La liberté d’ex­pres­sion ne s’use que si l’on ne s’en sert pas. Alors quand la multi­na­tio­nale française du nucléaire touche au droit d’in­for­mer et à la liberté d’ex­pres­sion en s’en prenant à un simple blogueur qui relaie un article critique, il est temps de crier : stop !

Marseillaise hurlée dans les bistrots, clameurs des foules réunies devant les écrans géants, klaxons victo­rieux zébrant long­temps le silence de la nuit de jeudi avant un dimanche de gloire évanouie. Les jeux du stade ont occupé l’es­pace, le temps et les esprits. Il paraît que si l’on n’aime pas ça, on n’a rien compris. Si l’on ne verse pas sa larme quand les klaxons trico­lores se taisent avec la défaite, fait-on encore partie de ce qu’ils appellent la commu­nauté natio­nale ?

Comment comprendre ? Que l’on puisse capti­ver toute une popu­la­tion, assujet­tir les cervelles à un tir réussi ou raté, détour­ner les gens de ce qui les concerne, avec un ballon. Ah, mais sans le foot, les multiples antennes de la propa­gande auraient trouvé autre chose ! Un autre déri­va­tif, un autre hochet distrayant les regards, un autre rêve de paco­tille qui rapporte gros à ceux qui font profit du néant : le tour de France, les stars à la plage, un nouveau produit high-tech ou la campagne prési­den­tielle. Pas de panique : les JO sont pour bien­tôt ; plus de temps de cerveau dispo­nible cet été.

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Pendant les diver­tis­se­ments orga­ni­sés par les mafias du sport, on étouffe sans bruit la liberté d’ex­pres­sion. Ici, en France, le pays dit des Lumières, des droits de l’homme, etc. Qui sait combien de mili­tants, d’ac­ti­vistes, de sympa­thi­sants ou de simples passants ont été ou sont encore inter­ro­gés par la police, jugés en compa­ru­tion immé­diate, condam­nés, après avoir été arrê­tés dans ou aux abords d’une mani­fes­ta­tion, d’un rassem­ble­ment paci­fique de Nuit debout ? Le nombre exact d’in­ter­dic­tion de mani­fes­ter ? Le nombre de bles­sés par les grenades de désen­cer­cle­ment, par les gaz lacry­mo­gènes, par les tirs de flash­ball, par des coups de tonfas, lors de ces manifs filtrées, enca­drées, menées par des milliers de flics en tenue anti-émeutes et infil­trées de baqueux sur les dents ? L’État d’ur­gence ose tout, c’est à ça qu’on recon­naît un état d’ex­cep­tion. Mais on n’en parle pas, on en murmure à peine à la lisière des réseaux sociaux. Il y avait le match, il y a la grande boucle, il y aura les JO et la campagne prési­den­tielle. La loi qui casse le code du travail est impo­sée au peuple par un décret auto­ri­taire du gouver­ne­ment et sans motion de censure : ceux qui ne nous repré­sentent pas ne voulaient pas perdre leur jeudi soir à l’As­sem­blée, il y avait match.

Le spec­tacle de démo­cra­tie a beau être mauvais, un public mino­ri­taire fait encore semblant d’y croire un peu. Les simu­lacres de consul­ta­tion des élec­teurs se jouent malgré tout, et les médias entre les mains d’une poignée de magnats du capi­ta­lisme et d’un appa­reil d’état servile aux inté­rêts de cette même caste, font semblant de prendre au sérieux les résul­tats de refe­ren­dum bidons. Appa­rence de démo­cra­tie, qui ne trompe plus personne sans que rien pour­tant ne change. En lieu et place de la véri­table expres­sion de chacun au service du débat collec­tif pour la défi­ni­tion d’un bien commun : le bavar­dage d’ex­perts en mente­ries et les micros-trot­toirs avec sélec­tion des anonymes qui récitent doci­le­ment la leçon. Ça cause beau­coup, pour ne surtout rien dire dans la civi­li­sa­tion des éléments de langage et de l’image de marque.

L’étau se resserre tandis que les consciences, sans oser se l’avouer, sombrent douce­ment dans la peur : pas même celle lanci­nante du terro­risme mais celle, quoti­dienne, du patron, du petit chef, du chômage, de la police, d’un système judi­ciaire opaque au citoyen, de toutes les insti­tu­tions et les grandes entre­prises qui n’ou­blient pas que la trouille dictée aux popu­la­tions est l’unique condi­tion de leur survie. Et dans le ciel nuageux, s’en­traînent les avions mili­taires pour la parade qui vient.

L’état poli­cier a pris ses aises depuis qu’il a inventé l’état d’ur­gence perma­nent. Les bonnes gens sont priés d’avoir peur de leur ombre, des “migrants” et des “casseurs”, de confier leur destin de victimes du terro­risme en sursis à la violente protec­tion des forces du désordre, bras armés de l’éco­no­mie qui les asser­vit, d’aban­don­ner leur liberté contre une fausse promesse de sécu­rité et de se conten­ter de parti­ci­per aux petites saute­ries que l’état à la gentillesse d’or­ga­ni­ser pour elles, ou fait orga­ni­ser par des mafias amies, par de grandes entre­prises à la géné­ro­sité désin­té­res­sée, par des multi­na­tio­nales bien­fai­trices de l’hu­ma­nité. Amusez-vous libre­ment entre les flics et les barrières :  pour votre sécu­rité, on vous surveille !

Et surtout ne voulez mêlez pas de la chose publique : on vous surveille de près. Les staffs d’avo­cats et de conseils juri­diques des multi­na­tio­nales sont aux aguets. Inter­net libre ? Évidem­ment non. Un blogueur en fait aujourd’­hui la doulou­reuse expé­rience. Areva, la multi­na­tio­nale de la salo­pe­rie nucléaire française, n’aime pas qu’on dise du mal d’elle sur les réseaux sociaux ou sur les sites parti­ci­pa­tifs. Elle rému­nère une bandes de veilleurs à l’af­fût du moindre mot de travers et n’hé­site pas à inten­ter un procès en diffa­ma­tion même au plus modeste retraité. Jean-Jacques Mu, retraité sans appui, sans appar­te­nance à aucun groupe ou parti, sans moyens d’as­su­rer sa défense par avocat spécia­lisé, est attaqué en diffa­ma­tion par le masto­donte radio­ac­tif. Pour quel colos­sal délit ? Avoir relayé sur son blog hébergé par Media­part, pendant 24 heures, un article critique de la Coor­di­na­tion Anti-Nucléaire (CAN) du Sud-est ! Pas un mot du blogueur dans les propos incri­mi­nés par la suscep­tible multi­na­tio­nale. Areva aurait pu utili­ser le droit de réponse qu’au­to­rise le site parti­ci­pa­tif comme l’ont fait les huit commen­ta­teurs de l’ar­ticle relayé. Que nenni ! Areva, la super-entre­prise aux six millions d’eu­ros d’en­det­te­ment, préfère tenter de se refaire en traî­nant au tribu­nal un blogueur sans le sou pour quatre phra­ses* qu’il n’a pas écrites et qu’il a reti­rée de son blog dans les vingt-quatre heures. Bien essayé ! On verra quelle sera la déci­sion de la chambre correc­tion­nelle le 30 août 2016, à l’is­sue de l’au­dience qui devra fixer la rece­va­bi­lité de la plainte de la géante Areva contre Jean-Jacques MU qui osa relayer sur son blog de l’in­for­ma­tion anti­nu­cléaire.

Dans un tel contexte de restric­tion de la liberté d’ex­pres­sion, les enjeux sont de taille, non seule­ment pour ce blogueur, mais pour tout ceux et celles qui, se croyant encore en démo­cra­tie  relaient des articles qu’ils ou elles trouvent suffi­sam­ment inté­res­sants et sérieux pour être diffu­sés sur leurs blogs.

Qu’en est-il du droit d’in­for­mer ? Du droit de chaque citoyen à dire publique­ment ce qu’il pense sur les agis­se­ments d’une multi­na­tio­nale telle qu’A­reva ? Du droit de critiquer les déci­sions poli­tiques et les compro­mis entre les convic­tions procla­mées de certains élus et les inté­rêts des multi­na­tio­nales toujours pleines de fric, même lorsqu’elles frôlent la faillite ? Du droit à mani­fes­ter et à ouvrir sa gueule pour crier haut et fort que de cette société qui programme la perte de la planète et de l’hu­ma­nité, on n’en veut pas ?

Lais­se­rons-nous la liberté d’ex­pres­sion se réduire à la possi­bi­lité, offerte aux citoyens mais sous contrôle, de commen­ter jusqu’à la nausée le dernier match de foot ?

Pour soute­nir Jean-Jacques MU face à Areva, on s’ins­crit sur le réseau de soutien à l’adresse :  contact.soutien.jjmu@g­mail.com.

*L’ar­ticle de la CAN Sud-Est ne critique pas direc­te­ment Areva mais certains élus EELV du conseil muni­ci­pal d’Avi­gnon, lesquels n’ont pas empê­ché la signa­ture d’une conven­tion de mécé­nat entre la mairie et la Fonda­tion Areva desti­née à subven­tion­ner un projet éduca­tif. Voici les quatre phrases qu’A­reva estime diffa­ma­toires :

  • “Elle vient de signer une nouvelle conven­tion de “mécé­nat” avec le géant de la mort nucléaire Areva”
  • “une “action cultu­relle” locale pour des enfants alors qu’A­reva n’hé­site pas à conta­mi­ner et à tuer ailleurs d’autres enfants comme à Fuku­shima”
  • “Pas un mot contre cette conven­tion, pas une expli­ca­tion des crimes d’Areva un peu partout dans le monde et en vallée du Rhône, pas un appel à un peu d’éthique et de morale”
  • “Déjà à Avignon l’an dernier, l’ex­po­si­tion “l’Égypte ancienne” avait reçu des milliers d’eu­ros d’Areva, tandis que depuis 2012 Areva-Melox-Marcoule (fabri­cant et four­nis­seur du “Mox” de la centrale de Fuku­shima qui a explosé) est le parte­naire offi­ciel de “Avignon tourisme”

Juliette Keating

 

 

 

 

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Comments to: Areva contre la liberté d’ex­pres­sion (par Juliette Keating)
  • 11 juillet 2016

    S’il vous plait, lancez vite une pétition en ligne pour que nous fassions une belle publicité : Le géant de la faillite nucléaire AREVA contre le petit retraité.

    Reply
  • 12 juillet 2016

    Oui. Au sens moral il s’agit bien de crimes. Faire vivre toute une population sous la menace permanente d’un accident nucléaire grave, type Fukushima, est une atteinte gravissime à la dignité, à la liberté et même à la sûreté, obliger les habitants de tout un territoire à se munir de pastilles d’iode peut être comparé à un enfermenent.
    Nb: areva est endetté de six milliards, pas millions ? Avec six milliards, combien d’écoles au Niger, de maisons isolées ici …

    Reply
    • 14 juillet 2016

      Oui, c’est bien 6 milliards d’endettement. Certains parlent même de 9 milliards !

      Reply
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