Les ravages de l’industrialisme : les impacts des nouvelles et des hautes technologies

Le texte qui suit est com­po­sé d’ex­traits tirés du livre Les impacts éco­lo­giques des tech­no­lo­gies de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion (EDP Sciences, 2012).


Les Tech­no­lo­gies de l’In­for­ma­tion et de la Com­mu­ni­ca­tion (TIC) jouissent d’une image d’in­dus­trie propre, non pol­luante, pou­vant contri­buer à la réso­lu­tion des pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux. Cette per­cep­tion, entre­te­nue par les fabri­cants, les publi­ci­taires, les poli­tiques, est le fruit de notions lar­ge­ment dif­fu­sées comme la déma­té­ria­li­sa­tion, l’in­for­ma­tique dans les nuages (cloud com­pu­ting)… qui nous laissent croire que toutes ces infra­struc­tures, tous ces équi­pe­ments, n’ont guère d’im­pacts sur notre envi­ron­ne­ment. Cette croyance est encore relayée par le fait que les pro­grès en matière de réduc­tion de la consom­ma­tion éner­gé­tique ou encore des émis­sions de gaz à effets de serre dans ce domaine sont lar­ge­ment mis en avant tan­dis que les nom­breux autres impacts, cer­tai­ne­ment aus­si impor­tants, sont pas­sés sous silence. […] 

L’am­bi­tion de ce livre est de faire clai­re­ment prendre conscience au lec­teur que les TIC ont un impact concret sur l’en­vi­ron­ne­ment, bien loin de l’i­mage déma­té­ria­li­sée qui nous est pro­po­sée par les indus­triels de ce sec­teur. Ain­si, le déve­lop­pe­ment des TIC, tel qu’il s’ef­fec­tue actuel­le­ment, génère une pres­sion sur l’en­vi­ron­ne­ment déjà insou­te­nable à ce jour : il cor­res­pond à un besoin en res­sources de plus en plus impor­tant et incom­pa­tible avec ce que la pla­nète peut four­nir et régé­né­rer. À ce rythme, que res­te­ra-t-il pour les géné­ra­tions à venir ? […] 

La mul­ti­pli­ca­tion des équi­pe­ments et des usages liés aux TIC engendre de très lourds impacts sur l’en­vi­ron­ne­ment. En effet, l’i­mage d’une tech­no­lo­gie propre, non pol­luante est loin d’être une réa­li­té dès lors que nous por­tons notre regard jus­qu’en Asie, en Afrique et plus glo­ba­le­ment dans toutes les régions du monde où les res­sources néces­saires à la fabri­ca­tion de ces mer­veilleux objets sont extraites, où les usines de pro­duc­tion sont implan­tées et où les déchets sont trai­tés en dehors de toute pré­cau­tion. La mon­dia­li­sa­tion a pous­sé hors de nos fron­tières les savoir-faire asso­ciés, mais aus­si la majo­ri­té des impacts envi­ron­ne­men­taux directs des TIC à tel point qu’ils nous paraissent inexis­tants. Nous abor­de­rons dans ce cha­pitre ces dif­fé­rents types d’im­pacts envi­ron­ne­men­taux qu’ils soient directs ou indi­rects : de l’é­pui­se­ment des res­sources aux impacts sur la san­té humaine en pas­sant par les pol­lu­tions, les effets glo­baux sur la pla­nète et les consé­quences sur la perte de la biodiversité. […] 

Ce début de cha­pitre va ten­ter de mon­trer com­ment la pro­li­fique indus­trie des TIC contri­bue lar­ge­ment à l’é­pui­se­ment de res­sources non renou­ve­lables, rares et dif­fi­ci­le­ment sub­sti­tuables. Pire, il arrive éga­le­ment que l’u­ti­li­sa­tion de res­sources renou­ve­lables se fasse à un tel rythme que son taux de pré­lè­ve­ment est supé­rieur au pou­voir de régé­né­ra­tion de la pla­nète. On rejoint alors la notion d’empreinte éco­lo­gique dont il est aujourd’­hui admis que dans ce domaine, comme dans celui de la finance inter­na­tio­nale, nous vivons de plus en plus à cré­dit. Pen­dant com­bien de temps encore ce « décou­vert » nous sera-t-il auto­ri­sé ? Nous allons voir que l’heure des échéances approche et que nous allons devoir faire un choix entre un modèle prin­ci­pa­le­ment axé sur la ren­ta­bi­li­té finan­cière à court terme et un autre sou­cieux de la pré­ser­va­tion de notre patri­moine glo­bal de res­sources à plus long terme.

De toutes les indus­tries, celle des TIC est de loin la plus gour­mande en res­sources par uni­té de pro­duc­tion : maté­riaux, métaux, éner­gie, eau, pro­duits chi­miques. Un exemple frap­pant : le sili­cium, maté­riau emblé­ma­tique de l’in­dus­trie élec­tro­nique. La pro­duc­tion d’une simple puce élec­tro­nique pour une bar­rette mémoire de 32 bits pesant 2 g néces­site 1600 g d’éner­gies fos­siles secon­daires, 72 g de pro­duits chi­miques, 32000 g d’eau, 700 g de gaz élé­men­taires (essen­tiel­le­ment N2) par ailleurs, il faut 160 fois plus d’éner­gie pour pro­duire du sili­cium de qua­li­té élec­tro­nique que dans sa forme basique, c’est le prix de la puri­fi­ca­tion (Williams, 2002a). […] 

« En effet, le sili­cium s’obtient grâce au trai­te­ment de quartz, char­bon et bois par élec­tro­mé­tal­lur­gie et car­bo réduc­tion, dans un four à haute tem­pé­ra­ture. Par la suite, celui-ci est puri­fié. Ce sont ces étapes qui sont à l’origine de pol­lu­tion chi­mique, notam­ment le trai­te­ment du sili­cium avec du chlore, des acides et autres sol­vants toxiques. » source : https://www.behance.net/gallery/41006977/Mmoire-Proposition-de-Stratgie-Marketing

L’industrie des TIC consomme de plus en plus de métaux et a for­te­ment accru les sol­li­ci­ta­tions dans la table des élé­ments de Men­de­leïev au cours des der­nières décen­nies. Par exemple, un télé­phone por­table contien­drait plus de 60 métaux dif­fé­rents : de l’in­dium dans l’é­cran LCD, du tan­tale dans les conden­sa­teurs, de l’or dans les élé­ments conduc­teurs des cartes élec­tro­niques (UNEP, 2011b)… En l’es­pace de 20 à 30 ans, notre demande en dif­fé­rents métaux néces­saires aux indus­tries de hautes tech­no­lo­gies a plus que tri­plé (Bihouix, 2010). La recherche per­ma­nente de la per­for­mance et de l’ef­fi­ca­ci­té n’est pas étran­gère à cet accrois­se­ment et a contri­bué à la sol­li­ci­ta­tion de ces nou­veaux métaux jusque-là peu uti­li­sés. La consom­ma­tion des grands métaux a dou­blé en vingt ans. L’émergence de pays comme la Chine et l’Inde condui­ra à nou­veau à dou­bler cette consom­ma­tion dans les vingt pro­chaines années (Bir­raux, 2011). Actuel­le­ment, en Chine, le taux de consom­ma­tion par habi­tant des quatre prin­ci­paux alliages ou métaux indus­triels (acier, alu­mi­nium, cuivre et plomb) n’est que de 9 % par rap­port aux pays indus­tria­li­sés. Si ce taux s’é­le­vait au niveau de celui des pays occi­den­taux, cela condui­rait presque au dou­ble­ment de l’u­ti­li­sa­tion des res­sources mon­diales (Dia­mond, 2006). Ce scé­na­rio semble peu envi­sa­geable car nous avons épui­sé les gise­ments les plus faci­le­ment acces­sibles et les plus concen­trés. Pre­nons l’exemple du cuivre pour lequel il fal­lait extraire 55 tonnes de mine­rai pour en obte­nir une tonne en 1930, alors qu’il faut aujourd’­hui en extraire plus du double (Bihouix, 2010).

De nom­breuses études montrent que la consom­ma­tion de res­sources natu­relles par habi­tant est cor­ré­lée au niveau de déve­lop­pe­ment d’un pays. D’autres études, plus rares, laissent entendre que le stock de métaux en usage dans les pays les plus déve­lop­pés est entre 5 et 10 fois supé­rieur à celui des pays les moins avan­cés (UNEP, 2011b). En ce qui concerne les res­sources métal­li­fères, on constate que ce qui relève du sec­teur de la construc­tion néces­site des métaux fer­reux, des fer­ro-alliages et du cuivre. L’équipement élec­tro­mé­na­ger (appe­lé aus­si pro­duits blancs) a besoin pour sa part de métaux basiques (alu­mi­nium, cuivre, étain, zinc). Les indus­tries de haute tech­no­lo­gie, dont l’élec­tro­nique (pro­duits bruns), sont friandes de métaux spé­ciaux comme le cobalt, l’in­dium, le gal­lium, le ger­ma­nium, le lithium, le tan­tale, le titane et les terres rares (Bihouix, 2010). Cette demande spé­ci­fique, tirée par ces indus­tries par­ti­cu­lières, a consi­dé­ra­ble­ment accru la sol­li­ci­ta­tion des métaux dans la table de Mendeleïev. […] 

Enfin, quelques élé­ments vont être par­ti­cu­liè­re­ment sol­li­ci­tés d’i­ci à 2030 par des tech­no­lo­gies tirant la demande (Euro­pean com­mis­sion, 2010a). Par­mi eux, on peut citer le gal­lium dont la demande sera mul­ti­pliée par plus de 22, l’in­dium et le ger­ma­nium par 8, le néo­dyme par 7, le titane par 4, le cuivre et le pal­la­dium par plus de 3,5 et l’argent par 3. Même si une aug­men­ta­tion signi­fi­ca­tive du recy­clage est néces­saire (d’une part, le recy­clage est moins éner­gi­vore que l’ex­trac­tion et le raf­fi­nage des res­sources pri­maires, d’autre part, il allège la pres­sion sur les res­sources natu­relles et donc l’im­pact envi­ron­ne­men­tal de l’in­dus­trie minière), il ne peut pas être une solu­tion pérenne à l’é­pui­se­ment des ressources.

En effet, il existe des pertes au feu à chaque cycle, de l’ordre de 1 à 2 % par exemple pour le cas de l’a­lu­mi­nium (Bihouix, 2010). Pour le cas pré­cis des indus­tries high-tech, qui néces­sitent des élé­ments d’une grande pure­té, les métaux recy­clés sont dis­qua­li­fiés pour cause d’une pure­té insuf­fi­sante. D’autre part, même un recy­clage effi­cace en lithium épui­se­rait les res­sources de cer­tains métaux. En recy­clant les bat­te­ries Li-ion à 100 %, la demande ne sau­rait évi­ter la déplé­tion avant 2025 (Wan­ger, 2011). Il nous fau­dra cer­tai­ne­ment employer une voie beau­coup plus modé­rée dans notre consom­ma­tion de métaux si nous ne vou­lons pas voir s’ef­fon­drer des pans entiers de nos éco­no­mies métallo-dépendantes. […] 

Extrac­tions

Comme nous l’a­vons dit plus haut, les indus­tries minières et élec­tro­niques sont extrê­me­ment éner­gi­vores. L’industrie minière a prin­ci­pa­le­ment recours au pétrole (explo­ra­tion, extrac­tion, …) […]. En ce qui concerne les métaux, 8 à 10 % de l’éner­gie pri­maire mon­diale sert à les extraire ou les raf­fi­ner (Bihouix, 2010). […] 

D’une part, l’ex­trac­tion des res­sources, dont nous avons par­lé au début de ce cha­pitre, com­mence presque tou­jours par le défri­chage du ter­rain et donc l’a­bat­tage d’arbres, d’autre part, l’in­dus­trie pape­tière, sti­mu­lée par l’u­ti­li­sa­tion du papier qui ne fait que croître avec l’u­sage des TIC, est une des causes de la défo­res­ta­tion légale (plan­ta­tions d’es­pèces à crois­sance rapide en lieu et place des espèces endé­miques) et illé­gale. L’avènement de la micro-infor­ma­tique au début des années 80 avait fait miroi­ter le déclin du papier il n’en fut rien, nous n’a­vons jamais consom­mé autant de papier, ce qui rend un peu plus encore caduque l’i­mage déma­té­ria­li­sée des TIC. D’a­près un rap­port récent, la pro­duc­tion mon­diale de papier s’est éle­vée à plus de 375 mil­lions de tonnes en 2009, alors qu’elle était d’un peu moins de 100 mil­lions de tonnes en 1965 et d’en­vi­ron 170 mil­lions de tonnes au début des années 1980 (Tis­sa­ri, 2011). Le papier d’im­pres­sion et d’é­cri­ture repré­sen­tait près de 28 % de cette pro­duc­tion en 2009 (2e poste après l’emballage avec la moi­tié de la pro­duc­tion). Dans ce der­niers cas, ce sont sou­vent des essences à crois­sance rapide (euca­lyp­tus) qui sont employées. La ren­ta­bi­li­té à court terme est encore une fois le moteur de ces exploi­ta­tions. Mal­heu­reu­se­ment, ces arbres génèrent des impacts envi­ron­ne­men­taux impor­tants quand ils sont plan­tés en masse, hors de leur bio­tope habi­tuel, comme l’Aus­tra­lie pour l’eu­ca­lyp­tus. Ils concourent à l’a­ci­di­fi­ca­tion des sols et épuisent consi­dé­ra­ble­ment l’eau des nappes phréatiques. […] 

La phase de pro­duc­tion des TIC génère quan­ti­té de sub­stances chi­miques. Par exemple, une ACV d’un réseau de télé­pho­nie mobile met en évi­dence les émis­sions de gaz can­cé­ri­gènes dues à l’ar­se­nic et au ben­zo­py­rène uti­li­sés pour fabri­quer les cir­cuits impri­més (PWB) (Scharn­horst, 2005b). Dans le cas des puces élec­tro­niques, la quan­ti­té totale de pro­duits chi­miques uti­li­sée varie entre 9 et 610 g/cm2, et entre 1,2 et 160 g/cm2 pour l’en­semble des émis­sions de ces pro­duits (Williams, 2002a).

Pour ana­ly­ser l’im­pact de la pol­lu­tion au plomb, d’autres études ont cal­cu­lé les émis­sions induites par la fabri­ca­tion mais aus­si par le recy­clage des bat­te­ries d’or­di­na­teurs (Cher­ry, 2009). Les émis­sions aériennes de plomb pro­viennent des fours de pre­mière fusion, des ins­tal­la­tions de fabri­ca­tion des bat­te­ries et des fours de deuxième fusion, où elles sont recy­clées. Les auteurs sou­lignent qu’une dif­fi­cul­té majeure vien­dra de plus en plus des sites infor­mels de recy­clage des DEEE (déchets d’é­qui­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques) qui vont conti­nuer à croître avec la dif­fu­sion des TIC (voir § 3.3). Plu­sieurs études traitent des émis­sions gazeuses pol­luées par des com­po­sés chlo­ré (Poly­Chlo­ro­Bi­phé­nyle ou PCB) ou bro­mi­né (Poly­Bro­mo­Bi­phé­nyle ou PBB) émis lors de l’in­ci­né­ra­tion des DEEE.

Les retar­da­teurs de flamme bro­més sont des com­po­sés chi­miques anthro­piques ajou­tés aux équi­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques pour en limi­ter le carac­tère inflam­mable. Les plus cou­rants dans l’in­dus­trie élec­tro­nique sont :

  • Les Poly­Bro­mo­Di­phé­ny­lE­thers (PBDE), tra­di­tion­nel­le­ment com­mer­cia­li­sés sous trois formes penta-BDE, octa-BDE et deca-BDE et uti­li­sés pour les mou­lages élec­tro­niques et les circuits ;
  • Le Tetrabromobisphenol‑A (TBBPA) et autres phé­nols employés pour la fabri­ca­tion de cartes de cir­cuits impri­més en résine époxy
  • Le Tri­phé­nyl­phos­phate (TPP), un ester de la famille des phos­phates de tria­ryle, à base d’oxy­chlo­rure de phos­phore et de phé­nol qui entre dans la com­po­si­tion des plas­tiques des moni­teurs notamment.

Les PBDE sont des conta­mi­nants glo­baux et des pol­luants orga­niques per­sis­tants (POP). Ils sont très lar­ge­ment dif­fu­sés dans les eaux du globe – et ce jus­qu’en Arc­tique – que ce soit dans la chair des pois­sons et des grands mam­mi­fères marins, dans les eaux douces ou encore dans les sédi­ments (Luo, 2007 ; Brig­den, 2007 ; All­chin & Mor­ris, 2002). De manière géné­rale ces pro­duits « peuvent péné­trer l’en­vi­ron­ne­ment par de nom­breux moyens par­mi les­quels les émis­sions atmo­sphé­riques émises lors de la fabri­ca­tion, le recy­clage de pro­duits conte­nant des PBDE, la vola­ti­li­sa­tion à par­tir de pro­duits de consom­ma­tion et le les­si­vage des sites de déchets » (Xu, 2009). Le TPP et plus glo­ba­le­ment les tries­ters phos­pho­riques sont aus­si lar­ge­ment répan­dus, puis­qu’ils sont détec­tés dans les eaux de sur­face et les eaux sou­ter­raines (Brig­den, 2007). […] 

En 1998, une étude avan­çait qu’au cours de leur com­bus­tion avec les plas­tiques où ils sont incor­po­rés, cer­tains retar­da­teurs de flamme pou­vaient engen­drer des pol­luants dan­ge­reux comme des dioxines ou des furanes (Menad, 1998). Un écran catho­dique pou­vait, par exemple, conte­nir près de 2 kg de ces retar­da­teurs. Leur com­bus­tion incom­plète entraîne la for­ma­tion de com­po­sés toxiques comme le cya­nure d’hy­dro­gène ou le monoxyde de car­bone. Cer­tains auteurs avaient aler­té, par leurs ana­lyses sur les sites de recy­clage de DEEE en Suisse, du fort poten­tiel d’é­mis­sions pol­luantes de ces retar­da­teurs de flamme (Morf, 2005). D’autres montrent que dans les décharges états-uniennes, la lixi­via­bi­li­té du plomb pour les cir­cuits impri­més et le verre des écrans catho­diques a pu dépas­ser les limites défi­nies par l’a­gence amé­ri­caine de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment (Williams, 2008). Mais c’est en Chine que le plus grand nombre d’é­tudes a récem­ment vu le jour. Ana­ly­sant la dif­fu­sion régio­nale des PBDE émis par les sites de recy­clage de DEEE dans le sud-est de la Chine, une étude conclut à une large dif­fu­sion géo­gra­phique de ces pol­luants, au point de géné­rer un véri­table halo de pol­lu­tion de plus de 74 kilo­mètres de rayon (Zhao, 2009). Une autre confirme la res­pon­sa­bi­li­té des sites de recy­clage de DEEE dans les émis­sions de ces pol­luants, en mon­trant qu’elles sont deux fois plus fortes le jour que la nuit (Chen, 2009). Ces résul­tats sou­lignent aus­si que cette région reçoit des bro­mo­di­phé­ny­lé­thers (BDE) d’autres régions chi­noises, résul­tats cor­ro­bo­rés par d’autres études qui trouvent de très fortes concen­tra­tions de PBDE, de PCB et de deux com­po­sés de la famille des dioxines (PCDD/F) dans les éco­sys­tèmes avoi­si­nant les sites de recy­clage de DEEE, y com­pris dans des sols agri­coles (Liu, 2008). En outre, des mesures détaillées pour les concen­tra­tions de ces pol­luants aériens et de plu­sieurs autres ont été rap­por­tées sur le site de Guiyu (Williams, 2008), le plus grand site infor­mel de recy­clage de DEEE au monde (selon l’ONG Basel Action Net­work, plus de 100000 per­sonnes y tra­vaille­raient). Enfin, une étude consa­crée aux impacts du déman­tè­le­ment des cir­cuits impri­més en Chine met en évi­dence le lien entre recy­clage infor­mel de ces TIC et émis­sions de dioxines et de com­po­sés chlo­rés et bro­mi­nés (Duan, 2011). Les consé­quences envi­ron­ne­men­tales de ces pro­cé­dés pri­mi­tifs vont peser pen­dant long­temps sur les éco­sys­tèmes et la san­té des popu­la­tions locales. L’in­ven­taire des tech­niques uti­li­sées en Chine pour trai­ter les cir­cuits impri­més, notam­ment les petits poêles à char­bon arti­sa­naux d’un demi-mètre de hau­teur au-des­sus des­quels sont pla­cées les cartes-mères afin de les chauf­fer et d’en faire fondre les sou­dures pour récu­pé­rer les com­po­sants, montre qu’il en résulte de dan­ge­reuses fumées noires et des odeurs âcres dans les ate­liers (Huang, 2009).

Les études sur la pol­lu­tion aux par­ti­cules asso­ciée aux TIC ne portent que sur la phase de fin de vie de ces pro­duits. Une simu­la­tion sur un site expé­ri­men­tal de brû­lis à ciel ouvert confirme les fortes émis­sions conco­mi­tantes de par­ti­cules de brome, de plomb, d’é­tain, de cuivre, d’an­ti­moine et d’ar­se­nic (Gul­lett, 2007). Les émis­sions de plomb mesu­rées y étaient 200 fois plus éle­vées que les concen­tra­tions auto­ri­sées aux États-Unis. Les auteurs trouvent éga­le­ment de très fortes émis­sions de Diben­zo­dioxine poly­bro­mée (PBDD) et de Diben­zo­fu­rannes poly­bro­més (PBDF) issues des cir­cuits impri­més, ce qui confirme que les retar­da­teurs de flamme bro­més génèrent ces pol­luants, ain­si que la res­pon­sa­bi­li­té pre­mière du recy­clage pri­maire de DEEE dans leur pro­duc­tion. Or ce sont pré­ci­sé­ment ces pro­cé­dés qui sont uti­li­sés dans les pays en déve­lop­pe­ment pour trai­ter les DEEE qui y sont expor­tés. Une éva­lua­tion de la pol­lu­tion par les métaux lourds de l’en­vi­ron­ne­ment du site de Guiyu a per­mis de déce­ler la pré­sence de ces métaux (plomb, cuivre, nickel, zinc) dans les pous­sières d’un ate­lier de recy­clage de DEEE et dans celles des rues adja­centes (Leung, 2008). On trouve des concen­tra­tions beau­coup plus éle­vées sur et à proxi­mi­té de ces sites que sur des sites ne pra­ti­quant pas ce type d’ac­ti­vi­tés. Les auteurs relèvent par exemple des concen­tra­tions en plomb et en cuivre dans les pous­sières des routes adja­centes plu­sieurs cen­taines de fois supé­rieures à celles des sites éloi­gnés de plu­sieurs kilo­mètres du site de recy­clage. Enfin, une ana­lyse sur les par­ti­cules émises lors du recy­clage de cir­cuits impri­més dans un ate­lier type du sud de la Chine montre que celles-ci sont com­plè­te­ment dif­fé­rentes des par­ti­cules émises par d’autres sites (Bi, 2010). Cela per­met de carac­té­ri­ser les émis­sions atmo­sphé­riques issues des ate­liers de recy­clage infor­mel de DEEE, et de démon­trer que ces acti­vi­tés sont des sources très impor­tantes de pol­lu­tion aux métaux lourds, et tout par­ti­cu­liè­re­ment au cad­mium, plomb, et nickel. […] 

Site de « recy­clage » des DEEE (déchets d’é­qui­pe­ments élec­triques et élec­tro­niques) de Guiyu en Chine, où près de 100 000 tra­vailleurs migrants désossent, trient et brûlent les pro­duits infor­ma­tiques dans des condi­tions proches de l’esclavage. Sans pro­tec­tion et pour 2 dol­lars par jour ils mettent leur vie en péril notam­ment en res­pi­rant des sub­stances nocives. Les taux de can­cers et de mala­dies y battent des records mon­diaux (80% des enfants sont atteints d’insuffisante res­pi­ra­toire et de satur­nisme, par exemple).

S’a­gis­sant des pol­luants géné­rés au cours des pro­ces­sus d’ex­trac­tion des matières pre­mières, de fabri­ca­tion, d’u­ti­li­sa­tion et de trai­te­ment des déchets élec­tro­niques, il est extrê­me­ment dif­fi­cile, voire impos­sible d’ob­te­nir des don­nées com­plètes de la part des indus­triels ou des acteurs impli­qués dans les pays asia­tiques ou en Afrique. La plu­part des résul­tats pro­viennent d’é­tudes indé­pen­dantes d’a­na­lyse des sols à proxi­mi­té d’ac­ti­vi­té connues pour émettre de grandes quan­ti­tés de sub­stances toxiques.

Cela dit, si peu de don­nées sont dis­po­nibles pour les sites indus­triels dis­tants, il peut être assez révé­la­teur d’ob­ser­ver ce qui se passe en Europe pour des indus­tries liées à la pro­duc­tion et au trai­te­ment des métaux par exemple. Le registre euro­péen des rejets et des trans­ferts de pol­luants (E‑PRTR) ras­semble toutes les décla­ra­tions d’é­mis­sion de pol­luants pour les 27 pays Euro­péens ain­si que l’Is­lande, le Liech­ten­stein, la Nor­vège, la Ser­bie et la Suisse. Le registre contient les don­nées annuelles décla­rées par quelque 28 000 éta­blis­se­ments indus­triels cou­vrant 65 acti­vi­tés éco­no­miques dans les 9 sec­teurs indus­triels sui­vants : l’éner­gie, la pro­duc­tion et la trans­for­ma­tion des métaux, l’in­dus­trie miné­rale, l’in­dus­trie chi­mique, la ges­tion des déchets et des eaux usées, la fabri­ca­tion et la trans­for­ma­tion du papier et du bois, l’é­le­vage inten­sif et l’a­qua­cul­ture, les pro­duits d’o­ri­gine ani­male ou végé­tale issus de l’in­dus­trie ali­men­taire et des bois­sons, ain­si que d’autres acti­vi­tés. 91 pol­luants sont ana­ly­sés, ils appar­tiennent aux 7 groupes sui­vants : gaz à effet de serre, autres gaz, métaux lourds, pes­ti­cides, sub­stances orga­niques chlo­rées, autres sub­stances orga­niques, sub­stances inor­ga­niques. Pour le sec­teur indus­triel de la pro­duc­tion et du trai­te­ment des métaux, on trouve, pour la seule année 2009, comme pol­luants émis dans les sols de l’en­semble de la zone : de l’ar­se­nic (15 kg), du chrome (plus de 6 tonnes), du cuivre (plus de 1 t), du nickel (presque 3 t), du plomb (357 kg), et tous leurs com­po­sés déri­vés. Dans la caté­go­rie des sub­stances inor­ga­niques : des fluo­rures, des cya­nures, des chlo­rures, de l’a­miante, de l’a­zote, du phos­phore et une énorme quan­ti­té de par­ti­cules. Les com­po­sés orga­no­ha­lo­gé­nés (1,3 t) et les PCB (400 g) font aus­si par­tie des sub­stances toxiques émises dans le sol. Par­mi les autres sub­stances orga­niques émises dans le sol, on trou­ve­ra des hydro­car­bures aro­ma­tiques poly­cy­cliques (64 kg), des phé­nols (34 kg), du naph­ta­lène (15 kg) et de l’an­tha­cène (plus de 2 kg). À noter que ces quan­ti­tés pour­raient être sous-éva­luées du fait des décla­ra­tions de confidentialité.

Les émis­sions dans le sol géné­rées au cours du trai­te­ment des déchets dan­ge­reux (sto­ckage et/ou inci­né­ra­tion) com­prennent aus­si des métaux lourds, alors que les sites consi­dé­rés sont régu­liè­re­ment contrô­lés et cor­res­pondent à des stan­dards Européens !

Les niveaux de pol­lu­tion que l’on peut trou­ver dans les zones des sites de pro­duc­tion de maté­riel élec­tro­nique, ou des sites de « trai­te­ment des déchets » sont très pro­ba­ble­ment bien supé­rieurs, du fait de la mul­ti­pli­ci­té et la concen­tra­tion de ce type d’in­dus­tries dans cer­taines régions asia­tiques par exemple ou des sites « infor­mels » de trai­te­ment de déchets élec­tro­niques. Mais com­men­çons par le com­men­ce­ment à savoir la phase d’ex­trac­tion de métaux !

S’a­gis­sant des acti­vi­tés minières, elles sont géné­ra­trices de pol­lu­tions chi­miques à trois niveaux : les mines elles-mêmes, les usines de concen­tra­tion de mine­rais qui réa­lisent un ensemble d’o­pé­ra­tions de trai­te­ment des­ti­nées à sépa­rer les phases miné­rales por­teuses des élé­ments valo­ri­sables de la gangue sté­rile, et enfin les usines métal­lur­giques posi­tion­nées à proxi­mi­té d’une ou plu­sieurs mines, qui per­met­tront de sépa­rer l’élé­ment valo­ri­sable de son miné­ral por­teur et trans­for­mer le concen­tré en forme métal­lique. Les prin­ci­pales sources poten­tielles de pol­lu­tion chi­mique sont liées aux tra­vaux et ouvrages d’ex­ploi­ta­tion, aux eaux d’ex­haure, aux déchets miniers et aux sto­ckages d’hy­dro­car­bures et de pro­duits chi­miques. Ce phé­no­mène consti­tue­rait l’un des pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux majeurs de l’in­dus­trie extrac­tive mon­diale (Arti­gnan, 2003).

Les prin­ci­paux conta­mi­nants mis en jeu sont des sub­stances chi­miques inor­ga­niques (métaux lourds, nitrates, sul­fates…) ou orga­niques (hydro­car­bures, com­po­sées phé­no­liques, phta­lates et autres pro­duits orga­niques indus­triels…). Les conta­mi­na­tions dans le sol cor­res­pondent à des retom­bées de pous­sières, des épan­dages de rési­dus pol­lués, de sédi­ments d’i­non­da­tion, de pro­duits chi­miques ou d’effluents.

Des ana­lyses de sols à proxi­mi­té de plu­sieurs mines en Chine ont mis en évi­dence une pol­lu­tion sérieuse aux métaux lourds (Liao, 2009). Pour les seuls zinc, plomb, cuivre et arse­nic, les moyennes cal­cu­lées à par­tir des obser­va­tions sont entre 5 et 20 fois supé­rieures aux valeurs « nor­males » pour les sites concernés.

Des ana­lyses d’é­chan­tillons de sol, pré­le­vés dans la région de la mine de Xiao­qin­ling, la deuxième plus grande mine d’or de Chine, montrent une fois de plus la pré­sence de nom­breux métaux lourds : mer­cure, plomb, cuivre, arse­nic et chrome, métaux issus direc­te­ment des acti­vi­tés d’ex­trac­tion de l’or, avec des concen­tra­tions éle­vées à proxi­mi­té des sources d’or dans la région étu­diée (Wu, 2010). Ces auteurs ont cal­cu­lé un risque éco­lo­gique à par­tir de ces don­nées afin d’é­va­luer si les taux pré­sen­taient un dan­ger quel­conque pour les éco­sys­tèmes et pour la san­té humaine ; ils ont esti­mé que pour plus de 74 % de la sur­face étu­diée, le risque était soit éle­vé soit signi­fi­ca­ti­ve­ment éle­vé, ce qui cor­res­pond à un dépas­se­ment impor­tant des normes en vigueur dans le pays. Ceci implique que non seule­ment le sol a été sérieu­se­ment pol­lué par les métaux lourds, mais qu’en plus ces métaux sont toxiques pour l’en­vi­ron­ne­ment. Les ana­lyses des cultures avoi­si­nantes et des che­veux des humains qui tra­vaillent ou habitent à proxi­mi­té de ces mines l’at­testent malheureusement.

Lorsque ces sub­stances toxiques sont dis­per­sées à proxi­mi­té de cultures, que ce soit à côté des mines ou des trai­te­ments sau­vages de déchets élec­tro­niques, les impacts envi­ron­ne­men­taux, notam­ment sur la san­té des ani­maux et des êtres humains, peuvent tra­ver­ser les frontières.

Concer­nant les phases de pro­duc­tion et notam­ment de fabri­ca­tion des cir­cuits inté­grés et d’as­sem­blage des cartes élec­tro­niques, l’é­tude menée par la Mul­ti­la­te­ral Invest­ment Gua­ran­tees Agen­cy de la Banque Mon­diale donne une idée des déchets solides géné­rés : des métaux lourds, des sco­ries de sou­dure, de l’ar­se­nic et des sol­vants orga­niques (la plus grande part de déchets), des encres, des retar­da­teurs de flamme bro­més, des sels métal­liques de plomb, etc… Plus pré­cise, l’é­tude réa­li­sée par le labo­ra­toire de recherche de Green­peace et por­tant sur une ving­taine de sites situés en Chine, en Thaï­lande, dans les Phi­lip­pines et à Mexi­co, donne des résul­tats édi­fiants sur les sub­stances toxiques géné­rées lors de la fabri­ca­tion des puces élec­tro­niques, des cartes élec­tro­niques et de leur assem­blage (Brig­den, 2007). Pour la plu­part des sites exa­mi­nés, cette étude démontre en effet la pré­sence de rejets et/ou de conta­mi­na­tion des milieux envi­ron­nants. Ces rejets com­portent une gamme de pro­duits chi­miques dan­ge­reux uti­li­sés dans les pro­ces­sus de fabri­ca­tion. En dépit de l’im­pos­si­bi­li­té pour cette équipe de recherche d’ob­te­nir autant de pré­lè­ve­ments que néces­saire (à cause de dif­fi­cul­tés d’ac­cès aux sites indus­triels), de fortes simi­la­ri­tés inter-sites ont pu être obser­vées : pré­sence dans les sols de PBDE, de phta­lates, de métaux lourds, notam­ment du cuivre, du nickel et du zinc et ce dans des quan­ti­tés bien supé­rieures aux quan­ti­tés trou­vées natu­rel­le­ment dans le sol à quelques kilo­mètres de là. Sur un site au Mexique, les auteurs ont trou­vé de l’é­thoxy­late de nonyl­phé­nol (NPE) et ses pro­duits de dégra­da­tion. Ces sub­stances, per­sis­tantes, bio­ac­cu­mu­lables et toxiques sont inter­dites en Europe en rai­son des risques pour l’en­vi­ron­ne­ment et la santé ! […] 

Dans la décharge de « Smo­key Moun­tains » à Manilles, aux Philippines.

De très nom­breux articles traitent des déchets élec­tro­niques et des impacts de leur trai­te­ment sur l’en­vi­ron­ne­ment et la san­té. Tous les auteurs dressent le même constat catas­tro­phique à proxi­mi­té des sites de trai­te­ment « infor­mels » des déchets élec­tro­niques. Un grand nombre de don­nées en pro­ve­nance de sites chi­nois et indiens a été ras­sem­blé (Sepul­ve­da, 2010). Cet auteur observe que pour des pol­luants comme le plomb, les PBDE et des pol­luants chi­miques orga­niques comme les furanes et les dioxines, les quan­ti­tés pré­sentes sont, de plu­sieurs ordres de gran­deur, supé­rieures aux valeurs « nor­males pour ces régions.

Une étude récente, sur la conta­mi­na­tion des sols et des légumes culti­vés à proxi­mi­té d’un site de trai­te­ment des déchets dans le sud de la Chine, indique que les légumes pré­sentent un fort taux de métaux lourds, notam­ment du cad­mium et du plomb, ce qui repré­sente un pro­blème de san­té poten­tiel pour les popu­la­tions locales, mais aus­si par exten­sion pour les per­sonnes qui consom­me­ront ces légumes ven­dus ou expor­tés (Luo, 2011). Tou­jours dans le sud de la Chine, des niveaux éle­vés de métaux lourds (Cu : 11140 mg/kg, Pb : 4500 mg/kg, et Zn : 3690 mg/ kg), de pol­luants orga­niques per­sis­tants (3 206 ng/g), des biphé­nyls poly­chlo­rés (1443 ng/g) et des PBDE (44473 ng/g) ont été détec­tés dans le sol, l’eau et l’en­vi­ron­ne­ment ambiant, autour des sites de recy­clage des déchets élec­tro­niques (Wang, 2011). Des constats alar­mants sont régu­liè­re­ment dres­sés par les scien­ti­fiques qui démontrent le trans­fert des pol­luants via les équi­pe­ments des pays déve­lop­pés vers les pays comme la Chine, l’Inde ou l’A­frique. Les mau­vaises condi­tions de recy­clage dans ces pays conduisent à des pol­lu­tions extrê­me­ment sévères des sols par les pol­luants orga­niques per­sis­tants et les métaux lourds, avec un impact non seule­ment sur l’en­vi­ron­ne­ment mais aus­si sur les champs culti­vés, y com­pris les cultures de riz dont la pro­duc­tion pour­rait bien être expor­tée vers les pays déve­lop­pés (Wong, 2007) ! […] 

Les pro­duits élec­tro­niques requièrent pour leur fabri­ca­tion un cer­tain nombre de métaux et mine­rais (voir § 1.1 de ce cha­pitre), dont l’ex­trac­tion et l’ex­ploi­ta­tion pré­sentent un risque sani­taire éle­vé pour ceux qui y tra­vaillent, en par­ti­cu­lier les femmes en âge d’en­fan­ter et les enfants (Bose-O’Reilly, 2010a, 2010b ; Ste­ck­ling, 2011). En effet, ces der­niers, employés sou­vent très jeunes dans les mines, se trouvent alors intoxi­qués par les sub­stances uti­li­sées pour extraire les métaux, en par­ti­cu­lier le mer­cure. Ain­si des études rap­portent le cas d’en­fants en Indo­né­sie, en Tan­za­nie, au Zim­babwe, seule­ment âgés de sept ans pour cer­tains, expo­sés direc­te­ment à des taux très éle­vés de mer­cure uti­li­sé sous forme de vapeurs pour extraire l’or. Celles-ci ont une toxi­ci­té supé­rieure à la forme liquide. Tous les enfants vivant à proxi­mi­té de ces mines sont éga­le­ment affec­tés par les rejets de ces pro­duits chi­miques dans l’en­vi­ron­ne­ment, même les enfants à naître alors conta­mi­nés par le pla­cen­ta de la mère où s’ac­cu­mulent ces sub­stances ou encore les nou­veau-nés par le lait mater­nel (Grand­jean, 1997, 1999 ; Bose-O’Reilly, 2008a, 2008b). Or le mer­cure est un neuro‑, néphro‑, immu­no­toxique. Les prin­ci­paux symp­tômes obser­vés sont un retard du déve­lop­pe­ment céré­bral, une ataxie carac­té­ri­sée par des troubles de la coor­di­na­tion et des mou­ve­ments réflexes, une sali­va­tion exces­sive et une sen­si­bi­li­té accrue aux dif­fé­rentes mala­dies comme la mala­ria ou la tuber­cu­lose. Il repré­sente par consé­quent un risque majeur pour l’es­pé­rance de vie des enfants exposés.

D’autres études ont révé­lé des taux d’ex­po­si­tion éle­vés des mineurs et des rive­rains des sites d’ex­ploi­ta­tion à dif­fé­rents métaux comme le cobalt, le cad­mium, l’ar­se­nic et l’u­ra­nium (Ban­za, 2009). Le cobalt est notam­ment res­pon­sable de dys­fonc­tion­ne­ments car­diaques (car­dio­myo­pa­thie), de troubles de la thy­roïde, de mani­fes­ta­tions aller­giques telles que des der­ma­tites de contact ou de l’asthme pro­fes­sion­nel et de can­cer des pou­mons (Ban­za, 2009). Le cad­mium pro­voque diar­rhées, vomis­se­ments, crampes mus­cu­laires, des lésions tubu­laires rénales, une décal­ci­fi­ca­tion osseuse et un risque accru de can­cer des pou­mons (Ban­za, 2009 ; Cha­kra­bar­ty, 2010). L’ar­se­nic entraîne des affec­tions der­ma­to­lo­giques (méla­noses, leu­co­mé­la­no­der­mie, kéra­tose), des effets neu­ro­lo­giques, des pro­blèmes obs­té­triques, une ten­sion arté­rielle éle­vée, un dia­bète mel­li­tus (insu­li­no-dépen­dant), des mala­dies du sys­tème res­pi­ra­toire, et il est une sub­stance can­cé­ri­gène avé­rée notam­ment pour les pou­mons, la ves­sie ou la peau (Luba­ba Nku­lu Ban­za, 2009 ; Cha­kra­bar­ty, 2010). L’u­ra­nium quant à lui affecte prio­ri­tai­re­ment les reins et les os (Luba­ba Nku­lu Ban­za, 2009).

Fin des extraits


Pour aller plus loin :

Les coûts des hautes tech­no­lo­gies : l’exemple de l’ex­trac­tion du cobalt

***

[Rap­pe­lons que le cad­mium et l’ar­se­nic sont uti­li­sés dans la fabri­ca­tion de pan­neaux solaires. Cf : Le mythe des renou­ve­lables. Ajou­tons éga­le­ment qu’à pro­pos du lithium uti­li­sé dans la fabri­ca­tion de la plu­part des bat­te­ries des nou­velles tech­no­lo­gies — y com­pris des bat­te­ries ser­vant au sto­ckage de l’éner­gie pro­duite par les pan­neaux solaires —, extrait (entre autres) dans la région du salar d’Atacama au Chi­li, le Washing­ton Post vient de publier un dos­sier où nous appre­nons prin­ci­pa­le­ment deux choses. La pre­mière, que les indi­gènes reçoivent une bien maigre com­pen­sa­tion en échange de l’exploitation de leurs terres et de leurs res­sources. La seconde, que la pro­duc­tion de lithium requiert des quan­ti­tés mas­sives d’eau (l’usine de la com­pa­gnie Sales de Jujuy consomme plus de 7 500 000 litres d’eau par jour), ce qui risque de mena­cer for­te­ment l’écosystème régio­nal et la vie sur le pla­teau. Il est éga­le­ment fait men­tion d’autres menaces envi­ron­ne­men­tales, mais qui res­tent appa­rem­ment incer­taines, dû au manque de recul (on ne sau­ra qu’avec le temps, en atten­dant, on expé­ri­mente à l’aveugle ; c’est d’ailleurs un prin­cipe cen­tral de la civi­li­sa­tion indus­trielle), et à l’absence de consen­sus scientifique.

A pro­pos du gra­phite, un autre com­po­sant des bat­te­ries au lithium et de nou­velles tech­no­lo­gies de pan­neaux solaires, dont la pro­duc­tion se fait majo­ri­tai­re­ment en Chine, le Washing­ton Post a éga­le­ment publié un dos­sier, détaillant les diverses pol­lu­tions engen­drées. Tout y passe, de la pol­lu­tion de l’air par des par­ti­cules toxiques (entrai­nant de mul­tiples pro­blèmes de san­té, de crises car­diaques à divers troubles res­pi­ra­toires), à celle de l’eau, et celle du sol.] 

***

Arrê­tons-nous ici. Bien d’autres pol­lu­tions sont expo­sées et ana­ly­sées, dans le livre. Bien enten­du, en tant qu’experts man­da­tés par et tra­vaillant pour des orga­nismes qui s’ins­crivent dans le cadre de la socié­té qui engendre tout cela, les auteurs ont, comme beau­coup, la tête dans le gui­don, ain­si, ils ne semblent pas capables de par­ve­nir aux conclu­sions qui sautent aux yeux à la vue de tels constats, et qui devrait s’imposer à toute per­sonne sou­hai­tant un tant soit peu pro­té­ger la pla­nète (et pas le mode de vie confor­table offert aux plus pri­vi­lé­giés du monde par la civi­li­sa­tion indus­trielle). Ce qu’on constate fla­gramment, c’est qu’au­cune des pra­tiques qui com­posent le « déve­lop­pe­ment » de la socié­té « tech­no­lo­gique et indus­trielle », son indus­tria­lisme, ne sont éco­lo­giques. On constate éga­le­ment, sauf si l’on adopte la mau­vaise foi men­son­gère des adeptes de la pen­sée magique, qu’il n’y a aucune chance pour que ce déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique le devienne un jour. Bien sûr, cer­taines pol­lu­tions pour­raient être miti­gées, le recy­clage, dans cer­tains cas, pour­rait être amé­lio­ré, et d’autres mesures de type « un peu moins pire » pour­raient être mises en place, seule­ment, deux choses : à chaque fois que les pro­cé­dés tech­no-indus­triels gagnent en effi­cience, leur effets glo­baux ne se retrouvent pas allé­gés, au contraire (voir l’effet rebond, le para­doxe de Jevons ou le pos­tu­lat de Khaz­zoom-Brookes), et enfin, aus­si moins pire que l’on puisse les rendre, ils seront tou­jours des­truc­teurs et pol­luants, par défi­ni­tion. La magni­tude des effets des­truc­teurs qui accom­pagnent le déve­lop­pe­ment de la civi­li­sa­tion indus­trielle devrait être suf­fi­sam­ment mani­feste. L’in­fra­struc­ture indus­trielle, comme la pro­duc­tion indus­trielle d’ob­jets en tous genres, mais par­ti­cu­liè­re­ment d’ap­pa­reils high-tech (dont les pan­neaux solaires, les éoliennes, etc.), dépendent de pra­tiques extrac­ti­vistes des­truc­trices, engendrent toutes sortes de pol­lu­tions toxiques (avant, pen­dant et après uti­li­sa­tion), et ne sont de toutes façon pas sou­te­nables en rai­son de la déplé­tion des res­sources uti­li­sées (le recy­clage engendre des pertes, par défi­ni­tion, et est lui aus­si énergivore).

A noter, la pau­vre­té des don­nées dis­po­nibles. Les auteurs expliquent effec­ti­ve­ment tout au long du livre que bien peu de don­nées sont dis­po­nibles, que bien peu d’é­va­lua­tions ont été effec­tuées, que bien peu de ren­sei­gne­ment sont dis­po­nibles, dans l’en­semble. Et ça se com­prend, la Chine n’est pas connue pour son ouver­ture jour­na­lis­tique. Les entre­prises refusent aus­si par­fois de divul­guer leurs sources d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, ce qui ne faci­lite pas la tâche, bien entendu.

& sachant que les pro­blèmes liés aux phé­no­mènes d’a­lié­na­tion engen­drés par l’u­ti­li­sa­tion mas­sive et omni­pré­sente des hautes tech­no­lo­gies ne sont pas abor­dés ici. Et sachant éga­le­ment que bien des choses pour­raient être écrites sur l’as­pect auto­ri­taire (et non démo­cra­tique) de l’or­ga­ni­sa­tion sociale mon­dia­li­sée ultra-com­plexe néces­saire, par défi­ni­tion, à la pro­duc­tion de nou­velles et hautes technologies.

Conti­nuer à croire que d’une manière ou d’une autre, tout ce déve­lop­pe­ment (cet indus­tria­lisme, « vert » ou non), pour­rait être res­pec­tueux de l’écologie pla­né­taire (ou se faire de manière démo­cra­tique, sans orga­ni­sa­tion sociale hau­te­ment hié­rar­chi­sée) relève du déni ou de la croyance mys­ti­co-reli­gieuse. En atten­dant, en son nom, la Terre, ain­si que ses habi­tants humains et non-humains, sont en train d’être détruits.

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  1. « Pen­dant com­bien de temps encore ce « décou­vert » nous sera-t-il autorisé ? »
    C’est cer­tai­ne­ment la ques­tion la plus com­pli­qué, essayer de pré­voir par exemple seule­ment le pic pétro­lier (qui peut être est déjà pas­sé) est extrê­ment dif­fi­cile vu le manque de clar­té glo­bale de l’in­for­ma­tion sur ce sujet à la fois détaillé et obs­cure, que ce soit le pic pétro­lier ou celui des res­sources tout est fait pour nous embrouiller.

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