Aux origines du transgenrisme #4 : des hommes, le fétichisme de travestissement, le patriarcat (par Nicolas Casaux)

Le fait d’af­fir­mer que les femmes existent, que l’hu­ma­ni­té est bel et bien com­po­sée de deux sexes, dont le sexe femelle (ou fémi­nin), qui com­prend les filles (les jeunes êtres humains de sexe fémi­nin, les jeunes femelles humaines) et les femmes (les femelles humaines adultes), est désor­mais offi­ciel­le­ment (juri­di­que­ment, on ne sait pas encore, mais en tout cas dans la culture en géné­ral, c’est offi­ciel, dans les médias, sur les réseaux sociaux, etc.) un « dis­cours de haine » à sup­pri­mer, une « trans­pho­bie » into­lé­rable. En d’autres termes, il relève désor­mais du dis­cours de haine d’affirmer que les femmes existent.

Et beau­coup de gens l’ac­ceptent et approuvent même, tan­dis que beau­coup d’autres semblent n’en avoir rien à sif­fler. Et le fait que beau­coup de gens approuvent, l’ac­ceptent ou n’en aient rien à sif­fler consti­tue une preuve mas­sive, criante, écla­tante, du fait que les femmes, et les per­sonnes de sexe fémi­nin en géné­ral, dans cette culture, sont fon­da­men­ta­le­ment incon­si­dé­rées, mépri­sées, jugées insi­gni­fiantes, secon­daires (ce qui est puis­sam­ment mis en évi­dence dans le livre Femmes invi­sibles de Caro­line Cria­do Perez).

Et oui, en un sens, on pour­rait dire que les hommes et les êtres humains de sexe mas­cu­lin en géné­ral sont aus­si effa­cés et donc tou­chés par ces nou­velles direc­tives lan­ga­gières, cette nou­velle concep­tion, cette nou­velle ortho­doxie du sexe et du genre qui s’im­pose. Mais en fait non. Parce que les rap­ports de pou­voir entre les sexes ne sont pas équi­li­brés dans notre culture. Parce que la valence dif­fé­ren­tielle des sexes. Les hommes, les indi­vi­dus de sexe mas­cu­lin, se fichent pas mal de ce nou­veau lan­gage, de cette nou­velle ortho­doxie socio­sexuelle (c’est d’ailleurs essen­tiel­le­ment des hommes qui tentent de l’im­po­ser). Ils sont le sexe domi­nant, oppres­seur. Ils n’ont rien à craindre. Ils sont ceux qui com­mettent les viols, le har­cè­le­ment sexuel, les vio­lences sexuelles, qui acca­parent la majo­ri­té des res­sources, qui exploitent les autres, qui exploitent les filles et les femmes, au tra­vers d’ins­ti­tu­tions et de struc­tures sociales bien éta­blies que la nou­velle ortho­doxie concer­nant le sexe et le genre ne menace pas vrai­ment. Que l’on ne puisse plus nom­mer la réa­li­té des sexes ne les dérange pas. Ils n’ont pas besoin de s’or­ga­ni­ser pour lut­ter pour leur éman­ci­pa­tion, pour chan­ger les choses, contrai­re­ment aux femmes et aux filles.

La nov­langue et la nou­velle ortho­doxie socio­sexuelles ne menacent pas les hommes. Elles posent pro­blème aux femmes, qui perdent, outre la pos­si­bi­li­té, le droit de se nom­mer, la pos­si­bi­li­té d’a­voir de véri­tables espaces et ser­vices non-mixtes, pré­ser­vés de la pré­sence et de la vio­lence mas­cu­lines, elles perdent la pos­si­bi­li­té de s’or­ga­ni­ser en tant que classe de sexe, et donc les moyens mini­males pour pen­ser et lut­ter contre l’op­pres­sion mas­cu­line. C’est pour­quoi il me semble assez juste de consi­dé­rer, avec l’au­trice fémi­niste et mar­xiste Kaj­sa Ekis Ekman, que le trans­gen­risme, l’i­déo­lo­gie de l’i­den­ti­té de genre, consti­tue en bonne par­tie une offen­sive ou même une contre-offen­sive patriar­cale, un méca­nisme de défense contre l’é­man­ci­pa­tion des femmes.

Et la manière dont tout ça est vigou­reu­se­ment impo­sé, la vio­lence et la viru­lence du mili­tan­tisme trans, l’ac­cep­ta­tion et la pro­mo­tion de la nou­velle ortho­doxie socio­sexuelle par les médias, son accep­ta­tion par une large par­tie de la popu­la­tion et notam­ment par les classes supé­rieures, tout ça en dit long sur la nature tou­jours bien patriar­cale (ou andro­cra­tique, ou phal­lo­cra­tique, pour les pédants, les poin­tilleux) de la culture dans laquelle on vit.

En France comme ailleurs, ce qui devien­dra ulté­rieu­re­ment le trans­gen­risme com­mence presque exclu­si­ve­ment avec des hommes. Ses débuts cor­res­pondent, éga­le­ment comme ailleurs, au tra­ves­tisme, cou­ram­ment défi­ni comme l’« adop­tion habi­tuelle des vête­ments et des habi­tudes » (ou des manières) culturellement/socialement asso­ciés à « l’autre sexe », et au trans­sexua­lisme, par quoi il faut entendre le « sen­ti­ment d’ap­par­te­nir au sexe oppo­sé, sou­vent asso­cié au désir de chan­ger de sexe », d’entreprendre des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales dites de « réas­si­gna­tion sexuelle », ou « de chan­ge­ment de sexe ». Aujourd’hui, ces termes et les choses qu’ils dési­gnent se retrouvent sub­su­més sous la caté­go­rie « trans », qui fait office de « para­pluie », mais dont les contours sont extrê­me­ment flous (à sérieu­se­ment en croire les défi­ni­tions les plus cou­rantes du mot, nous serions toutes et tous « trans », ce qui s’avère aus­si pra­tique qu’insidieux pour ten­ter de légi­ti­mer toutes les choses contra­dic­toires qui sont asso­ciées au terme, mais c’est un autre sujet).

Je me pro­pose ici de conti­nuer (Cf. les 3 par­ties pré­cé­dentes) à explo­rer l’histoire mas­cu­line du trans­gen­risme, qui débute avec le tra­ves­tisme et le transsexualisme.

*

Et donc, aux ori­gines de tout ça, des hommes. « Au début du XXe siècle, les [très influents] sexo­logues Magnus Hir­sch­feld et Have­lock Ellis défi­nirent le “trans­ves­tisme” ou “éonisme” comme une caté­go­rie indé­pen­dante com­pre­nant le tra­ves­tis­se­ment ves­ti­men­taire et l’identification psy­cho­lo­gique au sexe oppo­sé. Mais le “trans­sexua­lisme”, défi­ni en par­tie par la demande de chan­ge­ment de sexe chi­rur­gi­cal, n’apparut pas en tant que caté­go­rie médi­cale avant la fin des années 1940 et le début des années 1950, lorsque les méde­cins David O. Cauld­well et Har­ry Ben­ja­min inven­tèrent et ren­dirent pour la pre­mière public le terme anglais “trans­sexual”, et lorsque Chris­tine Jor­gen­sen [un homme, j’y revien­drai] appa­rut pour la pre­mière fois dans la presse. Mais les concepts de “chan­ge­ment de sexe” et de “chi­rur­gie de chan­ge­ment de sexe” exis­taient bien avant que le mot “trans­sexuel” n’entre dans le lan­gage médi­cal. Au début du XXe siècle, des scien­ti­fiques euro­péens entre­prirent des expé­riences de “trans­for­ma­tion sexuelle”, d’a­bord sur des ani­maux, puis sur des êtres humains. En Autriche, dans les années 1910, le phy­sio­lo­giste Eugen Stei­nach prit l’i­ni­tia­tive de chan­ger le sexe d’animaux, et en Alle­magne, dans les années 1920 et au début des années 1930, des méde­cins affi­liés à l’Ins­ti­tut des sciences sexuelles de Magnus Hir­sch­feld pra­ti­quèrent et ren­dirent publiques des opé­ra­tions de chan­ge­ment de sexe sur des patients qu’ils qua­li­fiaient de “tra­ves­tis”. » (Joanne Meye­ro­witz, How Sex Chan­ged : A His­to­ry of Trans­sexua­li­ty in the Uni­ted States, 2004)

Par­mi les « pion­niers de la chi­rur­gie affir­ma­tive du genre » célé­brés sur divers sites pro­mou­vant le trans­gen­risme figure en outre le chi­rur­gien alle­mand Erwin Gohr­bandt, un des tout pre­miers (sinon le pre­mier) méde­cins à avoir effec­tué des opé­ra­tions de trans­sexua­li­sa­tion (à par­tir de 1922). Il est notam­ment connu pour avoir pra­ti­qué, sur un homme danois du nom de Einar Magnus Andreas Wege­ner, qui devien­dra dès lors « Lili Elbe » (célèbre peintre), une cas­tra­tion, une pénec­to­mie et l’implantation d’un ovaire dans l’abdomen, réité­rant sur ce même patient en 1931 avec l’implantation d’un uté­rus qui cau­se­ra sa mort, quelques mois après. Pen­dant la Seconde Guerre mon­diale, Gohr­bandt, entre autres choses, tra­vailla sur des expé­riences humaines (des tor­tures) dans le camp de concen­tra­tion nazi de Dachau. En février 1945, il fut déco­ré de la Rit­ter­kreuz des Krieg­sver­dienst­keuzes (la croix du Mérite de guerre) sur recom­man­da­tion per­son­nelle d’Hitler. Après la guerre, il ne fut pas inquié­té et recom­men­ça à exer­cer (il reçut même plu­sieurs prix liés à ses acti­vi­tés de pro­fes­seur et de chirurgien).

En France, deux figures majeures du début du travestisme/transsexualisme sont les célèbres « Bam­bi » (né Jean-Pierre Pru­vot) et « Coc­ci­nelle » (né Jacques Charles Dufres­noy), deux hommes qui, dès les années 1950, se don­naient en spec­tacle au Car­rou­sel à Paris en se fai­sant pas­ser pour des femmes, et qui choi­sirent tous deux d’être opé­rés par le Dr Georges Burou à Casa­blan­ca en vue de res­sem­bler davan­tage à des femmes. Dans les années 1960, le Dr Burou était un des prin­ci­paux, voire le prin­ci­pal chi­rur­gien qui pra­ti­quait ces opé­ra­tions trom­peu­se­ment dites de « réas­si­gna­tion sexuelle », alors qu’il s’agit sim­ple­ment d’une alté­ra­tion de l’apparence du corps, comme Burou le fit lui-même remar­quer : « Je ne trans­forme pas les hommes en femmes. Je trans­forme des organes géni­taux mâles en organes géni­taux qui ont une appa­rence fémi­nine. Tout le reste se passe dans la tête du patient. »

1. La pre­mière orga­ni­sa­tion trans créée en France s’appelle l’As­so­cia­tion des malades hor­mo­naux (AMAHO). Elle est fon­dée par Marie-Andrée Schwin­den­ham­mer, né George Marie André, en 1965. De son propre aveu, Schwin­den­ham­mer se tra­ves­tis­sait durant sa jeu­nesse, et aurait été un résis­tant pen­dant la Seconde Guerre mon­diale. Après la guerre, il s’est fait connaître sous le nom de Suzanne Thi­bault. Schwin­den­ham­mer « jus­ti­fie sa propre tran­si­tion en se pré­ten­dant vic­time d’ex­pé­riences nazies » qu’il « aurait subies au camp de concen­tra­tion de Stru­thof, après avoir été inter­né pour faits de Résis­tance ». Et en 1965, donc, il fonde l’A­MA­HO, l’Association d’aide aux malades hor­mo­naux. Par ce biais, il « four­nit aux femmes trans des cartes attes­tant de leur iden­ti­té fémi­nine qui sont tolé­rées par la pré­fec­ture de police, aide dans les par­cours de tran­si­tion médi­cale et sociale, orga­nise des espaces de socia­bi­li­sa­tion et réa­lise plu­sieurs inter­ven­tions médiatiques ».

Dans son livre His­toire des trans­sexuels en France ini­tia­le­ment paru 2006, Maxime Foers­ter remarque que l’histoire des expé­riences nazies pour­rait n’être qu’une fabu­la­tion visant à le déchar­ger de la res­pon­sa­bi­li­té de sa tran­si­tion vis-à-vis de sa famille. « Bam­bi », qui côtoya Schwin­den­ham­mer, affirme dans un entre­tien (en date de 2022) que ce ne sont pas les nazis qui expé­ri­men­tèrent sur Schwin­den­ham­mer, mais que c’est lui « qui a com­men­cé à prendre des hor­mones ». (Dans une vidéo archi­vée sur le site de l’I­NA, Schwin­den­ham­mer se pré­sente et pré­sente son acti­visme trans).

2. En 1975, deux hommes qui se tra­ves­tissent créent l’Association Beau­mont Conti­nen­tal (ABC), tou­jours active aujourd’hui, afin de pro­po­ser aux hommes qui se tra­ves­tissent d’échanger et de se ren­con­trer. Aujourd’hui, le but offi­ciel de l’association consiste à créer du « lien social entre les per­sonnes tran­si­den­ti­taires ». L’association « se pro­pose éga­le­ment de four­nir des infor­ma­tions fiables et utiles aux per­sonnes tran­si­den­ti­taires dans les domaines » de l’« appa­rence (vête­ments, maquillage, coif­fure, épi­la­tion, etc…) », en ce qui concerne le « par­cours médi­cal (hor­mones, chi­rur­gie, etc..) » et les « ques­tions juri­diques (chan­ge­ment d’é­tat civil, etc..) ». Elle pro­pose ain­si des « guides » sur des sujets comme la « fémi­ni­sa­tion de la voix », « l’épilation tem­po­raire et défi­ni­tive », « la coif­fure, les per­ruques », « la sil­houette : com­ment avoir les formes ? », « le maquillage », etc.

3. En 1976, Joseph Dou­cé, (1945–1990), pas­teur bap­tiste, psy­cho­logue et homo­sexuel, fonde le Centre du Christ Libé­ra­teur (CCL), des­ti­né « à accueillir les mino­ri­tés sexuelles (homo­sexuels (gais et les­biennes), tra­ves­tis, trans­sexuels, sado­ma­so­chistes, pédo­philes) ». Oui, pédo­philes aus­si, si Joseph Dou­cé a pos­si­ble­ment fait de bonnes choses pour divers groupes de per­sonnes véri­ta­ble­ment oppri­mées, il sem­blait éga­le­ment défendre diverses idées a mini­ma dou­teuses, y com­pris une dépé­na­li­sa­tion et une bana­li­sa­tion de la pédophilie.

4. En 1981, à Saint-Étienne, l’A­ME­FAT, l’Association Médi­cale Fran­çaise d’Aide aux Transs­sexuels, est créée par Marie-Ange Gre­nier, un homme belge, méde­cin mili­taire de for­ma­tion. L’AMEFAT, qui « réunit des méde­cins, des avo­cats et des juristes, est active à la fois dans le sou­tien aux trans­sexuels et dans le lobbying ».

5. En 1994, le psy­cho­logue cli­ni­cien Tom Reu­cher créé l’Association du syn­drome de Ben­ja­min, du nom du célèbre endo­cri­no­logue et sexo­logue états-unien d’origine alle­mande, Har­ry Ben­ja­min, connu pour ses tra­vaux sur le transsexualisme.

Et on pour­rait conti­nuer en men­tion­nant la créa­tion, par Camille Cabral (soi-disant « femme trans », c’est-à-dire un mâle adulte de l’espèce humaine), de l’association appe­lée Pré­ven­tion action san­té tra­vail pour les trans­genres (PASTT) en 1996. Ou encore, en 2004, la créa­tion de l’association Trans Aide, qui devien­dra ensuite l’Association Natio­nale Trans­genre (ANT), par deux mâles adultes de l’es­pèce humaine — les­quels écrivent d’ailleurs, dans un livre paru en 2006 et inti­tu­lé Chan­ger de sexe : iden­ti­tés trans­sexuelles, que « femme » désigne « une per­sonne de genre fémi­nin (indé­pen­dam­ment de son sexe) » (sans avoir deman­dé aux femmes leur avis concer­nant cette redé­fi­ni­tion absurde du terme), qu’une « femme trans » est « une per­sonne de sexe mâle » qui « se sent plus à l’aise dans le rôle social fémi­nin », autre­ment dit que « le rôle fémi­nin s’apprend », et que « les trans l’apprennent juste un peu plus tard ». Le genre de pro­pos qu’on ne retrouve plus dans le dis­cours média­tique des mili­tants trans, parce qu’il sonne bien trop sexiste. Le genre de pro­pos qui serait même jugé « trans­phobe » aujourd’hui, mais qui a pour­tant le mérite d’une cer­taine hon­nê­te­té. Les pré­ten­dus « femmes trans » sont (bien sou­vent) des hommes qui res­sentent une atti­rance pour le « rôle social » et l’image de la femme dans la socié­té patriar­cale, qu’ils aime­raient incar­ner (Cf. l’autogynéphilie).

Les bases théo­riques du trans­gen­risme sont éga­le­ment presque exclu­si­ve­ment une affaire d’hommes. On attri­bue l’invention du concept d’« iden­ti­té de genre » aux sexo­logues John Money et Robert Stol­ler. L’endocrinologue et sexo­logue Har­ry Ben­ja­min, déjà men­tion­né, est un des plus célèbres pères fon­da­teurs du trans­sexua­lisme, qu’il appe­la « syn­drome de Ben­ja­min » et qui cor­res­pon­dait selon lui à une sorte de contra­dic­tion entre le déve­lop­pe­ment du « sexe psy­cho­lo­gique » (une idée absurde fon­dée sur des pré­ju­gés sexistes) et du « sexe ana­to­mique ». La pre­mière figure majeure du trans­sexua­lisme est un homme états-unien appe­lé George William qui, après avoir subi des opé­ra­tions dites de « réas­si­gna­tion sexuelle » en 1951 et 1952 au Dane­mark, se fit connaître sous le nom de Chris­tine Jor­gen­sen. L’invention du terme « trans­gen­risme » (trans­gen­de­rism en anglais) est par­fois attri­buée à Vir­gi­nia Prince, né Arnold Low­man à Los Angeles, aux États-Unis, un homme très conser­va­teur dans sa vision des rôles socio-sexuels, qui hon­nis­sait les homo­sexuels et les trans­sexuels, mais qui aimait se tra­ves­tir, et qui fon­da en 1952 le pre­mier maga­zine états-unien dédié aux tra­ves­tis, appe­lé Trans­ves­tia. Il importe d’ailleurs de noter que la pro­li­fé­ra­tion, à par­tir des années 1960, des maga­zines pour hommes qui aiment se tra­ves­tir, qui féti­chisent, éro­tisent ou hyper­sexua­lisent la fémi­ni­té, n’eut pas d’équivalent du côté des femmes. L’invention du concept de « dys­pho­rie de genre » est attri­buée à un psy­chiatre états-unien du nom de Nor­man Fisk. Une étape majeure du déve­lop­pe­ment du trans­gen­risme cor­res­pond en outre à la rédac­tion de la « Charte inter­na­tio­nale des droits du genre », entre 1992 et 1996, aux États-Unis, par 6 hommes, dont plu­sieurs devien­dront et sont tou­jours d’importantes figures du lob­bying trans.

Si des femmes se « tra­ves­tissent » aus­si, et depuis long­temps, leurs moti­va­tions étaient (et sont) bien dif­fé­rentes, en géné­ral, de celles des hommes. Et avec l’explosion du nombre d’associations trans à par­tir des années 2000/2010, nul doute que davan­tage de femmes se retrouvent à endos­ser des rôles d’importance dans le phé­no­mène. Les nou­velles évo­lu­tions ter­mi­no­lo­giques et concep­tuelles et les nou­veaux motifs confus (et par­fois contra­dic­toires entre eux) qui favo­risent désor­mais la décla­ra­tion de « tran­si­den­ti­tés » ne sont plus exclu­si­ve­ment une affaire d’hommes.

Mais le fait est qu’initialement, tout com­mence avec des hommes qui aiment se tra­ves­tir, qui aiment endos­ser le « rôle social » et l’image assi­gnés à l’autre sexe dans la socié­té patriar­cale, notam­ment dans le cadre de féti­chismes sexuels, voir dans le cadre d’un féti­chisme qu’on pour­rait dire « exis­ten­tiel ». Il n’y avait et il n’y a tou­jours rien d’émancipateur dans le trans­gen­risme. On peut même affir­mer que le trans­gen­risme dans sa ver­sion actuelle, qui pro­pose à des enfants ou de jeunes adultes de se muti­ler à vie, est bien plus néfaste que le tra­ves­tisme d’il y a quelques décennies.

Si, aujourd’hui, on pres­crit des blo­queurs de puber­té à des ado­les­cents mal dans leur peau, si on leur pro­pose ensuite de prendre des hor­mones de syn­thèse, puis d’entreprendre des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales lourdes, muti­lantes (impli­quant l’ablation d’organes sains), s’il est inter­dit de défi­nir les termes fille, femme, gar­çon et homme (autre­ment que par des tau­to­lo­gies ou d’autres types de défi­ni­tions qui n’en sont pas), si des hommes (par­fois vio­lents, par­fois vio­leurs) se retrouvent pla­cés dans des pri­sons pour femmes, voire des foyers ou des centres pour femmes bat­tues ou vic­times de viol, si des hommes rem­portent des épreuves spor­tives réser­vées aux femmes, si les femmes sont som­mées d’intégrer des hommes par­mi les sujets de la lutte fémi­niste, etc. (liste non exhaus­tive), c’est en grande par­tie parce qu’à un moment, des hommes qui aimaient se tra­ves­tir ont déci­dé qu’il ne leur suf­fi­sait plus d’être sim­ple­ment per­çus et consi­dé­rés comme des hommes qui se tra­ves­tissent, mais qu’ils vou­laient être per­çus et consi­dé­rés — par nous tous, par tous les autres membres de la socié­té — comme de véri­tables femmes, comme des « femmes comme les autres », et que pour ce faire, ils ont (fruc­tueu­se­ment) exi­gé la pos­si­bi­li­té aux ins­ti­tu­tions scien­ti­fiques et médi­cales de recou­rir à des opé­ra­tions chi­rur­gi­cales, dont ils ont (fruc­tueu­se­ment) exi­gé le rem­bour­se­ment inté­gral à l’État, duquel ils ont aus­si exi­gé et obte­nu une vali­da­tion légale, juri­dique, de leur lubie, de leur usur­pa­tion d’identité, et ce à toutes fins utiles, pour la tota­li­té des acti­vi­tés, des ser­vices, des aspects de la vie.

C’est dire les ambi­tions tota­li­taires de ces imposteurs.

Nico­las Casaux

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