Préface : Un coup d’état contre la nature – dirigé par le complexe industriel non-lucratif

 

Il est quelque peu iro­nique, alors que les acti­vistes cli­ma­tiques anti-REDD (réduc­tion des émis­sions de la défo­res­ta­tion et de la dégra­da­tion des forêts), les orga­ni­sa­tions (des orga­ni­sa­tions popu­laires légi­times existent) et les envi­ron­ne­men­ta­listes auto­pro­cla­més, qui se consi­dèrent pro­gres­sistes, s’ex­priment contre la mar­chan­di­sa­tion des res­sources natu­relles, qu’ils fassent simul­ta­né­ment la pro­mo­tion de la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment. La cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment résul­te­ra (et y par­vien­dra) en une injec­tion colos­sale de mon­naie vers les port­fo­lio lour­de­ment inves­ti, et donc dépen­dant de, la mar­chan­di­sa­tion intense et la pri­va­ti­sa­tion des der­nières forêts de la terre (via REDD), de l’eau, etc. (les « mar­chés » envi­ron­ne­men­taux). Ce tour de force sera effec­tué avec une pré­ci­sion chi­rur­gi­cale sous cou­vert de ges­tion envi­ron­ne­men­tale et « d’in­ter­na­li­sa­tion des exter­na­li­tés néga­tives à tra­vers une tari­fi­ca­tion appro­priée » (Sus­tai­nable Capi­ta­lism, Februa­ry 15, 2012, Gene­ra­tion Invest­ment  Mana­ge­ment LLP). Par consé­quent, iro­ni­que­ment (ne serait-ce qu’en appa­rence), le plus grand essor dans l’ul­time cap­ture cor­po­ra­tiste des der­nières res­sources de la Terre est en cours, et sera accom­pli, par ces mêmes envi­ron­ne­men­ta­listes et groupes envi­ron­ne­men­taux qui pré­tendent s’op­po­ser à une telle domi­na­tion et cap­ture cor­po­ra­tiste.

Au-delà de leurs dons en mil­liards (exempt d’im­pôt) de dol­lars (c’est-à-dire d’in­ves­tis­se­ments) aux plus accom­mo­dants du com­plexe indus­triel non-lucra­tif via leurs fon­da­tions, les cor­po­ra­tions n’ont presque rien à faire ; l’ex­ploit est accom­pli à la fois par les faux envi­ron­ne­men­ta­listes et les légi­times en tan­dem avec une popu­lace cré­dule, ne se dou­tant de rien. (Une popu­lace avec presque aucune com­pré­hen­sion de 1. La magni­tude de notre crise éco­lo­gique, 2. Les causes pro­fondes de la crise pla­né­taire, 3. L’u­ti­li­sa­tion du com­plexe indus­triel non-lucra­tif comme ins­tru­ment d’hé­gé­mo­nie.)

La mar­chan­di­sa­tion des biens com­muns repré­sen­te­ra le plus impor­tant et le plus habile coup d’É­tat de l’his­toire de la domi­na­tion cor­po­ra­tiste – un fait accom­pli extra­or­di­naire, d’une échelle, et avec des réper­cus­sions pour l’hu­ma­ni­té et toute la vie, sans pré­cé­dent.

De plus, il importe peu que l’argent soit ou pas dépla­cé des inves­tis­se­ments directs dans les com­pa­gnies de com­bus­tibles fos­siles vers les soi-disant « inves­tis­se­ments socia­le­ment res­pon­sables ». Le fond du pro­blème c’est que toutes les cor­po­ra­tions de la pla­nète (et donc, tous les inves­tis­se­ments de la pla­nète) requièrent et conti­nue­ront à requé­rir des quan­ti­tés mas­sives d’éner­gie (dont des com­bus­tibles fos­siles) pour conti­nuer à croître et à s’é­tendre à l’in­fi­ni – ce que requiert le sys­tème éco­no­mique du capi­ta­lisme indus­tria­li­sé.

Les éoliennes et les pan­neaux solaires servent d’i­mages (mar­ke­ting) magni­fiques, et pour­tant sont quelque peu illu­soires – le ver­nis de la mar­chan­di­sa­tion des biens com­muns, qui est l’ob­jec­tif fon­da­men­tal de Wall Street, eux qui sont les conseillers de la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment.

Nous nous retrou­vons par consé­quent peu dis­po­sés à recon­naître la néces­si­té de déman­te­ler le sys­tème éco­no­mique du capi­ta­lisme indus­tria­li­sé, pré­fé­rant à la place embras­ser une illu­sion conçue par le pou­voir cor­po­ra­tiste.

L’ob­jec­tif de cette série d’in­ves­ti­ga­tions est d’illus­trer (et véri­ta­ble­ment, de prou­ver) ce pré­misse.

« Par une récente après-midi de semaine, trois hommes sor­tirent des bureaux du fonds de défense de l’en­vi­ron­ne­ment de Man­hat­tan, pour aller déjeu­ner ensemble. À gauche, un éco­no­miste en chef d’EDF. À droite un expert envi­ron­ne­men­tal du gou­ver­ne­ment sovié­tique. Entre, un homme d’af­faires, tra­der dans l’i­ni­tia­tive récente d’a­chat et de vente de droits de pol­lu­tion. Ensemble ce trio illustre com­ment le nou­vel envi­ron­ne­men­ta­liste se met en place : mon­diale, plus coopé­ra­tif que conflic­tuel – et avec le busi­ness au centre. »

— ENVIRONMENTALISM : THE NEW CRUSADE, CNN­Mo­ney For­tune, Februa­ry 12, 1990


 

Une marée de rap­ports, appa­rem­ment urgents, fut divul­guée en vague sur le mois de novembre 2012. Ceci afin de faire naître un sen­ti­ment d’ur­gence, de signa­ler impli­ci­te­ment, la lan­cée de « l’é­co­no­mie verte » à la socié­té civile. Le rôle du com­plexe indus­triel non-lucra­tif, dans le dévoi­le­ment de l’illu­soire éco­no­mie verte au monde, n’a jamais été aus­si essen­tiel. Car il n’y a qu’à tra­vers ces ins­ti­tu­tions qu’il est pos­sible de mani­pu­ler la socié­té civile, afin qu’elle embrasse un modèle sui­ci­daire qui enfer­me­ra une fois pour toutes, le monde dans une tra­jec­toire éco­lo­gique catas­tro­phique et irré­ver­sible. Le com­plexe indus­triel non-lucra­tif, en tan­dem avec le com­plexe des médias-entre­prises, per­met aux euro-amé­ri­cains de conti­nuer col­lec­ti­ve­ment, avec leurs addic­tions féti­chi­sées et leurs idéo­lo­gies racistes impli­cites, sans relâche – en échange du sacri­fice de nos propres enfants pour apai­ser les Dieux Entre­prises.

« Toutes les forces de coop­ta­tion, ayant par­ti­ci­pé à l’é­lec­tion et à la réélec­tion d’O­ba­ma, se ras­semblent main­te­nant dans une grande cohé­sion, un grand finan­ce­ment, du haut vers le bas. Ces amis pensent déte­nir la stra­té­gie pour sau­ver la pla­nète, et cela coïn­cide mer­veilleu­se­ment avec le rem­plu­mage de leurs propres nids ! The Insi­der pour­rait sem­bler être un pro­blème mineur, mais comme Coun­ter­punch lui-même, il ne le sup­porte pas, car cela les expose pour ce qu’ils sont vrai­ment, des petits chiens et des valets libé­raux, char­gés de rela­tions publiques, finan­cées, par ce que j’ap­pelle les 1 % Dem. Cette conne­rie, de « construc­tion d’un mou­ve­ment pro­gres­siste » de la foule de Van Jones, n’est pas un mou­ve­ment pour un chan­ge­ment radi­cal. C’est un leurre des­ti­né à main­te­nir le sta­tu quo des libé­raux-entre­prises. Mais pour beau­coup, c’est dur à voir quand on a la tête bais­sée et qu’on ne pense qu’au finan­ce­ment ».

  • John Stau­ber, auteur, répon­dant à un membre du Busi­ness Ethics Net­work (BEN) ayant réagi avec indi­gna­tion, et fei­gnant la confu­sion après la cita­tion de Stau­ber, lui-même cité dans un article de Coun­ter­punch. La puni­tion de Stau­ber fut l’ex­pul­sion du BEN.

La plus récente cam­pagne de 350.org c’est sa tour­née du dés­in­ves­tis­se­ment, « faites le cal­cul ». L’ob­jec­tif iden­ti­fié de la cam­pagne, qui appa­raît en ligne comme pro­jet débar­ras­sé du fos­sile [2], c’est de mettre la pres­sion sur les ins­ti­tu­tions reli­gieuses et édu­ca­tives, les gou­ver­ne­ments muni­ci­paux et d’é­tats, et les autres ins­ti­tu­tions qui servent le bien public, afin qu’ils dés­in­ves­tissent les com­bus­tibles fos­siles. L’i­den­ti­té de l’in­di­vi­du qui s’est enre­gis­tré sur le site Web, est lis­tée comme pri­vé. De telles cam­pagnes (qui dif­fèrent peu des courses élec­to­rales, d’où le nom de « cam­pagne ») sont conçues, et donc des­ti­nées, non pas à remettre en ques­tion, l’hé­gé­mo­nie de l’in­dus­trie du com­bus­tible fos­sile, de façon pra­tique, mais plu­tôt de manière théo­rique. Les cam­pagnes de rela­tions publiques aus­si sophis­ti­quées que celle-ci, sont assez brillantes, pour une mul­ti­tude de rai­sons. Camou­flées sous cou­vert de s’at­ta­quer aux racines pro­fondes de la crise cli­ma­tique mon­diale, de telles cam­pagnes ne changent rien. Au contraire, elles s’as­surent que la popu­lace par­ti­cipe à ce qu’elle pense être une action signi­fi­ca­tive – et rien de plus.

350.org « Faites le Calcul »

Le lea­der de 350.org, Bill McKib­ben, nous raconte que « ça n’est pas accep­table de pro­fi­ter du sac­cage de la pla­nète », mais il ne nous dira pas que la vio­lence sans pré­cé­dent, qui s’a­bat sur la pla­nète et ses habi­tants les plus vul­né­rables, est intrin­sè­que­ment liée au sys­tème de capi­ta­lisme indus­tria­li­sé. Il ne vous rap­pel­le­ra pas le simple fait que chaque jour, où l’on per­met à ce sys­tème de conti­nuer, repré­sente un jour de pro­fits de plus, sur le sac­cage de la pla­nète, et nous rap­proche de l’an­ni­hi­la­tion mon­diale par­ta­gée. De plus, McKib­ben sape toute cam­pagne qui cher­che­rait à mettre ce pro­blème cri­tique en pre­mière ligne du débat mon­dial.

De nom­breuses insuf­fi­sances, à la fois dans la science et la logique, ont déjà été clai­re­ment iden­ti­fiées par des acti­vistes renom­més. Le 24 juillet 2012, 3 réponses à l’ar­ticle du 19 juillet 2012 de McKib­ben dans le Rol­ling Stone maga­zine [« la nou­velle équa­tion ter­ri­fiante du réchauf­fe­ment cli­ma­tique : trois nombres simples qui s’a­joutent à la catas­trophe mon­diale – ne laissent aucun doute sur la véri­table iden­ti­té de l’en­ne­mi »], par Anne Peter­mann, Dr. Rachel Smol­ker, et Keith Brun­ner furent publiés sur le pro­jet éco­lo­gique de jus­tice mon­diale. En voi­ci quelques extraits :

Anne Peter­mann écrit :

« Ces mêmes mar­chés qui nous ont conduit aujourd’­hui au bord du pré­ci­pice, peuvent-ils main­te­nant nous four­nir un para­chute ? McKib­ben sou­ligne que dans ce sys­tème, ceux qui ont l’argent, ont le pou­voir. Alors pour­quoi essayons nous de réfor­mer ce sys­tème ? Pour­quoi ne le trans­for­mons-nous pas ? […] Si on se concentre seule­ment sur l’é­li­mi­na­tion des com­bus­tibles fos­siles, sans chan­ger le sys­tème sous-jacent, alors des choses très mau­vaises se pro­dui­ront, étant don­né que le sys­tème lui-même est insou­te­nable. C’est un sys­tème conçu pour trans­for­mer le « capi­tal natu­rel » et le tra­vail humain en des pro­fits gar­gan­tuesques pour une petite élite : les soi-disant 1%. Qu’il fonc­tionne grâce aux com­bus­tibles fos­siles, aux bio­car­bu­rants ou même à de mas­sives ins­tal­la­tions solaires et éoliennes, le sys­tème conti­nue­ra à dévo­rer les éco­sys­tèmes, à dépla­cer les com­mu­nau­tés vivant dans les forêts, les peuples indi­gènes et les agri­cul­teurs vivriers de leurs terres, à écra­ser les syn­di­cats de tra­vailleurs, et plus géné­ra­le­ment à faire de la vie un enfer pour la grande majo­ri­té des gens de la pla­nète. Voi­là ce qu’il fait. »

Keith Brun­ner writes :

« Bill offre une cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment, à la South Afri­ca, comme stra­té­gie pré­fé­rée pour s’at­ta­quer finan­ciè­re­ment aux com­pa­gnies de com­bus­tibles fos­siles. Ça a l’air très bien, sauf quand vous regar­dez les ten­dances des der­nières années, des grands inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels – comme les fonds de pen­sion et les dota­tions uni­ver­si­taires – qui déplacent leur argent (sou­vent via un inter­mé­diaire de capi­tal pri­vé) vers, entre autres choses, les « mar­chés émer­gents » de res­sources natu­relles et les infra­struc­tures, faci­li­tant l’ac­ca­pa­re­ment de terres et de res­sources dans le sud. C’est ce que les ges­tion­naires de fonds « pro­gres­sistes » conscients de la crise cli­ma­tique (commes les gens du CERES) défendent, et c’est un pro­blème. Et c’est une autre rai­son pour laquelle il passe à côté du pro­blème : oui, les cor­po­ra­tions de com­bus­tibles fos­siles sont le grand méchant loup, mais tout aus­si pro­blé­ma­tique, il y a le sys­tème d’in­ves­tis­se­ment et de retour qui néces­site une crois­sance éco­no­mique (ça s’ap­pelle le capi­ta­lisme). Que le gérant de la dota­tion uni­ver­si­taire d’Har­vard ait comme « res­pon­sa­bi­li­té fidu­ciaire » d’ob­te­nir un cer­tain retour annuel, signi­fie qu’ils vont devoir inves­tir leur argent de façon à obte­nir une crois­sance, dans des fonds, ou des firmes, ou des états, (quelle dif­fé­rence de toute façon?), qui croissent à tra­vers l’ex­ploi­ta­tion des gens, et le déman­tè­le­ment des éco­sys­tèmes. Ce n’est pas par l’in­ves­tis­se­ment que nous allons arri­ver à une pla­nète habi­table. Nous devons nous concen­trer sur les causes pre­mières, et les fausses solu­tions, mettre en avant les solu­tions com­mu­nau­taires, et pous­ser les grands groupes verts à deve­nir plus holis­tiques dans leurs ana­lyses, afin qu’ils ne nous tirent pas tous dans le pied ».

Une apparence de lâches

Ce point de vue, sou­te­nu par la plu­part des acti­vistes, même les plus remar­quables, selon lequel nous devons « pous­ser les grands groupes verts à deve­nir plus holis­tiques dans leurs ana­lyses, afin qu’ils ne nous tirent pas tous dans le pied », est basé sur la naï­ve­té col­lec­tive, et le faux pos­tu­lat selon lequel les O.N.G. envi­ron­ne­men­tales cor­po­ra­tistes peuvent être pous­sées à « faire la bonne chose », par per­sua­sion morale. Le refus inébran­lable des vrais acti­vistes et des vrais groupes popu­laires, de recon­naître et d’ex­po­ser réso­lu­ment le com­plexe indus­triel non-lucra­tif comme le gar­dien de l’hé­gé­mo­nie domi­nante, repré­sente le plus grave et le plus impor­tant échec du mou­ve­ment.

Ils ne nous tirent pas « tous dans le pied », mais direc­te­ment dans la tête – à bout por­tant.

Aus­si sur­réa­liste que ça puisse paraître, le soi-disant mou­ve­ment pour le cli­mat a sabo­té toute chance d’at­té­nua­tion de l’ef­fon­dre­ment éco­lo­gique mon­dial, et a au contraire ouvert la voie au pro­fit cor­po­ra­tiste, à la défo­res­ta­tion, au finan­ce­ment et à l’om­ni­cide total. Col­lec­ti­ve­ment, cette fac­tion des 1 % a plus d’es­time pour ses pri­vi­lèges que pour la vie elle-même.

Le tour de désinvestissement de 350.org vous est proposé par Wall Street

« Les efforts, pour contrô­ler les impacts des­truc­teurs des cor­po­ra­tions, doivent por­ter en eux une cri­tique du pou­voir cor­po­ra­tiste, et une volon­té de déman­te­ler le pou­voir cor­po­ra­tiste, sinon ils ne font que ren­for­cer, plu­tôt que remettre en ques­tion, les struc­tures du pou­voir, et sapent les luttes popu­laires pour l’au­to­no­mie, la démo­cra­tie, les droits humains et la sou­te­na­bi­li­té envi­ron­ne­men­tale ».
– Cor­po­rate Watch

Les gens pour­raient se deman­der pour­quoi les finan­ciers de la des­truc­tion du cli­mat en auraient quelque chose à foutre du cli­mat. On pour­rait bien se deman­der pour­quoi, McKib­ben et ses amis sont allés voir les mil­liar­daires de Wall Street, pour sol­li­ci­ter leur apport (et leur per­mis­sion) pré­ci­sé­ment sur le type exact de dés­in­ves­tis­se­ment, qui leur serait le plus accep­table. Cepen­dant, la réponse est éton­nam­ment simple : le tour de dés­in­ves­tis­se­ment « faites le cal­cul » n’est pas une cam­pagne visant à per­tur­ber (et encore moins à détruire) Wall Street, le lob­by éner­gé­tique, ou le capi­tal finan­cier – c’est plu­tôt une cam­pagne stra­té­gique de rela­tions publiques, une nou­velle dis­trac­tion, magis­tra­le­ment orches­trée, pour les masses.

Un élé­ment-clé au sein du com­plexe indus­triel non-lucra­tif, c’est que les « mou­ve­ments » sont créés du haut vers le bas. Dans le cas des orga­ni­sa­tions de Rock­fel­ler 350.org\1Sky, le fonc­tion­ne­ment est simple : les groupes locaux de 350.org reçoivent leurs ordres de marche direc­te­ment de leurs supé­rieurs (350.org inter­na­tio­nal), tan­dis que « les supé­rieurs » (McKib­ben etc.) reçoivent leurs ordres de marche direc­te­ment de leurs dona­teurs – et dans le cas du tour « faites le cal­cul » de 350.org, ces dona­teurs sont des inves­tis­seurs de Wall Street.

McKib­ben, ain­si que le staff prin­ci­pal de 350.org, a déve­lop­pé la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment en consul­ta­tion avec les inves­tis­seurs du CERES – qu’ils appellent affec­tueu­se­ment leurs « amis de Wall Street ».

De telles loyau­tés sont nor­males dans le monde envi­ron­ne­men­tal cor­po­ra­tiste où les busi­ness­man de Wall Street sont appe­lés « nos amis de Wall Street ». Qu’im­porte si Wall Street est la véri­table cause de nos mul­tiples crises éco­lo­giques et éco­no­miques, sans par­ler de la crise ali­men­taire mon­diale. Ces crises ne sont pas vrai­ment des « crises » dans le sens spon­ta­né de la chose, elles sont plu­tôt des stra­té­gies visant à faire per­du­rer les pro­fits des cor­po­ra­tions insa­tiables.

Le com­mu­ni­qué du tour de dés­in­ves­tis­se­ment de 350.org sti­pule :

« Ce sont de simples mathé­ma­tiques : nous pou­vons encore brû­ler 565 giga­tonnes de car­bone, et res­ter en des­sous de la limite des 2 °C de réchauf­fe­ment – au-delà de cette limite, c’est la catas­trophe pour la vie sur Terre. Le seul pro­blème ? Les cor­po­ra­tions de com­bus­tibles fos­siles ont actuel­le­ment en leur pos­ses­sion 2795 giga­tonnes, plus de cinq fois la limite maxi­male. Et ils comptent tout brû­ler – sauf si on les en empêche. » [Emphases d’o­ri­gine.]

Ce que McKibben et les « verts progressistes » ne vous diront pas

Le com­mu­ni­qué de 350.org ci-des­sus est incroya­ble­ment dan­ge­reux et trom­peur parce qu’il implique deux choses :

1- que l’on peut conti­nuer à brû­ler des com­bus­tibles fos­siles pen­dant un cer­tain temps ;

2- qu’il n’y a qu’au-delà des 2 °C que l’on risque la catas­trophe pour la vie sur Terre

Il oublie de men­tion­ner un troi­sième fait : celui que nous sommes déjà cer­tains d’at­teindre les 2,4 °C d’aug­men­ta­tion de tem­pé­ra­ture (Rama­na­than & Feng), même en arrê­tant aujourd’­hui de brû­ler tout com­bus­tible fos­sile.

« [mais] nous devrions accep­ter le fait que nous avons déjà rayé de la carte cer­taines com­mu­nau­tés de l’hé­mi­sphère sud pour avoir choi­si cette limite de 2° cen­ti­grades. »

« … nous avons besoin de réduc­tions urgentes et radi­cales au-delà de tout ce que nous avons été pré­pa­rés à affron­ter, nous avons atten­du trop long­temps pour mettre en place une limite de 2 °C ».
– Pro­fes­seur Kevin Ander­son

Met­tons de côté le fait qu’en 1990 le « groupe de conseils sur les gaz à effet de serre » avait aver­ti qu’une aug­men­ta­tion glo­bale de la tem­pé­ra­ture « au-delà d’1 degré Cel­sius pour­rait pro­vo­quer rapi­de­ment, des évé­ne­ments impré­vi­sibles et non-linéaires, qui entraî­ne­raient des dom­mages éten­dus sur les éco­sys­tèmes », tan­dis qu’une aug­men­ta­tion de tem­pé­ra­ture de 2 °C était per­çue comme « une limite supé­rieure, au-delà de laquelle les risques de graves dom­mages aux éco­sys­tèmes, et de réac­tions non-linéaires, aug­men­te­raient rapi­de­ment ». La dis­pa­ri­tion de ce papier repré­sente peut-être le plus impor­tant camou­flage de l’his­toire, sans par­ler de crime contre l’hu­ma­ni­té. Ce rap­port fut cal­me­ment et déli­bé­ré­ment enter­ré par les O.N.G. telles que Green­peace, les amis de la Terre, la com­mu­nau­té scien­ti­fique et les gou­ver­ne­ments. La crois­sance éco­no­mique, sacro-sainte, trompe la vie elle-même.

350.org nous explique que les cor­po­ra­tions de com­bus­tibles fos­siles « pré­voient de tout brû­ler – à moins qu’on ne les arrête ». Mais qu’on les arrête en fai­sant quoi ? En deman­dant à Oba­ma ? En signant des péti­tions sur 350.org ? En deman­dant à nos uni­ver­si­tés de ne pas inves­tir dedans ? Au lieu de s’at­ta­quer à la réa­li­té (capi­ta­lisme, impé­ria­lisme, mili­ta­risme, etc.) 350.org conti­nue à gui­der la fabrique d’es­poir, pour l’in­dus­trie de l’es­poir. 350.org garan­tit l’ac­cep­ta­tion du public, la séduc­tion des masses, avec leur marque, pré­ci­sé­ment parce qu’il ne dit pas à leur audience-cible, qu’il sera abso­lu­ment néces­saire d’a­ban­don­ner leurs pri­vi­lèges, si nous vou­lons sau­ver une pla­nète pro­pice à la vie, tan­dis que nous entrons dans l’ère de l’an­thro­po­cène en chute libre. [4] 350.org garan­tit à leur public qu’il n’est pas néces­saire de remettre en ques­tion (et encore moins de déman­te­ler) notre sys­tème éco­no­mique (sui­ci­daire), étant don­né que la catas­trophe cli­ma­tique « réelle » est encore loin, très loin. 350.org, c’est le soma du XXIe siècle.

« Une fausse conscience de la nature du libé­ra­lisme amé­ri­cain a été l’arme idéo­lo­gique la plus puis­sante que le capi­ta­lisme amé­ri­cain ait uti­li­sée pour main­te­nir son hégé­mo­nie ».
– James Wein­stein

Il est impor­tant de remar­quer l’ob­ses­sion de 350.org envers les com­bus­tibles fos­siles, exclu­si­ve­ment. Avec cer­ti­tude, 350.org, en tan­dem avec le com­plexe indus­triel non-lucra­tif, pré­pare stra­té­gi­que­ment la popu­lace, à accep­ter ce que Guy McPher­son appelle la « troi­sième révo­lu­tion indus­trielle ». Cet agen­da de « richesse cli­ma­tique » inclu­ra de fausses solu­tions comme la bio­masse, le consu­mé­risme « vert » débri­dé, les méca­nismes de com­pen­sa­tion car­bone du mar­ché comme le REDD, etc. Par­mi ce qu’il n’in­clu­ra pas : la néces­si­té urgente de détruire l’empire mili­taire en expan­sion, d’abandonner/démanteler notre sys­tème éco­no­mique actuel, d’af­fron­ter l’é­le­vage indus­triel, de mas­si­ve­ment décroître et de conser­ver, d’employer des tac­tiques d’au­to­dé­fense par tous les moyens néces­saires, tout ce qu’il est impé­ra­tif d’af­fron­ter si nous vou­lons atté­nuer l’om­ni­cide total. En gros, l’a­gen­da n’in­clu­ra pas tout ce qui mena­ce­rait réel­le­ment le sys­tème. Il s’a­git tou­jours de divi­ser pour mieux régner, avec ces O.N.G. cor­po­ra­tistes finan­cées par l’é­lite. Il s’a­git de s’as­su­rer que les masses mènent des com­bats insi­gni­fiants, et ne « relient jamais les points entre eux », pour uti­li­ser l’ex­pres­sion de 350.org. Comme le fon­da­teur d’A­vaaz, MoveOn.org, 350.org induit brillam­ment le consen­te­ment.

Le lan­gage fait tout dans le monde du fan­tasme et des rela­tions publiques. Exa­mi­nons la décla­ra­tion de McKib­ben expri­mant la sur­prise, après que son article « des maths ter­ri­fiantes » ait été « éton­nam­ment virale » dans le Rol­ling Stone maga­zine. C’est loin d’être le cas. Dans le com­plexe indus­triel non-lucra­tif, toute « com­mu­ni­ca­tion » est éva­luée avant sa publi­ca­tion, afin de mesu­rer la réponse du public et son main­tien du sta­tu quo. La plu­part des com­mu­ni­qués ne sont pas écrits par des soi-disant acti­vistes, mais plu­tôt par des res­pon­sables de rela­tions publiques hau­te­ment qua­li­fiés, qui aident l’in­dus­trie de l’es­poir à dis­tri­buer leur cam­pagne inof­fen­sive aux réseaux sélectionnés/coopératifs.

350.org et ses amis servent un objec­tif vital. Ces orga­ni­sa­tions garan­tissent, avec suc­cès, que le public se sente bien. Simul­ta­né­ment, ils garan­tissent l’o­béis­sance et la pas­si­vi­té à l’é­tat, afin de sécu­ri­ser les struc­tures de pou­voir en place et de les gar­der intactes. Comme tou­jours, de telles cam­pagnes se concentrent sur l’é­ta­blis­se­ment de listes, pour ceux qui béné­fi­cient et pro­fitent des lis­tings d’e-mails, etc. Cela se fait au pré­texte de « la construc­tion de mou­ve­ment ». Pas besoin d’être un scien­ti­fique de haut niveau, pour com­prendre ration­nel­le­ment, que des orga­ni­sa­tions, finan­cées par les fonds des frères Rocke­fel­ler, ne feront jamais rien de signi­fi­ca­tif, qui s’at­ta­que­rait vrai­ment aux causes pro­fondes de la crise cli­ma­tique. C’est un jeu cynique joué par ceux qui financent les O.N.G. au sein du com­plexe indus­triel non-lucra­tif. Les coûts sont éle­vés, avec plus de 400 000 per­sonnes qui meurent chaque année des désastres liés au cli­mat. Heu­reu­se­ment pour l’o­li­gar­chie, un racisme pro­fon­dé­ment ancré qui ron­ronne comme un cha­ton, réson­nant sur le ver­nis du mou­ve­ment, garan­tie que ces morts n’aient aucune signi­fi­ca­tion. [27 sep­tembre 2012 : « près de 1000 enfants par jour meurent à cause du chan­ge­ment cli­ma­tique, selon une étude hors du com­mun publiée mer­cre­di (PDF), et le total annuel s’é­lève à 400 000 per­sonnes par an, à tra­vers le monde »].

L’au­teur Chris­tian Paren­ti sou­lève de nom­breuses ques­tions clés à consi­dé­rer, dans son article « pro­blème avec les maths : « la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment du car­bone de 350 est-elle com­plète ? », publié le 29 novembre 2012 :

« La ver­sion offi­cielle du capi­ta­lisme sti­pule que les mar­chés bour­siers existent, afin d’ai­der les firmes à engran­ger de la mon­naie pour l’in­ves­tis­se­ment. Mais une étude empi­rique révèle que l’op­po­sé est plus sou­vent le cas. En réa­li­té, le mar­ché bour­sier, bien que cultu­rel­le­ment puis­sant, n’est pas par­ti­cu­liè­re­ment impor­tant pour com­prendre, com­ment le capi­ta­lisme crée véri­ta­ble­ment la richesse (et la pol­lu­tion).

« Donc, com­ment, aban­don­ner des actions Exxon mena­ce­ra-t-il ses reve­nus, c’est-à-dire, son fonc­tion­ne­ment ? Cela pour­rait, d’ailleurs, amé­lio­rer le ratio cours/bénéfices de la com­pa­gnie, ren­dant les actions plus attrayantes pour les ache­teurs immo­raux. Ou cela pour­rait per­mettre à la firme de rache­ter plus faci­le­ment ses actions (ce qu’elle fait mas­si­ve­ment depuis cinq ans) afin de conser­ver une plus grande part de ses béné­fices et de déve­lop­per ain­si plus de gise­ments pétro­liers ».

Il faut sou­li­gner que la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment de Wall Street 350.org sert un autre objec­tif vital. Nous avons désor­mais atteint le moment cri­tique où les cor­po­ra­tions vont com­men­cer le pro­ces­sus d’a­ban­don de leurs avoirs toxiques, tout en pré­pa­rant une nou­velle vague sans pré­cé­dent, de « richesses cli­ma­tiques ». Nous allons assis­ter à la tran­si­tion mon­diale vers de fausses solu­tions ren­tables, sous cou­vert « d’é­co­no­mie verte », asso­ciée à la marchandisation/privatisation com­plète des biens com­muns de l’hu­ma­ni­té, par les cor­po­ra­tions les plus puis­santes du monde. Tout cela pen­dant qu’elles se Green­wa­she­ront elles-mêmes en nobles inten­dantes de la Terre. L’é­pi­sode de fin de l’es­pèce humaine, sera le plus grand men­songe jamais ven­du racon­té.


On ne peut com­prendre le pré­sent qu’en ayant bien com­prit le pas­sé. C’est pour­quoi, afin de com­prendre la pré­sente cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment de 350.org, nous devons regar­der à la conception/création du par­te­naire de 350.org : la coa­li­tion pour des éco­no­mies éco­lo­gi­que­ment res­pon­sables (CERES).

CERES 2013 : Les invités : 350, PG&E, Bloomberg & GM

Bill McKibben & le CERES
Bill McKib­ben (à droite) & le CERES

Qu’est-ce que le CERES :

Qu’est-ce que le CERES ? Le CERES sont les marion­net­tistes de Wall Street du XXIe siècle, qui, der­niè­re­ment, tire les ficelles der­rière la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment de 350.org. Le CERES repré­sente le cœur même du nexus : les mil­lion­naires libé­raux, leurs fon­da­tions, les « acti­vistes » qu’ils gèrent, et, plus impor­tant, là où les plou­to­crates inves­tissent leur for­tune per­son­nelle et celle de leurs fon­da­tions. [«  En tant qu’or­ga­ni­sa­tion non-lucra­tive, le CERES dépend de sou­tien des fon­da­tions, d’in­di­vi­dus et d’autres dona­teurs afin d’ac­com­plir sa mis­sion d’in­té­gra­tion de la sou­te­na­bi­li­té dans les pra­tiques de busi­ness quo­ti­diennes, pour la san­té de la pla­nète et de ses habi­tants »]. (Source : Ceres 2010 Annual Report)

Au conseil d’ad­mi­nis­tra­tion du Ceres, nous retrou­vons des par­te­naires d’O.N.G.clés : le conseil natio­nal de défense des res­sources (NRDC), le Sier­ra Club, l’ins­ti­tut des res­sources du monde (World Resources Ins­ti­tute), Eco­lo­gi­cal Solu­tions Inc. et Green Ame­ri­ca, pour n’en citer que quelques-uns.

Le réseau de com­pa­gnie du Ceres (le pre­mier pilier) repré­sente la crème de la crème (approxi­ma­ti­ve­ment 70 cor­po­ra­tions) du monde des entre­prises. Par exemple on y retrouve Citi, Bloom­berg, Coca-Cola, Ford Motor Com­pa­ny, Gene­ral Motors, Sun­cor et Vir­gin. La coa­li­tion du Ceres (le second pilier) est com­po­sée de plus de 130 inves­tis­seurs ins­ti­tu­tion­nels, groupes envi­ron­ne­men­taux et de « défense d’in­té­rêts sociaux », et d’or­ga­ni­sa­tion d’in­té­rêt public. On retrouve par exemple au sein de la coa­li­tion du Ceres, le sier­ra Club, les amis de la Terre, le fonds de ges­tion des actifs Rock­fel­ler, le NRDC, le WWF (World Wild­life Fund), Rain­fo­rest Action Net­work, Ser­vice Employees Inter­na­tio­nal Union (SEIU — un des fon­da­teurs d’A­vaaz), et la Car­bon Neu­tral Com­pa­ny.


Les pre­miers et 2 mai 2013 à San Fran­cis­co, en Cali­for­nie, Bill McKib­ben a rejoint le par­te­naire de la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment de 350, le CERES, à leur confé­rence. D’a­près le com­mu­ni­qué du CERES :

« Bill McKib­ben rejoint le cercle des invi­tés de la confé­rence du CERES ! Bill McKib­ben est l’au­teur d’une dou­zaine de livres et est le fon­da­teur de la cam­pagne popu­laire pour le cli­mat 350.org. Le Time Maga­zine l’ap­pelle « le meilleur jour­na­liste vert de la pla­nète », et le Bos­ton Globe a dit de lui en 2010 qu’il était « pro­ba­ble­ment l’en­vi­ron­ne­men­ta­liste le plus impor­tant du pays ».

McKib­ben a rejoint d’autres invi­tés comme Ezra Gar­rett (vice-pré­sident des rela­tions com­mu­nau­taires et res­pon­sable de la chaîne logis­tique du déve­lop­pe­ment durable pour Paci­fic Gas et Elec­tric Cor­po­ra­tion), Cur­tis Rave­nel (res­pon­sable inter­na­tio­nal, groupe du déve­lop­pe­ment durable, Bloom­berg), Mike Robin­son (vice-pré­sident pour l’en­vi­ron­ne­ment, les poli­tiques de sûre­té d’éner­gie, Gene­ral Motors), et de nom­breux autres impli­qués dans la pro­mo­tion et la crois­sance du « capi­ta­lisme vert ». Par­mi les spon­sors, Bank of Ame­ri­ca, PG&E, Bloom­berg, Wells Far­go, Sprint, Bax­ter, Citi, Ford, GM, Brown-For­man, Walt Dis­ney, Pru­den­tial, Time­War­ner et nombre d’autres cor­po­ra­tions par­mi les plus puis­santes de la pla­nète. Le prix des tickets pour la confé­rence allait de 600 $ (tarif étu­diant) à 1200 $, avec un prix pro­mo­tion­nel de 259 $ pour la nuit au Fair­mont Hotel.

L’art du discours des O.N.G.

Des wagons-citernes au port de Coquit­lam yard, à l’est de Van­cou­ver, sur la côte paci­fique cana­dienne. Pho­to by DARRYL DYCK. L’E­co­no­mic Plan­ning Asso­ciates (EPA) estime que les fabri­cants de wagons en ont reçus des com­mandes pour plus de 89 000 — un niveau sans pré­cé­dent depuis le début des rele­vés en 1980. Les livrai­sons sont esti­mées atteindre les 58 000 uni­tés en 2012 et se sta­bi­li­ser à plus de 64 000 uni­tés par an, sur les cinq pro­chaines années. À cause du manque de capa­ci­té de fabri­ca­tion, le prix de l’u­ni­té aug­mente, et cer­taines indi­ca­tions sug­gèrent que les fabri­cants sont alors sélec­tifs, sur les com­mandes qu’ils prennent. [Source : Shale Oil and Gas : Revi­ta­li­zing Inland Trans­por­ta­tion Net­works, Sept 2012]

« Mr. Rocke­fel­ler n’au­rait pas trou­vé meilleure garan­tie pour ses cen­taines de mil­lions, qu’en inves­tis­sant l’un d’entre eux dans le sub­ven­tion­ne­ment de toutes les agences appe­lant au chan­ge­ment social et au pro­grès ».
– Frank Walsh, The Great Foun­da­tion

Et pen­dant que votre atten­tion est habi­le­ment diver­tie du fait que des algues géantes pro­li­fèrent, main­te­nant, sous une ban­quise arc­tique de plus en plus fine (18 juin 2012 : « d’a­bord, nous pen­sions : ‘ça n’est pas pos­sible. Impos­sible que ça soit ce à quoi ça res­semble », a dit Kevin R. Arri­go, un océa­no­graphe bio­lo­giste à l’u­ni­ver­si­té de Stan­ford en Cali­for­nie et auteur en chef de l’é­tude, à CBCNews.ca. « Ensuite on s’est deman­dé : ‘quel­qu’un a déjà vu ça avant?‘ »)… et tan­dis que des crabes géants, de plus d’un mètre d’en­ver­gure, enva­hissent l’An­tarc­tique en plein réchauf­fe­ment, et tan­dis que les élites espèrent, que vous adhé­riez à la cam­pagne de dés­in­ves­tis­se­ment, qui ne nous donne en réa­li­té pas la moindre chance d’é­vi­ter l’ef­fon­dre­ment éco­lo­gique pla­né­taire, en pleine accé­lé­ra­tion, je vous laisse avec ça…

Le dis­cours des O.N.G. en Amé­rique prend plu­sieurs formes. Dans les années 60, le mou­ve­ment révo­lu­tion­naire des black power reçut des sub­ven­tions mas­sives et prit alors la forme du black capi­ta­lism, et le pro­duit de cette solu­tion, c’est le sta­tut actuel des Amé­ri­cains noirs, dont la situa­tion est bien pire, qu’à presque n’im­porte quelle autre époque de leur his­toire à tous points de vue. De la même façon, les consé­quences désas­treuses du déve­lop­pe­ment et de la dégra­da­tion envi­ron­ne­men­tale, résul­tant d’une consom­ma­tion de masse effré­née, basée sur le modèle occi­den­tal, ouvre la voie pour le dia­logue de l’illu­soire « éco­no­mie verte » comme solu­tion. La néces­si­té de ban­nir la nour­ri­ture géné­ti­que­ment modi­fiée devient une exi­gence clas­siste (qui sera ingé­ré par les pauvres, les igno­rants et les enfants) d’é­ti­que­tage inef­fi­cace. [Les pauvres n’ont tou­jours pas le choix, l’é­ti­que­tage des pro­duits ne sert qu’aux classes moyennes/aisées qui peuvent choi­sir leur nour­ri­ture, et n’a aucun effet de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment, parce que les pro­duits sont label­li­sés n’en­traine en rien l’ar­rêt de l’u­ti­li­sa­tion d’OGM/pesticides/herbicides/etc.]

La néces­si­té d’ar­rê­ter les exploi­ta­tions de sables bitu­mi­neux dans leur tota­li­té (comme annon­cé auda­cieu­se­ment par les voix les plus conser­va­trices tel que le scien­ti­fique James Han­sen – « Put the Brakes on Tar Sands, Feb 18, 2009 », et l’an­cien diri­geant de l’IPCC, Rajen­dra Pachau­ri des Nations unies – “Canada’s oil sands should be shut down.” Sept. 21, 2009) a déli­bé­ré­ment évo­lué en « stop­per le Keys­tone XL ! » – Omet­tant com­mo­dé­ment le fait que le pipe­line Keys­tone était ter­mi­né aux 2/3 et opé­rait déjà, avant que la cam­pagne KXL soit impul­sée dans le domaine public. L’exi­gence ori­gi­nelle popu­laire de 2005 « d’ar­rê­ter les sables bitu­mi­neux » s’est éva­po­rée, elle n’est plus qu’un loin­tain sou­ve­nir. Et tan­dis que 350.org s’ex­clame « stop­pez le Keys­tone XL ! » (Un mes­sage bien relayé par les médias « pro­gres­sistes » obéis­sants), l’in­dus­trie fer­ro­viaire était occu­pée à construire les 40 000 wagons-citernes pétro­lier, requis pour le trans­port du pétrole issu des sables bitu­mi­neux, et a presque fini. [4] L’ar­gu­ment de vente de cette méthode de tran­sit, mis en avant par l’in­dus­trie, c’est qu’à moins d’a­voir des muni­tions semi-per­fo­rantes, ces wagons ne fui­ront pas même s’ils déraillent. Pen­dant ce temps-là, la construc­tion des infra­struc­tures pétro­lières au Dako­ta du Nord (près des champs de fra­cking pétro­lier de Bak­ken) s’est ache­vée. 8 trains de 110 wagons ont la même capa­ci­té de charge que le Keys­tone et que le KXL. BNSF Corp trans­porte main­te­nant approxi­ma­ti­ve­ment 500 000 barils de pétrole chaque jour. Nulle part dans la cam­pagne KXL il ne fut men­tion­né que le 3 novembre 2009, Berk­shire Hatha­way a annon­cé que, à l’aide d’ac­tions et de cash à hau­teur de 26 mil­liards de dol­lars, elle ferait l’ac­qui­si­tion des 77,4 % res­tants de la Bur­ling­ton Nor­thern San­ta Fe Cor­po­ra­tion, parente de BNSF Rail­way, qu’elle ne pos­sé­dait pas encore… ce fut la plus impor­tante acqui­si­tion en date de l’his­toire de Berk­shire. [Fur­ther rea­ding : Keys­tone XL : The Art of NGO Dis­course | Part I]

Les magnats du pétrole mettent en place le meilleur des mondes. Ils trinquent à notre naï­ve­té col­lec­tive et à notre atti­tude ser­vile.

La liste des dis­cours d’O.N.G. à suc­cès conti­nu encore et encore. Des mil­liards de dol­lars ne sont pas inves­tis dans le com­plexe indus­triel non-lucra­tif pour rien.

A venir : par­tie 2 : les amis de 350 à Wall Street – les « oppor­tu­nistes de la richesse cli­ma­tique » – Le CERES & le réseau des inves­tis­seurs sur le risque cli­ma­tique (INCR)


[Cory Mor­ning­star est une jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion indé­pen­dante, écri­vaine et acti­viste envi­ron­ne­men­tale, qui se concentre sur l’ef­fon­dre­ment éco­lo­gique mon­dial et les ana­lyses poli­tiques du com­plexe indus­triel non-lucra­tif. Elle réside au Cana­da. Ses écrits récents peuvent se retrou­ver sur dif­fé­rents sites (en anglais) : Wrong Kind of Green, The Art of Anni­hi­la­tion, Poli­ti­cal Context, Coun­ter­punch, Cana­dians for Action on Cli­mate Change and Coun­ter­cur­rents. Vous pou­vez la suivre sur Twit­ter :@elleprovocateur ]
Article ini­tia­le­ment publié sur le site de Cory Mor­ning­star (en anglais).


Tra­duc­tion : Nico­las CASAUX

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Comments to: 350.org, Bill McKibben (& Naomi Klein): L’écologie made in Wall Street
  • […] Nous avons récem­ment inter­viewé Cory Mor­ning­star, une jour­na­liste d’investigation cana­dienne spé­cia­li­sée dans l’écologie et la poli­tique. Son tra­vail remar­quable peut être consul­té libre­ment en ligne, sur son site web (en anglais). Nous avions déjà publié deux de ses articles sur notre site : 350.org, AVAAZ, et la marche mon­diale pour le cli­mat — Com­ment l’Empire nous fait mar­cher et 350.org, Bill McKib­ben (& Nao­mi Klein): L’écologie made in Wall Street. […]

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