Les Soulèvements de la Terre ont récemment publié un texte intitulé « La lutte contre les licenciements dans l’industrie est une lutte écologiste », cosigné par la CGT Total Energies Grandpuits, Les Soulèvements de la terre, Les Amis de la Terre France et Extinction Rébellion.
Le texte soulève une question difficile : quelle position adopter face aux vagues de licenciements qui frappent les secteurs industriels ? Cette question est centrale pour tout courant écologiste conséquent. Malheureusement, les réponses avancées par les Soulèvements & Co. sont terriblement ambiguës, voire rentrent en contradiction directe avec des principes que les Soulèvements défendent par ailleurs.
D’abord, les Soulèvements nient « que les travailleurs » soient « responsables ou complices de la pollution et des ravages environnementaux ». Aucune responsabilité, aucune complicité. Aucune nuance, surtout. Un bon gros déni de réalité.
En 2012, une polémique sur le rapport de la gauche à l’emploi, à l’industrie et aux ouvriers avait opposé François Ruffin aux Grenoblois de Pièces et Main d’Œuvre (PMO) et à Fabrice Nicolino, entre autres. PMO avait par exemple rappelé cette évidence que « les crimes de la société industrielle aussi sont commis par ceux qui ne font “que leur boulot” » — « Nous sommes des fils d’Eichmann », disait Gunther Anders. Camille Serda, des « Amis de l’Égalité », remarquait : « Peut-on participer à la fabrication de produits qui tuent (produits chimiques, armes, produits industriels radioactifs, etc.) sans avoir à assumer, comme producteur actif, une part de responsabilité dans la fabrication et la propagation de ces poisons ? Notre réponse est NON. Il n’est pas possible de fabriquer de la mort manufacturée, que ce soit du PVC, des pesticides, des armes, des produits radioactifs, sans avoir à assumer ces fabrications et leurs utilisations criminelles. Sans la participation active des salariés à ces industries de la mort, les capitalistes seraient dans l’impossibilité de les produire, pas plus en France qu’ailleurs. »
Ces échanges entre Ruffin, PMO, Nicolino, etc., ont été publiés dans un excellent petit livre, intitulé Métro, boulot, chimio (éditions Le Monde à l’envers, 2012), que je vous recommande vivement.
La responsabilité du désastre est très inégalement distribuée. Les chefs d’État, les « décideurs politiques », les gouvernants, etc., en portent la majeure partie. Mais nier entièrement toute complicité des travailleurs et travailleuses dans la catastrophe sociale et écologique est simplement grotesque.
Ensuite, le texte des Soulèvements affirme que « la lutte contre les licenciements est une lutte écologiste », appelle à « interdire tout licenciement », prend la défense, notamment, des emplois chez « Vencorex, Arcelor Mittal, Michelin, Auchan, Airbus, Valeo », au prétexte qu’on pourrait un jour « socialiser » les usines pour permettre leur « reconversion écologique entre les mains de ceux qui en ont l’intérêt : les travailleurs et les habitants ». Cette ligne, héritée des vieux rêves d’autogestion industrielle, repose sur deux idées hautement douteuses.
Mais avant d’y venir, un rappel. Que produit, par exemple, Vencorex ? Comme le souligne Tomjo dans un texte paru hier et que je vous encourage à lire, intitulé « Les Soulèvements de l’industrie verte », la CGT nous décrit en détail l’importance de l’entreprise :
« De Vencorex dépend donc un grand nombre d’entreprises et parmi elles, certaines dont l’activité est stratégique et assure la souveraineté nationale dans les domaines de la défense, de l’industrie spatiale, du nucléaire ou du sanitaire. Le sel, extrait des mines de Hauterives par Vencorex est purifié sur la plateforme de Pont de Claix qui autoconsomme et en revend à Arkema (Jarrie). Ce sel français, de pureté inégalée, sert à la production de chlore pour Arkema et à la production de perchlorate de sodium, source unique d’approvisionnement d’Ariane Group pour la fabrication du propergol chargé dans les boosters d’Ariane 6 et dans les missiles stratégiques M51 équipant nos forces de dissuasion nationales. Le chlore produit sur la plateforme de Jarrie sert, entre autres à la fabrication d’éponges de Zirconium par Framatome, utilisées dans les réacteurs nucléaires civils. »
Excellent, n’est-ce pas ? Il serait vraiment dommage qu’une telle entreprise ferme. Venons-en aux deux idées douteuses du texte des Soulèvements.
D’abord, il véhicule une croyance en la possibilité de reconvertir les infrastructures industrielles et les machines en outils écologiques. L’idée que l’on pourrait transformer des raffineries, des usines de chimie lourde, des chaînes de montage automobile en sites de production écologique relève sans doute du fantasme. Ces infrastructures et ces machines sont conçues pour produire à grande échelle des objets nuisibles — en mobilisant une logistique mondiale, des chaînes d’approvisionnement extractives, des quantités d’énergie et de matériaux incompatibles avec toute soutenabilité. « Socialiser » ou « reprendre » ces machines ne les rendra pas moins polluantes, moins nuisibles.
Selon toute probabilité, la reconversion industrielle « écologique » est un mythe. Ce qu’on appelle ainsi, dans la réalité, c’est la poursuite de la même logique sous une autre étiquette (voitures électriques, bioplastiques, etc.). Croire qu’un collectif ouvrier, même animé des meilleures intentions, pourra « détourner » ces infrastructures de leur fonction première, c’est compter sur une sorte de miracle, au lieu de bien prendre en compte les tenants et les aboutissants des « moyens de production » contemporains.
Deuxième écueil : défendre aujourd’hui les emplois industriels au nom d’un hypothétique chambardement éco-industriel à venir. Même si l’on admettait que ces reconversions étaient possibles, ce qui est extrêmement douteux, encore faudrait-il qu’elles soient probables. Or tout, aujourd’hui, indique l’inverse : les logiques dominantes suggèrent que ce scénario est hautement improbable. En attendant ce grand soir éco-industriel, le texte encourage à maintenir coûte que coûte la production actuelle, c’est-à-dire à prolonger la destruction du monde vivant pour défendre l’emploi.
C’est là que le texte est le plus problématique : il avalise une forme d’« attentisme écocidaire », il souhaite continuer à faire tourner les usines à cracher du poison au nom de l’espoir qu’un jour, peut-être, elles confectionneront des fleurs. Un compromis terriblement douteux qui sacrifie le présent au nom d’un avenir imaginaire. Et qui, au passage, légitime l’idée que la justice sociale devrait encore passer par le travail dans l’industrie, au lieu de chercher des voies d’émancipation hors de ce cadre.
Le plus frappant dans cette contradiction, c’est qu’elle émane d’un mouvement — les Soulèvements — qui, par ailleurs, appelle à la démission, à la désertion, à la sortie du travail nuisible. Des textes circulent qui encouragent à quitter les emplois nuisibles, à retrouver d’autres formes de subsistance, à reconstruire des territoires autonomes.
Mais alors, comment peut-on, dans le même mouvement, défendre la continuité des emplois industriels — fût-ce au nom d’une fantomatique éco-reconversion future ? Soit on appelle à sortir du travail nuisible, soit on se bat pour le maintenir. Les deux, ça marche pas.
Ce n’est pas faire preuve d’hostilité, ni de sectarisme, que de souligner cette incohérence. C’est au contraire un appel à clarifier les lignes. Si nous voulons sérieusement sortir du monde industriel, alors nous devons cesser de le défendre, même indirectement, au nom de « l’emploi ».
Plutôt que de sauver les emplois industriels, il faudrait organiser leur dépassement. Concevoir ces licenciements comme des brèches, en faire des opportunités — ce qui est, certes, autrement plus complexe que de se contenter de défendre l’emploi industriel.
Sortir de l’industrie est une urgence écologique. Ne pas encourager cette sortie, c’est trahir l’écologie.
Nicolas Casaux
Je ne vois rien à redire à ce texte, sinon abonder dans son sens.
Pour ce qui est de la technique en général, je conseille un petit livre intitulé « Technique autoritaire et technique démocratique », publié aux éditions de La Lenteur (et traduit par mes soins). Il en ressort que toutes ces technologies, à commencer par celle dont je me sers pour écrire ce post, sont des techniques autoritaires et, en creux, cela donne une idée des manières de s’en sortir ….
Annie Gouilleux
La reconversion écologique de l’industrie est un oxymore.
En 1946, on perçait en Allemagne les casques d’acier pour en faire des passoires : elles rouillaient rapidement.
Pourquoi se preoccuper autant de mouvements mediatiques qui font parti du metabolisme du systeme et qui sont fondé par des gens qui tetent au mamelles du systteme au quotidien (ce ne sont pas des amishs en autoproduction qui m’aurait pas le tempsde faire ce cinema). Ca fait 150 ans que le systdme secrete ce genre de folklore revolutionnaire, a cpmmenncer par Marx, qui finit soit par etre des centres de formations pour les futures elites esclavagistes (68ard, greenpeace, cercles trotsystes des annees 70) soit des systemes d’exploitations et ee destructions pire que le capitalisme, quand ces guignols prennent le puvoir (pol pot,staline….).
Il est evident que des gens qui ne savent pas menier une faux ou une hacjhe ont une credibilit nulle en matirre d’ecologie et ne font qu’ennerver par leur srmons ceux.qui souffrent au travail, ou se morfondent au chomage, pour le plus grand plaisir des elites industrielles, qui se regalent !
Salut,
J’aurais souscrit à cette analyse… Avant d’assister à un rassemblement d’un des groupes SLT, au cours duquel des ouvriers & ouvrières, syndiqués ou non à la CGT d’une entreprise de logistique contestée, ont remercié le groupe local des Soulèvements de les avoir soutenus dans leur revendications (salariales). Une phrase, d’un des représentants syndicaux, m’a frappée : « La logistique, ce sont des métiers de misère, des conditions de travail qu’on déteste. La logistique, on en a besoin mais on la déteste la logistique. »
Je n’invente pas.
Je n’ai pas eu l’occasion de savoir si « on » dans « on en a besoin » désignait l’ensemble des citadins dépendants pour son approvisionnement de l’acheminement, ou les gens qui ne trouvent d’embauche que dans ce secteur.
Toujours est-il que l’analyse était partagée. Je ne le mentionne que pour enjoindre à affiner.
Amicalement,
C.
Je ne comprends pas l’objection. Le capitalisme, on en a besoin mais on déteste le capitalisme ?
Plutôt : que les gens qui sont conscients d’en être les gens actifs sesentent acculés à des révoltes partielles, je dirais.
Pourqui s’attarder sur la notion de capitalisme qui porte a confusion, alors qu’ il me semble que c’est l’industrie qu’il faut combattre. Evidemment, il n’ya pas de capialisme sans industrie et d’industrie sans capitalisme, puisque meme les industries socialistes doivent engendrer des capitaux pour survivre, gerer par une elites » revolutionnaire » tout aussi exclusive que les riches capitalistes.
Le probleme quand on adhere a la lutte anticapitalistr et que l »on oublie l’essentiel et que l’on est confondu avec des etatistes qui lutte aussi conte l’economie de marche.Une economie de marche non industrielle, fonde sur le troc ou une monnaie non controlle par un etat ( vieillles pieces d’argent, or, coquillages rares peu importe),me convient parfaitement. Et vous?
@c.
C’est le même défaut que je reproche à l’auteur de ce blog: faire comme ci les étaient inconscients
ou mal informé. La plupart des gens sont parfaitement conscient de l’inanité de notre mode de vie, mais
Ils ne l’exprime pas parce qu’ils subissent une pression sociale et qu’ils sentent que cela ne sert a rien. Nous sommes
tous pris dans la machine industrielle, et ceux qui la critique, se font plaisirs, mais ne proposent rien de concret pour en finir. Il y’a bien pourtant des pistes pour en sortir, comme les Amishs qui limitent leur usage de machine et developpent l’artisanat. Mais ils ont une vision religieuse des choses qui fait defaut a l’opposition europeene qui est condamne a jouer les bouffons du systeme. C’est dommage.
Les amishs aussi sont des bouffons. Exemple: https://iwofr.org/fr/les-amish-doivent-ils-payer-des-imp%C3%B4ts/
Nulle échappatoire, il n’y a pas d’ailleurs, ce folklore est toléré en marge pour que se poursuive le fonctionnement techno-industriel dont la techno-science est l’ultime religion du smartien mangeur de bio. Cette civilisation est TOTALE et pour trèèèèèès longtemps.
Pas de «recette miracle» ou de changement de l’intérieur en coups d’éclat à délibérer dans des comités démocratiques. Seule la prise de conscience reste utile – crever moins con tard vaut encore mieux que de se faire abattre rapidement en touchant l’une sans faire bouger l’autre. Quand on vous dit que c’est mort, c’est vraiment MORT.
Nous sommes tous des bouffons face a un systeme machiniste qui dispose de millions d’annees de stock d’energie solaire a sa disposition et qjui a creee et soumis 8 milliards d’esclaves.
Mais il y’a different degres de ridicules dans la boufonnerie et on ne peut comparer des indidividus chauffes et nourri au nucleaire plonge dans un trip egotique qui fait croire qu’il vont mettre a bas ce systeme surpuissant par la magie des mots,et des gens qui ont fui les persecutions en europe, sont arrivé a moins de 5000 (5000 en 1900), et sont maintanant a 400 000 et ceci sans avoir recours aux energie fossiles et a l’electricite durant la grande partie de leur histoire. Il reste encore plusieurs milliers d’amish old school dont la communaute n’autorise aucune aide machinale et qui font leur bois a la force du poignet.
Ces boufons n’amuse peronne car ils n’ont pas d’ego social, contrairement a nous tous. Ils n’ont pas de media , pas de photo et ne recherche que la reconnaissance de leurs proches que leur travail fait vivre.
Quand en Europe nous auront fonde des groupes de familles fondes sur les memes principes nous pourrons esperer ne pas etre entierement ecrase par l’effondrement qui vient (et qqui est bienvenu).
Haaaaa, l’effondrement qui vient… rédempteur, divin, salvateur ou tout autre attribut qui permet l’espoir de toucher du bout des doigts un monde meilleur parce qu’on est tous infoutu de reprendre de concert là où ça a déconné, une époque du genre du niveau matériel des amishs, une époque qui semble encore supportable au quotidien. Séduisant, je l’avoue. Ils l’ont fait, donc forcément c’est reproductible globalement, peu importe les conditions et les mœurs des voisins, n’est-ce pas ?
Sauf que non, l’effondrement «qui vient» ne va pas toucher tout le monde de la même façon et une poignée avertie compte bien s’en sortir beaucoup mieux que les 8Gp (giga pelos dont je fais partie) qui vont morfler et garder le maximum de leur petits avantages matériels pour que rien ne change, eux et leur bunker. Que ce soit même avec des conneries style «half-earth». Car rien d’autre n’a plus d’importance. Les riches pourraient souhaiter cet effondrement bien plus ardemment… car si nous nous y voyons une fin heureuse possible, eux en ont non seulement une autre mais ils en ont, en plus, les moyens de l’accomplir.
C’est MORT.
Les riches seront les premiers impacté car ce sont le s plus dependants.
L’effondrement n’est pas une eventualite, mais une realite qui se passe sous tes yeux.
Ca fait depuis les annes 1970 que les economies connaissent le chomage et que l’on sait qu’on a interet a s’accrocher pour ne pas dechoir, depuis 2008 que la precarite s’est generalise en occident et que
Les hommes sont stresse comme des veaux pour eviter la rue, et que tout est produit en Chine pour sauver le systeme. Er maintenant les USA n’ont plus aseez de ressource pour maintenir le systeme et sont eux meme fatigué,
Les pillards qui ont encore acces a un peu de petrole progressent. Deja nous sommes oblige de nous lancer dans une course auc armements alors que nous n’avons plus acces au gaz et au petrole et les gouvernements tentent desesperement de tirer du fric qui n’existe plus et accelere la chure.
Rappelons que ELon Musk est sous ketamine pour traiter sa depression chronique et qu’il souffre d’autisme. Donc la decheance moderne n’epargne personne et rester riche est aussi stressant et n’isole pas de la pollution generale qui s’infilftre meme dans notre air et dans ce que l’on mange (y compris bio, qui utilise du plastique). Tous les humains souffrent.
Rangez ce violon, c’est indécent.
Vous pouvez vous offrir ce luxe : https://thepanicroomcompany.com/fr/ ? Vous serez éligible à en goûter quelques miettes en échange d’une servilité totale ?
Moi non, eux, forcément, oui.
C’est MORT.