Le texte qui suit est composé d’ex­traits tirés du livre Les impacts écolo­giques des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la commu­ni­ca­tion (EDP Sciences, 2012).


Les Tech­no­lo­gies de l’In­for­ma­tion et de la Commu­ni­ca­tion (TIC) jouissent d’une image d’in­dus­trie propre, non polluante, pouvant contri­buer à la réso­lu­tion des problèmes envi­ron­ne­men­taux. Cette percep­tion, entre­te­nue par les fabri­cants, les publi­ci­taires, les poli­tiques, est le fruit de notions large­ment diffu­sées comme la déma­té­ria­li­sa­tion, l’in­for­ma­tique dans les nuages (cloud compu­ting)… qui nous laissent croire que toutes ces infra­struc­tures, tous ces équi­pe­ments, n’ont guère d’im­pacts sur notre envi­ron­ne­ment. Cette croyance est encore relayée par le fait que les progrès en matière de réduc­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique ou encore des émis­sions de gaz à effets de serre dans ce domaine sont large­ment mis en avant tandis que les nombreux autres impacts, certai­ne­ment aussi impor­tants, sont passés sous silence. […]

L’am­bi­tion de ce livre est de faire clai­re­ment prendre conscience au lecteur que les TIC ont un impact concret sur l’en­vi­ron­ne­ment, bien loin de l’image déma­té­ria­li­sée qui nous est propo­sée par les indus­triels de ce secteur. Ainsi, le déve­lop­pe­ment des TIC, tel qu’il s’ef­fec­tue actuel­le­ment, génère une pres­sion sur l’en­vi­ron­ne­ment déjà insou­te­nable à ce jour: il corres­pond à un besoin en ressources de plus en plus impor­tant et incom­pa­tible avec ce que la planète peut four­nir et régé­né­rer. À ce rythme, que restera-t-il pour les géné­ra­tions à venir ? […]

La multi­pli­ca­tion des équi­pe­ments et des usages liés aux TIC engendre de très lourds impacts sur l’en­vi­ron­ne­ment. En effet, l’image d’une tech­no­lo­gie propre, non polluante est loin d’être une réalité dès lors que nous portons notre regard jusqu’en Asie, en Afrique et plus globa­le­ment dans toutes les régions du monde où les ressources néces­saires à la fabri­ca­tion de ces merveilleux objets sont extraites, où les usines de produc­tion sont implan­tées et où les déchets sont trai­tés en dehors de toute précau­tion. La mondia­li­sa­tion a poussé hors de nos fron­tières les savoir-faire asso­ciés, mais aussi la majo­rité des impacts envi­ron­ne­men­taux directs des TIC à tel point qu’ils nous paraissent inexis­tants. Nous abor­de­rons dans ce chapitre ces diffé­rents types d’im­pacts envi­ron­ne­men­taux qu’ils soient directs ou indi­rects: de l’épui­se­ment des ressources aux impacts sur la santé humaine en passant par les pollu­tions, les effets globaux sur la planète et les consé­quences sur la perte de la biodi­ver­sité. […]

Ce début de chapitre va tenter de montrer comment la proli­fique indus­trie des TIC contri­bue large­ment à l’épui­se­ment de ressources non renou­ve­lables, rares et diffi­ci­le­ment substi­tuables. Pire, il arrive égale­ment que l’uti­li­sa­tion de ressources renou­ve­lables se fasse à un tel rythme que son taux de prélè­ve­ment est supé­rieur au pouvoir de régé­né­ra­tion de la planète. On rejoint alors la notion d’em­preinte écolo­gique dont il est aujourd’­hui admis que dans ce domaine, comme dans celui de la finance inter­na­tio­nale, nous vivons de plus en plus à crédit. Pendant combien de temps encore ce « décou­vert » nous sera-t-il auto­risé ? Nous allons voir que l’heure des échéances approche et que nous allons devoir faire un choix entre un modèle prin­ci­pa­le­ment axé sur la renta­bi­lité finan­cière à court terme et un autre soucieux de la préser­va­tion de notre patri­moine global de ressources à plus long terme.

De toutes les indus­tries, celle des TIC est de loin la plus gour­mande en ressources par unité de produc­tion: maté­riaux, métaux, éner­gie, eau, produits chimiques. Un exemple frap­pant: le sili­cium, maté­riau emblé­ma­tique de l’in­dus­trie élec­tro­nique. La produc­tion d’une simple puce élec­tro­nique pour une barrette mémoire de 32 bits pesant 2 g néces­site 1600 g d’éner­gies fossiles secon­daires, 72 g de produits chimiques, 32000 g d’eau, 700 g de gaz élémen­taires (essen­tiel­le­ment N2) par ailleurs, il faut 160 fois plus d’éner­gie pour produire du sili­cium de qualité élec­tro­nique que dans sa forme basique, c’est le prix de la puri­fi­ca­tion (Williams, 2002a). […]

« En effet, le sili­cium s’ob­tient grâce au trai­te­ment de quartz, char­bon et bois par élec­tro­mé­tal­lur­gie et carbo réduc­tion, dans un four à haute tempé­ra­ture. Par la suite, celui-ci est puri­fié. Ce sont ces étapes qui sont à l’ori­gine de pollu­tion chimique, notam­ment le trai­te­ment du sili­cium avec du chlore, des acides et autres solvants toxiques. » source : https://www.behance.net/gallery/41006977/Mmoire-Propo­si­tion-de-Strat­gie-Marke­ting

L’in­dus­trie des TIC consomme de plus en plus de métaux et a forte­ment accru les solli­ci­ta­tions dans la table des éléments de Mende­leïev au cours des dernières décen­nies. Par exemple, un télé­phone portable contien­drait plus de 60 métaux diffé­rents: de l’in­dium dans l’écran LCD, du tantale dans les conden­sa­teurs, de l’or dans les éléments conduc­teurs des cartes élec­tro­niques (UNEP, 2011b)… En l’es­pace de 20 à 30 ans, notre demande en diffé­rents métaux néces­saires aux indus­tries de hautes tech­no­lo­gies a plus que triplé (Bihouix, 2010). La recherche perma­nente de la perfor­mance et de l’ef­fi­ca­cité n’est pas étran­gère à cet accrois­se­ment et a contri­bué à la solli­ci­ta­tion de ces nouveaux métaux jusque-là peu utili­sés. La consom­ma­tion des grands métaux a doublé en vingt ans. L’émer­gence de pays comme la Chine et l’Inde conduira à nouveau à doubler cette consom­ma­tion dans les vingt prochaines années (Birraux, 2011). Actuel­le­ment, en Chine, le taux de consom­ma­tion par habi­tant des quatre prin­ci­paux alliages ou métaux indus­triels (acier, alumi­nium, cuivre et plomb) n’est que de 9 % par rapport aux pays indus­tria­li­sés. Si ce taux s’éle­vait au niveau de celui des pays occi­den­taux, cela condui­rait presque au double­ment de l’uti­li­sa­tion des ressources mondiales (Diamond, 2006). Ce scéna­rio semble peu envi­sa­geable car nous avons épuisé les gise­ments les plus faci­le­ment acces­sibles et les plus concen­trés. Prenons l’exemple du cuivre pour lequel il fallait extraire 55 tonnes de mine­rai pour en obte­nir une tonne en 1930, alors qu’il faut aujourd’­hui en extraire plus du double (Bihouix, 2010).

De nombreuses études montrent que la consom­ma­tion de ressources natu­relles par habi­tant est corré­lée au niveau de déve­lop­pe­ment d’un pays. D’autres études, plus rares, laissent entendre que le stock de métaux en usage dans les pays les plus déve­lop­pés est entre 5 et 10 fois supé­rieur à celui des pays les moins avan­cés (UNEP, 2011b). En ce qui concerne les ressources métal­li­fères, on constate que ce qui relève du secteur de la construc­tion néces­site des métaux ferreux, des ferro-alliages et du cuivre. L’équi­pe­ment élec­tro­mé­na­ger (appelé aussi produits blancs) a besoin pour sa part de métaux basiques (alumi­nium, cuivre, étain, zinc). Les indus­tries de haute tech­no­lo­gie, dont l’élec­tro­nique (produits bruns), sont friandes de métaux spéciaux comme le cobalt, l’in­dium, le gallium, le germa­nium, le lithium, le tantale, le titane et les terres rares (Bihouix, 2010). Cette demande spéci­fique, tirée par ces indus­tries parti­cu­lières, a consi­dé­ra­ble­ment accru la solli­ci­ta­tion des métaux dans la table de Mende­leïev. […]

Enfin, quelques éléments vont être parti­cu­liè­re­ment solli­ci­tés d’ici à 2030 par des tech­no­lo­gies tirant la demande (Euro­pean commis­sion, 2010a). Parmi eux, on peut citer le gallium dont la demande sera multi­pliée par plus de 22, l’in­dium et le germa­nium par 8, le néodyme par 7, le titane par 4, le cuivre et le palla­dium par plus de 3,5 et l’argent par 3. Même si une augmen­ta­tion signi­fi­ca­tive du recy­clage est néces­saire (d’une part, le recy­clage est moins éner­gi­vore que l’ex­trac­tion et le raffi­nage des ressources primaires, d’autre part, il allège la pres­sion sur les ressources natu­relles et donc l’im­pact envi­ron­ne­men­tal de l’in­dus­trie minière), il ne peut pas être une solu­tion pérenne à l’épui­se­ment des ressources.

En effet, il existe des pertes au feu à chaque cycle, de l’ordre de 1 à 2 % par exemple pour le cas de l’alu­mi­nium (Bihouix, 2010). Pour le cas précis des indus­tries high-tech, qui néces­sitent des éléments d’une grande pureté, les métaux recy­clés sont disqua­li­fiés pour cause d’une pureté insuf­fi­sante. D’autre part, même un recy­clage effi­cace en lithium épui­se­rait les ressources de certains métaux. En recy­clant les batte­ries Li-ion à 100 %, la demande ne saurait éviter la déplé­tion avant 2025 (Wanger, 2011). Il nous faudra certai­ne­ment employer une voie beau­coup plus modé­rée dans notre consom­ma­tion de métaux si nous ne voulons pas voir s’ef­fon­drer des pans entiers de nos écono­mies métallo-dépen­dantes. […]

Extrac­tions

Comme nous l’avons dit plus haut, les indus­tries minières et élec­tro­niques sont extrê­me­ment éner­gi­vores. L’in­dus­trie minière a prin­ci­pa­le­ment recours au pétrole (explo­ra­tion, extrac­tion, …) […]. En ce qui concerne les métaux, 8 à 10 % de l’éner­gie primaire mondiale sert à les extraire ou les raffi­ner (Bihouix, 2010). […]

D’une part, l’ex­trac­tion des ressources, dont nous avons parlé au début de ce chapitre, commence presque toujours par le défri­chage du terrain et donc l’abat­tage d’arbres, d’autre part, l’in­dus­trie pape­tière, stimu­lée par l’uti­li­sa­tion du papier qui ne fait que croître avec l’usage des TIC, est une des causes de la défo­res­ta­tion légale (plan­ta­tions d’es­pèces à crois­sance rapide en lieu et place des espèces endé­miques) et illé­gale. L’avè­ne­ment de la micro-infor­ma­tique au début des années 80 avait fait miroi­ter le déclin du papier il n’en fut rien, nous n’avons jamais consommé autant de papier, ce qui rend un peu plus encore caduque l’image déma­té­ria­li­sée des TIC. D’après un rapport récent, la produc­tion mondiale de papier s’est élevée à plus de 375 millions de tonnes en 2009, alors qu’elle était d’un peu moins de 100 millions de tonnes en 1965 et d’en­vi­ron 170 millions de tonnes au début des années 1980 (Tissari, 2011). Le papier d’im­pres­sion et d’écri­ture repré­sen­tait près de 28 % de cette produc­tion en 2009 (2e poste après l’em­bal­lage avec la moitié de la produc­tion). Dans ce derniers cas, ce sont souvent des essences à crois­sance rapide (euca­lyp­tus) qui sont employées. La renta­bi­lité à court terme est encore une fois le moteur de ces exploi­ta­tions. Malheu­reu­se­ment, ces arbres génèrent des impacts envi­ron­ne­men­taux impor­tants quand ils sont plan­tés en masse, hors de leur biotope habi­tuel, comme l’Aus­tra­lie pour l’eu­ca­lyp­tus. Ils concourent à l’aci­di­fi­ca­tion des sols et épuisent consi­dé­ra­ble­ment l’eau des nappes phréa­tiques. […]

La phase de produc­tion des TIC génère quan­tité de substances chimiques. Par exemple, une ACV d’un réseau de télé­pho­nie mobile met en évidence les émis­sions de gaz cancé­ri­gènes dues à l’ar­se­nic et au benzo­py­rène utili­sés pour fabriquer les circuits impri­més (PWB) (Scharn­horst, 2005b). Dans le cas des puces élec­tro­niques, la quan­tité totale de produits chimiques utili­sée varie entre 9 et 610 g/cm2, et entre 1,2 et 160 g/cm2 pour l’en­semble des émis­sions de ces produits (Williams, 2002a).

Pour analy­ser l’im­pact de la pollu­tion au plomb, d’autres études ont calculé les émis­sions induites par la fabri­ca­tion mais aussi par le recy­clage des batte­ries d’or­di­na­teurs (Cherry, 2009). Les émis­sions aériennes de plomb proviennent des fours de première fusion, des instal­la­tions de fabri­ca­tion des batte­ries et des fours de deuxième fusion, où elles sont recy­clées. Les auteurs soulignent qu’une diffi­culté majeure vien­dra de plus en plus des sites infor­mels de recy­clage des DEEE (déchets d’équi­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques) qui vont conti­nuer à croître avec la diffu­sion des TIC (voir § 3.3). Plusieurs études traitent des émis­sions gazeuses polluées par des compo­sés chloré (PolyCh­lo­roBi­phé­nyle ou PCB) ou brominé (PolyB­ro­moBi­phé­nyle ou PBB) émis lors de l’in­ci­né­ra­tion des DEEE.

Les retar­da­teurs de flamme bromés sont des compo­sés chimiques anthro­piques ajou­tés aux équi­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques pour en limi­ter le carac­tère inflam­mable. Les plus courants dans l’in­dus­trie élec­tro­nique sont:

  • Les PolyB­ro­moDi­phé­nylE­thers (PBDE), tradi­tion­nel­le­ment commer­cia­li­sés sous trois formes penta-BDE, octa-BDE et deca-BDE et utili­sés pour les moulages élec­tro­niques et les circuits ;
  • Le Tetra­bro­mo­bis­phe­nol-A (TBBPA) et autres phénols employés pour la fabri­ca­tion de cartes de circuits impri­més en résine époxy
  • Le Triphé­nyl­phos­phate (TPP), un ester de la famille des phos­phates de tria­ryle, à base d’oxy­chlo­rure de phos­phore et de phénol qui entre dans la compo­si­tion des plas­tiques des moni­teurs notam­ment.

Les PBDE sont des conta­mi­nants globaux et des polluants orga­niques persis­tants (POP). Ils sont très large­ment diffu­sés dans les eaux du globe – et ce jusqu’en Arctique – que ce soit dans la chair des pois­sons et des grands mammi­fères marins, dans les eaux douces ou encore dans les sédi­ments (Luo, 2007 ; Brig­den, 2007 ; Allchin & Morris, 2002). De manière géné­rale ces produits « peuvent péné­trer l’en­vi­ron­ne­ment par de nombreux moyens parmi lesquels les émis­sions atmo­sphé­riques émises lors de la fabri­ca­tion, le recy­clage de produits conte­nant des PBDE, la vola­ti­li­sa­tion à partir de produits de consom­ma­tion et le lessi­vage des sites de déchets » (Xu, 2009). Le TPP et plus globa­le­ment les tries­ters phos­pho­riques sont aussi large­ment répan­dus, puisqu’ils sont détec­tés dans les eaux de surface et les eaux souter­raines (Brig­den, 2007). […]

En 1998, une étude avançait qu’au cours de leur combus­tion avec les plas­tiques où ils sont incor­po­rés, certains retar­da­teurs de flamme pouvaient engen­drer des polluants dange­reux comme des dioxines ou des furanes (Menad, 1998). Un écran catho­dique pouvait, par exemple, conte­nir près de 2 kg de ces retar­da­teurs. Leur combus­tion incom­plète entraîne la forma­tion de compo­sés toxiques comme le cyanure d’hy­dro­gène ou le monoxyde de carbone. Certains auteurs avaient alerté, par leurs analyses sur les sites de recy­clage de DEEE en Suisse, du fort poten­tiel d’émis­sions polluantes de ces retar­da­teurs de flamme (Morf, 2005). D’autres montrent que dans les décharges états-uniennes, la lixi­via­bi­lité du plomb pour les circuits impri­més et le verre des écrans catho­diques a pu dépas­ser les limites défi­nies par l’agence améri­caine de protec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment (Williams, 2008). Mais c’est en Chine que le plus grand nombre d’études a récem­ment vu le jour. Analy­sant la diffu­sion régio­nale des PBDE émis par les sites de recy­clage de DEEE dans le sud-est de la Chine, une étude conclut à une large diffu­sion géogra­phique de ces polluants, au point de géné­rer un véri­table halo de pollu­tion de plus de 74 kilo­mètres de rayon (Zhao, 2009). Une autre confirme la respon­sa­bi­lité des sites de recy­clage de DEEE dans les émis­sions de ces polluants, en montrant qu’elles sont deux fois plus fortes le jour que la nuit (Chen, 2009). Ces résul­tats soulignent aussi que cette région reçoit des bromo­di­phé­ny­lé­thers (BDE) d’autres régions chinoises, résul­tats corro­bo­rés par d’autres études qui trouvent de très fortes concen­tra­tions de PBDE, de PCB et de deux compo­sés de la famille des dioxines (PCDD/F) dans les écosys­tèmes avoi­si­nant les sites de recy­clage de DEEE, y compris dans des sols agri­coles (Liu, 2008). En outre, des mesures détaillées pour les concen­tra­tions de ces polluants aériens et de plusieurs autres ont été rappor­tées sur le site de Guiyu (Williams, 2008), le plus grand site infor­mel de recy­clage de DEEE au monde (selon l’ONG Basel Action Network, plus de 100000 personnes y travaille­raient). Enfin, une étude consa­crée aux impacts du déman­tè­le­ment des circuits impri­més en Chine met en évidence le lien entre recy­clage infor­mel de ces TIC et émis­sions de dioxines et de compo­sés chlo­rés et bromi­nés (Duan, 2011). Les consé­quences envi­ron­ne­men­tales de ces procé­dés primi­tifs vont peser pendant long­temps sur les écosys­tèmes et la santé des popu­la­tions locales. L’in­ven­taire des tech­niques utili­sées en Chine pour trai­ter les circuits impri­més, notam­ment les petits poêles à char­bon arti­sa­naux d’un demi-mètre de hauteur au-dessus desquels sont placées les cartes-mères afin de les chauf­fer et d’en faire fondre les soudures pour récu­pé­rer les compo­sants, montre qu’il en résulte de dange­reuses fumées noires et des odeurs âcres dans les ateliers (Huang, 2009).

Les études sur la pollu­tion aux parti­cules asso­ciée aux TIC ne portent que sur la phase de fin de vie de ces produits. Une simu­la­tion sur un site expé­ri­men­tal de brûlis à ciel ouvert confirme les fortes émis­sions conco­mi­tantes de parti­cules de brome, de plomb, d’étain, de cuivre, d’an­ti­moine et d’ar­se­nic (Gullett, 2007). Les émis­sions de plomb mesu­rées y étaient 200 fois plus élevées que les concen­tra­tions auto­ri­sées aux États-Unis. Les auteurs trouvent égale­ment de très fortes émis­sions de Diben­zo­dioxine poly­bro­mée (PBDD) et de Diben­zo­fu­rannes poly­bro­més (PBDF) issues des circuits impri­més, ce qui confirme que les retar­da­teurs de flamme bromés génèrent ces polluants, ainsi que la respon­sa­bi­lité première du recy­clage primaire de DEEE dans leur produc­tion. Or ce sont préci­sé­ment ces procé­dés qui sont utili­sés dans les pays en déve­lop­pe­ment pour trai­ter les DEEE qui y sont expor­tés. Une évalua­tion de la pollu­tion par les métaux lourds de l’en­vi­ron­ne­ment du site de Guiyu a permis de déce­ler la présence de ces métaux (plomb, cuivre, nickel, zinc) dans les pous­sières d’un atelier de recy­clage de DEEE et dans celles des rues adja­centes (Leung, 2008). On trouve des concen­tra­tions beau­coup plus élevées sur et à proxi­mité de ces sites que sur des sites ne pratiquant pas ce type d’ac­ti­vi­tés. Les auteurs relèvent par exemple des concen­tra­tions en plomb et en cuivre dans les pous­sières des routes adja­centes plusieurs centaines de fois supé­rieures à celles des sites éloi­gnés de plusieurs kilo­mètres du site de recy­clage. Enfin, une analyse sur les parti­cules émises lors du recy­clage de circuits impri­més dans un atelier type du sud de la Chine montre que celles-ci sont complè­te­ment diffé­rentes des parti­cules émises par d’autres sites (Bi, 2010). Cela permet de carac­té­ri­ser les émis­sions atmo­sphé­riques issues des ateliers de recy­clage infor­mel de DEEE, et de démon­trer que ces acti­vi­tés sont des sources très impor­tantes de pollu­tion aux métaux lourds, et tout parti­cu­liè­re­ment au cadmium, plomb, et nickel. […]

Site de « recy­clage » des DEEE (déchets d’équi­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques) de Guiyu en Chine, où près de 100 000 travailleurs migrants désossent, trient et brûlent les produits infor­ma­tiques dans des condi­tions proches de l’es­cla­vage. Sans protec­tion et pour 2 dollars par jour ils mettent leur vie en péril notam­ment en respi­rant des substances nocives. Les taux de cancers et de mala­dies y battent des records mondiaux (80% des enfants sont atteints d’in­suf­fi­sante respi­ra­toire et de satur­nisme, par exemple).

S’agis­sant des polluants géné­rés au cours des proces­sus d’ex­trac­tion des matières premières, de fabri­ca­tion, d’uti­li­sa­tion et de trai­te­ment des déchets élec­tro­niques, il est extrê­me­ment diffi­cile, voire impos­sible d’ob­te­nir des données complètes de la part des indus­triels ou des acteurs impliqués dans les pays asia­tiques ou en Afrique. La plupart des résul­tats proviennent d’études indé­pen­dantes d’ana­lyse des sols à proxi­mité d’ac­ti­vité connues pour émettre de grandes quan­ti­tés de substances toxiques.

Cela dit, si peu de données sont dispo­nibles pour les sites indus­triels distants, il peut être assez révé­la­teur d’ob­ser­ver ce qui se passe en Europe pour des indus­tries liées à la produc­tion et au trai­te­ment des métaux par exemple. Le registre euro­péen des rejets et des trans­ferts de polluants (E-PRTR) rassemble toutes les décla­ra­tions d’émis­sion de polluants pour les 27 pays Euro­péens ainsi que l’Is­lande, le Liech­ten­stein, la Norvège, la Serbie et la Suisse. Le registre contient les données annuelles décla­rées par quelque 28 000 établis­se­ments indus­triels couvrant 65 acti­vi­tés écono­miques dans les 9 secteurs indus­triels suivants: l’éner­gie, la produc­tion et la trans­for­ma­tion des métaux, l’in­dus­trie miné­rale, l’in­dus­trie chimique, la gestion des déchets et des eaux usées, la fabri­ca­tion et la trans­for­ma­tion du papier et du bois, l’éle­vage inten­sif et l’aqua­cul­ture, les produits d’ori­gine animale ou végé­tale issus de l’in­dus­trie alimen­taire et des bois­sons, ainsi que d’autres acti­vi­tés. 91 polluants sont analy­sés, ils appar­tiennent aux 7 groupes suivants: gaz à effet de serre, autres gaz, métaux lourds, pesti­cides, substances orga­niques chlo­rées, autres substances orga­niques, substances inor­ga­niques. Pour le secteur indus­triel de la produc­tion et du trai­te­ment des métaux, on trouve, pour la seule année 2009, comme polluants émis dans les sols de l’en­semble de la zone: de l’ar­se­nic (15 kg), du chrome (plus de 6 tonnes), du cuivre (plus de 1 t), du nickel (presque 3 t), du plomb (357 kg), et tous leurs compo­sés déri­vés. Dans la caté­go­rie des substances inor­ga­niques: des fluo­rures, des cyanures, des chlo­rures, de l’amiante, de l’azote, du phos­phore et une énorme quan­tité de parti­cules. Les compo­sés orga­no­ha­lo­gé­nés (1,3 t) et les PCB (400 g) font aussi partie des substances toxiques émises dans le sol. Parmi les autres substances orga­niques émises dans le sol, on trou­vera des hydro­car­bures aroma­tiques poly­cy­cliques (64 kg), des phénols (34 kg), du naph­ta­lène (15 kg) et de l’an­tha­cène (plus de 2 kg). À noter que ces quan­ti­tés pour­raient être sous-évaluées du fait des décla­ra­tions de confi­den­tia­lité.

Les émis­sions dans le sol géné­rées au cours du trai­te­ment des déchets dange­reux (stockage et/ou inci­né­ra­tion) comprennent aussi des métaux lourds, alors que les sites consi­dé­rés sont régu­liè­re­ment contrô­lés et corres­pondent à des stan­dards Euro­péens !

Les niveaux de pollu­tion que l’on peut trou­ver dans les zones des sites de produc­tion de maté­riel élec­tro­nique, ou des sites de « trai­te­ment des déchets » sont très proba­ble­ment bien supé­rieurs, du fait de la multi­pli­cité et la concen­tra­tion de ce type d’in­dus­tries dans certaines régions asia­tiques par exemple ou des sites « infor­mels » de trai­te­ment de déchets élec­tro­niques. Mais commençons par le commen­ce­ment à savoir la phase d’ex­trac­tion de métaux!

S’agis­sant des acti­vi­tés minières, elles sont géné­ra­trices de pollu­tions chimiques à trois niveaux: les mines elles-mêmes, les usines de concen­tra­tion de mine­rais qui réalisent un ensemble d’opé­ra­tions de trai­te­ment desti­nées à sépa­rer les phases miné­rales porteuses des éléments valo­ri­sables de la gangue stérile, et enfin les usines métal­lur­giques posi­tion­nées à proxi­mité d’une ou plusieurs mines, qui permet­tront de sépa­rer l’élé­ment valo­ri­sable de son miné­ral porteur et trans­for­mer le concen­tré en forme métal­lique. Les prin­ci­pales sources poten­tielles de pollu­tion chimique sont liées aux travaux et ouvrages d’ex­ploi­ta­tion, aux eaux d’ex­haure, aux déchets miniers et aux stockages d’hy­dro­car­bures et de produits chimiques. Ce phéno­mène consti­tue­rait l’un des problèmes envi­ron­ne­men­taux majeurs de l’in­dus­trie extrac­tive mondiale (Arti­gnan, 2003).

Les prin­ci­paux conta­mi­nants mis en jeu sont des substances chimiques inor­ga­niques (métaux lourds, nitrates, sulfa­tes…) ou orga­niques (hydro­car­bures, compo­sées phéno­liques, phta­lates et autres produits orga­niques indus­triels…). Les conta­mi­na­tions dans le sol corres­pondent à des retom­bées de pous­sières, des épan­dages de rési­dus pollués, de sédi­ments d’inon­da­tion, de produits chimiques ou d’ef­fluents.

Des analyses de sols à proxi­mité de plusieurs mines en Chine ont mis en évidence une pollu­tion sérieuse aux métaux lourds (Liao, 2009). Pour les seuls zinc, plomb, cuivre et arse­nic, les moyennes calcu­lées à partir des obser­va­tions sont entre 5 et 20 fois supé­rieures aux valeurs « normales » pour les sites concer­nés.

Des analyses d’échan­tillons de sol, préle­vés dans la région de la mine de Xiaoqin­ling, la deuxième plus grande mine d’or de Chine, montrent une fois de plus la présence de nombreux métaux lourds: mercure, plomb, cuivre, arse­nic et chrome, métaux issus direc­te­ment des acti­vi­tés d’ex­trac­tion de l’or, avec des concen­tra­tions élevées à proxi­mité des sources d’or dans la région étudiée (Wu, 2010). Ces auteurs ont calculé un risque écolo­gique à partir de ces données afin d’éva­luer si les taux présen­taient un danger quel­conque pour les écosys­tèmes et pour la santé humaine ; ils ont estimé que pour plus de 74 % de la surface étudiée, le risque était soit élevé soit signi­fi­ca­ti­ve­ment élevé, ce qui corres­pond à un dépas­se­ment impor­tant des normes en vigueur dans le pays. Ceci implique que non seule­ment le sol a été sérieu­se­ment pollué par les métaux lourds, mais qu’en plus ces métaux sont toxiques pour l’en­vi­ron­ne­ment. Les analyses des cultures avoi­si­nantes et des cheveux des humains qui travaillent ou habitent à proxi­mité de ces mines l’at­testent malheu­reu­se­ment.

Lorsque ces substances toxiques sont disper­sées à proxi­mité de cultures, que ce soit à côté des mines ou des trai­te­ments sauvages de déchets élec­tro­niques, les impacts envi­ron­ne­men­taux, notam­ment sur la santé des animaux et des êtres humains, peuvent traver­ser les fron­tières.

Concer­nant les phases de produc­tion et notam­ment de fabri­ca­tion des circuits inté­grés et d’as­sem­blage des cartes élec­tro­niques, l’étude menée par la Multi­la­te­ral Invest­ment Guaran­tees Agency de la Banque Mondiale donne une idée des déchets solides géné­rés: des métaux lourds, des scories de soudure, de l’ar­se­nic et des solvants orga­niques (la plus grande part de déchets), des encres, des retar­da­teurs de flamme bromés, des sels métal­liques de plomb, etc… Plus précise, l’étude réali­sée par le labo­ra­toire de recherche de Green­peace et portant sur une ving­taine de sites situés en Chine, en Thaï­lande, dans les Philip­pines et à Mexico, donne des résul­tats édifiants sur les substances toxiques géné­rées lors de la fabri­ca­tion des puces élec­tro­niques, des cartes élec­tro­niques et de leur assem­blage (Brig­den, 2007). Pour la plupart des sites exami­nés, cette étude démontre en effet la présence de rejets et/ou de conta­mi­na­tion des milieux envi­ron­nants. Ces rejets comportent une gamme de produits chimiques dange­reux utili­sés dans les proces­sus de fabri­ca­tion. En dépit de l’im­pos­si­bi­lité pour cette équipe de recherche d’ob­te­nir autant de prélè­ve­ments que néces­saire (à cause de diffi­cul­tés d’ac­cès aux sites indus­triels), de fortes simi­la­ri­tés inter-sites ont pu être obser­vées: présence dans les sols de PBDE, de phta­lates, de métaux lourds, notam­ment du cuivre, du nickel et du zinc et ce dans des quan­ti­tés bien supé­rieures aux quan­ti­tés trou­vées natu­rel­le­ment dans le sol à quelques kilo­mètres de là. Sur un site au Mexique, les auteurs ont trouvé de l’éthoxy­late de nonyl­phé­nol (NPE) et ses produits de dégra­da­tion. Ces substances, persis­tantes, bioac­cu­mu­lables et toxiques sont inter­dites en Europe en raison des risques pour l’en­vi­ron­ne­ment et la santé ! […]

Dans la décharge de « Smokey Moun­tains » à Manilles, aux Philip­pines.

De très nombreux articles traitent des déchets élec­tro­niques et des impacts de leur trai­te­ment sur l’en­vi­ron­ne­ment et la santé. Tous les auteurs dressent le même constat catas­tro­phique à proxi­mité des sites de trai­te­ment « infor­mels » des déchets élec­tro­niques. Un grand nombre de données en prove­nance de sites chinois et indiens a été rassem­blé (Sepul­veda, 2010). Cet auteur observe que pour des polluants comme le plomb, les PBDE et des polluants chimiques orga­niques comme les furanes et les dioxines, les quan­ti­tés présentes sont, de plusieurs ordres de gran­deur, supé­rieures aux valeurs « normales pour ces régions.

Une étude récente, sur la conta­mi­na­tion des sols et des légumes culti­vés à proxi­mité d’un site de trai­te­ment des déchets dans le sud de la Chine, indique que les légumes présentent un fort taux de métaux lourds, notam­ment du cadmium et du plomb, ce qui repré­sente un problème de santé poten­tiel pour les popu­la­tions locales, mais aussi par exten­sion pour les personnes qui consom­me­ront ces légumes vendus ou expor­tés (Luo, 2011). Toujours dans le sud de la Chine, des niveaux élevés de métaux lourds (Cu: 11140 mg/kg, Pb: 4500 mg/kg, et Zn: 3690 mg/ kg), de polluants orga­niques persis­tants (3 206 ng/g), des biphé­nyls poly­chlo­rés (1443 ng/g) et des PBDE (44473 ng/g) ont été détec­tés dans le sol, l’eau et l’en­vi­ron­ne­ment ambiant, autour des sites de recy­clage des déchets élec­tro­niques (Wang, 2011). Des constats alar­mants sont régu­liè­re­ment dres­sés par les scien­ti­fiques qui démontrent le trans­fert des polluants via les équi­pe­ments des pays déve­lop­pés vers les pays comme la Chine, l’Inde ou l’Afrique. Les mauvaises condi­tions de recy­clage dans ces pays conduisent à des pollu­tions extrê­me­ment sévères des sols par les polluants orga­niques persis­tants et les métaux lourds, avec un impact non seule­ment sur l’en­vi­ron­ne­ment mais aussi sur les champs culti­vés, y compris les cultures de riz dont la produc­tion pour­rait bien être expor­tée vers les pays déve­lop­pés (Wong, 2007) ! […]

Les produits élec­tro­niques requièrent pour leur fabri­ca­tion un certain nombre de métaux et mine­rais (voir § 1.1 de ce chapitre), dont l’ex­trac­tion et l’ex­ploi­ta­tion présentent un risque sani­taire élevé pour ceux qui y travaillent, en parti­cu­lier les femmes en âge d’en­fan­ter et les enfants (Bose-O’Reilly, 2010a, 2010b ; Steck­ling, 2011). En effet, ces derniers, employés souvent très jeunes dans les mines, se trouvent alors intoxiqués par les substances utili­sées pour extraire les métaux, en parti­cu­lier le mercure. Ainsi des études rapportent le cas d’en­fants en Indo­né­sie, en Tanza­nie, au Zimbabwe, seule­ment âgés de sept ans pour certains, expo­sés direc­te­ment à des taux très élevés de mercure utilisé sous forme de vapeurs pour extraire l’or. Celles-ci ont une toxi­cité supé­rieure à la forme liquide. Tous les enfants vivant à proxi­mité de ces mines sont égale­ment affec­tés par les rejets de ces produits chimiques dans l’en­vi­ron­ne­ment, même les enfants à naître alors conta­mi­nés par le placenta de la mère où s’ac­cu­mulent ces substances ou encore les nouveau-nés par le lait mater­nel (Grandjean, 1997, 1999 ; Bose-O’Reilly, 2008a, 2008b). Or le mercure est un neuro-, néphro-, immu­no­toxique. Les prin­ci­paux symp­tômes obser­vés sont un retard du déve­lop­pe­ment céré­bral, une ataxie carac­té­ri­sée par des troubles de la coor­di­na­tion et des mouve­ments réflexes, une sali­va­tion exces­sive et une sensi­bi­lité accrue aux diffé­rentes mala­dies comme la mala­ria ou la tuber­cu­lose. Il repré­sente par consé­quent un risque majeur pour l’es­pé­rance de vie des enfants expo­sés.

D’autres études ont révélé des taux d’ex­po­si­tion élevés des mineurs et des rive­rains des sites d’ex­ploi­ta­tion à diffé­rents métaux comme le cobalt, le cadmium, l’ar­se­nic et l’ura­nium (Banza, 2009). Le cobalt est notam­ment respon­sable de dysfonc­tion­ne­ments cardiaques (cardio­myo­pa­thie), de troubles de la thyroïde, de mani­fes­ta­tions aller­giques telles que des derma­tites de contact ou de l’asthme profes­sion­nel et de cancer des poumons (Banza, 2009). Le cadmium provoque diar­rhées, vomis­se­ments, crampes muscu­laires, des lésions tubu­laires rénales, une décal­ci­fi­ca­tion osseuse et un risque accru de cancer des poumons (Banza, 2009 ; Chakra­barty, 2010). L’ar­se­nic entraîne des affec­tions derma­to­lo­giques (méla­noses, leuco­mé­la­no­der­mie, kéra­tose), des effets neuro­lo­giques, des problèmes obsté­triques, une tension arté­rielle élevée, un diabète melli­tus (insu­lino-dépen­dant), des mala­dies du système respi­ra­toire, et il est une substance cancé­ri­gène avérée notam­ment pour les poumons, la vessie ou la peau (Lubaba Nkulu Banza, 2009 ; Chakra­barty, 2010). L’ura­nium quant à lui affecte prio­ri­tai­re­ment les reins et les os (Lubaba Nkulu Banza, 2009).

Fin des extraits


Pour aller plus loin :

Les coûts des hautes tech­no­lo­gies : l’exemple de l’ex­trac­tion du cobalt

***

[Rappe­lons que le cadmium et l’ar­se­nic sont utili­sés dans la fabri­ca­tion de panneaux solaires. Cf : Le mythe des renou­ve­lables. Ajou­tons égale­ment qu’à propos du lithium utilisé dans la fabri­ca­tion de la plupart des batte­ries des nouvelles tech­no­lo­gies — y compris des batte­ries servant au stockage de l’éner­gie produite par les panneaux solaires —, extrait (entre autres) dans la région du salar d’Ata­cama au Chili, le Washing­ton Post vient de publier un dossier où nous appre­nons prin­ci­pa­le­ment deux choses. La première, que les indi­gènes reçoivent une bien maigre compen­sa­tion en échange de l’ex­ploi­ta­tion de leurs terres et de leurs ressources. La seconde, que la produc­tion de lithium requiert des quan­ti­tés massives d’eau (l’usine de la compa­gnie Sales de Jujuy consomme plus de 7 500 000 litres d’eau par jour), ce qui risque de mena­cer forte­ment l’éco­sys­tème régio­nal et la vie sur le plateau. Il est égale­ment fait mention d’autres menaces envi­ron­ne­men­tales, mais qui restent appa­rem­ment incer­taines, dû au manque de recul (on ne saura qu’a­vec le temps, en atten­dant, on expé­ri­mente à l’aveugle ; c’est d’ailleurs un prin­cipe central de la civi­li­sa­tion indus­trielle), et à l’ab­sence de consen­sus scien­ti­fique.

A propos du graphite, un autre compo­sant des batte­ries au lithium et de nouvelles tech­no­lo­gies de panneaux solaires, dont la produc­tion se fait majo­ri­tai­re­ment en Chine, le Washing­ton Post a égale­ment publié un dossier, détaillant les diverses pollu­tions engen­drées. Tout y passe, de la pollu­tion de l’air par des parti­cules toxiques (entrai­nant de multiples problèmes de santé, de crises cardiaques à divers troubles respi­ra­toires), à celle de l’eau, et celle du sol.]

***

Arrê­tons-nous ici. Bien d’autres pollu­tions sont expo­sées et analy­sées, dans le livre. Bien entendu, en tant qu’ex­perts manda­tés par et travaillant pour des orga­nismes qui s’ins­crivent dans le cadre de la société qui engendre tout cela, les auteurs ont, comme beau­coup, la tête dans le guidon, ainsi, ils ne semblent pas capables de parve­nir aux conclu­sions qui sautent aux yeux à la vue de tels constats, et qui devrait s’im­po­ser à toute personne souhai­tant un tant soit peu proté­ger la planète (et pas le mode de vie confor­table offert aux plus privi­lé­giés du monde par la civi­li­sa­tion indus­trielle). Ce qu’on constate flagramment, c’est qu’au­cune des pratiques qui composent le « déve­lop­pe­ment » de la société « tech­no­lo­gique et indus­trielle », son indus­tria­lisme, ne sont écolo­giques. On constate égale­ment, sauf si l’on adopte la mauvaise foi menson­gère des adeptes de la pensée magique, qu’il n’y a aucune chance pour que ce déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique le devienne un jour. Bien sûr, certaines pollu­tions pour­raient être miti­gées, le recy­clage, dans certains cas, pour­rait être amélioré, et d’autres mesures de type « un peu moins pire » pour­raient être mises en place, seule­ment, deux choses : à chaque fois que les procé­dés techno-indus­triels gagnent en effi­cience, leur effets globaux ne se retrouvent pas allé­gés, au contraire (voir l’ef­fet rebond, le para­doxe de Jevons ou le postu­lat de Khaz­zoom-Brookes), et enfin, aussi moins pire que l’on puisse les rendre, ils seront toujours destruc­teurs et polluants, par défi­ni­tion. La magni­tude des effets destruc­teurs qui accom­pagnent le déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle devrait être suffi­sam­ment mani­feste. L’in­fra­struc­ture indus­trielle, comme la produc­tion indus­trielle d’objets en tous genres, mais parti­cu­liè­re­ment d’ap­pa­reils high-tech (dont les panneaux solaires, les éoliennes, etc.), dépendent de pratiques extrac­ti­vistes destruc­trices, engendrent toutes sortes de pollu­tions toxiques (avant, pendant et après utili­sa­tion), et ne sont de toutes façon pas soute­nables en raison de la déplé­tion des ressources utili­sées (le recy­clage engendre des pertes, par défi­ni­tion, et est lui aussi éner­gi­vore).

A noter, la pauvreté des données dispo­nibles. Les auteurs expliquent effec­ti­ve­ment tout au long du livre que bien peu de données sont dispo­nibles, que bien peu d’éva­lua­tions ont été effec­tuées, que bien peu de rensei­gne­ment sont dispo­nibles, dans l’en­semble. Et ça se comprend, la Chine n’est pas connue pour son ouver­ture jour­na­lis­tique. Les entre­prises refusent aussi parfois de divul­guer leurs sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, ce qui ne faci­lite pas la tâche, bien entendu.

& sachant que les problèmes liés aux phéno­mènes d’alié­na­tion engen­drés par l’uti­li­sa­tion massive et omni­pré­sente des hautes tech­no­lo­gies ne sont pas abor­dés ici. Et sachant égale­ment que bien des choses pour­raient être écrites sur l’as­pect auto­ri­taire (et non démo­cra­tique) de l’or­ga­ni­sa­tion sociale mondia­li­sée ultra-complexe néces­saire, par défi­ni­tion, à la produc­tion de nouvelles et hautes tech­no­lo­gies.

Conti­nuer à croire que d’une manière ou d’une autre, tout ce déve­lop­pe­ment (cet indus­tria­lisme, « vert » ou non), pour­rait être respec­tueux de l’éco­lo­gie plané­taire (ou se faire de manière démo­cra­tique, sans orga­ni­sa­tion sociale haute­ment hiérar­chi­sée) relève du déni ou de la croyance mystico-reli­gieuse. En atten­dant, en son nom, la Terre, ainsi que ses habi­tants humains et non-humains, sont en train d’être détruits.

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