Guillaume Etiévant, expert économique auprès des CSE et des syndicats et co-rédacteur en chef du magazine Frustration, vient de publier un livre humblement intitulé Autogestion générale – sortir du capitalisme : méthode aux éditions Les Liens qui Libèrent. Rien de nouveau sous le soleil. Il s’agit simplement d’une énième contribution d’un militant de cette gauche pseudo-radicale – encore nourrie d’imaginaire communiste – à la perpétuation de la chimère d’une civilisation techno-industrielle autogérée. Etiévant ressort du placard les vieilles fables et les vieux fantasmes de la gauche type PSU et confond sortie du capitalisme et autogestion du système techno-économique.
Pour prouver que l’autogestion de la civilisation industrielle est possible, il consacre une partie de son ouvrage à mettre en avant des expériences autogestionnaires. Il commence par l’épisode italien dit du Biennio Rosso (« les deux années rouges ») des années 1919 et 1920, qu’il présente comme un moment où toute une région du pays était parvenue à « autogérer » (à gérer de manière démocratique et égalitaire) le système industriel.
Pourtant, dans le récit d’Amilcar Rossi, alias Angelo Tasca, cofondateur du journal communiste L’Ordine Nuovo (« L’ordre nouveau »), responsable socialiste local et acteur de premier plan du milieu ouvrier turinois, qui fut directement mêlé aux débats et aux expériences du Biennio Rosso, cette brève période n’apparaît pas comme l’établissement, même fugitif, d’une société industrielle égalitaire et autogérée. Sous sa plume, les occupations d’usines constituent plutôt une situation de crise, impulsées ou encadrées par des organisations syndicales et socialistes, dépendantes d’un personnel technique souvent absent, confrontées au manque de matières premières et d’argent, et maintenues par une discipline ouvrière dont le caractère réellement démocratique et égalitaire est douteux :
« Beaucoup d’ouvriers en eurent assez de passer tout leur temps dans les usines, jusqu’à ce que, vers la fin de la campagne, on leur interdise de sortir, de peur qu’ils ne reviennent pas. Ainsi, les “gardes rouges” postés aux portes, chargés de défendre les usines contre d’éventuelles attaques, servaient également à empêcher un grand nombre d’entre eux de déserter. » (A. Rossi, The Rise of Italian Fascism 1918-1922)
Surtout, ces occupations ne créent pas un monde industriel nouveau. À l’instar de tous les exemples d’« autogestion » mentionnés par Etiévant, il s’agit seulement d’individus qui s’emparent (très) provisoirement d’usines, de machines-outils, de réseaux d’approvisionnement et d’infrastructures déjà produites et établies. Les ouvriers occupent un appareil industriel préalablement constitué par le capitalisme, l’État et les technosciences. Même en admettant qu’il s’agissait réellement d’« autogestion » (ce qui se discute largement), l’autogestion – très brève – d’une usine ou d’un complexe industriel ne dit rien de la capacité à auto-produire cette usine ou ce complexe. Ne serait-ce que pour cette seule raison, il est plus que douteux de parler d’« autogestion ».
Le trotskiste Bruno Paleni, auteur d’un livre sur ces « années rouges », note la présence d’une « aristocratie ouvrière » à Turin, et « l’influence d’une minorité de jeunes socialistes révolutionnaires ». Dans les usines, la discipline est telle que « sur les établis est inscrit le slogan : “Qui ne travaille pas ne mange pas” ou bien “Le travail anoblit” ».
Au sein des usines, assiste-t-on donc à une démocratie réelle ? Pas exactement. Le principe de la délégation du pouvoir persiste, notamment à travers l’élection – moyen politique qui relève de l’aristocratie. Comme le remarque Paleni, les conseils d’usine
« se substituent durant l’occupation aux directions patronales et représentent aux yeux des travailleurs l’organe du pouvoir dans l’usine, leur pouvoir. […] Dans toutes les usines Fiat, ce sont les Conseils d’usines élus par les commissaires d’ateliers, eux-mêmes élus par l’ensemble des ouvriers, qui contrôlent toute la vie de l’usine : production, approvisionnements et échanges avec les autres entreprises, alimentation, discipline intérieure, défense. Et dans ces Conseils d’usines l’influence des militants les plus radicaux du Parti socialiste est importante.
À la Fiat-centro, c’est le communiste Giovanni Parodi qui est à la tête du Conseil d’usine. La Bourse du travail de Turin, contrôlée par les membres des fractions communistes (partisans de Bordiga et l’Ordine nuovo de Gramsci), coordonne à l’échelle de la ville le système de gestion ouvrière des usines occupées, en mettant sur pied différentes commissions pour échanger les produits entre usines, les fournisseurs d’énergie et de matières premières et les sous-traitants, ou pour assurer la défense des entreprises occupées. » (Bruno Paleni, Italie 1919-1920 – Les deux années rouges : Fascisme ou révolution ?, Les Bons caractères, 2011).
Le journaliste italien Piero Gobetti, qui a tout juste la vingtaine à l’époque et qui suit de près les occupations, affirme qu’il s’agit « d’une grande tentative pour réaliser non pas le collectivisme mais une organisation du travail dans laquelle les ouvriers ou au moins les meilleurs d’entre eux soient ce que sont aujourd’hui les industriels ». Comme le remarque l’historien français Éric Vial, « il n’a d’illusion ni sur l’issue immédiate, ni sur les motivations de la majorité, et note que “les ouvriers obéissent aux commissaires d’atelier parce que ceux-ci commandent le pistolet à la main” » (Piero Gobetti, Libéralisme et révolution antifasciste, édition d’Éric Vial, Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2010).
L’historien italien Giuseppe Maione souligne que le mouvement d’occupation est traversé de tensions et même de conflits, « la masse des “inorganisés” [n’accepte pas] entièrement les directives des nouveaux organismes ; on signale au contraire des affrontements violents entre la base et les nouveaux dirigeants […] » (« Les conseils ouvriers (1919) et conseils de gestion (1946), un bilan critique », in Autogestion – L’Encyclopédie internationale, tome 9, Syllepse, 2020).
Etiévant évoque ensuite, comme on pouvait s’y attendre, l’Espagne de 1936 – mais sa version romancée, comme on pouvait également s’y attendre. À le lire, on a l’impression que la population tout entière s’organise spontanément et de manière parfaitement égalitaire pour gérer « une grande partie de l’économie espagnole ». La réalité est moins rose. Il y eut des chefs, des hiérarchies et des conflits – sur le sujet, on peut entre autres renvoyer aux travaux de Freddy Gomez, et notamment à son livre Folies d’Espagne – Ombres et lumières d’un anarchisme de guerre (L’Echappée, 2025).
La révolution espagnole de 1936 est très souvent convoquée comme une sorte de preuve historique de l’idée selon laquelle une société industrielle peut fonctionner sans État, sans chefs et sans hiérarchie. Mais dès qu’on examine la réalité derrière l’image d’Épinal, le tableau se complique. Il y eut bien une sorte de révolution sociale : terres collectivisées, ateliers repris, tramways, services et usines placés sous contrôle ouvrier, assemblées, comités élus, formes d’égalisation sociale. Danny Evans, historien de l’anarchisme espagnol et auteur de Revolution and the State : Anarchism in the Spanish Civil War 1936-1939 (« La révolution et l’Etat : l’anarchisme dans la guerre civile espagnole de 1936-1939 », 2018, Routledge), note que les rapports de production, les rapports entre les sexes et les mœurs d’un pays catholique et hiérarchisé furent réellement bouleversés. Mais il montre aussi que cette révolution fut immédiatement prise dans un processus de reconstruction de l’État républicain, avec la collaboration d’une partie des dirigeants libertaires. Michael Seidman, historien social états-unien et auteur de Republic of Egos – A Social History of the Spanish Civil War ( « La République des égos – une histoire sociale de la guerre civile espagnole », University of Wisconsin Press, 2002), met en lumière les conduites ordinaires : faim, fatigue, absentéisme, marché noir, refus du travail, désertion, défense des intérêts familiaux ou locaux. Loin d’une conscience révolutionnaire unanime, il fait apparaître une société travaillée par les besoins matériels, la pénurie, l’effondrement monétaire et la difficulté de faire produire les individus pour autre chose que leur propre survie. Faire circuler des trains, produire des armes, distribuer du pain, alimenter une ville, coordonner des ateliers, organiser un front, tout ça exigeait des compétences, des arbitrages en vue de fixer des priorités, des responsables et des sanctions. Derrière le vocabulaire de l’autogestion réapparurent presque aussitôt des fonctions de commandement : comités de gestion, conseils économiques, techniciens, inspecteurs de la Generalitat, chefs militaires, ministres de la CNT, patrouilles armées, discipline de travail au nom de la guerre. Le patron disparaissait peut-être, mais le coordinateur, le délégué, l’expert, le chef de colonne, le ministre et le policier révolutionnaire entraient par une autre porte.
La gauche industrielle autogestionnaire prétend s’opposer à la hiérarchie et à l’autorité mais les reconduit toujours d’une manière ou d’une autre « quitte à se payer de mots en dissimulant l’autorité sous un faux nom (“mission”, “coordination”, “fédération”, “association”, etc.) », comme le note PMO.
Dans l’Espagne de 1936, « une organisation anarchiste participe à un gouvernement, à une armée, tente de persuader les ouvriers de se plier aux impératifs de la productivité industrielle, menace de sanctions les récalcitrants », bref, fait « du jour au lendemain l’inverse de ce qu’elle avait professé depuis un demi-siècle », remarque François Roux dans une recension d’un ouvrage de Myrtille Gonzalbo. L’expérience espagnole ne prouve pas du tout qu’une société industrielle pourrait fonctionner sans hiérarchie.
Etiévant enchaîne avec l’épisode « autogestionnaire » qui prit place en Algérie sous Ben Bella au début des années 1960, qui ne prouve rien non plus. Là encore, il y eut bien une prise en main de terres et d’entreprises laissées vacantes après le départ des colons, mais cette reprise s’inscrivit aussitôt dans un cadre étatique, administratif et planificateur. Comités de gestion, directeurs nommés, bureaux, ministère, parti unique, impératifs de production et de rentabilité : l’expérience algérienne ne prouve pas davantage qu’une société moderne puisse se passer de délégation et de hiérarchie. Elle montre plutôt comment une initiative populaire, dès qu’elle doit faire fonctionner une économie nationale, est inévitablement capturée par les médiations dont elle dépend.
Etiévant loue ensuite les mérites de l’« autogestion » sous le règne dictatorial de Tito en Yougoslavie, qu’il présente lui-même comme « strictement encadrée ». Dans la mesure où il reconnaît lui-même la non-autonomie de cet autre épisode d’« autogestion » imaginaire, cela devrait se passer de commentaire. Mais brièvement. Dans un texte consacré à « L’autogestion en Yougoslavie », figurant dans le huitième tome de l’Encyclopédie internationale de l’autogestion, l’écrivain serbe Goran Markovic remarque :
« Les conseils de travailleurs n’ont pas été créés suite à un mouvement conscient des travailleurs mais plutôt comme un sous-produit du conflit entre Staline et la direction du PC yougoslave. Il est improbable que ces conseils de travailleurs eussent été créés si ce conflit ne s’était jamais produit. »
Le tournant de l’économie yougoslave commencé en 1949-1950 avec la création des conseils ouvriers, écrit Yvo dans un autre texte consacré au sujet, publié dans le même tome de l’Encyclopédie internationale de l’autogestion,
« correspondait à un désir d’obtenir l’appui des masses yougoslaves dans le conflit de la direction titiste avec le stalinisme et les appuis intérieurs de celui-ci. C’est-à-dire que, s’il y a eu une concession de la part des dirigeants, c’était pour une question vitale : conserver le pouvoir (et leur propre vie, car, à l’époque, les discussions idéologiques se terminaient en fusillades). Mais les dirigeants yougoslaves furent suffisamment prévoyants pour sauver, en même temps que leur vie, leurs privilèges.
Ainsi, le phénomène politique devient également un phénomène de classe, l’appareil du parti conserve sa position de dirigeant, même dans la nouvelle structure. La nouvelle classe au pouvoir ne perd rien dans cette opération, bien au contraire, elle gagne sur un plan intérieur une certaine stabilité, et sur le plan extérieur un nouveau prestige et… une nouvelle aide économique. […]
Les causes de l’autogestion en Yougoslavie déterminent les possibilités de développement de l’autogestion elle-même, et surtout, les étroites limites imposées à ce développement déterminent aussi toutes ses ambiguïtés, toutes ses contradictions, et un certain nombre de ses faiblesses. »
En fin de compte, conclut Yvo, « on ne peut pas s’identifier avec cette expérience, ni en faire la défense inconditionnelle ; nous ne faisons pas seulement des critiques et des réserves, mais nous n’acceptons pas le principe d’un parti politique qui doit avoir le rôle dirigeant, prépondérant, omniscient et omniprésent ».
Etiévant convoque aussi de prétendus épisodes autogestionnaires qui auraient pris place dans la Russie soviétique de 1917 et dans la Chine maoïste, notamment lors de la mythique Commune de Shanghai. Deux exemples encore ineptes, sur lesquels je ne m’étendrai pas parce qu’ils présentent les mêmes faiblesses que les autres et que ce texte est déjà trop long. Dans un cas comme dans l’autre, l’« autogestion » fut brève, localisée, instable, traversée de tensions, nullement exempte de chefs ni de hiérarchies, et toujours prise dans des organes de pouvoir — parti, État, armée, syndicats, comités révolutionnaires — qui la contrôlaient, l’encadraient ou qui finirent par l’absorber. Rien qui suggère, même de loin, que le système techno-industriel puisse être autogéré.
Au-delà d’une fabulation assez grossière (qui n’étonne pas franchement de la part d’une gauche captive de ses mythologies révolutionnaires, Etiévant admet faire partie de cette gauche qui continue de « vouer une fascination romantique […] à des figures telles que Lénine ou Che Guevara »), on peut relever plusieurs problèmes fondamentaux dans la perspective de la gauche autogestionnaire à laquelle Etiévant se rattache :
I. Un anticapitalisme postiche
Sa définition du capitalisme est excessivement restreinte. Elle le réduit grosso modo à la propriété privée lucrative. Or une définition plus conséquente du capitalisme, comme le souligne la Wertkritik, ne peut pas s’en tenir à la seule question juridique de la propriété. Le capitalisme n’est pas simplement le règne du patron privé, du dividende et de l’actionnaire avide. Il constitue une forme sociale où l’activité humaine est subordonnée à la production de valeur, à l’abstraction du travail, à la concurrence, à la productivité, à l’accumulation, à la médiation généralisée par l’argent et le marché. Une usine « autogérée » qui continue de produire des marchandises, de compter le temps de travail, de réduire ses coûts, d’augmenter ses rendements, de dépendre du crédit, des débouchés, des prix, des fournisseurs, de la comptabilité, de la concurrence et de l’impératif de viabilité économique ne sort pas du capitalisme. Elle en modifie tout au plus le mode d’administration : le patron a (formellement) disparu, la contrainte impersonnelle demeure. On a supprimé le propriétaire, non la forme sociale qui transforme les êtres humains en fonctions productives. Le discours autogestionnaire reste tellement colonisé par l’imaginaire capitaliste que l’être humain y est presque toujours qualifié de « travailleur », que l’objectif demeure la « montée en gamme de l’appareil productif » (Etiévant), etc.
II. Une appréhension superficielle des dominations
Elle parle d’émancipation en ignorant des pans entiers et cruciaux de la domination. Chez Etiévant, celle-ci semble s’exercer presque exclusivement dans l’entreprise, comme si l’État, l’école, la famille, l’instruction obligatoire, la socialisation patriarcale, l’aménagement du territoire, la dépendance salariale, l’obligation de travailler ou même l’administration des populations ne constituaient pas autant de formes de contrainte. Les chômeuses et chômeurs ne cessent pas d’être dominés parce qu’ils sont hors de l’entreprise : ils demeurent soumis à l’État, au marché du travail, au contrôle administratif, à la dépendance monétaire et aux impératifs de l’économie. L’entreprise n’est pas le lieu unique de la domination, elle en constitue une instance, une instance certes majeure, mais insérée dans tout un dispositif social qui produit, discipline et contraint les individus dès l’enfance.
III. Les exigences des choses
Elle passe à côté du caractère intrinsèquement oppressif, inégalitaire et hiérarchique du système techno-industriel. À partir de quelques épisodes d’autogestion temporaires, peu concluants et seulement partiellement démocratiques ou égalitaires, portant presque toujours sur des infrastructures déjà existantes, elle conclut que l’ensemble du système techno-industriel pourrait être auto-conçu, auto-produit et autogéré par l’ensemble de la population de manière réellement démocratique. Mais reprendre une usine, une ligne ferroviaire, une centrale, un réseau ou un atelier n’est pas la même chose que produire les conditions historiques, scientifiques, techniques, énergétiques, extractives, logistiques et institutionnelles qui les rendent possibles. La gauche autogestionnaire omet ainsi opportunément de discuter la production des savoirs scientifiques nécessaires à l’élaboration du système industriel, la formation différenciée des ingénieurs, cadres, techniciens et ouvriers, la division internationale du travail, l’extraction des matières premières, la maintenance des infrastructures, la dépendance aux experts et la séparation structurelle entre conception et exécution. Elle veut démocratiser la machine, mais s’interroge trop peu sur ce que la machine exige déjà comme société.
Cette absence de réflexion sérieuse sur les exigences des choses la mène à occulter les implications de l’échelle. Ce qui peut fonctionner, partiellement, dans un atelier, une ferme, une imprimerie, une petite coopérative, ne fonctionne pas forcément à d’autres échelles. Autogérer le fonctionnement d’une boulangerie n’a rien à voir avec coordonner l’électricité, les télécommunications, les transports ferroviaires, la sidérurgie, la chimie, l’hôpital moderne, l’informatique, la production alimentaire industrielle ou les réseaux d’eau d’un pays entier. Plus l’échelle augmente, plus la décision se déplace vers des organes de coordination, des spécialistes, des systèmes de calcul, des procédures, des normes, des arbitrages abstraits. C’est inévitable, mécanique. L’autogestion locale devient alors dépendante d’une méta-gestion (plan, fédération, réseau, administration) et reconduit sous d’autres atours la délégation, l’expertise, la séparation entre ceux qui savent, ceux qui calculent, ceux qui coordonnent et ceux qui exécutent.
Mais Etiévant n’est pas d’accord avec ça. Il prétend que l’exemple du groupe Mondragón
« remet en question l’idée selon laquelle la coopération serait incompatible avec la taille [sous-entendu, la grande taille]. Fondée en 1956 au Pays basque espagnol par cinq jeunes autour d’une petite coopérative d’électroménager, l’activité de l’entreprise s’est élargie au fil des décennies à de nombreux domaines : industrie, finance, éducation, recherche… Le groupe a même racheté en 2005 l’entreprise française Brandt pour faire face à la concurrence de multinationales comme Whirlpool ou Electrolux. Aujourd’hui, Mondragón rassemble plus de 70000 salariés, répartis dans une centaine de coopératives reliées par une fédération. »
Cependant, ainsi qu’il le fait pour presque tous les exemples qu’il invoque dans son livre, il commence par affirmer que le groupe Mondragón prouve une chose puis reconnaît qu’il s’agit en fait d’un exemple assez douteux. Il finit son bref passage sur Mondragón en rappelant que « toutes les entreprises rachetées n’ont pas été transformées en coopératives, dans les autres le prix trop élevé des parts sociales limite l’accès à la gouvernance des plus précaires, certaines coopératives en bonne santé refusant d’aider celles en difficulté, etc. » ETC. ! Une affaire drôlement convaincante.
Philippe Durance, professeur associé au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM) expose la pleine intégration de Mondragon dans l’univers capitaliste dans son article « La coopérative est-elle un modèle d’avenir pour le capitalisme ? Retour sur le cas de Mondragón » (2011). Loin de se penser comme une alternative au capitalisme, les dirigeants de Mondragón revendiquent son inscription dans le même monde, celui de la compétitivité, de l’innovation, de l’expansion internationale et de l’adaptation aux marchés. La coopérative ne supprime pas la séparation capital/travail, elle la redistribue entre salariés-associés et salariés ordinaires. Durance rappelle que le rachat de Brandt par Fagor en 2005 a rendu visible cette fracture : les travailleurs français non associés se sont retrouvés face non pas à un patron classique, mais à une multitude de « petits patrons » coopérateurs, capables de décider démocratiquement de licenciements qui ne les frappaient pas eux-mêmes. La démocratie interne vaut pour le cercle des propriétaires, non pour l’ensemble des travailleurs pris dans la chaîne productive. Sharryn Kasmir, anthropologue américaine autrice de The Myth of Mondragon (1993), avait déjà critiqué cette idéalisation, en montrant que le « mythe » Mondragón tendait à effacer les conflits de classe et à délégitimer les syndicats au nom d’une prétendue communauté coopérative. Les chiffres récents confirment d’ailleurs l’intégration pleine et entière de Mondragón dans l’économie mondiale : en 2023, le groupe revendique 92 coopératives, 70 500 salariés, 11,056 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 186 millions d’euros de dépenses de R&D, 104 implantations à l’étranger et des ventes internationales représentant 75 % du total.
Autrement dit, le groupe Mondragón ne rompt ni avec la production de valeur, ni avec la concurrence, ni avec l’innovation comme impératif, ni avec la mondialisation industrielle ; il en propose une gestion plus cohésive pour ses membres. Aucune sortie du capitalisme, aucune preuve de rien. Et sur le plan écologique, Mondragón est un désastre industriel comme les autres (voir infra). Son chiffre d’affaires, c’est majoritairement de la grande distribution (Eroski), suivie de divers autres domaines industriels (automobile, énergie, équipements industriels divers et variés). On sait qu’il n’est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. Mais quand même.
IV. Socialiser la mort
Elle passe à côté du caractère intrinsèquement nuisible et écologiquement destructeur du système industriel. Etiévant parle de socialiser des entreprises et des industries dont quiconque se soucie réellement de la vie sur Terre devrait souhaiter le démantèlement. Une raffinerie, une usine, une plateforme logistique, une mine, une centrale, etc., ne deviennent pas émancipatrices parce qu’elles sont administrées par celles et ceux qui y travaillent. Leur nuisance ne tient pas seulement à leur régime de propriété, mais à leur fonction, à leurs usages de matériaux, à leurs déchets, à leurs infrastructures, à leur insertion dans un monde de transport, d’extraction, de consommation massive et de destruction des milieux naturels. Pour continuer à vouer un culte à l’utopie techno-industrielle autogestionnaire en 2026, il faut être sacrément aveugle aux innombrables dommages causés par toutes – toutes, toutes, toutes – les industries.
V. L’autogestion comme corporatisme productif
Elle confond contrôle des producteurs (ou « contrôle ouvrier ») et démocratie de la société entière. La gauche autogestionnaire raisonne trop souvent depuis le lieu de travail. Son objectif, c’est que les travailleuses et travailleurs d’une usine, d’un atelier, d’un service, décident de ce qui s’y produit et de la manière de le produire. C’est un peu court. Pourquoi celles et ceux qui travaillent dans une industrie donnée auraient-ils davantage voix au chapitre que celles et ceux qui en subissent les effets ? Les riverain∙es d’une usine chimique, les paysan∙nes dont les terres sont polluées, les habitant∙es exposé∙es aux déchets, les générations futures, les autres animaux, les milieux détruits, ne sont pas représentés par le seul collectif de travail. L’autogestion d’entreprise peut donc très bien reconduire une sorte de corporatisme productiviste : les producteurs défendent leur outil, leur emploi, leur revenu, même lorsque cet outil est socialement ou écologiquement désastreux. La nuisance n’est plus imposée par le capitalisme au nom du dividende, mais par les travailleurs eux-mêmes au nom de l’emploi, du revenu ou de la « maîtrise ouvrière ».
Elle fétichise la « participation ». Faire participer les travailleurs à la gestion ne suffit pas à abolir la domination, ça peut même être un moyen de la faire intérioriser. On ne reçoit plus l’ordre du patron : on participe collectivement à la réunion où l’on décide qu’il faudra travailler davantage, réduire les coûts, accepter des sacrifices, maintenir une activité nuisible, augmenter la productivité ou sauver l’entreprise face à la concurrence. La domination devient procédurale, délibérative, presque morale : chacun∙e est sommé∙e de gérer sa propre dépossession. C’est la grande ruse de certaines formes de cogestion : transformer l’obéissance en adhésion.
VI. État planificateur et « cybersoviets »
Elle se voile complètement la face concernant le pouvoir d’État. Etiévant reconnaît que son projet de socialisation des entreprises « supposerait, à terme, une prise du pouvoir d’État par une gauche radicale ». À terme, et même au préalable. Il consacre une section de son ouvrage à « la nécessité d’un État planificateur ». Tout le projet d’Etiévant et de ses camarades a comme condition un État fort contrôlé par la techno-gauche autogestionnaire. L’idée, c’est que la « puissance publique » (qui n’a jamais eu de publique que le nom) passe un certain nombre de réformes en vue de parvenir à l’utopie techno-industrielle autogestionnaire. Mais rassurons-nous, l’État contrôlé par la techno-gauche autogestionnaire serait rendu réellement démocratique grâce aux « cybersoviets » (concept qu’Etiévant reprend chez Durand et Keucheyan et qui désigne des « outils numériques participatifs ») et divers moyens qui garantiraient un État autogéré. Mais pas trop non plus ! « Il ne s’agit […] pas de faire “tout décider par tout le monde” », précise Etiévant. « Par exemple, la production alimentaire pourrait être planifiée à l’échelle des bassins de vie, les priorités industrielles discutées dans des instances professionnelles et territoriales et les grandes orientations énergétiques décidées à l’échelle nationale. » Et toute cette planification, et toute cette nouvelle architecture organisationnelle, serait parfaitement égalitaire et démocratique. À ce stade, Harry Potter est plus réaliste.
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La gauche techno-communiste autogestionnaire semble avoir pour fonction de perpétuer, au sein de ce qui se considère comme une opposition, l’adhésion aux mythes fondamentaux de la civilisation (industrielle). Etiévant nous rappelle qu’en tout marxiste sommeille un grand défenseur des progrès du capitalisme industriel. L’industrie, le travail, la production, le développement techno-industriel, c’est bien. L’humanité a besoin de tout cela. Seulement, il faudrait rendre tout ça démocratique et égalitaire. Nous y parviendrons un jour camarades ! Ayez confiance et votez Mélenchon !
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Lorsqu’elle renvoie à l’aspiration à « autogérer » la civilisation industrielle, l’idée d’autogestion ne désigne qu’un vieux fantasme qui anime la gauche – les mouvements socialistes, ouvriers, anarchistes – du monde industriel depuis plus d’un siècle. (Un fantasme largement issu d’une intériorisation par les dominé∙es de la perspective des dominants.) Mais au sens large d’autogouvernement, d’autonomie, l’idée d’autogestion est tout à fait louable. Il a certainement existé de très nombreuses sociétés autogérées dans l’histoire humaine. Il s’agissait généralement, cependant, de petites sociétés autochtones, très faiblement technologiques, non de vastes organisations industrielles. Chez l’être humain, la moindre délégation du pouvoir est vite susceptible de tourner à la domination, comme l’illustre d’innumérables expériences historiques. Dans les sociétés qui parvenaient à s’autogérer, le pouvoir n’était pas – ou très peu – délégué. Ce sont ces réalités-là qu’il faudrait prendre au sérieux, plutôt que les épisodes d’« autogestion » industrielle que les technocommunistes continueront de falsifier, d’enjoliver et de nous resservir comme utopies jusqu’à ce que mort s’ensuive.
Nicolas Casaux
Une analyse salutaire (comme les vôtres le sont toujours), force est de constater que nos chers socialistes-autoritaires ont le vent en poupe ce qui dénotent très clairement (comme vous le soulignez très justement) le caractère technophile absolu de ce courant, donc dans l’air du temps.
Aller sur Mars quelle idée merveilleuse ! Mais quel gâchis que cela soit ce fasciste de Musk qui le propose ! Enfin ce n’est pas si grave car nous récupérerons toutes les avancées de l’appareil producteur pour l’auto-gérer (si, si c’est pour bientôt cela arrive à grands pas).
J’ai longtemps cherché à comprendre comment on pouvait encore s’en revendiquer après le désastre total du XXe siècle, la réponse est toute simple : c’est une religion.
Pour le « romantisme » de Lénine et de Guevara cela me rappelle ceci https://fabrice-nicolino.com/cette-gauche-qui-sest-toujours-couchee-devant-les-despotes/.
En pleine lecture de la réédition de « l’État » de Charbonneau (je suis précisément dans les passages sur le marxisme), je ne sais plus s’il faut en rire ou en pleurer.
Encore merci pour vos travaux.
Bonjour Nicolas,
Cette littérature de sauvetage et de neutralisation fabriquée par les gestionnaires du refus, plutôt pénible par l’ensemble des occultations qu’elle opère depuis de nombreuses années sur l’existence de la méga-machine et ses progressions, s’est constituée comme la formulation idéologique d’un groupe social prétendant à la direction des révoltes, à leur instigation aussi. Elle se propose de faire redémarrer le système techno-industriel en cas de crise grave, d’en empêcher, dès aujourd’hui et préventivement, la dissolution sur de très nombreux points qui sont essentiels à son fonctionnement ou d’en montrer avec ruse la nécessité. Et dans quelques cas où la résistance serait avérée, d’en faire le ménage radical. Leurs critiques, purement politiques, de l’appropriation privée trouvent leurs limites dans la constitution revendiquée d’une nouvelle forme de « collectivisme bureaucratique » (cf. Bruno RIZZI entre autres) amélioré par la numérisation du monde. Limite que l’on retrouve dans la plupart de leurs programmes. Nous sommes face à la littérature très élaborée d’une classe dominante de rechange qui a beaucoup appris de ses adversaires et qui ne pratique plus une défense de périmètre. Elle occupe déjà, structurellement, une fonction dominante dans de très nombreux secteurs de « la société cybernétique » qu’ils soient économiques ou idéologiques. Elle ne se voile pas la face. Elle sait ce qu’elle doit défendre et comment le défendre si elle veut continuer à exister dans son innocence préfabriquée. Elle assume son rôle cyniquement : Etiévant n’est pas une dupe totale mais un falsificateur informé, et sur certains sujets un vulgaire menteur comme le prouvent ses propos misérables sur la sanglante catastrophe algérienne : la fausse décolonisation et la surrection d’un « Etat Servile ». Il ne peut pas l’ignorer, pas plus qu’il n’ignore la « socialisation de la mort » engendrée par le capitalisme. Il respecte le cahier des charges de la gauche radicale dont le premier article s’énonce ainsi : « on ne parle pas de corde dans la maison du pendu ».
Jean-Paul Floure
L’élémentariat…
Brillante idée, impeccablement autant qu’implacablement argumentée.
Merci, Floure. Votre texte m’a remonté le moral et l’envie de me battre.
Vous êtes parfois connement hautain mais l’on ne peut retirer que votre part de lucidité géniale est diablement inspirante. De la vraie dope organique (du remède) pour connecter bien plus de deux neurones à la fois…
Pourquoi donc ne soumettriez-vous pas tout ça aux grenoblois pour une éventuelle compilation revue et augmentée chez Service compris ? (Et pourquoi pas ?)
https://birnam.fr/la-phase-ultime-variations-sur-le-sujet-de-lhistoire/
Il apparaît clairement que l’auto-gestion en ce début de 21e siècle est une véritable mystification politique. D’abord, parce que les classes populaires sont totalement dépendantes des chaînes d’approvisionnement du marché mondial pour gagner leurs vies. Les prolétaires en France actuellement travaillent dans des centres logistiques de transport de marchandises, des réseaux de la grande distribution, des entrepôts Amazon etc. Il n’y a plus d’industrie domestique nationale. Admettons que ces travailleuses et ces travailleurs prennent le contrôle de leurs entrepôts et de leurs réseaux de distributions de marchandises. Que se passerait-il ? S’ils augmentent les salaires, qui va payer ? Les consommateurs ? Mais alors, il ne s’agit plus du tout d’un mouvement d’émancipation révolutionnaire. Occulter les conditions de vies des individus et de la société ne peut aboutir qu’à une impasse. Mais alors que veulent les adeptes du développement, qu’ils soient nationalistes ou degoche ? Relocaliser les usines ? Mais à qui appartient le capital fixe (machines) ? Comment le récupérer ? En expropriant les multinationales ? En le rachetant ? Avec quel argent ? Comment le ramener ? Comment relancer un cycle de production ? De distribution ? Faut-il en construire de nouvelles ? Avec quelles matières premières ? Quelle énergie ? Quelle main d’œuvre ? Comment la former ? Combien de temps pour la former ? Avec quels capitaux ? Empruntés comment et à qui ? Est ce qu’il faut sortir de l’euro ? Revenir au franc ? Dévaluer la monnaie pour faire des crédits ? Dans quel but ? Produire des marchandises à bas coûts ? Concurrencer les chinois ? Malheureusement pour les adeptes du made in France, les conditions d’un nouveau cycle de croissance économique ne sont pas réunies. Est ce qu’elles pourraient être réunies dans un contexte de crise générale ? Est ce que ces gens là souhaitent une crise générale ? Et si cette crise se produit, est ce que l’humanité aura encore envie de toute cette merde ? C’est toujours le même problème avec ceux qui ne regardent que ce qui les intéressent dans des périodes historiquement spécifiques sans tenir compte d’une dynamique générale qui leur échappe. La France du 21e siècle n’a strictement rien à voir avec l’Italie, l’Espagne ou l’Algérie du siècle dernier. Aujourd’hui les biens que nous consommons sont produits à l’étranger et si ces marchandises n’arrivent plus il faudra apprendre à s’en passer. Nous n’en sommes pas là. Pour l’instant.
En Italie, idem. Le fameux Lingotto à Turin, site industriel de Fiat inauguré en 1923 juste après une période de luttes révolutionnaires qui débouchèrent sur l’instauration du fascisme par une classe bourgeoise effrayée et qui rendent Étievant mélancolique, est aujourd’hui reconverti en centre de congrès multifonctionnel le plus grand d’Europe. Qu’est ce que ce type s’imagine ? Qu’une nouvelle classe prolétaire consciente va reconstruire une usine de production de bagnoles électriques pour sauver la planète avec ses petits bras musclés ? Avec quels capitaux ? Empruntés comment et à qui ? Etc.
En Algérie, n’en parlons pas. Régime militaire qui opprime sa population en s’appuyant sur une religion patriarcale et autoritaire, l’Algérie ne peut plus compter que sur ses exportations de matières premières (pétrole et gaz) et un peu sur son industrie textile qui n’est qu’un sous-produit du raffinage des hydrocarbures (polymères) pour payer ses armes et ses fonctionnaires (soldats, bureaucrates). Sa population (jeune) s’est massivement soulevée en 2019 pour chasser Bouteflika mais rien n’a changé.
En Yougoslavie après Tito, il y a eu la guerre. 7 pays sont issus de cet éclatement (Slovénie, Croatie, Bosnie, Montenegro, Serbie, Kosovo, Macédoine). Mais l’industrie allemande n’est plus en capacité d’intégrer la main d’œuvre des Balkans comme elle l’a fait avec les pays de l’Est après la chute du mur de Berlin. Le principal moteur industriel de la zone euro (automobile, chimie, pharmacie) est en panne. Même une main d’œuvre à coût très bas est devenue superflue. Les expériences d’auto-gestion d’usine du passé ne sauraient déterminer les possibilités du présent. Le seul horizon de croissance économique possible en Europe, ce sont les industries de l’armement. Mais ces industries ne peuvent pas créer une société de croissance, elles ne peuvent qu’absorber des excédents commerciaux (quand il y en a). Et conduire à la guerre.
En ce qui concerne l’Espagne, il faut être plus nuancé sur le plan historique. Il y a eu une tension très forte au sein des courants anarchistes pendant la guerre civile espagnole, et même bien avant les années 30. Une tension qui s’est illustrée jusqu’à la fin, entre d’un coté, l’agrarisme issu des campagnes, et de l’autre, l’industrialisme issu des villes. Des désaccords féconds jusqu’au bout qui ont toujours remis en question les décisions autoritaires sans jamais remettre en question le mouvement révolutionnaire. On peut citer entre autre l’abolition de la valeur marchande remplacée par la valeur nécessaire de ce qui est produit (nourriture, vêtements etc) et dont les surplus sont échangés et accessibles à tous. Réduire cette période historiquement spécifique à une simple reproduction manquée du bolchevisme me paraît être un raccourci particulièrement hasardeux. Communisme et communisme libertaire sont des formes de luttes révolutionnaires distinctes dans l’histoire du capitalisme. Mème s’ils ont toujours été liés et que le premier a toujours cherché à écraser le second (Kronstadt, Makhnovtchina etc).
Bonjour.
« le chaos qui vient » de peter turchin, un bouquin qui a inspiré les réflexions de Guy Fargette, à écouter sur le podcast « hérétiques », explique, histoire longue à l’appui, que la surproduction d’élites amène à une contre-élite qui provoque des révolutions pour prendre le pouvoir. A rapprocher de la réflexion de Pasolini sur les fils de bourgeois frustrés par leur manque de pouvoir et de consommation et du fascisme qui revient dans la version antifasciste.
Je viens de finir le livre de Walter Krivitsky intitulé : « J’étais un agent de Staline ». Je vous recommande vivement de lire le chapitre 3 intitulé : « La main de Staline en Espagne ». Cela vous permettra de contextualiser les propos des historiens que vous citez.