Ce n’est pas seulement la production d’électricité qui pose problème, c’est son utilisation (et tout le reste)

& : Les médias alternatifs sont-ils vraiment alternatifs ?

La scène média­tique fran­co­phone— il en va de même dans beau­coup d’autres langues— s’est alour­die, au cours des der­nières années, avec l’avènement d’une mul­ti­tude de médias se pro­cla­mant « alter­na­tifs », « indé­pen­dants », ou « libres ». Leur créa­tion relève le plus sou­vent d’une volon­té de four­nir aux popu­la­tions des infor­ma­tions sup­po­sé­ment dif­fé­rentes, plus justes, concer­nant le monde dans lequel nous vivons.

Bas­ta !, pour prendre un exemple, se pré­sente comme « un média indé­pen­dant cen­tré sur l’actualité éco­no­mique, sociale et envi­ron­ne­men­tale » qui « contri­bue à don­ner une visi­bi­li­té aux enjeux éco­lo­giques, aux actions citoyennes, aux reven­di­ca­tions sociales, aux mou­ve­ments de soli­da­ri­té et aux alter­na­tives mises en œuvre ». « Bas­ta ! est un appel qui sus­cite une résis­tance. Une résis­tance qui doit se tra­duire par un enga­ge­ment en faveur d’une autre société ».

Le pro­blème, c’est que, bien sou­vent, s’il est vrai que les pers­pec­tives qu’ils pré­sentent sont un peu plus ouvertes que celles des médias de masse, entre autres, parce qu’ils ne sont pas (entiè­re­ment) contrô­lés par et dépen­dants des inté­rêts finan­ciers domi­nants (qu’ils n’appartiennent pas direc­te­ment à tel ou tel riche capi­ta­liste), elles en demeurent fina­le­ment assez proches. Et ce, parce que le contrôle du conte­nu des médias ne s’exerce pas seule­ment par les finances mais qu’il dépend aus­si du moule cultu­rel dans lequel ont été for­més les indi­vi­dus qui créent ces médias indépendants/alternatifs/libres. En d’autres termes, il ne suf­fit pas de ne pas appar­te­nir aux inté­rêts finan­ciers domi­nants pour pro­po­ser une pers­pec­tive qui dif­fère des leurs. La colo­ni­sa­tion cultu­relle — le condi­tion­ne­ment — est bien plus insi­dieuse que cela. Pour le com­prendre, il suf­fit de consi­dé­rer la manière dont les médias soi-disant indépendants/alternatifs/libres traitent le sujet des éner­gies dites « renou­ve­lables » (la pro­duc­tion d’électricité), un sujet cru­cial pour la socié­té dans laquelle nous vivons.

Les médias de masse sou­tiennent entiè­re­ment le déploie­ment des éner­gies dites « renou­ve­lables ». Ils ont embras­sé le mythe du « déve­lop­pe­ment durable » dès sa créa­tion. Ils encensent la moindre inno­va­tion « verte » (qui ne l’est presque jamais en véri­té) et dif­fusent triom­pha­le­ment et fré­né­ti­que­ment le mythe du salut éco­lo­gique par la tech­no­lo­gie. À les croire, Las Vegas est « une ville propre » (BFM), le Cos­ta Rica est un « para­dis vert » (France TV), la Scan­di­na­vie est un « modèle d’écologie » (Le Monde), San Fran­cis­co est une « ville mul­ti-éco­lo­gique » (France TV Info), etc. Du côté des médias soi-disant indépendants/alternatifs/libres, à quelques insi­gni­fiantes nuances près, on retrouve les mêmes affir­ma­tions (d’où l’intérêt plus que dis­cu­table de ces médias). Deux pos­si­bi­li­tés : soit ces affir­ma­tions sont justes, soit les employés et les diri­geants de ces deux types de médias sont aus­si condi­tion­nés les uns que les autres par une même culture qui ne com­prend rien aux réa­li­tés éco­lo­giques de la pla­nète. Je penche pour la deuxième proposition.

Illus­trons. Bas­ta ! a récem­ment publié un article inti­tu­lé « Des petits bar­rages hydro­élec­triques, éco­los et ren­tables, pour pro­duire une élec­tri­ci­té de proxi­mi­té » (rédi­gé par Sonia du maga­zine Luto­pik).

Dans l’article, on peut lire que : « Erci­sol, une socié­té à sta­tuts coopé­ra­tifs, a déci­dé d’investir dans ces éner­gies renou­ve­lables de proxi­mi­té et de réha­bi­li­ter plu­sieurs bar­rages dans les Vosges, tout en limi­tant au maxi­mum les contraintes pesant sur l’environnement des rivières. Un seul de ces bar­rages peut ali­men­ter en élec­tri­ci­té un vil­lage de quelques cen­taines d’habitants. »

Le pre­mier bémol, qui est de taille, c’est que l’impact d’un bar­rage sur une rivière ou un cours d’eau n’est jamais négli­geable. Deman­dez aux pêcheurs, la plu­part le savent bien. Étu­diez n’importe lequel des bar­rages d’Ercisol (ou d’Enercoop), et vous décou­vri­rez tout un panel d’impacts signi­fi­ca­tifs sur les cours d’eau : des per­tur­ba­tions de la vie aqua­tique, des per­tur­ba­tions du char­riage des sédi­ments, des per­tur­ba­tions du débit, des per­tur­ba­tions de la bio­di­ver­si­té, etc. (bien que les construc­teurs de bar­rages affirment tou­jours que leurs sys­tèmes de passes per­mettent aux pois­sons de vivre comme si de rien n’était, ce qui est évi­dem­ment faux). Sachant que les cours d’eau de France ont été vidés de la vie foi­son­nante qu’ils abri­taient aupa­ra­vant (où sont les mil­lions de sau­mons qui les peu­plaient ? Les estur­geons d’Europe ? Les anguilles com­munes ?) et que leurs débits ont d’ores et déjà été alté­rés par les mil­liers de bar­rages construits, par divers cana­li­sa­tions, endi­gue­ments, et autres arti­fi­cia­li­sa­tions. En d’autres termes, étant don­né l’état lamen­table des cours d’eau, l’idée de les per­tur­ber davan­tage (ne serait-ce qu’un petit peu) est tout sauf judicieuse.

Le deuxième bémol, encore plus grave, relève de l’utilisation de l’électricité pro­duite. Avant d’y venir, rap­pe­lons que la pro­duc­tion en masse de pan­neaux solaires, tout comme la pro­duc­tion en masse d’éoliennes, d’hydroliennes, et autres appa­reils à pro­duire de l’énergie soi-disant « verte », génèrent des des­truc­tions éco­lo­giques encore plus impor­tantes, qu’elles sont autant de catas­trophes sup­plé­men­taires pour la pla­nète, qui s’ajoutent aux (et dépendent des) catas­trophes que sont la pro­duc­tion d’énergie à par­tir des com­bus­tibles fos­siles et à par­tir du nucléaire (Cf. : « L’étrange logique der­rière la quête d’énergies ‘renou­ve­lables’ »).

Que les usines Nike se recouvrent de pan­neaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des mil­liers de tra­vailleurs et qu’elles uti­lisent mas­si­ve­ment des « res­sources natu­relles » de manière insou­te­nable, afin de pro­duire des vête­ments hors de prix (ven­dus dans des centres com­mer­ciaux qui, même recou­verts de pan­neaux solaires, demeurent de très bons exemples du carac­tère anti-éco­lo­gique et inéga­li­taire de l’ensemble de la civi­li­sa­tion indus­trielle). Que les usines où sont fabri­qués les iPhones d’Apple se recouvrent de pan­neaux solaires ne change en rien le fait qu’elles exploitent des mil­liers de tra­vailleurs, qu’elles uti­lisent mas­si­ve­ment des « res­sources natu­relles » (dont les extrac­tions détruisent le monde natu­rel et néces­sitent éga­le­ment l’exploitation de mil­liers de tra­vailleurs dont des enfants, comme au Congo où sont extraits, entre autres, le cobalt et le col­tan) de manière insou­te­nable. Que vous rou­liez dans une voi­ture élec­trique avec bat­te­rie au lithium, et donc très cer­tai­ne­ment au cobalt, ne change en rien le fait que votre voi­ture a dû être fabri­quée dans une usine, qui uti­lise mas­si­ve­ment des « res­sources natu­relles » de manière insou­te­nable, qui exploite un cer­tain nombre de tra­vailleurs, et relève d’un modèle de socié­té inéga­li­taire et insou­te­nable. Que la toi­ture d’une usine de camions Ford (comme de celle Wayne, dans le Michi­gan, aux USA) se recouvre de pan­neaux solaires ne change pas le fait que cette usine pro­duit des camions (et tout éco­lo­giste qui se res­pecte devrait savoir que les camions sont tout sauf essen­tiels à la san­té des éco­sys­tèmes), en exploi­tant tra­vailleurs et matières pre­mières (de manière insou­te­nable dans les deux cas). Que six usines de Renault ou que l’usine espa­gnole de Gene­ral Motors, à Sara­gosse se recouvrent de pan­neaux solaires ne change en rien le fait que Renault et Gene­ral Motors par­ti­cipent, avec Ford, du sec­teur par­ti­cu­liè­re­ment nui­sible qu’est l’industrie automobile.

Une zone indus­trielle de Sin­ga­pour, où les toits sont recou­verts de pan­neaux solaires. L’écologie™ ou l’écologie selon la civi­li­sa­tion industrielle.

L’industrie auto­mo­bile n’est d’ailleurs pas la seule à sur­ex­ploi­ter des res­sources renou­ve­lables et non-renou­ve­lables. Aucune indus­trie n’est éco­lo­gi­que­ment sou­te­nable (nous pour­rions exa­mi­ner le cas de l’industrie de la pêche, de l’industrie des cos­mé­tiques, de l’industrie des jeux vidéo, de l’industrie infor­ma­tique, mais je pense que vous sai­sis­sez). Toute indus­trie basé sur la sur­ex­ploi­ta­tion de res­sources non-renou­ve­lables (ou, d’ailleurs, sur la sur­ex­ploi­ta­tion de res­sources renou­ve­lables) est insou­te­nable par défi­ni­tion. Toutes les indus­tries étant basées sur la sur­ex­ploi­ta­tion de res­sources non-renou­ve­lables (et, d’ailleurs, sur la sur­ex­ploi­ta­tion de res­sources renou­ve­lables), toutes sont insoutenables.

Pour la même rai­son, que la constel­la­tion d’appareils élec­triques — pro­duits en masse au détri­ment des éco­sys­tèmes et de la san­té du monde natu­rel (auquel ils nui­ront davan­tage une fois mis au rebut), et dont nous avons été ren­dus dépen­dants par les choix des classes diri­geantes de la civi­li­sa­tion indus­trielle d’appuyer un déve­lop­pe­ment tech­no­lo­gique irré­flé­chi et inces­sant — que nous uti­li­sons, soit ali­men­tée par la com­bus­tion de char­bon ou par la des­truc­tion des rivières et des cours d’eau ne change fon­da­men­ta­le­ment pas grand-chose. Il faut une cer­taine dose d’ignorance ou de mau­vaise foi pour affir­mer que son ali­men­ta­tion en hydro­élec­tri­ci­té (même « citoyenne ») relève de la « résis­tance éco­lo­gique », ain­si que l’affirme Bas­ta !.

Celui qui accorde plus d’importance à la vie des rivières et des cours d’eau qu’au rechar­ge­ment d’un télé­phone por­table ou qu’à l’alimentation d’appareils élec­triques en tous genres devrait mili­ter contre les bar­rages (ou, mieux encore, les dyna­mi­ter). Cela méri­te­rait véri­ta­ble­ment le qua­li­fi­ca­tif de « résis­tance écologique ».

Les « renou­ve­lables » se déve­loppent assez rapi­de­ment depuis des décen­nies, sans qu’aucune des struc­tures fon­da­men­ta­le­ment pro­blé­ma­tiques — indus­tria­lisme et expan­sion­nisme anti-éco­lo­giques, dis­po­si­tions inéga­li­taires, etc. — de la socié­té indus­trielle n’en soit per­tur­bée. Sans qu’aucune des pré­misses cultu­relles toxiques — idéo­lo­gie du pro­grès, pro­duc­ti­visme, supré­ma­cisme humain, etc. — de la civi­li­sa­tion indus­trielle ne soit remise en question.

La ques­tion du bien-fon­dé de la pro­duc­tion d’électricité, de son impor­tance, de savoir si elle est cru­ciale ou non à la sur­vie humaine, de savoir si elle est com­pa­tible ou non (même en étant soi-disant « renou­ve­lable », ou « propre », ou « verte ») avec la bonne san­té des éco­sys­tèmes, n’est presque jamais posée par les médias alternatifs/libres/indépendants. Au contraire, ceux-là s’enthousiasment du déploie­ment des tech­no­lo­gies dites vertes.

D’ailleurs, dans un article inti­tu­lé « Ils s’associent pour pro­duire de l’énergie renou­ve­lable — et ça marche ! », publié par Repor­terre en février 2017, on retrouve une autre illus­tra­tion du fait que les médias alternatifs/libres/indépendants ne sont pas si alternatifs/libres/indépendants que cela : l’apologie de la « créa­tion d’emploi ». Reprendre cet impé­ra­tif idéo­lo­gique fon­da­men­ta­le­ment absurde et toxique, et le repeindre en vert, quelle alter­na­tive, n’est-ce pas.

Encore une fois, à leurs yeux, la « résis­tance éco­lo­gique » consiste, pour des citoyens, à exploi­ter eux-mêmes le monde natu­rel à l’aide d’une mul­ti­tude de petits bar­rages qui nui­ront aux cours d’eau, ou de l’installation de cen­trales solaires ou de parcs éoliens « citoyens » (pos­sé­dés par les citoyens, et non pas par une grosse cor­po­ra­tion, bien que les pan­neaux et les éoliennes soient fabri­qués par des grosses cor­po­ra­tions, bien évi­dem­ment). C’est-à-dire que la « résis­tance éco­lo­gique », c’est quand ce n’est plus EDF qui nuit aux cours d’eau en y ins­tal­lant un énorme bar­rage, mais les citoyens eux-mêmes à l’aide de plein de petites cen­trales. C’est quand ce n’est plus Total qui ins­talle une grande cen­trale com­po­sée de mil­liers de pan­neaux solaires fabri­qués en usine grâce à l’extraction (tout sauf éco­lo­gique) de res­sources non-renou­ve­lables, mais quand ce sont les citoyens eux-mêmes qui s’en chargent. C’est quand l’électricité qui ali­mente les appa­reils infor­ma­ti­co-élec­tro­mé­na­gers (dont la pro­duc­tion en masse est, rap­pe­lons-le encore, une catas­trophe éco­lo­gique) ven­dus par les mul­ti­na­tio­nales n’est plus pro­duite par la com­bus­tion du char­bon, ou par des bar­rages appar­te­nant à EDF, ou par des cen­trales solaires appar­te­nant à Total, mais par des « cen­trales citoyennes ».

Tan­dis que les médias de masse sou­tiennent la socié­té indus­trielle telle qu’elle a été créée et telle qu’elle se déve­loppe, la plu­part des médias indépendants/alternatifs/libres sou­tiennent une socié­té indus­trielle qu’ils ima­ginent légè­re­ment plus verte, et plus démo­cra­tique, mais qui, en réa­li­té, demeure tout aus­si nui­sible, éco­lo­gi­que­ment non-viable, et qui, fina­le­ment, n’est qu’une chimère.

Ce qui nous amène à un autre pro­blème fon­da­men­tal du « mou­ve­ment éco­lo­giste » : sa frag­men­ta­tion en groupes contra­dic­toires. Il n’existe pas de « mou­ve­ment éco­lo­giste » aux objec­tifs cohé­rents et clai­re­ment défi­nis. La for­ma­tion d’un tel mou­ve­ment néces­site un diag­nos­tic hon­nête et une ana­lyse pro­fonde (radi­cale) de la situa­tion. Rien ne chan­ge­ra tant que les médias sup­po­sé­ment d’opposition (alternatifs/libres/indépendants) et trai­tant de l’écologie refu­se­ront de (re-)poser des ques­tions fon­da­men­tales comme :

Qu’est-ce que l’écologie ? Quel est son objec­tif ? S’agit-il d’un mou­ve­ment de défense du monde natu­rel, de ses biomes, de ses bio­topes et de ses espèces vivantes, ou d’un mou­ve­ment mili­tant pour une socié­té indus­trielle un peu moins des­truc­trice des équi­libres bio­lo­giques et des espèces vivantes (si tant est que cela soit pos­sible) ? S’agit-il d’un mou­ve­ment de défense des bio­cé­noses ou d’un mou­ve­ment cen­tré sur le ver­dis­se­ment d’un mode de vie extrac­ti­viste rela­ti­ve­ment confor­table, maté­riel­le­ment, pour les hommes ? D’un mou­ve­ment qui lutte pour défendre rivières et cours d’eau ou d’un mou­ve­ment qui les endigue dans l’objectif de géné­rer de l’hydroélectricité afin d’alimenter les appa­reils élec­triques (et futurs déchets toxiques) fabri­qués à la chaîne en usine, pro­duits d’une civi­li­sa­tion par ailleurs entiè­re­ment insoutenable ?

Nico­las Casaux

Pour aller plus loin :

https://partage-le.com/2017/05/les-medias-et-la-fabrique-de-lillusion-a-propos-de-quelques-mensonges-rassurants/

&

https://partage-le.com/2017/05/lecologisme-se-souciait-de-preserver-le-monde-naturel-ce-nest-plus-le-cas-par-mark-boyle/

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  1. Bon­jour Nico­las Casaux
    Celà fait plu­sieurs articles que je lis de vous, notam­ment votre « débat » avec cyril Dion sur Repor­terre. Je trouve vôtre vision tout a fait néces­saire afin d’être lucide sur la marche actuelle du monde capi­ta­liste. Je lisais der­niè­re­ment un exem­plaire de la « décrois­sance », il manque dans tout ça une idée, un pro­jet vers lequel se tourner.
    Com­ment faire com­prendre au plus grand nombre l’im­pé­ra­tif de pen­ser consom­mer moins ? Com­ment faire com­prendre au plus grand nombre que l’homme consom­ma­teur doit s’af­fran­chir de la mar­chan­dise et rede­ve­nir l’être géné­rique dont parlent Marx et Hegel ?
    Le pro­jet pour­rait être celui ci : rendre à l’hu­main sa place au sein de la nature, sans pro­prié­té pri­vée, sans argent, sans état.… c’est bien tout ça ! Mais nous sommes dans le concept et actuel­le­ment l’ho­mo eco­no­mi­cus ne par­tage pas ce concept.
    Bon,je pour­rais conti­nuer des heures durant mais je vais poser ma tablette Sam­sung, ali­men­tée par l’élec­tri­ci­té nucléaire et je vais me pro­me­ner dans la rue et par­ler avec les gens!?
    je vous sou­haite une longue vie de réflexion et d’action.
    AdaM

    1. Bon­jour,
      Oui, il manque une vision com­mune. La confu­sion règne. Même si je suis rela­ti­ve­ment cer­tain que l’é­co­lo­gie radi­cale ne ras­sem­ble­ra jamais des mil­lions de gens, ni une majo­ri­té, comme l’es­père notre enne­mi l’é­co­lo­giste grand public Cyril Dion, qui d’ailleurs n’aime pas l’é­co­lo­gie radi­cale, mais pro­meut une éco­lo­gie cor­po­ra­tiste de type déve­lop­pe­ment durable, je pense qu’on aurait besoin de soli­di­fier une vision claire et cohé­rente pour l’é­co­lo­gie radi­cale. Ce qu’on essaie de faire, ce que j’es­saie de faire, c’est aus­si de dia­lo­guer avec Repor­terre, Fabrice Nico­li­no, et d’autres du milieu éco­lo un mini­mum radi­cal, afin de les pous­ser à prendre posi­tion clai­re­ment. Pas évident. Le temps n’est pas vrai­ment de notre côté. Quoi qu’il en soit, on essaie. Tant qu’il n’y a pas de bloc com­mun, de prises de posi­tions claires, on ne pour­ra pas grand-chose. Enfin, ce que je veux dire, c’est que je ne pense pas qu’il soit pos­sible ni même inté­res­sant de s’é­pou­mo­ner à « faire com­prendre au plus grand nombre l’impératif de pen­ser consom­mer moins ». Il est plus réa­liste et il serait plus effi­cace, il me semble, d’es­sayer de bâtir un groupe plus res­treint mais aux posi­tions claires et défi­nis. La qua­li­té plu­tôt que la quantité.

  2. On ne pour­ra jamais faire com­prendre au plus grand nombre. Le nombre est la masse indis­tincte des cré­tins et des dégé­né­rés qui sou­tiennent consciem­ment ou non le Sys­tème. Ils sont nos enne­mis au même titre que ceux qu’ils servent ! Nous sommes les 20 % (en comp­tant large…). Le reste est consti­tué de nui­sibles sans impor­tance en soi, mais dont la capa­ci­té de nui­sance est cepen­dant phé­no­mé­nale ! La solu­tion radi­cale existe, mais je ne vou­drais pas que les modé­ra­teurs du blog aient maille à par­tir avec la jus­tice. Une autre Jus­tice met­tra tout le monde d’ac­cord, de toute manière. Tout est une ques­tion de temps

    1. C’est avec ce genre de posi­tion qu’il sera dif­fi­cile de mon­trer à nos contem­po­rains l’exis­tence d’une pen­sée qui ne cho­si­fie pas la nature et ne natu­ra­lise pas les choses. La contra­dic­tion est source de richesse, mais là…on s’égare.

      1. On ne dis­cute pas avec un enne­mi mor­tel, on l’é­li­mine. La masse de cré­tins exploi­tés et lobo­to­mi­sés ne sait et ne sau­ra jamais iden­ti­fier son enne­mi. C’est à la charge des autres de le faire à leur place et de faire table rase. DÉFINITIVEMENT. Dans 10–20 ans, si rien n’est fait, ils auront gagné.

  3. Bon­jour,
    j’ai trou­vé votre article très inté­res­sant et la cri­tique qui est faite des médias alter­na­tifs, très juste. Défendre un déve­lop­pe­ment durable, c’est res­ter dans le mythe de la crois­sance. Se mettre en coopé­ra­tive, c’est faire du capi­ta­lisme en groupe (avec les mêmes logiques de com­pé­ti­tion in fine), comme par le pas­sé il y eut un capi­ta­lisme d’É­tat en URSS (parce qu’à l’é­poque il n’y avait pas l’ex­pé­rience ni les élé­ments de cri­tique dont on dis­pose aujourd’­hui, pour ne pas tom­ber dans ce piège-là jus­te­ment). Défendre un capi­ta­lisme vert, c’est ne rien chan­ger à l’ex­ploi­ta­tion de l’homme par l’homme, de la femme par l’homme et, par suite, à l’ex­ploi­ta­tion de la nature par l’homme.
    Bref, je crois que vous voyez aus­si qu’un mou­ve­ment éco­lo­giste ne peut se défaire d’une cri­tique fon­da­men­tale du capi­ta­lisme, et ne peut avan­cer sans objec­tifs défi­nis et cohé­rents (je vous cite parce que c’est tout à fait ça). Là où je ne suis pas d’ac­cord c’est sur le fait qu’un tel mou­ve­ment, qu’une telle cri­tique radi­cale n’existe pas, il y a bel et bien un cou­rant de pen­sée théo­rique qui fait cette cri­tique et qui tente de défi­nir clai­re­ment les objec­tifs pour une socié­té éco­lo­gique, ça s’ap­pelle l’é­co­lo­gie sociale. Je vous invite à vous ren­sei­gner à ce sujet car cela répond très exac­te­ment aux besoins que vous avez cités. Le prin­ci­pal auteur à ce sujet est Mur­ray Book­chin (sa page Wiki­pé­dia est bien), qui a fait son temps chez les com­mu­nistes puis chez les anar­chistes, avant de déve­lop­per une réflexion basée sur l’é­co­lo­gie qui pro­pose de s’or­ga­ni­ser en com­mu­nau­tés de com­munes et en démo­cra­tie radi­cale pour avoir une socié­té éco­lo­gique. C’est très inté­res­sant, notam­ment sur l’i­dée que ce n’est pas seule­ment en pre­nant pos­ses­sion des outils de tra­vail qu’on peut trans­for­mer la socié­té (comme le pro­po­saient Marx et les syn­di­ca­listes) mais bien en se réap­pro­priant le pou­voir poli­tique sur tous les sec­teurs de la vie en socié­té. Je pense que cela fait beau­coup d’é­cho avec la situa­tion actuelle où le capi­tal s’at­taque à tous les aspects de la vie sociale, voire intime. Il faut donc une alter­na­tive qui soit totale d’un point de vue social, une éco­lo­gie sociale, radicale.
    N’hé­si­tez pas à me contac­ter si vous vou­lez que je vous indique peut-être un texte à lire sur le sujet.
    Pour finir, sachez que je suis, et je ne vais pas le cacher, un « mili­tant » pour ça (entre guille­mets parce que sim­ple­ment j’ai com­men­cé à par­ti­ci­per à la tra­duc­tion de textes sur le sujet depuis un an), parce que, sin­cè­re­ment, je crois que c’est la réflexion la plus cohé­rente que j’aie trou­vée jusque-là (ayant tou­jours été déçu par le manque de rigueur théo­rique des médias alter­na­tifs, et ayant fui les logiques trop sec­taires chez les cocos et anars). Juste pour dire que, oui je fais de la pro­pa­gande, mais de bonne foi. Je vous prie de me croire et d’y jeter un coup d’oeil.

  4. Oui mais, Rayn­marth, tout ça c’est de l’u­to­pie ? la com­mu­nau­té de com­munes, c’est un groupe fort, indes­truc­tible. Il n’est pas une telle enti­té actuel­le­ment, et ne sera jamais.Et puis c’est cer­tai­ne­ment aus­si une source d’embrouilles. Il y a plus urgent que rêvas­ser à d’im­pos­sibles orga­ni­sa­tions viables pour une dura­bi­li­té et un mieux-être.
    Pro­pa­gande, infor­ma­tion, dénon­cia­tion… Tout cela sert si peu, tant d’éner­gie pré­cieuse — et pol­luante — fou­tue en l’air.
    Alors que l’in­di­vi­du peut seul modi­fier son envi­ron­ne­ment, et de même la per­cep­tion de cet envi­ron­ne­ment. Avec dis­cré­tion. Sécurité.
    Les indi­vi­dus qui se sentent concer­nés, qui refusent l’as­ser­vis­se­ment et la démo­li­tion n’ont pas d’autre issue que le self-déve­lop­pe­ment. Lais­ser les autres faire leur popote, infecte ou par­fu­mée, et fon­cer tant qu’ils le peuvent vers l’objectif.

  5. Les cis­ter­ciens ont construits il y a 1000 ans de très nom­breux mou­lins sur les rivières Seye, Baye et Bonette (en pays Quer­cy-Rouergue-Gorges de l’A­vey­ron) : avec les Cis­ter­ciens en Rouergue on en a comp­té plus de 25 sur une tren­taine de kilo­mètres (plus exac­te­ment tous les 2 fois 4,50 mètres de déni­vel­la­tion exac­te­ment). Les mou­lins de La Tour et du Bruel exis­taient déjà dans les chartres de l’ab­baye de Beau­lieu en 1183). Les rivières étaient très pois­son­neuses jusque vers les années 60/70 : les retrai­tés (de 65/70 ans) se sou­viennent des truites et écre­visses pêchées par seau. Or aujourd’­hui, il n’y a plus de pois­sons : une pêche élec­trique sur 4 km au-des­sus de l’ab­baye a per­mis de récu­pé­rer… 8 trui­telles ! Que s’est-il pas­sé en 50 ans ? Engrais, insec­ti­cides, fon­gi­cides, pes­ti­cides, désher­bants ver­sés à foi­son par les agri­cul­teurs des coteaux et pla­teaux ali­men­tant les val­lées en zone kars­tique ont tout tué (pois­sons, gre­nouilles, loutres, tri­tons, sala­mandres, écre­visses, insectes — et notam­ment les pol­li­ni­sa­teurs — et petits mam­mi­fères. Les rete­nues — les chaus­sées — et mou­lins n’y sont pour rien. Reprendre les argu­ments fal­la­cieux de pseu­dos-pêcheurs (j’é­tais pêcheur et je connais les éco­sys­tèmes flu­viaux) pour le plus grand béné­fice des T.P. (la des­truc­tion des chaus­sées est une manne pour le BTP) n’est guère hon­nête, et encore moins scien­ti­fique. Sous pré­texte d’  »éco­lo­gie » de « conti­nuï­té hydro-éco­lo­gique », les cri­tiques des micro-bar­rages oublient que la nature est un équi­libre plus que cen­te­naire, et que ce n’est pas en détrui­sant cet équi­libre que l’é­co­lo­gie gagne­ra du ter­rain. Et c’est un des fon­da­teurs — Jean Cohen­ny — du mou­ve­ment Eco­lo­gique Rhône-Alpes qui le dit

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