Com­ment le supré­ma­cisme humain, à l’origine de l’effondrement du monde, s’en inquiète pour de mau­vaises rai­sons et se lamente nar­cis­si­que­ment sur son propre sort.

Chaque jour, entre 150 et 200 espèces de plantes, d’insectes, d’oiseaux ou de mam­mi­fères sont pré­ci­pi­tées vers l’extinction — une esti­ma­tion de l’ONU.

Autre­ment dit, chaque jour, la civi­li­sa­tion indus­trielle détruit entre 150 et 200 espèces, appau­vris­sant tou­jours plus la tapis­se­rie du vivant.

En 50 ans, envi­ron, 90% des popu­la­tions mon­diales de grands pois­sons ont été anéan­ties.

Les popu­la­tions d’éléphants ont dimi­nué de 97 % depuis 1900, pas­sant d’environ 12 mil­lions à moins de 350 000 aujourd’hui.

Les popu­la­tions de tigres ont subi le même sort, avec un déclin d’environ 97%.

En Amé­rique, en moins de 25 ans, 90% des popu­la­tions de papillons monarques ont été détruites.

En 20 ans, 90% des popu­la­tions de tor­tues luths ont été déci­mées.

96 % des popu­la­tions de lions ont éga­le­ment été détruites depuis 1940 — il n’en res­te­rait que 20 000 sur une popu­la­tion esti­mée de 450 000, à l’époque.

On estime que depuis 1985, la Grande bar­rière a per­du jusqu’à 50% de sa sur­face de corail.

70% des oiseaux marins ont dis­pa­ru en seule­ment 60 ans.

En 2011, 11,5 mil­lions d’animaux ont été tués dans les labo­ra­toires euro­péens. La France, avec près de 2,2 mil­lions d’animaux tués en 2010 arrive en tête de ce pal­ma­rès macabre.

Il est esti­mé que la civi­li­sa­tion indus­trielle tue près de 100 mil­lions de requins par an, et ce depuis des décen­nies, au point que leurs popu­la­tions ont dimi­nué de 90%.

Plus géné­ra­le­ment, au niveau mon­dial, 52% des ani­maux sau­vages ont dis­pa­ru en 40 ans.

On estime que d’ici 2048 les océans n’abriteront plus aucun pois­son.

La conta­mi­na­tion et l’intoxication du monde par toutes sortes de pol­luants émis, reje­tés ou déver­sés par la civi­li­sa­tion indus­trielle, touche jusqu’aux ours polaires qui, en plus de voir fondre leur habi­tat en rai­son du réchauf­fe­ment cli­ma­tique — aux consé­quences poten­tiel­le­ment dra­ma­tiques — éga­le­ment induit par la civi­li­sa­tion indus­trielle, sont vic­times de dys­fonc­tion­ne­ments hor­mo­naux et immu­ni­taires.

Dans un rap­port publié sur un site offi­ciel du gou­ver­ne­ment fran­çais, on peut lire que : « La pro­duc­tion mon­diale de pro­duits chi­miques a explo­sé, pas­sant d’un mil­lion de tonnes en 1930 à 400 mil­lions aujourd’­hui », où « 99 % de la quan­ti­té totale des sub­stances pré­sentes sur le mar­ché n’ont pas été tes­tées ». Et que : « Par­mi celles-ci, envi­ron 30.000 sont com­mer­cia­li­sées en quan­ti­tés supé­rieures à une tonne par an ». Le rap­port explique ensuite qu’on « connaît l’im­pact toxi­co­lo­gique d’à peine 3.000 sub­stances sur les 100.000 com­mer­cia­li­sées en Europe », puis recon­naît qu’il « est en effet dif­fi­cile de connaître aujourd’­hui les effets sur la san­té et l’en­vi­ron­ne­ment des molé­cules chi­miques pré­sentes pour­tant dans bon nombre de pro­duits de consom­ma­tion cou­rante et soup­çon­nées de pro­vo­quer des aller­gies, can­cers ou infer­ti­li­tés ».

L’OMS a recon­nu, en 2013, que l’air que nous res­pi­rons tous, humains et non-humains, avait été tel­le­ment pol­lué par la civi­li­sa­tion indus­trielle qu’il était désor­mais can­cé­ri­gène.

La conta­mi­na­tion des cours d’eau fran­çais par les pes­ti­cides est « qua­si-géné­ra­li­sée », selon une étude du 22 juillet 2013 du Com­mis­sa­riat géné­ral au Déve­lop­pe­ment durable.

88% de la sur­face des océans est conta­mi­née par des micro-frag­ments de plas­tique.

Les 192 pays côtiers de la pla­nète ont pro­duit, en 2010, un total d’environ 275 mil­lions de tonnes de déchets en plas­tique, dont quelque 8 mil­lions de tonnes ont fini dans les océans.

Des petits crus­ta­cés pré­le­vés dans la fosse des Mariannes, qui fait par­tie des milieux les plus inac­ces­sibles de notre pla­nète, pré­sentent des concen­tra­tions éton­ne­ment éle­vées en PCB, des pol­luants indus­triels très toxiques. C’est-à-dire que les endroits les plus éloi­gnés au monde de la civi­li­sa­tion indus­trielle, de ses sources de pol­lu­tions, sont néan­moins hau­te­ment conta­mi­nés par ses pro­duc­tions toxiques.

La civi­li­sa­tion indus­trielle pla­né­taire de notre temps englou­tit rapi­de­ment les biomes de la pla­nète que les pré­cé­dentes civi­li­sa­tions avaient déjà bien enta­més — rap­pe­lons ici que ces des­truc­tions sont lar­ge­ment carac­té­ris­tiques de la civi­li­sa­tion, qui est un mode de vie qui se rap­porte au phé­no­mène urbain, et non pas de l’humanité entière, puisqu’elles ne sont pas le fait de ceux que la civi­li­sa­tion appelle des sau­vages (du latin sil­va, qui signi­fie « forêt »), ceux qui vivent dans la forêt.

A tout cela viennent s’ajouter les innom­brables consé­quences du réchauf­fe­ment cli­ma­tique lié à l’exploitation fré­né­tique des com­bus­tibles fos­siles.

Cette liste funèbre s’allonge de jour en jour. Les scien­ti­fiques parlent de 6ème extinc­tion de masse, d’origine anthro­pique, donc — et, plus pré­ci­sé­ment, d’origine « civi­li­sa­tion­nelle ».

Pire, ces sta­tis­tiques dis­si­mulent une des­truc­tion encore plus impor­tante, du fait de l’absence de don­nées au-delà d’une cer­taine date — exemple : un déclin de 50% sur 40 ans, disons, masque peut-être une dimi­nu­tion bien plus impor­tante (de 70, 80 ou 90%) sur 100 ou 200 ans, ou 500 ans, ou plus.

L’UICN (Union inter­na­tio­nale pour la conser­va­tion de la nature) a récem­ment publié un rap­port dans lequel il dresse une liste des prin­ci­paux fac­teurs qui engendrent cet effon­dre­ment du vivant. Les trois pre­miers sont la défo­res­ta­tion, l’agriculture et l’étalement urbain.

Du côté des « res­sources » minières et éner­gé­tiques, on constate un phé­no­mène d’effondrement simi­laire, avec épui­se­ment des com­bus­tibles fos­siles faci­le­ment extrac­tibles, raré­fac­tion de cer­tains métaux et mine­rais (dont l’argent, l’indium, etc.) essen­tiels aux hautes tech­no­lo­gies, qui fait bru­ta­le­ment prendre conscience à quelques-uns de ce que la civi­li­sa­tion indus­trielle est vouée à s’écrouler, du fait de son insou­te­na­bi­li­té struc­tu­relle.

La civi­li­sa­tion indus­trielle a effec­ti­ve­ment bâti son fonc­tion­ne­ment et son expan­sion sur une des­truc­tion per­pé­tuelle du monde natu­rel. Sur une sur­ex­ploi­ta­tion par­fai­te­ment irres­pon­sable de ce que sa men­ta­li­té uti­li­ta­riste la pousse à appe­ler des « res­sources » (humaines et/ou natu­relles).

Ce qui carac­té­rise la civi­li­sa­tion, mani­fes­te­ment, c’est un mépris fla­grant pour toutes les formes de vie autres que l’être humain civi­li­sé, et pour tout ce qu’elle ne gère pas elle-même — mépris sans lequel toutes ces exac­tions n’auraient pas pu et ne pour­raient pas être entre­prises.

A la racine de ce mépris cultu­rel qui carac­té­rise la civi­li­sa­tion, on retrouve ce que Der­rick Jen­sen nomme le « supré­ma­cisme humain ». Ce supré­ma­cisme est au cœur même de la civi­li­sa­tion en tant que culture. Il est imbri­qué dans toutes les croyances fon­da­men­tales qui la com­posent au point de deve­nir indis­cu­té, comme natu­rel, pour ceux qui naissent et sont édu­qués en son sein.

Dans le pré­lude de son der­nier livre inti­tu­lé « Le mythe de la supré­ma­tie humaine », Der­rick Jen­sen écrit :

« On nous a ensei­gné, de mul­tiples manières, reli­gieuses et sécu­laires, que la vie se base sur des hié­rar­chies, et que ceux qui sont au som­met de ces hié­rar­chies dominent ceux qui sont en-des­sous, par droit ou par force. On nous a ensei­gné qu’il existe une myriade de chaînes ali­men­taires lit­té­rales et méta­pho­riques où celui qui domine est le roi de la jungle. »

Ce supré­ma­cisme était dénon­cé en son temps par Claude Lévi-Strauss, qui par­lait, lui, d’un « huma­nisme déver­gon­dé », qu’il jugeait pro­fon­dé­ment nocif. Cet « huma­nisme déver­gon­dé », était issu, à ses yeux, « d’une part, de la tra­di­tion judéo-chré­tienne, et, d’autre part, plus près de nous, de la Renais­sance et du car­té­sia­nisme, qui fait de l’homme un maître, un sei­gneur abso­lu de la créa­tion ». Il ajou­tait :

« J’ai le sen­ti­ment que toutes les tra­gé­dies que nous avons vécues, d’abord avec le colo­nia­lisme, puis avec le fas­cisme, enfin les camps d’extermination, cela s’inscrit non en oppo­si­tion ou en contra­dic­tion avec le pré­ten­du huma­nisme sous la forme où nous le pra­ti­quons depuis plu­sieurs siècles, mais, dirais-je, presque dans son pro­lon­ge­ment natu­rel. Puisque c’est, en quelque sorte, d’une seule et même fou­lée que l’homme a com­men­cé par tra­cer la fron­tière de ses droits entre lui-même et les autres espèces vivantes, et s’est ensuite trou­vé ame­né à repor­ter cette fron­tière au sein de l’espèce humaine, sépa­rant cer­taines caté­go­ries recon­nues seules véri­ta­ble­ment humaines d’autres caté­go­ries qui subissent alors une dégra­da­tion conçue sur le même modèle qui ser­vait à dis­cri­mi­ner espèces vivantes humaines et non humaines. Véri­table péché ori­gi­nel qui pousse l’humanité à l’autodestruction. »

Pour reprendre Lévi-Strauss et Der­rick Jen­sen, « toutes les tra­gé­dies » que nous vivons aujourd’hui, l’écocide en cours, la 6ème extinc­tion de masse — qu’il serait plus juste de rebap­ti­ser « 6ème des­truc­tion de masse » —, le réchauf­fe­ment cli­ma­tique, découlent direc­te­ment de ce supré­ma­cisme humain.

Et bien qu’il soit rela­ti­ve­ment inté­res­sant de consta­ter que le thème de l’effondrement com­mence à gagner en visi­bi­li­té dans le débat public, du moins en Europe et aux États-Unis, il est navrant de consta­ter que la dis­cus­sion à son sujet se limite par­fois à une lamen­ta­tion nar­cis­sique, qui n’est rien d’autre qu’une mani­fes­ta­tion de plus du supré­ma­cisme inhé­rent à la culture domi­nante.

Si cer­tains s’in­quiètent de ce qu’ils ne per­çoivent que comme une pers­pec­tive d’effondrement — et non pas comme un effon­dre­ment en cours —, c’est uni­que­ment en rai­son de la menace que cela repré­sente pour la conti­nua­tion du mode de vie confor­table auquel ils s’étaient bien accou­tu­més.

Leurs pré­oc­cu­pa­tions demeurent de l’ordre du « com­ment faire lorsque je n’aurai plus de machine à laver, ou plus de réfri­gé­ra­teur, ou quand je ne pour­rai plus faire mes courses au super­mar­ché ? »

Cette atti­tude nar­cis­sique illustre à mer­veille le supré­ma­cisme de la culture domi­nante, et son mépris des autres. Des autres espèces non-humaines qui ont été déci­mées et qui sont déci­mées par et pour le fonc­tion­ne­ment nor­mal de la civi­li­sa­tion indus­trielle, qui voient leurs habi­tats et leurs condi­tions éco­lo­giques d’exis­tence anéan­tis par sa poly­pha­gie, et sont ain­si pré­ci­pi­tées vers une extinc­tion défi­ni­tive. Des autres humains qui ont été exploi­tés et tués, et de ceux qui sont exploi­tés afin de faire tour­ner la machine indus­trielle mon­dia­li­sée. Des autres cultures qui étaient et sont les leurs, et qui ont été et sont détruites par la « mis­sion civi­li­sa­trice » — l’expansionnisme de la civi­li­sa­tion —, encore en cours.

Et pour­tant, ain­si que Vinay Gup­ta le rap­pelle, pour les habi­tants des pays dits « déve­lop­pés » — pour ceux donc, dont le mode de vie se base très lit­té­ra­le­ment sur la des­truc­tion de la bio­sphère, sur un omni­cide pla­né­taire, sur le colo­nia­lisme et sur les dif­fé­rentes formes de néo­co­lo­nia­lisme, sur l’ex­ploi­ta­tion mon­dia­li­sée d’autres êtres humains — « l’effondrement, c’est vivre dans les mêmes condi­tions que celui qui fait pous­ser votre café ».

C’est-à-dire qu’être pré­oc­cu­pé ou pani­qué à l’idée de perdre un mode de vie confor­table mais éco­lo­gi­que­ment meur­trier et socia­le­ment oppres­sif est un peu indé­cent.

C’est-à-dire que cela revient à entendre des escla­va­gistes se plaindre et s’inquiéter des consé­quences d’une abo­li­tion pro­chaine de l’esclavage. Sauf qu’en l’occurrence l’esclavage se double d’une 6ème extinc­tion de masse, d’un réchauf­fe­ment cli­ma­tique aux consé­quences cata­clys­miques, etc.

À titre per­son­nel, je ne per­çois pas l’ef­fon­dre­ment comme un pro­blème à résoudre, ou un défi à rele­ver, afin de le repous­ser ou de l’é­vi­ter. Non, l’ef­fon­dre­ment (qui est iné­luc­table, étant don­né que la culture domi­nante est mani­fes­te­ment et inté­gra­le­ment insou­te­nable) est une bonne chose. Il repré­sente la fin d’une entre­prise mor­ti­fère et d’une orga­ni­sa­tion sociale inhu­maine. Il s’a­git éga­le­ment du point de vue de l’or­ga­ni­sa­tion Deep Green Resis­tance, et d’un cer­tain nombre d’é­co­lo­gistes à tra­vers la pla­nète, qui ne se battent pas tant pour faire adve­nir un monde meilleur pour les humains que pour pré­ser­ver la bio­di­ver­si­té et le monde natu­rel autant que faire se peut, et pas pour le seul plai­sir ou pro­fit des humains. Ils agissent avant tout pour la bio­sphère (pour toutes ses espèces vivantes), dont ils com­prennent qu’elle est pri­mor­diale. Ils n’a­gissent pas avant tout pour la sur­vie des êtres humains — qui pour­raient ne pas sur­vivre à l’ef­fon­dre­ment et/ou aux consé­quences des des­truc­tions cli­ma­to-éco­lo­giques et des ravages pla­né­taires de la civi­li­sa­tion indus­trielle. Il est impor­tant de sou­li­gner que plus l’ef­fon­dre­ment est repous­sé, plus la popu­la­tion humaine aug­mente, plus le risque de morts mas­sives d’êtres humains aug­mente : ain­si ceux qui pré­tendent que vou­loir pré­ci­pi­ter l’ef­fon­dre­ment c’est vou­loir la mort de mil­lions de gens devraient se deman­der si leur pers­pec­tive ne risque pas d’en­traî­ner la mort d’en­core plus d’in­di­vi­dus.

Prendre conscience de l’inéluctabilité de l’effondrement qui vient devrait être l’occasion de se pen­cher sur ses ori­gines, notam­ment cultu­relles, et d’opérer un chan­ge­ment de pers­pec­tive — de para­digme —, cru­cial si nous vou­lons un jour être en mesure de consti­tuer des cultures véri­ta­ble­ment sou­te­nables, qui ne soient plus des­truc­trices de leur envi­ron­ne­ment.

Pour cela, il va fal­loir que nous réa­li­sions à quel point le mythe de la supré­ma­tie humaine influence la manière dont nous per­ce­vons le monde, et à quel point il est nui­sible. Il fau­dra aus­si que nous nous défas­sions de la « culture du nar­cis­sisme » qu’il a engen­drée.

Enfin, il nous fau­dra aban­don­ner la pers­pec­tive supré­ma­ciste et embras­ser une pers­pec­tive bio­cen­triste, à l’instar de celle que défen­dait Claude Lévi-Strauss dans un entre­tien avec le jour­nal Le Monde (en 1979) :

« Le res­pect de l’homme par l’homme ne peut pas trou­ver son fon­de­ment dans cer­taines digni­tés par­ti­cu­lières que l’humanité s’attribuerait en propre, car, alors, une frac­tion de l’humanité pour­ra tou­jours déci­der qu’elle incarne ces digni­tés de manière plus émi­nente que d’autres. Il fau­drait plu­tôt poser au départ une sorte d’humilité prin­ci­pielle ; l’homme, com­men­çant par res­pec­ter toutes les formes de vie en dehors de la sienne, se met­trait à l’abri du risque de ne pas res­pec­ter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même. »

Et éga­le­ment dans le livre Mytho­lo­giques 3 : L’o­ri­gine des manières de table :

« Si l’o­ri­gine des manières de table et, pour par­ler de façon plus géné­rale, du bon usage, se trouve, comme nous croyons l’a­voir mon­tré, dans une défé­rence envers le monde dont le savoir-vivre consiste, pré­ci­sé­ment, à res­pec­ter les obli­ga­tions, il s’en­suit que la morale imma­nente des mythes prend le contre­pied de celle que nous pro­fes­sons aujourd’­hui. Elle nous enseigne, en tout cas, qu’une for­mule à laquelle nous avons fait un aus­si grand sort que « l’en­fer, c’est les autres » ne consti­tue pas une pro­po­si­tion phi­lo­so­phique, mais un témoi­gnage eth­no­gra­phique sur une civi­li­sa­tion. Car on nous a habi­tués dès l’en­fance à craindre l’im­pu­re­té du dehors.

Quand ils pro­clament, au contraire, que « l’en­fer, c’est nous-même », les peuples sau­vages donnent une leçon de modes­tie qu’on vou­drait croire que nous sommes encore capables d’en­tendre. En ce siècle où l’homme [je pré­ci­se­rais : la civi­li­sa­tion, ou l’homme civi­li­sé] s’a­charne à détruire d’in­nom­brables formes vivantes, après tant de socié­tés dont la richesse et la diver­si­té consti­tuaient de temps immé­mo­rial le plus clair de son patri­moine, jamais, sans doute, il n’a été plus néces­saire de dire, comme font les mythes, qu’un huma­nisme bien ordon­né ne com­mence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme ; le res­pect des autres êtres avant l’a­mour-propre ; et que même un séjour d’un ou deux mil­lions d’an­nées sur cette terre, puisque de toute façon il connaî­tra un terme, ne sau­rait ser­vir d’ex­cuse à une espèce quel­conque, fût-ce la nôtre, pour se l’ap­pro­prier comme une chose et s’y conduire sans pudeur ni dis­cré­tion. »

Nico­las Casaux


Pour aller plus loin :

Comment tout peut s’effondrer – La fin des énergies industrielles (et le mythe des renouvelables)

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Comments to: La vie à la fin de l’Empire : effondrement, suprémacisme et lamentations narcissiques (par Nicolas Casaux)
  • 23 mai 2017

    En sup­po­sant que tous les gou­ver­ne­ments prennent tous des mesures dras­tiques pour chan­ger nos modes de vie , y aurait il encore un espoir de retour­ner la situa­tion ou seule­ment de ralen­tir cet effon­dre­ment .
    Le pro­blème est que les gens ne le voient pas et n’y croient pas .
    C’est déses­pé­rant .

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    • 23 mai 2017

      Aucun espoir, et sûre­ment pas de salut à attendre des gou­ver­ne­ments. Les gou­ver­ne­ments et la civi­li­sa­tion indus­trielle dont ils par­ti­cipent sont conçus pour détruire et épui­ser la pla­nète. L’ef­fon­dre­ment EST l’es­poir. L’es­poir pour le monde natu­rel de recou­vrer la san­té. C’est ça qu’il faut com­prendre. Je vous conseille de lire cet article : https://partage-le.com/2017/05/la-dissimulation-de-lecocide-le-triomphe-du-mensonge-et-de-la-propagande/

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  • 23 mai 2017

    Vous pen­sez que l’ef­fon­dre­ment per­met­tra de mettre fin à cette civi­li­sa­tion ? d’ac­cord mais ce sera un désastre huma­ni­taire , je sup­pose que des famines , épi­dé­mies , inon­da­tions et autres catas­trophes feront mou­rir la plu­part des humains , et alors après cet effon­dre­ment vous pen­sez que la vie pour­rait conti­nuer sous une autre forme ? Mais si la tem­pé­ra­ture aug­mente de 4 à 5 degrés , je ne pense pas que la vie sera encore pos­sible , qu’en pen­sez vous ?

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    • 25 mai 2017

      Bon­jour Natha­lie,

      « famines , épi­dé­mies , inon­da­tions et autres catas­trophes » :
      il est des catas­trophe pure­ment huma­ni­taires dont nous seuls sommes res­pon­sable le rééqui­li­brage est inélu­catble et c’est à nous de déci­der com­ment gérer ça dès aujourd’­hui : arrêt de la pro­duc­tion et des sac­cages envi­ron­ne­men­taux, redis­tri­bu­tion des produits/richesse de pre­mière néces­si­té de manière plus équi­tables, contrôle de la nata­li­té, comme une civi­li­sa­tion qui se dit comme telle ; ou bien la loi du plus fort, as usual, et ce sera la « bar­ba­rie » et nous sau­rons que nous n’é­tions pas si « civi­li­sés » que ça. Vu que per­sonne n’est prêt à lâcher du lest et les armes, c’est bien par­tie pour le pire.
      Il est d’autres catas­trophes, phé­no­mènes cli­ma­tiques extrêmes, resul­tant de notre soif d’éner­gie pour la crois­sance éri­gée comme notre but/dogme ultime et indé­pa­sable.

      Il semble que chez les cher­cheurs qui res­te­ront tou­jours pru­dents et plus ou moins dis­crets pour évi­ter la dis­qua­li­fi­ca­tion et l’ar­rêt de leurs sub­sides, la ques­tion ne réside plus dans le fait de savoir si notre civi­li­sa­tons s’ef­fon­dre­ra (ils le savent depuis 1972) et si les tem­pé­ra­tures vont aug­men­ter (il le savent depuis 1965, pour retour­ner dans des condi­tions qua­si tria­si­qes, +10°C), mais à cause de ce boost de GES/aérosols et de l’a­néan­tis­se­ment de nos puits de car­bone (que sont forêts et océans), quand attein­drons-nous le seuil qui nous ren­ver­ra dans nos cavernes avant… quant à la vie, au pire il en res­te­ra quelques oasis dans des endroits insoup­çon­nés, pas d’in­quié­tude, mais on n’en fera pas par­tie.

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  • 26 mai 2017

    le sys­tème en vigueur qu’on nous impose pour hono­rer nos morts est tout à fait le reflet de ce supré­ma­cisme et de ces lamen­ta­tions nar­cis­siques … MERCI de nous appor­ter votre sou­tien le + total pour léga­li­ser http://www.humusation.org la MÉTAMORPHOSE, en 12 mois des défunts en humus sain et fer­tile !
    Ce pour­rait être le déclic pour créer l’élec­tro­choc indis­pen­sable pour com­prendre qu’il y a encore moyen de limi­ter la casse si, et seule­ment si, un maxi­mum d’entre nous s’en­gagent à faire leur « part du coli­bri » pour ten­ter d’en­rayer ce sui­cide col­lec­tif en accep­tant de chan­ger vrai­ment quelques « habi­tudes » ?
    BRAVO à toutes celles et ceux qui ont eu le cou­rage de lire cette article jus­qu’au bout et l’humilité de recon­naître leur part de res­pon­sa­bi­li­té ?

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  • 31 mai 2017

    « les habi­tudes tuent les hommes » et tout ce qui n’est pas homme par la même occa­sion…
    et celles que l’on croyait bonnes, même chose ??? même si on se « sent bien » avec nos bonnes habi­tudes (qui sont sou­vent des besoins crées pour être conforme à un modèle socié­tale comme par exemple le maquillage…)de même que tout est per­pé­tuel chan­ge­ment, nos « bonnes habi­tudes » doivent évo­luer, s’a­dap­ter constam­ment sur le rythme de l’u­ni­vers.
    deve­nir capable de les remettre en ques­tion, jusque même 30 fois par jours, est pos­sible pour le bien de notre pla­nète, plu­tôt sau­ver ce qu’il en reste, et acces­soi­re­ment aus­si, pour culti­ver nôtre liber­té de pen­ser( enfin,ce qui lui reste de fer­tile).
    pour­quoi diable fai­sons nous comme tous le monde ? déjà, par peur du rejet et de la solitude.pour la recon­nais­sance de ses sem­blables et le sen­ti­ment d’ap­par­te­nance à un groupe etc…à la famille humaine quoi ! l’homme = fou­tu ani­mal qui ne peut vivre seul, mais ne veux pas faire d’ef­fort pour appro­cher l’har­mo­nie av les autres et la pla­nète !!! huum… trop de para­mètres à gérer ??

    mais c’est évident, si déjà enfant tu ne vou­lais pas du mode de vie impo­sé ou culti­vé par ton entou­rage qui ne vou­lais pas(pouvais pas?)trop se poser de ques­tions quant à la cohé­rence de tout ça avec le reste.
    quand au gou­ver­ne­ment quel qu’il soit, il n’y a rien à en attendre.le fait d’at­tendre ou de pla­cer ses espoirs en poli­tique est uni­que­ment ber­cé d’illusions.comme la télé, c’est 99% théâtre ! com­bien sont prêt à balan­cer leur télé ??
    actuel­le­ment c’est très clair(cause las­si­tude), je suis pour l’ex­tinc­tion de l’es­pèce humaine.je pense faire un éle­vage de loups pour faire un lâcher sur la foule quand ça me pren­dra ! « allez, rega­gnez votre espace mes beaux bes­tiaux !!! »

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  • […] La vie à la fin de l’Empire : effon­dre­ment, supré­ma­cisme et lamen­ta­tions nar­cis­siques […]

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