

Tra­duc­tion d’un article ini­tia­le­ment publié, en anglais, à l’adresse sui­vante, le 7 novembre 2022. Nous n’avons pas tra­duit ce texte por­tant sur la liber­té aca­dé­mique en vue de défendre l’institution scien­ti­fique d’avant les évè­ne­ments rap­por­tés ici. La science est en large par­tie, et depuis ses ori­gines, un outil pour légi­ti­mer et per­mettre l’exploitation du vivant, du sol jusqu’aux organes repro­duc­teurs des femmes. La science n’a jamais été « neutre », elle a pris forme comme une tech­nique auto­ri­taire au ser­vice des inté­rêts poli­tiques et finan­ciers de ceux qui la rendent pos­sible. (De même qu’antérieurement, la phi­lo­so­phie natu­relle d’Aristote jus­ti­fiait entre autres l’exploitation que les hommes fai­saient des femmes et d’autres hommes, expli­quant en quoi la nature des esclaves était infé­rieure et pour­quoi il était donc légi­time de les réduire et de les lais­ser en escla­vage). Si nous avons tra­duit cet article, c’est sim­ple­ment pour illus­trer les ravages de l’idéologie trans, basée sur tout un ensemble de fal­si­fi­ca­tions de la réa­li­té, de men­songes, et qui s’efforce, afin d’avaliser ses men­songes, de cor­rompre l’institution scien­ti­fique, l’endroit même où la civi­li­sa­tion indus­trielle trouve l’essentiel de ses véri­tés, l’endroit qui se pré­tend le plus objec­tif, le temple du savoir.


Une menace pèse sur ce que les scien­ti­fiques sont auto­ri­sés à ensei­gner et sur les recherches que nous pou­vons mener. Je le sais parce que je suis en train de le vivre, écrit la bio­lo­giste Lua­na Maroja.

En tant que bio­lo­giste de l’é­vo­lu­tion, je suis plu­tôt habi­tuée aux ten­ta­tives de cen­sure de la recherche et aux ten­ta­tives de sup­pres­sion des connais­sances. Mais pen­dant la majeure par­tie de ma car­rière, ce type de com­por­te­ment éma­nait de la droite poli­tique. Autre­fois, la plu­part des étu­diants et des res­pon­sables admi­nis­tra­tifs étaient même de notre côté ; nous étions ali­gnés contre les créa­tion­nistes. Désor­mais, la menace vient prin­ci­pa­le­ment de la gauche.

Lua­na Maroja

Le risque d’annulation (can­cel­ling) au Williams Col­lege (une uni­ver­si­té pri­vée située à William­stown dans le Mas­sa­chu­setts, aux États-Unis) où j’en­seigne depuis 12 ans, ain­si que dans les meilleurs col­lèges et uni­ver­si­tés du pays, n’est pas théo­rique. Mes col­lègues scien­ti­fiques et moi-même le vivons. Ce qui est en jeu n’est pas sim­ple­ment notre répu­ta­tion, mais notre capa­ci­té à pour­suivre la véri­té et la connais­sance scientifique.

Si vous m’a­viez inter­ro­gé sur la liber­té aca­dé­mique il y a cinq ans, je me serais plainte de l’ob­ses­sion pour la race, le genre et l’eth­ni­ci­té, ain­si que du sécu­ri­ta­risme sur le cam­pus (espaces pro­té­gés, infla­tion des notes, etc.). Mais je n’aurais rien eu à dire concer­nant la liber­té académique.

Nous avons tous notre propre point de satu­ra­tion « woke » — le moment où vous réa­li­sez que la jus­tice sociale n’est plus ce que vous pen­siez qu’elle était, qu’elle s’est trans­for­mée en un épou­van­table auto­ri­ta­risme. Pour moi, ce moment s’est pro­duit en 2018, lors d’une inter­ven­tion d’un confé­ren­cier invi­té, quand l’é­ru­dit reli­gieux Reza Aslan [Mas­ter de Théo­lo­gie, doc­to­rat en phi­lo­so­phie, musul­man pra­ti­quant] a décla­ré : « nous devons gra­ver dans la pierre ce qui peut et ne peut pas être dis­cu­té à l’université ». Les étu­diants l’ont ova­tion­né. Étant née au Bré­sil sous la dic­ta­ture, cela m’a effaré.

Peu après, quelques col­lègues et moi-même avons ten­té de faire pas­ser la Décla­ra­tion de Chi­ca­go —que je consi­dère comme un ensemble de prin­cipes fon­da­men­taux concer­nant la néces­si­té de garan­tir la liber­té d’ex­pres­sion sur le cam­pus. Ma stu­pé­fac­tion s’est pro­lon­gée lorsque des étu­diants ont fait irrup­tion dans une réunion de la facul­té consa­crée à la Décla­ra­tion de Chi­ca­go en criant « la liber­té d’ex­pres­sion est néfaste » et en exi­geant que les pro­fes­seurs qui étaient des hommes blancs « s’as­soient » et « avouent leurs privilèges ».

La res­tric­tion de la liber­té aca­dé­mique s’attaque à deux aspects de notre tra­vail : ce que nous ensei­gnons et ce que nous recherchons.

Com­men­çons par l’en­sei­gne­ment. Je tiens à sou­li­gner que ceci n’est pas hypo­thé­tique. Un cli­mat de cen­sure et de peur affecte déjà le conte­nu de ce que nous enseignons.

L’une des règles les plus fon­da­men­tales de la bio­lo­gie, des plantes aux humains, sti­pule que les sexes sont défi­nis par la taille de leurs gamètes, c’est-à-dire de leurs cel­lules repro­duc­trices. Les femelles ont des gamètes de grande taille, les mâles des gamètes de petite taille. Chez l’être humain, un ovule est 10 mil­lions de fois plus gros qu’un sper­ma­to­zoïde. Il n’y a aucun che­vau­che­ment. C’est une bina­ri­té stricte.

La "Licorne du genre" | LGBT+ France Amino Mais dans cer­tains cours de bio­lo­gie élé­men­taire, des ensei­gnants disent aux étu­diants que les sexes — pas le genre, le sexe — se situent sur un conti­nuum. Au moins une uni­ver­si­té que je connais uti­lise la « licorne du genre » [ci-des­sus] dans son ensei­gne­ment et explique aux étu­diants qu’il est into­lé­rant de pen­ser que les humains ne com­prennent que deux sexes sépa­rés et distincts.

Même des écoles de méde­cine et la Socie­ty for the Stu­dy of Evo­lu­tion [NdT : des scien­ti­fiques lut­tant contre les théo­ries reli­gieuses pseu­do-scien­ti­fiques créa­tion­nistes, voir la page Wiki­pé­dia fran­çaise] ont publié des décla­ra­tions sug­gé­rant que les sexes for­maient un « conti­nuum ». Si tel était le cas, l’en­semble du domaine de la sélec­tion sexuelle serait sans fon­de­ment, étant don­né qu’il repose sur l’in­ves­tis­se­ment beau­coup plus impor­tant des femelles dans la repro­duc­tion, qui explique le carac­tère sélec­tif démon­tré chez les femelles (qui ont bien plus à perdre) et la com­pé­ti­ti­vi­té des mâles (le sexe « abon­dant » dans la plu­part des espèces, un mâle pou­vant fécon­der plu­sieurs femelles). Des articles publiés (voir ici, par exemple) nous demandent d’être « inclu­sifs » en limi­tant notre dis­cus­sion sur le sexe aux quelques espèces d’algues et de pro­tistes (comme les amibes) qui pos­sèdent des gamètes de taille égale, même si cela n’a aucun rap­port avec les ani­maux ou les plantes vasculaires.

Ce que sug­gère l’i­dée selon laquelle le sexe serait un spectre.

En psy­cho­lo­gie et en san­té publique, de nom­breux ensei­gnants ne disent plus « homme » et « femme », mais uti­lisent plu­tôt l’ex­pres­sion alam­bi­quée « per­sonne avec un uté­rus » [en pra­tique, les uni­ver­si­taires et scien­ti­fiques conti­nuent d’employer le terme « homme » et nul ne parle de « per­sonnes à pénis » ni « de por­teurs de pros­tate » ; les for­mules alam­bi­quées sont des­ti­nées à dési­gner les femmes, dont la dési­gna­tion est agres­si­ve­ment reven­di­quée par un acti­visme agres­sif en vue de satis­faire les dési­rs d’une caté­go­rie d’hommes para­philes avec un féti­chisme de tra­ves­tis­se­ment, appe­lé « auto­gy­né­phi­lie » (NdT)]. Durant une confé­rence, un de mes col­lègues a été cri­ti­qué pour avoir étu­dié la sélec­tion sexuelle des femelles chez les insectes au motif qu’il était lui-même un mâle [s’il existe réel­le­ment des biais délé­tères chez les scien­ti­fiques mas­cu­lins, dans ce domaine comme dans tous les autres, il ne s’agit pas de ça ici (NdT)]. On a décou­ra­gé une autre col­lègue d’en­sei­gner l’im­por­tant concept de « conflit sexuel » — l’i­dée que les inté­rêts des mâles et des femelles dif­fèrent et que les par­te­naires agissent sou­vent de manière égoïste ; pen­sez à la mante reli­gieuse femelle déca­pi­tant la tête du mâle après l’ac­cou­ple­ment — parce que cela pour­rait « trau­ma­ti­ser les étu­diants » [atten­dez qu’ils découvrent les arai­gnées qui « se dis­solvent » vers la mort en une mélasse nutri­tive pour nour­rir leurs enfants dès après l’éclosion (NdT)]. On m’a repro­ché d’en­sei­gner la « sélec­tion de paren­tèle » — l’i­dée que les ani­maux ont ten­dance à aider leurs proches. Appa­rem­ment, il se serait en quelque sorte agit, de ma part, d’une ten­ta­tive de légi­ti­ma­tion de l’embauche par Donald Trump de sa fille Ivanka.

Un autre point sen­sible est l’en­sei­gne­ment de l’hé­ri­ta­bi­li­té [notion géné­tique dif­fé­rente de l’hérédité, « un carac­tère héré­di­taire est un carac­tère géné­ti­que­ment déter­mi­né, alors qu’un carac­tère héri­table est un carac­tère pré­sen­tant une varia­tion qui, au moins en par­tie, est d’o­ri­gine géné­tique dans la popu­la­tion consi­dé­rée[1]. » (NdT)]. Les étu­diants sont sou­vent heu­reux d’en­tendre qu’il existe des gènes pour l’o­rien­ta­tion sexuelle, mais si vous ensei­gnez que la plu­part des traits de per­son­na­li­té humains, et même les résul­tats sco­laires, pos­sèdent une com­po­sante héri­table, ils com­mencent à se tor­tiller de malaise. Il en va de même pour la géné­tique des popu­la­tions. Bien que l’his­toire des sciences contienne des affir­ma­tions sans fon­de­ment et hon­teuses sur la race, nous savons qu’il est vrai que les popu­la­tions humaines, disons sur des zones géo­gra­phiques dis­tinctes, pré­sentent des dif­fé­rences de fré­quence des allèles. Nombre de ces dif­fé­rences sont plus pro­fondes que la simple cou­leur de peau et ont une inci­dence sur la san­té et le bien-être des gens. Ima­gi­nez les consé­quences d’un tel défaut de connais­sances en méde­cine. Après tout, de nom­breuses mala­dies géné­tiques varient entre les popu­la­tions, par exemple l’a­né­mie fal­ci­forme chez les Afro-Amé­ri­cains, la muco­vis­ci­dose chez les Euro­péens et la mala­die de Tay-Sachs chez les Juifs [l’autrice parle d’un groupe eth­nique : les Ash­ké­nazes (NdT)].

Mais il est désor­mais tabou dans les salles de classe d’évoquer une dis­pa­ri­té, n’importe laquelle, entre des groupes humains, qui ne puisse s’ex­pli­quer pas par un biais systémique.

Pre­nez les dif­fé­rences cultu­relles. Je suis ori­gi­naire du tiers-monde. J’ai démé­na­gé aux États-Unis à l’âge de 23 ans. Je suis donc très consciente des dif­fé­rences mas­sives de culture et de la façon dont cela affecte le com­por­te­ment. Enfant, j’é­tais encou­ra­gée par mes proches et par la socié­té à tri­cher à l’é­cole et chaque fois qu’un gain per­son­nel était pos­sible, tant que cela ne cau­sait pas trop de tort aux autres. Ici, ce genre de com­por­te­ment est très mal vu, je me suis donc adap­tée. Mais dis­cu­ter avec les élèves de la manière dont la grande varia­tion de la culture humaine affecte notre com­por­te­ment et nos résul­tats est désor­mais intolérable.

La pure­té du lan­gage qu’exige cette idéo­lo­gie est éga­le­ment affli­geante. Cela fait obs­tacle à la spon­ta­néi­té et au bon ensei­gne­ment. À Williams, par exemple, nos assistant·es d’en­sei­gne­ment ont appris lors d’une ses­sion de for­ma­tion DEI (Diver­si­ty & Inclu­sion, soit « Diver­si­té et Inclu­sion ») que le mot « gars » [en anglais, « guys », lorsque vous vous adres­sez à un groupe mixte en disant « les gars »] était une micro-agres­sion. Les étu­diants apprennent donc que des mots inof­fen­sifs sont nui­sibles. Cela pro­duit un effet boule de neige, où des mots ou des gestes de plus en plus insi­gni­fiants peuvent être consi­dé­rés comme des preuves d’intolérance. De nom­breux pro­fes­seurs que je connais se figent en classe lors­qu’ils réa­lisent qu’ils ont fait l’é­loge des tra­vaux d’un « colo­nia­liste » tel que Dar­win ou New­ton. D’autres évi­te­ront de men­tion­ner des per­son­nages his­to­riques s’ils sont blancs et de sexe mas­cu­lin. [Et ain­si, comme par magie, l’oppression et l’exploitation dis­pa­raissent et ne peuvent plus faire l’objet ni d’analyse ni de prise de conscience. C’est en effet très pra­tique et favo­rise une caté­go­rie de per­sonne en par­ti­cu­lier, qui per­forme sou­vent la vic­ti­mi­sa­tion. Aus­si, il est fla­grant que cette idéo­lo­gie déri­vée de la théo­rie queer — prô­nant l’effacement de toutes les caté­go­ries, toutes les bina­ri­tés qui seraient toutes socia­le­ment construites, telles que l’âge, le sexe, l’ethnie — sert avant tout ceux qui dési­rent sup­pri­mer les bar­rières légales qui pro­tègent ces caté­go­ries : les hommes dési­reux d’ac­cé­der aux espaces réser­vés aux femmes, les pédo­philes vou­lant avoir accès aux mineurs (NdT)].

Pas­sons main­te­nant à l’étouffement de la recherche. Cer­taines sub­ven­tions sont presque exclu­si­ve­ment dédiées à l’identité [aux mou­ve­ments iden­ti­taires], car les agences fédé­rales, comme la Natio­nal Science Foun­da­tion, offrent désor­mais un sur­plus de sub­ven­tions dans le but « d’é­lar­gir la par­ti­ci­pa­tion des membres de groupes qui sont […] actuel­le­ment sous-repré­sen­tés », au lieu de finan­cer des recherches visant à répondre à des ques­tions scientifiques.

Mais le domaine le plus direc­te­ment tou­ché est celui des recherches liées aux sciences humaines, notam­ment celles qui traitent de l’é­vo­lu­tion des populations.

À titre d’exemple : Le NIH [Natio­nal Ins­ti­tutes of Health, Ins­ti­tut Natio­nal de la San­té] empêche désor­mais l’ac­cès à l’im­por­tante base de don­nées « Géno­types et phé­no­types (dbGaP) ». Cette base de don­nées consti­tue un for­mi­dable outil qui com­bine les génomes (la com­po­si­tion géné­tique unique de chaque indi­vi­du) et les phé­no­types (les carac­té­ris­tiques obser­vables de chaque indi­vi­du) de mil­lions de per­sonnes. Ces phé­no­types incluent l’é­du­ca­tion, la pro­fes­sion, la san­té et le reve­nu et, parce que cet ensemble de don­nées relie la géné­tique au phé­no­type au niveau indi­vi­duel, il est essen­tiel pour les scien­ti­fiques qui veulent com­prendre les gènes et les voies géné­tiques à l’œuvre der­rière ces phénotypes.

Le NIH refuse désor­mais aux scien­ti­fiques l’ac­cès à ces don­nées et à d’autres ensembles de don­nées connexes. Les cher­cheurs relatent que les auto­ri­sa­tions leur sont refu­sées au motif qu’étudier les bases géné­tiques serait « stig­ma­ti­sant ». Selon un cher­cheur, cela se pro­duit même si la recherche n’a rien à voir avec la race ou le sexe et qu’elle porte sur la géné­tique et l’éducation.

Mais pour­quoi le niveau d’é­du­ca­tion serait-il plus stig­ma­ti­sant que la san­té ? Sur­tout lorsque tous les indi­vi­dus figu­rant dans la base de don­nées sont ano­nymes ? Compte tenu de la grande varia­tion géné­tique entre les indi­vi­dus d’un groupe et de l’ef­fet impor­tant de l’en­vi­ron­ne­ment sur les phé­no­types (en par­ti­cu­lier ceux liés à l’é­du­ca­tion), les résul­tats au niveau du groupe sont-ils vrai­ment pertinents ?

Savoir ce qui dif­fé­ren­cie le niveau d’é­du­ca­tion et la pro­fes­sion est plus qu’une curio­si­té aca­dé­mique. Com­prendre les voies géné­tiques qui sous-tendent les phé­no­types pour­rait nous aider à trou­ver des solu­tions et à aider les enfants en difficulté.

La pres­ti­gieuse revue Nature Human Beha­vior vient d’an­non­cer dans un récent édi­to­rial : « Bien que la liber­té aca­dé­mique soit fon­da­men­tale, elle n’est pas illi­mi­tée. » Il ne s’agit pas de pro­té­ger les indi­vi­dus par­ti­ci­pant à la recherche scien­ti­fique. Ce qui est dit, c’est que l’é­tude de la varia­tion humaine est en elle-même sus­pecte. Ils pré­co­nisent donc d’é­vi­ter les recherches qui pour­raient « stig­ma­ti­ser des indi­vi­dus ou des groupes humains » ou « pro­mou­voir des pers­pec­tives pri­vi­lé­giées et excluantes ». [Même remarque, au final, le fait de rendre les groupes exploi­tés et oppri­més illet­trés et igno­rants de leur exploi­ta­tion sert sur­tout une caté­go­rie très de per­sonnes en par­ti­cu­lier, ceux qui les exploitent (NdT)].

Les cen­seurs et les gar­diens partent tout sim­ple­ment du prin­cipe — sans preuve — que la recherche sur les popu­la­tions humaines est mal­veillante et doit être arrê­tée. [La recherche sur la cri­mi­na­li­té par sexe, par exemple, dont les sta­tis­tiques sont déjà cor­rom­pues en comp­ta­bi­li­sant des hommes para­philes par­mi les femmes (NdT)]. Les coûts de ce type de cen­sure, à la fois auto-impo­sée et idéo­lo­gique, sont énormes. L’ap­pren­tis­sage des étudiant·es est com­pro­mis et des recherches cru­ciales ne seront jamais effec­tuées. Le dan­ger de fer­mer tant de voies d’in­ves­ti­ga­tion est que la science elle-même devienne une exten­sion de l’i­déo­lo­gie et ne soit plus une entre­prise fon­dée sur la recherche de la connais­sance et de la vérité.

Lua­na Maroja

***

Annexe

Dans un texte inti­tu­lé « Aca­de­mic Free­dom Is Social Jus­tice : Sex, Gen­der, and Can­cel Culture on Cam­pus » (« La liber­té aca­dé­mique est la jus­tice sociale : Sexe, genre et can­cel culture sur les cam­pus »), paru en ligne le 7 novembre 2022 sur le site de la revue Archives of Sexual Beha­vior, la publi­ca­tion offi­cielle de l’In­ter­na­tio­nal Aca­de­my of Sex Research (IASR), Carole K. Hoo­ven, bio­lo­giste de Har­vard, autrice d’un récent ouvrage sur la tes­to­sté­rone (non tra­duit), dénonce elle aus­si le cli­mat de cen­sure, d’ostracisme et de déni de réa­li­té que l’idéologie trans­genre pro­page sur les cam­pus uni­ver­si­taires. Voi­ci un extrait tra­duit de son texte :

« Lors de mon pas­sage à [l’émission TV] Fox and friends, j’ai par­lé d’une “idéo­lo­gie”. Cette idéo­lo­gie sou­tient que la divi­sion tra­di­tion­nelle entre mâle et femelle est pro­fon­dé­ment erro­née et qu’en outre, le sexe lui-même ne relève pas de la réa­li­té maté­rielle. Ce sys­tème de croyances se reflète non seule­ment dans la presse popu­laire, mais aus­si dans les revues et maga­zines scien­ti­fiques : “La science bio­lo­gique rejette la bina­ri­té du sexe, et c’est une bonne chose pour l’hu­ma­ni­té” (Fuentes, 2022) ; “L’i­dée que la science puisse tirer des conclu­sions fermes sur le sexe ou le genre d’une per­sonne est fon­da­men­ta­le­ment erro­née” (Pro­po­si­tion amé­ri­caine, 2018) ; “Les femmes trans sont des femmes. Nous sommes des femelles” (McKin­non, 2019) [qui en plus d’être un doc­to­rant dont la thèse porte sur la pos­si­bi­li­té du men­songe légi­time : “Les normes de l’affirmation : Véri­té, men­songes, et garan­ties” , est aus­si le cycliste com­pé­ti­teur qui a volé la pre­mière place au cham­pion­nat du monde de vitesse caté­go­rie femme (NdT)] ; “La recherche actuelle montre que le sexe est tout sauf binaire” (Simón(e), 2019) ; “bio­lo­gi­que­ment par­lant, il existe de nom­breuses gra­da­tions allant de la femme à l’homme ; le long de ce spectre se trouvent au moins cinq sexes” (Faus­to-Ster­ling, 1993) ; et ain­si de suite. Selon Kath­leen Lowrey, une autre col­la­bo­ra­trice de cette “sec­tion spé­ciale”, “d’or­di­naire, le sexe a la pri­mau­té. Il s’a­git de la don­née bio­lo­gique sur laquelle sont éla­bo­rées les construc­tions cultu­relles du genre. Dans l’i­déo­lo­gie de l’i­den­ti­té de genre, les termes sont inver­sés. Le genre est essen­tiel, et le sexe est une construc­tion sociale instable” (Lowrey, 2021).

En disant ouver­te­ment ce que je pense être la véri­té, j’ai vio­lé un tabou. Je n’ai pas sui­vi les direc­tives de mes col­lègues scien­ti­fiques qui m’in­vi­taient à “ces­ser d’u­ti­li­ser de la science bidon pour jus­ti­fier la trans­pho­bie”, comme le deman­dait un article du Scien­ti­fic Ame­ri­can (Simón(e), 2019). Quelle est cette science pré­ten­du­ment “bidon” ? Exac­te­ment celle que j’ai invo­quée à Fox and Friends : il y a deux (et seule­ment deux) sexes, mâle et femelle, et ils cor­res­pondent aux types de gamètes que les orga­nismes sont conçus pour pro­duire. La conclu­sion de l’ar­ticle du Scien­ti­fic Ame­ri­can résume le pro­pos (fami­lier) de l’au­teur : “la science est for­melle : le sexe n’est pas binaire, les per­sonnes trans­genres sont réelles” (Simón(e), 2019). Évi­dem­ment que les per­sonnes [qui s’identifient comme] trans­genres, qui souffrent de dys­pho­rie de genre, qui s’i­den­ti­fient comme queer, qui pré­sentent des dif­fé­rences (ou des troubles, ou des varia­tions) du déve­lop­pe­ment sexuel, ou qui [s’identifient] comme membres d’autres mino­ri­tés de genre, sont réelles, et méritent les mêmes droits humains fon­da­men­taux que n’im­porte qui. Tan­dis que cer­tains acti­vistes sou­tiennent que la réa­li­té bio­lo­gique du sexe “binaire” est une idée erro­née et per­ni­cieuse, la menace qui pèse réel­le­ment sur la science et sur la digni­té humaine est l’i­dée selon laquelle, pour défendre les droits de qui­conque, nous devrions nier ou igno­rer la réalité.

Si cer­tains, par­mi ceux qui se battent pour les droits des “mino­ri­tés de genre”, croient sin­cè­re­ment que cor­rompre la science est néces­saire pour pro­té­ger une caté­go­rie de popu­la­tion oppri­mée, les direc­teurs de dépar­te­ment et les pré­si­dents d’u­ni­ver­si­té ont pour mis­sion de veiller à ce que dans l’enceinte du cam­pus uni­ver­si­taire les idéaux fon­da­men­taux de la recherche de la véri­té et de la liber­té aca­dé­mique soient non seule­ment défen­dus, mais acti­ve­ment pro­mus. Sou­hai­ter que la fron­tière entre l’i­gno­rance et la connais­sance, entre le sub­jec­tif et l’ob­jec­tif, entre nos sen­ti­ments et les faits soit fer­me­ment défen­due ne devrait pas être une demande exces­sive. Les admi­nis­tra­teurs res­pon­sables de l’université, comme tout le monde, sont sen­sibles aux menaces qui pèsent sur leur répu­ta­tion et la sécu­ri­té de leur emploi. Ain­si, même si main­te­nir cette ligne de démar­ca­tion devrait être le mini­mum syn­di­cal, c’est déjà beau­coup leur deman­der, sur­tout lorsqu’ils ont l’ha­bi­tude d’emprunter la solu­tion “de moindre résis­tance” dans le but de faire dis­pa­raître le pro­blème au plus vite. Lorsqu’un uni­ver­si­taire ayant peu de pou­voir ins­ti­tu­tion­nel viole un tabou et que les par­ties “lésées” réagissent en exi­geant des mesures, on peut com­prendre qu’une admi­nis­tra­trice puisse craindre les consé­quences d’un sou­tien insuf­fi­sant aux par­ties lésées, sans même par­ler de les cri­ti­quer. Mais une poli­tique ferme et sans équi­voque pour­rait contri­buer à déchar­ger l’ad­mi­nis­tra­trice de sa res­pon­sa­bi­li­té, lui per­met­tant de dire qu’elle ne fait qu’ap­pli­quer les règles établies. »

Tra­duc­tion : Audrey A.


  1. https://sfgenetique.org/DOC/MAP_Heritabilite.pdf
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