Les médias et la fabrique de l’illusion : à propos de quelques mensonges rassurants

Parce que les cli­chés ont la peau dure…

Cer­tains d’entre vous ont sûre­ment remar­qué com­ment quelques exemples de soi-disant réus­sites, de soi-disant « révo­lu­tions », « suc­cès » et autre « pro­grès » — ayant été repris et repu­bliés à tort et à tra­vers sur inter­net en rai­son de la soif gran­dis­sante de bonnes nou­velles qui carac­té­rise logi­que­ment une période d’effondrement — sont régu­liè­re­ment bran­dis comme des preuves d’une amé­lio­ra­tion de la situa­tion, des preuves de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle, moyen­nant X ou Y ajus­te­ment, pour­rait être cor­ri­gée, socia­le­ment et/ou éco­lo­gi­que­ment. Dans cet article, nous nous pro­po­sons d’exposer cinq d’entre eux pour ce qu’ils sont : 1. Le déploie­ment des éner­gies soi-disant renou­ve­lables au Cos­ta Rica, éri­gé en modèle de sou­te­na­bi­li­té éco­lo­gique, 2. La soi-disant révo­lu­tion en Islande, 3. Les gou­ver­ne­ments d’Amérique Latine soi-disant « socia­listes » et res­pec­tueux de la « Pacha­ma­ma », 4. Le soi-disant « modèle nor­dique », ou scan­di­nave, et 5. Les soi-disant pro­grès de la ville de San Fran­cis­co en termes de recy­clage (son image verte).

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1. Le Costa Rica (et le Bhoutan) ou l’art de faire passer la destruction du monde naturel pour son sauvetage

« Au Cos­ta Rica, 98,7 % de l’élec­tri­ci­té pro­duite est ‘verte’ » (Le Monde) ; « Le Cos­ta Rica tourne à 100 % avec des éner­gies renou­ve­lables » (Kon­bi­ni) ; « En 2016, le Cos­ta Rica a fonc­tion­né à 98 % grâce aux éner­gies renou­ve­lables » (Kon­bi­ni) ; « Le Cos­ta Rica cham­pion de l’éner­gie verte » (Sciences et Ave­nir) ; on pour­rait conti­nuer ain­si indé­fi­ni­ment, cette « infor­ma­tion » est sans cesse publiée et repu­bliée sur le web, machi­na­le­ment, auto­ma­ti­que­ment, à la manière d’une réso­nance dans une chambre d’écho. Et pour­tant, der­rière ces titres enflam­més, on retrouve un tis­su de non-sens et de mensonges.

Tout d’abord, la confu­sion clas­sique entre élec­tri­ci­té et éner­gie. Les com­bus­tibles fos­siles repré­sentent près de 70 % de toute l’énergie consom­mée au Cos­ta Rica. L’élec­tri­ci­té ne repré­sente que 30%, envi­ron, de toute l’énergie que le pays consomme. De ces 30% d’élec­tri­ci­té, près de 95/99 % sont pro­duits par des sources d’éner­gies soi-disant « renou­ve­lables » (80% d’hy­dro­élec­trique, 10% de géo­ther­mique, 5 % d’éo­lien, et le reste entre des cen­trales à bio­masse et des cen­trales solaires).

Sachant que la consom­ma­tion de com­bus­tibles fos­siles au Cos­ta Rica, qui a récem­ment explo­sé du fait de l’essor de la voi­ture indi­vi­duelle, ne fait qu’augmenter. Avec 287 voi­tures pour 1000 habi­tants (dont moins de 2% de véhi­cules hybrides/électriques), sa moyenne dépasse celle du monde, et de l’A­mé­rique Latine. La consom­ma­tion d’es­sence y a aug­men­té de 11% en 2016, ain­si que l’explique un article récem­ment publié dans le Guar­dian.

Mais ce n’est pas le prin­ci­pal pro­blème que pose le fait d’ériger le Cos­ta Rica en modèle de ver­tu écologique.

En effet, la prin­ci­pale absur­di­té de cette fan­tai­sie découle direc­te­ment de l’arnaque séman­tique que repré­sentent les éner­gies dites « renou­ve­lables ». Au Cos­ta Rica, la grande majo­ri­té de la pro­duc­tion d’énergie « renou­ve­lable » pro­vient des bar­rages hydro­élec­triques — ces infra­struc­tures qui « trans­forment des puits de car­bone en bombes de méthane ». Ce pays serait donc un idéal d’écologie parce qu’il a endi­gué beau­coup de ses prin­ci­paux fleuves et de ses prin­ci­pales rivières. Plus c’est absurde, plus ça passe, n’est-ce pas. Il suf­fit que le tout soit enro­bé dans une bonne dose de média­ti­sa­tion et de spectaculaire.

Un des nom­breux bar­rages du Cos­ta Rica (on en dénombre envi­ron 40), où plu­sieurs autres sont en cours de construction.

Les bar­rages, qui tuent les fleuves et les rivières où ils sont ins­tal­lés, en empê­chant la libre cir­cu­la­tion des espèces aqua­tiques et des sédi­ments char­riés par les cours d’eau (en hyper­liens ici, trois études qui le démontrent clai­re­ment, et trois études qui insistent aus­si sur le fait que ces consé­quences sont bien trop peu étu­diées et prises en compte, allez savoir pour­quoi) ; les bar­rages qui dépendent, pour leur construc­tion, de pra­tiques extrac­ti­vistes (de l’industrie minière), et des infra­struc­tures indus­trielles pour le trans­port ; les bar­rages dont les réser­voirs pro­duisent énor­mé­ment de méthane, un puis­sant gaz à effet de serre qui par­ti­cipe lour­de­ment au chan­ge­ment cli­ma­tique ; les bar­rages qui détruisent éga­le­ment l’habitat des espèces ter­restres (comme le jaguar au Cos­ta Rica) et des oiseaux qui dépendent, eux, des cours d’eau pour se nour­rir, en frag­men­tant des cor­ri­dors riches en bio­di­ver­si­té, sont tout sauf res­pec­tueux du monde naturel.

Au Cos­ta Rica, en Inde, au Bhou­tan, et par­tout dans le monde, des popu­la­tions luttent contre leur construc­tion, qui ravage les com­mu­nau­tés natu­relles comme les com­mu­nau­tés humaines qui en dépendent.

Dans un article inti­tu­lé « Le côté obs­cur de l’hy­dro­élec­tri­ci­té au Bhou­tan », publié sur le site de Glo­bal­voices, un Bhou­ta­nais explique que :

« La plu­part de nos rivières, foi­son­nantes de vie, sont empri­son­nées dans des bar­rages qui déplacent humains et ani­maux ain­si que des formes de vie aqua­tiques rares et même inconnues.

Cer­tains bar­rages pla­ni­fiés et en construc­tion sont des­ti­nés à créer d’é­normes rete­nues d’eau qui modi­fie­ront les condi­tions météo­ro­lo­giques et cau­se­ront des trem­ble­ments de terre, parce qu’ils sont situés dans des zones sis­mi­que­ment actives.

Il y a un dan­ger clair et pré­sent qu’un désastre envi­ron­ne­men­tal se pro­duise à un moment ».

L’ONG « Inter­na­tio­nal Rivers » rap­pelle, dans un article en anglais inti­tu­lé « Les impacts envi­ron­ne­men­taux des bar­rages », les prin­ci­pales consé­quences de leur construc­tion (migra­tion des pois­sons entra­vés, sédi­ments pié­gés, plantes et espèces inva­sives qui colo­nisent le réser­voir, éro­sion des berges, etc.).

Pour plus de détails (sur la pol­lu­tion au mer­cure induite par la construc­tion de bar­rages, par exemple) nous vous conseillons de lire notre article inti­tu­lé « Les illu­sions vertes : le cas des bar­rages (& non, le Cos­ta Rica n’est pas un para­dis éco­lo­gique) ».

Enfin, rap­pe­lons que l’électricité pro­duite par les bar­rages sert à ali­men­ter des appa­reils élec­tro-infor­ma­tiques tous plus toxiques les uns que les autres (iPhones, smart­phones, ordi­na­teurs por­tables, micro-ondes, télé­vi­seurs, etc.), dont la pro­duc­tion et la tota­li­té du cycle de vie impliquent éga­le­ment de sac­ca­ger le monde natu­rel à tra­vers des pra­tiques extrac­ti­vistes, d’innombrables pol­lu­tions et exploi­ta­tions sociales.

Le Cos­ta Rica est en réa­li­té un petit pays de plus en plus souillé par les émis­sions de pol­luants liées aux trans­ports, par les pol­lu­tions plas­tiques, par la béto­ni­sa­tion liée au tou­risme de masse, et par les plan­ta­tions de pal­miers à huile (entre autres nui­sances). Il est d’ailleurs le pre­mier consom­ma­teur au monde de pro­duits agro­chi­miques par hec­tare de terre culti­vé. Mais il n’est cer­tai­ne­ment pas un modèle d’écologie. S’il est pro­mu comme tel, c’est uni­que­ment parce qu’il est un modèle de réus­site pour les mul­ti­na­tio­nales et l’expansion de la civi­li­sa­tion industrielle.

Et pour aller plus loin, nous vous conseillons de lire cet article : L’écologie™ du spec­tacle et ses illu­sions vertes (espoir, « pro­grès » & éner­gies « renou­ve­lables »).

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2. L’Islande, sa pseudo-révolution et son économie particulièrement anti-écologique

Depuis 2008 et la soi-disant « révo­lu­tion » islan­daise tant van­tée sur inter­net, il y a eu des natio­na­li­sa­tions de banques, quelques ban­quiers ont fini en pri­son, mais glo­ba­le­ment rien n’a chan­gé. L’Islande (qui a refu­sé d’adhérer au pro­to­cole de Kyo­to) est un très bon exemple d’un pays où la vie humaine au sein de la civi­li­sa­tion indus­trielle est par­ti­cu­liè­re­ment dépen­dante de pro­ces­sus pro­fon­dé­ment anti-écologiques.

L’Islande pro­duit beau­coup d’aluminium (11ème nation du monde dans le domaine), dans des fon­de­ries pour les­quelles elle a construit des bar­rages dans des zones sau­vages aupa­ra­vant rela­ti­ve­ment pré­ser­vées (pour les impacts des bar­rages, remon­ter à la sec­tion pré­cé­dente). La bauxite uti­li­sée pro­vient de Gui­née ou d’Australie (là encore, au niveau du trans­port, on retrouve des pro­ces­sus mani­fes­te­ment anti-écologiques).

Dans un article de cour­rier inter­na­tio­nal, en date de 2011, on apprend que :

« En 2008, l’Islande a pro­duit envi­ron 870 000 tonnes d’aluminium, dont la qua­si-tota­li­té était des­ti­née à l’étranger. Cette année-là, les expor­ta­tions du métal ont dépas­sé celles des pro­duits de la pêche pour la pre­mière fois dans l’histoire du pays. L’Islande ne pro­duit pas de bauxite. Les métal­lur­gistes importent le mine­rai d’aluminium des États-Unis, d’Irlande et d’Australie. Mais l’activité des hauts-four­neaux per­met au pays, riche en rivières, chutes d’eau, sources chaudes et vol­cans, d’exploiter ses propres res­sources natu­relles en four­nis­sant aux forges de l’énergie hydrau­lique ou géo­ther­mique à des prix com­pé­ti­tifs. […] Pour ser­vir la plus grande fon­de­rie, ouverte en 2007 dans l’est du pays, l’État a construit une série de bar­rages et un immense réser­voir qui, redoutent les éco­lo­gistes, accé­lé­re­ra l’érosion des terres et sera dom­ma­geable aux popu­la­tions locales de cer­vi­dés et d’oies à bec court (Anser bra­chy­rhyn­chus) [la mère de la chan­teuse Björk, l’une des figures de proue de l’opposition contre l’industrie de l’aluminium, avait fait une grève de la faim pour ten­ter de blo­quer le projet]. »

Des pol­lu­tions aux métaux lourds et au soufre sont obser­vées aux envi­rons des fon­de­ries. Et, dans cer­taines zones indus­trielles du pays, les niveaux de pol­lu­tions esti­més sont du même ordre que ceux des régions les plus pol­luées de l’Europe de l’Est.

Sur la ban­de­role est écrit : « La fon­de­rie d’a­lu­mi­nium engendre des mal­for­ma­tions congé­ni­tales, des can­cers et des défor­ma­tions des os » / Straum­svík, Islande, 2007.

L’Islande importe la grande majo­ri­té de sa consom­ma­tion de fruits et de légumes (près de 70%), un phé­no­mène qui ne fait et qui ne va faire que croître, étant don­né que la consom­ma­tion de fruits et légumes par indi­vi­du aug­mente, et que la popu­la­tion elle-même augmente.

Nous avons là un exemple par­fait d’une éco­no­mie par­ti­cu­liè­re­ment pré­caire, tout sauf rési­liente, abso­lu­ment dépen­dante du com­merce mon­dia­li­sé. Le « man­ger local », s’il a un jour été pos­sible en Islande, à une époque où ses habi­tants se nour­ris­saient des pro­duits de la mer, de l’élevage et des autres den­rées adap­tées au cli­mat islan­dais, est deve­nu uto­pique. Main­te­nant que, comme dans beau­coup d’endroits, les Islan­dais se sont habi­tués aux pro­duits d’importations tro­pi­caux (fruits, cacao, sucre, etc.), leur ali­men­ta­tion repose en grande par­tie sur l’agrobusiness international.

L’Islande, ain­si dépen­dante de la machine indus­trielle mon­diale (et des pol­lu­tions et des des­truc­tions qu’elle engendre, néces­sai­re­ment), sera cer­tai­ne­ment un des der­niers pays à pou­voir se pas­ser des conforts et des luxes qu’offre la civi­li­sa­tion indus­trielle, et un des der­niers pays où une « révo­lu­tion » digne de ce nom – et donc éco­lo­gique – pour­rait avoir lieu.

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3. L’Amérique Latine et son extractivisme socialiste (le buen vivir en paravent)

Tout d’abord, une longue cita­tion tirée du der­nier livre de Nao­mi Klein, « Tout peut chan­ger » (dont les thèses sont par ailleurs très contes­tables, et duquel nous vous pro­po­sons une cri­tique sur notre site) :

Par­mi ces régimes de gauche ou de centre gauche, cepen­dant, aucun n’a encore réus­si à se débar­ras­ser du modèle éco­no­mique fon­dé sur l’exploitation inten­sive de res­sources limi­tées. L’économie de l’Équateur, par exemple, dépend de plus en plus de ses expor­ta­tions de pétrole, extrait en par­tie de réserves éco­lo­giques de l’Amazonie, tan­dis que celle de la Boli­vie repose en grande par­tie sur l’industrie du gaz natu­rel. Le gou­ver­ne­ment argen­tin, pour sa part, per­siste à encou­ra­ger les mines à ciel ouvert et les « déserts verts » voués à la culture de soja et d’autres espèces géné­ti­que­ment modi­fiées. Au Bré­sil, l’État conti­nue d’investir dans d’immenses bar­rages très contro­ver­sés et des pro­jets à haut risque de forage pétro­lier en mer, tan­dis qu’au Vene­zue­la se per­pé­tue une grande dépen­dance à l’exportation de pétrole. Force est de consta­ter que ces nou­veaux gou­ver­ne­ments pro­gres­sistes, en géné­ral, n’ont guère réus­si à diver­si­fier leur éco­no­mie et à tour­ner le dos à l’exportation de matières pre­mières. De 2004 à 2011, en fait, la part de celles-ci dans l’ensemble des expor­ta­tions natio­nales a grim­pé dans tous les pays dont nous venons de faire men­tion, sauf en Argen­tine. (Notons cepen­dant que cette aug­men­ta­tion a pu être cau­sée en par­tie par la hausse du prix des matières pre­mières.) L’accès facile au cré­dit offert par la Chine, qui demande par­fois à être rem­bour­sée en barils de pétrole, n’a sûre­ment pas aidé.

Le main­tien d’une telle dépen­dance envers une indus­trie minière aus­si pol­luante et hasar­deuse est par­ti­cu­liè­re­ment déce­vant de la part des gou­ver­ne­ments d’Evo Morales, en Boli­vie, et de Rafael Cor­rea, en Équa­teur, qui ont tous deux pro­cla­mé, lors de leur pre­mier man­dat, l’avènement d’une nou­velle ère, affran­chie du joug de l’extractivisme. Cette vision impli­quait de recon­naître les droits des peuples autoch­tones qui, ayant sur­vé­cu à des siècles de mar­gi­na­li­sa­tion et d’oppression, forment une por­tion impor­tante de la popu­la­tion tant en Boli­vie qu’en Équa­teur. Sous Morales et Cor­rea, le concept autoch­tone de sumak kaw­say ou buen vivir (le bien-vivre), qui prône l’instauration d’une socié­té vivant en har­mo­nie avec la nature (et axée sur la simple satis­fac­tion des besoins de tous plu­tôt que sur la consom­ma­tion effré­née), a été intro­duit dans la sphère poli­tique, et même recon­nu par la loi. Les nobles dis­cours des pré­si­dents boli­vien et équa­to­rien, tou­te­fois, n’ont pas résis­té aux assauts de l’industrie minière. « Depuis 2007, le régime de Cor­rea a été le plus extrac­ti­viste de l’histoire du pays, tant dans le sec­teur pétro­lier que minier », affirme l’écologiste équa­to­rienne Espe­ran­za Martí­nez. Dans les milieux intel­lec­tuels lati­no-amé­ri­cains, on en est même venu à qua­li­fier ce phé­no­mène d’« extrac­ti­visme progressiste ».

[Extrait bonus :] En Grèce, par exemple, j’ai eu la sur­prise en mai 2013 de décou­vrir que le par­ti de gauche radi­cale Syri­za – qui for­mait à l’époque l’opposition offi­cielle et incar­nait pour bon nombre d’Européens l’espoir d’un virage idéo­lo­gique sur le conti­nent – ne s’opposait pas aux pro­jets de pros­pec­tion pétro­lière et gazière du gou­ver­ne­ment de coa­li­tion à la tête du pays. Syri­za récla­mait sim­ple­ment que les recettes minières soient inves­ties dans les caisses de retraite, et non dans le rem­bour­se­ment de la dette. Autre­ment dit, le par­ti ne remet­tait pas en ques­tion l’industrie extrac­ti­viste, mais deman­dait que ses béné­fices soient répar­tis autrement.

Pol­lu­tion au pétrole, quelque part en Équateur.

Ain­si que Nao­mi Klein le sou­ligne, les poli­tiques des « nou­veaux » gou­ver­ne­ments « socia­listes » d’Amérique Latine, bien sou­vent pré­sen­tés comme des modèles de ver­tu tant éco­lo­gique que sociale par une par­tie de la gauche fran­çaise, sont tou­jours aus­si des­truc­trices de l’environnement que celles de leurs prédécesseurs.

Tous ces gou­ver­ne­ments dits « socia­listes » embrassent l’idéologie du « pro­grès », du « déve­lop­pe­ment », l’industrialisme, aus­si sûre­ment que n’importe quel autre gouvernement.

Dans un article inti­tu­lé « En Boli­vie, la poli­tique extrac­ti­viste d’Evo Morales sus­cite la contes­ta­tion » publié en février 2016 sur Repor­terre, on pou­vait lire que :

« Dimanche 21 février, les Boli­viens ont déci­dé par réfé­ren­dum que Evo Morales n’avait pas le droit de se pré­sen­ter pour un qua­trième man­dat. Le sou­tien popu­laire au pré­sident boli­vien s’est effri­té, notam­ment à cause de sa poli­tique extrac­ti­viste et de la dés­illu­sion des popu­la­tions autochtones. […]

Au cœur de cette dés­illu­sion des popu­la­tions autoch­tones, la ques­tion de l’exploitation des res­sources natu­relles pré­sentes sur leurs ter­ri­toires. Pays riche en matières pre­mières (métaux, gaz, terres rares, forêt), l’économie boli­vienne est depuis tou­jours extrê­me­ment dépen­dante de l’extraction et de l’exportation de ses richesses. Les entre­prises mul­ti­na­tio­nales ont rem­pla­cé les conquis­ta­dors espa­gnols, mais le modèle éco­no­mique pro­duc­ti­viste et expor­ta­teur demeure.

Or, comme le rap­pelle Laurent Lacroix, « la Consti­tu­tion de 2009 por­tait l’espoir d’un autre modèle de déve­lop­pe­ment ». Un espoir incar­né par la notion de vivir bien, la vision indi­gène d’une har­mo­nie entre les êtres humains et la nature. À l’international, Evo Morales s’est ain­si posé comme pour­fen­deur d’un capi­ta­lisme des­truc­teur et ardent défen­seur de la Pacha­ma­ma, la Terre-Mère.

Pro­blème, d’après Vic­tor Audu­bert, juriste et ensei­gnant-cher­cheur à l’université Paris 13, « le vivir bien est aujourd’hui détour­né ». La Boli­vie exploite à tout va les richesses de son sous-sol, ouvre ses portes aux inves­tis­seurs étran­gers, inten­si­fie son agriculture. »

Ces gou­ver­ne­ments dits « pro­gres­sistes » exposent concrè­te­ment en quoi l’idéologie du « pro­grès » — notam­ment tech­no­lo­gique — est une nui­sance, et en quoi elle est fon­da­men­ta­le­ment anti-écologique.

Mélen­chon, en grand admi­ra­teur des Morales et des Cor­rea, pose pro­blème pour ces rai­sons mêmes. J’en ai dis­cu­té avec le jour­na­liste Faus­to Giu­dice, et lui ai deman­dé ce qui, selon lui, résu­mait le pro­blème du déve­lop­pe­men­tisme des Cor­rea, Morales, et autres Mélen­chon, il m’a répon­du que ceux-là « acceptent sans hési­ta­tion un pos­tu­lat qui est erro­né : que les richesses du sol, du sous-sol, sont là pour être exploi­tées. La seule dif­fé­rence, c’est qu’ils pensent — ou au moins disent — que cette exploi­ta­tion doit « pro­fi­ter à tous ». Bref, on peut appe­ler ça « pro­duc­ti­visme à visage vert et humain », ou « éco­ca­pi­ta­lisme social » ». Je lui ai ensuite deman­dé si, plus qu’un pos­tu­lat, cela n’é­tait pas en lien avec une cer­taine culture, une cer­taine idéo­lo­gie, celle du « pro­grès ». Il m’a alors répon­du que : « C’est même au-delà de la culture ou de l’i­déo­lo­gie, c’est une men­ta­li­té, une dimen­sion anthro­po­lo­gique : une vision linéaire (et bien sûr ascen­dante), oppo­sée à la vision cyclique des peuples pre­miers ».

La gauche déve­lop­pe­men­tiste, aus­si infec­tée que la droite par le mythe du pro­grès, per­sua­dée qu’il est pos­sible d’allier indus­tria­lisme et éco­lo­gie, est aus­si pro­blé­ma­tique que tous les autres par­tis poli­tique. La civi­li­sa­tion indus­trielle socia­liste — si tant est qu’elle puisse l’être — reste la civi­li­sa­tion indus­trielle. Une orga­ni­sa­tion sociale et cultu­relle intrin­sè­que­ment nocive.

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4. Le « modèle nordique » : conformisme, industrialisme, externalisation des coûts, et greenwashing

Pour toutes les rai­sons pré­cé­dem­ment citées, il devrait être facile de com­prendre pour­quoi le soi-disant « modèle nor­dique » tant média­ti­sé est une illu­sion et une absurdité.

Le cas échéant, voi­ci une brève explication :

Les pays scan­di­naves sont à la pointe du déve­lop­pe­ment (indus­triel), ils ont embras­sé l’oxymore du « déve­lop­pe­ment durable » avant nous, et sont donc très utiles en termes de mar­ke­ting. A l’aide d’omissions colos­sales et de dis­tor­sions des faits, les médias assurent aux spec­ta­teurs que leurs poli­tiques envi­ron­ne­men­tales et éco­no­miques sont ver­tueuses, exemplaires.

Exemple : Une mytho­lo­gie média­tique a été fabri­quée autour de la ges­tion des déchets des « pays nor­diques ». Ce qui donne des articles comme « La Suède cham­pionne du monde du recy­clage ! », ou « Grâce au recy­clage la Suède n’a plus de déchets ! », ou encore « La Suède manque tel­le­ment de déchets… qu’elle en importe ». Il s’agit d’autant de mensonges.

La Suède exporte des tonnes de déchets illé­gaux. C’est ce qu’on peut apprendre en à peine quelques recherches sur le web, de la part de médias sué­dois. Lors d’une sai­sie par les douanes sué­doises de 700 tonnes de déchets illé­gaux des­ti­nés à l’exportation, celles-ci ont expli­qué qu’il ne s’agissait que de la « par­tie émer­gée de l’iceberg ».

Comme la plu­part des pays dits « déve­lop­pés » (UE, Amé­rique du Nord, Japon, etc.), la Suède exporte une bonne par­tie de ses déchets les plus gênants (toxiques) vers les pays en voie de déve­lop­pe­ment (les pays pauvres), en plus d’en brû­ler une bonne par­tie pour pro­duire de l’électricité, ce qui, pré­sen­té comme une solu­tion « éco­lo­gique », est un autre men­songe gro­tesque, puisque les usines à bio­masse émettent plus de CO2 que les cen­trales à char­bon. Cette inci­né­ra­tion est consi­dé­rée comme « neutre en car­bone » au pré­texte que la décom­po­si­tion de cette bio­masse, si elle n’avait pas été inci­né­rée, aurait émis du car­bone au fil des années. Dépendre de l’incinération de déchets pour pro­duire de l’électricité pour ali­men­ter un réseau élec­trique et des appa­reils élec­tro­niques eux-mêmes pol­luants, dont les pro­duc­tions sont éner­gi­vores, est une idée démente, un non-sens qui encou­rage un cycle sans fin de pollutions.

Extrac­tion de mine­rai de fer dans une mine à ciel ouvert, opé­rée par la com­pa­gnie d’é­tat LKAB, en Suède, à Svap­pa­vaa­ra près de Kiru­na. La Suède est de loin le pre­mier pro­duc­teur de fer d’Eu­rope, et figure par­mi les prin­ci­paux pro­duc­teurs de mine­rai et de métaux. Ces acti­vi­tés minières impliquent une défo­res­ta­tion mas­sive. Exemplaire.

Mariel Vilel­la, direc­trice adjointe et char­gée de la cam­pagne cli­ma­tique pour Zero Waste Europe le sou­ligne : « Le der­nier rap­port sur le cli­mat de Zero Waste Europe démontre que l’incinération contri­bue à aggra­ver le chan­ge­ment cli­ma­tique plu­tôt qu’à le stop­per ». Dans un article publié en mars 2015, elle explique qu’un « inci­né­ra­teur moyen aux États-Unis émet 2,5 kg de dioxyde de car­bone par MWh et 2,8 kg d’oxyde d’azote, deux gaz à effet de serre qui contri­buent au réchauf­fe­ment cli­ma­tique ». Ce qui « signi­fie que les inci­né­ra­teurs émettent plus de CO2 par méga­watt-heure que n’importe quelle autre éner­gie d’origine fos­sile, y com­pris les cen­trales à char­bon ».

En plus de cela, la Suède et les autres pays nor­diques sont par­mi les plus consom­ma­teurs de pro­duits high-tech élec­tro­niques, et donc d’importants pro­duc­teurs de déchets élec­tro­niques (le sué­dois moyen pro­duit 466 kg de déchets par an, le fran­çais moyen envi­ron 370). On pour­rait aus­si rap­pe­ler que le sué­dois moyen consomme 13 208 kWh d’énergie par an, tan­dis que le fran­çais moyen en consomme 6749, ou qu’un sué­dois consomme en moyenne 5100 tep (tonne d’équivalent pétrole), contre 3800 pour un fran­çais. Sachant que la pro­duc­tion éner­gé­tique sué­doise dépend prin­ci­pa­le­ment de bar­rages, de cen­trales nucléaires, et de l’incinération de déchets. Trois catas­trophes écologiques.

Rap­pe­lons aus­si que l’éner­gie nucléaire est la pre­mière source d’éner­gie de la Fin­lande (qui pré­voit de construire d’autres cen­trales), sui­vie par l’hy­dro­élec­tri­ci­té pro­duite par des bar­rages. Ces pays du Nord font par­tie (logi­que­ment) de ceux où la consom­ma­tion d’éner­gie par habi­tant et par an est la plus éle­vée d’Eu­rope, et donc du monde.

A l’ins­tar de l’Is­lande, Suède et Fin­lande sont aux anti­podes de l’au­to­no­mie ali­men­taire, puisque leurs condi­tions envi­ron­ne­men­tales et cli­ma­tiques ne leur per­mettent pas de faire pous­ser une diver­si­té et une quan­ti­té suf­fi­sante de nour­ri­ture (la Suède importe 70% de ses fruits et légumes). Ou peut-être vau­drait-t-il mieux écrire que depuis que leurs habi­tants ne se contentent plus des den­rées dis­po­nibles loca­le­ment, et qu’ils ont déci­dé de se nour­rir de fruits (tro­pi­caux), de légumes, et d’autres pro­duits qu’ils trouvent dif­fi­ci­le­ment chez eux, il leur est impos­sible de par­ve­nir à l’au­to­no­mie ali­men­taire. Ils dépendent donc tous, plus encore que d’autres pays, du com­merce mon­dia­li­sé et de l’a­gro-busi­ness international.

Quant au modèle édu­ca­tif, étant don­né que là-bas, comme ailleurs, c’est l’État qui orga­nise et qui éla­bore un pro­gramme sco­laire de stan­dar­di­sa­tion natio­nale, que l’é­cole est obli­ga­toire, qu’elle vise, comme par­tout, à four­nir une main d’œuvre docile au mar­ché du tra­vail et à insé­rer la jeu­nesse dans une éco­no­mie mon­dia­li­sée par­ti­cu­liè­re­ment nui­sible, qu’on n’y enseigne mani­fes­te­ment pas la contes­ta­tion des dis­po­si­tions poli­tiques inéga­li­taires res­pon­sables des injus­tices crois­santes qui carac­té­risent notre époque, ni des dogmes cultu­rels toxiques que sont l’i­déo­lo­gie du déve­lop­pe­ment, du pro­grès, etc., vous aurez com­pris qu’il ne dif­fère pas des autres. Qu’il est un outil de pro­pa­gande et de contrôle autant que le modèle édu­ca­tif français.

***

5. San Francisco, son pseudo-recyclage, et son insoutenabilité caractéristique des métropoles

Contrai­re­ment aux sot­tises col­por­tées par le film « Demain » (de Méla­nie Laurent et Cyril Dion), San Fran­cis­co ne recycle pas 80% de ses déchets, en véri­té le chiffre serait plus proche de 60%, voire de 35% (selon la méthode de cal­cul uti­li­sée). Cepen­dant, à l’aide d’une astuce mar­ke­ting et d’une magouille de comp­ta­bi­li­té, Reco­lo­gy, l’or­ga­nisme char­gé de col­lec­ter et de recy­cler les déchets de la ville, consi­dère les déchets du BTP comme fai­sant par­tie des déchets ména­gers, ce que les autres villes ne font pas, habi­tuel­le­ment, et ce qui per­met de sor­tir du cha­peau ce chiffre fan­tai­siste de 80%. Mais le pro­blème est bien plus pro­fond et bien plus grave qu’une simple erreur de chiffre, puisqu’en réa­li­té ce qu’ils appellent recy­cler n’a rien d’écologique. Le trai­te­ment des déchets se fait tou­jours loin hors de la ville, dans des usines éner­gi­vores (sauf pour le bois/papier qu’ils brûlent en usine de bio­masse, en inci­né­ra­teur). Dans le docu­men­taire, on ne voit que la part des déchets qui est com­pos­tée. Tan­dis qu’une grande par­tie des déchets, uni­que­ment triée, est expor­tée et dis­sé­mi­née à tra­vers le globe, jusqu’en Chine, aux Phi­lip­pines et au Viet­nam ; la quan­ti­té de déchets recy­clés (ou com­pos­tés) stagne voire régresse ces der­niers temps, et la quan­ti­té totale de déchets que la ville génère aug­mente chaque année (780 000 tonnes de déchets en 1999, 2 200 000 tonnes en 2010) ; envi­ron 1200 tonnes de déchets non-recy­clables et non-com­pos­tables sont col­lec­tées et enfouies dans le sol chaque jour (cadeau pour le monde et pour le futur).

Pri­son­nière, à l’ins­tar de beau­coup de métro­poles, d’un sché­ma de crois­sance infi­nie, la ville de San Fran­cis­co est de plus en plus peu­plée, requiert donc de plus en plus d’im­por­ta­tions de res­sources et d’éner­gie, et génère de plus en plus de déchets. Exem­plaire, n’est-ce pas. Et tel­le­ment sou­te­nable.

***

Conclusion

La culture domi­nante inculque à toutes celles et à tous ceux qu’elle condi­tionne que le salut de notre socié­té relève de l’innovation tech­no­lo­gique. Qu’il est pos­sible et même inévi­table que la marche (funèbre) du pro­grès se pour­suive. Que la fré­né­sie high-tech peut se pro­lon­ger, que nous pou­vons conti­nuer à béné­fi­cier de tech­no­lo­gies de plus en plus sophis­ti­quées, de plus en plus puis­santes, sans que cela nuise à la pla­nète, puisque la science et le pro­grès, qu’elle pré­sente comme tout-puis­sants, capables d’accomplir plus ou moins n’importe quoi, se char­ge­ront de rendre éco­lo­gique le déve­lop­pe­ment hau­te­ment technologique.

L’écologie grand public, ain­si condi­tion­née, devient une vitrine de pro­mo­tion pour les éco-inno­va­tions des indus­triels (pan­neaux solaires, éoliennes, hydro­liennes, éco-smart­phones, fair­phone, voi­tures hybrides, bio­car­bu­rants, etc.). Aux pro­blèmes envi­ron­ne­men­taux liés à tel ou tel objet, elle offre comme solu­tion tel ou tel éco-objet, ou bio-objet, ou objet durable. Per­sonne n’envisage de renon­cer aux pra­tiques, aux objets, ou aux élé­ments qui s’avèrent nocifs. Tout le monde s’attend à ce qu’une alter­na­tive éco­lo­gique, bio, ou équi­table, soit proposée.

Ces alter­na­tives se consti­tuent en un nou­veau mar­ché pour les indus­triels et les mul­ti­na­tio­nales, ravis de trou­ver un nou­veau filon à exploi­ter. Cepen­dant, ain­si que nous ten­tons de l’ex­po­ser sur notre site, à tra­vers notre rubrique inti­tu­lée « Le mythe du déve­lop­pe­ment durable », rien de tout ça n’est réel­le­ment éco­lo­gique, et l’état du monde natu­rel ne cesse d’empirer.

Conscients de ce que nous nous enfon­çons chaque jour un peu plus dans une impasse, les cou­rants anti-déve­lop­pe­ment, anti-indus­triel, ou anti-civi­li­sa­tion, n’échappent pas à cette ques­tion que l’on entend si sou­vent : « Mais alors, qu’est-ce que vous pro­po­sez ? Quelle est votre solution ? »

Le pro­blème, c’est que bien sou­vent, celui qui la pose ne sait pas exac­te­ment pour quoi, ou à quoi, il cherche une solu­tion ; ou qu’il se demande ce qui pour­rait per­mettre de conci­lier à la fois le désir de conti­nuer à béné­fi­cier des luxes et des conforts que pro­diguent les hautes-tech­no­lo­gies et l’industrialisme en géné­ral, et le désir de faire en sorte de ne pas détruire la pla­nète, de ne pas nuire à qui que ce soit.

En d’autres termes, beau­coup, par cette ques­tion, et en rai­son de leur atta­che­ment aux conforts indus­triels modernes, se demandent com­ment nous allons pou­voir conti­nuer à pro­fi­ter des télé­phones por­tables, des réseaux élec­triques, des tablettes, des télé­vi­seurs 4K, des voi­tures, d’internet, des avions, des fruits tro­pi­caux toutes l’année, et ain­si de suite, mais de manière éco­lo­gique, équi­table et bio.

D’où la créa­tion, par les médias, de ces mythes qui per­mettent de ras­su­rer les popu­la­tions qu’une angoisse éco­lo­gique ris­que­rait de faire dou­ter du bien-fon­dé de la moder­ni­té et du pro­grès. Dans un article inti­tu­lé « Pour­quoi l’Is­lande n’est pas une uto­pie », récem­ment publié sur un site inter­net islan­dais, une jour­na­liste anglaise, Joan­na Smith, le for­mule ainsi :

Pour­quoi les gens aiment-ils pla­cer l’Islande [Ou le Cos­ta Rica, ou la Suède, ou la Boli­vie, etc., NdT] sur un tel pié­des­tal ? La réponse est simple : parce que c’est ras­su­rant. Parce qu’il est ras­su­rant de pou­voir se dire, alors que l’actualité est une longue suite d’évènements désas­treux, que quelque part, quelqu’un a une solu­tion. Il est ras­su­rant, lorsque vous avez l’impression que dans votre propre pays, on ne vous écoute pas, de se per­sua­der qu’il y a un endroit où vous aime­riez être. Il est ras­su­rant de croire que nos rêves d’une socié­té par­faite sont réa­li­sés et qu’ils sont possibles.

Mais cette igno­rance n’est pas une béné­dic­tion. En réa­li­té, elle empêche les gens de prendre en main leur destin.

Les rêves d’une socié­té indus­trielle ET éco­lo­gique (ou high-tech ET verte), de masse ET démo­cra­tique, l’i­dée selon laquelle le déve­lop­pe­ment durable ne détruit pas le monde natu­rel, sont autant de dan­ge­reux fan­tasmes. Mal­heu­reu­se­ment, à notre époque où la plu­part des esprits demeurent hyp­no­ti­sés par la pen­sée unique du dis­cours des médias de masse, toute « solu­tion » impli­quant de renon­cer aux conforts modernes, au mode de vie façon­né par des décen­nies de soi-disant pro­grès, est écar­tée, jugée insa­tis­fai­sante, consi­dé­rée comme un « retour en arrière », vers un pas­sé per­çu comme sombre et repous­sant, que la culture domi­nante a tout fait pour dia­bo­li­ser (ce qu’elle a lar­ge­ment réus­si à accom­plir, d’où ces expres­sions du « retour à la bou­gie », à un temps où « on s’habillait en peaux de bêtes », ou ce « on ne va pas retour­ner vivre dans des grottes »).

Et pour­tant, la solu­tion est bien là, dans ce retour à une vie en micro­so­cié­tés, à taille humaine (et donc poten­tiel­le­ment démo­cra­tiques), cultu­rel­le­ment diver­si­fiées, ancrées dans un ter­ri­toire éco­lo­gique spé­ci­fique, qu’elles res­pectent, et aus­si auto­nomes que possible.

Nico­las Casaux

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  1. Les gens pré­fèrent les men­songes qui ras­surent aux véri­tés qui dérangent.Vous ne chan­ge­rez pas le monde si vous ne chan­gez pas les dis­po­si­tions de l’es­prit et du coeur.Les consom­ma­teurs conta­mi­nés par la socié­té d’a­bon­dance ont choi­sis : Nos emplois et notre « confort » avant nos vies !
    « Un sot métier est un métier qui n’ap­porte que nui­sance à la société »
    NB:(J’ai essayé Lilo comme moteur de recherches fran­çais par soli­da­ri­té pour votre site.J’y renonce pour la simple rai­son que nous devons four­nir un effort inad­mis­sible ( et perdre du temps) à tra­duire l’an­glais en fran­çais ! Retour­nons donc chez l’an­glo­phone Google qui écrit en français!)

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