Une pré­sen­ta­tion de Pierre F/*-ournier par Danielle Four­nier, son épouse : « Pierre Four­nier est né a Saint-Jean de Mau­rienne, en 1937. A l’école, Pierre déjà taci­turne, soli­taire, pla­cide, des­si­nait à lon­gueur de temps. Ce qu’il voyait, ce qu’il inven­tait, les voyages à tra­vers la France pen­dant les vacances fami­liales, les cari­ca­tures de ses pro­fes­seurs au lycée de Cham­bé­ry. A Paris, où ses parents sont venus se fixer, il passe son bac, entre dans un ate­lier de des­sin, com­mence les Arts Déco. Il sera pro­fes­seur de des­sin pen­dant… deux mois. Pas la voca­tion. Ce qu’il veut, c’est des­si­ner, les choses, les gens, la vie, seul dans son coin. Un rétré­cis­se­ment congé­ni­tal de l’aorte est alors déce­lé. Et puis le réflexe : se marier, avoir des enfants, un F3 en ban­lieue et une fiche de salaire. Pen­dant cinq ans il sera secré­taire admi­nis­tra­tif à la caisse des Dépôts et Consi­gna­tions. Là il voit com­ment ces petites com­munes rurales qu’il connait bien pour en avoir des­si­né le clo­cher ou le garde-cham­pêtre pen­dant des années, com­ment ces vil­lages s’endettent, s’appauvrissent, se clo­char­disent, en deman­dant des prêts et des sub­ven­tions pour raser des fon­taines, des halles de bois, et construire à la place des bâti­ments modernes, dignes du ving­tième siècle. Un jour enfin, Hara Kiri. La col­la­bo­ra­tion régu­lière démarre. Des des­sins très peu de textes, sur la vie des gens, celle de la voi­sine comme celle du pay­san kurde dont le géno­cide com­men­çait. La page men­suelle devient heb­do­ma­daire et les mots plus par­lants pour le lec­teur, gri­gnotent le des­sin. Expli­quer, dénon­cer, démon­ter les rouages de la socié­té des hommes, éco­lo­gie… les deux pages tas­sées deviennent insuf­fi­santes. La Gueule Ouverte, alors men­suelle, démarre en novembre 1972. Quatre mois plus tard, alors que la ten­ta­tion lan­ci­nante de réfu­gier dans la pein­ture, la soli­tude, se fai­sait plus forte. Four­nier meurt bru­ta­le­ment, d’embolie sans doute. »

Le texte ci-après est com­po­sé d’ex­traits tirés de la com­pi­la­tion de textes de Pierre Four­nier inti­tu­lée Y’en a plus pour long­temps. Nous ne sommes pas en phase avec tout, mais des par­ties nous paraissent très justes et très inté­res­santes.


Industries, pollutions et lutte écologique

L’écologie devait inté­grer (on en revient tou­jours là) le désir de révo­lu­tion qui lui man­quait (entre la non-vio­lence apo­li­tique du vieux mili­tant catho et la non-vio­lence contes­ta­taire d’un trans­fuge du gau­chisme, il y a toute la dis­tance qui sépare l’acceptation du refus). Le régime il risque rien, parce que la civi­li­sa­tion a besoin de lui. L’un sou­te­nant l’autre, ils tien­dront jusqu’au bout, jusqu’au sui­cide col­lec­tif. La pol­lu­tion ne menace pas plus la civi­li­sa­tion que la cor­rup­tion ne menace le régime. Il y a deux ans, « la pol­lu­tion » fai­sait bien rigo­ler les pro­fes­sion­nels de l’agitation poli­tique, et Char­lie Heb­do fai­sait bien rigo­ler les « spé­cia­listes de l’environnement ». Main­te­nant les uns et les autres se sentent dépas­sés sur leur gauche et ne songent qu’à récu­pé­rer le truc. Quand elle flaire un dan­ger, la socié­té de consom­ma­tion n’a qu’un réflexe : elle récu­père.

L’enseignement de l’environnement conduit tout droit à la contes­ta­tion, parce qu’il conduit tout droit à cette évi­dence que l’économie de com­pé­ti­tion est incom­pa­tible avec la sur­vie. Il ne s’agit pas de pro­té­ger la nature, mais de sau­ve­gar­der la vie. La vie, c’est nous, pas « pro­duits du social » : êtres vivants. Il faut pas s’emparer des moyens de pro­duc­tion, il faut pas chan­ger de mode de pro­duc­tion, il faut abo­lir la pro­duc­tion. La trans­for­ma­tion de matière vivante abou­tit iné­luc­ta­ble­ment, volon­tai­re­ment ou non, après pro­duc­tion ou déper­di­tion d’énergie, à un autre état d’organisation de la matière vivante. Or, pour la matière vivante, d’autre état d’organisation y’en a qu’un, c’est le retour au miné­ral, c’est la mort. Quand le guide fait visi­ter la gale­rie des glaces, à Ver­sailles, il ne parle pas des cen­taines d’ouvriers éta­meurs qui sont morts sans savoir pour­quoi, intoxi­qués par le mer­cure, afin que le roy se mire. Le pro­blème ne date pas d’aujourd’hui mais il a pris, aujourd’hui, une dimen­sion nou­velle. Car aujourd’hui c’est nous tous qui mou­rons, comme les ouvriers de Ver­sailles, d’utiliser la tech­nique en aveugle. L’ère des par­lotes est révo­lue. Si nous ne vou­lons pas cre­ver de la pol­lu­tion géné­ra­li­sée, il est grand temps de pas­ser à l’action. Ces jours-ci, Paul-Emile Vic­tor par­lant à la radio a répon­du (à peu près tex­tuel­le­ment) au spea­ker qui l’interrogeait sur les moyens d’action à employer pour lut­ter contre la pol­lu­tion : « Il faut for­mer des com­man­dos et faire la guerre, je dis bien la guerre, une vraie guerre avec tout ce que cela implique. »

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La technostructure

Je ne vois là que des gros qui se placent, qui emportent des mar­chés, qui font jouer toutes leurs influences, qui sur­en­ché­rissent à grands coups de chiffres invé­ri­fiables dans la noble tra­di­tion du secret indus­triel (auquel s’ajoute, dans le cas qui nous inté­resse, le secret mili­taire) qui nous baisent, nous bai­se­ront, qui nous ont tou­jours bai­sés. La véri­té, c’est que l’État natio­na­liste et guer­rier s’est mis entre les pattes des indus­triels de la force de frappe et que ceux-là lui dictent une poli­tique éner­gé­tique rui­neuse qui ser­vi­ra leurs inté­rêts au détri­ment de l’intérêt col­lec­tif. La véri­té, c’est sans doute que le pro­gramme nucléaire « paci­fique », mons­trueux pari sur l’avenir géné­tique de l’espèce humaine, n’est même pas défen­dable du simple point de vue éco­no­mique. La véri­té, c’est que la crois­sance éco­no­mique infi­nie, impé­ra­tif de sur­vie pour les inté­rêts natio­naux ou pri­vés, signe l’arrêt de mort d’un monde fini. La véri­té, c’est que la tech­no­struc­ture ne peut pas échap­per à sa logique interne qui lui impose de per­sé­vé­rer dans son être par la sur­en­chère per­pé­tuelle, que cette logique la conduit au sui­cide et nous avec et qu’elle s’en fout parce qu’elle n’a pas de tête mais nous, Bon Dieu ! on en a une de tête, du moins j’en ai une, mais toi aus­si, allons fais pas le modeste.

Le pire des pièges à cons, celui dont nous crè­ve­rons tous, est l’impérialisme de la pen­sée abs­traite. Il est vrai que ce qui se conçoit bien s’énonce clai­re­ment, cela n’entraîne pas que ce qui se conçoit bien soit plus juste que ce qui se découvre et se conçoit encore mal. Vos maîtres à pen­ser, jeunes gens, ont cent ans, cent cin­quante ans, ou plus. Ils dis­sèquent avec une admi­rable luci­di­té la réa­li­té morte qui fut celle de leur jeu­nesse. Pen­dant ce temps la réa­li­té vive, celle de votre jeu­nesse à vous, vous échappe mais vous entraine, vous couillonne et vous tue. Dans le fou­toir du deve­nir il est plus facile d’être clair que d’être juste.

La cri­tique vio­lente de la civi­li­sa­tion indus­trielle est le fait seule­ment d’une mino­ri­té tur­bu­lente. Tout l’effort des médias a consis­té, dès le départ, à don­ner de « la pol­lu­tion » une image lit­té­raire, rela­tive et qui n’engage pas. La rubrique envi­ron­ne­ment des jour­naux mon­dains, c’est un sup­plé­ment à la rubrique spec­tacles. Pour le défou­le­ment des inadap­tés : des intel­lec­tuels, des poètes, des femmes. Comme tout ce qui est réel, ça doit res­ter conte­nu dans les marges d’une socié­té qui braque ses pro­jec­teurs sur l’irréalité totale des rap­ports de forces élec­to­raux, sociaux, éco­no­miques, poli­tiques ou mili­taires.

Il reste que ce fameux rap­port du M.I.T. fait beau­coup de bruit, qu’on se donne énor­mé­ment de mal, de tous cotés, pour essayer d’en rela­ti­vi­ser les conclu­sions, qu’on n’y par­vient qu’en riva­li­sant de mau­vaise foi, et que c’est donc une bonne arme, n’en déplaise aux gau­chistes de l’écologie, qui ont héri­té des gau­chistes tra­di­tion­nels une méfiance sys­té­ma­tique envers toutes les formes d’efficacité (l’efficacité, c’est le com­pro­mis, et admettre le com­pro­mis c’est admettre que rien n’est simple). En essayant de com­prendre quelque chose à une situa­tion dont il ne peut s’extraire sans s’autodétruire, le capi­ta­lisme inter­na­tio­nal s’est lais­sé prendre à son propre jeu. Cet ordi­na­teur infaillible qui lui avait tou­jours don­né rai­son, il l’a retour­né contre lui. Main­te­nant, il tente d’expliquer que n’est-ce pas, l’ordinateur n’est qu’une machine et les chiffres qu’il traite, ben, on peut leur faire dire ce qu’on veut. Ce fai­sant, il sape les bases idéo­lo­giques de son pou­voir. Il s’enfonce. Il perd tout cré­dit. La gaffe a été faite, elle est pas répa­rable. Le rap­port du M.I.T démontre très bien que pour ame­ner les pays du tiers monde au niveau de vie occi­den­tal (théo­ri­que­ment néces­saire pour que la nata­li­té s’effondre d’elle-même) il fau­drait pol­luer la pla­nète au point d’y détruire toute vie, et que d’ailleurs c’est impos­sible puisque les trois quarts des res­sources indis­pen­sables à cette crois­sance sont déjà mono­po­li­sés par le monde riche.

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L’élan communautaire

En détrui­sant les liens orga­niques qui nous unis­saient aux autres hommes et à la nature, c’est-à-dire aux autres êtres, aux autres objets, aux autres sujets, la socié­té indus­trielle (capi­ta­liste si vous pré­fé­rez) a fait de nous des indi­vi­dus ato­mi­sés, enca­drés, et col­lec­ti­ve­ment irres­pon­sables. Aucune pos­si­bi­li­té, dans ces condi­tions, d’échapper aux enchai­ne­ments qui conduisent à la catas­trophe.

Nous ne pou­vons pas lut­ter contre ce sys­tème en res­tant action­naires de ce sys­tème.

La com­mu­nau­té, c’est pas l’avènement auto­ma­tique d’un monde plus juste et plus fra­ter­nel. C’est bri­ser le car­can.

C’est recons­ti­tuer les liens orga­niques ser­vant de base à une socié­té qui, sans eux, se rai­dit et se ren­force arti­fi­ciel­le­ment parce qu’elle se décom­pose. Et des liens orga­niques, c’est pas avec des aprio­ris idéo­lo­giques ou moraux que ça se recons­ti­tue. Faut voir com­ment la vie fonc­tionne, ou fonc­tion­nait, et remon­ter le cou­rant sans se perdre en route (soi et ses acquis). Sinon, l’on est rien d’autre que le terme ultime de la décom­po­si­tion.

Pour la pre­mière fois dans l’histoire de l’humanité, sans doute, les pro­blèmes qui se posent à la socié­té sont des pro­blèmes de sur­vie, et cette socié­té n’est pas plus mûre que les pré­cé­dentes pour les affron­ter. Dans ces condi­tions la révo­lu­tion n’est plus un luxe, c’est une néces­si­té. Ce n’est plus la socié­té seule qu’il faut réfor­mer, c’est le tout de la civi­li­sa­tion. La révo­lu­tion désor­mais néces­saire est d’un type entiè­re­ment nou­veau. Elle n’a de chance d’être non vio­lente que si elle est totale.

« Dites-moi que nous allons être heu­reux tous ensemble, je fuis immé­dia­te­ment du côté où j’ai des chances de pou­voir m’occuper moi-même de mon bon­heur per­son­nel », Gio­no en 1939.

Y’a rien de plus urgent que de prendre du champ, que de faire voir aux gens qu’on peut se libé­rer des enchai­ne­ments maté­riels, intel­lec­tuels, dont on nous rabâche qu’ils sont iné­luc­tables, irré­ver­sibles. Y’a pas de fata­li­té. Faut mon­trer qu’on peut refu­ser, pour prou­ver que c’est pos­sible. Si je râle après les com­mu­nau­taires c’est qu’ils sont par irréa­lisme et par ver­tige abso­lu, en train de prou­ver le contraire, c’est parce qu’ils trim­balent avec eux, à l’envers ou à l’endroit, les sché­mas intel­lec­tuels laby­rin­thiques dont ils vou­laient sor­tir, exac­te­ment comme le résident secon­daire trans­porte à la cam­pagne, mal­gré lui, sans le savoir, le cadre urbain auquel il vou­lait échap­per. Inca­pables d’aller jusqu’au bout, de se col­le­ter avec le réel en jouant le jeu, en fai­sant table rase de tous les rêves, de toutes les idées, de tous les livres. « Ne pas tom­ber dans le pièges à cons des idéo­lo­gies », dit la petite Nicole. Qu’est-ce qu’elle a rai­son. Mais elle tombe dans le piège à cons du mora­lisme, qui est pire.

Je sais bien que tout ça fini­ra par sor­tir du folk­lore et du sec­ta­risme grou­pus­cu­laire, qu’en s’étendant le mou­ve­ment sera bien obli­gé d’en venir au réa­lisme, mais en atten­dant petits cons, par votre faute, qu’est-ce qu’on perd comme temps ! Et du temps à perdre, y’en a pas de trop.

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À votre santé

Si vous ne vou­lez pas vous emmer­der en fai­sant béné­fi­cier vos mômes d’une hygiène intel­li­gente qui ren­for­ce­ra leurs immu­ni­tés natu­relles, si vous aimez mieux per­sé­vé­rer dans l’empirisme et la cou­tume, alors faites-les vac­ci­ner, par exemple : contre 50 % de chances de leur filer une défi­cience ou une mala­die chro­nique peu visible et 100% de chances d’affaiblir glo­ba­le­ment l’espèce en quelques géné­ra­tions, vous obte­nez peut-être bien, chi­po­tons pas, 90% d’immunité arti­fi­cielle à des mala­dies infec­tieuses réper­to­riées contre les­quelles la méde­cine moderne ne sait lut­ter qu’en sapant le ter­rain avec des toxiques et qui ne sont pour­tant que des pro­ces­sus natu­rels de retour à un méta­bo­lisme nor­mal. La socié­té ne sait que répri­mer, mais l’habitude de consi­dé­rer la répres­sion comme un remède s’inscrit beau­coup plus pro­fond qu’on ne croit. Dans les com­por­te­ments, les modes de pen­sée les plus ano­dins, les moins sus­pects. C’est for­cé.

Natio­na­lisme, racisme, oppres­sion sexuelle, oui c’est encore là, et un peu là. Et pro­ba­ble­ment même que ça le sera tou­jours, sous une forme ou sous une autre (avec des fon­de­ments « natu­rels » sur les­quels on n’a pas fini de se cas­ser les dents, tant qu’on ne vou­dra pas faire aux exi­gences de la nature leur place et leur part) mais tout de même lais­sez-moi, ah ! Lais­sez-moi rigo­ler. Vous vous exci­tez sur le cadavre de la fameuse « civi­li­sa­tion judéo-chré­tienne », y’a long­temps qu’il bouge plus, il pour­rit. On pour­rit avec, et ça fait vivre un tas d’asticots. Pro­vo­ca­tion-bidon, baise couillons. On croit qu’on fout la merde, on est la merde. Entas­se­ments, stress, rup­ture des rythmes bio­lo­giques, dérè­gle­ments des échanges élec­tro-magné­tiques, carences nutri­tion­nelles et cock­tails d’intoxications à n’en plus finir, résul­tat : 80% d’impuissants par­tiels. Et qui réclament le droit au plai­sir et la libre dis­po­si­tion de leur corps, sur un sol bitume, entre quatre murs de béton ! Mime, pan­to­mime, sym­boles. J’ai eu l’occase de cau­ser avec un expert ès com­mu­nau­tés qui fait pas mal de dupes dans un milieu où, il est vrai, les jobards abondent. Il recru­tait. Il parait qu’il étouffe, le mec, dans cette civi­li­sa­tion judéo-chre­tienne oppres­sive qui fait tout pour nous emmer­der. Encore un qui vou­lait chan­ger les rap­ports entre les êtres en s’attaquant au mythe de base : le couple. Paraît que tous nos pro­blèmes viennent de là. Le pro­blème du couple, c’est le pro­blème de base. Il déve­lop­pait ses théo­ries à table, tout en dégus­tant un des­sert tout prêt y’a bon, ou je ne sais quel autre ersatz. Je lui ai dit que je vou­lais pas bos­ser avec un mec qui bouffe Pri­su­nic, le mec qui bouffe Pri­su­nic il a rien com­pris, et j’ai scan­da­li­sé mes potes qui écou­taient l’orateur et qui m’ont pris pour un « végé­ta­rien sec­taire », la bouffe c’est impor­tant mais tout de même secon­daire, c’est pas le pro­blème de base. Eh bien les potes, la civi­li­sa­tion judéo-chré­tienne, peut-être qu’elle vous a bien condi­tion­nés mais je vois qu’elle conti­nue. Dites-moi vous bai­sez aus­si sou­vent que vous bouf­fez ? Et autour de quoi avez vous bâti vos mythes, pris vos plis, for­mé votre carac­tère, quel a été votre prin­ci­pal centre d’intérêt entre 0 et 5 ans, à l’âge où, disent les psy­cho­logues, tout se joue ? Bai­ser ou bouf­fer ? Et de quoi on meurt le plus vite, de pas bai­ser ou de pas bouf­fer ? Et de quoi on meurt le plus vite, de pas bouf­fer ou de pas res­pi­rer ? Apprendre à res­pi­rer, fina­le­ment, est-ce que c’est pas par là qu’il fau­drait com­men­cer ? Est-ce que ça serait pas ça le pro­blème de base ? Si on change pas tout, on change rien. Si on veut tout chan­ger, faut com­men­cer par le com­men­ce­ment, par la base. La vraie.

Le meilleur expo­sé qu’il m’ait été don­né de lire, de ce qu’est la « méde­cine natu­riste », est dû à la plume posi­tive et pro­saïque d’un chi­rur­gien qui débute ain­si : « Si l’homme n’était pas dévo­ré par son incu­rable pru­rit de phi­lo­so­pher dans l’abstrait, l’emploi des méthodes natu­relles eût vite empor­té son adhé­sion. Et s’il était capable d’être ins­truit par l’expérience, il eût tôt fait de concré­ti­ser la théo­rie dans ses com­por­te­ments jour­na­liers. Il ne ferait ain­si qu’obéir à des lois d’une éblouis­sante évi­dence pour qui­conque ne veut pas s’avancer avec un ban­deau sur les yeux. »

On n’a pas les moyens de faire la guerre à la socié­té de des­truc­tion. Mais la gué­rilla, oui. La grande résis­tance col­lec­tive ne peut s’enraciner ailleurs que dans les petites résis­tances indi­vi­duelles. Nous faites pas chier avec la « défense du cadre de vie ». La vie sort de tous les cadres et c’est la vie qu’il faut sau­ver. On n’organise pas la pro­tes­ta­tion col­lec­tive de gens qui, indi­vi­duel­le­ment, s’abandonnent. Cette pro­tes­ta­tion-là sera tou­jours récu­pé­rée. Libé­rez-vous, avant de pré­tendre libé­rer les autres.

Reste la défi­ni­tion du doc­teur Car­ton, pre­mier codi­fi­ca­teur du « natu­risme » en France. Le « Natu­risme enseigne que la vie nor­male et le pro­grès de l’humanité dépendent d’un ensemble de lois natu­relles très pré­cises qui concernent la conduite du corps, de la vita­li­té de l’esprit et de l’unité indi­vi­duelle. Quand ces règles sont mécon­nues ou appli­quées sans coor­di­na­tion, il se pro­duit des troubles de fonc­tion­ne­ment, qui conduisent à la perte des immu­ni­tés natu­relles, c’est-à-dire aux mala­dies. Si, au contraire, elles sont sui­vies cor­rec­te­ment et ensemble, la bonne san­té et l’harmonie men­tale règnent d’une façon per­ma­nente. Et, quand un indi­vi­du est tom­bé malade, en dehors du retour à cet ensemble de lois natu­relles qui suf­fit à tout réta­blir, il n’existe que faux remèdes et gué­ri­sons illu­soires. »

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Frénésie de la consommation

La « méca­nique humaine » est pas pré­vue pour fonc­tion­ner sans arrêt. La « méca­nique humaine » est pas une méca­nique. Les méca­niques c’est parce qu’on en fabrique qu’il faut croire que ça existe. La « méca­nique humaine » ne s’insère pas sans mal dans un monde méca­ni­sé. La logique de la machine se sub­sti­tue insi­dieu­se­ment à celle de l’homme qui fait sem­blant d’y croire, qui fait sem­blant de mar­cher, qui fait sem­blant de suivre, qui suit, tant bien que mal, à grands coups d’équanyl, de valium, de librum, pous­sé au cul. Y’a long­temps que c’est plus du tout de l’homme qu’il s’agit, de n’importe quel homme, même de celui qui est en haut, celui-ci aus­si subit, se conforme à une fina­li­té qui contre­carre les siennes beau­coup plus radi­ca­le­ment que ne le fai­sait l’antique fata­li­té natu­relle, laquelle, d’ailleurs, n’a pas dis­pa­ru, tire dans sa direc­tion, ajoute de l’écartèlement. Tout le pro­blème est de repous­ser l’échéance, l’éclatement, l’effondrement, un peu plus loin, encore un peu plus loin. Y’a tou­jours une chance de mou­rir avant. La science et la tech­nique résolvent un tas de petits pro­blèmes qui, fina­le­ment, n’étaient pas les nôtres car les nôtres étaient tou­jours plus vastes que nous ne les avions  for­mu­lés. Mais les fausses solu­tions font naître chaque fois des pro­blèmes neufs qui font boule de neige, chaque fois plus énormes, plus inso­lubles, plus impos­sibles, même à poser : indé­fi­nis­sables.

Parait que le retour au vil­lage c’est une solu­tion de fuite. La ciga­rette, la sur­ali­men­ta­tion, l’alcool, la drogue, les copains, les copines, le bou­lot, la « réus­site », l’abrutissement, le jeu  le mili­tan­tisme  c’est pas des solu­tions de fuites ?!

C’est là qu’est le scan­dale : dans le fait que la drogue, pour une fois, ne serve plus à s’adapter mais à se désa­dap­ter d’un monde invi­vable.

On n’a jamais vu une idéo­lo­gie sur­vivre à l’écroulement du sys­tème qu’elle jus­ti­fiait, mais on n’a jamais vu des gens détruire un sys­tème sans s’attaquer d’abord à l’idéologie sur laquelle il se fonde.

Pro­grès, face à l’avant-garde des « pas­séistes », a été de gueu­ler au « mythe natu­rel ». Ça sert encore. Évi­dem­ment, cette « expli­ca­tion » psy­cha­na­ly­tique ren­voie aux propres han­tises de qui l’exprime, au mythe inex­pri­mé parce qu’inexprimable, puisque uni­ver­sel, de l’artificiel.

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Si vous le savez, c’est qu’on vous l’a dit

Rationalisme et scientisme

L’homme des­cend du singe et le singe des­cend de l’arbre, mais l’homme ne remon­te­ra pas sur l’arbre. Simiesque et cueilleur de fruits, deve­nu chas­seur et car­ni­vore, puis culti­va­teur et civi­li­sé, il lui faut se démer­der avec cette triple nature, donc expé­ri­men­ter les for­mules de com­pro­mis et renon­cer d’avance aux solu­tions par­faites.

Toute véri­té par­tielle est une erreur. Tous ce que nous pou­vons essayer de faire sans nous trom­per, c’est vivre. Il y a trois manières de vivre, trois manières d’appréhender une véri­té glo­bale, la nôtre, dont les mots ne rendent compte que du tiers rela­tif à leur domaine. Trois manières, l’intellectuelle, la sen­sible et la pra­tique, de cher­cher la véri­té, mais une manière de la trou­ver, qui est la conjonc­tion des trois. C’est pas facile et c’est pas assez sédui­sant parce que nous sommes tous, par tem­pé­ra­ment, par édu­ca­tion ou par réac­tion, por­tés à pri­vi­lé­gier l’une des trois, au dépens des deux autres. Parce que nous sommes aus­si et sur­tout condi­tion­nés par une civi­li­sa­tion four­voyée qui crève de s’être basée tout entière sur l’exercice de l’intellect et de l’intellect seul, au mépris de ce qui s’éprouve et se res­sent. C’est pas facile mais faut se for­cer.

Les civi­li­sa­tions évo­luent à tra­vers les mêmes phases suc­ces­sives que les indi­vi­dus. Le ratio­na­lisme on en est tous pas­sés par là, à part ceux qui ne l’atteindront jamais, qui res­te­ront tou­jours des peti­zen­fants, l’immense majo­ri­té, peut-être, hélas, tant pis. Tou­te­fois le ratio­na­lisme n’est qu’une étape psy­cho­lo­gique, presque bio­lo­gique, une étape post-puber­taire qu’il faut atteindre, fran­chir, dépas­ser. Les pro­blèmes qui se posent aujourd’hui ne sont pas de ce que peut résoudre une civi­li­sa­tion ado­les­cente, faut ces­ser de fon­cer, sans cesse, d’une cer­ti­tude à son contraire et inver­se­ment.

Pré­pa­rer la révo­lu­tion, aujourd’hui – la faire aujourd’hui même – c’est réduire dès aujourd’hui la dis­tance qui sépare l’utopie de la réa­li­té. Il s’agit pas de fuir le réel pour se réfu­gier dans une uto­pie rêvée mais, au contraire, de réa­li­ser une Uto­pie vécue – de vivre l’utopie sans se cou­per le retour du réel tel qu’il est, pré­sen­te­ment, pour la plu­part des gens.

Le pres­tige du scien­ti­fique est tel qu’il lui inter­dit de dia­lo­guer publi­que­ment avec les gens qui n’ont pas son niveau de connais­sances. Voi­la com­ment des spé­cia­listes com­pé­tents deviennent incom­pé­tents par inca­pa­ci­té de sor­tir de leur domaine. D’où une irres­pon­sa­bi­li­té col­lec­tive désas­treuse. Quand j’entends le mot « spé­cia­liste », je sors mon revol­ver, si le spé­cia­liste est « émi­nent »,  je tire.

Encore une cita­tion : « Un cer­tain esprit scien­ti­fique n’est pas moins étroit que l’esprit reli­gieux. L’erreur fait peau neuve, sim­ple­ment. Elle était féti­chisme, elle deviens ido­lâtre. » (Vic­tor Hugo)

Encore une : « Je croyais qu’un savant c’était tou­jours un homme qui cherche une véri­té, alors que c’est sou­vent un homme qui vise une place. » (Jean Ros­tand)

Jux­ta­po­si­tion pas for­tuite. Une coa­li­tion d’intérêt s’appuie tou­jours sur une idéo­lo­gie, impli­cite ou expli­cite, for­mu­lée ou dif­fuse ; une idéo­lo­gie qui s’institutionnalise recouvre et pro­tège tou­jours une coa­li­tion d’intérêts.

Quand on croit très fort à la cohé­rence, on arrive tou­jours à la voir où elle n’est pas. Le besoin éper­du, reli­gieux, humain, de prou­ver qu’aucune contra­dic­tion n’est irré­duc­tible pour qui pos­sède un cer­veau en état de marche, c’est le pre­mier degré de la méga­lo­ma­nie. Dieu dégrin­go­lé de son trône, on s’assied à sa place, on se le fout dans la caboche. L’absolu est là, ras­su­rant, gri­sant, domes­ti­qué, réduit en truc qu’on fait mar­cher. Je pré­fère mille fois un curé à un ratio­na­liste assoif­fé de cer­ti­tudes néga­tives et dévo­ré  de volon­té de puis­sance. L’absolu à ras le sol, à ras de tête, à ras de révo­lu­tion ou à ras d’éprouvette, j’en ai abso­lu­ment la trouille. L’homme est éter­nel­le­ment écar­te­lé, par la trouille de mou­rir, entre le désir de com­prendre, qui le rend intel­li­gent, et le désir d’avoir com­pris, qui le rend bête. Le refus d’avoir com­pris, c’est par là que la liber­té com­mence. Com­men­ce­rait si, en posant la Liber­té comme un abso­lu, on ne se fai­sait encore bai­ser.

Ce qu’il y a de plus pro­fond, de plus irré­duc­tible et de plus per­vers en l’homme, c’est le besoin com­pen­sa­toire de rêve méta­phy­sique. Tout part tou­jours de là. Croyez pas que l’homme se tue à la tâche pour du fric, même s’il le croit. Der­rière le fric, il y a quelque chose qui le dépasse immen­sé­ment, et c’est là trouille de la mort. Toutes les méta­phy­siques sont des opiums, des pièges à cons, et les méta­phy­siques inver­sées sont les pires. Les méta­phy­siques me font chier toutes. Tant que je suis vivant, bien vivant, le « néant », rien à foutre.

La connais­sance scien­ti­fique (ration­nelle, etc.) repose depuis Aris­tote dans notre civi­li­sa­tion occi­den­tale sur « l’identité, qui assure la per­ma­nence en niant le deve­nir, l’analogie, qui assure la géné­ra­li­té en niant la sin­gu­la­ri­té,  et la quan­ti­té, qui assure la mesure on niant la dif­fé­rence. » Ces trois opé­ra­tions résultent de l’introduction de l’unité, de la marque, du signe et ça s’appelle la logique, qui per­met la domi­na­tion sur l’objet. Tu vois qu’on est en plein dans nos pré­oc­cu­pa­tions : on nous a appris depuis des siècles à nier de plus en plus ce qu’on appelle l’événement : ce qui est en deve­nir, sin­gu­lier et tou­jours dif­fé­rent, la vie, quoi ! Moi, je suis un fou­tu intel­lec­tuel et j’ai besoin de ça, faut que je com­prenne (même si Fou­cault c’est pas ça qu’il a vou­lu dire, tant pis pour lui) et grâce à ses élu­cu­bra­tions phi­lo­so­phiques je com­prends mieux et je sens mieux, quo­ti­dien­ne­ment, qu’est-ce que c’est la vie et sur­tout com­ment il fau­drait que ce soit et tout ce qu’il faut ren­ver­ser, lit­té­ra­le­ment, pour que notre vie, la mienne, celle de Madame Michu, de l’épicier, rede­vienne quelque chose de plein, de bien réel et vécu.

Une cer­taine métho­do­lo­gie scien­ti­fique oriente le déve­lop­pe­ment tech­nique actuel. Ce déve­lop­pe­ment tech­nique déter­mine tous nos modes d’activité. Nos modes d’activités condi­tionnent tous nos modes de pen­sée. Nos modes de pen­sée fondent toutes nos valeurs admises. On com­prend qu’il y ait des résis­tances. Y’a pour­tant pas d’autre moyen d’en sor­tir.

« Le trait com­mun entre les USA, l’URSS la Chine c’est l’idéologie : l’idéologie scien­tiste, qui sous-tend toutes les autres. Et c’est contre ça que la révo­lu­tion se fera. »  Alexandre Gro­then­dieck.

La civi­li­sa­tion indus­trielle est bâtie sur, ren­due pos­sible par l’énorme hia­tus qui existe entre les sciences de la matière inerte et les sciences de la matière vivante. La phi­lo­so­phie de la trans­for­ma­tion phy­sique et chi­mique règne, la phi­lo­so­phie de la com­pré­hen­sion bio­lo­gique, de l’amour et du res­pect de la matière ne fait que sourdre encore, et déjà il est trop tard.

C’est chez les bio­lo­gistes qu’on trouve le plus de révo­lu­tion­naires authen­tiques, je veux dire contem­po­rains. Les types ont le nez dans la merde et dans les contra­dic­tions les plus fon­da­men­tales, avec consigne de ne rien voir. Ceux qui sont hon­nêtes, à ce régime, deviennent enra­gés.

On ne change pas la Socié­té sans chan­ger la Vie, mais on ne change pas la vie sans chan­ger la socié­té. On ne change pas la Vie sans chan­ger sa vie, mais on ne change pas la Socié­té sans chan­ger sa propre posi­tion dans la socié­té. On ne change pas la Socié­té sans chan­ger de mode de vie, mais on ne change pas de mode de vie sans chan­ger la Socié­té. Et ain­si de suite. Tour­nez ça dans tous les sens, le résu­mé reste le même : par ce que tout se tient, n’importe quelle petite réforme glo­bale vaut mieux que n’importe quelle grande réforme frag­men­taire.  L’une est féconde l’autre se contente de dépla­cer les pions.

Et si la pre­mière évi­dence à remettre en cause c’était ça : ce besoin d’un sys­tème, d’une théo­rie, d’une phi­lo­so­phie préa­lable ?

C’est la vie qu’il faut com­prendre. Mais com­prendre c’est aimer. Qu’il faut aimer. Mais aimer c’est vivre. Qu’il faut vivre. La vie est un don­né expé­ri­men­tal, et qui s’expérimente hors des labo­ra­toires. À la dif­fé­rence des sys­tèmes, la vie est incom­pré­hen­sible. Mais, à la dif­fé­rence des sys­tèmes, elle peut être vécue.

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Changer notre relation au réel

Toutes les valeurs se fon­dant sur la liber­té, quand un domaine est consi­dé­ré comme le seul ou la liber­té puisse s’exercer, il devient aus­si le domaine exclu­sif des valeurs de ce que ce qui va avec la morale. Osez le déva­lo­ri­ser devient une infa­mie, qui per­met de soup­çon­ner toutes les autres. Quand j’explique patiem­ment à des types, comme à vous aujourd’hui, qu’il faut tout revoir en com­men­çant par le com­men­ce­ment : phy­sique, puis bio­lo­gie, puis psy­cho­lo­gie et socio­lo­gie enfin, ils me suivent jusqu’au moment où ils s’aperçoivent que je place le pro­blème social à la fin, et ils s’écrient, indi­gnés, mais oui, indi­gnés, et c’est nor­mal : « Tu prends le pro­blème à l’envers ! » C’est exact. Je le prends à l’envers d’eux. C’est à dire, pour moi, à l’endroit.

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Posez-vous des questions

Le fameux débat sur l’être et l’avoir, lui encore, se borne à une oppo­si­tion sté­rile entre deux dimen­sions. Il conduit de ce fait à toutes les fausses solu­tions du mys­ti­cisme de paco­tille, du pied par la drogue et de l’amour uni­ver­sel s’effilochant en pas­si­vi­té nar­cis­sique et lar­vaire. Être, c’est aimer et sen­tir. Avoir, c’est décrire et connaitre. Il manque la troi­sième dimen­sion, celle du faire : de la trans­for­ma­tion active du monde par la tech­nique et la science. Qu’elle soit deve­nue aujourd’hui enva­his­sante n’autorise pas – au contraire – à en faire abs­trac­tion.

Le fond du pro­blème est là, jus­te­ment : nous nous sommes lais­sés enfer­mer dans la logique à deux pôles, dans la logique répé­ti­tive et gâteuse de l’ordinateur qui inter­dit toute rela­tion réelle parce que toute rela­tion réelle est ouverte : il y a les deux termes et ce qui les relie, qui est l’évolution, la dyna­mique : la Vie. On peut évi­dem­ment (et pour­quoi pas) don­ner à la vie un autre nom. Cer­tains l’appellent Dieu, libre à eux. Je n’en suis pas, mais suis pas de ceux que ça dérange. Et qu’il y en ait que ça hérisse, je l’admets aus­si, très bien.

Ce qui est sûr, c’est que le pro­blème de la sur­vie n’est pas poli­tique (n’est pas, veux-je dire, seule­ment poli­tique, n’en déplaise à ceux qui font de la poli­tique une mys­tique). Il va beau­coup plus loin que ça. C’est le pro­blème de la rela­tion de l’homme au réel. C’est un pro­blème reli­gieux (du latin ligere : relier). Une reli­gion est un sys­tème de rela­tion de l’homme à la nature, et par suite de l’homme à l’homme. Elle n’implique pas for­cé­ment l’existence de Dieu (pro­blème propre à l’univers men­tal judéo-chré­tien) ni celle d’une église. Toute grande révo­lu­tion (89) est un chan­ge­ment de reli­gion. Nous vivons sur l’héritage reli­gieux de 89. Le culte du Pro­grès est une reli­gion mes­sia­nique et fata­liste, basée sur des dogmes méta­phy­siques, entre­te­nue par une église qui a, comme celle du Moyen Âge, les mono­poles de l’éducation et de la san­té publique, plus beau­coup d’autres que l’église médié­vale n’avait pas. Et si cha­cun doit res­ter libre de choi­sir sa foi, ou de n’en choi­sir aucune, il ne reste pas moins que la socié­té dans son ensemble doit aujourd’hui chan­ger la base même de ses com­por­te­ments sui­ci­daires – chan­ger son mode de rela­tion au réel – chan­ger de reli­gion.

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La révolution écologique

L’irruption du fait éco­lo­gique dans notre champ de conscience signi­fie d’abord la fin de l’anthropocentrisme, et par voie de consé­quence, la fin d’un cer­tain ratio­cen­trisme car­té­sien : le je pense donc je suis figu­rant au centre du monde, comme seule réa­li­té indu­bi­table, avec tout le reste autour et s’y rap­por­tant. D’où la méca­ni­sa­tion de l’univers, figu­rée puis effec­tive, confor­mé­ment à nos seules struc­tures intel­lec­tuelles. Cette remise en ques­tion devra se faire mais ne l’est pas encore. C’est aux plus intel­lec­tua­li­sés qu’elle pose­ra le plus de pro­blèmes. Tel scien­ti­fique a déjà com­pris, et le pro­clame, que l’humanité ne sur­vi­vra qu’en chan­geant de buts, en abo­lis­sant la socié­té de gas­pillage et de sur­en­chère. Il se croit révo­lu­tion­naire et ne l’est pas. La décou­verte d’un nou­veau but doit entraî­ner celle de nou­veau moyens. Cette révo­lu­tion-là ne se fera pas sur des bar­ri­cades. Avant d’être révo­lu­tion­naire il faut être sub­ver­sif.

Il va de soi qu’ « éco­lo­gique » s’entend au sens le plus large du terme. Ce n’est pas le « pro­blème de l’environnement » qui nous inté­resse, ce sont les extra­or­di­naires pos­si­bi­li­tés de révo­lu­tion enfin glo­bale, radi­cale et fon­da­men­tale que fait entre­voir l’absolue néces­si­té de le résoudre.

La contes­ta­tion de type pro­pre­ment poli­tique ne nous paraît plus pou­voir débou­cher que sur des impasses. Il faut s’opposer aux bases mêmes du sys­tème, qui sont éco­no­miques. On ne peut plus chan­ger la socié­té sans, d’abord, chan­ger la vie. Nous subis­sons les ultimes déve­lop­pe­ments logiques d’un capi­ta­lisme deve­nu, non plus seule­ment inter­na­tio­nal mais pla­né­taire. La socié­té capi­ta­liste, c’est la civi­li­sa­tion indus­trielle elle-même. Elle ne se contente plus de nous exploi­ter, elle nous détruit. Une seule issue : la révolte. La défense de l’environnement (nous pré­fé­re­rions dire comme les « pro­vos » hol­lan­dais : la récon­ci­lia­tion de la Nature et de la Culture) est deve­nue le pro­blème n°1. La prise de conscience éco­lo­gique ne débouche pas sur des réformes, des pal­lia­tifs, des rafis­to­lages, comme on vou­drait nous le faire croire en haut lieu, mais sur une révo­lu­tion, seule capable d’imposer le pas­sage iné­luc­table d’une éco­no­mie de crois­sance et d’exploitation à une éco­no­mie d’équilibre et de par­tage.

Notre sym­pa­thie pour le mou­ve­ment « hip­pie » ne nous empêche pas de pen­ser que la solu­tion n’est pas dans une mar­gi­na­li­sa­tion des indi­vi­dus conscients, mais dans une sen­si­bi­li­sa­tion des masses, qui débou­che­ra un jour ou l’autre, sur leur mobi­li­sa­tion. Nous pen­sons que cette mobi­li­sa­tion est pos­sible, sinon dans l’immédiat, du moins dans un futur assez proche pour qu’il faille, dès main­te­nant, le pré­voir et le pré­pa­rer. Notre obses­sion : nous faire com­prendre de Mon­sieur Tout-le-monde, lui faire com­prendre qu’il ne sau­ve­ra sa peau que si le monde change. Aucun mou­ve­ment révo­lu­tion­naire n’a jamais dis­po­sé d’un argu­ment pareil.

La révo­lu­tion n’est plus pos­sible par l’émeute dans la pétau­dière des villes où le flic, par la force des choses, devient le seul inter­mé­diaire pos­sible entre la machine et l’homme, et vous l’alibi dont il a besoin, comme l’anar poseur de bombes au début du siècle. C’est plus dans le piège à cons des usines, c’est dans les cam­pagnes déjà qu’on peut le mieux bos­ser, chan­ger quelque chose. Les villes sont condam­nées, les cita­dins fou­tus, sor­tez des villes. C’est seule­ment dans les villes qua­drillées par le pou­voir qu’on peut prendre un pou­voir dont on a plus rien à foutre, et s’y lais­ser prendre. Faut pas prendre le pou­voir ni le contrer, faut le nar­guer. Ce sont des struc­tures de non-pou­voir qu’il faut mettre en place. Et c’est au dehors des villes, en marge du pou­voir, que chan­ge­ra la vie, que se fon­de­ra, avant de tout enva­hir, la révo­lu­tion exis­ten­tielle, la révo­lu­tion non-vio­lente, libé­ra­trice et fra­ter­nelle. La crise éco­lo­gique c’est bien autre chose que « la pol­lu­tion », pro­blème mar­gi­nal appe­lant des solu­tions appro­priées (croit-on), c’est la sou­daine et bru­tale révé­la­tion de l’échec de la rai­son. La civi­li­sa­tion tech­no­lo­gique s’en remet­tra pas. La rai­son ne pou­vait consti­tuer, à elle seule, ni un moyen ni un but, c’est à dire qu’elle ne pou­vait four­nir de base maté­rielle ni spi­ri­tuelle viable. Y’a plus de base ! Tout le monde est pau­mé. Parce que « plus de base » évi­dem­ment ça veut dire : pas plus de base pour les « révo­lu­tion­naires » que pour les « conser­va­teurs ». Ils sont aus­si réacs les uns que les autres. Pas plus, pas moins. La vie (pour nous êtres humains) c’est la fusion du sen­ti­ment de la rai­son dans l’expérience indi­vi­duelle (laquelle n’annule pas mais englobe l’expérience de labo­ra­toire c’est-à-dire l’expérience dans les limites de la rai­son). Consé­quences, aux­quelles je fonce direc­to, en sau­tant allè­gre­ment par-des­sus les che­mi­ne­ments logiques qui ren­draient mes pro­pos moins sibyl­lins peut-être : fin du dis­tin­guo théo­rie-pra­tique,  inté­gra­tion de la com­pré­hen­sion, de la contem­pla­tion et de l’action dans la vie, sub­sti­tu­tion de la vie à « l’action », fin des phi­lo­so­phies spé­cu­la­tives, pro­mo­tion des phi­lo­so­phies opé­ra­tion­nelles, bref : fin des actions col­lec­tives dans les­quelles cha­cun n’engage qu’une part de soi, donc fin des meneurs : fin des théo­ries, donc fin des théo­ri­ciens ; fin des spé­cu­la­tions, donc fin des pro­phètes.

Pen­dant qu’on nous amuse avec des guerres et des révo­lu­tions qui s’engendrent les unes les autres en répé­tant tou­jours la même chose, l’homme est en train, à force d’exploitation tech­no­lo­gique incon­trô­lée, de rendre la terre inha­bi­table, non seule­ment pour lui mais pour toutes les formes de vies supé­rieures qui s’étaient jusqu’alors accom­mo­dées de sa pré­sence. Le para­dis concen­tra­tion­naire qui s’esquisse et que nous pro­mettent ces cons de tech­no­crates ne ver­ra jamais le jour parce que leur igno­rance et leur mépris des contin­gences bio­lo­giques le tue­ront dans l’œuf. La seule vraie ques­tion qui se pose n’est pas de savoir s’il sera sup­por­table une fois né mais si, oui ou non, son avor­te­ment pro­vo­que­ra notre mort.

Depuis 2 000 ans, la pre­mière vraie révo­lu­tion, toutes les autres en découlent, s’est pro­duite quand l’irruption du phé­no­mène scien­ti­fique a pro­vo­qué la par­ti­tion de l’homme et de la nature en sub­sti­tuant, à une rela­tion de fils à mère, une rela­tion de sujet à objet. La deuxième com­mence sous nos yeux : de plus en plus nom­breux sont ceux qui embrayent sur le réel tel qu’il est, et se servent de la lutte anti-pol­lu­tion comme du seul levier révo­lu­tion­naire acces­sible aujourd’hui.

On ne change rien si l’on ne change pas tout. Et c’est bien parce qu’il va fal­loir à toute force chan­ger ce rien, au regard myope des intel­lec­tuels cou­peurs de mots en quatre, ce rien, cette paille qu’est votre atti­tude agres­sive et néga­tive vis-à-vis de tout ce qui nous entoure et vis-à-vis de nous-mêmes (car tout se tient), c’est bien pour cela que tout va chan­ger. Je n’ai jamais prô­né le retour pur et simple à la matrice, j’ai deman­dé que ce retour inévi­table qui pré­cède des catas­trophes, ne se fasse pas sous la pres­sion de catas­trophes, ne nous soit pas impo­sé, ne se tra­duise pas, de ce fait, par une régres­sion ; qu’il n’entraîne pas, par force, la perte de nos acquis, ni n’en découle, mais qu’il soit vou­lu et conscient ; qu’il s’effectue, pen­dant que c’est encore pos­sible, au niveau supé­rieur de conscience, qui est ou pour­rait être le nôtre. Il ne s’agit pas de renon­cer à s’affranchir des fata­li­tés natu­relles, mais de prendre enfin conscience de ce que nous ne nous en sommes pas affran­chis, de ce que le seul moyen de nous en affran­chir est de les dépas­ser par la connais­sance et de que cette connais­sance nous appar­tient à tous, appar­tient, de droit, à cha­cun de nous.

Révo­lu­tion glo­bale, ça veut dire en réa­li­té, révo­lu­tion FONDAMENTALE parce que c’est sur le fond que s’opère la syn­thèse sans quoi la glo­ba­li­té reste inac­ces­sible.

Dans une civi­li­sa­tion qui met l’essentiel en marge, le mar­gi­na­lisme est par­fois le plus court che­min vers les aspi­ra­tions du plus grand nombre.

Loin d’occulter le pro­blème social, le pro­blème éco­lo­gique nous fourre le nez dedans. Sim­ple­ment, il lui four­nit le cadre hors duquel toute recherche de solu­tion ne pour­rait être que fan­tai­siste.

Les son­dages, les mee­tings ça ne peut ser­vir qu’à faire la guerre. On ne fait pas plus la paix avec ça qu’avec des mitraillettes. L’idée de paix, creuse abs­trac­tion pla­quée sur la trame d’une civi­li­sa­tion bel­li­ciste par essence, recèle exac­te­ment la même charge d’inévitable agres­si­vi­té dyna­mique pure, par exemple, que l’idée du pro­grès, autre creuse abs­trac­tion, simple jus­ti­fi­ca­tion d’un dogme absurde de la crois­sance éco­no­mique expo­nen­tielle, de l’équilibre acquis par l’enflure indé­fi­nie du pou­voir, du nombre, des besoins, des satis­fac­tions, des insa­tis­fac­tions, des obli­ga­tions et des conflits. Tant qu’on ne chan­ge­ra pas radi­ca­le­ment, c’est-à-dire en allant plus loin que « le social », les bases d’une socié­té qui fait de l’agressivité le prin­cipe du pro­grès, et qui ne défi­nit le pro­grès qu’en termes de quan­ti­té, l’état de guerre res­te­ra ce qu’il est : le seul moyen de résoudre quand même les conflits éco­no­miques  qu’on ne peut résoudre en état de paix. Faut savoir ce qu’on veut. Si l’on accepte que la paix soit rela­tive, soit une guerre lar­vée, faut accep­ter l’éventualité de l’état de guerre comme crise évo­lu­tive et nor­ma­tive inévi­table entre deux états de paix rela­tive.

La paix, c’est toutes les cinq minutes qu’il faut la faire. Si vous avez pigé ça (si vous êtes aus­si loin que moi d’avoir vrai­ment pigé) et si un type vous frappe sur la joue gauche, foutez‑y un grand coup de tatane quelque part, ça vau­dra mieux pour vous, pour lui, pour tout le monde.

Les fina­li­tés réelles de la socié­té indus­trielle sont tota­le­ment irra­tion­nelles et l’industrie de la guerre ne fait que rendre plus évi­dente encore cette irra­tio­na­li­té fon­da­men­tale. Cette démons­tra­tion que les faits sont en train de nous four­nir, de l’irrationalité fon­da­men­tale du posi­ti­visme, est évi­dem­ment très emmer­dante pour les mar­xistes puisque le mar­xisme n’est qu’un des mul­tiples déve­lop­pe­ments du posi­ti­visme ; qu’une des mul­tiples manières de croire que les faits sont conte­nus tout entiers dans la mesure qu’on peut en faire et la défi­ni­tion qu’on peut en don­ner.

La socié­té doit ces­ser d’être orga­ni­sée pour deve­nir orga­nique, s’affranchir des modèles mathé­ma­tiques pour se cal­quer sur des modèles bio­lo­giques. Ceci  n’implique pas l’abandon de l’optique scien­ti­fique, mais son dépas­se­ment ; n’implique pas le renon­ce­ment à la réflexion, ni à l’expérimentation, mais leur appro­fon­dis­se­ment. Ce retour conscient à la nature est tout le contraire de « natu­rel ». Il va même exac­te­ment en sens inverse des ten­dances les plus « natu­relles ».

Le quoi faire ne gène per­sonne ? La ques­tion n’est pas : quoi faire ? Mais : com­ment faire ? C’est le com­ment faire qui est révo­lu­tion­naire. Il faut :

Foutre le camp, mais pour mieux reve­nir.

Faire la grève, mais pour tout inves­tir.

Mettre en route dès aujourd’hui, « now ! », la sub­ver­sion par le mode de vie.

Appli­quer, recher­cher et faire connaitre des tech­niques de boy­cott, des tech­niques de sub­sti­tu­tion, des tech­niques de sur­vie, des tech­niques de retour au pri­mor­dial et au vital.

Par­tir de la réforme indi­vi­duelle et la faire débou­cher sur la réforme col­lec­tive, appe­lez-la révo­lu­tion, en recons­ti­tuant le lien orga­nique des petites col­lec­ti­vi­tés natu­relles que la cen­tra­li­sa­tion a détruites.

Mettre en place et déve­lop­per des struc­tures, des moyens, des méthodes de non-fric, non-consom­ma­tion, non-pro­duc­tion, non-dépen­dance, non-obéis­sance.

Tout ça c’est moi qui le rajoute, mais je relis et je signe. « Do it »

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Survivre

Le désastre éco­lo­gique qui guette toute la terre est en même temps une force poli­tique immense. Le tout est de savoir la réveiller, cette force. La cana­li­ser avant qu’elle ne se déchaîne dans le vent de panique de grandes catas­trophes. Cette force qui est dans la conscience nette du dan­ger de mort, elle peut être le moteur puis­sant qui va pous­ser les hommes à s’atteler un peu aux trans­for­ma­tions qu’il faut.

Et c’est une chance ter­rible, somme toute, que la sur­vie ne soit pas pos­sible « en trans­for­mant » notre socié­té un peu plus encore en une cage à lapin de ciment et plas­tique, en nous échi­nant encore un peu plus devant des auto­mates tou­jours plus gros et plus cons, pour pro­duire de la came­lote tou­jours aus­si laide, aus­si super­flue et vite démo­dée, qu’ira s’accumuler sur des mon­tagnes d’ordures tou­jours plus hautes par­tout où on ira. Ni en conti­nuant à amé­lio­rer nos fusées à têtes mul­tiples, en nous tapant des­sus à coup de mitraillettes, de défo­liants, de napalm et de fusées, pour nous arra­cher les uns les autres les der­niers lam­beaux de matières pre­mières qu’ont pas encore été trans­for­mées en puantes ordures. C’est heu­reux que ce soye comme ça, et la crise de notre fin de mil­lé­naire, de notre fin du qua­trième mil­liards d’années pour mieux dire, si on n’y laisse pas la peau, ce sera alors notre chance d’arriver enfin à vivre comme des hommes. L’Écologie elle va nous y obli­ger à coups de pied dans le cul – des coups de pieds si vio­lents qu’on ne sera pas prêt de les oublier, s’ils nous cassent pas les reins aus­si secs. La leçon qu’elle va nous ensei­gner, l’Écologie, elle va pas être rose, vous faites pas d’illusion, et qu’elle soye utile ça dépen­dra que de nous : vivez comme des hommes, ou au moins pas plus mal que les ani­maux, mille fois moins idiots et moins carnes que vous, ou bien cre­vez tous.

L’humanité a le choix entre la révo­lu­tion, ou sa dis­pa­ri­tion. Et la révo­lu­tion, fau­dra la faire en uti­li­sant l’Écologie comme un levier, et comme une fin. L’un et l’autre.

Cela dit, le choix d’un révo­lu­tion­naire lucide me semble assez clair.

C’est le nôtre.

« La doc­trine tue la vie », disait Bakou­nine. La révo­lu­tion éco­lo­gique étant une révolte de l’instinct vital, les doc­tri­naires seront les der­niers à en com­prendre l’urgence, le sens et la por­tée.

Y’a encore des mecs qu’ont pas com­pris que je suis indé­crot­table, et qui se don­naient la peine de m’écrire pour m’expliquer que la pol­lu­tion (sic) c’est pas l’essentiel. L’essentiel, c’est selon. C’est l’amour. Ou la jus­tice. Ou la liber­té. Ou la Vie éter­nelle (dans ce monde ou l’autre). Ou la connais­sance (celle que vous vou­drez). Ou l’art. Ou le bon­heur. Ou la Révo­lu­tion (à chaque fois, on avance d’un cran dans l’absurde vous remar­que­rez).

Seule­ment, le pri­mor­dial, tout le monde s’en fout parce que le pri­mor­dial nous est impo­sé tan­dis que l’essentiel, lui, on le choi­sit (ou l’on s’imagine le choi­sir).

Ce qu’il y a de nou­veau dans la situa­tion pré­sente, voyez vous, c’est l’irruption du pri­mor­dial. La terre se dérobe sous nos pas, l’air échappe à nos pou­mons. Le sou­ci du pri­mor­dial s’impose à nous. Du coup, l’essentiel devient secon­daire. La vie s’ordonne, ça plaît pas à tout le monde, ça plaît même à per­sonne, selon SA logique (et non plus la nôtre) : un, le pri­mor­dial, deux, si on a le temps, l’essentiel.

Eh bien, les potes, on a pris conscience d’être sépa­rés du pri­mor­dial et, du coup, le pri­mor­dial est deve­nu le pre­mier objet de nos choix, indi­vi­duels et col­lec­tifs. Et ce pri­mor­dial rééva­lué, pour la pre­mière fois, peut inté­grer tous les essen­tiels sans contra­dic­tion. Le pri­mor­dial est l’essentiel, pour la pre­mière fois depuis tou­jours peut-être, c’est la même chose.

Pro­fi­tez-en.

Pierre Four­nier

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