Face aux mul­tiples pro­blèmes de notre temps (l’empoi­son­ne­ment uni­ver­sel de la tota­li­té du pay­sage éco­lo­gique pla­né­taire par des sub­stances toxiques engen­drées par l’in­dus­trie chi­mique et ses sem­blables — « Les pes­ti­cides sont désor­mais par­tout. Dans l’eau de pluie des villes et même das la rosée du matin. Chez les ours, les pumas, les dau­phins, les baleines, les cor­mo­rans, les alli­ga­tors. Dans le sang du cor­don ombi­li­cal des nou­veaux nés. Dans l’a­li­men­ta­tion stan­dar­di­sée de presque toues les pays du globe, au Gabon, en Boli­vie, chez les Abo­ri­gènes d’Aus­tra­lie. Au fond du del­ta du Mis­sis­sip­pi, der­rière le bar­rage des Trois Gorges, dans les rivières, les ruis­seaux qui des­cendent des col­lines et des mon­tagnes de France et de Navarre. Dans le lait mater­nel et dans le vin des buveurs. Abso­lu­ment par­tout. » (Fabrice Nico­li­no) — les inéga­li­tés éco­no­miques mons­trueuses qui gan­grènent nos socié­tés humaines ; etc.), un cer­tain sen­ti­ment de tris­tesse ambiante s’est logi­que­ment déve­lop­pé :

Voi­ci ce que j’ai pen­sé : il y avait la vie ter­restre par­mi quoi nous vivions, que le pro­grès de la rai­son entre­prit d’équiper de voies fer­rées, de moteurs à explo­sion, d’éclairage élec­trique et de télé­phones, d’usines chi­miques et de télé­vi­sions ; et pour finir il allu­ma des­sous le bûcher de Tcher­no­byl.

On com­prend qu’il ne soit pas conve­nable de nous pro­mettre encore l’avenir radieux, au mieux nous assure-t-on que des pal­lia­tifs effi­caces sont en pré­pa­ra­tion dans les labo­ra­toires ; et la publi­ci­té, dont chaque nou­veau men­songe avoue le pré­cé­dent, ne nous presse-t-elle pas de « retrou­ver le vrai goût d’autrefois » ? Léon-Paul Fargue, peu avant que l’économie n’ait ache­vé l’extermination de cet autre­fois du monde huma­ni­sé, l’autrefois des jours pleins de len­de­mains, avait pres­sen­ti ce ren­ver­se­ment ; tout juste la science ratio­na­liste venait-elle d’essayer sur Hiro­shi­ma ses nou­velles équa­tions : « Oui, dis-tu, j’ai connu ce dont je parle. C’est beau comme une jour­née man­quée. Comme une vie man­quée. J’ai su que cela avait eu lieu, et que d’autres aus­si ont vécu ce pas­sé aujourd’hui dési­ré, atten­du comme un ave­nir. »

S’il nous vient par inad­ver­tance de vou­loir son­ger aux jours futurs, aux années pro­chaines, à quoi res­sem­ble­ra le monde et par exemple les infor­ma­tions que nous y enten­drons le matin en nous réveillant ; aus­si­tôt voi­là notre enten­de­ment qui char­bonne et notre âme qui se trouble comme de tou­cher à d’hostiles ténèbres : on dirait que ce pré­sent où nous exis­tons encore vivants et tan­gibles, ce vaste assem­blage de tout ce qui existe, ce monde évident où nous sommes aujourd’hui sans éton­ne­ment, ne débouche bien­tôt sur rien que sur du néant.

Cha­cun, pour peu qu’il s’examine avec conscience, consta­te­ra d’ailleurs le soin qu’il prend à détour­ner son ima­gi­na­tion d’un ave­nir si confus et si déplai­sant, ain­si qu’il écar­te­rait en rou­gis­sant un sou­ve­nir mal­sain (sans doute par quelque phé­no­mène d’antémémoration) ; avec quel natu­rel nous élu­dons toute consi­dé­ra­tion quant au futur immi­nent, ce qui en est déjà conce­vable par les évé­ne­ments qui nous y mènent, ce qui peut s’en pré­dire d’après des cir­cons­tances déjà pré­sentes et visibles et si pré­ci­pi­tées que les jour­naux même ne se donnent plus la peine d’en dis­si­mu­ler les symp­tômes ; qui sont autant de pré­mices et de causes pro­chaines au regard de la pen­sée qui les exa­mine. Les rou­geoie­ments en pro­jettent vers nous de longues ombres qui déjà nous enve­loppent : nous tâton­nons et nous croyons voir, nous reni­flons les com­bus­tions d’un monde par­ti en fumées et nous croyons pen­ser. […]

Voi­ci ce que j’ai pen­sé : dans un recoin de son Ethique, Spi­no­za note à peu près ceci que lorsqu’une chose est tou­chée par la tris­tesse, elle est, dans une cer­taine mesure, détruite. J’en ai tiré cette idée que la tris­tesse que l’on res­sent des choses nous pré­vient de leur condam­na­tion ; ain­si du sen­ti­ment de soli­tude et de nudi­té qui émane des quar­tiers pro­mis à la démo­li­tion : tout y existe en vain.

Je me suis deman­dé s’il nous arri­vait encore d’éprouver des joies où la tris­tesse ne vien­drait se jeter comme à la tra­verse ; qui ne se mélan­ge­raient pas d’une impres­sion de déclin, de ruine pro­chaine, de vani­té. Tiens, se dit-on, cela existe encore ? Nos joies sont de cette sorte que nous pro­cure un vieux quar­tier d’habitation ren­con­tré au fau­bourg d’une ville étran­gère et pauvre, que le pro­grès n’a pas eu le temps de refaire à son idée. Les gens semblent là chez eux sur le pas de la porte, de simples bou­tiques y pro­posent les objets d’industries que l’on croyait éteintes ; des mai­sons hors d’âge et bien­veillantes, qu’on dirait sans télé­phone, des rues d’avant l’automobile, pleines de voix, les fenêtres ouvertes au labeur et qui réveillent des impres­sions de loin­tains, d’époques accu­mu­lées, de proche cam­pagne ; on buvait dans ce vil­lage un petit vin qui n’était pas désa­gréable pour le voya­geur. C’est tou­jours avec la conscience anxieuse d’une der­nière fois, que nous ne le rever­rons jamais ain­si, qu’il faut se dépê­cher d’avoir connu cela ; que ces débris, ces frag­ments épar­gnés de temps ter­restre, où nous entre­voyons pour un moment heu­reux le monde d’avant, ne tar­de­ront plus d’être balayés de la sur­face du globe ; et pour finir toutes nos joies res­semblent à ces trou­vailles émou­vantes, mais après tout inutiles, que l’on fait dans les tiroirs d’une liqui­da­tion d’héritage : ce n’en sont plus, ce sont d’ardentes tris­tesses, ce sont des amer­tumes un ins­tant lumi­neuses.

J’ai pen­sé aus­si qu’on ne s’accommode de ce que ce pré­sent fac­tice et empoi­son­né nous offre, qu’à la condi­tion d’oublier les agré­ments aux­quels nous goû­tions le plus natu­rel­le­ment par le pas­sé et que cette époque n’autorise plus ; et de ne pas son­ger que ceux dont nous trou­vons encore à jouir, il fau­dra sem­bla­ble­ment en perdre le sou­ve­nir, en même temps que l’occasion ; qu’à défaut d’oubli on en vient à devoir s’en fabri­quer au moyen d’ingrédients de plus en plus pauvres et quel­conques, des fins de série, des objets d’usage sau­vés de bric-à-brac, tout impré­gnés de temps humain et qui nous attristent ; de tout ce qui peut se déni­cher en fait de rebuts, de der­niers exem­plaires, de pièces déta­chées, de vieilles cartes pos­tales ; se réfu­giant dans les détails de rues en ins­tance, ciels de traîne, matins d’automne ; de tout ce qui fut.

— Bau­douin de Bodi­nat, La vie sur terre, tome pre­mier.

Par­mi les diverses réac­tions que ces pro­blèmes sus­citent (colère, peur, rage, tris­tesse, déses­poir, etc.), on retrouve une éton­nante réac­tion fré­né­ti­que­ment posi­ti­viste :

Dans un autre domaine, pseu­do-phi­lo­so­phique, on entend beau­coup dire, depuis qu’a défer­lé sur l’oc­ci­dent une VAGUE D’OPTIMISME POST-SOIXANTE-HUITARDE qui a pris sa source dans les uni­ver­si­tés de Cali­for­nie, qu’il faut « posi­ti­ver », et lais­ser de côté tout ce qui est néga­tif. C’est deve­nu un slo­gan publi­ci­taire… Si posi­ti­ver consis­tait sim­ple­ment à voir le bon côté des choses, à jouir d’un verre à demi-plein au lieu de se lamen­ter devant un verre à demi-vide, rien à dire, c’est du sain Épi­cu­risme. Mais posi­ti­ver ne s’en tient pas là : on s’ef­force de mécon­naître « le néga­tif », les limites, inhé­rentes à la nature de l’être, les fai­blesses, les ratages inévi­tables. C’est l’é­cole de l’i­nau­then­ti­ci­té. L’é­tat de celui qui a du mal à faire face se trouve aggra­vé par un slo­gan qui le déva­lo­rise un peu plus : « Les autres y arrivent, et pas moi… » Allez dire « il faut posi­ti­ver ! » à celui qui souffre. Ce slo­gan n’est bon que quand tout va bien, mais pré­pare mal à la ren­contre des dif­fi­cul­tés. Encore un mirage mal­fai­sant. La publi­ci­té n’est pas avare de ces trou­vailles irréa­listes, comme ce « à tous, on peut tout… » d’une entre­prise cari­ta­tive : mais non, c’est tout à fait faux, et il n’est pas dif­fi­cile de s’en rendre compte. Mais cette culture du mirage ajoute à l’en­tre­prise géné­rale de nar­cis­si­sa­tion d’une socié­té qui fait d’au­tant plus de déçus qu’elle leur fait miroi­ter l’i­mage de la réus­site, « du top niveau », du record dépas­sé, etc. (Dr Michel Pou­quet, Novembre 1996)

Le rôle de l’inci­ta­tion au posi­ti­visme de notre temps pour­rait être com­pa­rée à celui du Soma, la fameuse drogue ima­gi­née par Aldous Hux­ley, dans « le Meilleur des Mondes » (1932), à pro­pos de laquelle il écrit dans « Retour au Meilleur des Mondes » (1952):

« Les êtres fina­le­ment décan­tés n’é­taient plus tout à fait humains, mais encore capables d’ac­com­plir des besognes non spé­cia­li­sées et l’on pou­vait comp­ter que, conve­na­ble­ment condi­tion­nés, relaxés par des rap­ports libres et fré­quents avec le sexe oppo­sé, constam­ment dis­traits par des amu­se­ments gra­tuits et ren­for­cés dans leur com­por­te­ment conforme par des doses quo­ti­diennes de soma, ils ne cau­se­raient jamais le moindre ennui à leurs supé­rieurs.

La ration de soma quo­ti­dienne était une garan­tie contre l’in­quié­tude per­son­nelle, l’a­gi­ta­tion sociale et la pro­pa­ga­tion d’i­dées sub­ver­sives. Karl Marx décla­rait que la reli­gion était l’o­pium du peuple, mais dans le Meilleur des Mondes la situa­tion se trou­vait ren­ver­sée : l’o­pium, ou plu­tôt le soma, était la reli­gion du peuple. Comme elle, il avait le pou­voir de conso­ler et de com­pen­ser, il fai­sait naître des visions d’un autre monde, plus beau, il don­nait l’es­poir, sou­te­nait la foi et encou­ra­geait la cha­ri­té.

[…] Le soma de ma fable avait non seule­ment la pro­prié­té de tran­quilli­ser, d’hal­lu­ci­ner et de sti­mu­ler, mais aus­si d’aug­men­ter la sug­ges­ti­bi­li­té et pou­vait donc être uti­li­sé pour ren­for­cer les effets de la pro­pa­gande gou­ver­ne­men­tale. »

Chris Hedges, quant à lui, cri­tique l’as­pi­ra­tion au posi­ti­visme dans son excellent article inti­tu­lé « Notre manie d’espérer est une malé­dic­tion » (que nous vous pro­po­sons sur notre site):

« L’aspiration au posi­ti­visme, omni­pré­sente dans notre culture capi­ta­liste, ignore la nature humaine et son his­toire. Cepen­dant, ten­ter de s’y oppo­ser, énon­cer l’évidence, à savoir que les choses empirent, et empi­re­ront peut-être bien plus encore pro­chai­ne­ment, c’est se voir exclure du cercle de la pen­sée magique qui carac­té­rise la culture états-unienne et la grande majo­ri­té de la culture occi­den­tale. La gauche est tout aus­si infec­tée par cette manie d’espérer que la droite. Cette manie obs­cur­cit la réa­li­té, au moment même où le capi­ta­lisme mon­dial se dés­in­tègre, et avec lui l’ensemble des éco­sys­tèmes, nous condam­nant poten­tiel­le­ment tous.

Le théo­ri­cien du XIXe siècle Louis-Auguste Blan­qui, contrai­re­ment à presque tous ses contem­po­rains, écar­ta la croyance, chère à Karl Marx, selon laquelle l’histoire est une pro­gres­sion linéaire vers l’égalité et une meilleure mora­li­té. Il nous avait aver­ti du fait que ce posi­ti­visme absurde était un men­songe col­por­té par les oppres­seurs : « Toutes les atro­ci­tés du vain­queur, la longue série de ses atten­tats sont froi­de­ment trans­for­mées en évo­lu­tion régu­lière, iné­luc­table, comme celle de la nature.[….] Mais l’engrenage des choses humaines n’est point fatal comme celui de l’univers. Il est modi­fiable à tout minute ». Il avait pres­sen­ti que les avan­cées scien­ti­fiques et tech­no­lo­giques, plu­tôt que d’être les pré­sages du pro­grès, pou­vaient être « une arme ter­rible entre les mains du Capi­tal contre le Tra­vail et la Pen­sée ». Et à une époque où bien peu le fai­saient, il dénon­çait le sac­cage du monde natu­rel. « La hache abat, per­sonne ne replante. On se sou­cie peu que l’avenir ait la fièvre ».[…] »

Il fait éga­le­ment la cri­tique de la « psy­cho­lo­gie posi­tive » dans son excellent livre « l’empire de l’illu­sion »:

Pour les tenants de la psy­cho­lo­gie posi­tive, les per­sonnes qui, peu importe le contexte dans lequel elles baignent, n’arrivent pas à adop­ter une atti­tude posi­tive sont en quelque sorte malades. Un peu comme on l’a fait pour les Chi­nois récal­ci­trants pen­dant la Révo­lu­tion cultu­relle, il faut cor­ri­ger leur atti­tude. À celui qui vit de manière posi­tive arrive tou­jours quelque chose de posi­tif. Comme toutes les illu­sions répan­dues dans la culture, une telle croyance encou­rage les gens à fuir la réa­li­té lorsque celle-ci s’avère effrayante ou dépri­mante. Ces spé­cia­listes du « bon­heur » ont aus­si for­mu­lé la « loi de l’attraction »: en por­tant toute son atten­tion sur ce qu’on désire, on attire les bonnes choses de la vie, que ce soit en matière d’argent, de rela­tions ou d’emploi. Ce pro­cé­dé de visua­li­sa­tion, qui nous per­met­trait de concré­ti­ser nos dési­rs ou nos convic­tions, n’est pas très dif­fé­rent de la prière à un Dieu ou à un Jésus qui, nous dit-on, vou­drait nous rendre riches et célèbres. Cette idéo­lo­gie a pour effet per­ni­cieux de for­cer toute per­sonne aux prises avec des dif­fi­cul­tés à s’imputer ses propres souf­frances. Les enfants mal­trai­tés, les femmes agres­sées sexuel­le­ment, les chô­meurs, les malades en phase ter­mi­nale, tous ceux qui souffrent de soli­tude, de dépres­sion ou de mala­die men­tale, ceux qui sont anal­pha­bètes ou seuls, qui pleurent la perte d’un être cher, sont écra­sés par la pau­vre­té, ont subi un trau­ma­tisme ou cherchent à rompre avec la toxi­co­ma­nie, ceux qui sont assi­gnés à des tâches ingrates contre un salaire de misère ou qui, inca­pables de payer leurs frais médi­caux, font face à une sai­sie ou à la faillite, auraient sim­ple­ment besoin d’abandonner leur atti­tude néga­tive.[…]

La psy­cho­lo­gie posi­tive pro­pose aux grandes entre­prises des tech­niques effi­caces de coer­ci­tion par la per­sua­sion. Sem­blables aux méthodes appli­quées par bon nombre de sectes reli­gieuses, elles ont pour but de fondre les employés dans un grand tout « heu­reux ». Afin d’ébranler le sen­ti­ment d’identité des sala­riés et d’inciter ceux-ci à la doci­li­té, les diri­geants des grandes entre­prises encou­ragent aus­si bien les attaques per­son­nelles et le har­cè­le­ment psy­cho­lo­gique que les effu­sions d’éloges. Pour pous­ser un tra­vailleur à se confor­mer au moule, ils incitent volon­tiers ses pairs à faire pres­sion sur lui. Affir­ma­tion de soi et esprit cri­tique sont condam­nés en tant qu’attitudes néga­tives, et on n’hésite pas à mani­pu­ler et à contrô­ler l’ensemble du milieu social d’un employé pour sta­bi­li­ser son com­por­te­ment une fois celui-ci jugé adé­quat.[…]

La psy­cho­lo­gie posi­tive véhi­cule une idéo­lo­gie qui a quelque chose de sombre et d’insidieux. Elle condamne ceux qui cri­tiquent la socié­té, les ico­no­clastes, les dis­si­dents, les indi­vi­dua­listes, parce qu’ils refusent de capi­tu­ler, de se joindre au beu­gle­ment d’un trou­peau sou­mis à la culture d’entreprise. Elle étouffe la créa­ti­vi­té et l’autonomie morale, et cherche à engon­cer l’individu dans le car­can de la doci­li­té col­lec­tive. Le prin­ci­pal ensei­gne­ment de ce cou­rant, qui s’inscrit dans l’idéologie de l’État-entreprise, veut que l’épanouissement passe par un confor­misme social abso­lu, digne des sys­tèmes tota­li­taires. Sa fausse pro­messe d’harmonie et de bon­heur ne fait qu’exacerber l’anxiété et le sen­ti­ment d’impuissance des indi­vi­dus. En découlent une alié­na­tion et une obli­ga­tion constante de faire preuve d’enthousiasme et d’entrain qui minent l’authenticité des rela­tions. L’isolement propre à une vie active où les appa­rences pré­valent sur la sin­cé­ri­té et où l’on doit se mon­trer opti­miste, quel que soit son état d’esprit ou sa situa­tion, est per­tur­bant et stres­sant. On peut pen­ser qu’une atti­tude posi­tive n’arrangera pas les choses si on perd son emploi ou qu’on tombe malade, mais cet hor­rible sen­ti­ment, néga­tif, doit être étouf­fé, anéan­ti. Au pays de la pen­sée posi­tive, il n’y a aucune injus­tice fla­grante, aucun abus d’autorité, aucun sys­tème éco­no­mique ou poli­tique à contes­ter, bref, il n’y a aucune rai­son de se plaindre. Ici, tout le monde est heu­reux.

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Comments to: De l’aveuglement positiviste
  • 24 mars 2016

    Magni­fique ! Je cours ache­ter le libre de Chris Hedges ! Je n’en peux plus de sup­por­ter ce dis­cours de la pen­sée posi­tive, de la loi d’at­trac­tion, du « secret », de « votre désir est votre ordre » et tout le tin­touin.

    Votre blog est puis­sant, les mots et les concepts sont dépol­lués, démi­nés. Les choses sont claires, le brouillard men­tal se dis­perse. L’a­pai­se­ment de com­prendre se mani­feste immé­dia­te­ment mais aus­si­tôt la rage de se battre, son impé­rieuse néces­si­té, éclate au grand jour, sans pos­si­bi­li­té de dis­si­mu­la­tion cette fois.

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  • 13 juin 2016

    Oui ça fait du bien de lire ce genre de choses ! Par contre, atten­tion à ne pas confondre la pen­sée posi­tive et la psy­cho­lo­gie posi­tive. La 2° se centre sur l’é­tude de ce qui va bien et com­ment font les gens pour vivre en har­mo­nie, heu­reux, pour être rési­lients etc… C’est inté­res­sant comme démarche, tout autant que l’é­tude des pro­blèmes :-). Par contre, la pen­sée posi­tive mélange sou­vent plein de choses et pour cause, elle n’est pas scien­ti­fique du tout. Alors on y va dans les rac­cour­cis et dans les inter­pré­ta­tions à tout va. Il n’empêche qu’il y a là des pistes à appro­fon­dir mais en soi-même. Non pour se fla­gel­ler quand on est triste ou en échec mais plu­tôt pour conti­nuer à s’ai­mer… quoi qu’il arrive

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  • 13 juin 2016

    Comme Syl­vie a men­tion­né, il ne faut pas confondre le mou­ve­ment de « la pen­sée posi­tive », que je dénonce ouver­te­ment, et la psy­cho­lo­gie posi­tive.

    Je cite ici Mat­thieu Ricard, moine boud­dhiste qui s’in­té­resse jus­te­ment à la psy­cho­lo­gie posi­tive et qui dit d’en­trer de jeu que la psy­cho­lo­gie posi­tive ne consiste pas à posi­ti­ver !

    « Contrai­re­ment à ce qui a sou­vent été dit et écrit, la psy­cho­lo­gie posi­tive ne consiste pas à « posi­ti­ver » en essayant de voir la pau­vre­té, la mala­die, la vio­lence et autres souf­frances sous un jour plai­sant. Il s’a­git encore moins de la « pen­sée posi­tive » pro­mue par des ouvrages popu­laires dénués de tout fon­de­ment scien­ti­fique, comme Le secret de Rhon­da Byrne qui pro­clame qu’il suf­fit de sou­hai­ter for­te­ment quelque chose de « posi­tif » pour que cela se pro­duise. Il est clair que l’U­ni­vers n’est pas à la dis­po­si­tion de notre psy­chisme et ne consti­tue pas un cata­logue sur lequel nous pour­rions com­man­der tout ce qui est cen­sé satis­faire nos dési­rs et nos caprices. »

    http://www.matthieuricard.org/blog/posts/la-psychologie-positive-ne-consiste-pas-a-positiver

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  • […] du débat poli­tique (et écolo­gique). Pen­sée magique et aspi­ra­tion au posi­ti­visme viennent occul­ter les réali­tés der­rière les […]

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