Nikolski, Darmangeat et Frustration : et d’autres défenseurs du capitalisme (par Nicolas Casaux)

I. « Les femmes doivent leur liberté aux hydrocarbures »

« La libération des femmes démarre avec le capitalisme industriel. » Oui, oui. C’est très sérieux. C’est une haute fonctionnaire de l’État français qui l’affirme, Vera Nikolski, docteure en science politique et chercheure associée au Centre européen de sociologie et de science politique (CESSP-Paris), rattaché au CNRS, à l’Université Paris I-Panthéon-Sorbonne et à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Nikolski défend cette thèse dans son ouvrage Féminicène paru en 2023 chez Fayard et dans un second livre qu’elle vient de publier, encore chez Fayard, intitulé Pourquoi les Amazones n’existent pas ? Des esprits cyniques se demanderaient peut-être si le statut social élevé de Nikolski au sein de la société capitaliste industrielle, sa formation étendue au sein des institutions dominantes, où elle est toujours en poste, explique en tout ou partie son apologie du capitalisme industriel. Mais non, certainement pas ! Pure coïncidence !

À quoi correspond la « liberté » des femmes contemporaines selon Nikolski ? D’abord à ce qu’elle présente comme une égalité juridique et sociale accrue : un accès à des droits, à l’éducation, à la possibilité de travailler, à la vie publique et politique. Nikolski insiste sur la possibilité de travailler, condition de l’« indépendance économique ». Elle mentionne aussi, relativement aux droits, la liberté de divorcer ou de ne pas se marier sans tomber automatiquement dans la misère. Et puis le contrôle de la fécondité et les bénéfices sanitaires de la médecine moderne : contraception, avortement plus sûr, baisse de la mortalité infantile, progrès obstétricaux ; tout ça réduit l’« emprise » de la biologie (de la nature) et le fardeau de la maternité répétée. Le progrès techno-industriel a aussi permis d’alléger le travail domestique, grâce à l’eau courante, à l’électroménager, au chauffage moderne, à la garde d’enfants, etc. Il a également produit une « dévaluation de la force physique masculine » : grâce à la mécanisation et aux métiers de service, la force musculaire devient moins centrale, ce qui rend les femmes plus compétitives dans le travail socialement reconnu. Le progrès technique « a pour conséquence d’amoindrir, voire d’annuler, pour la première fois de l’histoire, l’importance de l’écart de force physique entre les hommes et les femmes » (autre illustration de la manière dont le progrès technologique permet de remédier aux « contraintes » biologiques, naturelles). La force physique « devient aussi moins facilement mobilisable dans les relations interindividuelles, de couple ou de groupe, comme moyen d’asseoir son autorité, car l’État moderne ne cesse d’étendre son emprise sur les comportements de ses sujets, revendiquant avec succès le monopole de la violence physique légitime ». Nikolski associe aussi la liberté des femmes à l’État social et sanitaire : sécurité sociale, hôpital, congés, soins, protection sociale, etc. Tous ces dispositifs diffusent à grande échelle les bénéfices de la modernité.

Il y a du vrai dans tout ça. Mais pour pouvoir dire que la situation s’est améliorée, il faut un point de référence. Le problème, c’est que Nikolski n’en a pas vraiment. Son point de référence est vague. Il correspond à l’ensemble des sociétés antérieures à l’époque contemporaine. Selon Nikolski, jusqu’à il y a environ 150 ans, les femmes vivaient partout sous une domination masculine massive, très supérieure aux « reliquats » actuels de sexisme :

« Pour comprendre le caractère extraordinaire du processus de l’émancipation féminine, il faut revenir au monde d’avant, celui qui a été renversé – sinon par le féminisme, du moins parallèlement à son affirmation – au profit du monde relativement égalitaire dans lequel nous avons la chance de vivre aujourd’hui. En effet, s’il est une chose sur laquelle tous sont d’accord, les féministes comme leurs opposants conservateurs, les chercheurs comme les profanes, c’est l’idée que, jusqu’à il y a quelque 150 ans, le monde entier vivait sous le régime d’une domination exclusive des hommes, dont l’ampleur était sans commune mesure avec les reliquats de sexisme et de discrimination qu’on rencontre jusqu’à aujourd’hui dans nos sociétés. Cette idée n’est sérieusement contestée par personne. […] les anthropologues [le] savent depuis longtemps : la domination masculine est un invariant universel de l’histoire et de la préhistoire humaines. Toutes les sociétés primitives sont fondées sur une division sexuelle du travail, le monopole masculin de la chasse et de la guerre, et la théorisation subséquente, plus ou moins poussée, de la supériorité des hommes sur les femmes. » (Féminicène)

S’il était parfaitement établi que dans toutes les sociétés humaines antérieures (ou externes) au capitalisme industriel, les femmes vivaient des vies atroces, écrasées par une domination masculine massive, le raisonnement de Nikolski se tiendrait. Mais ce n’est pas le cas. Malheureusement, Nikolski ne propose pas, dans son livre, d’enquête anthropologique poussée. Elle se contente d’invoquer Emmanuel Todd et Françoise Héritier et de formuler de grandes assertions que l’on est censé∙es prendre pour argent comptant (« Cette idée n’est sérieusement contestée par personne »).

Dans de nombreuses sociétés du passé, les hommes ont lourdement subordonné et exploité les femmes. C’est exact. Mais dans toutes ? Et cela représente-t-il la majeure partie de l’histoire et des sociétés humaines ayant jamais existé ?

Il y a 150 ans, dans divers endroits d’Europe et du monde, les femmes étaient considérées comme des biens meubles, des propriétés. Dans toutes les « civilisations », au sens archéologique ou historique classique du terme, qui désigne de grandes sociétés humaines étatiques, urbaines et agraires, les femmes ont été soumises à une phallocratie plus ou moins brutale, plus ou moins oppressive. Là-dessus, il y a sans doute consensus. Si l’on compare le sort des femmes contemporaines à celui des femmes de la Grèce antique, de Rome, du Code civil napoléonien ou de la paysannerie européenne des quelques siècles passés, l’amélioration est évidente.

Mais un examen plus poussé de l’histoire humaine montre autre chose. De nombreuses ethnographies et témoignages de différentes sortes nous apprennent qu’au sein des sociétés du passé comme des sociétés autochtones subactuelles, il a existé des arrangements sociaux de différentes natures, des degrés variables de domination masculine, et même des organisations où régnait une relative égalité entre les sexes – au sein des petites sociétés autochtones de chasse-cueillette, notamment, comme les pygmées Mbendjele, Aka ou BaYaka en Afrique, mais aussi au sein de petites sociétés horticoles ou basées sur des modes de subsistance mixtes, comme les Zunis et les Iroquois d’Amérique du Nord, les Vanatinais de Papouasie-Nouvelle-Guinée ou les Batek de Malaisie.

Dans tout un tas de sociétés autochtones du passé ou subactuelles, les femmes pouvaient bénéficier d’une vie plus libre, bien plus autonome, que les femmes qui subissent le capitalisme industriel contemporain. En fait, l’humanité pourrait bien avoir vécu la plus grande partie de son histoire dans de petites communautés souvent relativement égalitaires, fondées sur le partage, la coopération, l’absence d’accumulation durable des richesses et des formes de décision par consensus ou autorité temporaire.

Mais avant de développer, une remarque. Un certain nombre d’éléments que Nikolski associe à la supposée « liberté » des femmes contemporaines relèvent moins de la liberté que de la sécurité. La médecine high-tech, qui permet effectivement de diminuer le taux de mortalité infantile ou en couche, procure une forme de sécurité relative à la santé. Cependant, pour accéder à la médecine high-tech – en fait simplement pour être autorisé à vivre dans le monde moderne –, femmes et hommes sont contraint∙es de se soumettre aux règles du capitalisme, à la domination de l’État et du Capital, sur lesquels l’immense majorité d’entre nous n’exercent quasiment aucun contrôle. S’agit-il donc d’une preuve éclatante de « liberté » ? On peut en douter.

Dans nombre de sociétés autochtones, la liberté ne signifiait évidemment pas l’abolition de toute différence entre hommes et femmes, ni l’existence d’un paradis égalitaire sans conflits ; elle tenait plutôt à l’absence de plusieurs dispositifs centraux de la domination moderne : l’État et son administration centrale, sa bureaucratie, la propriété privée concentrée, le salariat (la dépendance à l’argent), l’enfermement domestique, la famille nucléaire isolée, la dépossession des savoirs de subsistance. Chez beaucoup de peuples de chasse-cueillette, la subsistance reposait sur le partage, la mobilité, la coopération quotidienne et une relative autonomie matérielle des individus. Les femmes y contribuaient directement à la subsistance commune, souvent de manière décisive par la cueillette, la pêche, parfois même la chasse (de petits animaux, le plus souvent), la transformation des aliments, les soins, les savoirs médicinaux, l’éducation des enfants, sans être réduites à des « femmes au foyer » dépendantes du revenu masculin.

Il y avait sans doute toujours une forme de division sexuée du travail, mais cela n’impliquait pas nécessairement une domination masculine. Entre individus des deux sexes (comme d’un même sexe, d’ailleurs), il est (évidemment) possible de se partager les tâches quotidiennes sans que cela n’exige une forme de domination ou d’injustice.

Les femmes n’avaient pas de « droits » au sens moderne, mais personne n’en avait, étant donné qu’il n’existait pas d’institutions juridiques spécialisées et séparées de la population générale. Les femmes avaient cependant des droits au sens large, parfois égaux à ceux des hommes. Leur travail n’était pas séparé de la vie, ni capturé par un marché ou par une institution patriarcale centralisée ; il s’inscrivait dans un tissu social où les décisions étaient souvent prises par consensus, et où la possibilité de partir, de rejoindre d’autres parents, de divorcer ou de refuser un conjoint limitait concrètement l’autorité masculine.

Aussi, quand on compare les taux et les formes de violences – y compris sexuelles – que les hommes infligent aux femmes dans une société comme la France actuelle à ceux que l’on observait dans différentes sociétés du Moyen Age en France ou du passé récent, on peut certainement noter une amélioration. Mais en prenant pour point de comparaison les sociétés autochtones susmentionnées, l’amélioration n’est plus certaine. Comme on peut le lire, par exemple, dans une récente étude anthropologique, « la violence de genre est quasiment inexistante chez les Batek ». Les Batek ont tellement « horreur de la violence interpersonnelle » qu’ils préfèrent « fuir devant des ennemis que riposter ». Leur aversion pour la violence est telle « que les femmes, comme les hommes, ne sont pas exposées à la menace d’une contrainte physique ». On observe (ou observait, leur société est en voie d’extinction) une situation similaire chez les pygmées BaYaka, entre autres.

Que ces sociétés soient représentatives de la majeure partie de l’histoire humaine ou non, cela montre au moins que l’idée selon laquelle sans la technologie moderne les femmes sont écrabouillées est fausse.

Enfin, dans ces sociétés, comme durant l’immense majorité de l’histoire humaine, les femmes (et les hommes) jouissaient d’une liberté de mouvement et de déplacement sur Terre infiniment supérieure à celle dont nous jouissons aujourd’hui. Je sais, de prime abord, cela paraît déroutant (ils n’avaient pas de voitures ni d’avions !). Mais dès que l’on y réfléchit un peu, on le réalise aisément.

D’ailleurs, aujourd’hui, la grande majorité de la population mondiale, soit près de 90 % des gens, ne monte pratiquement jamais à bord d’un avion. Seuls les riches, les classes supérieures, utilisent ce moyen de transport. Près de la moitié des Français ne partent pas en vacances. En 2015, « un Français sur quatre n’est pas parti en voyage et moins d’un Français sur deux est parti au moins une semaine l’été ». En 2023, les trois quarts des Français qui envisageaient de partir en vacances comptaient rester dans le pays. Et on parle de la France, un des pays les plus riches du monde. On pourrait continuer à lister ce genre de statistiques. Le fait est que les transports modernes de voyage longue distance bénéficient à une minorité de la population. La plupart des gens, dans la civilisation industrielle, ne voyagent pas ou peu. Ils n’ont pas l’argent et/ou pas le temps.

Après avoir passé du temps auprès des Mbendjele BaYaka, l’une des dernières sociétés de chasse-cueillette évoluant au nord de la République du Congo, Cecilia Padilla-Iglesias, doctorante en anthropologie à Zurich, décrit comment les membres de cette société entreprennent

« régulièrement de longs voyages de plusieurs jours et de centaines de kilomètres pour chasser ou pêcher sans changer de campement. Et certains déplacements n’ont rien à voir avec les ressources. Les Mbendjele BaYaka peuvent quitter leur camp pour rechercher leur conjoint, nouer des amitiés ou participer à de grandes cérémonies commémoratives appelées eboka, au cours desquelles les gens chantent ensemble et partagent des mokondi masanas (rituels centrés sur les esprits de la forêt).

Ce phénomène n’est pas nouveau. Jacques Lalouel, médecin et anthropologue ayant travaillé avec les BaYaka dans les années 1940 et 1950, rapporte avoir rencontré des individus qui revenaient de voyages de 800 kilomètres aller-retour. Les recherches génétiques et anthropologiques de notre groupe ont mis en évidence ce type d’interaction sociale à des échelles de temps encore plus vastes : bien qu’elles aient vécu séparées les unes des autres pendant des milliers d’années, plusieurs communautés de chasse-cueillette du bassin du Congo se sont régulièrement mélangées et ont échangé des objets culturels, comme des instruments de musique, des milliers d’années avant que l’expansion de l’agriculture n’ait commencé dans la région. Ces éléments constituent des preuves que les Mbendjele BaYaka et d’autres groupes du bassin du Congo ne se déplaçaient pas simplement parce qu’il n’y avait plus de nourriture. Ils se déplaçaient parce qu’ils faisaient partie d’une société mobile, complexe et dispersée sur le territoire. »

Cela n’a rien de spécifique à cette région du monde :

« Il existe des preuves d’une dynamique similaire chez des sociétés de chasse-cueillette dans d’autres régions d’Afrique. En 2022, une comparaison des variations des perles en coquille d’oeuf d’autruche entre l’Afrique orientale et l’Afrique australe a révélé l’existence d’un réseau d’échange vieux de 50 000 ans reliant ces deux régions et impliquant des personnes parcourant des centaines de kilomètres pour échanger des perles et d’autres objets. Des systèmes similaires ont également existé chez les sociétés de chasse-cueillette d’autres régions du monde, comme les Aborigènes d’Australie ou les sociétés Wendat d’Amérique du Nord. Il semble que, tout au long de notre histoire évolutive, le mouvement n’a pas seulement été un moyen de trouver de la nourriture, mais a aussi constitué un moyen de se retrouver les uns les autres sur des continents entiers. »

Les motifs des déplacements des sociétés nomades de chasse-cueillette pouvaient inclure toutes sortes de choses, y compris le fait qu’un fruit savoureux, que les enfants apprécient beaucoup, pousse à tel endroit à tel moment. Mais ces motifs n’étaient pas limités à des préoccupations d’ordre alimentaire. Ils pouvaient aussi comprendre des raisons sociales ou politiques, y compris le désamorçage de tensions sociales, l’envie de rendre visite à des ami·es ou à des membres de la parentèle, le jeu, la participation à des rituels ou encore le fait d’aller aux nouvelles.

Dans son ethnographie intitulée The Hadza: Hunter-Gatherers of Tanzania (« Les Hadza : Des chasseurs-cueilleurs de Tanzanie »), l’anthropologue Frank Marlowe rapporte :

« Les Hadza sont remarquablement non-territoriaux. Lorsque les gens d’un camp décident de se rendre dans un autre endroit, ils ne se soucient pas de savoir s’ils sont autorisés à s’y installer. Ils peuvent se déplacer où ils veulent, selon Woodburn (1968), ce qui concorde avec mon expérience. La plupart du temps, ils savent où vivent les autres et évitent de se déplacer vers le même point d’eau. Ils pourront s’y rendre à un autre moment, lorsque personne ne s’y trouve. Ils ne s’inquiètent jamais de pénétrer dans une zone qu’occuperait un autre groupe de Hadza. Ils sont clairs sur le fait que les Hadza ne possèdent ni ne contrôlent aucune zone du territoire qu’ils sillonnent. La liberté de vivre n’importe où est généralement étendue même aux non-Hadza. »

Aujourd’hui que la Terre a entièrement été privatisée, quadrillée de routes, de voies ferrées, de murs, de clôtures, de bâtiments, de zones industrielles, commerciales ou résidentielles, la liberté de déplacement des êtres humains en général (et de la masse des pauvres en particulier) a été réduite à presque rien.

Et le bonheur, dans tout ça ? Santé publique France estime qu’en 2024, 15,6 % des adultes de 18 à 79 ans ont connu un épisode dépressif caractérisé dans l’année ; la prévalence est nettement plus forte chez les femmes : 18,2 %, contre 12,8 % chez les hommes. Selon Santé publique France en 2024 5,4 % des 18-79 ans déclarent avoir fait au moins une tentative de suicide au cours de leur vie, et 0,4 % au cours des douze derniers mois. Les pensées suicidaires dans l’année concernent 5,2 % des adultes. Un tiers des adultes déclarent une plainte d’insomnie, avec des écarts selon le sexe, l’âge et la situation sociale. Les données reprises à partir du Baromètre donnent 37,7 % des femmes concernées contre 28,2 % des hommes ; chez les femmes en grande difficulté financière, la plainte d’insomnie monterait jusqu’à environ 50 %. L’ANSM rappelait en 2025 que la France est le 2e pays consommateur de benzodiazépines en Europe, après l’Espagne, et que plus de 9 millions de Français∙es ont été traité∙es par une benzodiazépine en 2024, pour l’anxiété ou l’insomnie. Les femmes sont particulièrement concernées. Des données de population générale indiquent que les femmes consomment nettement plus de psychotropes que les hommes sur l’année : 21,0 % contre 12,7 %. Et dans une récente enquête de l’ANSM sur l’anxiété et le sommeil, 49 % des femmes déclaraient avoir pris, au moins exceptionnellement, un médicament pour calmer l’anxiété ou lutter contre des troubles du sommeil. Une part considérable des femmes vivent avec fatigue, anxiété, insomnie, dépression ou médication psychotrope.

On ne dispose pas de statistiques aussi nombreuses et précises concernant les femmes des sociétés autochtones que j’ai mentionnées, mais il me semble que le tableau est bien moins sombre. Il a très probablement existé nombre de sociétés où les femmes étaient bien plus heureuses, bien plus sereines et épanouies psychiquement, mentalement, qu’elles ne le sont aujourd’hui dans le capitalisme technologique.

Ces quelques réflexions, trop succinctes (il y a bien plus à dire, mais c’est déjà trop long pour une publication Facebook), proviennent en partie de mon livre Le Mythe du progrès : une contre-histoire de l’humanité, paru l’an dernier, que vous pouvez vous procurer ici.

II. Les femmes, le progrès et le capitalisme

Il y a quelques jours, le site Nonfiction a publié un entretien croisé entre l’universitaire marxiste Christophe Darmangeat, auteur, notamment, du livre Le communisme primitif n’est plus ce qu’il était. Aux origines de l’oppression des femmes (La Découverte, 2025, parution initiale 2008) et la haute fonctionnaire d’État Vera Nikolski, autrice de Féminicène – les vraies raisons de l’émancipation des femmes, les vrais dangers qui la menacent (Fayard, 2023). Deux lumineux esprits qui nous permettent de comprendre la chance que nous avons de vivre en 2026.

Je me suis permis de commenter quelques extraits.

Darmangeat : « Ce que prône en fait le féminisme moderne, c’est l’idée que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes rôles sociaux. »

Je ne suis pas suffisamment au fait des différents courants féministes actuels, mais il me semble que ce que raconte Darmangeat est assez inexact. Un certain nombre de courants féministes, dont l’écoféminisme, le féminisme différentialiste et diverses tendances des féministes matérialistes et radicaux n’ont pas pour objectif de faire en sorte que femmes et hommes aient « les mêmes rôles sociaux ». Il ne s’agit pas de faire des femmes « des hommes comme les autres ». Il s’agit plutôt de faire en sorte que les femmes et les hommes soient également respecté∙es dans leurs spécificités, dans leurs différences. Et puis, sauf à espérer abolir la biologie, ça ne veut rien dire « avoir les mêmes rôles sociaux », qui dit ça franchement ?

Darmangeat : « Or, un premier constat s’impose : je ne connais aucune société précapitaliste, historique ou ethnologique, où on ait rencontré une telle conception de l’égalité des sexes. »

Évidemment, nigaud. Une telle conception n’a aucun sens. Mais bravo. Après avoir défini le féminisme n’importe comment, tu peux fièrement affirmer que ta définition sans queue ni tête, personne ne l’a jamais défendue par le passé. Une fois le féminisme réduit à l’interchangeabilité abstraite des individus (sans qu’on sache trop ce que cela signifie), il est facile d’en faire le produit du capitalisme.

Darmangeat : « C’est cela [cette idée d’avoir “les mêmes rôles sociaux”] qui permet d’envisager qu’il n’y ait plus des travaux d’hommes et des travaux de femmes. Par conséquent, on peut dire : à travail égal, salaire égal ! Et pourquoi les femmes n’auraient pas les mêmes droits que les hommes ? »

La belle glissade. Comme si avoir « les mêmes droits » impliquait d’avoir « les mêmes rôles sociaux ». Il faut que les hommes accouchent pour que les femmes soient respectées ?

Nikolski : « [Dans les sociétés du passé, pré-industrielles, non-industrielles] Les femmes, responsables de la procréation, devaient assurer des tâches compatibles avec cette fonction : enceintes ou allaitant des enfants en bas âge, elles ne pouvaient pas trop s’éloigner du campement ou effectuer des tâches qui exigeaient trop de force. Parmi les travaux compatibles avec ces fonctions maternelles, il pouvait y avoir la cueillette, la petite agriculture, l’horticulture, et puis les tâches domestiques – qui exigeaient, dans les sociétés préindustrielles, quasiment un travail à temps plein. Voilà pour le temps journalier. »

1. Les femmes des sociétés de chasse-cueillette et sans doute une grande partie des femmes du passé en général étaient très probablement, en moyenne, plus physiquement entraînées, plus endurantes et plus robustes que les femmes contemporaines des sociétés industrialisées. Selon toute probabilité, même enceintes ou allaitantes, elles étaient bien plus capables d’effectuer « des tâches qui exigeaient [beaucoup] de force » que les femmes d’aujourd’hui.

2. Dans les sociétés de chasse-cueillette, la grossesse, l’allaitement et le soin des jeunes enfants pouvaient évidemment peser sur certaines activités : les déplacements longs, dangereux ou très rapides n’étaient pas affectés de la même façon selon qu’une femme était enceinte, allaitante ou sans enfant dépendant. Mais les femmes n’étaient pas (« naturellement ») confinées au campement. Chez les Hadza de Tanzanie, par exemple, les femmes enceintes disent que la collecte devient plus difficile en fin de grossesse, mais les observations disponibles ne montrent pas de différence significative entre femmes enceintes et non enceintes en ce qui concerne la recherche de nourriture ou le temps de repos. Les femmes hadza continuent donc à marcher, collecter, porter. Les travaux de Sarah Blaffer Hrdy sur l’allomaternage le corroborent. Hrdy montre que le soin des enfants humains n’a probablement jamais reposé sur une mère isolée, seule avec son nourrisson, mais sur un réseau communautaire : grands-mères, pères, tantes, frères et sœurs plus âgés, autres proches. Chez des groupes comme les Efe ou les Aka d’Afrique centrale, les nourrissons peuvent être portés et gardés dès les premiers jours par plusieurs personnes. La maternité ne confine pas mécaniquement les femmes au foyer ou au camp ; elle s’inscrit dans une organisation collective des soins, qui permet aux femmes de continuer à participer aux activités de subsistance. (En contraste, un certain nombre d’études récentes montrent que les femmes modernes éprouvent un lourd sentiment d’isolement lors de leurs maternités (grossesse et même après). Comme je le note dans mon livre Le Mythe du progrès : « En 2017, un sondage britannique rapportait que 90 % des nouvelles mères se sentaient seules depuis l’accouchement, et que plus de la moitié (54 %) estimaient qu’elles n’avaient pas d’ami∙es. En 2018, une étude de la Croix-Rouge britannique a révélé que plus de huit mères sur dix (83 %) âgées de moins de 30 ans se sentent parfois seules, et que 43 % d’entre elles se sentent seules en permanence. En 2024, d’après une étude réalisée en Irlande, “77 % des femmes éprouvent un sentiment de solitude pendant la grossesse et au début de la maternité”. »)

3. Contrairement à ce que prétend Nikolski, les humains du passé n’étaient pas tous écrasés par le travail du matin au soir, du berceau à la tombe. Beaucoup de travaux anthropologiques et ethnographiques montrent au contraire que dans un certain nombre de petites sociétés autochtones d’ici et de là, femmes et hommes disposaient en fait de pas mal de temps libre, que l’obtention de nourriture et les tâches du quotidien ne prenaient pas tant de temps que ça. Nikolski ressasse encore un cliché sorti des vieilles théories racistes du passé. Même en Europe même, le calendrier médiéval était saturé de dimanches, de fêtes religieuses, de fêtes locales, de temps saisonniers et de toutes sortes de discontinuités. Il ne s’agissait pas d’un paradis paysan, mais le travail n’avait pas encore été entièrement aligné sur la semaine salariale, l’horloge, l’usine et la croissance.

Il faut mesurer la violence morale – quasiment raciste – du discours prétendument matérialiste de Nikolski. On sait aujourd’hui que des cétacés, des singes et des oiseaux possèdent des « cultures », transmettent des techniques, apprennent socialement, etc. Nikolski présente les humains du passé (sociétés pré- ou non industrielles) comme dominés par une mécanique aveugle, une pure biologie : reproduction, force physique, patriarcat. Le discours de Nikolski pue les vieilles théories colonialistes, celles qui assimilaient les « sauvages » à la nature, à l’infériorité, et qui chantaient les louanges de la civilisation.

Nikolski (dans l’interview croisée avec Darmangeat) : « Comme Christophe, je ne raisonne pas du tout en termes d’émancipation ontologique […] je ne soutiens pas qu’avec le capitalisme industriel, les femmes seraient devenues libres. »

Nikolski (dans son livre Féminicène, QUI A POUR SOUS-TITRE « LES VRAIES RAISONS DE L’ÉMANCIPATION DES FEMMES ») : « L’émancipation des femmes est aujourd’hui à son comble historique. Jamais l’humanité n’avait connu un tel niveau d’égalité. Jamais les femmes n’ont été aussi libres […]. »

Ça va de se foutre de la gueule du monde ou bien ?

Ces gens sont des pitres, mais des pitres nuisibles, dont le discours chante les louanges du capitalisme industriel et de la domination technologique, du désastre écologique et social en cours. Darmangeat est un marxiste pur sucre. Mais ce qu’il faut saisir, c’est qu’en tout marxiste sommeille un grand admirateur du capitalisme. C’est le capitalisme, dans la théorie marxiste, qui pose les bases de l’utopie socialiste à venir. Marx et Engels louangeaient la bourgeoisie autant qu’ils la haïssaient (« La bourgeoisie a joué, dans l’histoire, un rôle éminemment révolutionnaire. » « Elle a été la première à montrer ce que l’activité humaine peut accomplir. Elle a accompli des merveilles surpassant de loin les pyramides d’Égypte, les aqueducs romains et les cathédrales gothiques. » Etc.)

En indexant la liberté des femmes sur l’existence du système techno-industriel et du capitalisme, Nikolski produit un chantage moral. Les femmes sont sommées de croire que leur liberté exige la destruction de la planète et de défendre le capitalisme coûte que coûte (si le capitalisme industriel devait s’effondrer, les femmes se re-retrouveraient entièrement subordonnées, soumises, exploitées !).

III. Frustration Magazine & les marxistes, ces autres défenseurs du capitalisme

Frustration, « le magazine de la guerre des classes », créé en 2013, est un média qui commence à avoir une certaine audience dans le milieu militant. Ses éditions papier sont aujourd’hui distribuées par la maison d’édition Les Liens qui Libèrent (LLL), cocréée par la maison d’édition Actes Sud, maison phare de la gauche bourgeoise (dirigée par Françoise Nyssen de 1987 à 2022, qui deviendra ministre de la Culture sous Macron). Le comité de rédaction de Frustration comprend le sociologue Nicolas Framont, cocréateur du magazine, Guillaume Etiévant (auteur d’un récent ouvrage promouvant l’autogestion du capitalisme industriel, que je discute ici), Rob Grams et Farton Bink. Le magazine défend une ligne qu’il nomme « collectiviste », mais qui correspond en fait à un marxisme à l’ancienne, repeint aux couleurs du moment. Comme son sous-titre l’indique, il promeut la lutte des classes, la réappropriation des moyens de production (l’autogestion du système techno-industriel) et diverses vieilles lunes socialo-communistes.

En bons marxistes, Framont, Etiévant et Grams pensent que malgré ses terribles défauts, le capitalisme est un progrès, une forme sociale émancipatrice. Dans une récente interview de leur confrère marxiste Christophe Darmangeat, publiée sur Frustration, on lit par exemple que « ce qui permet d’espérer la fin de la domination masculine », c’est « le capitalisme ». Eh oui. Merci qui ? Merci le capitalisme. La phrase complète :

« Ce qui permet d’espérer la fin de la domination masculine, ce n’est pas qu’elle n’aurait pas existé au Paléolithique (ndlr : la plus longue période préhistorique (de -3 millions d’années à environ -10 000 ans) durant laquelle les humains vivaient de chasse et de cueillette, fabriquaient des outils en pierre taillée et développaient les premières formes d’art et de symbolisme), c’est que le capitalisme crée les conditions de sa disparition. »

Darmangeat soutient – à tort, selon moi et selon beaucoup de chercheuses, de chercheurs et de représentant∙es et de descendant∙es de populations autochtones du monde entier, voir ci-avant – que toutes les sociétés antérieures au capitalisme étaient à domination masculine (toutes, même si cette domination pouvait, selon lui, être plus ou moins marquée). En invoquant les travaux de sa collègue Vera Nikolski à l’appui, il présente le capitalisme comme la source de la libération des femmes, comme le premier moment historique où les femmes ont pu accéder à l’égalité sociale. Ou quelque chose comme ça – ça n’est pas toujours très clair. Quoi qu’il en soit, les marxistes ont besoin d’affirmer que les femmes subissaient un sort horrible dans toutes les sociétés du passé, de même qu’ils ont besoin, plus généralement, de croire et de prétendre que la vie humaine était uniformément atroce dans le passé. Sans ça, leur culte messianique – ou au moins leur défense inflexible – du système techno-industriel n’aurait aucun sens.

Selon Darmangeat – et selon beaucoup de marxistes – le capitalisme produit les moyens technologiques de l’émancipation de toutes et de tous, les machines qui permettront de libérer l’humanité « du travail pénible », « les moyens de communication […] suffisamment développés pour que le globe forme un tout, etc. » Merci qui ? Merci le capitalisme ! Comme le note Darmangeat, « pour Marx, le capitalisme, aussi horrible et abominable qu’il soit, avait précisément créé les conditions d’une autre société ».

Pour Marx (et Engels), en effet, le capitalisme était un mal nécessaire, une tragique « nécessité historique ». De même que l’esclavage. Marx et Engels dénonçaient l’exploitation, la misère et l’aliénation que le capitalisme produit, mais le considéraient néanmoins comme une étape inévitable et nécessaire. Selon eux, en développant les « forces productives », en généralisant le salariat et en créant un prolétariat massif, le capitalisme préparait « dialectiquement » les conditions de sa propre abolition. Marx et Engels condamnaient moralement le colonialisme tout en le justifiant historiquement : le colonialisme détruit, certes, mais il fait avancer l’Histoire, il développe les « forces productives », il arrache les peuples à leur stagnation, à « l’idiotisme de la vie des champs » (Marx et Engels, Manifeste du parti communiste, 1848). Il joue, malgré lui, son rôle dans le plan global. Il accomplit « une double mission […] l’une destructrice, l’autre régénératrice », consistant à poser « la base matérielle du monde nouveau » (Marx, « Les conséquences futures de la domination britannique aux Indes », 1853). Il s’agit donc d’un mal nécessaire. Dans cette conception de l’Histoire, l’esclavage, la colonisation et la destruction des innombrables formes de vie autochtones sont autant de maux nécessaires. Des tragédies, mais des progrès. Tu réalises l’ignominie de la croyance ?

Cette vision étapiste et finaliste de l’histoire humaine a, depuis longtemps – et à très juste titre – été vivement critiquée par beaucoup, par des anarchistes, par des socialistes non marxistes, par des marxistes hétérodoxes comme Rosa Luxemburg et par des membres de peuples autochtones comme Russell Means. Marx lui-même, à la fin de sa vie, semble avoir commencé à altérer ce schéma (cf. sa fameuse lettre à Vera Zassoulitch). Mais cette inflexion fut tardive, marginale, et quoi qu’il en soit ce n’est pas ce que le marxisme classique a retenu de lui, pour la raison qu’une partie centrale (sinon le gros) de l’œuvre de Marx et Engels charrie ce finalisme évolutionniste – raciste – qui hiérarchise les sociétés selon leur degré supposé d’avancement historique.

Russell Means, activiste lakota-oglala, figure de proue de l’American Indian Movement (AIM) dans les années 1970, remarquait :

« Supposons en outre que nous prenions le marxisme révolutionnaire au mot, supposons qu’il ne vise rien de moins que le renversement complet de l’ordre capitaliste européen, lequel représente une menace pour notre existence même. Cela paraît une alliance naturelle pour les peuples amérindiens. Après tout, comme le disent les marxistes, ce sont les capitalistes qui nous ont décidé de nous sacrifier au profit de l’intérêt national. Dans une certaine mesure, c’est exact.

Mais, comme j’ai tenté de le souligner, cette “vérité” est trompeuse. Le marxisme révolutionnaire s’engage à perpétuer et à perfectionner davantage le processus industriel même qui nous détruit toutes et tous. Il ne propose que de “redistribuer” les résultats — l’argent, peut-être — de cette industrialisation à une partie plus large de la population. Il propose de prendre la richesse aux capitalistes et de la redistribuer ; mais pour ce faire, le marxisme doit perpétuer le système industriel.

[…] Le marxisme révolutionnaire, à l’instar de la société industrielle sous d’autres formes, cherche à “rationaliser” les individus relativement à l’industrie […] Il s’agit d’une doctrine matérialiste qui méprise la tradition spirituelle amérindienne, nos cultures, nos modes de vie. Marx lui-même nous qualifiait de “précapitalistes” et de “primitifs”. “Précapitalistes” signifie simplement que, selon lui, nous finirions par découvrir le capitalisme et deviendrions capitalistes ; nous avons toujours été économiquement arriéré∙es aux yeux des marxistes. Pour que les Amérindien∙nes puissent participer à une révolution marxiste, il leur faudrait rejoindre le système industriel, devenir des ouvriers d’usine, des “prolétaires”, comme Marx les appelait. L’homme était très clair sur le fait que sa révolution ne pouvait se produire qu’à travers la lutte du prolétariat, et que l’existence d’un système industriel étendu était une condition de l’avènement d’une société marxiste.

[…] Ainsi, pour que nous puissions véritablement nous allier au marxisme, nous, Amérindien∙nes, devrions accepter le sacrifice de notre terre natale ; nous devrions commettre un suicide culturel, nous industrialiser et nous européaniser. » (Russell Means, « For America to Live, Europe Must Die », 1980)

Il est honteux, en 2026, de voir des gens – comme Framont, Grams, Etiévant ou Darmangeat – présenter comme révolutionnaire une vieille doctrine raciste à laquelle l’histoire a largement donné tort (pendant des années, Marx et Engels n’ont cessé de prophétiser que le grand basculement était imminent, que le communisme (industriel) était en train de sortir de la cuisse du capitalisme ; 150 ans après, il devrait être évident que leurs talents divinatoires étaient nuls et leurs conceptions de l’Histoire largement foireuses). Une vieille doctrine, en outre, franchement absurde. Contrairement à ce que prétend un sympathisant de Frustration Magazine dans un commentaire approuvé par Rob Grams, le capitalisme ne crée pas les conditions d’une société meilleure – l’ethnocide et l’écocide planétaires ne créent pas les conditions d’une société meilleure. Il fallait être rudement endoctriné pour croire ça à l’époque et il faut être incroyablement endoctriné pour continuer de croire ça face à Trump, à la guerre en Ukraine, à l’essor des extrêmes droites, au génocide en Palestine, à la pollution généralisée de tous les milieux, au cadmium et aux autres métaux cancérogènes dans les sols, aux polluants éternels dans l’eau, à l’air chargé de substances diversement toxiques, aux perturbateurs endocriniens et aux microplastiques partout (du fond des abysses des Mariannes aux nuages), à la tyrannie technologique planétarisée, à la sixième extinction (et première extermination) de masse des espèces vivantes, à l’atomisation numérique des sociétés humaines, à la dépossession croissante, à la perte (destruction) globale des savoir-faire qui permettaient aux humains de vivre en petites sociétés autonomes, etc.

La planète poubelle que le capitalisme produit n’était pas une nécessité historique. Elle n’est pas la condition d’une société meilleure. Le développement d’un système techno-industriel n’a jamais été une condition de l’avènement de sociétés humaines égalitaires. Il signe au contraire celui de la société la plus inégalitaire qui ait jamais existé sur Terre – et il ne libère pas les femmes, contrairement à ce que fantasme une partie de la bourgeoisie culturelle du capitalisme, à laquelle appartiennent Christophe Darmangeat et Vera Nikolski. L’immense division spécialisée du travail qu’il exige implique inéluctablement hiérarchies, dépossessions et inégalités. Et une société dans laquelle les violences (y compris sexuelles) commises par des hommes contre les enfants et les femmes sont endémiques, et dans laquelle les inégalités entre les sexes sont toujours très marquées, et dont la totalité des institutions ont été conçues exclusivement par et pour des hommes (même les plus récentes composantes institutionnelles de l’État français, issues de la constitution de la cinquième République (1958), ont donc été créées avant que les femmes ne soient autorisées à ouvrir un compte bancaire en leur nom et à exercer une activité professionnelle sans le consentement de leur mari (1965)) est très mal placée pour prétendre avoir accompli l’égalité entre les sexes. Mais il n’est pire aveugle, etc.

Si la situation générale n’était pas aussi dramatique, on pourrait trouver cocasse que ceux qui se font forts de s’opposer au capitalisme et de déblatérer contre lui partout ils le peuvent figurent en fait parmi ses plus zélés défenseurs. Le capitalisme ne pouvait rêver de meilleurs « ennemis ». C’est pourquoi il a produit les marxistes.

Nicolas Casaux

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  1. Beaucoup de choses discutables dans votre article : vous signalez qu’il a existé des sociétés plutôt égalitaires pour en déduire que l’humanité première a forcément ressemblé à ces sociétés. Or rien ne permet de l’affirmer. Quant au génocide en Palestine, je vous signale que le 7 octobre en est très certainement un (le « dolus specialis » semble en effet évident). Vous auriez également pu signaler qu’un génocide en Ukraine est probable. Mais nous nous écartons là du sujet principal de l’article…
    Dernier point : votre technophobie assumée vous amène à conclure qu’il faudrait se passer de la division du travail et de la « mégamachine » (Gorz). Beau programme mais avez-vous pensé à la réaction de 9 milliards d’humains privés d’électricité, de moyens de chauffage, d’Internet, d’antibiotiques… ? Cette volonté de retour à l’état de nature, guidé par l’idéal du bon sauvage se solderait par une révolution entre primitivistes révolutionnaires et technophiles contre-révolutionnaires qui ferait sans doute des centaines de millions de morts. D’un autre côté, la décroissance serait assurée et votre idéal tribal pourrait voir le jour…

    1. Aucune affirmation sur quelque humanité première dans mon article. Tout ce que j’affirme c’est qu’il a existé des sociétés plutôt égalitaires. Je n’en fait pas un modèle archétypique d’un passé monolithique. Pour le reste, vos objections et accusations simplettes (technophobie, antibiotiques, etc.), elles sont discutées dans de nombreux articles publiés sur ce site. Il serait plus intéressant d’essayer de lire sérieusement les arguments et les idées que nous défendons.

    2. « avez-vous pensé à la réaction de 9 milliards d’humains privés d’électricité, de moyens de chauffage, d’Internet, d’antibiotiques… ? Cette volonté de retour à l’état de nature, guidé par l’idéal du bon sauvage se solderait par une révolution entre primitivistes révolutionnaires et technophiles contre-révolutionnaires qui ferait sans doute des centaines de millions de morts »

      Il faut admettre que cela est dramatique, mais ne pèse pas bien lourd face à la destruction de la terre, du rythme d’extinction des espèces 100à1000 fois plus élevé que la « normale ». Etc…..

    3. « avez-vous pensé à la réaction de 9 milliards d’humains privés d’électricité, de moyens de chauffage, d’Internet, d’antibiotiques… ? Cette volonté de retour à l’état de nature, guidé par l’idéal du bon sauvage se solderait par une révolution entre primitivistes révolutionnaires et technophiles contre-révolutionnaires qui ferait sans doute des centaines de millions de morts »

      On peut voir ça autrement : SI quelqu’un ou un groupe trouve le moyen de produire de l’électricité, de fabriquer des ordinateurs, etc. SANS hiérarchie, autorité centrale, division exacerbée du travail, ET à partir de ressources locales faciles d’accès et à la transformation non-polluante, alors LET’S GO!

      C’est juste que selon toute vraisemblance et en l’état actuel des connaissances c’est peu probable à hautement improbable que ça arrive.

      Dans ma compréhension des choses, je ne crois pas qu’il s’agit à proprement parler d’interdire tout ça (pour interdire il faudrait une autorité centrale, une hiérarchie, etc. et tout ça est incompatible avec une société anarchiste) mais simplement de constater que si on obtient l’égalité, la liberté, la démocratie, la préservation de la nature, alors on sera dans des conditions matérielles peu propices voire pas propices du tout au maintien de la production de ces technologies, de l’énergie pour les faire fonctionner, voire de l’environnement pour les utiliser (ex. de l’automobile qui ne sert pas à grand chose sans route).

    4. « Beau programme mais avez-vous pensé à la réaction de 9 milliards d’humains privés d’électricité, de moyens de chauffage, d’Internet, d’antibiotiques… ? »

      9 milliards (vraiment ?) d’alliènés ou d’électroaddicts ? Quand on a que ces mots en bouche, ça en fait du beau monde LIBRE et AUTONOME ! Et ce n’est plus un programme, c’est un projet global, non: total ! l’électrification du monde.
      Après «l’exploitation de l’homme par l’homme», les marxiens 3.0 auraient au moins pu faire une mise à jour de leur logiciel, comme utiliser dorénavant « exploitation de l’homme-machine par l’homme-machine». Ceci avant digestion totale par la machine sur sa planète-poubelle revalorisable, bien sûr.

      Plus aucune humanité possible si la mégamachine dicte ses règles d’efficience dans nos rapports ou que nous ne réagissions plus que par automatisme; restera juste une sorte de… mécanité – soit l’ensemble des machines et la vérité de leurs algorithmes.

      🙂

    5. Au prophète aveugle,
      « Si nous ne pouvons pas revenir en arrière, il ne semble guère utile d’aller de l’avant. » Chesterton
      NB : que deviendrait TIRESIAS sans la division du travail, lui qui a connu les deux sexes?

  2. @Tiresias
    Je suis ce blog depuis pas mal de temps, detestant moi meme la societe industrielle et ayant essaye de vivre selon mes principes, bien que j’ai une curiosite piour le fait technique (j’ai bosse 15 ans dans la recherche, en salle blanche micro (nanoelectronique):
    Je ne vois pas, malgre le deni de l’auteur, de tentative de dresser des solutions ou meme de decrire en positif ce que serait l’apres industrie.
    Ce blog est une suite de critique d’ecrits recents. Il commente les elucubrations de la societe industrielle, avec un certain talent et un vrai travail de recherche, mais il ne s’aventure pas sur le terrain personel de ces desirs ni de ce qu’il fait et faudrait faire.
    D’un cote ca donne un peu d’air, vu qu’il n’y aucune critique de l’industrie nul part (mis a part piece et main d’oeuvre, mais vu qu’ils sont deux personnes, ca fait pas lourd). Mais c’est excessivement frustrant de voir que tant d’energie soit consacre a la critique et si peu a al proposition concrete. Or je ne pense pas que les gens aiment profondement l’industrie, mais ils sont simplement depasse par sa puissnce et ne dosent pas ce qu’ils ressentent, mais ce qu’il faut penser. Donc la critrique risque de moins convertir que l’exemple,
    Le probleme de l’exemple, c’est qu’en clarifiant ses posistions, on se fait necessairement des ennemis politiques, mieux vaut rester dans le flou de la contestation.

    Mais sur le fond, il a raison, de toute facon la societe industrielle va s’effondrer, et c’est une evidence pour qui a fait un peu de physique dans sa vie ety comprend la thermo. En fait pour beaucoup c’est deja la pente descendante, puisque l’esperance de vie baisse, la natalite s’effondre pour certains groupes (vieux pays industriel) et la vie est beaucoup plus precaire que ceux de nos arrieres grands parents paysans.
    Un retour massif a la paysannerie, au bois energie bien geree (c’est possible pour uine population nombreuses) et une decroissance progressive des usages industriels ne sera pas une optioon ideologique mais une necessite pour survivre, les endroits ou cva ne sera pas possible finiront comme la Coree du nord : un peuple ayant une industrie mais mourrant massivement de faim (et la l’effondrement sera doulou8reux):
    Enfin il faut appuyer sur le fait que les humains ne sont pas fioge dans leur mode d’existence, qu’il n’y a pas de retour en arriere possible partout et rapidement (les ecosysteme ont ete severment modifie), mais l’important est de comprendre, comme le conclu Kaczindsky, que l’ijndustrie (ety la socialisation oppressante qui vient avec) n’est qu’une option (mauvaise) et que l’artisanat peut mener a un autre tyupe de developpement huimain, possiblement compatible avec le respect, voir le renforcement des ecosysteme.
    Par exemple on peut se passer du plastique pour enormemet fd’usage si l’on travaille le bois et les fibres, a condition de faire des objets durabkes, ce qui est possible quand on est bon artisan,

  3. @Pierriton
    Sans doute des restes de gauchisme, avec un certain besoin de virtue signaling.
    Ca se comprend, Il est difficile de rester audible publiquement a notre epoquie vu le conditionnenment ideologique (et meme legal). Par exemple les algorithmes eliminent tous les discours un peu rugueux sur le net.

    L’auteur parle de societe egalitaire comme d’un objectif. Mais l’egalite est une abeeration intellectuelle. Il y’a des grands, Ils ont de la prestance mais sont lents et vulnerables au champs de bataille (et au fleche a la prehistoire), il y’ a des petits qui sont rapides et se faufilent partout mais ne font pas le poids face a de gosees bete (dont certains humains). En fait il y’a partout de la diversite et la nature n’en a que foutre de l’inegalite, car elle construit grace aux differences.

    Le problemne c’est que la societe, qui est la veritable horreur, valorise certains aspects, des valeurs moutonniere (la taille, la grosseur du muscle, une certains forme d’intelligence ou je ne sais quoi,), ce sont des quantifications mediatisables, mais cela n’a pas de sens humainement, parce que la survie de notre espece commande de la diversite et ne se resume pas a quelques criteres simplificateurs a des mesures qui quantifie « l’ingelite ».

    Ce qui peut etre desirable c’est du respect, pour permettre a chaucun de s’epanouir et de jouer son role, mais l’egalite est vraiment une chimere. Respecter les libertes individuel et le potentiel de chaque individus.

  4. Tirésias

    Vous voyez des génocides partout…
    Le 07 octobre est un crime de guerre (pogrom). Par contre, le massacre des civils à Gaza est un génocide. Cette désignation, défendue par la majorité des experts du génocide et du droit international, par des organisations internationales et non gouvernementales, par des rapporteurs spéciaux et une commission d’enquête relevant de l’Organisation des Nations Unies, ainsi que par de nombreux États, selon laquelle les actions menées par Israël contre les Palestiniens de la bande de Gaza durant la guerre qui s’y déroule constituent un génocide. Cette désignation s’appuie notamment sur des déclarations de responsables israéliens visant à détruire tout ou partie de la population gazaouie par le recours aux massacres, aux déplacements forcés, à la famine organisée, la destruction de masse et l’écocide. Je ne vous laisserais pas dire n’importe quoi sur ce blog. Vous resterez du mauvais coté de l’Histoire que vous le vouliez ou non. Quand à l’Ukraine, il n’y a pas de génocide. Mais ce n’est pas le sujet de cet article, vous avez raison.

    Des faits scientifiques.

    Les femelles homo-sapiens ne sont fertiles qu’à 25 % par rapport aux vaches qui le sont à 80 %. Historiquement, cela explique l’apparition du mariage religieux et l’appropriation du corps des femmes par les hommes qui n’est que l’institutionnalisation de la reproduction de l’espèce par des rapports sexuels consentis mais non désirés. Certes, les femmes se sont battues pour arracher aux hommes le droit à disposer de leur corps, le droit à l’avortement et à la contraception, et c’est indéniablement une forme d’émancipation humaine de la modernité dans les pays riches. Mais cela ne règle pas le problème de la domination des hommes sur les femmes. Au contraire, si ce progrès médical devait être remis en question cela recommencerait comme avant pour Véra Nikolski. Donc on peut dire que ce progrès n’en est pas un. Ce n’est qu’une illusion émancipatrice qui ne remets pas en question les relations de classes hommes/femmes dans leurs logiques de domination. Véra Nikolski accepte d’ailleurs cet état de fait, en affirmant que les femmes doivent s’élever intellectuellement pour se mettre à l’abri du patriarcat en cas de crise majeure, et que si elles se rendent indispensables aux hommes alors ceux ci daigneront peut-être leur accorder la liberté… On est vraiment dans une perspective réactionnaire de soumission totale qui refuse d’emblée toute lutte d’émancipation réelle. On voit bien aussi qu’elle embrasse la perspective du techno-fascisme. Véra Nikolski est une féministe marxiste de pacotille et il vaut mieux lire Christine Delphy et Paola Tabet. Quand a la substitution de la « force physique » par le travail des machines qui seraient la cause de l’émancipation des femmes, c’est archi-faux. Qu’elle lise « La situation de la classe laborieuse en Angleterre » d’Engels (1844). Les femmes étaient préférées aux hommes dans les ateliers de production textile, elles se rendaient à la fabrique même après avoir accouché en abandonnant leurs enfants qui se tuaient parce qu’elles les laissaient sans surveillance (accidents, noyades, chutes etc.). Le lait maternel leur coulait le long du corps quand elles travaillaient sur les métiers à tisser mécanique. Véra Nikolski pourraient aussi regarder du coté des usines de productions d’obus pendant la première guerre mondiale, ou dans les fermes des campagnes en France à la même période etc.

    Deuxièmement, lorsque les femmes allaitent leurs bébés, elles n’ovulent pas.
    Dans les tribus primitives, cela explique que les femelles n’avaient des grossesses que tous les 2 ou 3 ans, ce qui est en quelque sorte une forme de contraception douce et naturelle. Et toujours dans la même perspective historique avec l’apparition de la civilisation, cela explique pourquoi les femelles reproductrices payaient des nourrices pour allaiter à leur place. On a toujours l’image de la nourrice d’Ancien Régime dans la noblesse, mais cela concernait toutes les classes sociales. Les canuts de Lyon par exemple, les ouvriers de la soie qui travaillaient sur les métiers à tisser, avaient aussi des nourrices et ils avaient en moyenne 10 enfants par foyers.

    Troisièmement, les Homo-sapiens sont les seuls mammifères qui n’ont pas d’inhibition.
    Toutes les autres espèces font preuve d’une grande agressivité entre congénères mais quand il y a soumission, il y a déclenchement d’une inhibition. Les mammifères ne tuent pas leurs congénères, et surtout pas leurs femelles. Par contre chez l’Homo-sapiens, ce facteur d’inhibition n’existe pas. Alors oui, il y avait des tribus primitives qui entretenaient des rapports sociaux pacifiques entre elles, mais il y a avait aussi du cannibalisme et des têtes réduites (rituels guerriers). Dans Les Essais (1580), Michel de Montaigne avec son esprit chevaleresque, loue avec admiration le courage des tribus primitives du Nouveau Monde quand ils se font la guerre etc. Mais de là à affirmer que depuis la nuit des temps les femmes subissent la domination des hommes et que grâce au capitalisme la situation s’est améliorée est une absurdité et votre article le démontre.

    Darmangeat : « Ce que prône en fait le féminisme moderne, c’est l’idée que les hommes et les femmes devraient avoir les mêmes rôles sociaux. »

    En effet, des femmes peuvent parfaitement occuper des postes qui étaient autrefois exclusivement réservés à des hommes à l’image d’Ursula Van der Leyen la présidente de la pieuvre bureaucratique du gouvernement central européen. La question n’est pas l’interchangeabilité des « rôles sociaux » entre les hommes et les femmes mais quelles sont les finalités de ces rapports ? La finalité des rapports sociaux capitalistes est la domination d’une classe sociale sur les autres. Et si ces rapports sociaux de domination sont désastreux et nous conduisent tout droit vers une catastrophe universelle peut importe qu’ils soient tenus par des hommes ou des femmes, il faut les abolir. On peut parfaitement affirmer des fadaises sur l’égalité hommes femmes, sur la fin du masculinisme etc, quand on est un intellectuel occidental parce qu’on navigue dans le brouillard de l’imaginaire capitaliste. Mais cela ne change rien aux emprisonnements ni aux exécutions sommaires de tous les opposants et de toutes les opposantes qui résistent à leurs gouvernements autoritaires sur toute la planète. Des gouvernements totalitaires qui sont les interlocuteurs privilégiés de nos dirigeants pour signer des contrats juteux. Et ces gens là se prétendent marxistes… Je n’irais pas plus loin, car comme tout bon « marxiste » dogmatique (stalinien) il chausse les lunettes de la modernité pour regarder l’origine des Homo-sapiens depuis la nuit des temps. Et il oublie au passage ce que Marx a pu nous apporter d’utile pour regarder et comprendre le présent. Pour comprendre Marx il faut lire « La dialectique du maître et de l’esclave » de Hegel (Phénoménologie de l’esprit – 1807) : https://la-philosophie.com/maitre-esclave-hegel .

    Toujours est-il que la question de fond demeure en ce début de 21e siècle : Socialisme ou Barbarie ? (Castoriadis). Il semble de plus en plus évident qu’une lutte à mort entre le techno-fascisme et l’écologie radicale s’engage dans les prochaines décennies. Avec son lot de sabotages industriels, d’attentats et d’assassinats politique, de réactions violentes, d’emprisonnements, de répressions, de guerres civiles etc. La démocratie bourgeoise capitaliste doit mourir pour que l’humanité puisse renaître. Quel qu’en soit le prix.

  5. Je ne comprends pas pourquoi le premier commentaire de pierriton a ete supprime. Serait ce pour complaire, par anticipation, au senat qui fait du masculinisme une menace terroriste equivalente a la menace islamiste ?

  6. Bonsoir tout le monde.
    Kervennic, ne vous formalisez donc pas que l’administrateur du site ait pu éventuellement supprimer un de mes commentaires. Je ne me rappelle même pas de ma réaction plaquée ici. ^^
    Mais merci quand même de le faire remarquer pour moi, c’est chic de votre part.
    C’est en rejetant un oeil à ce bon article de l’ami Casaux que je constate l’avoir commenté (et c’est vrai, je le reconnais concernant mon interpellation de Tirésias : il s’agissait bel et bien d’un gentil troll des familles).

    Sinon, plus sérieusement, je suis encore partagé concernant la gestion intime du temps quotidien dans les sociétés primitives. Pas assez de connaissances personnelles sur le sujet. Jusqu’à ce que je découvre avec passion les précieux travaux de Kaczynski, par instinct surtout, j’étais plutôt enclin à accréditer la thèse des Sahlins & co. Mais Theodore la contredit et balaye sur la base de sa propre et rude expérience survivaliste dans sa cabane du Montana. Il y a également Yannick Blanc, l’écrivain le plus calé du groupe Pièces & Main d’Oeuvre de Grenoble qui ne croit pas non plus à la thèse de Sahlins et qu’il égratigne au détour d’une franche moquerie dans l’un de ses derniers livres publié aux Editions Service Compris (de mémoire, celui intitulé La Vie dans les restes, il me semble – lisez Yannick Blanc ! Ce mec est trop fort et en plus il a pas mal d’humour cynique toujours bien placé).

    Enfin bon… Sinon, je conclus là sur un clin d’oeil « groupie » sincère : t’es un vieil ours râleur, Floure ! Mais t’es aussi un modèle inattaquable de droiture, de discipline et de bon boulot rondement mené. J’te surkiffe, Jean-Paul (t’inquiète ! ça prendra le temps qu’il faut mais je l’atteindrai ton niveau, et en toute autonomie, bien évidemment), tu m’inspires pour toujours aller de l’avant.

    Bonne fin d’été à tous (même toi Tirésias, et desserre un peu le col, bon sang !)
    Pierrot

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